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Burundi : quatre journalistes d’Iwacu condamnés à deux ans et demi de prison

janvier 30, 2020

Des journalistes burundais ont protesté, lors de la Journée mondiale de la presse le 3 mai 2015, contre la fermeture d'une station de radio.

Des journalistes burundais ont protesté, lors de la Journée mondiale de la presse le 3 mai 2015, contre la fermeture d’une station de radio. © Jerome Delay/AP/SIPA

 

La justice burundaise a condamné à deux ans et demi de prison quatre journalistes arrêtés le 22 octobre alors qu’ils couvraient l’incursion de rebelles burundais venus de la République démocratique du Congo (RDC) voisine, a-t-on appris de source judiciaire et d’un témoin.

« Nous sommes sous le choc, le tribunal vient de condamner les 4 journalistes d’Iwacu à 2 ans et 6 mois de prison et à une amende de 1 million de francs burundais (485 euros), c’est une honte car ils n’ont fait que leur métier », a indiqué à l’AFP un témoin ayant assisté à l’audience et requérant l’anonymat. Ces journalistes travaillant pour Iwacu, l’un des derniers médias indépendants du Burundi, ont été condamnés pour « tentative de complicité (…) d’atteinte à la sécurité intérieure de l’État » par le tribunal de Bubzabza, dans l’ouest du pays. Leur chauffeur a été acquitté.

Le parquet, qui avait requis 15 ans de prison, souhaitait les voir condamner pour « complicité d’atteinte à la sûreté de l’état », mais le tribunal a « décidé de requalifier les faits », a souligné une source judiciaire, sous couvert de l’anonymat. Selon un journaliste burundais souhaitant lui aussi garder l’anonymat, cette décision des juges résulte du fait que « la défense avait établi clairement que les journalistes n’ont jamais été en contact avec les rebelles, qu’ils n’avaient fait que leur travail ».

Iwacu fera appel

Selon un témoin présent lors du réquisitoire, le 30 décembre, l’accusation avait basé l’essentiel de son argumentation sur un message WhatsApp échangé par l’une des journalistes avec un collègue se trouvant à l’étranger, dans lequel elle écrivait: « Nous nous dirigerons vers Bubanza (…) pour aider les rebelles ». Le fondateur d’Iwacu, Antoine Kaburahe, qui vit en exil en Belgique, a indiqué sur Twitter la volonté de son organisation d’interjeter appel.

Au moins 14 rebelles du groupe burundais RED-Tabara, basé dans l’est de la RDC, ont été tués lors de l’attaque du 22 octobre, la première depuis 2017, selon la police burundaise. De son côté, le mouvement rebelle a affirmé avoir tué une dizaine de membres des forces de défense et de sécurité. Reporters sans frontières, qui souligne que les journalistes ne faisaient que leur travail, et Human Rights Watch, ont demandé à plusieurs reprises leur libération.

Affaire Jean Bigirimana au Burundi : le corps d’un homme retrouvé près de Bugarama

août 8, 2016

Le journaliste burundais Jean Bigirimana venait de faire une formation au Rwanda quand il a subitement disparu, le 22 juillet, à Bugarama. © Iwacu

Un corps a été retrouvé dans une rivière près de Bugarama où Jean Bigirimana a été enlevé le 22 juillet dernier. Une découverte réalisée par une équipe de reporters d’Iwacu, journal pour lequel le journaliste travaillait.

La macabre découverte a eu lieu dimanche 7 août. Selon une enquête menée par le journal Iwacu pour lequel Jean Bigirimana travaillait, le corps d’un homme a été retrouvé dans la rivière Mubarazi, au fond d’une vallée située près de Bugarama, la ville où le journaliste a été enlevé dans un véhicule du Service national des renseignements, le 22 juillet, d’après des témoins.

« Le corps est retenu par des pierres tout près d’une chute appelée Bihongo. On ne peut l’apercevoir que du côté de Nyabisiga, en zone Bugarama », précise un l’article de Iwacu, qui retrace dans les moindres détails l’enquête des reporters du journal. Ceux-ci ont eu un weekend périlleux. Vendredi, ils rentrent bredouille après avoir passé une journée à Bugarama, escaladant colline après colline à la recherche de leur confrère disparu. Samedi, visiblement alertés par les investigations des journalistes, la police, le Service national des renseignements, et même la Commission nationale indépendante des droits de l’homme se joignent à eux. La journée s’achève sans aucun résultat.

« La vérité finira par être connue »

Dimanche, les journalistes décident finalement de revenir seuls sur les lieux. C’est là qu’ils réussissent à avoir des éléments qui pourraient aider à comprendre la disparition de Jean Bigirimana. Que vont faire les autorités de cette enquête ? « Rien », répond Pierre Nkurikiye, porte-parole de la police. Pour lui, « Iwacu ne veut pas coopérer. Nous avons demandé aux journalistes de ne pas publier leurs résultats et de les donner à la police mais ils ne l’ont jamais fait. Leurs publications ne font qu’embrouiller le travail de notre enquêteur ».

Des propos qu’Antoine Kaburahe, directeur du groupe de presse Iwacu, qualifie de choquants. « Nous ne comprenons pas l’attitude de la police. Depuis deux semaines, elle ne fait rien mais n’arrête pas de fustiger les moindres initiatives du journal. C’est comme si nos investigations gênaient. De toute manière, la vérité finira par être connue ».

Jeunafrique.com par Armel Gilbert Bukeyeneza à Bujumbura