
Jacques Languirand, l’animateur de la légendaire émission de Radio-Canada Par 4 chemins, s’est éteint vendredi à l’âge de 86 ans.
Son décès a été annoncé par sa famille par voie de communiqué en fin d’après-midi. M. Languirand était atteint de la maladie d’Alzheimer depuis plusieurs années. C’est d’ailleurs cette maladie qui l’avait contraint « à accrocher son micro » en 2014, après avoir établi un record de 43 ans à la barre d’une émission de radio.
« J’ai aussi perdu ma vigueur et cette motivation si nécessaire pour faire mon métier comme vous le méritez », avait-il avoué en février 2014, lors de sa dernière émission.
Abordant différents thèmes, allant de l’environnement à la politique en passant par la spiritualité, Par 4 chemins a été une des émissions phares du diffuseur public.
M. Languirand a connu une carrière prolifique, laissant sa marque comme dramaturge, écrivain, animateur de télévision, comédien, journaliste, réalisateur, metteur en scène, professeur et producteur.
On lui doit notamment les pièces Les insolites et Les violons de l’automne, qui lui ont valu un Prix du gouverneur général en 1962, et, plus récemment, Faust et les radicaux libres ainsi que Feedback.
Radio-Canada a souligné le long parcours de ce « géant des communications ». « Par sa curiosité ouverte à tous les horizons, son immense culture, sa capacité remarquable à se renouveler sans cesse, Jacques Languirand pouvait tour à tour nous ouvrir les portes des avancées de la contre-culture, soulever des questions fondamentales sur la vie et la société, se faire l’écho des développements les plus inspirants de la science et de l’art », a déclaré le vice-président principal de Radio-Canada, Michel Bissonnette.
Aucune cérémonie publique n’est prévue, la famille a indiqué qu’elle souhaite vivre son deuil en privé.
Les dernières années de la vie de M. Languirand ont été assombries par des allégations d’agressions sexuelles.
En avril 2016, Line Beaumier, l’ex-conjointe de sa fille, avait affirmé publiquement qu’il aurait agressé celle-ci.
Elle soutenait que, avant son décès, Martine Languirand « avait tout dit » dans un enregistrement lié au projet de biographie Le cinquième chemin, rédigé par la journaliste et écrivaine Aline Apostolska et publié en 2014 aux Éditions de l’Homme.
Ces allégations n’ont jamais été prouvées en cour, et la police n’a pas confirmé l’ouverture d’une enquête.
La famille de M. Languirand s’était empressée de dénoncer ce qu’elle qualifiait d’« acharnement » à l’endroit de l’ex-animateur. Les Languirand ajoutaient que les seules personnes qui pourraient répondre à ces questions n’étaient plus en mesure de le faire. L’auteure Aline Apostolska avait indiqué au Devoir être liée par un contrat qui donnait à la famille un droit de relecture de son manuscrit. Concernant les allégations de Mme Beaumier, la biographe a soutenu qu’elle « ne dit pas n’importe quoi ». Elle s’interrogeait toutefois « sur les raisons pour lesquelles elle fait ça. Elle sait très bien que Martine Languirand ne voulait pas » que ces allégations soient discutées sur la place publique.
Prix Guy-Maufette
Né le 1er mai 1931, Jacques Languirand n’avait que 18 ans lorsqu’il a décidé de s’exiler à Paris, où il a notamment été chroniqueur à l’antenne de la RDF — la Radiodiffusion française. De retour au Québec à la fin des années 1950, il prend sa place à la télévision, participant à plusieurs émissions d’information.
Grand amoureux du français, il avait obtenu en 2004 le prix Georges-Émile-Lapalme pour la qualité et le rayonnement de la langue. Il avait également à coeur la cause environnementale, ce qui l’a amené à être porte-parole du Jour de la terre et de la coalition Québec-Vert-Kyoto, qui lutte contre les gaz à effet de serre.
Il avait aussi cofondé le Festival des films sur l’environnement de Portneuf et participé à la série documentaire de Télé-Québec Les artisans du rebut global. En 2006, il a été admis au Cercle des Phénix, qui regroupe des personnalités québécoises reconnues pour leur contribution personnelle remarquable à la cause de l’environnement.
Au fil des ans, il a obtenu de nombreux prix, dont le Prix spécial du jury du Concours international de théâtre de la Fondation Alexandre S. Onassis pour Faust et les radicaux libres, en 2001.
En 2012, il reçoit le prix Guy-Maufette, qui récompense des personnes qui contribuent de façon exceptionnelle à l’évolution de la radio et de la télévision.
En 2011, alors qu’il s’apprêtait à amorcer la 41e saison de Par 4 chemins à la Première chaîne de Radio-Canada, Jacques Languirand a suscité une controverse qui a mené à sa suspension temporaire. Lors du lancement de la saison radiophonique, en août, M. Languirand n’avait pas aimé que son émission ne soit pas incluse dans le dévoilement de la programmation 2011-2012.
« Ces imbéciles […] ont oublié de me mettre sur ce plateau alors que, cette année, j’entreprends ma 41e saison de l’émission Par 4 chemins », avait-il lancé à voix haute, avant de faire un doigt d’honneur devant une dizaine de ses collègues et les patrons de la boîte. L’animateur avait été suspendu au lendemain de cet esclandre, avant de retrouver son micro quelques semaines plus tard, en octobre.
Ledevoir.com par Améli Pineda – avec La Presse canadienne