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Le cardinal Tauran, fin diplomate et inlassable artisan du dialogue avec l’islam

juillet 6, 2018

Le cardinal français Jean-Louis Tauran, le 9 février 2005 au Vatican, à Rome / © AFP/Archives / Vincenzo PINTO

Il aura servi trois papes: le cardinal français Jean-Louis Tauran, mort jeudi à l’âge de 75 ans, s’est révélé comme un fin diplomate et un artisan inlassable du dialogue de l’Église avec l’islam, qu’il voyait comme seul « chemin » possible vers la paix.

Cet homme discret au visage doux fut « ministre des Affaires étrangères » du pape Jean Paul II durant une douzaine d’années (1991-2003), avant de présider le très stratégique Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux (2007-2018) auprès du pape Benoît XVI, puis du pape François.

Né le 5 avril 1943 à Bordeaux (sud-ouest de la France), où il s’est formé au grand séminaire et a été ordonné prêtre en 1969, le père Tauran n’a servi en paroisse, comme vicaire, que pendant cinq ans.

Le plus romain des cardinaux français, bien plus connu dans les grandes capitales du monde, notamment celles du Moyen-Orient, que dans son diocèse de Gironde, a fait l’essentiel de ses études à Rome: séminaire français, Académie pontificale (« l’école des nonces », les ambassadeurs du Vatican)…

Jean-Louis Tauran a brûlé les étapes de la carrière diplomatique. Conseiller de nonciature en République dominicaine, il a ensuite passé quatre ans au Liban, où son « coeur est resté », confiait-il. En décembre 1990, il est porté à la tête d’une des diplomaties les plus cotées du monde, devenant secrétaire des relations de l’Église avec les États, le plus jeune de l’histoire contemporaine.

Entré au service diplomatique du Vatican en 1975, il y reste jusqu’en 2003, lorsque le pape Jean Paul II le crée cardinal, juste avant de le nommer bibliothécaire et responsable des archives secrètes du Vatican. Il mettra alors en route les programmes d’ouverture anticipée de certaines archives.

Le cardinal Tauran reçu à Ryad, sur une photo fournie le 18 avril 2018 par Etidal, Centre international pour la lutte contre l’idéologie extrémiste / © Etidal/AFP/Archives / –

– « Habemus papam » –

En 2007, le pape Benoît XVI en fait le successeur d’un autre cardinal français, Paul Poupard, à la tête du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux: son dossier le plus sensible concerne les relations avec les musulmans, dans un monde touché par la résurgence de formes radicales de l’islam.

A ce poste, ce polyglotte continuera de parcourir la planète, tentant d’apaiser les remous nés notamment du fameux « discours de Ratisbonne » dans lequel, en septembre 2006, le pape allemand avait évoqué un lien entre islam et violence.

Le cardinal Tauran grondera contre « l’ignorance » de l’islam en Occident, y voyant la raison de la peur qu’elle inspire à beaucoup. « Ils n’ont jamais rencontré de musulmans et se basent sur ce qu’ils voient ou entendent à la télévision », déplorait-il.

« L’Église regarde avec estime les musulmans », soulignait-il en rappelant cette conviction issue de la déclaration « Nostra Aetate » du concile Vatican II (1962-1965). Il appelait à un dialogue non pas circonscrit aux élites mais inscrit dans le quotidien ordinaire de la vie des fidèles. Sans renoncer bien sûr, pour les chrétiens, à annoncer l’Évangile.

Le cardinal Tauran reçu à Ryad, sur une photo fournie par Etidal, Centre international pour la lutte contre l’idéologie extrémiste / © Etidal/AFP/Archives / –

« Nous n’avons pas d’autre chemin que celui du dialogue » afin de « favoriser la paix », estimait-il.

Très affaibli par la maladie de Parkinson, le cardinal Tauran a continué à promouvoir la liberté religieuse jusqu’au bout de ses forces. En avril dernier, il avait été reçu à Riyad, fief du très rigoriste wahhabisme, par des autorités saoudiennes affichant une volonté d’ouverture. « Je pense que nous avons deux ennemis: l’extrémisme et l’ignorance », avait-il déclaré.

« Cardinal protodiacre », il avait à ce titre prononcé la formule rituelle « Habemus papam » pour annoncer en 2013, depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre, l’élection du pape François. Ce dernier l’avait élevé en 2014 au rang de « camerlingue de la Sainte Eglise romaine », le prélat qui gère les biens du Saint-Siège entre deux pontificats.

En Bordelais – son père, André, était négociant et possédait une affaire d’import-export de primeurs en Gironde -, Jean-Louis Tauran avouait un goût pour le bon vin et la table.

Mélomane et musicien lui-même (piano et orgue), il confessait une passion pour Bach et dévorait les livres. Il en a aussi écrit quelques-uns. Son dernier, « Je crois en l’Homme », paru en 2016, résonne comme un manifeste autour de son sous-titre: « Les religions font partie de la solution, pas du problème ».

Romandie.com avec(©AFP / 06 juillet 2018 15h37)

Le cardinal français Jean-Louis Tauran nouveau camerlingue du pape

décembre 20, 2014

Le cardinal français Jean-Louis Tauran, « ministre » du Vatican pour le dialogue inter-religieux, a été nommé samedi « camerlingue ». Il sera chargé d’assurer l’intérim après la mort ou la démission éventuelle du pape. Agé de 71 ans, il remplace le cardinal italien Tarcisio Bertone.

Ce dernier, ex-numéro 2 tout-puissant sous le pape Benoît XVI, a atteint début décembre la limite d’âge de 80 ans. Il s’est depuis retiré dans de luxueux appartements au Vatican.

Le monde avait découvert la frêle silhouette de Mgr Tauran, qui souffre de la maladie de Parkinson, lorsque ce dernier avait été chargé le 13 mars 2013 d’annoncer sur le balcon de Saint-Pierre l’élection du pape François, avec le célèbre « Habemus papam ».

Auparavant, ce diplomate polyglotte et passionné de Bach avait été en 1990, à 47 ans, le plus jeune prélat à prendre la tête de la diplomatie vaticane dans l’histoire récente de l’Eglise catholique. Il est resté 13 ans à ce poste.

Mgr Tauran, qui a passé plusieurs années au Liban comme coopérant puis comme diplomate du Vatican, est désormais très impliqué dans les relations avec l’islam, à la tête du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux. Il s’exprime souvent, en termes parfois forts, pour dénoncer le terrorisme islamiste mais aussi l' »ignorance » à l’origine, selon lui, de la peur qu’inspire l’islam en Occident.

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