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Jeunes, dynamiques, riches et ambitieux, les nouveaux « gentlmen farmers » du Nigeria

juillet 22, 2018

Peter Okocha Junior, fondateur de PS Nutrac montre les serres où il cultive en aéroponie, le 5 juin 2018 à Wasinmi, près d’Abeokuta, au Nigeria / © AFP / STEFAN HEUNIS

« Vous voulez voir à quoi ressemblent des milliards de dollars en gestation? » P.J. Okocha, jean et baskets aux pieds, s’engouffre dans une petite maison moderne perdue dans la campagne d’Abeokuta, dans le sud du Nigeria. Derrière la porte s’étalent un millier de semis de patate douce.

« Avec ça, nous pouvons produire des millions d’autres semis », lance le jeune homme dans un large sourire.

A 34 ans, Peter Okocha Junior, aka P.J., a déjà investi dans les transports portuaires et dans le développement de la région pétrolière du Delta, où sa famille a fait fortune. Mais son eldorado à lui sera vert, il en est convaincu.

« J’ai toujours voulu investir dans l’agriculture, mais je ne savais pas comment », raconte-t-il à l’AFP. « Un jour, en traînant sur Twitter, je suis tombé sur un chercheur agronome et je lui ai écrit ‘Salut mon frère, ça te dirait qu’on change le monde ensemble?' »

En quelques mois, leur compagnie PS Nutrac était née. Deux ans plus tard, des dizaines de milliers de plantes poussent sous des serres de bambous, cultivées à l’infini en aéroponie, c’est-à-dire sans terre et grâce à un ingénieux système d’aération et d’arrosage, une forme de culture hors-sol rare dans les pays en développement.

Des semis de patates douces poussent hors-sol dans la ferme de PJ Okocha, le 5 juin 2018 à Wasinmi, au Nigerian / © AFP / STEFAN HEUNIS

Cet après-midi de juin, les employés de PS Nutrac ont réuni un groupe de petits agriculteurs de la ville voisine pour les former sur les nouvelles variétés bio de patate douce qu’ils ont développées.

Tous les jeunes du village ont quitté la campagne pour aller « vivre en ville », explique Chef Awufe Ademola, la soixantaine et propriétaire d’une petite exploitation d’un peu plus de trois hectares.

Assis en rangs, les fermiers traditionnels ont le dos courbé et les mains calleuses. Face à eux, les formateurs ont tous moins de 35 ans.

– Défi alimentaire –

P.J. Okocha (d) cofondateur de PS Nutrac et l’ingénieur agronome Gbolahan Falarin (g) inspectent les nouveaux semis, le 5 juin 2018 à Wasinmi, près d’Abeokuta, au Nigeria / © AFP / STEFAN HEUNIS

« On est tous jeunes et on veut rendre l’agriculture plus rentable et plus sexy », souffle P.J. Okocha. « La moyenne d’âge des agriculteurs est de 60 ans, il est nécessaire que la nouvelle génération retourne à la terre (…) et les technologies et l’automatisation peuvent rendre le secteur plus attractif pour les jeunes », lance-t-il.

Le défi alimentaire est immense: le Nigeria compte 180 millions d’habitants et devrait être le 3ème pays le plus peuplé au monde en 2050.

Après la découverte de gigantesques réserves d’or noir dans les années 1950, les dirigeants successifs et les investisseurs privés n’ont eu qu’une obsession, le pétrole, négligeant les autres secteurs économiques.

L’accès des produits agricoles aux mégalopoles de plusieurs millions d’habitants se fait grâce à des camions hors d’âge sur des routes défoncées. Il n’existe pas assez de hangars de stockage, encore moins réfrigérés, et les usines de transformation restent rares.

/ © AFP / STEFAN HEUNIS

Pour ne prendre que l’exemple des agrumes, le Nigeria en produit près de 4 millions de tonnes chaque année… mais 60% des fruits pourrissent. Et le pays importe pour 315 millions de dollars de jus concentré par an, soit 91% de sa consommation (USDA Gain Report, 2009).

Une aberration économique qui fait toutefois rêver, aujourd’hui, les investisseurs.

« Les opportunités qu’offre l’agriculture sont au-delà de l’imagination », explique Buffy Okeke-Ojiudu, 34 ans et heureux propriétaire de 200 hectares d’exploitation d’huile de palme dans le sud-est depuis deux ans.

« Les futurs milliardaires de ce pays seront des fermiers ou des gens qui investissent dans les nouvelles technologies ou l’énergie renouvelable. Et à la différence du pétrole, ce sont des secteurs qui créent de l’emploi », se targue celui qui n’est autre que le petit-fils du premier ministre de l’Agriculture de l’ère post-coloniale.

PJ Okocha, cofondateur de PS Nutrac, et l’ingénieur agronome Gbolahan Folarin
inspectent un plant d’aubergines, le 5 juin 2018 à Wasinmi, près d’Abeokuta, au Nigeria / © AFP / STEFAN HEUNIS

– Ancien trader –

Mais le retour à la terre n’est pas simple. Le principal problème pour les chefs d’entreprise au Nigeria est l’accès aux prêts bancaires, encore plus dans l’agriculture, considérée comme un secteur « risqué ».

« Les taux d’intérêt sont souvent à deux chiffres et il faut des garanties de prêts à 150% de la somme empruntée, ça n’a aucun sens. Conséquence: ceux qui investissent dans l’agriculture le font sur leur fonds propres. Ce sont ceux qui sont déjà riches », explique celui qui fut trader aux Etats-Unis et en Angleterre.

Seyi Oyenuga, lui aussi, a passé l’essentiel de sa vie entre Chicago et Washington, avant de rentrer dans le pays de son père il y a trois ans: il a troqué sa vie américaine et son entreprise de locations d’engins de BTP pour s’installer dans l’Etat d’Oyo (sud-ouest du Nigeria).

Riches et ambitieux: les nouveaux ‘gentleman farmers’ du Nigeria / © AFP / Celia Lebur

Le long de la route, des femmes pilent du manioc séché sur le macadam et les villages semblent endormis. Quasiment toutes les grandes exploitations alentour ont été abandonnées par leurs propriétaires et laissées en friches.

– A la dure –

Mais dans la ferme de Seyi Oyenuga, Atman Farm, on s’active pour recharger les batteries des tracteurs avant d’aller labourer les champs de manioc.

Casquette John Deere sur la tête, chemise vichy bleu ciel et keffieh autour du cou, le fermier soulève à la main des remorques de tracteur avec ses ouvriers, sous un soleil de plomb.

« On a appris à la dure », dit-il.

Négocier avec les chefs traditionnels locaux pour obtenir les titres de propriétés. Creuser au tracteur des sillons dans les champs. Inventer des meules à farine avec des matériaux locaux. Elever des pylônes électrique pour connecter l’usine…

Cette année, il ambitionne de planter du manioc sur 400 hectares, cinq fois plus que l’année dernière, à la première récolte. Et ce n’est qu’un début: il s’est donné à peine dix ans pour atteindre son but ultime de cultiver 2.000 hectares.

« C’est difficile, mais c’est vraiment passionnant », souffle Seyi Oyenuga en s’essuyant le front. « Je suis capable désormais de faire des choses que je n’aurais jamais imaginé possible ».

Romandie.com avec(©AFP / 22 juillet 2018 15h36)

Facebook, « c’est pour les parents »: les ados préfèrent Snapchat

juin 24, 2018

San Francisco – Facebook vieillit et son public aussi: les ados lui préfèrent de plus en plus Instagram ou Snapchat, jugés plus modernes et plus « fun », une mauvaise nouvelle pour le roi des réseaux sociaux mais qui ne menace pas encore, et de loin, sa domination.

« Tout le monde dit que Facebook, c’est ringard. Je pense que c’est parce que tous les parents sont sur Facebook », explique Manon, 17 ans, qui utilise surtout Instagram et Snapchat, deux réseaux centrés sur le partage de photos ou de vidéos. « C’est sûr que Facebook a vieilli par rapport à l’époque où ma mère l’utilisait », dit aussi Charlotte, 16 ans, à peine plus que le réseau social né en 2004.

Pour elle aussi, le quotidien, c’est Snapchat. « C’est un peu les SMS d’aujourd’hui, tu peux mettre des animations, des effets spéciaux, c’est ça qui est attirant pour ma génération », explique l’adolescente à propos de ce qui était au départ une plateforme de messages éphémères.

Les deux lycéennes scolarisées à San Francisco ont pourtant un compte Facebook mais l’utilisent peu, Manon s’en sert pour rester « connectée au monde », Charlotte pour partager de temps en temps des « contenus intéressants ».

Les uns après les autres, sondages et études le montrent: même si Facebook reste de loin le premier réseau social du monde avec 2,2 milliards d’utilisateurs, les jeunes vont de plus en plus vers Snapchat, Instagram ou le site de vidéos YouTube (propriété de Google), qui propose aussi des fonctionnalités de réseaux sociaux (partage, fils d’infos, amis, « chats »…).

Selon un sondage réalisé par le Pew Research Center paru fin mai, 51% des ados américains utilisent Facebook contre 85% pour YouTube, 72% pour Instagram ou 69% pour Snapchat.

– Problème d’image –

C’est d’ailleurs notamment grâce à ce public jeune qu’Instagram –détenu par Facebook– vient de passer le milliard d’utilisateurs. Bien décidé à miser sur ce créneau porteur, il a lancé cette semaine IGTV, une plateforme dédiée à la vidéo.

« Le paysage des réseaux sociaux a complètement changé parmi les ados ces trois dernières années », selon Monica Anderson, qui a dirigé l’étude du Pew Research Center.

« A l’époque, l’usage des réseaux sociaux par les adolescents tournait essentiellement autour de Facebook. Aujourd’hui, leurs habitudes sont moins focalisées sur une seule plateforme », dit-elle encore. Cette désaffection précède donc largement les récents déboires de Facebook autour des données personnelles, un sujet qui ne semble pas préoccuper les jeunes de façon palpable, notent les analystes.

Les réseaux « établis » ont un « problème d’image », abonde Anjali Lai, analyste du cabinet Forrester: beaucoup de jeunes estiment que « c’est pour les vieux ». Facebook fait désormais partie du paysage, et certains ados le considèrent plus comme un « service d’utilité publique », dit-elle, tandis que les autres servent à des usages spécifiques: divertissement, marques, messages intimes…

Et a priori, notent les analystes, la tendance, même si elle reste lente, devrait persister. eMarketer estime que Facebook devrait perdre 2 millions d’utilisateurs américains parmi les ados et les jeunes adultes de moins de 24 ans cette année.

Et un public qui vieillit est rarement un signe positif car les jeunes sont une cible prisées des annonceurs puisque c’est à cet âge que se forment leurs préférences. Reste à savoir si ce vieillissement contribuera à faire stagner voire à diminuer le nombre total d’utilisateurs de Facebook, un signe qui serait vu négativement par les marchés financiers.

– Les retenir –

Pour l’instant, Facebook n’a pas encore de raison de s’inquiéter, car les défections chez les jeunes sont compensées par l’arrivée d’utilisateurs plus âgés. Et Facebook est propriétaire d’Instagram depuis 2012… Quant à Snapchat, il « va devoir encore beaucoup croître pour devenir un vrai challenger pour Facebook », relativise aussi Debra Williamson, du cabinet eMarketer.

Signe néanmoins que Facebook est conscient du danger: il tente de retenir ces adolescents et jeunes adultes en se renforçant dans la vidéo ou en produisant des contenus à leur intention, comme une adaptation de la série norvégienne « Skam ». Il propose aussi depuis peu la diffusion de parties de jeux vidéo ou encore une option pour chanter en play-back. Et Snapchat accuse régulièrement Facebook de copier certaines de ses fonctionnalités.

Ironie du sort, quand Facebook continue d’engranger les milliards grâce à la pub, Snap, la maison mère de Snapchat, accumule les pertes, ce qui s’explique notamment parce que les jeunes l’utilisent d’abord pour communiquer entre eux plutôt que pour découvrir des produits.

Romandie.com avec (©AFP / 24 juin 2018 09h16)                                                        

Le pape appelle les jeunes à résister à ceux qui veulent les « faire taire »

mars 25, 2018

Cité du Vatican – Le pape François a lancé dimanche un appel aux jeunes du monde entier à résister à l’envie de leurs aînés de les « faire taire », au lendemain de manifestations massives de jeunes contre les armes à feu aux États-Unis.

Le pape à lancé cet appel devant 50.000 fidèles — selon la gendarmerie vaticane — sur la place Saint-Pierre pendant la messe des Rameaux (le dimanche avant Pâques), à l’occasion de la Journée mondiale de la Jeunesse, sans toutefois faire directement allusion aux rassemblements américains.

« Faire taire les jeunes est une tentation qui a toujours existé », a assuré le pape argentin. « Il y a de nombreuses manières de rendre les jeunes silencieux et invisibles. De nombreuses manières de les anesthésier et de les endormir pour qu’ils ne fassent pas de bruit, pour qu’ils ne s’interrogent pas et ne se remettent pas en question ».

« Il y a de nombreuses manières de les faire tenir tranquilles pour qu’ils ne s’impliquent pas et que leurs rêves perdent de la hauteur et deviennent des rêvasseries au ras du sol, mesquines, tristes », a-t-il insisté.

Jorge Bergoglio a alors rappelé une parole de Jésus à propos de disciples jugés trop démonstratifs et bruyants: « Si eux se taisent, les pierres crieront ».

« Chers jeunes, c’est à vous de vous décider », a lancé le pape. « Si les autres se taisent, si nous, les aînés et les responsables, si souvent corrompus, sommes silencieux, si le monde se tait et perd la joie, je vous le demande: vous, est-ce que vous crierez? S’il vous plaît, s’il vous plaît, décidez-vous avant que les pierres ne crient ».

A la fin de la messe, des jeunes ont remis au pape un document élaboré par 300 délégués du monde entier réunis toute la semaine au Vatican pour évoquer leurs attentes avant le synode (réunion d’évêques) qui doit leur être consacré en octobre.

Dans ce document de 12 pages, les jeunes expriment un besoin « de modèles attractifs, cohérents et authentiques » mais aussi « d’inclusion, d’accueil, de miséricorde et de tendresse de la part de l’Eglise ».

Ils évoquent leurs dissensions sur les enseignements de l’Eglise concernant la contraception, l’avortement ou l’homosexualité, entre ceux qui attendent qu’elle tienne bon dans son message souvent à contre-courant et ceux qui se sentent exclus.

Les jeunes estiment que l’Eglise ne doit pas avoir peur de « sa vulnérabilité » et reconnaître « ses fautes passées et présentes », en particulier sur les abus sexuels et l’usage inapproprié du pouvoir et des richesses.

Ils s’interrogent aussi sur les perspectives des jeunes femmes au sein d’une institution dont tous les responsables visibles sont des hommes.

Et ils demandent à l’Eglise de venir les chercher où ils sont: dans la rue, les bars, les cafés, les parcs, les salles de sport, les stades…

Romandie.com avec(©AFP / 25 mars 2018 12h12)                                            

Les jeunes Américains en masse dans la rue contre les armes à feu

mars 24, 2018

Plusieurs heures avant le début du rassemblement géant contre les armes à feu, des centaines de manifestants ont déjà pris position, le 24 mars 2018 à Washington / © AFP / JIM WATSON

Exaspérés par la répétition des fusillades dans leurs écoles, des centaines de milliers d’Américains descendent samedi dans la rue pour une manifestation historique contre les armes à feu.

Jusqu’à un demi-million d’adolescents et d’adultes sont ainsi attendus à Washington, avec comme mot d’ordre: « Plus jamais ça! »

Plus de 800 marches sont prévues dans d’autres villes des Etats-Unis et dans le monde avec, partout, la jeunesse en fer de lance.

L’événement national, baptisé « March for Our Lives » –« Marchons pour nos vies »–, est une réaction spontanée au massacre le 14 février de 17 personnes dans un lycée de Floride.

Cet énième drame a, pour beaucoup d’Américains, fait déborder le vase. Leur frustration est alimentée par l’inaction des législateurs et des pouvoirs publics, réticents à agir contre la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes.

La possibilité de détenir une arme à feu est considérée par des millions d’Américains comme un droit constitutionnel aussi fondamental que la liberté d’expression.

Cependant, cette fois, la tuerie commise par un ancien élève perturbé psychiquement dans la ville de Parkland a soudé des lycéens s’identifiant comme « survivants »: depuis cinq semaines, ils sont omniprésents dans les médias.

« Cette marche n’aurait pas lieu sans la fusillade dans mon école, donc cela va être un moment difficile », a confié à l’AFP Carlos Rodriguez, l’un des rescapés du lycée de Parkland. « Mais je me sens fier d’être l’un des élèves qui ont lancé ce mouvement ».

– Pas de changement en vue –

Les armes font plus de 30.000 morts par an aux Etats-Unis, où la jeunesse scolarisée est parfois présentée comme la « génération mass shooting » ou la « génération Columbine », du nom d’une école secondaire du Colorado où deux élèves ont tué douze de leurs camarades de classe et un professeur en 1999.

Ces élèves ont vécu la totalité de leur scolarité avec cette menace permanente, spécifique aux Etats-Unis.

Année après année, ils ont vu leurs élus faire la sourde oreille ou, récemment, le président Donald Trump proposer d’armer leurs enseignants.

« Nous sommes les gens qui ont peur d’aller à l’école tous les jours parce que nous ne savons pas si nous serons les prochains », a expliqué Lauren Tilley, 17, venue spécialement de Californie pour le rassemblement.

Samedi, en début de matinée, plusieurs heures avant le coup d’envoi officiel de l’événement, prévu vers midi heure locale (16H00 GMT), des milliers de personnes se massaient déjà, comme elle, aux abords de la Maison Blanche. Le rassemblement géant devait s’étaler jusqu’au Capitole, tout un symbole.

« Notre message, c’est que nous n’allons pas rester silencieux, nous allons continuer à nous battre » pour un renforcement du contrôle des armes à feu, a lancé Lauren.

Le mouvement est soutenu par de nombreuses personnalités, notamment George Clooney, Oprah Winfrey et Steven Spielberg, qui ont chacun donné 500.000 dollars pour la « March of Our Lives ».

Plusieurs stars étaient attendues samedi sur la scène dressée à Washington sur Constitution Avenue, parmi lesquelles Ariana Grande, Jennifer Hudson, Demi Lovato, Justin Timberlake ou encore Miley Cyrus.

M. Trump a redit vendredi dans un tweet sa volonté d’interdire les « bump stocks », des accessoires permettant de tirer en rafale, une mesure de portée marginale. Son administration a lancé une procédure en ce sens.

Si la Floride a voté une loi, promulguée le 9 mars par le gouverneur Rick Scott et imposant plusieurs restrictions –notamment l’interdiction des « bump stocks » ou le relèvement de 18 à 21 ans de l’âge légal pour acheter une arme–, le Congrès est au point mort.

« J’espère (que les jeunes) ont bien à l’esprit qu’ils s’inscrivent dans un mouvement social sur le long terme. Ils n’obtiendront pas justice dans un Congrès contrôlé par les républicains », a averti le sénateur démocrate Chris Murphy, interrogé par l’AFP.

Samedi, dans la foule, certains revendiquaient l’interdiction pure et simple des armes aux civils, comme Jeff Turchin, retraité, pour qui « nous ne devrions pas avoir d’armes dans notre société ».

D’autres, comme le professeur de collège Billy McLaughlin, ne souhaitaient pas remettre en cause le fameux deuxième amendement à la Constitution qui autorise tout citoyen à posséder une arme, mais réclamaient davantage d’encadrement.

« Une majorité de gens considèrent qu’il faut interdire les fusils d’assaut mais les politiciens ne le font pas parce qu’ils sont à la botte de la NRA », a-t-il expliqué, en référence à la puissance financière considérable de l’organisation pro-armes.

« Je me fiche de savoir combien d’argent vous avez. L’argent ne peut pas étouffer le son de nos voix », a dit Lauren Tilley, également au sujet de la NRA.

« Nous voterons en 2020 », a-t-elle prévenu. « Notre génération veut du changement ».

Romandie.com avec(©AFP / 24 mars 2018 15h56)                

États-Unis: les moins de 25 ans vont bouder encore davantage Facebook en 2018

février 12, 2018

Facebook demeure le réseau social le plus populaire aux Etats-Unis mais les moins de 25 ans s’en détournent toujours davantage au profit de Snapchat / © AFP/Archives / TOBIAS SCHWARZ

Facebook demeure le réseau social le plus populaire aux Etats-Unis mais les moins de 25 ans s’en détournent toujours davantage au profit de Snapchat, selon le cabinet eMarketer.

En 2018, le nombre d’utilisateurs dans ce pays devrait baisser de 5,6% parmi les 12-17 ans et de 5,8% parmi les 18-24 ans.

« C’est la première fois qu’eMarketer prévoit une baisse de l’utilisation (de Facebook) chez les 18-24 ans », commente le cabinet dans un communiqué publié lundi.

« Cette année, pour la première fois, moins de la moitié des utilisateurs d’internet âgés de 12 à 17 ans, utiliseront Facebook », ajoute eMarketer. En août l’an dernier, le cabinet anticipait une baisse de 3,4% pour cette tranche d’âge en 2017.

Au total, Facebook devrait perdre 2 millions d’utilisateurs âgés de moins de 25 ans en 2018, selon une nouvelle estimation.

C’est Snapchat qui « va siphonner le plus de jeunes utilisateurs » avec un gain attendu de 1,9 million d’utilisateurs additionnels âgés de moins de 25 ans, contre 1,6 million supplémentaires pour Instagram, propriété de Facebook.

Instagram demeure toutefois plus important que Snapchat aux Etats-Unis avec un nombre d’utilisateurs total qui devrait bondir de 13,1% sur un an à 104,7 millions. Dans le même temps, ceux de Snapchat devraient s’accroître de 9,3% à 86,5 millions.

Facebook, qui continue d’attirer pour sa part des utilisateurs plus âgés, devrait avoir un nombre inchangé à 169,5 millions.

« Snapchat pourrait peut-être attirer des groupes plus âgés dans la mesure où il redessine sa plateforme pour simplifier son utilisation », a aussi estimé Debra Aho Williamson, analyste chez eMarketer, citée dans le communiqué.

Snap, maison mère de l’application très prisée des ados, a lancé la semaine dernière un lifting complet de la plateforme, qui sépare désormais visuellement les contenus publiés par les « amis » des autres contenus plus institutionnels (médias…).

A cette occasion, Snap a aussi introduit de nouvelles fonctionnalités censées simplifier l’usage de la plateforme et la « personnaliser ».

Mais « la question est de savoir si les plus jeunes continueront de trouver Snapchat cool si leurs parents et leurs grand-parents sont aussi sur le réseau », a observé Mme Williamson. « C’est précisément la situation délicate à laquelle Facebook est confrontée ».

La réaction des usagers de Snapchat aux récentes nouveautés est pour l’instant négative: près de 580.000 d’entre eux ont même signé lundi une pétition en ligne pour demander un retour à l’ancienne version.

« Beaucoup d’usagers trouvent que (la nouvelle version) n’a pas rendu l’application plus facile à utiliser mais a rendu en réalité beaucoup de fonctionnalités plus compliquées », selon la pétition adressée à Snap et publiée sur change.org.

Des réactions négatives qui reviennent régulièrement lorsqu’un réseau social apporte des changements importants à son application et que Debra Aho Williamson relativise.

« On regarde de près les réactions des usagers à la nouvelle version de Snapchat mais, à l’heure actuelle, on ne perçoit pas d’impact (négatif) sur le taux d’utilisation par les plus jeunes », a-t-elle dit à l’AFP.

Romandie.com avec(©AFP / 12 février 2018 22h47)                

Sénégal/Regain de violence en Casamance: 13 jeunes tués dans une forêt

janvier 6, 2018

Des soldats Sénégalais, le 22 janvier 2017 à Barra / © AFP/Archives / Carl DE SOUZA

Après des années d’accalmie, la Casamance, région du sud du Sénégal où est active un rébellion depuis 35 ans, a connu samedi un regain de violence inattendu lorsque 13 jeunes qui coupaient du bois ont été tués sans sommation par une bande armée.

« L’attaque a également fait sept blessés et un jeune a réussi à s’échapper », a indiqué à l’AFP le colonel Abdou Ndiaye, porte-parole de l’armée sénégalaise.

Elle s’est produite dans l’après-midi dans une forêt proche de la frontière avec la Guinée-Bissau, à une vingtaine de kilomètres de la capitale, Ziguinchor, région agricole et touristique séparée du reste du Sénégal par la Gambie.

« Ils étaient sortis chercher du bois quand ils sont tombés sur une bande armée d’une quinzaine d’individus, qui ont directement fait feu », a précisé le colonel Abdou Ndiaye. L’armée sénégalaise a déployé une compagnie de quelque 150 parachutistes munis de véhicules pour évacuer les victimes et « traquer » les auteurs de l’attaque.

Les corps sans vie ont été transportés à la morgue de l’hôpital régional de Ziguinchor, où ont également été acheminés les blessés et ou de nombreuses familles se sont réunies, selon l’Agence de presse sénégalaise APS (officielle).

« Ils auraient dépassé la zone tampon séparant les positions de l’armée sénégalaise de celles des combattants du MFDC(Mouvement des forces démocratiques de Casamance), la rébellion indépendantiste armée », a expliqué l’APS, sans citer de source.

Pas de signes avant-coureurs

« Il est trop tôt pour dire si les assaillants font partie du MFDC, l’enquête le dira », a expliqué le colonel Ndiaye, alors que la rébellion est divisée en plusieurs factions.

Cette attaque survient au lendemain de la libération de deux combattants du MFDC, libérés par l’armée à la suite d’une médiation lancée par la communauté de Sant’Egidio de Rome entre l’Etat du Sénégal et les combattants du MFDC.

La rébellion pour l’indépendance de la Casamance, qui dure depuis décembre 1982, a fait des milliers de victimes civiles et militaires, ravagé l’économie de la région et poussé de nombreux habitants à fuir.

Une accalmie perdure sur le terrain depuis plusieurs années alors que les tractations de paix se sont multipliées depuis l’arrivée au pouvoir du président Macky Sall, en 2012.

« Il n’y avait pas de tensions ces derniers temps, pas de signes avant-coureurs », a assuré samedi le porte-parole de l’armée.

Consolider la paix

Dans ses voeux de fin d’année dimanche, le chef de l’Etat sénégalais avait lancé un appel aux rebelles pour la poursuite des pourparlers en vue d' »une paix définitive ».

« Consolidons la paix, car nos progrès sont déjà substantiels, par le dialogue confiant que nous avons poursuivi toutes ces années avec le soutien constant des facilitateurs, que je salue et apprécie », avait-il ajouté.

« Consolidons la paix pour que les mesures d’accompagnement déjà initiées par le gouvernement soit confortées et produisent leurs pleins effets. Faisons le pas décisif vers la paix définitive, une paix sans vainqueur ni vaincu », a poursuivi le dirigeant sénégalais.

Le gouvernement sénégalais a mis en œuvre un programme de reconstruction de la Casamance avec plusieurs projets dans l’agriculture, les infrastructures, le tourisme et l’éducation.

Les pourparlers pour la paix en Casamance entre le gouvernement sénégalais et le MFDC se poursuivent. Des discussions entre les deux parties se sont tenues en octobre à Rome sous l’égide de Sant’Egidio, médiatrice dans le conflit.

Toujours discrète, la communauté catholique a joué un rôle clé pour négocier un accord de paix au Mozambique. Elle est aussi impliquée dans des médiations en Centrafrique, au Soudan du Sud et en Libye.

Romandie.com avec(©AFP / 06 janvier 2018 22h37)                

États-Unis: Trump met fin au programme protégeant 800.000 jeunes sans-papiers

septembre 5, 2017

Des immigrants et des sympathisants manifestent contre la décision de Donald Trump de suspendre le programme d’aide aux jeunes migrants, à Washington, le 5 septembre 2017 / © AFP / Eric BARADAT

Le président américain Donald Trump a mis fin mardi au programme mis en place par son prédécesseur Barack Obama qui a permis à des centaines de milliers de jeunes sans-papiers de rester aux Etats-Unis, une décision qui a provoqué une véritable tempête politique.

Le sort des quelque 800.000 « Dreamers » qui bénéficient actuellement d’un statut leur permettant d’étudier et de travailler est désormais extrêmement incertain.

M. Trump, qui s’était engagé à aborder ce dossier sensible « avec coeur », n’a pas pris la parole pour expliquer son choix mais insisté dans un communiqué sur la nécessité de donner « la priorité » aux travailleurs américains, thématique centrale de sa campagne électorale.

« Nous devons nous rappeler que les jeunes Américains ont aussi des rêves », a-t-il lancé en référence au surnom donné aux bénéficiaires de ce programme.

La Maison Blanche a appelé le Congrès à légiférer, mais un compromis sur l’immigration, sujet qui divise Washington depuis des décennies, est loin d’être acquis.

La décision a immédiatement provoqué une cascade de réactions indignées, dans le camp démocrate bien sûr, mais aussi chez certains républicains, dans le monde économique, et au-delà des frontières américaines.

Le Mexique, dont sont originaires nombre des enfants et jeunes adultes concernés, a exprimé sa vive inquiétude, réclamant une solution « rapide » pour mettre fin à l’incertitude juridique dans laquelle ces derniers se trouvent désormais.

« C’est une triste journée pour notre pays », a lancé Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, dénonçant une décision « cruelle ». Pour le sénateur républicain John McCain, il s’agit d’une « mauvaise approche ».

L’ancien vice-président démocrate Joe Biden a déploré sur Twitter une décision qui n’est « pas l’Amérique ». « Amenés par leurs parents, ces enfants n’avaient pas le choix. Ils vont maintenant être envoyés dans des pays qu’ils n’ont jamais connus ».

En l’absence d’avancées législatives, Barack Obama avait, en 2012, mis en place, par décret, le programme Daca (Deferred Action for Childhood Arrivals) afin de faire sortir de l’ombre les enfants arrivés illégalement aux Etats-Unis avec leurs parents, pour la plupart en provenance d’Amérique latine.

– Américains ‘privés d’emplois

Dénonçant la décision prise de manière « unilatérale » par l’ancien président démocrate, le ministre de la Justice Jeff Session a estimé qu’elle avait en particulier « privé d’emploi des centaines de milliers d’Américains en permettant que ces emplois soient occupés par des immigrants illégaux ».

« Nous ne pouvons accepter tous ceux qui voudraient venir ici, c’est aussi simple que cela », a-t-il déclaré.

A compter de ce jour, aucune nouvelle demande ne sera examinée. Les permis existants, qui portent sur une durée de deux ans, resteront en revanche valables jusqu’à leur expiration.

Quelque centaines de personnes s’étaient rassemblées devant la Maison Blanche pour dénoncer, selon les termes de Gustavo Torres, responsable d’une ONG, une mesure qui punit des jeune qui « sont là depuis des années, travaillent, paient leurs impôts et contribuent à l’économie ».

Dans le camp républicain, nombre de voix avaient mis en garde depuis plusieurs jours contre la tentation d’effacer d’un trait de plume ce programme emblématique et de mettre à la merci d’une expulsion ces jeunes « rêveurs », dont le surnom fait référence au Dream Act, projet de loi de réforme de l’immigration n’ayant jamais abouti au Congrès.

New York se battra’ –

Fait notable, Donald Trump, dont les diatribes enflammées sur l’immigration ont été au coeur de son message de campagne, avait, depuis son arrivée à la Maison Blanche, ouvertement exprimé ses hésitations sur le sort de ces jeunes. « Pour moi, c’est l’un des sujets les plus difficiles qui soit », soulignait-il il y a quelques mois. « Nous adorons les Dreamers », affirmait-il vendredi dans le Bureau ovale.

Une grande partie du monde des affaires, en particulier dans la Silicon Valley, était vent debout contre une remise en cause de ce décret qui offre aux jeunes –arrivés sur le territoire américain avant 16 ans et n’ayant pas d’antécédents judiciaires– l’équivalent d’un permis de séjour d’une validité de deux ans, renouvelable.

« New York se battra pour défendre nos Dreamers », a lancé le maire de la ville Bill de Blasio.

Dès lundi, le gouverneur de l’Etat de New York Andrew Cuomo a lui averti qu’il contesterait en justice toute remise en cause de ce programme.

Cette décision du 45e président des Etats-Unis pourrait pousser son prédécesseur démocrate à donner de la voix. Lors de sa dernière conférence de presse avant son départ de la Maison Blanche, Barack Obama avait souligné que ce dossier était pour lui une ligne rouge qui pourrait le pousser à sortir de son silence.

Romandie.com avec(©AFP / 05 septembre 2017 22h21)                

Chômage, désillusion: les jeunes Italiens fuient leur pays

juillet 21, 2017

Photo prise le 19 juillet 2017 d’un jeune serveur italien, Antonio Davide d’Elia, devant le restaurant où il travaille, à Londres.n / © AFP / Daniel LEAL-OLIVAS

« L’Italie se dégrade à vue d’oeil et offre toujours moins aux jeunes. Il suffit de parler avec les gens pour comprendre que s’en aller est peut-être la seule solution »: comme des milliers de jeunes Italiens, Antonio Davide d’Elia a décidé d’émigrer.

Depuis cinq ans, cet Italien vit à Londres, où il travaille désormais comme barman. Un quotidien pas forcément simple en raison du coût de la vie dans la capitale britannique, mais qui ne le convainc pas pour autant de rentrer au pays, même si celui-ci lui « manque ».

« L’Italie, c’est là où je suis né, où j’aimerais fonder une famille et vieillir, mais de façon digne. Je voudrais y retourner, mais seulement quand +maman Italie+ recommencera à prendre soin de ses enfants que, malheureusement, elle a décidé d’abandonner il y a quelques décennies », confie à l’AFP le jeune homme de 26 ans.

Selon la Fondation Migrantes, quelque 40.000 Italiens âgés de 18 à 34 ans ont quitté en 2015 la péninsule pour tenter leur chance à l’étranger.

Un chiffre qui conduit régulièrement la presse et les responsables politiques à s’inquiéter de la « fuite des jeunes » ou « des cerveaux » du pays.

Pour une partie d’entre eux, le principal moteur est de vivre « une expérience à l’étranger, ceci est vu comme une valeur ajoutée importante pour leur carrière », explique Raffaella Cagliano, professeur à l’Ecole de commerce de Polytechnique à Milan.

Ils ont envie de « faire une expérience différente, de s’ouvrir au monde », explique-t-elle, en évoquant un « phénomène commun aux jeunes de tous les pays ».

Avec « un taux de départ de 14-15% des diplômés de l’université », l’Italie n’est « pas si éloignée des autres pays », explique-t-elle. Mais là où le bât blesse, c’est le retour de ces jeunes –ou plutôt leur non-retour– et la faible attractivité de l’Italie sur les diplômés des autres pays.

« Ceci est lié de façon claire aux opportunités moindres de travail, aux rétributions plus faibles » que l’Italie offre, explique l’enseignante.

Après deux années de récession, la péninsule connaît une croissance exsangue depuis 2014, avec une hausse du PIB de 1,3% prévue par exemple cette année.

Le taux de chômage est supérieur à 11%, largement au-dessus de la moyenne de la zone euro (9,3%), et chez les 15-24 ans, il atteint même 37%, contre une moyenne européenne de 18,7%.

– ‘Absence de méritocratie’ –

Difficile ainsi de trouver un emploi. Mais le contexte économique est loin d’être la seule raison à pousser les jeunes à partir.

« Ils se plaignent également de l’absence de méritocratie », de parcours de carrière démotivants car extrêmement longs, note Raffaella Cagliano.

« J’ai eu en France des opportunités que je n’aurais jamais eues en Italie. Là-bas, si vous n’avez pas les bons diplômes, même si vous avez l’expérience, on ne vous embauche pas », explique Valentina Bressan, 42 ans, qui travaille dans le monde de l’opéra (décors, costumes, scénographie).

« En Italie, on a le sentiment que si l’on ne fait pas partie de telle famille, si on n’a pas certaines relations, on ne peut pas entrer. C’est très injuste, ce n’est pas la compétence qui est primée, et cela donne peu d’espoir », ajoute celle qui fut la première femme à assurer en 2010 la direction technique des Chorégies d’Orange.

En France, au contraire, l’expérience qu’elle a accumulée a été reconnue par les différents Opéras (Bordeaux, Lyon, Tours…) où elle est passée, dit-elle.

Même sentiment pour Antonio: à Londres, même « si tu n’es personne, tu peux devenir quelqu’un »: « à la différence de l’Italie, la carrière est rapide et surtout possible ».

Sergio Mello, qui a créé une start-up à Hong Kong, avant de rejoindre San Francisco, estime que « l’Italie n’offre pas un environnement fertile pour développer une entreprise compétitive ». « La bureaucratie fait perdre du temps », devenir « fou », et le système favorise « les voleurs » au détriment de « ceux qui paient leurs impôts », dit-il, fustigeant « une farce ».

Pour beaucoup, la désillusion est trop grande. Le fonctionnement de l’Etat, la fraude fiscale « créent un dégoût et une défiance vis-à-vis de l’avenir », souligne Valentina, tandis que Sergio juge « mort » tout espoir de changement.

Pour autant, le gouvernement s’efforce d’inciter ses diplômés à rentrer, avec notamment une nouvelle niche fiscale permettant en cas de retour de bénéficier d’une exonération de 50% sur les revenus professionnels pendant maximum cinq ans.

Romandie.com avec(©AFP / 21 juillet 2017 14h42)                

Cannabis : nous, jeunes Tunisiens, victimes de la « loi 52 »

février 3, 2017

En Tunisie, la société civile se mobilise pour réformer la loi 52 sur la consommation de cannabis. © N.ico/Flickr/ Creative Commons

En Tunisie, la « loi 52 » pour la lutte contre la consommation et le trafic de stupéfiants condamne des milliers de personnes chaque année. Un texte ultra-répressif, objet de nombreuses critiques et actuellement au cœur du débat parlementaire. Arrêtés en vertu de cette loi, trois Tunisiens ont accepté de témoigner.

En campagne pour l’élection présidentielle de 2014, Béji Caïd Essebsi s’était prononcé en faveur d’une révision de la loi n°92-52 du 18 mai 1992 relative aux stupéfiants, dite « loi 52 », qu’il jugeait « trop répressive » et responsable d’avoir « sacrifié l’avenir de nombreux jeunes Tunisiens ».

Trois ans après son arrivée au pouvoir, cette loi est toujours appliquée. Et le nombre de récidives et de consommateurs de cannabis en Tunisie ne baisse pas pour autant, pointe un rapport du Réseau d’observation de la Justice (ROJ) de janvier 2016.

Sa révision, actuellement à l’étude à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), devrait « alléger les peines », affirme le gouvernement tunisien. Mais des violations des droits de l’homme persistent dans ce texte, prévient la société civile, qui appelle à une meilleure consultation des associations et des spécialistes concernés.

Contactés par Jeune Afrique, trois jeunes Tunisiens (qui ont préféré garder l’anonymat) racontent les circonstances de leur arrestation et l’impact qu’a eu cette « loi 52 » sur leur vie.

  • A., 26 ans : « J’ai eu le malheur d’être au mauvais endroit au mauvais moment »

« C’était l’été  2015 et je passais la journée entre potes, à la plage, où avait lieu un concert de musique. Le soir, je devais rentrer tôt parce que j’avais prévu quelque chose avec ma famille. Juste avant de partir, je croise un ami qui insiste  pour que je le dépose à une fête chez des personnes que je ne connaissais pas. Il ne peut pas conduire parce que qu’il a clairement fumé (de la drogue).  J’accepte à contrecœur pour lui rendre service, mais je lui précise bien que je ne peux pas rester.

La fête avait lieu dans une maison louée pour l’occasion, dans un quartier chic, il y avait plus d’une dizaine de personnes et de la musique à fond. Pour accéder à ce quartier il faut passer par un barrage de police. On se fait arrêter pour un contrôle normal, à quelques mètres de la maison, et d’un coup deux fourgonnettes débarquent, plusieurs policiers en descendent et crient en défonçant quasiment la porte de la maison, arme à la main. Ils embarquent tous le monde, sans explications, sans mandat.

J’ai compris après que les occupants de la maison étaient sous surveillance policière bien avant que j’arrive. Contrairement aux autres qui avaient consommé de la drogue dure, j’étais clean, je n’avais rien touché (je n’aime pas trop ça de toute façon). Mais j’ai eu le malheur d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Arrivés au commissariat, toujours sans aucune information, on a été interrogé un par un policier pendant trois heures. Les quelques filles présentes étaient traitées de « putes », on nous parlait mal, et les policiers se vantaient de leur « chasse » du jour.

Ça a été non seulement du temps perdu, mais aussi un gros stress

On a ensuite été placés dans un centre de détention provisoire sans lecture de nos droits, sans avocat, sans le droit de passer des appels, enfermés dans une cellule qui sentait le moisi avec plusieurs autres personnes. J’ai été menotté à un autre homme, deux fois plus costaud que moi et assez effrayant… On était avec des criminels, des trafiquants, etc.

Après avoir passé les tests d’urine, on a attendu six jours comme ça. J’avais peur que mon urine ait été échangé avec celle d’une autre personne qui voulait se blanchir, ce qui arrive parfois. Je ne dormais pas, je n’avais plus la notion du temps, je ne savais plus quoi penser, c’était horrible.

Puis enfin je passe devant un juge, qui me pose des questions comme si j’étais déjà coupable, essayant de me piéger (« c’est quoi ça ? » « comment tu connais ça ? », en me montrant un joint par exemple). Finalement, faute de preuves j’ai été relâché.

Cette expérience m’a endurci mais elle m’a aussi fait haïr le système tunisien, la corruption à tous les niveaux, et la mentalité du « chacun pour sa peau ». Ça a été non seulement du temps perdu, mais aussi un gros stress, pour moi mais aussi pour ma famille, ma copine. J’ai aussi eu des problèmes pour garder mon travail après ça.

Avec cette loi 52, les agents de police peuvent faire ce qu’ils veulent, arrêter qui ils veulent  et inventer n’importe quel motif. Les plus chanceux, qui ont des connaissances haut placées ou qui ont de quoi verser des pots-de-vin peuvent s’en sortir. Les autres, ça leur pourrit la vie. »

  • Y., 30 ans : « On m’a enlevé un an de ma vie pour rien »

« J’ai accepté de témoigner pour deux raisons : d’abord parce qu’en tant que militant et artiste, mon histoire avait fait du bruit en 2013. Il ne faut pas que ce genre Evènement médiatique fasse oublier que chaque jour des destins sont brisés, des vies gâchées. Et puis j’en ai marre de cette façon d’être considéré comme une honte par la société, alors que ce n’est pas le cas. On n’a rien fait de mal, on n’est pas des criminels mais des victimes.

Aujourd’hui je n’ai toujours pas digéré cette histoire, je la traîne partout, dans ma vie professionnelle et privée. Mon arrestation a eu lieu juste après le sit-in du Bardo [un rassemblement d’opposition au pouvoir en place], et à la veille de mon départ définitif en France. J’étais chez des amis, on riait, on jouait aux jeux vidéo, on écoutait de la musique. Sans aucune drogue, je précise. En tant qu’activistes, on savait qu’on était surveillés, on faisait attention mais on ne s’en inquiétait pas plus que ça. Si on n’avait pas été arrêtés sous Ben Ali, qu’est-ce qu’on craignait désormais?

Donc tout se passait bien jusqu’à environ 4 heures du matin, lorsque des policiers en civils nous ordonnent d’ouvrir la porte sans rien présenter (ni badges ni mandat d’arrêt ou de perquisition). Ils ont fouillé l’appartement et nous ont embarqués. On n’était pas des gangsters mais ils nous ont traités comme tels. Ils voulaient me faire signer un papier m’accusant non pas de simple consommation de drogue, mais de deal et de proxénétisme ! J’en aurais eu pour au moins 25 ans de prison.

J’ai refusé et on m’a remis en détention. Six jours presque sans manger et sans boire, sans clopes, sans douche, j’étais épuisé et torturé psychologiquement par les agents. On été traités comme de la merde, humiliés. Pour mon analyse d’urine par exemple, j’ai dû pisser dans le contenant menotté à un poteau électrique dehors, devant un abribus, le pantalon descendu jusqu’aux chevilles.

On n’est qu’un numéro, sans aucune défense

Après plusieurs mois, le juge m’a finalement condamné à un an de prison et à 1 500 dinars d’amende pour consommation de cannabis, malgré le manque de pièces à conviction. En prison, tous les détenus étaient mélangés, ce qui facilitait la radicalisation de certains. Dans ma première cellule, on était environ 180, à dormir à même le sol, et dans le parloir (auquel on n’avait droit que pendant 10 minutes une fois par semaine) on avait l’impression d’être au zoo : enfermés, écoutés, contrôlés.

Après un peu plus de 11 mois, j’ai bénéficié d’une grâce présidentielle pour la fête de la République. Mais on m’avait enlevé un an de ma vie pour rien, un temps d’arrêt pendant lequel on n’existe plus dans la société et qui fait aujourd’hui partie de mon casier judiciaire. On n’est qu’un numéro, sans aucune défense. J’ai ressenti de la colère, du dégoût, une injustice qui me ronge encore.

La Tunisie est un pays qui tue ses enfants, comme une mère qui renie son fils. Aujourd’hui je vis en France, je me consacre à moi et à ma famille, mais quand je rentre en Tunisie je suis toujours méfiant, limite phobique. Cette loi est une arme aux mains des autorités, une loi absurde pour un État qui a reçu un Nobel de la paix ! Plutôt que la prison, des mesures devraient être prises pour sensibiliser, prévenir, mettre en place des centres de désintoxication et se concentrer sur les drogues dures plutôt que sur de simples joints. Il faut proposer d’autres alternatives aux jeunes en investissant dans des programmes éducatifs et culturels. »

  • M., 28 ans : « J’ai eu très peur »

« L’histoire aurait pu être pire mais j’ai eu de la chance. J’ai eu quand même très peur. Pour le nouvel an 2012, on avait prévu de passer la soirée chez moi, et finalement après quelques heures on a fini par rejoindre d’autres amis dans une maison louée. Je ne vais pas le cacher, il m’arrive de fumer un joint de temps en temps chez moi, à l’abri des regards. Mais qui ça peut déranger ? Est-ce qu’on empêche les gens de se saouler chez eux ?

Quelques jours avant j’avais donc fumé un peu de « zatla » (cannabis, en Tunisien), mais pas ce soir-là. On était assez nombreux dans l’autre maison, il y avait beaucoup d’alcool et de la musique. je pense que les voisins ont dû se plaindre du bruit parce que vers 3 heures du matin des hommes tapent à la porte en nous ordonnant d’ouvrir immédiatement. On a ouvert et plusieurs policiers se sont rué dans la pièces en fouillant un peu partout et en nous demandant où on avait caché la drogue.

Paniqués, on leur a assuré qu’on n’avait rien mais il nous ont quand même embarqués en emportant ce qu’il restait d’alcool. Même si je n’avais rien pris ce jour-là, le cannabis reste détectable dans le sang et l’urine pendant plusieurs semaines, donc j’ai immédiatement imaginé le pire. Les filles présentes à la soirée étaient accusées de prostitution, et après avoir été interrogés plusieurs fois on a dû attendre deux jours avant de passer le test d’urine dans un laboratoire d’analyses. Heureusement j’ai pu convaincre un agent de police de me laisser prévenir mon père par téléphone. Ils n’étaient pas tous désagréables, certains étaient même sympas, malgré tout.

Ma vie aurait été foutue, je n’aurais pas pu trouver du travail, je serais sûrement devenu fou

Un bon ami à lui connaissait quelqu’un de haut placé dans la police, et mon père lui a donc demandé de lui « rendre service. » Le lendemain, on m’a relâché avant de me faire passer le test en me disant que je n’avait « pas l’air suspect » et que j’avais « eu de la chance. » C’est vrai, j’ai eu de la chance. Je ne suis pas très fier de ça mais je n’avais rien fait de mal, et j’allais passer au moins un an en prison. Ma vie aurait été foutue, je n’aurais pas pu trouver du travail, je serais sûrement devenu fou et je n’imagine même pas l’état dans lequel auraient été mes parents…

Une amende aurait suffit, voire quelques semaines de travaux d’intérêt général par exemple, j’aurais préféré. Je ne dis pas qu’il faut supprimer complètement la loi 52, mais il faut faire la différence entre drogues dures et drogues douces. Et ce n’est pas normal d’aller à des fêtes ou des concerts en ayant constamment peur des descentes de police ! Et surtout, nos droits les plus basiques ne sont pas respectés.

Depuis cette histoire, plusieurs personnes que je connais ont été arrêtées sous cette loi. Partout dans le monde, des gens fument du cannabis. Mais ici la punition fait partie des pires. Si la Tunisie veut se comparer à d’autres pays démocratiques, elle devrait commencer à traiter ses enfants comme des citoyens, et pas comme des criminels si tout ce qu’on leur reproche c’est d’avoir fumé un joint.

Je ne pense pas que le débat au Parlement va changer grand chose malheureusement. Mais rien que le fait d’en parler, je me sens un peu mieux et j’espère qu’on sera un jour entendus, pour éviter que d’autres vies soient brisées. »

Jeuneafrique.com par Rebecca Chaouch

Côte d’Ivoire: affrontements entre jeunes et forces de l’ordre à Yamoussoukro

novembre 17, 2016

Abidjan – Des affrontements entre jeunes et forces de l’ordre ont eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi à Yamoussoukro, capitale administrative du pays, après la mort d’un homme de 22 ans arrêté par la police, a-t-on appris de sources concordantes.

Des jeunes ont attaqué le commissariat du 2ème arrondissement dans le quartier Dioulabougou. Les combats ont duré plusieurs heures dans la nuit de mercredi à jeudi, a déclaré à l’AFP un habitant de Yamoussoukro, joint au téléphone depuis Abidjan.

Les assaillants ont placé des pneus et de troncs d’arbres pour couper l’accès au commissariat avant de donner l’assaut et empêcher de ce fait tout renfort, a souligné une source sécuritaire, s’inquiétant d’un dérapage dangereux.

Les affrontements ont éclaté au lendemain de la mort d’un jeune de Yamoussoukro après une opération de police.

Le commissariat de police du 2e arrondissement a raflé des jeunes au quartier et devait les mettre au violon pour les interroger le lendemain. C’est en cours de route que Silué (la victime Silué Tenan, 22 ans) a sauté du camion de la police qui roulait. Il s’est blessé et a été conduit à l’Hôpital où il est décédé, a explique au téléphone à l’AFP, Hamed Traoré mécanicien résident à Yamoussoukro.

Mercredi, quatre personnes, dont deux gendarmes, ont été tuées lors d’affrontements entre populations et forces de l’ordre dans le village de Neamoue, à 70 km de Bouna (nord-est de la Côte d’Ivoire), après un contrôle de gendarme qui a dégénéré en coups de feu. La ville de Bouna avait été secouée en mars par des troubles ayant fait 19 morts.

En octobre, tous les policiers de la ville de Katiola (centre-nord) avaient été mutés après une bavure policière qui avait dégénéré en émeutes.

Un commissariat avait été attaqué fin octobre dimanche à la nuit à Daloa (380 km nord-ouest d’Abidjan), troisième ville de Côte d’Ivoire, par des assaillants non identifiés qui ont emporté des armes et libéré des prisonniers.

Ces attaques posent à la fois le problème des bavures et du respect des forces de l’ordre dans ce pays où les armes circulent encore plus de cinq ans après la fin d’une décennie de crise politico-militaire sanglante, qui a fait des milliers de victimes.

Romandie.com avec(©AFP / 17 novembre 2016 15h22)