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Burkina Faso : une « centaine » de terroristes « neutralisés » en un mois

août 20, 2022

Le pays, dirigé par le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba depuis janvier, fait face à une recrudescence d’attaques jihadistes ces derniers mois. Dans la région, la situation sécuritaire s’est aggravée et se propage aux pays voisins.

Une unité de l’armée burkinabè lors de l’attaque de l’état-major, à Ouagadougou, le 2 mars 2018. (Photo d’illustration) © Ludivine Laniepce/AP/SIPA.

L’armée du Burkina Faso a affirmé le 19 août avoir tué une centaine de « terroristes » lors de diverses opérations menées du 15 juillet au 15 août dans plusieurs régions du pays.

Une opération menée le 8 août contre des jihadistes présumés qui avaient tenté d’attaquer le détachement militaire de Kelbo dans la région du Nord, a d’abord permis de « neutraliser au moins 50 terroristes », selon un communiqué de l’état-major des armées. Une contre-offensive le même jour, soutenue par l’aviation, a ensuite permis de « neutraliser au moins 34 terroristes et de récupérer leur logistique « , précise le texte.

Soutien français

Quatre soldats et neuf supplétifs civils de l’armée ont également trouvé la mort lors de cette opération, selon l’armée qui précise que « la prompte contribution du partenaire français a permis l’évacuation diligente des blessés vers les centres de santé ».

Des « opérations de ciblage » conduites dans d’autres régions, dont celles du Nord, de l’Est, du Centre-est, du Sahel et du Centre-Ouest, ont permis de « neutraliser » une trentaine de « terroristes » et de détruire des bases logistiques, ajoute le communiqué.

Des ravitaillements pour contrer les blocus jihadistes

L’armée a également affirmé avoir assuré des escortes de commerçants pour approvisionner en marchandises plusieurs localités, dont certaines soumises à un blocus de groupes jihadistes.

À la fin de juillet, 130 camions de ravitaillements ont ainsi été convoyés jusqu’à Djibo, chef-lieu de la province du Soum, l’une des plus touchées par les violences jihadistes, selon l’état-major. « Grâce aux efforts des armées de l’air du Burkina Faso et du Niger, plusieurs tonnes de vivres et denrées diverses » ont été convoyées au profit d’autres localités, dont celle de Sebba, où des habitants avaient déclaré être menacés de famine, indique-t-il.

Soutien de l’UA

Le Burkina Faso, où des militaires menés par le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, actuel président de la transition, ont pris le pouvoir en janvier en promettant de faire de la lutte anti-jihadiste leur priorité, est confronté comme plusieurs pays voisins, dont le Mali, à la violence de mouvements armés jihadistes affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique (Daech), qui y ont fait depuis 2015 des milliers de morts et quelque deux millions de déplacés.

Plus de 40 % du territoire y est hors du contrôle de l’État, selon des chiffres officiels, et les attaques se sont multipliées depuis le début de l’année. « Nous demandons le soutien de la communauté internationale au Burkina Faso pour faire face à tous les défis » sécuritaires, a déclaré le 19 août le commissaire aux affaires politiques, à la paix et à la sécurité de l’Union africaine (UA), Bankole Adeoye, à l’issue de sa rencontre avec Damiba.

Arrivé le 17 août à Ouagadougou, Bankole Adeoye dirige une délégation de l’UA venue évaluer la conduite de la transition et la situation sécuritaire et humanitaire. Il a souligné « la nécessité d’assurer une bonne transition, crédible, transparente et juste ». « Quand nous aurons constaté des étapes claires vers une amélioration, une restauration et une pacification, l’UA élargira et accroîtra son soutien pour permettre au Burkina Faso de réaliser la stabilité et la sécurité », a-t-il affirmé.

La durée de la transition avant le retour à l’ordre constitutionnel a été fixée à deux ans. Durant son séjour qui s’achève ce 20 août, la délégation a échangé avec le Premier ministre Albert Ouédraogo et doit aussi rencontrer des acteurs de la société civile, des leaders religieux et coutumiers, ainsi que des ambassadeurs accrédités au Burkina Faso.

Retrait de Barkhane au Mali, Dubois toujours otage

Dans le Mali voisin, en proie lui aussi à une résurgence d’attaques terroristes, le dernier soldat français a quitté le pays le 15 août, après neuf ans d’engagement contre les jihadistes. La junte au pouvoir à Bamako depuis le putsch d’août 2020 s’est détournée de la France et de ses alliés pour s’allier avec la Russie.

Devant la presse, le porte-parole adjoint des Affaires étrangères, François Delmas, a assuré le 19 août que « le retrait de l’opération Barkhane du Mali ne diminue en rien la mobilisation de la France pour faire libérer Olivier Dubois » « Tous les efforts sont déployés pour obtenir la libération de notre compatriote », a-t-il déclaré, à l’approche du 500e jour de captivité d’Olivier Dubois, le 21 août.

Le journaliste indépendant, qui vit et travaille au Mali depuis 2015, a lui-même annoncé son enlèvement dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le 5 mai 2021. Il y expliquait avoir été kidnappé le 8 avril à Gao, dans le nord du Mali, par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), principale alliance jihadiste au Sahel, liée à Al-Qaïda. Il est le seul otage français recensé dans le monde.

Par Jeune Afrique avec AFP

Togo : Faure Essozimna Gnassingbé face au péril jihadiste

août 3, 2022

À la mi-juillet, des attaques d’une ampleur inédite ont frappé le pays, qui tente depuis de revoir son dispositif sécuritaire pour contenir la menace venue du Nord.

Faure Essozimma Gnassingbé lors d’une réunion avec la population à Dapaong. © Emmanuel Pita.

Ce 15 juillet, Faure Essozimna Gnassingbé assiste à un combat de lutte traditionnelle Evala dans sa ville natale de Kara lorsque, au milieu de la bataille, il doit se précipiter sur un autre front. Le président est attendu à Mandouri, dans la région des Savanes, frontalière avec le Burkina Faso, pour constater les dégâts d’une nouvelle attaque menée durant la nuit précédente par des groupes armés.

Sur place, des éléments des forces de défense et de sécurité déployés dans la zone rendent compte au chef de l’État de ces heures qui ont fait une vingtaine de morts. « En ces moments d’affliction, je réaffirme ma détermination à lutter contre le terrorisme, afin de protéger nos populations et garantir la paix et la quiétude », déclare-t-il alors. Face au péril jihadiste qui ne cesse de se faire plus pressant, le président joue la carte de la proximité et du patriotisme.

Dialogue

Juste après l’attaque, le 18 juillet, Faure Essozimna Gnassingbé a convié une quinzaine de ministres, notamment le général Yark Damehane (Sécurité et Protection civile), Essozimna Marguerite Gnakadè (Armées) et Sani Yaya (Économie et Finances), autour de la Première ministre Victoire Tomégah-Dogbé pour une série d’échanges avec les différentes couches sociales de la région des Savanes. Avant de présider lui-même un dialogue à Dapaong.

Sous une tente, debout et d’un ton rassurant, il s’est fait chef de guerre et à appeler à une alliance nationale face aux terroristes. « Le pire n’est jamais sûr dans ce domaine », a-t-il clamé. « Aucune mort, aucune vie n’est banale. Pour nous, c’est un drame, une tragédie, des morts de trop », a-t-il poursuivi.

Coopération avec les pays voisins

Alors que les groupes armés frappent de plus en plus les pays côtiers, le gouvernement vient d’annoncer des mesures urgentes dans certaines préfectures ou cantons de la région du Nord. Le bataillon d’intervention rapide (BIR) de Sokodé a été déplacé vers une base de Dapaong et a été pourvu de drones d’attaques turcs TB2, quand certains postes avancés ont vu leurs effectifs renforcés. Une coopération accrue avec le Burkina Faso et le Ghana en matière de renseignement a également été mise en place.

Le chef d’état-major togolais, le général Dadja Maganawé, a assuré que rien ne saurait faire fléchir l’armée, déterminée « à poursuivre la mission de défense du territoire ». Reste à savoir si elle peut réussir à éliminer une menace que les autres pays confrontés au même péril ont bien du mal à contenir.

Avec Jeune Afrique par Charles Djade – à Lomé

Nigeria: 300 détenus dont 60 jihadistes s’évadent après une attaque présumée de Boko Haram

juillet 6, 2022
Nigeria: 300 detenus dont 60 jihadistes s'evadent apres une attaque presumee de Boko Haram
Nigeria: 300 détenus dont 60 jihadistes s’évadent après une attaque présumée de Boko Haram© AFP/Kola Sulaimon

Plus de 300 détenus dont une soixantaine de jihadistes se sont échappés mardi soir d’une prison située en banlieue d’Abuja, capitale du Nigeria, après une attaque présumée de Boko Haram, a affirmé mercredi le gouvernement.

Les 64 jihadistes incarcérés dans cet établissement se sont évadés, « plus aucun ne se trouve à l’intérieur », a déclaré mercredi devant la presse le ministre de la Défense, Bashir Magashi, ajoutant qu’il était « très vraisemblable » que des combattants de Boko Haram aient mené l’attaque .

Des commandants d’Ansaru, un groupe jihadiste affilié à Al-Qaïda, dont le chef Khalid Barnawi, étaient détenus dans ce centre pénitentiaire de moyenne sécurité de Kuje, depuis leur condamnation en 2017.

Des habitants de la région ont rapporté avoir entendu mardi soir de fortes explosions et des tirs près de la prison.

« On a entendu des coups de feu dans ma rue. On pensait que c’était des voleurs armés », a affirmé un habitant. « La première explosion est survenue après les coups de feu. Puis il y en a eu une deuxième et une troisième ».

Le président Muhammadu Buhari s’est rendu sur place mercredi après-midi, où les débris calcinés d’un bus et de plusieurs voitures semblaient comme figés devant une partie détruite de la prison.

« Pour l’instant, nous avons récupéré environ 300 (détenus) sur les quelque 600 qui sont sortis des cellules de la prison », a précisé un responsable du ministère de l’Intérieur, Shuaibu Belgore. Certains détenus se sont rendus tandis que d’autres ont été recapturés, a-t-il précisé.

Un agent de sécurité a été tué dans l’attaque, a affirmé le porte-parole des services pénitentiaires, Abubakar Umar.

Les responsables de la prison tentent toujours de déterminer le nombre exact de détenus manquant à l’appel, selon M. Umar.

Dans la matinée, les forces de sécurité ont ramené à la prison, dans une camionnette noire, une vingtaine de détenus recapturés, a constaté sur place un correspondant de l’AFP.

L’ancien haut responsable de la police, Abba Kyari, détenu au Centre pénitentiaire de Kuje dans l’attente de son procès pour trafic de drogue, est toujours en détention, a-t-il ajouté.

Embuscade

Les forces de sécurité du Nigeria combattent les jihadistes de Boko Haram et ceux du groupe Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) dans le nord-est du pays, où un conflit vieux de 13 ans a fait 40.000 morts et 2,2 millions de déplacés.

L’armée est également déployée pour lutter contre des bandes criminelles lourdement armées, appelées localement « les bandits », qui terrorisent le nord-ouest et le centre, attaquant les villages et procédant à des kidnapping de masse.

Quelques heures avant l’attaque du la prison de Kuje, des hommes armés ont également tendu une embuscade à un détachement d’agents de sécurité du président Muhammadu Buhari – qui n’était pas dans le convoi -, près de sa ville natale où il doit se rendre ce weekend dans l’Etat de Katsina (nord-ouest).

Deux agents ont été légèrement blessés dans l’attaque et l’identité des auteurs reste pour l’heure inconnue. « Les assaillants ont ouvert le feu sur le convoi (…) mais ont été repoussés par des militaires, la police et les agents du DSS », a déclaré la présidence.

Cette embuscade illustre une nouvelle fois l’insécurité quasi-généralisée dans le pays le plus peuplé d’Afrique (215 millions d’habitants).

Au Nigeria, les prisons, souvent surpeuplées et gardées par des membres des forces de sécurité débordés, sont la cible de fréquentes attaques.

L’année dernière, plus de 1.800 détenus s’étaient ainsi échappés après que des hommes lourdement armés eurent attaqué à l’explosif une prison du sud-est du pays, en proie à des agitations séparatistes.

Par Le Point avec AFP

Cameroun : cinq employés de MSF enlevés dans le Nord

février 26, 2022
Des soldats en patrouille à Fotokol, à la frontière avec le Nigeria, en février 2015 au Cameroun. © STEPHANE YAS / AFP

Cinq membres tchadien, sénégalais, franco-ivoirien et camerounais de Médecins sans frontières ont été capturés jeudi par des hommes armés dans l’Extrême-Nord du pays où opèrent des groupes jihadistes.

« Des hommes armés se sont introduits au domicile de MSF » et « cinq membres de notre équipe ont été emmenés » à Fotokol, à la frontière avec le Nigeria, où les groupes jihadistes Boko Haram et État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap, selon l’acronyme en anglais) attaquent régulièrement les civils et les militaires, a indiqué vendredi l’ONG médicale internationale.

« Trois travailleurs humanitaires, une Franco-Ivoirienne, un Sénégalais et un Tchadien, ainsi que deux gardes de sécurité camerounais ont été enlevés », a précisé un responsable de l’administration locale, qui a requis l’anonymat. Rien ne permet de lier cet acte aux attaques de Boko Haram. Nous ne savons pas si c’est un simple vol qui a mal tourné. Un coffre-fort a été ouvert, a-t-il ajouté, précisant que l’armée est à leur recherche. Ni l’identité ni les motifs des auteurs ne sont connus à ce jour. »

Des attaques qui se multiplient

Fotokol, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, se trouve près du lac Tchad, vaste étendue d’eau et de marécages dont les rives s’étirent sur quatre pays : Tchad, Niger, Cameroun et Nigeria. Boko Haram et l’Iswap ont installé leurs repaires dans certains des innombrables îlots qui parsement le lac.

LES GROUPES ARMÉS PROFITENT DE LEUR CONNAISSANCE DES TERRAINS MARÉCAGEUX

Les jihadistes conduisent régulièrement des attaques contre les militaires et les civils dans ces quatre pays. Elles se sont multipliées ces derniers mois, les groupes armés profitant de leur connaissance de ce terrain marécageux. L’Iswap a consolidé son emprise après la mort d’Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram, dans des combats entre les deux groupes rivaux.

L’insurrection de Boko Haram est apparue en 2009 au Nigeria avant de se propager dans les pays voisins. Depuis, plus de 36 000 personnes (principalement au Nigeria) ont été tuées, et 3 millions ont dû fuir leur domicile, selon l’ONU. En septembre 2019, six soldats camerounais avaient été tués près de Fotokol après l’attaque d’un poste militaire par Boko Haram.

Par Jeune Afrique avec AFP

Burkina Faso: L’armée française tue 40 jihadistes impliqués dans les attaques au Bénin

février 13, 2022
Les soldats français de l’opération Barkhane. © FLORENT VERGNES – AFP/Archives

Les soldats français de l’opération Barkhane ont abattu des jihadistes impliqués dans les récentes attaques dans le nord du Bénin voisin qui ont fait neuf morts, dont un ancien militaire français, a annoncé samedi l’état-major dans un communiqué.

Après ces trois attaques à la bombe artisanale ayant fait également douze blessés parmi les équipes chargées de la sécurité du parc naturel W, la force Barkhane, « alertée par ses partenaires béninois et burkinabè, a engagé des capacités aériennes de renseignement pour localiser ce groupe armé » responsable des attentats avant d’effectuer jeudi des frappes aériennes dans lesquelles 40 jihadistes ont été tués, détaille le communiqué.

« Dans la matinée du 10 février, après avoir localisé et identifié une première colonne de terroristes se déplaçant à moto, en accord et en coordination permanente avec les autorités burkinabè, une première frappe aérienne a été effectuée par un drone Reaper alors que la colonne venait de pénétrer sur le territoire burkinabè », et « une dizaine de terroristes ont été neutralisés », selon l’état-major.

« L’engagement d’une patrouille de chasseurs Mirage 2000 a permis de procéder à trois nouvelles frappes visant des regroupements de terroristes à proximité du lieu de la première frappe », au cours desquelles « plus d’une trentaine de terroristes ont été neutralisés, un pick-up et plus d’une dizaine de motos ont été détruits », ajoute le communiqué.

Une lutte prioritaire pour la France

Le Bénin était jusqu’à récemment considéré comme un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest, région où opèrent de nombreux groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique (EI). Mais une récente série de raids frontaliers dans les pays situés au sud du Sahel a confirmé les craintes que des groupes jihadistes sévissant au Mali, au Niger et au Burkina Faso cherchent à progresser vers la côte.

La France, qui combat les groupes jihadistes au Sahel depuis neuf ans, pourrait bien annoncer dans les prochains jours le retrait de ses troupes du Mali, alors que la junte au pouvoir à Bamako témoigne d’une hostilité croissante à l’égard de la présence française.

Paris conserve néanmoins la ferme intention de continuer à lutter contre la propagation du jihadisme dans la région. L’état-major français souhaite y renforcer ses activités de coopération et fournir des capacités-clés aux état-majors locaux, selon des sources concordantes.

La priorité de la France reste de « poursuivre la lutte contre le terrorisme » aux côtés des pays africains, a souligné mardi le chef d’état-major des armées françaises, le général Thierry Burkhard, lors d’une visite en Côte d’Ivoire.

Par Jeune Afrique avec AFP

Bénin : nouvelle attaque meurtrière dans le nord du pays, la piste jihadiste privilégiée

février 10, 2022
Un militaire béninois lors d’une patrouille dans le nord du pays. © STEFAN HEUNIS/AFP

L’assaut, qui a fait au moins six morts, dont cinq rangers et un soldat béninois, n’a pas été revendiquée. La piste terroriste est à craindre, dans un contexte de dégradation de la situation sécuritaire dans cette région frontalière avec le Niger et le Burkina Faso.

Une équipe de rangers béninois a été prise en embuscade, mardi 8 février, alors qu’elle était en patrouille dans le parc national du W, qui se situe à proximité de la frontière avec le Burkina Faso et le Niger. Le bilan provisoire fait état de six morts, dont cinq rangers et un soldat béninois, et d’une dizaine de blessés, a fait savoir African Parks, l’ONG à laquelle le gouvernement béninois a confié la gestion – et une partie de la sécurisation – du parc de la Pendjari et du parc du W, en mai 2017. « Nous travaillons en étroite collaboration avec le gouvernement pour intensifier la sécurité dans la région », a insisté l’organisation.

Le gouvernement n’a, pour l’heure, pas communiqué sur cette attaque. Cette dernière n’a pas été revendiquée, mais elle intervient alors que la crainte d’une propagation vers le sud du risque jihadiste qui sévit dans le Sahel se fait sans cesse plus prégnante. Entre le 30 novembre 2021 et le 6 janvier, le Bénin a essuyé pas moins de trois attaques jihadistes meurtrières ciblant l’armée dans cette région du nord du pays. Depuis 2019, après le meurtre d’un guide béninois et l’enlèvement de deux touristes français – libérés quelques mois plus tard lors d’une opération militaire au Burkina Faso – la situation sécuritaire dans cette région frontalière s’est fortement dégradée.

Présence jihadiste ?

Selon African Parks, des renforts militaires et des gardes forestiers supplémentaires ont été déployés dans le secteur après l’embuscade de mardi. Une source sécuritaire, interrogée par Jeune Afrique après l’attaque d’une position de l’armée en décembre dernier, affirmait déjà que le niveau de vigilance dans la zone avait été relevé, notamment après une offensive présumée jihadiste qui a frappé le Togo voisin quelques semaines plus tôt. « Il n’y a pas de katiba au Bénin, assurait cependant notre source sécuritaire. Les gens qui mènent ces attaques depuis 2019 viennent d’ailleurs. »

En février 2021, Bernard Émié, le patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services de renseignements français, avait affirmé que les chefs d’Al-Qaïda avaient conçu un « projet d’expansion vers les pays du golfe de Guinée ». Plus récemment, en juin dernier, le think tank néerlandais Clingendael avait observé que, s’il n’y avait « pas de signe d’installation permanente » jihadiste dans le pays, certains groupes armés « parcourent régulièrement les trois provinces [du nord du pays : Alibori, Atacora et Borgou], disposent de moyens logistiques et ont développé des liens avec des individus au Bénin ».

« Depuis deux ans au moins, nous avons déployé un important dispositif de prévention dans nos communes frontalières où la menace terroriste, en raison des développements observés dans des pays limitrophes, est forte », avait déclaré le président Patrice Talon, le 29 décembre dernier, lors de son discours devant le Parlement. « Nous l’avons fait pour prévenir ou éviter au maximum des incursions chez nous, parce qu’il faut bien le dire, la situation dans la sous-région est très préoccupante », avait-il ajouté, reconnaissant cependant que le pays avait été « éprouvé à plusieurs reprises » sur ce front.

Par Jeune Afrique avec AFP

Burkina Faso : une nouvelle attaque « jihadistes » dans le nord du pays fait une dizaine de morts

janvier 17, 2022
Un soldat burkinabè, à Ouagadougou, au Burkina Faso, le18 janvier 2016 (image d’illustration) © Sunday Alamba/AP/SIPA

Une dizaine de civils ont été tués samedi lors d’une attaque attribuée à des jihadistes et perpétrée contre le village de Namssiguian, dans le nord du Burkina Faso.

Samedi matin « des individus armés non identifiés ont mené une attaque meurtrière dans le village de Namssiguian, dans la province du Bam », a déclaré une source sécuritaire en précisant que « le bilan provisoire établi hier (samedi) était d’une dizaine de civils tués » et que « des familles sont toujours sans nouvelles de certains de leurs proches », a-t-elle ajouté.

Un habitant de la zone a de son côté parlé d’un bilan provisoire d’au moins neuf morts. Il y a également « d’importants dégâts matériels car des boutiques et des commerces ont été incendiés ». « Les terroristes sont restés pendant plusieurs heures dans le village où ils ont pillé et détruit», a-t-il ajouté, affirmant que « les assaillants avaient préalablement saboté les antennes téléphoniques, rendant toute communication impossible ».

Spirale de violences

Comme ses voisins malien et nigérien, le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique. Malgré des opérations contre ces groupes, l’armée a du mal à contenir les violences qui ont fait plus de 2 000 morts en six ans, et contraint plus de 1,5 million de personnes à fuir leurs foyers.

Fin décembre, une attaque de jihadistes présumés avait fait 41 morts dans le nord du Burkina Faso, dont des civils et des supplétifs de l’armée. Selon plusieurs médias burkinabè, cette embuscade visait un convoi de commerçants, escorté par des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). C’était le bilan le plus lourd enregistré depuis l’attaque d’Inata (nord), mi-novembre, où 57 personnes dont 53 gendarmes avaient été tuées, suscitant l’exaspération de la population.

Mais la plus meurtrière depuis le début des violences djihadistes en 2015 au Burkina reste à ce jour celle de Solhan, dans la province du Sahel (nord), au cours de laquelle au moins 132 personnes ont été tuées, selon un bilan officiel.

Les attaques d’ampleur variable contre des civils ou des membres des Forces de défense et de sécurité sont devenues presque quotidiennes au Burkina. Jeudi, un policier a été tué et « plusieurs terroristes neutralisés » lors d’une attaque armée contre un poste de contrôle dans le nord, selon des sources sécuritaires. Deux jours auparavant, au moins quatre soldats avaient trouvé la mort dans une attaque attribuée à des groupes jihadistes contre une unité du détachement militaire de Markoye, toujours dans le nord du pays, près de la frontière du Niger.

Quatre officiers supérieurs de l’armée ont été nommés jeudi à la tête de régions du nord et de l’est du Burkina Faso, les zones les plus frappées par les jihadistes.

Par Jeune Afrique avec l’AFP

Mali : le grand cafouillage entre l’État et les jihadistes

octobre 22, 2021
Des soldats maliens lors d’une patrouille à Ndaki, en juillet 2019. © REUTERS/Benoit Tessier

Ce jeudi 21 octobre, le gouvernement malien a démenti toute négociation avec les chefs jihadistes. Une information pourtant confirmée par le ministère des Affaires religieuses deux jours plus tôt. L’exécutif a-t-il eu peur de mécontenter la France ? Retour sur cet imbroglio.

C’est à n’y plus rien comprendre. Ce mardi 19 octobre, l’information tombe sur les ondes de Radio France internationale : le gouvernement malien a mandaté le Haut conseil islamique (HCI) afin de négocier avec les chefs jihadistes Iyad Ag Ghaly, le chef du JNIM, et Amadou Koufa de la katiba Macina.

Confirmée par le ministre malien des Affaires religieuses, Mamadou Koné, l’information marque un changement de posture des autorités maliennes. Alors que la demande est émise de longue date par les Maliens, les autorités assument désormais leur volonté de négocier officiellement avec les groupes armés terroristes.

Rétropédalage

Sauf que deux jours plus tard, la communication du gouvernement dit le contraire. Dans un communiqué lu à la télévision nationale, la Primature dément avoir chargé qui que ce soit de négocier avec Ag Ghali et Koufa. « Aucune organisation nationale ou internationale n’a été mandatée officiellement pour mener une telle activité », peut-on lire dans le document.

Le ministre des Affaires religieuses a-t-il anticipé l’annonce sans l’accord du chef du gouvernement ? Les autorités ont-elles rétropédalé ? La Primature, contactée par Jeune Afrique, se refuse à tout commentaire, se réfugiant derrière le communiqué publié et se détachant de toute position qu’ait pu prendre le ministère des Affaires religieuses et du Culte. Du côté de ce dernier, on ne souhaite pas non plus commenter.

L’équipe gouvernementale ne donnera donc pas plus de détails. Mais la Primature ne ferme pas pour autant la porte aux négociations. « Le gouvernement a bien noté les recommandations […], allant dans le sens de négociations entre tous les fils du pays afin de les réconcilier pour la stabilité du Mali. [Il] note que des bonnes volontés se sont manifestées pour mener des négociations. À cet effet, il salue leur initiative et les remercie des démarches entreprises pour ramener la stabilité et la quiétude dans les différentes régions du pays », fait valoir le communiqué.

Ligne rouge pour Paris

Alors pourquoi ce changement de cap ? Certains croient y voir le résultat d’une pression extérieure. Pour la France, partenaire privilégié du Mali dans la lutte contre le terrorisme, la négociation avec les jihadistes est une ligne rouge, incompatible avec la présence de soldats français au Mali. Pour autant, l’Élysée, qui s’est plusieurs fois exprimé sur le sujet, n’a pas officiellement réagi à l’information publiée en début de semaine.

Peut-être le rétropédalage des autorités maliennes pourrait alors simplement résulter d’un cafouillage au sein du gouvernement de Choguel Maïga, qui, sans cacher sa volonté de négocier avec les jihadistes – comme le confiait le Premier ministre malien à Jeune Afrique le 16 octobre dernier –, n’a pas encore l’intention d’officialiser la démarche.

Avec Jeune Afrique par Manon Laplace – à Bamako

Mali : six mois après, quel espoir de libération pour Olivier Dubois ?

octobre 8, 2021
Manifestation de soutien à Olivier Dubois, le 8 juin 2021, à Paris © SEVGI/SIPA

Alors que le ton monte entre Paris et Bamako, certains s’inquiètent de possibles répercussions sur les négociations en vue de la libération du journaliste français, otage des jihadistes.

C’est sur le terrain qu’il aimait donner à voir et à entendre. C’est aussi là qu’il se sentait le mieux. Comme lors de chacun de ses déplacements, juste avant de se rendre à Gao où il a été enlevé le 8 avril, Olivier Dubois a laissé un protocole de sécurité à Déborah Al Hawi Al Masri, son épouse. Il lui demandait d’alerter les autorités si elle n’avait pas de ses nouvelles au plus tard le 10 avril à 17h. Il était prudent, mais n’aurait jamais imaginé voir un jour son nom inscrit sur la liste des Français pris en otage à l’étranger.

Voilà maintenant six mois que ce journaliste hyperactif, collaborateur notamment de Jeune Afrique, est otage, laissant sa compagne et ses deux enfants dans un état d’angoisse… mais aussi d’espoir. L’espoir de le voir un jour revenir et reprendre le cours de sa vie.

« Je ne suis informée de rien »

À l’annonce de son enlèvement, un comité de soutien baptisé #FreeOlivierDubois s’est très vite constitué, et multiplie depuis les actions à Paris comme à Bamako. Surtout, ne pas oublier Olivier Dubois, alors même que de nombreuses interrogations demeurent. Où se trouve-t-il ? Comment se porte-t-il ? Comment les États français et maliens œuvrent-ils pour qu’il soit libéré le plus vite possible ? Les questions fusent dans la tête de ses proches, sans réponse. Ils affirment ne rien savoir d’éventuelles négociations. « Je ne suis informée de rien, confie sa compagne. Je ne sais pas si des discussions ont été entamées parce que le Mali et la France travaillent dans une totale discrétion. »

Les jours passant, cette mère de famille éprouve une certaine frustration et un sentiment d’impuissance. Mais elle veille à ne pas laisser leurs enfants dans l’ignorance : « Olivier est omniprésent dans nos pensées et sa situation n’est pas un tabou. On en parle régulièrement. Je préfère leur répondre plutôt que d’engendrer des angoisses chez eux ». Le dernier message de leur père date du 5 mai, c’est une courte vidéo de 20 secondes. Habillé en tunique traditionnelle avec une barbe de trois jours, l’otage confirmait son enlèvement à Gao, par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), la nébuleuse sahélienne d’Al Qaïda dirigée par le Malien Iyad Ag Ghaly.

Le 29 septembre dernier, le journaliste Wassim Nasr, spécialiste des réseaux jihadistes, a affirmé avoir été en contact avec une source « propre » du GSIM. Contrairement au scenario avancé jusqu’alors, celle-ci affirme qu’Olivier Dubois n’a pas été attiré dans un piège ou « trompé » et que son cas « peut être ouvert à la discussion ».

Crispation

Si c’est le cas, la France – qui a officiellement pour doctrine de ne pas négocier avec les terroristes – accepterait-elle d’ouvrir des négociations ? La récente crispation des relations entre Paris et Bamako va-t-elle entraver l’avancée du dossier du seul otage français au monde ? « Je n’ai pas de craintes par rapport à la situation d’Olivier parce que les deux États m’ont affirmé qu’il est une priorité, veut croire Déborah Al Hawi Al Masri. Les problèmes géopolitiques ne seront pas un frein. » 

Depuis la fin septembre, le ton est monté d’un cran entre les deux pays. Paris n’apprécie guère que Bamako ait entamé des discussions avec des sociétés de sécurité russes de la nébuleuse Wagner. Et Emmanuel Macron a vivement réagi aux propos du Premier ministre malien, Choguel Maïga, qui a qualifié « d’abandon » le retrait progressif des troupes de Barkhane dans le nord du Mali.

Journaliste indépendant et spécialiste des questions de sécurité, Walid Ag Menani estime toutefois que ce changement de dispositif militaire n’aura pas de réel impact sur le dossier Dubois. Selon lui, cela ne veut pas nécessairement dire que la sécurité et la libération du journaliste seront compromises. « Sophie Pétronin [enlevée à Gao en 2016 et libérée en octobre 2020] a été arrêté dans une ville où des soldats français étaient présents et elle a été libérée à quelques kilomètres d’une base de l’armée française », rappelle-il. Autrement dit, la présence des troupes françaises dans la zone n’a pas empêché ce rapt.

« Il est très compliqué de tirer des conclusions, nuance Marc de Boni, membre du comité de soutien à Olivier Dubois. Il est certain que cette crispation est un facteur d’angoisse pour tous. Mais Quand Sophie Petronin a été libérée, les relations entre la France et le Mali n’étaient pas au beau fixe non plus. » Six mois après l’enlèvement d’Olivier Dubois, l’espoir est toujours aussi grand. 

Avec Jeune Afrique par Fatoumata Diallo

Mozambique : face aux jihadistes, les troupes de la SADC peuvent-elles pallier l’échec de l’armée ?

juillet 7, 2021
Journée de distribution de nourriture, le 28 avril 2021, dans la région de Cabo Delgado, où 700 000 personnes ont été déplacées, à cause des attaques jihadistes.

Les chefs d’État de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) ont décidé d’intervenir militairement dans le pays. Cependant, ce soutien extérieur risque de ne pas suffire.

Fragilisé par la crise sécuritaire au Cabo Delgado, sa région d’origine, le président Filipe Nyusi a finalement changé d’avis. Bien que, depuis 2017, le nord-est du Mozambique fait figure de nouvelle brèche du jihadisme en Afrique, le président mozambicain avait toujours refusé la moindre intervention militaire étrangère. « Ce n’est pas une question de fierté, c’est une question de souveraineté », plastronnait-il encore début avril, quelques jours après la prise du très stratégique port de Palma par les jihadistes d’Al-Shabab, groupe affilié à l’État islamique. Pour répondre à la crise, Nyusi affirmait alors pouvoir s’appuyer sur ses propres forces armées – à la puissance pourtant limitée – et recourir aux services d’agences de sécurité paramilitaires.

Mais les mercenaires russes de Wagner et sud-africains de Dick Adisory Group, recrutés par Maputo, ne sont pas parvenus à empêcher la dégradation de la situation sécuritaire. En trois ans, le conflit a fait plus de 2 800 morts, et 800 000 déplacés, dont certains ont trouvé refuge en Tanzanie. Soumis à une très forte pression de la part de ses homologues, inquiets de voir se développer un nouveau point d’instabilité, le chef de l’État mozambicain a donc fini par céder. Le 23 juin, à l’issue du sommet extraordinaire de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) qui s’est tenu à Maputo, les chefs d’État ont « approuvé la mission de la force d’attente de la SADC pour soutenir le Mozambique dans son combat contre le terrorisme et les violences extrémistes au Cabo Delgado », a annoncé Stergomena Tax, la secrétaire exécutive de l’organisation. 

Pénuries de carburant et de munitions

Auparavant, Nyusi a tout fait pour éviter cette issue, sans succès. En acceptant notamment de nouer des partenariats militaires avec des puissances étrangères. Les États-Unis avaient annoncé l’envoi, dès la mi-mars, d’un contingent de formateurs, déployés pour une période de deux mois dans le cadre du programme Joint Combined Exchange Training. Objectif : former les fusiliers marins aux techniques de contre-guerilla pour tenter de reprendre le nord-est. 

« Le gouvernement a augmenté le budget de la défense ces dernières années, mais cet effort financier ne s’est pas encore concrétisé sur le terrain. L’armée est confrontée à des pénuries de carburant et de munitions, et le problème perdure », constate le Britannique Nathan Hayes, analyste pays au sein de The Economist Intelligence Unit, un organisme rattaché au célèbre magazine économique. « Résoudre ces problèmes prendra du temps. Un soutien extérieur est donc indispensable », juge l’analyste. 

La meilleure preuve de la nécessité de cette implication étrangère est venu le jour même de l’annonce de la SADC d’envoyer des troupes sur place. Lors d’un accrochage avec les milices jihadistes Al-Shabab, un hélicoptère de l’armée qui transportait des troupes sur une zone d’opération, a été victime d’une avarie technique qui l’a forcé à atterrir en urgence près du site d’Afungi, l’un des nombreux sites d’extraction offshore au large des côtes du Mozambique dont la richesse en gaz lui vaut le surnom de « Qatar de l’Afrique ».

« Le manque de moyens aériens – avions, hélicoptères et drones – est l’un des principaux problèmes auxquels est confronté l’armée mozambicaine », souligne Éric Morier-Genoud, professeur à la Queen’s University de Belfast et spécialiste du pays. Mais le chercheur insiste : il est loin d’être le seul. La riposte sécuritaire mozambicaine est aussi minée par les conflits au sein de la chaîne hiérarchique entre les différents acteurs présents sur le terrain.

« Les forces qui combattent au Cabo Delgado sont constituées de l’armée et de la police, cela complique les choses », explique Éric Morier-Genoud. D’autant que « les rivalités entre le ministère de l’Intérieur et la police, d’un côté, et le ministère de la Défense et l’armée, de l’autre, portent préjudice à la lutte contre les milices Al-Shabab », estime en écho Nathan Hayes. Dans ce contexte, Éric Morier-Genoud en vient même à défendre le recours de Maputo aux société militaires privées. « Elles présentent l’avantage d’être moins dépendantes des pouvoirs politiques et sont relativement discrètes », glisse le chercheur. 

Crainte d’un conflit sans fin

Mais le constat est là. Forte de quelque 12 000 hommes, l’armée mozambicaine, même soutenue par les supplétifs privés, n’est pas parvenue à mettre en échec les jihadistes d’Al-Shabab, qui comptent de 1 500 à 4 000 combattants, selon des estimations toujours difficiles à établir. L’appui militaire des pays de la région permettra-t-il de palier aux défaillances de l’armée mozambicaine ? Alors que les contours, l’ampleur et le calendrier du déploiement de la force d’attente promise par la SADC ne sont pour l’heure pas connus, le doute est permis. « Les membres de la SADC veulent une intervention, mais craignent de s’enliser dans un conflit sans fin. En face, les autorités mozambicaines vont faire leur possible pour cantonner le soutien de la coalition à la protection des installations gazières qui représentent une manne financière pour le pays », juge Nathan Hayes.

« Il faut trois ans pour lancer une guérilla et dix ans, au minimum, pour y mettre fin, tranche Eric Morier-Genoud. Et dans cette région, le terrain est extrêmement difficile, avec des forêts très denses. Il ne faut pas mettre trop d’espoir dans une résolution rapide grâce à l’intervention promise par la SADC. » Le chercheur est d’autant plus prudent que l’intervention sera de faible ampleur, « probablement moins de 3 000 hommes », estime-t-il.

Les interventions étrangères et les pressions de la communauté internationale ne sont également pas exemptes d’arrière-pensées. « Nyusi a fini par reconnaître qu’Al-Shabab représente une menace grave qu’après avoir rencontré le président Emmanuel Macron et le PDG de Total, Patrick Pouyanné », rappelle Nathan Hayes. Initialement prévue pour 2021, « la reprise des travaux sur le site Area 1 de Total est prévue pour 2023 », ajoute l’analyste. De là à considérer que la France s’est employée à ce que l’Union européenne envoie des formateurs militaires, comme cela a été annoncé le 30 juin, il n’y a qu’un pas. Quoiqu’il en soit, ce soutien supplémentaire ne sera pas de trop pour Maputo.

Avec Jeune Afrique par Achraf Tijani