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Angola : après la mort de « Zedu », la bataille dos Santos-Lourenço continue

juillet 14, 2022

Les obsèques de l’ancien président José Eduardo dos Santos, décédé le 8 juillet à Barcelone, font l’objet de discussions tendues entre l’exécutif angolais et la famille du défunt.

José Eduardo dos Santos, ici photographié en 2012 avec l’ex-première dame Ana Paula, est décédé le 8 juillet à Barcelone, en Espagne. © STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Ce sont des négociations d’un type particulier : se mettre d’accord sur la date, le lieu et les conditions d’un enterrement, celui de l’ancien président angolais, José Eduardo dos Santos. Depuis son décès le 8 juillet à Barcelone, en Espagne, où il vivait depuis avril 2019, des discussions tendues, rapportées notamment par l’agence de presse Lusa, se déroulent entre la famille de l’ancien chef de l’État, dont deux de ses filles Isabel et Tchizé dos Santos, et l’exécutif angolais, dirigé par l’actuel président et successeur de dos Santos, João Lourenço.

D’un côté, la présidence angolaise, qui a décrété sept jours de deuil national et annoncé l’ouverture d’espaces de recueillement dans toutes les provinces du pays, entend organiser en Angola des funérailles d’État, en accord avec le statut d’ancien président de José Eduardo dos Santos.

NOUS COMPTONS SUR LA PRÉSENCE DE TOUS, SANS AUCUNE EXCEPTION

Dès l’annonce du décès, l’exécutif a créé un comité ministériel pour organiser les obsèques et, ce lundi 11 juillet, João Lourenço est allé lui rendre hommage dans un espace spécialement aménagé à Luanda, au Mausolée d’Agostinho Neto, monument célébrant le souvenir du premier président de l’Angola indépendant.

Branche d’olivier

« Nous comptons sur la présence de tous, sans aucune exception [lors des obsèques] », a affirmé le chef de l’État, insistant sur le fait qu’il ne « voyait pas de raison à ce que la famille, qui se trouve à l’étranger, ne puisse pas accompagner son être cher ». Une déclaration en forme de branche d’olivier alors que les relations avec le camp dos Santos sont tendues depuis l’arrivée au pouvoir de Lourenço et le lancement par ce dernier d’une croisade anti-corruption visant notamment l’ancienne famille présidentielle. Critiqué pour cette stratégie, y compris au sein de son propre camp, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), et devant affronter des élections générales le 24 août, João Lourenço ne peut voir que d’un bon œil des obsèques nationales célébrant l’union de son camp et du pays tout entier.

Sans surprise, les enfants dos Santos refusent une récupération politique des funérailles de leur père. « João Lourenço et son gouvernement ont, avec la complicité de la direction du MPLA, harcelé José Eduardo dos Santos jusqu’à son décès. Aujourd’hui, ils veulent organiser son enterrement. Comment une fille qui aime son père peut garder son calme face à tant d’hypocrisie et de malveillance ? », a déclaré sur Instagram l’une des filles de l’ancien président, Tchizé, qui a demandé une autopsie autant pour faire la lumière sur les causes de la mort de son père que retarder un éventuel transfert à Luanda. Les résultats préliminaires de l’autopsie, réalisée le week-end dernier, font dores-et-déjà état d’une « mort naturelle ».

Récupération politique

Selon le quotidien portugais Expresso, Isabel dos Santos, fille aînée de José Eduardo dos Santos et demi-sœur de Tchizé, ne serait pas opposée à des obsèques en Angola à condition qu’elles se tiennent après les élections et avec l’assurance qu’elle et Tchizé ne soient pas inquiétées par la justice angolaise. Alors que son demi-frère José Filomeno dos Santos a été condamné pour fraude à cinq ans de prison (une décision dont il a fait appel), Isabel dos Santos est visée par plusieurs procédures judiciaires en Angola et au Portugal ouvertes sur des accusations de corruption qu’elle réfute.

LA FAMILLE DOS SANTOS NE PRÉSENTE PAS UNE POSITION UNIE DANS LES DISCUSSIONS AVEC LES AUTORITÉS ANGOLAISES

Fin juin, la justice angolaise a ainsi tenté d’entendre la femme d’affaires alors qu’elle se trouvait aux Pays-Bas, en vain. Pour compliquer la donne, la famille dos Santos ne présente pas une position unie dans les discussions avec les autorités angolaises, l’ex-première dame, Ana Paula dos Santos, et l’une des sœurs de José Eduardo dos Santos, Marta dos Santos, paraissant plus enclines à coopérer et favorables à des funérailles en Angola.

Preuve des difficultés, la réunion qui s’est tenue ce week-end et les échanges qui ont suivi n’ont débouché sur aucun accord. Pour mener les discussions, la présidence angolaise a notamment dépêché à Barcelone le ministre d’État et chef de la « Maison militaire », Francisco Furtado, le ministre des Affaires étrangères, Téte António, et le procureur général de la République, Helder Pitta Grós. Lors de la réunion, ils avaient face à eux, selon l’agence Lusa, Ana Paula dos Santos, les trois enfants issus de son union avec l’ancien président et un autre des fils, Joess dos Santos – Isabel dos Santos, José Eduardo Paulino dos Santos « Coréon Dú » (le frère de Tchizé), la sœur du défunt Marta dos Santos et six neveux ayant participé par vidéoconférence.

Le sujet de la remise du corps de l’ancien président et de son éventuel transfert à Luanda est désormais devant la justice espagnole qui, selon Lusa, doit se prononcer sur le dossier dans la semaine.

Avec Jeune Afrique par Estelle Maussion

Chine-Angola : la fin d’un modèle

mai 28, 2022

Le fameux « modèle Angola » a vécu, épuisé par la corruption et fragilisé par les coûts du pétrole. Même si le président João Lourenço continue de courtiser les dollars chinois, la relation n’est plus ce qu’elle était.

Le président chinois Xi Jinping rencontre le président angolais Joao Lourenco au Grand Hall du Peuple à Pékin, le 9 octobre 2018. © Daisuke Suzuki/Pool via Reuters

En 2002, alors que l’Angola était en ruines après une guerre civile de 27 ans, son gouvernement a désespérément cherché une aide occidentale pour reconstruire le pays. En vain… Les institutions financières internationales comme le Club de Paris se méfiaient de la collaboration avec un pays dont la propension à la corruption est bien connue et le manque de transparence flagrant. Le Fonds monétaire international (FMI) venait de découvrir un trou de 4,2 milliards de dollars dans les coffres du pays que les autorités ne pouvaient pas expliquer facilement.

Alors que les appels à la réforme démocratique, à la responsabilité et au respect de l’État de droit se multipliaient, l’Angola a décidé de se tourner vers l’Est. C’est ainsi qu’est né son accord très pragmatique – et initialement lucratif – avec la Chine.

Absence de responsabilité

Car l’Angola et la Chine n’ont pas toujours été sur la même longueur d’onde. Pendant la guerre d’indépendance angolaise, les Chinois ont soutenu les trois mouvements de libération, avec une préférence pour l’UNITA, le rival acharné du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) au pouvoir depuis 1975. Leurs relations diplomatiques ont beau dater de 1983, ce n’est que 20 ans plus tard que les deux pays ont commencé à collaborer. La fin de la guerre civile en Angola avait coïncidé avec une augmentation rapide de la production et de la hausse du prix du pétrole, et la Chine avait un besoin urgent de ressources et de matières premières pour soutenir sa croissance économique galopante.

Le mariage de raison débute officiellement en 2004, lorsque le ministère chinois du Commerce et le ministère angolais des Finances signent un accord pour que la banque chinoise Eximbank accorde au gouvernement angolais un prêt de 2 milliards de dollars. L’Angola a joué et gagné : il a évité les exigences de bonne gouvernance et de transparence posées par le FMI et d’autres organismes similaires, tout en obtenant un financement dont il avait grand besoin de la part d’un gouvernement autocratique qui affirmait fièrement qu’il n’avait pas à « s’immiscer » dans les affaires intérieures d’autres pays.

Non seulement le MPLA pouvait apaiser les citoyens locaux en se lançant dans des projets de reconstruction massifs, mais il pouvait le faire à ses propres conditions. Ce niveau de contrôle et cette absence de responsabilité sont extrêmement importants pour le MPLA, un régime qui n’a pas l’habitude de se faire dicter quoique ce soit, même par ses propres citoyens.

En 2021, les sociétés d’État chinoises avaient financé l’Angola à hauteur de 60 milliards de dollars. La grande majorité de ces prêts étaient garantis par le pétrole, à tel point que pendant une période, l’Angola est devenu le principal fournisseur de pétrole de la Chine dans le monde (dépassant même l’Arabie saoudite).

Une aubaine pour Pékin : non seulement les projets d’infrastructure étaient financés par des crédits bon marché garantis par le pétrole, mais le gouvernement angolais a aussi été obligé d’attribuer 70 % de ses projets de construction à des entreprises chinoises.

PENDANT UNE PÉRIODE, L’ANGOLA EST DEVENU LE PRINCIPAL FOURNISSEUR DE PÉTROLE DE LA CHINE DANS LE MONDE

Ce modèle commercial – financer des projets d’infrastructure locaux construits par des entreprises chinoises utilisant de la main-d’œuvre chinoise, le tout en échange de matières premières – a connu un tel succès qu’il est désigné sous le nom de « modèle Angola ». Lequel a permis à la Chine de devenir le premier partenaire commercial de l’Afrique.

Ruines et controverse

L’influence de la Chine en Angola est visible où que l’on regarde : les kilomètres de route, la remise sur rail du système ferroviaire, la construction de quatre stades flambant neufs pour la Coupe d’Afrique des Nations de 2010. Mais aussi le complexe de logements sociaux de Kilamba (l’un des plus grands projets de ce type en Afrique), la construction du nouvel aéroport international de Luanda capable d’accueillir l’Airbus A-380 et 15 millions de passagers par an, l’exploitation de blocs pétroliers en partenariat avec certaines des plus grandes compagnies pétrolières internationales par l’intermédiaire d’une entité opaque appelée China Sonangol, une co-entreprise entre la chinoise Sinopec et l’angolaise Sonangol, toutes deux compagnies pétrolières nationales.

LES INVESTISSEMENTS CHINOIS SE SONT ÉVANOUIS APRÈS UNE PÉRIODE INITIALE RENTABLE

Pourtant, ce partenariat aux œufs d’or a tourné court. Les routes sont rapidement tombées en ruine, obligeant le gouvernement angolais à débourser des millions de dollars pour les remettre en état. Les stades n’ont pas pu accueillir de matchs de football pendant des années, et celui de Luanda n’a jamais été achevé. Le projet Kilamba s’est embourbé dans la controverse, avec des acheteurs potentiels dormant dans les rues en attendant d’avoir une chance de signer pour une maison. Le nouvel aéroport international de Luanda n’est toujours pas terminé.

Les concessions pétrolières de Sinopec n’ont pas fait mieux. Rapidement surclassés par leurs homologues occidentaux beaucoup plus expérimentés, les investissements chinois se sont évanouis après une période initiale rentable. En effet, les investissements chinois en Angola avaient un défaut fatal : ils s’appuyaient exclusivement sur José Eduardo dos Santos, président de l’Angola pendant 38 ans, ainsi que sur sa clique bien connectée.

Pyramide écroulée

Les milliards de dollars n’ont rien pu faire contre une stratégie qui reposait sur des individus, au premier rang desquels le puissant triumvirat présidentiel (le président Dos Santos, le président de Sonangol devenu vice-président, Manuel Vicente, et Kopelipa, chef du cabinet de reconstruction nationale), qui exerçaient le pouvoir dans un pays miné par une corruption endémique. Cela a rendu les investissements chinois en Angola incroyablement précaires parce que conclus avec des responsables qui dépendaient eux-mêmes de pouvoirs temporaires.

L’exemple du 88 Queensway Group, conglomérat opaque mais influent, est le symptôme de ce système : opérant sous plusieurs sociétés, dont la plus connue était le China International Fund, il était dirigé par Sam Pa, un homme aux multiples pseudonymes devenu catalyseur d’investissements privés notamment en Angola, en Guinée, au Zimbabwe, soutenu et associé à de nombreuses sociétés d’État chinoises. Après la dénonciation de nombreux contrats et l’absence de résultats, l’État chinois a rapidement cherché à s’en distancer. Mais le mal était fait. À cette époque, les projets inachevés et mal exécutés étaient leur carte de visite sur tout le continent.

Après l’arrivée au pouvoir du président João Lourenço en Angola, et conformément à son programme supposé de lutte contre la corruption, nombre de ces projets ont fait l’objet d’une enquête et ont été saisis par l’État. À ce moment-là, les investissements chinois en Angola étaient devenus inexorablement et inextricablement liés à la corruption de Dos Santos que Lourenço essayait si avidement d’éradiquer. La pyramide s’écroulait.

À CETTE ÉPOQUE, LES PROJETS INACHEVÉS ET MAL EXÉCUTÉS ÉTAIENT LEUR CARTE DE VISITE SUR TOUT LE CONTINENT

L’investissement chinois en Angola a été incroyablement populaire pendant un certain temps parce qu’il était lié de manière ombilicale au régime de Dos Santos et à ses acolytes. Après son éviction, l’opinion publique et politique a commencé à se retourner contre elle. L’Angola est incroyablement fier de sa souveraineté et répugne à dépendre d’un seul partenaire international, une attitude qui se traduit par la nouvelle appréciation de Lourenço pour les investissements directs étrangers provenant de la multitude de partenaires internationaux du pays. L’influence chinoise a considérablement diminué depuis son arrivée au pouvoir.

Néanmoins, il continue de courtiser les Chinois afin de maintenir intacts ses objectifs de diversification. Pas plus tard qu’en 2018, il s’est rendu en Chine afin d’obtenir un prêt de 2 milliards de dollars pour aider à la réalisation de nouveaux projets d’infrastructure. Mais il est clair que la relation n’est plus ce qu’elle était : la population chinoise en Angola a diminué, passant de 300 000 à son apogée à seulement 50 000 aujourd’hui. Les Chinois se sont également lassés de la corruption rampante en Angola et n’ont pas tardé à faire disparaître Sam Pa lorsqu’il est devenu évident qu’il sabotait leur stratégie en Angola ; on ignore actuellement où il se trouve.

LES CHINOIS ONT PERDU UN ALLIÉ POLITIQUE CLÉ EN DOS SANTOS ET DOIVENT SE CONTENTER DE LOURENÇO

Pour compliquer encore les choses, l’Angola doit actuellement à la Chine plus de 23 milliards de dollars, dont la grande majorité sont des prêts garantis par le pétrole. Cela signifie qu’avec le déclin de la production, la majorité de la production pétrolière de l’Angola est donnée à la Chine, empêchant l’Angola de vendre sa principale source de revenus sur le marché libre. Un tel scénario est tout simplement intenable pour le régime de Lourenço, et son gouvernement ne s’en cache pas.

Si Luanda se rapproche des partenaires internationaux, comme la Banque mondiale, l’UE et le FMI, les investissements de la Chine en Angola se limitent désormais aux entreprises d’État qui remportent les appels d’offres occasionnels pour des projets d’infrastructure. La période de lune de miel est terminée et les deux pays en sont parfaitement conscients. Les Chinois ont perdu un allié politique clé en Dos Santos et doivent se contenter de Lourenço, qui est beaucoup moins enclin aux pratiques de corruption avec eux. Néanmoins, il est encore trop tôt pour faire une croix sur les Chinois, car leur modèle économique séduit toujours un régime qui considère la responsabilité publique comme un obstacle à son objectif de maintien au pouvoir.

Avec Jeune Afrique par Claudio Silva

Angola : manifestation contre une réforme « injuste » de la loi électorale

septembre 12, 2021

Joao Lourenço à l’Ecole polytechnique le 28 mai 2018.

Des centaines de partisans de l’opposition se sont rassemblés samedi 11 septembre à Luanda, la capitale, pour protester contre des modifications de la loi électorale. Selon eux, celles-ci compromettent la transparence des élections prévues l’an prochain.

Le président João Lourenço a présenté cette semaine un projet de loi visant à centraliser le décompte des voix au lieu de le faire au niveau de chaque municipalité et province.

Tous les députés de l’opposition se sont abstenus ou ont voté contre la réforme. Mais ces derniers n’ont que peu d’influence dans un Parlement largement dominé par le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA, au pouvoir depuis l’indépendance du pays du Portugal, en 1975).

Pour protester contre ce projet et pour réclamer des « élections libres et équitables », le principal parti d’opposition, l’Unita (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola), a organisé samedi une marche, soutenue par d’autres mouvements politiques et groupes de la société civile. L’Unita a proposé une série de mesures pour éviter les fraudes présumées. Parmi celles-ci, l’identification biométrique des électeurs ou l’implication de la société civile dans le dépouillement des bulletins de vote.

Controverse

Des centaines de manifestants se sont rassemblés dans la capitale, brandissant des drapeaux de l’Unita et de l’Angola tout en scandant « MPLA dégage ». Ils ont défilé dans le centre-ville en tenant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Exigeons nos droits » et « Nous voulons un contrôle biométrique ». Des policiers armés de matraques encadraient la manifestation.

Entre-temps, João Lourenço a également suscité la controverse pour avoir voulu modifier une autre loi électorale, qu’il a récemment soumise à l’Assemblée nationale avec des suggestions d’amendements.

Élu en 2017 après le retrait de son prédécesseur, José Eduardo dos Santos, après un règne de 38 ans, João Lourenço devrait briguer un second mandat lors des élections présidentielle, parlementaires et locales de 2022.

Par Jeune Afrique avec AFP

Angola : entre Isabel dos Santos et João Lourenço, la tension monte d’un cran

mars 29, 2021
Isabel dos Santos à Londres, le 9 janvier 2020.

La femme d’affaires angolaise et fille aînée de l’ancien président dos Santos accuse l’exécutif angolais d’avoir mené « un complot » pour saisir illégalement ses actifs.

La crispation monte d’un cran entre Isabel dos Santos et la présidence angolaise. Dans un communiqué diffusé le 29 mars par une agence de relations publiques anglaise, la femme d’affaires, en difficulté depuis l’arrivée au pouvoir en 2017 du successeur de son père, João Lourenço, dénonce un « complot gouvernemental » mis en œuvre par l’actuel exécutif pour « saisir illégalement » ses actifs.PUBLICITÉ

Dans le cadre d’un litige autour de l’opérateur télécom Unitel, dont Isabel dos Santos et l’État angolais (via la compagnie pétrolière Sonangol) sont actionnaires, la fille aînée de l’ancien président dos Santos indique avoir produit devant un tribunal commercial de Londres des enregistrements audio et vidéo démontrant l’existence d’un « groupe de travail formel au niveau du gouvernement dont le but explicite est de concevoir et coordonner une campagne de saisie d’actifs » contre elle.

Les éléments fournis – collectés par la controversée société de renseignement privée Black Cube, créée par des anciens agents du Mossad israélien et qui a compté parmi ses clients le producteur américain Harvey Weinstein et l’homme d’affaires franco-israélien Beny Steinmetz – attestent aussi, selon Isabel dos Santos, de pressions de l’exécutif sur la justice angolaise pour obtenir le gel préventif de ses avoirs.

Nouvelle offensive

Celui-ci, prononcé fin 2019 en Angola puis début 2020 au Portugal, a, affirme le camp dos Santos, empêché la femme d’affaires de se porter candidate (via sa société Vidatel) au rachat de la participation de 25 % d’Unitel détenue par le groupe brésilien Oi et de régler le montant dû à l’une de ses filiales (PT Ventures) dans le cadre d’un arbitrage international.

Début 2020, c’est Sonangol (via la société Mercury) qui s’est porté acquéreur des 25 %, faisant ainsi passer à 50 % sa participation au capital d’Unitel, contre 25 % pour Vidatel d’Isabel dos Santos et 25 % pour une autre société, Geni, détenue par le général et ancien homme de confiance de José Eduardo dos Santos, Leopoldino do Nascimento « Dino ».

Cette prise de parole, couplée à la publication par le Financial Times d’un article présentant les éléments versés au dossier, est une nouvelle offensive du clan dos Santos contre la présidence Lourenço et la justice angolaise.

Lourenço sous pression

Menée par l’agence Powerscourt, qui défend les intérêts d’Isabel dos Santos depuis début 2020 et a notamment eu pour clients Beny Steinmetz et Dan Gertler – elle intervient après deux premières communications, début et fin mai 2020, dénonçant l’utilisation de documents falsifiés par les autorités de Luanda pour prononcer le gel des avoirs.

Sollicités par Jeune Afrique, la présidence angolaise et le bureau du procureur général de la République, qui rejettent depuis l’ouverture des procédures l’idée d’un processus politique contre Isabel dos Santos, n’ont pas adressé de réponse avant la publication.

Tendues, les relations entre la femme d’affaires – engagée dans des procédures à Londres, Amsterdam, Lisbonne, aux Îles Vierges Britanniques – et l’exécutif angolais se dégradent encore alors que le président Lourenço est sous pression pour produire des résultats dans le cadre de sa lutte contre la corruption comme vis-à-vis de sa promesse d’améliorer les conditions de vie de la population.

Avec Jeune Afrique Estelle Maussion

Congo: Des médecins angolais au chevet du général Jean-Marie Michel Mokoko

juillet 6, 2020

 

Général Jean-Marie Michel Mokoko

Le général Jean-Marie Michel Mokoko finalement négatif au Covid-19 par rapport à tout ce qui a été dit précédemment,  a exprimé sa plus profonde reconnaissance au président angolais, Joao Lourenco, qui lui a dépêché en urgence une équipe de médecins angolais pour sa prise en charge le dimanche 05 juillet 2020 à l’hôpital militaire de Brazzaville où il avait été récemment transféré à la suite de ses deux syncopes, successives en quelques jours, la semaine dernière à la Maison d’Arrêt de Brazzaville, selon un communiqué du Collectif des sept avocats des Barreaux de Brazzaville et de Paris dont une copie est parvenue à notre rédaction.

Selon le même communiqué, le général Jean-Marie Michel Mokoko n’a jamais connu de gêne respiratoire, de fortes toux ou bien de perte de goût et de l’odorat. De plus, il a passé une bonne nuit de repos de samedi soir à dimanche matin 05 juillet 2020 en se réveillant moins fatigué.

En effet, les médecins angolais ont constaté dimanche que l’ancien candidat à l’élection présidentielle du 20 mars 2016 est en réalité victime d’une forte crise de paludisme, souligne la même source.

De plus, le général Jean-Marie Michel Mokoko a toujours été détenu en complet isolement avec très peu de visites autorisées. Donc son risque de contamination au Covid-19 est toujours resté faible.

Dans ces conditions difficiles, le général Jean -Marie Michel Mokoko a exprimé aussi ses vifs remerciements au président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi également vice -président de l’Union Africaine (UA), qui a fait part de son souhait de proposer pour lui une demande d’évacuation sanitaire urgente en Afrique du Sud ou bien au Maroc, précise le communiqué.

Enfin, Jean-Marie Michel Mokoko remercie toutes les personnalités politiques nationales et internationales ainsi que tous les membres de la société civile congolaise et internationale dont des O.N.G. comme Amnesty International pour leur soutien et mobilisation.

Avec Lesechos-congobrazza par Germaine Mapanga

 

Angola: João Lourenço devient président du MPLA

septembre 9, 2018

 

Le président angolais João Lourenço en novembre 2017. © Themba Hadebe/AP/SIPA

Le chef de l’État angolais a été élu président du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) lors du VIe congrès extraordinaire du parti, samedi 8 septembre. Il succède au « camarade » José Eduardo dos Santos, qui aura régné sur le parti pendant trente-neuf ans.

Le chef de l’État angolais, João Lourenço (JLo), a été élu président du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) lors du VIe congrès extraordinaire du parti, qui s’est tenu samedi 8 septembre au centre de conférence de Belas, au sud de Luanda. Il est le troisième président de l’histoire de la formation créée en 1956, après Agostinho Neto et José Eduardo dos Santos (Zedù).

Cet événement, qualifié d’historique, permet au chef de l’État d’achever sa prise de pouvoir,, commencée il y a dix-huit mois, lorsqu’il a été officiellement désigné candidat du MPLA pour l’élection générale d’août 2017. Le parti était dirigé d’une main de fer par son prédécesseur depuis trente-neuf années.

Dos Santos ému et acclamé

L’ancien président a été largement honoré et généreusement acclamé par les centaines de « camarades » présents, tous habillés d’une chemise et d’une casquette aux couleurs du parti – rouge et noir.

« Nous ouvrons aujourd’hui une nouvelle ère dans l’histoire du parti », a-t-il déclaré, d’une voix hésitante, visiblement ému pour son dernier discours. « Il n’existe aucune activité humaine exempte d’erreurs. J’assume celles que j’ai faites car on dit que l’on apprend de ses erreurs », a-t-il aussi reconnu.

La fin de son règne avait été très critiquée, jusque dans les rangs du MPLA. Accusé de népotisme, Zedù s’est résigné à annoncer la fin de sa carrière politique en 2016. Il avait alors indiqué vouloir « quitter la vie politique » en 2018, un an après l’élection générale.

Artisan de la paix et de la reconstruction

Après avoir envisagé de repousser d’un an son départ, dos Santos a finalement tenu parole, et ce dans un contexte difficile pour lui et sa famille : deux de ses enfants, Isabel et José Filomeno, sont aujourd’hui visés par des enquêtes judiciaires et la plupart de ses fidèles ont été écartés par JLo, investi à la tête du pays le 26 septembre 2017

Malgré tout, le « camarade président » demeure, aux yeux d’une partie des Angolais, l’artisan de la paix et de la reconstruction, celui qui a mis fin  à 27 années de guerre civile après la mort au combat, en 2002, de son ennemi Jonas Savimbi, le leader de l’Unita.

Avec la prise du parti, João Lourenço a désormais les mains libres pour écrire sa propre page de l’histoire angolaise.

Jeuneafgrique.com  par

Angola: Jonas Savimbi sera enterré auprès de ses parents

août 17, 2018

 

Jonas Savimbi, leader de l’Unita, tué le 22 février 2002. © SASA KRALJ/AP/SIPA

 

Les restes du corps du fondateur de l’Unita, tué en 2002 lors d’un assaut du MPLA, seront rendus avant la fin de l’année, a promis le chef de l’État João Lourenço. Le temps pour le parti et la famille de préparer les funérailles, qu’ils espèrent à la hauteur de leur leader.

C’est une annonce historique, « un grand moment pour le pays », comme l’exprime un proche du président angolais João Lourenço : ce dernier a en effet promis à Isaías Samakuva, le chef de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita, opposition), lors d’un entretien au Palais de la « Cidade Alta », le 14 août, vers 17h30, que les restes du corps de Jonas Savimbi, fondateur du mouvement tué en 2002 lors d’un assaut du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), seront restitués « avant la fin de l’année ». Sa disparition avait mis un terme à 27 années de guerre civile.

Pourtant, il y a encore quelques mois, un membre de l’exécutif confiait à JA : « Les Angolais n’ont toujours pas pardonné à Savimbi de s’être allié au régime de l’apartheid ». Aujourd’hui, ce même ministre admet que « tout le mérite revient au président. Il donne l’exemple, et fait avancer le processus de réconciliation. »

Pour Rafael Savimbi, son fils, « le premier sentiment est un sentiment de satisfaction. Nous allons enfin enterrer notre père », déclare-t-il à Jeune Afrique. « Ce geste aura une portée politique forte, qui va contribuer à cimenter le processus de réconciliation nationale. » Et d’ajouter : « Notre père a joué un rôle important dans l’histoire du pays, avant et après l’indépendance. Son action a influencé la vie des Angolais. »

Des funérailles nationales peuvent-elles être envisagées ?

L’Unita tient une réunion vendredi 17 août, durant laquelle Isaías Samakuva rendra compte de sa rencontre avec João Lourenço. Y seront également discutés les modalités des funérailles, avec les membres d’une commission dédiée qui avait été mise en place en 2014. Avec cette grande question : quelle marge de manœuvre le MPLA – au pouvoir – laissera-t-il à la famille et au parti ? Des funérailles nationales peuvent-elles être envisagées ?

Une seule chose est certaine : Jonas Savimbi sera inhumé auprès de ses parents, à Andulo (province de Bié, dans le centre), comme il l’a toujours souhaité. « Nous espérons ensuite qu’il sera réhabilité politiquement. Holden Roberto [fondateur du FNLA, autre grand mouvement d’indépendance, ndlr], Agostinho Neto [fondateur du MPLA], et Jonas Savimbi doivent être reconnus tous les trois comme les pères de l’indépendance », espère Rafael Savimbi.

Jeuneafrique.com par

Mohammed VI, Lourenço, Sissi… les grands absents de l’Union africaine

juin 30, 2018

Les chefs d’État africains lors du 30ème sommet de l’Union africaine (UA) les 28 et 29 janvier 2018 à Addis-Abeba. © Mulugeta Ayene/AP/SIPA

Les dirigeants du continent se réunissent ce dimanche à Nouakchott pour un sommet consacré à la lutte contre la corruption.

Alors que s’ouvrira officiellement le 1er juillet le 31e sommet de l’Union africaine (UA) à Nouakchott, les autorités mauritaniennes confient attendre une trentaine de chefs d’État. Le sommet de la Ligue arabe, organisé dans cette même capitale en juillet 2016, n’avait attiré que six présidents sur les vingt-deux attendus…

Plusieurs d’entre eux ne feront pas le déplacement jusqu’au Palais des congrès Al Mourabitoune, flambant neuf, dont les couloirs semblent encore un peu endormis. Parmi les grands absents, Mohammed VI, qui avait pourtant donné son accord de principe. Présent au sommet de janvier 2016, qui marquait le retour du Maroc au sein de l’UA, le roi s’était fait représenter en janvier à Addis-Abeba par le chef du gouvernement, Saâdeddine El Othmani.

Cette fois, la délégation marocaine sera conduite par le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, dont la réaction sera très attendue après la remise du rapport du président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, sur le Sahara occidental. Cette délégation ne croisera donc pas Cyril Ramaphosa, à la tête de l’Afrique du Sud depuis février, qui a rencontré le 6 juin le président de la République arabe sahraouie démocratique (Rasd). Arrivé dans la matinée du 30 juin, il assistera à son tout premier sommet.

João Lourenço au Parlement européen

Nouveau venu parmi les chefs d’État africains, João Lourenço n’assistera pas non plus au sommet. L’Angolais, qui doit se rendre au Parlement européen, à Strasbourg, le 3 juillet, a missionné son ministre des Affaires étrangères, Manuel Domingos Augusto. Tout comme son homologue ivoirien Alassane Dramane Ouattara, qui dépêchera son vice-président Daniel Kablan Duncan, et le Béninois Patrice Talon, qui devrait être représenté par son ministre des Affaires étrangères, Aurélien Agbénonci.

Enfin, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, qui s’était exprimé lors de la réunion extraordinaire du Conseil paix et sécurité, en janvier, sera également absent. L’Égyptien devrait pourtant prendre, en janvier, la présidence tournante de l’organisation panafricaine.

Reste que plusieurs de leurs homologues sont déjà arrivés à Nouakchott, où le calme habituel de la fin de semaine commence à être troublé par les sirènes. Arrivé dès le 29 juin, le président en exercice de l’UA, le Rwandais Paul Kagame, a été accueilli à l’aéroport par son hôte mauritanien, Mohamed Ould Abdelaziz.

Denis Sassou Nguesso et Muhammadu Buhari attendus

Le Sénégalais Macky Sall a rejoint Nouakchott le 29 juin, précédant son homologie nigérien Mahamadou Issoufou. Ce dernier est arrivé en Mauritanie dans la matinée du 30 juin, obligeant son ministre des Affaires étrangères, Kalla Ankouraou, en fonction depuis avril, à quitter une réunion sur le Sahel en marge du sommet afin d’aller l’accueillir. Issoufou doit être rejoint par ses pairs membres du G5 Sahel, Ibrahim Boubacar Keïta (Mali), Idriss Déby Itno (Tchad) et Roch Marc Christian Kaboré (Burkina), puisqu’ils se réuniront avec Emmanuel Macron le 2 juillet, deux jours après l’attaque du QG de cette force conjointe à Sévaré.

Sont par ailleurs attendus le Congolais Denis Sassou Nguesso, qui présentera un rapport sur la Libye dimanche, le Nigérian Muhammadu Buhari, en charge du suivi de la lutte contre la corruption – le thème du sommet cette année -, ainsi que le Togolais Faure Gnassingbé, actuellement à Abidjan. Tous seront reçus par Mohamed Ould Abdelaziz à l’occasion d’un dîner organisé ce samedi au Palais présidentiel.

Jeuneafrique.com  par – Envoyée spéciale à Nouakchott

Angola: « La présidence du MPLA reviendra à Lourenço cette année, après le départ de Dos Santos »

janvier 25, 2018

 

João Lourenço (au centre) en novembre 2017 à Abidjan. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Manuel Domingos Augusto, ministre angolais des Affaires étrangères répond à JA sur les questions de corruption, de diplomatie, de politique intérieure ou sur l’Union africaine, en marge du Sommet de l’Union africaine, qui se tient à Addis Abeba jusqu’au 29 janvier.

Corruption, diplomatie, politique intérieure, Union africaine… Le nouveau ministre des Affaires étrangères de João Lourenço, élu en août 2017 à la tête de l’Angola, répond à JA en marge du Sommet de l’Union africaine, qui se tient à Addis Abeba jusqu’au 29 janvier.

Jeune Afrique : Le thème 2018 de l’Union africaine (UA) est la lutte contre la corruption. João Lourenço s’est tout de suite fait remarquer sur ce point, en limogeant des membres de la famille de l’ancien président José Eduardo dos Santos

Manuel Domingos Augusto : C’est une heureuse coïncidence car la lutte contre la corruption est en effet une priorité du président Lourenço. Nous voulons être cohérent et pragmatique. Le président veut mobiliser toute la société angolaise dans ce combat et la législation sera bientôt renforcée.

Pourtant, l’Angola refuse d’extrader au Portugal son ancien vice-président Manuel Vicente, actuellement jugé à Lisbonne pour des faits de corruption

Pour nous il en va de la souveraineté nationale. On ne reconnaît pas le droit d’un pays étranger à juger un ressortissant angolais. De plus, il existe un accord judiciaire entre l’Angola et le Portugal qui prévoit un transfert du processus aux instances judiciaires angolaises. Mais leurs homologues portugais ont refusé, arguant qu’ils ne font pas confiance à l’efficacité de notre justice !

Il n’y a pas de problèmes dans nos relations bilatérales avec le Portugal

Entre deux pays qui entretiennent de bonnes relations, c’est au minimum étrange, sinon offensant. Notre constitution protège la justice, et elle ne permet pas non plus l’extradition d’un ressortissant angolais. Les Portugais insistent sur la séparation des pouvoirs chez eux, mais c’est le cas aussi chez nous !

La brouille diplomatique est donc entamée ?

João Lourenço et António Costa, le Premier ministre portugais, se sont rencontrés avant-hier à Davos, il n’y a pas de problèmes dans nos relations bilatérales, sauf ce petit incident qui doit être résolu par le dialogue. Tant qu’il ne le sera pas, il n’y aura pas de visites officielles entre nos deux chefs d’État.

José Eduardo dos Santos est accusé de s’accrocher à la direction du parti au pouvoir, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), contre la volonté de João Lourenço. Qu’en est-il ?

Il y a trop de bruit sur cette question. L’ancien président avait annoncé qu’il quitterait la vie politique en 2018… L’année vient de commencer, jusque-là tout est normal. Il y a une logique de continuité, donc le président Lourenço prendra les rênes du parti quand M. Dos Santos quittera ses fonctions.

Quand exactement cela est-il prévu ?

La direction du parti s’est réunie avant-hier, une autre réunion – la plus importante – aura lieu demain, le 26. Cette question sera probablement abordée. Elle sera présidée par José Eduardo dos Santos et le président Lourenço sera présent, avant de rejoindre Addis Abeba pour la conférence des chefs d’État.

Au sein de l’Union africaine, le président Lourenço va poursuivre la politique de son prédécesseur

La dernière apparition d’un chef d’État angolais à un sommet de l’UA remonte à 2010, à Kampala… Est-ce la marque de la nouvelle politique angolaise au sein de l’organisation ?

Au sein de l’Union africaine, le président Lourenço va poursuivre la politique de son prédécesseur. C’est-à-dire une stratégie d’engagement total avec l’idée d’affirmer de plus en plus l’UA au sein de la gouvernance globale.

Sous l’ancien président, l’Angola a d’ailleurs augmenté sa contribution financière, et le président Lourenço a réaffirmé cet engagement lors de son investiture, et a promis qu’il ferait tout d’un point financier pour être à jour sur ses contributions.

D’un point de vue financier, le président Lourenço soutient-il la taxe de 0,2 % sur les importations pour financer l’organisation ?

La question de la taxe est un détail : il faut juste que les entités chargées de l’expertise technique se mettent d’accord. Mais nous soutenons le principe d’autofinancement de l’UA. Les gens disent que, plus globalement, la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) y est réticente. Ce n’est pas vrai, nous sommes tous d’accord sur le principe.

João Lourenço a réaffirmé qu’il soutenait le programme de réformes de Paul Kagame

Mais l’Angola n’a toujours pas mise en place cette taxe…

Nous rejoindrons très vite le processus, mais comprenez que l’an dernier nous étions dans une période d’élection. Le gouvernement n’a que quatre mois, il faut lui laisser du temps.

Et le reste du programme de réformes proposé par Paul Kagame ?

Lorsque la ministre des Affaires étrangères rwandaise, Louise Mushikiwabo, est venue la semaine dernière remettre en main propre une lettre du président Paul Kagame, João Lourenço lui a réaffirmé qu’il soutenait le programme de réformes. Ce sommet sera l’occasion de discuter des détails, comme la manière de limiter les dépenses de l’UA, ou comment adopter une position commune face aux partenaires internationaux… Des détails.

Paul Kagame prendra ses fonctions de président de l’UA à l’issu de ce sommet. Quelles sont les relations entre João Lourenço et le chef de l’État rwandais ?

Nous avons de très bonnes relations avec le Rwanda. João Lourenço s’est d’ailleurs entretenu avec Paul Kagame hier à Davos. Le hasard a fait qu’ils étaient assis l’un à côté de l’autre, ils ont donc pu discuter et se mettre d’accord sur un certain nombre de choses, dont une visite officielle de notre président au Rwanda très prochainement.

Jeuneafrique.com propos recueillis par Michael Pauron, envoyé spécial à Addis Abeba

Angola: la purge anti-Dos Santos se poursuit

janvier 14, 2018

Le président angolais Joao Lourenço à Abidjan pour le sommet Union européenne – Afrique, le 29 novembre 2017. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Après la fille, le fils ! Cent jours à peine après son investiture, le président angolais Joao Lourenço a mis sur la touche les proches de son prédécesseur Jose Eduardo dos Santos, symboles d’un régime corrompu avec lequel il affirme vouloir rompre.

Ouvert en novembre avec l’éviction d’Isabel dos Santos de la compagnie publique pétrolière Sonangol, ce grand ménage s’est conclu cette semaine avec celui de son demi-frère, Jose Filomeno, du fonds d’investissement souverain du pays.

Attendue depuis des semaines, la chute du fils de l’ex-chef de l’État, surnommé « Zenu », n’a surpris personne.

Coup de balais

Depuis son arrivée au pouvoir dans la foulée des élections d’août dernier, M. Lourenço a remanié à sa main tout ce que l’Angola compte d’institutions et d’entreprises publiques en s’y débarrassant des fidèles de l’ancien régime.

« Lourenço a mis de côté toutes les personnalités sur lesquelles il n’a pas de contrôle », résume l’analyste Benjamin Augé, de l’Institut français pour les relations internationales (Ifri). « Les membres de la famille Dos Santos font partie de cette catégorie, ils ont donc été un à un écartés. »

Comme sa soeur Isabel, Jose Filomeno dos Santos incarnait l’empire politico-financier bâti par son père, qui a profité de son règne de trente-huit ans pour mettre l’économie du pays en coupe réglée au profit d’une poignée de proches.

« Personne ne sera au-dessus des lois »

Longtemps un pilier de ce régime, Joao Lourenço avait promis pendant sa campagne électorale de prendre ses distances avec ce système et de combattre la corruption, où qu’elle soit. « Personne ne sera au-dessus des lois », avait-il martelé.

Jusque-là intouchable, la famille Dos Santos s’est très vite retrouvée sur le banc des accusés.

À la suite de plusieurs articles de presse, la nouvelle direction de la Sonangol a annoncé enquêter sur des mouvements de fonds jugés « suspects » ordonnés par son ancienne patronne. « Zenu » est, lui, mis en cause dans le scandale des « Paradise Papers ».

Un contrat très généreux

La télévision publique TPA a de son côté récemment révélé les détails d’un contrat très généreux, aujourd’hui annulé, qui a fait pendant des années la fortune d’une société de production d’une autre fille Dos Santos, Welwitschia.

Studio dernier cri, personnel, véhicules, le tout pour un montant annuel de 17,5 millions de dollars, entièrement aux frais du contribuable angolais, un des plus pauvres de la planète…

« Ce contrat était défavorable à l’État », a justifié M. Lourenço devant la presse. « La TPA l’a donc rompu ».

L’époux d’Isabel, le collectionneur d’art et homme d’affaires congolais, Sindika Dokolo, n’a pas non plus échappé à la purge. La société angolaise de commercialisation des diamants a cédé ses parts d’un joaillier suisse dont M. Dokolo est actionnaire.

« Une campagne de diffamation »

La famille Dos Santos a peu goûté ce vent du changement. Considérée par le magazine américain Forbes comme la femme la plus riche d’Afrique, Isabel a nié toute malversation et dénoncé une « campagne de diffamation » et de « fausses nouvelles ».

Toujours chef du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) au pouvoir, Jose Eduardo dos Santos s’est lui-même ému du ménage ordonné par son successeur.

« Les changements sont nécessaires mais ne devraient pas être aussi radicaux », a-t-il lancé le mois dernier lors d’une de ses très rares apparitions publiques.

L’opposition réclame des sanctions pénales

Une fois n’est pas coutume, l’opposition a salué l’offensive du gouvernement contre le « népotisme » d’un système qu’elle dénonce depuis longtemps. Elle réclame désormais des poursuites.

« Tous ces limogeages ne seront politiquement pertinents que s’ils sont suivis de sanctions pénales », a déclaré le vice-président d’un des deux principaux partis d’opposition, la Casa-CE, Lindo Bernardo Tito, « le président doit ordonner sans délai des enquêtes judiciaires ».

Peu estiment toutefois que Joao Lourenço s’aventurera jusque-là.

« Je doute fort qu’un dossier judiciaire sérieux puisse émerger contre la famille. Même si l’enquête interne de la Sonangol constitue clairement un avertissement », juge Alex Vines, du centre de réflexion britannique Chatham House.

 « Nous ne persécutons pas ces gens »

Par souci d’apaisement, Joao Lourenço a tenu lui-même à démentir toute « vendetta » contre le clan dos Santos.

« Je ne vois aucune tension dans nos relations », a assuré lundi le chef de l’État lors d’une conférence de presse donnée à l’occasion de ses cent premiers jours à la tête du pays. « Nous ne persécutons pas ces gens », a-t-il insisté.

« Lourenço doit faire en sorte que la transition se poursuive en douceur », analyse M. Vines. « Dos Santos a prévu de quitter la présidence du MPLA en 2018. S’il a le sentiment qu’une chasse aux sorcières est en cours contre sa famille et ses proches, il pourrait bien traîner les pieds ».