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Joe Biden et Vladmir Poutine arrivent au sommet avec des objectifs divergents

juin 16, 2021

GENÈVE, Suisse — Le président américain ne prendra pas la défense de Moscou face à ses propres agences de renseignement. On ne parlera pas de «remettre à zéro» les relations avec la Russie. Et on doute fortement que quiconque regardera Vladimir Poutine dans les yeux pour lire son âme.

© Fournis par La Presse Canadienne

Mais au-delà de ça, on ne sait pas vraiment ce qui se produira mercredi à Genève quand le président américain Joe Biden rencontrera son homologue russe Vladimir Poutine pour la première fois depuis son élection. Les deux camps admettent que leurs relations vont très mal, et ni un ni l’autre n’entretient de grands espoirs d’entente. Chaque homme arrivera quand même à la table avec ses propres objectifs.

Voici ce que chaque président espère accomplir à Genève.

CE QUE VEUT JOE BIDEN

M. Biden et son entourage ont clairement indiqué qu’ils ne suivront pas l’exemple de ses prédécesseurs en essayant de redéfinir radicalement les liens entre les États-Unis et la Russie. L’objectif de la Maison-Blanche est plus modeste, mais tout aussi important: aller en direction d’une relation plus prévisible et tenter d’endiguer les comportements anarchiques de la Russie.

Le premier voyage outre-mer de M. Biden a été soigneusement orchestré pour qu’il rencontre M. Poutine seulement après avoir rencontré ses alliés européens et les leaders de démocraties puissantes pendant plusieurs jours. Il a notamment participé à un sommet de l’OTAN, l’alliance créée il y a des dizaines d’années pour faire échec à l’agressivité russe. M. Biden espérait projeter une image d’unité et de coopération renouvelée après quatre années tumultueuses sous Donald Trump, qui essayait souvent d’amadouer le président russe. 

M. Biden incitera M. Poutine à cesser d’interférer avec les élections démocratiques, à améliorer ses relations avec l’Ukraine et à ne plus protéger les pirates qui lancent des attaques informatiques ou au rançongiciel. Ses proches croient aussi qu’un allègement des tensions entre Washington et Moscou permettrait aux États-Unis de resserrer leurs liens avec les démocraties qui existent dans l’ombre du Kremlin.

Le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan a dit que M. Biden cherchera des «secteurs où, dans notre intérêt commun, nous pouvons travailler ensemble».

M. Sullivan a ajouté que le message de M. Biden sera plus fort que doux: «Comment envoyons-nous un message clair concernant ces activités nuisibles que nous ne tolérerons pas et auxquelles nous répliquerons?»

Il y a eu de brefs éclairs d’accord. Moscou et Washington ont témoigné d’un intérêt à relancer les discussions sur la stabilité stratégique pour élaborer un successeur à New START, le dernier traité de contrôle des armements entre les deux pays qui a été prolongé de cinq ans en janvier.

M. Biden fera aussi pression sur M. Poutine dans le dossier des droits de la personne, spécialement au sujet de l’empoisonnement et de l’incarcération de l’opposant Alexeï Navalny.

Le président américain sait toutefois qu’il ne sera peut-être pas en mesure de contrôler son rival.

«Rien ne garantit qu’on peut changer le comportement d’un individu ou de son pays. Les autocrates disposent d’énormément de pouvoir et ils ne rendent pas de comptes au public, a dit M. Biden lors d’une conférence de presse en fin de semaine. Et ça se pourrait très bien que si je lui réponds du tac au tac, ce que je ferai, que ça ne le découragera pas et qu’il voudra poursuivre.»

M. Biden ne mâche pas ses mots au sujet de M. Poutine. Il a déclaré lors d’une entrevue plus tôt cette année qu’il est d’accord avec ceux qui le traitent de «tueur» et il a déjà dit que M. Poutine n’a pas d’âme.

CE QUE VEUT VLADIMIR POUTINE

M. Poutine non plus ne s’attendra pas à un réchauffement des relations. Son principal objectif sera d’en arriver à un statu quo tendu pour protéger les intérêts de Moscou.

Le leader russe n’anticipe pas de nouvelle détente pour réparer les dégâts causés par l’annexion de la péninsule criméenne de l’Ukraine en 2014. Il n’anticipe pas non plus un allègement des lourdes sanctions américaines et européennes qui restreignent l’accès de Moscou aux marchés financiers mondiaux et aux technologies occidentales de pointe.

La mission de M. Poutine est modeste: énumérer les principales préoccupations de sécurité de Moscou et rétablir une communication de base pour empêcher une déstabilisation encore plus dangereuse.

La plus grosse ligne rouge du Kremlin est le désir de l’Ukraine de rejoindre les rangs de l’OTAN. Craignant une éventuelle adhésion, M. Poutine a profité de la chute en 2014 du gouvernement prorusse de l’Ukraine pour annexer la Crimée et appuyer une insurrection dans l’est du pays, où le conflit qui dure depuis sept ans a fait quelque 15 000 morts.

Quand la tension a grimpé dans l’est de l’Ukraine plus tôt cette année, la Russie a massé des hommes près de l’Ukraine et prévenu qu’elle répondrait par la force si Kiev tentait de récupérer les régions contrôlées par les rebelles.

Dans une entrevue accordée à la télévision officielle la semaine dernière, M. Poutine a affirmé que le désir de l’Ukraine de joindre l’OTAN représente une menace existentielle pour la Russie, puisque cela permettrait aux missiles de l’alliance de frapper Moscou et d’autres cibles en seulement sept minutes. Il a comparé cela au déploiement de missiles russes au Canada ou au Mexique, près de la frontière avec les États-Unis.

S’il adopte la ligne dure sur l’Ukraine, le leader russe pourrait se montrer plus flexible ailleurs.

Même si Moscou a dénoncé la campagne militaire américaine en Afghanistan, M. Poutine est intéressé à une solution qui empêchera le pays de plonger dans l’anarchie après le départ des soldats américains plus tard cette année, puisque l’instabilité pourrait ensuite se propager à l’Asie centrale anciennement soviétique.

La Russie participe aussi à de pénibles discussions internationales pour réparer l’accord sur le nucléaire iranien déchiré par M. Trump. Elle a également témoigné de son intérêt à collaborer avec les États-Unis pour relancer le processus de paix aux Moyen-Orient.

Le Kremlin pourrait être intéressé par un accord concernant la Syrie, où l’appui militaire russe a permis au gouvernement de Bachar el-Assad de reprendre le contrôle de la quasi-totalité de son pays après une guerre civile catastrophique.

Dans le domaine du contrôle des armements, Moscou serait prête à mettre certaines de ses armes les plus puissantes sur la table, en autant que Washington fasse de même avec ses systèmes de défense antimissile et d’éventuelles armes spatiales.

M. Poutine a aussi réitéré l’intérêt de la Russie à combattre les changements climatiques et la pandémie de coronavirus.

Il a appelé à l’ouverture d’un dialogue sur la cybercriminalité. Sa proposition d’un échange de cybercriminels entre la Russie et les États-Unis a toutefois été accueillie froidement à Washington.

Avec Jonathan Lemire et Vladimir Isachenkov, The Associated Press

USA-Russie: Premier sommet Biden/Poutine le 16 juin à Genève

mai 25, 2021

Le président américain Joe Biden rencontrera son homologue russe Vladimir Poutine le 16 juin à Genève, en Suisse, dans une période de très vives tensions – sur de multiples fronts – entre Washington et Moscou.

Combinaison de photos du président américain Joe Biden (g) le 17 mars 2021 à la Maison Blanche à Washington, et du président russe Vladimir Poutine (d), le 5 mars 2020 au Kremlin à Moscou

© Eric BARADAT Combinaison de photos du président américain Joe Biden (g) le 17 mars 2021 à la Maison Blanche à Washington, et du président russe Vladimir Poutine (d), le 5 mars 2020 au Kremlin à Moscou

Ce premier tête-à-tête entre les deux hommes depuis l’arrivée de Joe Biden au pouvoir aura lieu dans la foulée des réunions des dirigeants du G7 et de l’Otan, au Royaume-Uni et en Belgique, qui feront la part belle à l’affichage d’un front commun anti-Moscou.

Le président américain Joe Biden lors d'un discours depuis la Maison Blanche le 10 février 2020

© SAUL LOEB Le président américain Joe Biden lors d’un discours depuis la Maison Blanche le 10 février 2020

Le Kremlin a confirmé la tenue du tête-à-tête en mettant en avant les discussions sur la lutte contre la pandémie de coronavirus et « le règlement des conflits régionaux ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à droite) et le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken tiennent une conférence de presse conjointe à Jérusalem le 25 mai 2021, quelques jours après une trêve négociée par l’Egypte qui a mis fin aux combats entre l’armée israélienne et le Hamas à Gaza

© Menahem KAHANA Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à droite) et le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken tiennent une conférence de presse conjointe à Jérusalem le 25 mai 2021, quelques jours après une trêve négociée par l’Egypte qui a mis fin aux combats entre l’armée israélienne et le Hamas à Gaza

Du côté de la Maison Blanche, on souligne qu’aucune percée de taille n’est attendue et que l’objectif est avant tout des rendre les relations entre les deux pays plus « stables et prévisibles ».

Joe Biden affiche, depuis son arrivée au pouvoir le 20 janvier, une grande fermeté à l’égard de la Russie, désireux de marquer la rupture avec son prédécesseur Donald Trump, accusé de complaisance à l’égard du maître du Kremlin.

Mais le président démocrate martèle aussi sa volonté de dialogue. S’il promet de punir à nouveau la Russie « si elle continue d’interférer dans notre démocratie », il assure ne pas vouloir « déclencher un cycle d’escalade et de conflit ».

L’annonce de ce sommet intervient le jour même où l’opposant russe emprisonné Alexeï Navalny a dit être visé par trois enquêtes criminelles, la pression s’accentuant depuis plusieurs semaines contre son mouvement et ses partisans.

De source américaine, on insiste sur le fait qu’une rencontre avec Vladimir Poutine n’est en aucun cas une récompense pour ce dernier mais la façon la plus efficace de gérer les relations entre les deux pays, qui sont difficiles et devraient le rester.

A l’occasion de cette rencontre, Joe Biden entend en particulier évoquer le régime d’Alexandre Loukachenko au Belarus, dont Moscou est le principal soutien.

Le pays est de plus en plus isolé avec l’entrée en vigueur de restrictions contre son espace aérien, en représailles contre Minsk, accusé d’avoir détourné un avion de ligne européen pour arrêter un opposant à bord.

Au pouvoir depuis 1994, le régime d’Alexandre Loukachenko est déjà ciblé par de multiples sanctions occidentales pour avoir durement réprimé un mouvement de contestation inédit qui a vu des dizaines de milliers de personnes défiler dans les rues en 2020 suite à la présidentielle d’août, jugée « truquée » par les Européens.Portrait du président du Bélarus Alexandre Loukachenko© Vincent LEFAI Portrait du président du Bélarus Alexandre Loukachenko

Toujours de source américaine, on précise que la question du contrôle des armes nucléaires figurera en bonne place dans les discussions. Début février, les Etats-Unis et la Russie ont prolongé le traité de désarmement New Start pour cinq ans. 

L’Ukraine, les programmes nucléaire de l’Iran et de la Corée du Nord, l’Arctique, le changement climatique ou encore la Syrie feront également partie des discussions lors de ce sommet.

La semaine dernière, les ministres américain et russe des Affaires étrangères, Antony Blinken et Sergueï Lavrov ont affiché en Islande leur volonté d’apaisement. Côté américain, on a évoqué une discussion « productive », « constructive », « respectueuse » et « honnête ».

Fait notable: devant la presse, l’échange est resté courtois — bien loin du grand déballage qui avait opposé Antony Blinken à son homologue chinois pour leur première rencontre en mars en Alaska.

Le président suisse Guy Parmelin s’est dit « très heureux » que la Suisse accueille ce sommet. « Je forme le voeu que les discussions soient fructueuses pour les deux pays et la communauté internationale », a-t-il tweeté.

La ville de Genève avait accueilli, en 1985, un sommet entre le président américain Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhail Gorbachev.

Avec Reuters par jca/cjc

Rama Yade : « Joe Biden est entouré d’Africains ! »

mai 2, 2021
Rama Yade est directrice de l’Africa Center Atlantic Council.

Le mort de George Floyd, les réunions non mixtes, la politique africaine des États-Unis… Entretien avec l’ancienne secrétaire d’État devenue la directrice Afrique de l’Atlantic Council.

Jeune Afrique : Aux États-Unis, le policier américain Derek Chauvin a été reconnu coupable du meurtre de George Floyd. Y aura-t-il un avant et un après ?

Rama Yade : Ce procès a fait la une de tous les médias. La NAACP [Association nationale pour la promotion des gens de couleur] s’est mobilisée, le Black Caucus aussi. Dans les rues de Washington où je vis, les maisons continuent d’arborer des affiches « Black Lives Matter ». La mort de Georges Floyd a touché le nerf de l’identité américaine. Plus rien ne sera comme avant.

En France en revanche, un tel procès n’aurait pas été envisageable. On croit encore à cette fiction d’une société color-blind, alors que les discriminations au logement et à l’emploi sont nombreuses et que peu de choses ont changé depuis que j’ai démarré en politique, il y a quatorze ans.

Comprenez-vous qu’en France, certains veuillent organiser des réunions non mixtes pour discuter de ces sujets ?

Je comprends ce besoin, je connais le confort chaleureux de la communauté. Être entre soi, partager les mêmes expériences, ne plus être une minorité pour une fois, ne pas prendre le risque de subir le regard d’autrui qui n’est pas toujours bienveillant, qui est même parfois raciste, cela fait un bien fou !

Pour autant, j’aime trop l’humanité pour m’enfermer dans une case. Il faut encourager l’échange et la découverte de l’autre. Toutefois, plutôt que de vilipender ceux qui sont tentés par ces réunions non mixtes, essayons de comprendre et de mener enfin une action efficace contre les discriminations et le racisme. Ces réunions disparaîtront alors comme elles sont arrivées !

SOUVENEZ-VOUS DE L’ÉPOQUE OÙ L’ÉCRIVAIN JAMES BALDWIN VENAIT SE RÉFUGIER À PARIS

Certains problèmes ne découlent-ils pas de la cancel culture, cette culture de la dénonciation très en vogue aux États-Unis ?

La France n’a pas attendu l’Amérique pour avoir des problèmes avec une partie de ses enfants. C’est l’affaiblissement de l’idéal républicain qui est à l’origine de cette décomposition. Mais ce n’est pas une fatalité. Souvenez-vous de l’époque où l’écrivain James Baldwin et d’autres Africains-Américains venaient se réfugier à Paris pour fuir les discriminations dans leur pays !

L’AFRIQUE, C’EST LA CHINE DE DEMAIN

Que pensez-vous de la manière dont le président Emmanuel Macron conçoit la relation Afrique-France ?

On verra bien. Certes, toute l’Afrique n’est pas sortie du « pré carré », mais il y a un mouvement de fond, une dynamique qui entraîne le continent vers son singulier destin d’autonomie. Il sort des marges où certains ont voulu le confiner pour regagner sa place, au centre de tout. Dans vingt ans, un terrien sur quatre sera africain. L’Afrique, c’est la Chine de demain. Elle construit la plus grande zone de libre-échange au monde. On lui parle de l’eco, mais elle veut sauter cette étape des monnaies physiques pour passer directement à la crypto-monnaie grâce à l’incroyable essor de son économie digitale.

Et quid de la politique africaine des États-Unis?

Il y a un changement de ton très appréciable, comme on a pu le noter dans le message que le président Biden a adressé aux chefs d’État qui participaient au dernier sommet de l’Union africaine. Je suis par ailleurs frappée par le nombre d’Africains dans son cabinet : pas seulement des Africains-Américains comme Linda Thomas-Greenfield [ambassadrice à l’ONU] ou Lloyd Austin [secrétaire à la Défense]. Je parle de ces fils et filles de Nigérians qui ont été nommés, comme Wally Adeyemo au Trésor. Biden avait même un programme à destination des Africains d’Amérique. Cette Amérique-là est incroyable !

Maintenant, il va falloir passer de l’America First de Trump, pour lequel 75 millions d’Américains ont voté, à l’America is Back – sous-entendu « dans le monde ». Cela ne sera pas facile et l’Afrique elle-même ne se laissera pas aisément approcher. Les Africains ont changé, les économies du continent se sont révélées plus résilientes que les autres… C’est intéressant. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut associer le quart de l’humanité à la recherche des solutions face aux défis globaux. Et que si l’Afrique va mieux, le monde ira mieux.

Avec Jeuen Afrique par Clarisse Juompan-Yakam

Biden reconnaît le génocide arménien, la Turquie convoque l’ambassadeur américain

avril 24, 2021
Biden reconnait le genocide armenien, la Turquie convoque l'ambassadeur americain
Biden reconnaît le génocide arménien, la Turquie convoque l’ambassadeur américain© AFP/Archives/Andrew CABALLERO

Joe Biden a reconnu samedi le génocide arménien, devenant le premier président des Etats-Unis à qualifier ainsi la mort d’un million et demi d’Arméniens massacrés par l’Empire ottoman en 1915, suscitant la colère de la Turquie.

Son homologue turc Recep Tayyip Erdogan a immédiatement réagi en dénonçant « la politisation par des tiers » de ce débat, dans un message adressé au patriarche arménien à Istanbul.

Le ministre turc des Affaires étrangères a convoqué samedi l’ambassadeur américain pour protester, a rapporté l’agence de presse d’Etat Anadolu.

La Turquie n’a « de leçons à recevoir de personne sur son histoire », avait-il auparavant déclaré.

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a de son côté salué une « mesure très forte envers la justice et la vérité historique » dans un message sur Facebook.

Le génocide arménien est reconnu par plus de vingt pays et par de nombreux historiens mais il est vigoureusement contesté par la Turquie.

« Les Américains honorent tous les Arméniens ayant péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd’hui », a écrit Joe Biden dans un communiqué.

« Nous affirmons l’histoire. Nous ne faisons pas cela pour accabler quiconque mais pour nous assurer que ce qui s’est passé ne se répètera jamais », a-t-il ajouté.

Le président démocrate, qui avait promis pendant sa campagne électorale de prendre l’initiative sur ce dossier, a informé vendredi de sa décision son homologue turc dans une conversation téléphonique.

Les deux dirigeants sont convenus de se rencontrer en juin en marge du sommet de l’Otan à Bruxelles.

Au téléphone avec le chef de l’Etat turc, le locataire de la Maison Blanche a exprimé sa volonté de bâtir une « relation bilatérale constructive », selon le bref compte-rendu américain qui évoque la nécessité d’une « gestion efficace des désaccords ».

« Honorer les victimes »

Il s’agit d' »honorer les victimes, pas d’accabler qui que ce soit », a insisté une responsable américaine, sous couvert de l’anonymat. « Nous continuons de considérer la Turquie comme un allié crucial au sein de l’Otan », a-t-elle ajouté.

Sans citer explicitement les Etats-Unis, le président turc avait dès jeudi adressé une mise en garde à peine voilée à Washington.

Au cours d’une réunion avec des conseillers, il a prévenu qu’il continuerait à « défendre la vérité contre ceux qui soutiennent le mensonge du soi-disant +génocide arménien+ (…) à des fins politiques ».

Malgré des années de pressions de la communauté arménienne aux Etats-Unis, aucun président américain ne s’était jusqu’ici risqué à fâcher Ankara.

Le Congrès américain a reconnu le génocide arménien en décembre 2019 à l’occasion d’un vote symbolique, mais Donald Trump, qui entretenait d’assez bonnes relations avec Recep Tayyip Erdogan, avait refusé d’utiliser ce mot, parlant seulement d' »une des pires atrocités de masse du XXe siècle ».

Les Arméniens estiment qu’un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l’Empire ottoman, alors allié à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie. Ils commémorent ce génocide chaque année le 24 avril.

La Turquie, issue du démantèlement de l’empire en 1920, reconnaît des massacres mais récuse le terme de génocide, évoquant une guerre civile en Anatolie, doublée d’une famine, dans laquelle 300.000 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort.

« La Turquie ne va jamais reconnaître le génocide. Cela n’arrivera jamais », a confié à l’AFP Aram Bowen, 33 ans, au cours d’un rassemblement de plusieurs centaines de membres de la communauté arménienne à New York.

L’annonce de Joe Biden est « ce qui se rapproche le plus d’une reconnaissance mondiale », a-t-il poursuivi.

Aussi présent au rassemblement new-yorkais, Samuel Armen, 32 ans, qui est né en Arménie, a de son côté jugé que ce geste était « étape positive », mais pas encore « suffisante ».

« Cela fait des années qu’on attend cela, on voulait cela avant Biden. On a eu beaucoup de promesses avec Trump et avant, on a attendu », a quant à elle dit à l’AFP Taline Nourian, croisée à Erevan.

« Je pense que la Turquie aura peur maintenant car tous les pays vont commencer à reconnaître (le génocide) cette année ou celle d’après, tout le monde va en parler », a affirmé cette Arménienne de 41 ans.

Moins optimiste, Gregory, interrogé par l’AFP dans les rues de Jérusalem pense que cette décision « ne va rien changer ».

« L’Arménie est un peu petit pays, nous ne sommes pas grands et puissants comme la Turquie. Nous n’avons pas beaucoup à offrir en terme de géopolitique et de commerce », poursuit l’homme dans la soixantaine en face du couvent arménien St-Jacques.

L’annonce de M. Biden n’aura pas de portée légale, mais elle ne peut qu’aggraver les tensions avec une Turquie que le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a qualifiée de « soi-disant partenaire stratégique » qui « par de nombreux aspects ne se comporte pas comme un allié ».

Le président démocrate assure vouloir mettre la défense des droits humains au cœur de sa politique étrangère. Son gouvernement a confirmé l’accusation de « génocide » portée dans les derniers jours de la présidence de Donald Trump contre la Chine pour la répression des musulmans ouïghours.

Par Le Point avec AFP

Tuerie d’Atlanta : « la haine n’a pas sa place aux États-Unis », dit Biden

mars 19, 2021

Les violences à l’endroit des communautés asiatiques aux États-Unis « doivent cesser », a martelé vendredi le président américain Joe Biden depuis la Georgie, quelques jours après qu’un tireur eut assassiné huit personnes dans des salons de massage de la région d’Atlanta.

Le président américain Joe Biden et la vice-présidente Kamala Harris ont vivement condamné les violences à l'endroit des communautés asiatiques.

© Patrick Semansky/Associated Press Le président américain Joe Biden et la vice-présidente Kamala Harris ont vivement condamné les violences à l’endroit des communautés asiatiques.

«La haine n’a pas sa place aux États-Unis», a déclaré le président Biden au terme d’un entretien auquel participaient la mairesse d’Atlanta, Keisha Lance Bottoms, des représentants de l’État et des activistes.

Entendre certains d’entre eux raconter leur histoire – la représentante Bee Nguyen, par exemple, a confié avoir été la cible de menaces de mort – et partager la peur qui les habite était «crève-cœur», a dit M. Biden.

Aux yeux du président, il revient à tous les Américains de faire leur part afin de dénoncer cette violence. «Notre silence est complice; nous ne pouvons être complices», a-t-il insisté.

«Nous voulons que les Américains d’origine asiatique de la Georgie et de partout au pays sachent que nous ne nous tairons pas, que nous ne resterons pas les bras croisés», a renchéri à ses côtés la vice-présidente, Kamala Harris.

S’ils devaient se rendre en Georgie afin d’y promouvoir leur stratégie de relance économique et de vaccination, Joe Biden et Kamala Harris ont changé leurs plans afin d’aller «offrir leur soutien» aux familles des victimes des fusillades.

Un homme de 21 ans a été accusé des meurtres de huit personnes, dont six étaient des femmes asiatiques.

Bien que les enquêteurs n’aient pas encore établi s’il s’agissait d’un crime haineux, des membres de la classe politique et des avocats des droits de la personne ont fait valoir que les meurtres devaient être motivés, au moins en partie, par la montée des actes racistes à l’endroit des Asiatiques depuis le début de la pandémie.

Selon la police, le suspect, un homme blanc qui habite en banlieue d’Atlanta, a nié tout mobile raciste, déclarant que son «obsession sexuelle» l’aurait mené à commettre cette tuerie.

Si on ignore pour l’heure le motif du tireur, a commenté le président Biden, il est néanmoins de notoriété publique que le pays doit composer avec une «crise de violences sexistes et anti-Asiatiques».

«Trop d’Américains d’origine asiatique […] ont été attaqués, blâmés, désignés comme boucs émissaires, harcelés. Ils ont été insultés, agressés, tués», a-t-il poursuivi.

Kamala Harris, dont la mère est originaire d’Asie du Sud, a pour sa part souligné que «le racisme [était] bien réel aux États-Unis et l’a toujours été», au même titre que «la xénophobie» et «le sexisme».

Des organisations ont constaté une inquiétante augmentation des actes racistes au pays : près de 3800 incidents ont été rapportés depuis mars 2020 à Stop AAPI Hate, un groupe de surveillance des droits des Américains d’origine asiatique basé en Californie.

Dans la foulée des fusillades, le président Biden a appelé le Congrès à adopter sans plus tarder le projet de loi pour lutter contre les crimes haineux liés à la COVID-19, qui permettrait notamment d’augmenter les ressources en prévention et la capacité d’intervention des autorités.

Il a ajouté qu’il entendait demander au département de la Justice de se pencher sur ce phénomène.

Vendredi, la présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, a dénoncé les actes de violence contre les communautés asiatiques, qui ont, selon elle, été exacerbés par les commentaires méprisants et racistes de l’administration Trump.

Le prédécesseur de M. Biden avait employé à maintes reprises des expressions dégradantes associant les Asiatiques et le nouveau coronavirus, le SARS-CoV-2, qui a été découvert dans la ville de Wuhan, en Chine, en 2019.

Avec  CBC/Radio-Canada 

États-Unis: Joe Biden salue une «victoire historique» après l’adoption de son plan de relance de 1900 milliards

mars 10, 2021

Malgré l’opposition en bloc des républicains, qui dénoncent des dépenses extravagantes et mal ciblées, le plan colossal a été approuvé par 220 voix contre 211.

Joe Biden s’est félicité mercredi d’une « victoire historique » pour les Américains après l’adoption au Congrès de son colossal plan de relance économique, un succès majeur 50 jours après son arrivée à la Maison Blanche.

Malgré l’opposition en bloc des républicains, qui dénoncent des dépenses extravagantes et mal ciblées, et une défection dans leurs rangs, les démocrates, majoritaires à la Chambre des représentants, ont pu l’approuver par 220 voix contre 211. Ce résultat a été accueilli par une ovation des démocrates dans l’hémicycle. Joe Biden va promulguer vendredi ce plan de 1.900 milliards de dollars, un montant vertigineux équivalant au PIB de l’Italie. « Cette loi représente une victoire historique, historique, pour les Américains. J’ai hâte de la signer cette semaine », a réagi le président lors d’un discours à Washington sur la campagne de vaccination. « Chaque élément du plan de sauvetage américain répond à de véritables besoins », a-t-il ajouté, comme en réponse aux critiques républicaines. Les chefs démocrates du Congrès ont salué l’une des « lois les plus importantes » des dernières décennies. « Nous sommes à un tournant décisif de l’histoire de notre pays », a lancé la présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, dans l’hémicycle.

« C’est de loin l’une des pires lois que j’ai vues »« un exemple classique de programme démocrate hypertrophié », a rétorqué le chef des sénateurs républicains Mitch McConnell. « Il s’agit d’une longue liste de priorités de gauche qui datent d’avant la pandémie et ne répondent pas aux besoins des Américains », a aussi accusé le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy. Reprenant la grande ligne d’attaque des républicains, il a réaffirmé que seuls 9 % du plan étaient « liés à la lutte contre le Covid ».

Nouveaux emplois mais risque d’inflation

La pandémie a fait plus de 500.000 morts aux États-Unis, et la première économie mondiale s’est contractée de 3,5 % l’an passé, sa pire année depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon des experts, le « plan de sauvetage américain », très populaire dans les sondages, devrait doper la croissance. D’après la Maison Blanche, cette législation « historique » créera plus de 7 millions de nouveaux emplois cette année et rendra les soins de santé plus abordables tout en sauvant des vies grâce aux aides pour la vaccination généralisée. Elle affirme également qu’elle réduira de moitié la pauvreté des enfants. Mais d’autres économistes mettent en garde contre le risque d’inflation.

Des millions d’Américains vont toucher des chèques d’aides directes allant jusqu’à 1.400 dollars par individu et personne à charge, pour un montant global de quelque 400 milliards de dollars. Le plan prolonge en outre jusqu’en septembre des allocations-chômage exceptionnelles qui devaient expirer le 14 mars. Quelque 15 milliards de dollars sont consacrés à la vaccination, 50 milliards pour les tests et le traçage et 10 milliards pour la production de vaccins. Le plan consacre également 126 milliards de dollars aux écoles, de la maternelle au lycée, pour soutenir leur réouverture malgré la pandémie, ainsi que 350 milliards en faveur des États, des collectivités locales.

Revers au Sénat

Le projet initial comprenait une hausse du salaire minimum fédéral qui a dû être abandonnée au Sénat, où le montant des allocations-chômage et le plafond pour toucher les chèques ont d’autre part été abaissés sous la pression d’un démocrate conservateur. Ces compromis pouvaient faire craindre une fronde des progressistes, mais les troupes démocrates sont unies derrière le plan Biden. C’est en saluant « la plus importante loi votée par le Congrès pour aider les travailleurs depuis des décennies » que le sénateur indépendant Bernie Sanders avait approuvé le plan samedi à la chambre haute.

À la Chambre comme au Sénat, seuls les démocrates ont voté en faveur du plan de relance. Un revers pour Joe Biden, sénateur pendant plus de 35 ans et arrivé à la Maison Blanche sur la promesse de trouver des terrains d’entente avec les républicains, après les profondes divisions de l’ère Trump. Le vieux routier de la politique espère ensuite parvenir à une meilleure entente pour son prochain gigantesque projet législatif, qui devrait concerner les infrastructures américaines.

Par Le Figaro avec AFP

États-Unis/Caroline du Sud: un an plus tard

mars 1, 2021
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Il y a un an, je me tenais à Columbia, en Caroline du Sud, reconnaissant que les électeurs de l’État de Palmetto , et en particulier l’épine dorsale du Parti démocrate, la communauté afro-américaine, nous avaient mis sur la voie de la présidence.

Cette nuit-là, j’ai dit que la nôtre était une campagne pour les gens qui avaient été renversés, comptés et laissés pour compte. J’ai parlé du coût de la colère et de la division dans le pays et de la nécessité d’unir l’Amérique.

That night, as I prepared to speak, the United States confirmed our 69th coronavirus case. As a nation, we were just beginning to understand how much our lives would soon be upended.

Le monde a radicalement changé au cours de la dernière année. Notre nation a commencé à se débattre avec un compte à rebours attendu depuis longtemps sur la justice raciale. Notre démocratie a subi une violente insurrection dans notre Capitole. En tant que peuple, nous avons pleuré les plus d’un demi-million de vies perdues à covid-19, et la dévastation économique qui a martelé tant plus de familles, de petites entreprises et de communautés. Ajoutez à cela le besoin croissant de faire face à notre changement climatique, et c’est une confluence de crises peut-être sans précédent dans notre histoire.

Et pourtant, même si le monde a changé, les défis que j’ai décrits cette nuit-là ne sont devenus que plus urgents.

Des millions d’Américains ont perdu leur emploi à la suite de la récession COVID-19. Nos villes ont perdu 1,3 million d’emplois depuis mars dernier; les éducateurs, les infirmières, les policiers, les pompiers et d’autres travailleurs publics essentiels ont été poussés au bord du gouffre. 400 000 petites entreprises ont fermé leurs portes, pour toujours.

Le bilan économique de la pandémie continue de déchirer notre pays aussi brutalement que le virus lui-même.

Nous voyons les dommages d’une manière que nous ne nous attendions pas à voir dans ce pays — des files de voitures, des kilomètres de long, dans les banques alimentaires. Au début de février, un adulte sur sept ayant des enfants dans ce pays a déclaré qu’il n’avait pas suffisamment de nourriture.

Nous avons vu la participation des femmes à la population active à son plus bas niveau en plus de trois décennies, car tant de femmes sont confrontées au choix dévastateur entre un chèque de paie et les soins et l’éducation d’un enfant.

Au cours de la dernière année, nous avons été testés comme jamais auparavant. Et maintenant, nous répondons.

Faire face au COVID-19 a exigé à la fois un miracle de la science et un miracle de fabrication, donnant trois vaccins efficaces à ce jour. Maintenant, il faut la plus grande entreprise opérationnelle de notre histoire: obtenir des coups de feu dans les bras de centaines de millions d’Américains.

Je me suis fixé un objectif de 100 millions de tirs dans mes 100 premiers jours. Pour y parvenir, nous ramenons des médecins et des infirmières à la retraite comme vaccinateurs, déployons des professionnels de la santé de l’armée et de notre corps médical commandé, et nous installons et soutenons de nouveaux sites de vaccination élargis. Par conséquent, nous sommes bien en avance sur notre objectif , atteignant la moitié de la marque en seulement 37 jours.

Nous faisons également des progrès dans la guérison économique dont notre nation a besoin.

Tard vendredi soir, la Chambre des représentants a adopté mon plan de sauvetage américain. Cela nous rapproche un peu plus de la vaccination de la nation; obtenir des gouvernements des États et des collectivités locales le soutien dont ils ont besoin pour éviter des licenciements massifs; mettre 1 400 $ de plus dans les poches des Américains sous forme de paiements directs; l’augmentation et l’extension des allocations de chômage pour des millions d’Américains qui sont sans emploi en raison de leur propre faute; aider des millions d’Américains à nourrir leurs familles et à garder un toit au-dessus de leur tête; et ramener nos enfants en toute sécurité à l’école.

Tous les aspects du Plan de sauvetage américain répondent à un besoin désespéré, et c’est pourquoi nous constatons un soutien massif de la part des maires et des gouverneurs des deux partis, et de la grande majorité du peuple américain.

Et aussi essentiel que cela soit, ce n’est que le début.

La firme de Wall Street Moody’s estime que le plan de sauvetage américain aidera l’économie à créer plus de 7 millions d’emplois rien que cette année seulement. Ce serait sur la voie des plus de 18 millions d’emplois que Moody’s estime créer au cours des quatre prochaines années grâce à notre plan de relance Build Back Better.

En livrant son appui à ma candidature, le membre du Congrès Jim Clyburn a parlé de la façon dont ce qui était en jeu pour le pays était « la bonté de l’Amérique ». Il a dit que l’Amérique était super parce que notre peuple était bon. Et nous ne pourrions jamais perdre cela.

Nous devons nous rappeler, en ce moment où il y a encore tant de douleur à travers le pays, que nous avons la responsabilité de soulever nos compatriotes américains, pas de les laisser affamés, sans emploi, dans le froid. Que nous sommes appelés à traiter tout le monde avec dignité et respect. Que les inégalités et les injustices mises à nu par la pandémie et les crises économiques de l’année écoulée ont rendu plus urgent que jamais pour nous de vivre enfin les principes fondateurs de cette nation — que chacun soit créé égal et ait le droit d’être traité sur un pied d’égalité tout au long de la vie.

Et nous savons que nous devons appliquer ces principes dans tout ce que nous faisons , de la récupération de la pandémie à la reconstruction de notre économie, à la réaffirmation du leadership de l’Amérique dans le monde.

Quand je regarde en arrière sur ce qui s’est passé en Caroline du Sud il ya un an, c’est incroyable de voir combien peut changer en une journée, peu importe une année entière. J’espère que dans un an, les Américains pourront regarder en arrière et s’émerveiller de ce qui a changé — dans leur vie et dans notre économie — pour le mieux.

Avec Associated Press

[Tribune] L’Amérique est de retour en Afrique

février 28, 2021
Joe Biden à Washington, le 25 février 2021

Désignations de personnalités noires aux postes-clés, discours conciliants, « diplomatie normale »… L’administration Biden veut renouer avec l’Afrique, ignorée par Trump.

Ce n’est sans doute pas une tâche herculéenne : compte tenu de l’indifférence méprisante dont faisait preuve Donald Trump à l’égard du continent — où il ne s’est jamais rendu —, la nouvelle administration dispose d’un a priori favorable en Afrique, d’autant qu’elle a déjà marqué un changement net d’intentions et d’ambitions.

Dans un discours destiné aux délégués du 34e sommet de l’Union africaine et diffusé le 7 février, Joe Biden a indiqué la ligne générale de sa politique étrangère : « L’Amérique est de retour. La diplomatie est de nouveau au centre de notre politique étrangère. [Nous allons nous employer] à renouveler notre rôle dans les institutions internationales et à retrouver notre crédibilité et notre autorité morale. »

« Soutien et respect mutuel »

Il a ensuite centré ses propos sur l’Afrique, en affirmant que les États-Unis se tenaient à ses côtés, « partenaires en solidarité, soutien et respect mutuel. Nous croyons en les nations africaines ». Il a poursuivi en parlant d’une « vision commune pour un avenir meilleur », et en évoquant des sujets ayant trait à l’économie, la sécurité et les droits humains pour les « femmes et les filles, les personnes LGBTQI, les personnes en situation de handicap, les personnes de toute origine ethnique, religion ou culture.

Le président américain a également mentionné des urgences du moment : la pandémie et le réchauffement climatique, avec la perspective de financements adéquats pour des usines à vaccins et le Green Climate Fund. Il a enfin annoncé que les restrictions de visas pour les réfugiés édictées par Trump allaient être abrogées, et que l’égalité raciale et la lutte contre le suprémacisme blanc étaient des priorités de son administration. À l’évidence, Biden visait à insister sur la rupture franche avec l’administration Trump et, par contrecoup, à souligner les continuités avec Barack Obama, dont il était le vice-président.

Des Africains-Américains promus

Pour en savoir un peu plus, il faut nous tourner vers un ensemble de nominations tout à fait significatives auxquelles le nouveau président a procédé. Plusieurs Africains-Américains ont été promus. Enoh Ebong est ainsi devenue directrice par intérim de l’Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA). Cette femme d’origine nigériane a une solide expérience au sein de ladite agence, où elle a travaillé de 2004 à 2019.

Mahmoud Bah, d’origine guinéenne, est également distingué : il devient le responsable par intérim du Millennium Challenge Corporation (MCC). Le MCC, créé par le Congrès des États-Unis en 2004, est un programme de développement dont la vocation est de verser des subventions à des pays qui ont démontré leur engagement dans la promotion des bonnes pratiques de gestion et la réforme économique. Mahmoud Bah a lui aussi une solide expérience d’une dizaine d’années au sein de l’organisme à la tête duquel il a été nommé, y compris en tant que responsable du MCC en Côte d’Ivoire pendant trois ans.

LE GOUVERNEMENT AMÉRICAIN ACTUEL EST DE LOIN LE PLUS DIVERS DE L’HISTOIRE DU PAYS. LA MOITIÉ DE SES MEMBRES NE SONT PAS BLANCS

À ces nominations s’en ajoutent d’autres, du côté africain-américain, et au plus haut niveau. Elles marquent aussi une rupture symbolique et pratique avec l’ère Trump. Même si la vice-présidente n’est pas africaine-américaine (ses parents étaient d’origines caribéenne et indienne), Kamala Harris s’affirme comme une femme noire, en laquelle beaucoup de femmes et d’hommes noirs se reconnaissent. Le nouveau ministre de la Défense, le général quatre étoiles Lloyd Austin, est également entré en fonctions, une première pour un homme noir.

Marcia Fudge, représentante de l’Ohio au Congrès, est désormais ministre de l’Habitat et du Développement urbain, tandis que Susan Rice, ancienne ambassadrice des États-Unis à l’ONU, devient directrice du Conseil de politique intérieure (Domestic Policy Council). De son côté, Linda Thomas-Greenfield, une diplomate chevronnée qui fut notamment chargée des affaires africaines entre 2013 et 2017, avant d’être démise de ses fonctions par Trump, représente désormais son pays à l’ONU.

Si l’on ajoute à ces personnalités celles issues du monde hispanique, et même amérindien, le gouvernement américain actuel est de loin le plus divers de l’histoire du pays (la moitié de ses membres ne sont pas blancs). Voilà qui est significatif, et qui a été salué par les associations antiracistes du pays : la représentation, l’incarnation d’un poste, cela compte en politique !

Environnement et santé

Reste, bien entendu, à mesurer les effets de ces nominations sur les politiques mises en œuvre. Du côté de l’Afrique, la tendance générale est celle d’un retour à une diplomatie normale, marquée par des relations respectueuses entre les États-Unis et le continent.

L’inflexion principale par rapport à l’administration Obama semble devoir se situer du côté d’une accentuation de l’investissement environnemental, sur lequel Biden a tant insisté pendant sa campagne, et de la priorité médicale, puisque l’Afrique n’est pas épargnée par le Covid-19, même si la pandémie n’a pas eu des conséquences comparables à celles que l’Europe ou les États-Unis connaissent.

Sur les autres sujets, Washington combinera, de manière finalement assez classique, ses intérêts propres, en particulier économiques, à des préoccupations stratégiques (en laissant le premier rôle militaire à la France dans le Sahel, tout en assurant un soutien logistique) et humanitaires. Mais les historiens savent bien que ce qui semble prévisible sera déjoué par les événements eux-mêmes, et la capacité des responsables africains et américains à y répondre !

Par  Pap Ndiaye

Historien, professeur à Sciences Po Paris, nouveau directeur général du Palais de la Porte Dorée

États-Unis: Biden va accepter plus de réfugiés après les restrictions imposées par Trump

février 4, 2021

BIDEN VA ACCEPTER PLUS DE RÉFUGIÉS APRÈS LES RESTRICTIONS IMPOSÉES PAR TRUMP

© Reuters/TOM BRENNER 

WASHINGTON (Reuters) – Joe Biden a déclaré jeudi vouloir porter à 125.000 le nombre de réfugiés susceptibles d’être accueillis par les Etats-Unis, soit environ huit fois plus que sous son prédécesseur Donald Trump, qui avait abaissé ce seuil à des niveaux historiquement bas.

S’exprimant au département d’Etat, le président américain a annoncé qu’il promulguerait ce jeudi un décret en ce sens face à « un besoin mondial sans précédent ».

Joe Biden s’est engagé à renouer avec la tradition de terre d’accueil des Etats-Unis, après quatre ans durant lesquels les admissions sur le territoire ont été restreintes par Donald Trump, qui les a abaissées à 15.000 cette année.

« Reconstruire ce qui a été si abîmé prendra du temps, mais c’est précisément ce que nous allons faire », a déclaré Joe Biden, en précisant que ce niveau de 125.000 réfugiés s’appliquerait au cours du prochain exercice budgétaire commençant en octobre 2021.

Dans ce décret, Joe Biden devrait appeler les agences américaines à prendre des mesures pour accélérer le traitement des demandes de réfugiés et pour souligner le rôle joué par le changement climatique dans les migrations de populations à travers le monde, selon deux sources proches du dossier.

Avec Reuters par (Alexandra Alper, Steve Holland et Ted Hesson; version française Camille Raynaud, édité par Bertrand Boucey)

Politique africaine des États-Unis : ce qui a déjà changé depuis que Joe Biden est président

janvier 23, 2021
Le président américain Joe Biden, le 21 janvier 2021 à la Maison Blanche.

Officiellement investi président des États-Unis mercredi 20 janvier, Joe Biden est déjà revenu sur certaines des mesures phares de Donald Trump. Il a aussi nommé un Africain à la tête de la Millennium Challenge Corporation.

Ce fut l’une des mesures les plus controversées de son prédécesseur. Quelques heures seulement après son investiture, Joe Biden est revenu sur le « Muslim ban », ce décret migratoire controversé qui interdisait l’entrée sur le sol américain aux ressortissants de pays majoritairement musulmans, dont nombre de pays africains.

Au total, Biden a signé dix-sept décrets qui marquent une rupture avec l’administration Trump. L’un d’entre eux, portant sur la lutte contre le racisme dans les institutions publiques, ordonne aux différentes agences fédérales d’évaluer les inégalités dans leurs politiques et dans leurs programmes.

Le nouveau président américain a en outre annoncé un projet de loi qui offrira aux jeunes arrivés de manière illégale sur le territoire avant leur majorité – les « dreamers » – et aux autres personnes en situation irrégulière la possibilité d’être naturalisés.

Retour au sein de l’OMS

Joe Biden est également revenu sur la décision de Donald Trump de retirer les États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Une organisation dont les États-Unis constituaient le principal donateur et que l’ancien président américain avait qualifiée de « marionnette » aux mains de la Chine.

« Depuis la création de l’OMS en 1948, les États-Unis ont joué un rôle crucial pour la santé dans le monde, et les Américains ont réalisé des contributions conséquentes dans ce domaine. Nous avons hâte de continuer ce partenariat », a déclaré son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Nomination

Le président fraîchement investi a également décidé de nommer l’Américano-Guinéen Mahmoud Bah à la tête de la Millennium Challenge Corporation (MCC). Créée en 2004, la MCC est une agence indépendante du gouvernement américain qui fournit des subventions et une assistance économique à certains pays. Présente dans une vingtaine d’États africains, la MCC revendique une approche « innovante » de l’aide publique au développement.

Mahmoud Bah a exercé différentes positions au sein de la MCC depuis plus de dix ans. Il a notamment travaillé pendant trois ans en Côte d’Ivoire en tant que directeur pays. Plus récemment, il avait été nommé vice-président intérimaire pour l’administration et les finances, et directeur financier.

Né à Lomé, le nouveau directeur de la MCC a étudié à l’université du Maryland aux États-Unis, où il réside actuellement. Il est le frère de Mamadou Bah, ancien journaliste de Jeune Afrique (1998-1999) décédé en 2010 à Haïti, où il exerçait les fonctions de porte-parole de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah).

Changement de politique

L’administration de Donald Trump s’est caractérisée par son refus de s’engager véritablement en Afrique et par son désintérêt net pour le continent. L’arrivée de Joe Biden et ces premières décisions laissent présager un retour des États-Unis vers le multilatéralisme et un apaisement des relations avec certains pays africains.

Pour le conseiller sur l’Afrique, Biden s’est entouré de membres de l’ancienne administration de Bill Clinton ou Barack Obama. Il a notamment promis d’organiser prochainement un sommet auquel il conviera les chefs d’État africains, sur le modèle de celui qu’avait organisé Obama en 2014.

Avec Jeuneafrique par Marième Soumaré