Posts Tagged ‘John Fru Ndi’

Cameroun – présidentielle : Fru Ndi se range à la victoire de Biya

octobre 27, 2011

Sans surprise, le leader du SDF a finalement tempéré son discours. Après avoir appelé à manifester contre Paul Biya, vainqueur controversé de la présidentielle du 9 octobre, il a reconnu la victoire de son rival.

John Fru Ndi, éternel second ? Arrivé encore une fois deuxième à la présidentielle camerounaise du 9 octobre, le leader du Social Democratic Front (SDF) sait qu’il a laissé échapper ce qui était peut-être sa dernière tentative de succéder à Paul Biya, président du Cameroun depuis 29 ans et réélu à 78 ans pour un sixième mandat, avec près de 78 % des voix – ce qui pourrait porter à 36 années la durée de son « règne ».

Malgré les nombreuses irrégularités du scrutin dénoncées d’abord par l’opposition et de nombreux observateurs, puis par les Etats-Unis et enfin (in extremis) par la France, John Fru Ndi n’a pas appelé à manifester comme il avait menacé de le faire. « Le SDF prend acte de la proclamation par la [Cour suprême, NDLR] des résultats des élections (…) en faveur de M. Biya », a-t-il écrit mercredi dans une déclaration publique.

« La honte sur le Cameroun »

« Nous invitons tous les Camerounais, y compris le candidat proclamé (vainqueur), à s’investir pour que notre pays mette en place des règles équitables pour l’organisation d’élections libres et transparentes afin de lui épargner d’autres mascarades qui contribuent considérablement à jeter le discrédit et la honte sur (le Cameroun) », ajoute-t-il.

Contesté au sein de son propre parti, Fru Ndi ne manquera donc pas de prêter le dos une nouvelle fois à la critique de ceux qui le jugent trop tiède vis à vis de Biya. Car avant la proclamation des résultats, le leader du SDF et six autres candidats avaient déclaré qu’ils les rejetaient par avance, et revendiquait l’annulation de l’élection, invitant les Camerounais « à manifester pacifiquement ». Le SDF avait même dénoncé le « vote des morts »…

Jeuneafrique.com avec AFP

Cameroun: incidents lors du retour de Fru Ndi dans son fief de Bamenda

octobre 27, 2011

Une personne a été blessée et des coups de feu ont été tirés mercredi pour disperser la foule lors du retour du leader de l’opposition camerounaise John Fru Ndi dans son fief de Bamenda (ouest) après la présidentielle du 9 octobre, a appris l’AFP jeudi de sources concordantes.

« La ville de Bamenda a connu des altercations (mercredi) (. . . ). Un incident s’est produit au cours de la progression du cortège raccompagnant le chairman du SDF (Social Democratic Front, principal parti d’opposition) John Fru Ndi à sa résidence », a rapporté jeudi la radio d’Etat, la Cameroon Radio Television (CRTV).

« Il y a eu des coups de feu (des forces de l’ordre) », a affirmé à l’AFP Evariste Fopoussi, chargé de communication du SDF.

Certains medias locaux ont en outre fait état de « casses » perpétrées dans la ville lors d’une « émeute ».

« Le calme règne dans la ville de Bamenda. Les forces de l’ordre sont rentrées dans leurs casernes », a assuré à la CRTV Abakar Ahamat, gouverneur de la région du Nord-ouest ayant pour capitale Bamenda.

« Il a été convenu (. . . ) de l’itinéraire qu’il (Fru Ndi) devait emprunter (. . . ) Les choses se sont passées comme prévu (jusqu’à) un endroit bien précis de la ville où le +Chairman+ (Fru Ndi) a décidé de dévier le trajet », a-t-il poursuivi.

« A cause des dispositions sécuritaires, il ne lui a pas été possible d’utiliser son véhicule. Et il a décidé de faire le reste du trajet à pied. Dans la foule qui le précédait se trouvait de nombreux mototaximen (conducteurs de motos taxi) », a-t-il précisé.

« Un véhicule qui roulait dans le sens inverse a heurté un taxi et une moto taxi. Il a été annoncé que le pilote de la moto était décédé. Il n’est pas mort. Il est sous soins. Enervés, ses confrères mototaximen ont tabassé le conducteur (à l’origine de l’accident) et ont mis le feu à son véhicule », a-t-il conclu.

« Les autorités n’étaient pas très contentes que les populations qui étaient massées le long de la route accueillent Fru Ndi. Elles ont bloqué son cortège. On lui a refusé d’entrer dans la ville en voiture », a accusé M. Fopoussi.

Avec 10,71% des voix, M. Fru Ndi, qui conteste les résultats, est arrivé deuxième de la présidentielle remportée par Paul Biya (77,99%) 78 ans, au pouvoir depuis 1982.

Jeuneafrique.com avec AFP

Présidentielle au Cameroun : Paul Biya rempile pour un sixième mandat consécutif

octobre 22, 2011

La Cour suprême du Cameroun, au bout d’une lecture des résultats de la présidentielle qui a duré huit heures, a proclamé Paul Biya élu pour un sixième mandat. La fin d’une élection sans suspense ? Pas sûr, certains opposants menaçant de descendre dans les rues pour contester la nouvelle victoire du « Sphinx d’Etoudi ».

Une élection rondement menée. Voire même, selon l’opposition, téléguidée. Sans aucune surprise, donc, Paul Biya a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle camerounaise du 9 octobre par la Cour suprême statuant en tant que Conseil Constitutionnel. Au pouvoir depuis 1982, Biya rempile pour un sixième mandat consécutif, à l’âge de 78 ans, avec un score qui laisse rêveur : 77,989 % des voix, lequel est tout de même plus raisonnable que celui de 1997 (92, 57 %).

Il devance son opposant historique John Fru Ndi (10,712%), Garga Haman Adji de l’Alliance pour la démocratie et le développement (ADD), qui vient en 3e place (3,211 %), devant Adamou Ndam Njoya de l’Union démocratique du Cameroun (UDC). 3e en 2004, celui-ci n’obtient que 1,733% des voix. Paul Ayah Abine (People’s Action Party, PAP) et Edith Walla Kahbang (Cameroon People’s Party, CPP) complètent le tableau des six premiers arrivant avec respectivement 1,264% et 0,716 % des suffrages.

Taux de participation en recul

Le vainqueur étant connu d’avance, le seul enjeu du scrutin portait sur le taux de participation, qui est encore en recul par rapport aux derniers scrutins. Celui-ci est de 65,82 % sur 7 521 651 électeurs, un taux inférieur à ceux de 1997 (81,35%) et de 2004 (82,83%).Mais vendredi matin, le SDF affirmait que, selon ses propres comptages, le taux de participation serait de « 30,1% ».

La lecture des résultats a duré plus de 8 heures. « Est déclaré président comme ayant obtenu la majorité des suffrages exprimés le candidat Paul Biya », a annoncé le premier président de la Cour suprême, Alexis Dipanda Mouelle à la fin d’un processus électoral désavoué par l’opposition. Lundi, John Fru Ndi et six leaders de l’opposition avaient signé une déclaration rejetant par avance « tout résultat que pourra déclarer le Conseil constitutionnel ». Mais les recours en annulation déposés ont été rejetés dans la nuit de mercredi à jeudi dernier.

Signe de la démobilisation de l’électorat, et notament de la jeunesse camerounaise, Fru Ndi, dont le parti le Social Democratic Front (SDF), avait hésité à participer au scrutin, est comme Biya en recul obtenant 10,712% contre 17,40% en 2004.

« Confirmation du scandale »

« La proclamation des résultats est la confirmation du scandale. C’est tout. Elle nous réconforte dans notre position (…) Nous contestons et que nous contesterons. Nous serons aux côtés du peuple qui va protester quelle que soit la forme qu’il choisira », a déclaré Evariste Foupoussi, du SDF.

Pour prévenir tout trouble à l’ordre public, alors que les évêques du Cameroun ont appelé à ne pas manifester, les mesures de sécurité ont été renforcées dans les villes du pays pour faire face à d’éventuelles contestations. À Douala (sud), la capitale économique, les manifestations sont interdites, selon la presse locale

« Appels injustifiés à la violence »

Le Rdpc a quant à lui accusé mardi « certains partis politiques (…) au mépris de la légalité républicaine, de lancer des appels injustifiés et inadmissibles au désordre et à la violence ». Mais jeudi, les États-Unis sont venus confortés les opposants, estimant que l’élection était entachée « d’irrégularités à tous les niveaux ». La France, quant à elle, continue d’estimer que l’élection s’est déroulée « dans des conditions acceptables », ce qui est la preuve, selon le Cardinal Christian Tumi (voir son interview à jeuneafrique.com ici), que « la France ne sait pas ce qui se passe au fin fond du Cameroun ».

« La France a pris cette position parce qu’elle s’est fondée très exactement sur les conclusions d’une commission internationale d’observateurs », se défend le ministre français de la Coopération, Henri de Raincourt. Pas sûr que, dans ces conditions, la France marque des point dans le coeur des camerounais pour l’après-Biya.

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Résultats complets de l’élection présidentielle camerounaise du 9 octobre proclamés par la Cour suprême vendredi 22 ocotbre :

Inscrits: 7.521.651

Votants: 4.951.434

Abstentions: 2.570.217

Taux d’abstention: 34,18%

Taux de participation: 65,82%

Votes nuls: 114.185

Suffrages exprimés: 4.837.249

Classement :

1. Paul Biya (Rassemblement démocratique du peuple camerounais, Rdpc au pouvoir) 77,989% (3.772.527 voix)

2. John Fru Ndi (Social democratic front, SDF) 10,712% (578.175 voix)

3. Garga Haman Adji (Alliance pour la démocratie et le développement, ADD) 3,211% (155.348 voix)

4. Adamou Ndam Njoya (Union démocratique du Cameroun, UDC) 1,733%

5. Paul Ayah Abine (People’s Action Party, PAP) 1,264%

6. Edith Walla Kahbang (Cameroon People’s Party, CPP) 0,716%

7. Albert Dzongang (La Dynamique pour la Renaissance Nationale) 0,543%

8. Jean de Dieu Momo (Patriotes Démocrates pour le Développement du Cameroun PADDEC) 0,491%

9. Jean-Jacques Ekindi (Mouvement Progressiste, MP) 0,446%

10. Bernard Muna (Alliance des Forces Progressistes (AFP) 0,381%

11. Esther Dang Bayibidio (Bloc pour la Reconstruction et l?Indépendance Economique

Jeuneafrique.com

Présidentielle au Cameroun : l’opposition conteste a priori les résultats du scrutin

octobre 18, 2011

Plus d’une semaine après la tenue de l’élection présidentielle camerounaise, six candidats de l’opposition ont signé un document, appelant à rejeter le résultat du scrutin, qui devrait être connu avant le 24 octobre.

À quelques jours du verdict de l’élection présidentielle au Cameroun, les leaders de l’opposition n’ont pas attendu pour condamner d’ores et déjà les résultats présumés du scrutin. « Nous (…) rejetons tout résultat que pourra déclarer le Conseil constitutionnel », ont écrit sept candidats de l’opposition, dont le principal adversaire du président sortant et leader du Social Democratic Front (SDF), John Fru Ndi.

Cette « Déclaration de Yaoundé », ainsi nommée par les opposants de Paul Biya, qui, à 78 ans, brigue un 6e mandat, appelle tous les Camerounais à refuser le résultat de cette élection, qui s’est tenue le 9 octobre. « Dans le cas où le Conseil constitutionnel refuse d’annuler cette mascarade électorale et persiste à déclarer les résultats, nous appelons (…) le peuple à venir massivement manifester en faveur de leur droit de participer à des élections libres et transparentes », ont-ils écrit.

Avant la signature de ce texte, dix candidat à la présidentielle ont déposé à la Cour suprême dix-huit recours en annulation partielle ou totale de la présidentielle, dont les résultats doivent être proclamés avant le 24 octobre.

« Environnement chaotique »

Parmi les principales dénonciations de la « déclaration de Yaoundé », un « environnement électoral (…) chaotique avec d’innombrables irrégularités ». « Nous déclarons qu’Elections Cameroon (Elecam, la commission électorale) a failli complètement à sa mission d’organiser une élection libre, juste et transparente », fustige le document, indiquant que « plus de 70% des cartes d’électeurs n’ont pas été distribuées », ce qui fait que « la majorité de ceux qui s’étaient inscrits sur les listes électorales n’ont pas pu exercer leur droit de vote ».

Outre John Fru Ndi, Adamou Ndam Njoya, leader de l’Union démocratique du Cameroun (UDC), 3ème de la présidentielle de 2004, Edith Kahbang Walla, plus connue sous le nom de Dite Kah Walla, candidate du Cameroon People’s Party (CPP), une ancienne du SDF, Bernard Muna, candidat de l’Alliance des forces progressistes (AFP), ancien membre du SDF également, ainsi que Jean de Dieu Momo, du parti des Patriotes démocrates pour le développement du Cameroun (Paddec), Albert Dzongang (parti La Dynamique) et Paul Ayah Abine, un magistrat transfuge du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, parti du président Biya) investi par le People’s Action Party (PAP), ont cosigné le document.

Tous ont appelé les Camerounais à défendre la démocratie, et seront en tête des manifestations dans les prochains jours. « Quel que soit le candidat qui sera proclamé vainqueur, il n’aura pas de légitimité », a asséné John Fru Ndi.

Face à cette menace, le ministre chargé des Relations avec les Assemblées et secrétaire général adjoint du RDPC, Grégoire Owona, a réagi. « Le secrétaire général (du RDPC) a invité nos militants et nos sympathisants à rester mobilisés et surtout très vigilants, à accepter le verdict quel qu’il soit », a-t-il affirmé.

Jeuneafrique.com avec AFP

Le Cameroun vote pour une présidentielle au grand favori, Paul Biya

octobre 9, 2011

Les Camerounais ont commencé à voter dimanche pour un scrutin présidentiel à un tour qui a commencé en retard dans la plupart des 24.000 bureaux et qui semble promis au président sortant Paul Biya, au pouvoir depuis 1982.

Paul Biya qui brigue un sixième mandat, a face à lui 22 autres candidats dont son opposant historique John Fru Ndi, son seul véritable challenger.

A Yaoundé, dans le bureau du quartier Ekié, le matériel électoral n’est arrivé que vers 08h00 (0H700 GMT), heure théorique de l’ouverture du bureau alors que quelques électeurs attendaient déjà dans la cour. Le premier votant n’a pu déposer son bulletin dans l’urne qu’à 08h35. A Douala, le vote a commencé vers 09h00 au bureau de l’école New Bell-Commissariat alors que plusieurs bureaux importants avaient pris encore plus de retard dans leur ouverture.

Suspicion de fraude

« J’ai l’impression que les choses se déroulent dans le calme malgré le léger retard », a affirmé Noa Etienne, un professeur de mathématiques et le premier à voter à Ekié. « J’espère que tout va bien se passer dans la transparence et que le meilleur va l’emporter. Je tiens à signaler que l’encre n’est pas indélébile », a-t-il fait observer, montrant un de ses doigts où l’encre avait complètement disparue moins de 2 minutes après son vote.

Les 24.OOO bureaux de vote du pays doivent fermer à 18 heures et les opérations de dépouillement, publiques, démarreront immédiatement.
La Cour suprême dispose de 15 jours au plus pour publier les résultats, les procès verbaux des différents départements du pays devant lui être transmis dans un délais de dix jours.

L’opposition accuse M. Biya d’avoir verrouillé le système électoral à son avantage. Plus de 6.000 structures d’observations des élections et près de 600 journalistes ont été accrédités.

« Cette élection présidentielle ne se soldera pas par une alternance parce qu’il apparaît que l’ensemble du dispositif a été organisé avec la perspective de reconduire le président sortant (Biya) », a analysé cette semaine le politologue camerounais Mathias Nguini Owona.

Les deux principales inconnues du scrutin semblent être le taux de participation qui s’annonce faible ainsi que la possibilité de troubles post-électoraux.

Avec 7 millions d’électeurs inscrits, l’abstention s’annonce cependant importante, tant l’issue du scrutin semble évidente. La campagne électorale qui s’est achevée samedi soir, s’est d’ailleurs déroulée dans une relative indifférence.

Contexte tendu

Le contexte social et politique est très tendu. Les mesures de sécurité ont notamment été renforcées à Yaoundé et Douala (sud), la capitale économique. Redoutant des violences à l’issue de ce scrutin de dimanche, certains Camerounais ont fait des provisions pour ne pas avoir à sortir de chez eux…

En février 2008, des ruptures de stocks d’aliments et de pain avaient été enregistrées pendant les émeutes contre la vie chère et contre le projet de suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels, adopté quelques semaines plus tard. La répression des émeutes avait coûté la vie à 40 personnes, selon un bilan officiel, au moins 139 d’après des ONG.

Le 29 septembre, des coups de feu ont été tirés depuis le pont sur le fleuve Wouri à Douala pour exiger le départ de M. Biya.

Un tiers des 20 millions d’habitants n’a pas accès à l’eau potable et à l’électricité. Une personne sur quatre vit avec moins de 1,1 euro par jour. Le taux de croissance du pays (3,2% en 2010) considéré comme un des plus corrompus au monde, est le plus faible de la sous-région malgré des richesses minières.

Jeuneafrique.com avec AFP

Cameroun : Paul Biya, les poids lourds et les outsiders de la présidentielle

septembre 5, 2011

À la présidentielle du 9 octobre, le président sortant, Paul Biya aura en face ses adversaires traditionnels et beaucoup d’illustres inconnus. Cinq poids lourds se dégagent néanmoins, ainsi que de nombreux outsiders. Passage en revue des prétendants, avant la validation définitive des candidatures par la Cour suprême.

Dimanche 4 septembre à minuit, à la clôture des candidatures à l’élection présidentielle du 9 octobre prochain, 51 dossiers étaient enregistrés à Elections Cameroon, la commission électorale nationale. Un chiffre inédit par son ampleur, depuis la réinstauration du multipartisme au Cameroun en 1991.

Candidat à sa propre succession après 29 ans de pouvoir, Paul Biya aura comme principal challenger l’opposant historique Ni John Fru Ndi, investi samedi dernier par le Front Social Démocratique (SDF) dont il est par ailleurs le président national.

Cinq poids lourds

Les autres poids lourds du scrutin sont nombreux. Ils sont au moins cinq. Il s’agit de Adamou Ndam Njoya de l’Union Démocratique du Cameroun (UDC), de Augustin Frédéric Kodock, ancien membre du gouvernement de Paul Biya et secrétaire général d’une faction de l’Union des populations du Cameroun (UPC), de Anicet Ekanè, du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), de Garga Haman Adji, président de l’Action pour la démocratie et le développement (ADD), également membre de la Commission nationale anti-corruption, et enfin de Jean Jacques Ekindi, député à l’Assemblée nationale et président du Mouvement progressiste (MP).

Trois femmes

Trois femmes vont animer cette compétition électorale, avec l’ambition de ne pas faire de la figuration. La plus connue d’entre elles est Edith Kabang Walla, ou Kah Walla, du Cameroon People’s Party, une transfuge du SDF. Avant de déposer sa candidature, elle a fait le tour du pays pour expliquer les raisons de son engagement et préparer ses équipes de campagne.

Esther Dang Belibi, ancienne directrice générale de la Société nationale d’investissement (SNI), a elle aussi décidé de se présenter à la présidentielle, avec des motivations particulières : « en raison de plusieurs injustices subies après avoir rendu d’énormes services à la nation », dit-elle. Troisième femme en lice : Lamartine Tchana. Depuis deux ans, elle avait indiqué son intention de rivaliser avec Paul Biya. Et de gagner avec l’appui des femmes qui constituent la majorité de la population du Cameroun.

Cinq outsiders

Plusieurs anciens candidats aux élections présidentielles de 1992, 1997 et 2004, et pas des moindres, sont aussi dans la course. C’est le cas d’Albert Dzongang, ancien député du parti au pouvoir et président national de la Dynamique ; de Joachim Tabi Owono, président de l’Action pour la méritocratie et l’égalité des chances, qui avait soutenu la candidature de Paul Biya en 2004 ; de Fritz Ngo du Mouvement des écologistes ; de Victorin Hameni Bieleu de l’Union des Forces démocratique du Cameroun ; ou encore de Hubert Kamgang, plus connu pour ses idées panafricanistes.

Un grand absent

Pierre Milla Assoute et le commissaire Ebenye, deux candidats résidant à l’étranger ont quant à eux fait déposer leurs dossiers par des mandataires. Ils ont peu de chances d’être retenus, en raison de la clause de résidence en vigueur. Maïgari Bello Bouba, président de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès sera le grand absent de ce scrutin. Comme en 2004, il a décidé de soutenir la candidature du président sortant.

Il faudra attendre le verdict de la Cour suprême siégeant en lieu et place de la Cour constitutionnelle (qui n’est pas encore mise sur pied), pour savoir lesquelles des candidatures enregistrées seront validées. Verdict dans cinq jours.

Jeuneafrique.com Par Armelle Nya, à Douala

Cameroun : les silences de Paul Biya

août 8, 2011

Le temps s’est-il arrêté au Cameroun ? À trois mois de l’élection présidentielle, rien n’est encore décidé. Ni la date du scrutin ni celle à laquelle doit se tenir le congrès du parti au pouvoir. Paul Biya lui-même n’a pas officiellement dit qu’il serait candidat… Enquête sur une énigme.

Ni fièvre électorale ni choc des ambitions. La présidentielle doit se tenir en octobre, au Cameroun, mais seuls les orages de la grande saison des pluies grondent sur les collines boisées de Yaoundé, la capitale. Le chef de l’État est le seul maître du temps et il a, tout au long de cette périlleuse année électorale, joué du suspense comme mode de gouvernement. Suspense sur la date du scrutin, qui n’a pas été arrêtée. Suspense sur la date à laquelle se tiendra le congrès du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Suspense, enfin, sur le moment que choisira Paul Biya pour annoncer sa candidature à sa propre succession – puisqu’il ne fait aucun doute qu’il se relancera dans la course. À trois mois de l’élection, le Cameroun est incertain. Et se perd en spéculations sur l’identité d’un éventuel dauphin.

« Les gens n’ont pas l’air concernés », note Martial B., patron quadragénaire d’une agence de communication, installé à Yaoundé. Comme plusieurs de ses amis, ce jeune chef d’entreprise tout juste rentré de l’étranger assure qu’il ne votera pas. « Je n’ai pas confiance dans ce système électoral qu’on met en place un peu dans la précipitation », se justifie-t-il.

Soupçons de partialité

À l’origine de sa méfiance, Elections Cameroon (Elecam), l’instance chargée d’organiser le scrutin et soupçonnée de partialité par l’opposition. Le 6 mai, le nombre de ses membres est passé de 12 à 18. Le 7 juillet, 6 nouveaux membres au profil plus consensuel ont été nommés (5 membres de la société civile et 1 évêque). Mais cela n’a pas suffi à rassurer Martial B. D’autant que, dans le même temps, Elecam s’est vu retirer l’autorisation de publier les tendances du scrutin (les chiffres doivent être transmis au Conseil constitutionnel) et qu’une loi sur le vote des Camerounais résidant à l’étranger a été votée à l’Assemblée nationale, ajoutant à la confusion. Surtout, le Cameroun en est encore à parler décrets, lois et textes réglementaires, alors qu’il devrait faire la connaissance des candidats et débattre des programmes.

Fidèle à son habitude, Paul Biya se tait. Accompagné d’une brochette de ministres, il a d’abord quitté Yaoundé, le 17 juillet, pour s’envoler pour la Chine (l’occasion de signer d’importants contrats). Pour un proche du Palais, il préfère donner l’image d’un président au travail plutôt que celle d’un chef d’État en campagne. Mais au Cameroun, jamais absent n’aura été aussi présent. La parole, les actes, le moindre signal du chef, sont attendus, analysés, décryptés. On s’agace de devoir guetter l’annonce de sa candidature. Au sein du RDPC, on s’est écharpé sur l’opportunité de tenir un congrès du parti avant le scrutin. Le silence du président a mis au jour des guerres de clans de moins en moins feutrées. Dans l’ombre du chef de l’État, qui n’a pourtant pas dit qu’il était prêt à passer la main, les baronnies s’affrontent pour sa succession.

Depuis plusieurs semaines, l’entourage du secrétaire général du Comité central du RDPC, René Emmanuel Sadi, essaie d’organiser la grand-messe pour donner une impulsion à la campagne de Paul Biya. Mais au palais d’Etoudi, quelques influents conseillers ont pesé de tout leur poids pour empêcher la tenue du congrès. Tenir une simple session du bureau politique du parti aurait suffi, estimaient-ils. Problème : ledit bureau politique ne se réunit que très rarement, et n’a pas été renouvelé depuis quinze ans. Sur les 22 membres qui le constituaient à l’origine, 12 seulement sont en activité. Cinq d’entre eux sont décédés ; certains, à l’instar de Dorothy Njeuma ou de Cécile Bomba Nkolo, font partie du collège électoral d’Elecam, une fonction incompatible avec une activité au sein du RDPC. Depuis 1999, Pierre Désiré Engo purge une peine de prison pour des infractions liées à des détournements de deniers publics. Quant à Joseph Charles Doumba, ancien tout-puissant secrétaire général du parti, il s’est retiré de la vie publique pour cause de maladie.

Certains, au bureau politique, craignent que René Sadi, le fidèle lieutenant de Paul Biya, n’en profite pour placer ses hommes à tous les étages du munificent Palais des congrès de Yaoundé, où siège le parti au pouvoir, et agitent le spectre d’une candidature concurrente (improbable) au sein du RDPC.

Disgrâce

« Au gré des entrées et des sorties au Comité central et dans le saint des saints, le bureau politique, on pourra juger des disgrâces et des ascensions vers les sommets », conclut le politologue Manassé Aboya Endong. Pour l’instant, rien ne filtre sur les noms des prétendants. En revanche, assure-t-on, gare aux ambitieux. Une disgrâce pourrait bien présager du déclenchement de poursuites judiciaires dans le cadre d’Épervier, opération de lutte contre la corruption qui a déjà conduit des dizaines de dignitaires du parti en prison.

La presse évoque l’éventualité d’un report de l’élection. Les ambassades du Cameroun à l’étranger ont été prises de court par l’adoption de la loi sur le vote des nationaux résidant à l’étranger. Aucun recensement ne permet d’établir le nombre exact des expatriés. Dans certaines représentations diplomatiques, on a même évoqué la possibilité de demander l’aide de l’administration des pays d’accueil, avant d’abandonner l’idée. Il est désormais question de recourir à des études démographiques effectuées par des chercheurs camerounais pour localiser les plus importants foyers de la population expatriée et choisir où installer les bureaux de vote.

Ces derniers mois, Paul Biya est parvenu à apprivoiser son éternel rival, John Fru Ndi, fondateur du Social Democratic Front (SDF), principal parti d’opposition. Les deux hommes affichent une entente cordiale qui contraste avec l’hostilité des années 1990. Il n’a pas non plus de raisons de redouter des candidatures issues du reste de l’opposition. Trop usés, sans argent pour battre campagne, dépourvus de soutiens extérieurs pour donner de l’écho à leurs discours, fragilisés par des querelles intestines… La plupart iront à la bataille sans espoir de l’emporter.

Finalement, la grande incertitude concerne la gestion du contentieux postélectoral, qui ne manquera pas de se poser. Peut-on éviter que la contestation ne dérape ? Peut-on aussi éviter que la communauté internationale ne s’en mêle, comme cela s’est vu ailleurs ? Dans les milieux proches du pouvoir, on répète que l’on est prêt à faire barrage à toute forme d’ingérence dans les affaires intérieures. Et pour que le message soit bien clair, les évêques du Cameroun ont, dans une lettre rendue publique le 25 juillet, demandé aux chrétiens de ne pas céder aux « effets de mode » qui exposent le pays aux « ingérences extérieures ».

Jeuneafrique.com avec AFP