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Congo/Hommage à Lin Lazare Matsocota à l’occasion du 50è anniversaire de son assassinat : 14 février 1965 – 14 février 2015

février 13, 2015
Lin Lazare Matsocota

Lin Lazare Matsocota

Lin Lazare Matsocota est mort depuis 50 ans. Une mort qui a atteint, aujourd’hui, l’âge d’or. Et cet hommage est une rose d’or à lui offrir, durant ce mois de février noir, qu’avait connu notre pays le Congo. Cet âge qu’atteint l’orvet inoffensif et non agressif du jardinier, n’est autre que celui de la longévité de la grue dans le monde animal.

Assassinat troublant et révoltant. Souvenir peu honorable et peu louable que les générations futures doivent méditer avec sagesse et conscience. De telles pertes de vies humaines irréparables et considérables doivent être évitées pour notre histoire.

Ce jour-là, Brazzaville se réveillait sous les pleurs, les horreurs et le grand malheur de l’assassinat de Lin Lazare Matsocota et de ses compatriotes : Joseph Pouabou et Anselme Massouemé. Des amis de mêmes avis et opinions de la nation.

Le Congo venait de perdre ces dignes fils. Des éminents juristes qui faisaient l’honneur, le bonheur et la fierté du pays. Sombre devenait l’ombre de la ville, ployant sous la colère des familles et la tristesse des hommes de lois, demeurés sans voix.

Un témoin de l’histoire, « DeColmar », me dira à la bibliothèque du palais de justice, que Brazzaville était sous le choc: « Des blancs avaient pleuré la mort de ces chers cadres du Congo. Et si le Congo n’en voulait plus, il aurait fallu les donner même à la France qui les avait formés. Elle n’aurait pas refusé de les prendre car Joseph Pouabou, le premier président de la Cour suprême des indépendances, était sorti major de sa promotion devant les Blancs ».

Ce mois de février, mois où l’on célèbre l’Histoire des Noirs aux États-Unis, au Canada et maintenant évoqué en France, est mémorable. L’Afrique commettait sur son sol un acte crapuleux et odieux versant, sans vergogne, le sang des innocents.

Au confluent de cette charnière bihebdomadaire de février, les pages de l’Histoire du Congo étaient écrites à l’encre rouge – du sang des martyrs – refusant d’épouser les idées naissantes et agissantes des politiques de la République. Une République qui nous doit des réponses face à la cruauté et à la disparition du corps de Joseph Pouabou, aujourd’hui, sans sépulture.

Face aux exigences de la ponctualité temporelle et à la fidélité cérémonieuse, cette histoire ne doit pas être un tabou pouvant tomber dans l’oubli et l’ignorance abyssales de ses héritiers. Nul n’a le droit d’effacer du champ de la honte des plantes porteuses d’espoir, brutalement et sauvagement coupées puis arrachées, à la nation dont les interrogations sont encore injustifiées. Seraient-ils victimes d’une suspicion de non adhésion ou d’une marginalisation sociale définitive outre-tombe?

Aujourd’hui, nous rendons hommage ici à Lin Lazare Matsocota qui avait une vision de grandeur malgré la jeunesse de son âge mais aussi à l’étendue de ses connaissances, exposant sur les tribunes son goût du défi et de la liberté.

Lin Lazare Matsocota a été une lumière toute singulière de notre belle patrie. Président de l’Association des Étudiants Congolais en France (AEC), Militant de la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire de France (FEANF) et conférencier prisé du Congrès Mondial de la Jeunesse, ses vives allocutions étaient suivies avec une oreille attentive car souvent prononcées dans un ton magistral.

Premier Procureur de la République, esprit curieux et technicien du droit, couronné des plus belles fleurs de rhétorique, c’était un magister de la méthode et de la raison, indéfectiblement attaché à la pureté de l’expression française. Ce Chrysostome à la bouche d’or avait, à la fois, une voix gloussante et tonitruante mais aussi étranglée et bien cirée – faisant succomber aussi les femmes, – dont les alternations et les modulations s’étendaient en de vives nuances et fréquences émotives qui étaient empreints d’un respect infini. Lin Lazare Matsocota était venu tracer le chemin de l’épanouissement des étudiants.

Orateur de renommée, il nous a indiqué le chemin de la vie intellectuelle. Celui de voir l’homme se réaliser pleinement dans la matrice sociétale actuelle dans un souci constant d’accomplissement de soi, du respect des autres et des institutions justes.

Forte tête du prétoire congolais, il pouvait déclamer avec facilité, à la vitesse de son intelligence, de nombreux vers des auteurs classiques ainsi que des articles de différents codes français fortement gravés dans sa mémoire.

Lin Lazare Matsocota voulait défricher, sarcler puis planter, dans le champ de la conscience juvénile par la force et la puissance de son verbe, ses idées vives et constructives qui porteraient des fruits, sans ennuis.

50 ans après son assassinat, voilà une figure congolaise, porteuse de valeurs reconnues et affirmées, – prestige national d’un Congo indépendant qui avait conquis l’estime de l’intelligentsia africaine et européenne – qui résiste encore contre les forces de l’oubli. Mais ce magnifique nom semble être ignoré des jeunes générations alors qu’il doit résonner glorieusement tout le temps de notre existence.

Lin Lazare Matsocota aurait-il eu tort d’être parmi les génies qui incarnaient cette époque? Ou serait-il un homme de loi venu au monde pour subir le vil sort de la cruauté humaine?

Lors du 25ème anniversaire de son assassinat, en 1995, un membre de sa famille m’avait fait l’honneur de l’accompagner à Kimpomo-Madibou où les travaux de réfection de sa pierre tombale battait son plein. Gerbes de fleurs et cierges blanches en mains: je vécus sur ce haut lieu du repos de son âme une forte communion magnétique. Avançant, peu à peu, je plongeais mes yeux, sur sa photo, au cœur de la croix, quand soudain, par un contact de regard, celui-ci commençait à illuminer mon être comme une fraîche ampoule bronchée sur son aura. Un sourire victorieux et glorieux mais surtout impérial et loyal m’accueillait, en ce lieu. Il dégageait une immense innocence de doux agneau qui continue à rayonner et à vibrer pour la postérité.

Dans la même nuit, il me révélait le degré de cruauté de sa mutilation comme le publiait le journal français le Nouvelliste du Rhone du 18 février 1965, dans sa rubrique 24 heures de la vie du monde : « Des corps mutilés de M. Lazare Masocota, procureur de la République et de M. Anselme Massouemé, directeur de l’agence congolaise d’Information ont été découverts sur les rives du Congo ».

Étendu pour l’éternité dans le berceau du village maternel, à l’ombre des vieux manguiers gardiens, l’aube dans sa robe tremblante et émouvante a pris le relais de l’arroser chaque jour de sa fraîcheur et de le détendre du sifflement de la brise crépusculaire. Son âme continue de miroiter sa jouvence, à la lumière du soleil qui passe quotidiennement sur sa trajectoire mortuaire, au rythme harmonieux du temps.

Bernard NKOUNKOU

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