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Pas d’ingérence internationale, réclament des Haïtiens

novembre 11, 2019
© Ivan Alvarado
 

Huit semaines de manifestations parfois violentes, une population affamée luttant pour sa survie chaque jour, la corruption qui gangrène l’État. Haïti vit une profonde crise politique et humanitaire.

Au milieu de cet écoeurement populaire et de ce désir de changer le système d’oppression économique des citoyens, un autre discours s’impose également en discutant avec les gens dans la rue.

Ils veulent en finir avec ce qu’ils appellent la soi-disant aide internationale ainsi que l’impérialisme. Ici, on accuse souvent les Américains de soutenir le président Jovenel Moïse.

«Cette crise est haïtienne avant tout. La solution doit être haïtienne et l’impérialisme, les Américains, ils doivent juste arrêter cette ingérence.»

-Gilbert Mirambeau, cinéaste et militant anticorruption

Les racines du sentiment antiaméricain

Le ressentiment envers les Américains ne date pas d’hier en Haïti. Les États-Unis ont occupé la Perle des Antilles de 1915 à 1934 pour protéger leurs intérêts économiques stratégiques dans ce pays instable politiquement. Un fort nombre d’Haïtiens affirment que Washington dicte encore le paysage politique du pays.

Impossible non plus d’oublier que les Américains ont longtemps soutenu la dictature sanglante de François et Jean-Claude Duvalier (Papa et Bébé Doc), de 1964 à 1986.

Les Américains ont fermé les yeux sur la dictature des Duvalier, soutient Gilbert Mirambeau. C’était un appui sous le couvert de l’anticommunisme et de leurs politiques à travers le monde. Ils ont dit « ok » puisque les Duvalier étaient anticommuniste, soi-disant. On a subi cette dictature qui nous a fait très mal.

Gilbert Mirambeau cinéaste et militant anticorruption

© Fournis par Canadian Broadcasting Corporation Gilbert Mirambeau cinéaste et militant anticorruption

Dépendance forcée aux produits américains

Le tiers des Haïtiens vivent en situation d’insécurité alimentaire grave, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Pourtant, Haïti produisait suffisamment de riz pour nourrir sa population jusque dans les années 80.

Aujourd’hui, en vertu d’accords commerciaux, c’est le drapeau américain qu’on voit sur les poches de riz des marchés d’Haïti. Le riz américain, subventionné par Washington, est vendu à bas prix et a détruit la production agricole locale. Les Américains contrôlent essentiellement le marché du riz et d’autres produits comme les haricots.

«Pourquoi les Américains appuient le président Jovenel Moïse? Ils gèrent leurs affaires, c’est sûr. On n’oublie pas qu’on représente un grand marché pour le pétrole américain et pour le riz aussi. Géopolitiquement, on est aussi bien placés.»

-Gilbert Mirambeau

Où est passée l’aide humanitaire?

Les milliards d’aide humanitaire amassés après le tremblement de terre dévastateur de 2010 en Haïti devaient servir à la reconstruction du pays. Près de 10 ans plus tard, beaucoup d’Haïtiens vous diront qu’ils n’ont vu qu’une infime fraction de cette aide.

On ne cesse de nous répéter ici que les conditions de vie se sont dégradées pendant que les étrangers et les élites d’Haïti empochaient la quasi-totalité de cet argent.

En 2014, un chercheur de l’Université de Montréal déplorait le manque de transparence dans la gestion de l’aide humanitaire canadienne, affirmant qu’il était impossible de savoir à qui les deux tiers des sommes canadiennes avaient été attribuées.

Vous pensez que les étrangers sont impliqués dans les problèmes de corruption du pays? C’est pas une pensée, c’est un constat, laisse tomber un jeune rencontré au Champ-de-Mars, à Port-au-Prince.

Que pense le Canada de la crise politique haïtienne?

Lors d’une discussion à bâtons rompus avant une conférence de presse jeudi dernier, le sénateur Sorel Jacinthe discutait de la motion de solidarité envers le peuple haïtien adoptée à l’unanimité par les députés de l’Assemblée nationale du Québec le 1er novembre.

Ce parlementaire qui réclame la démission du président Jovenel Moïse cherchait à savoir si le Canada allait se prononcer sur cette motion. Le silence du gouvernement du Canada face à la crise haïtienne en inquiète plusieurs. D’autres disent par contre comprendre ce mutisme.

«Je ne pense pas que le Canada ou la France appuient ce qui se passe ici. On les a rencontrés plusieurs fois de manière officieuse. Ils étaient très directs et très carrés. Ils disaient qu’ils n’appuient pas ce qui se passe (dans le gouvernement haïtien). C’est vraiment l’Oncle Sam qui décide de tout ce qui se passe. Les Américains supportent Jovenel.»

-Gilbert Mirambeau

Un nouvel interlocuteur à l’international

Les différents groupes d’opposition réclamant la démission du président haïtien se sont entendus samedi soir sur un éventuel plan de transition advenant le départ de Jovenel Moïse.

Edgard Leblanc fils coordonnateur-général d'un des partis politiques membres de Mache Kontre

© Fournis par Canadian Broadcasting Corporation Edgard Leblanc fils coordonnateur-général d’un des partis politiques membres de Mache Kontre
On a compris que la seule façon de faire bouger les choses est de se mettre ensemble, dit Edgard Leblanc fils, dont le parti politique est membre du groupe d’opposants Mache Kontre.

Il s’agit non seulement de forcer le départ du président, mais aussi d’être un interlocuteur à l’international. Je pense aux Américains, mais aussi au gouvernement canadien, qui appuient quand même le président en fonction, selon moi. On sera un interlocuteur dans lequel il y aura un regroupement de partis opposés et qui représente l’ensemble des secteurs de la population haïtienne, ajoute-t-il.

 

Par Philippe Leblanc, envoyé spécial en  Haïti

Haïti au bord du gouffre

octobre 24, 2019
© Andres Martinez Casares
 

Rien ne va plus pour le régime du président d’Haïti, Jovenel Moïse. Le pays entier est le théâtre depuis cinq semaines de ce qui a toutes les allures d’un soulèvement pour obtenir sa démission.

Les rues de la capitale, Port-au-Prince, sont désertes pratiquement un jour sur deux, bloquées par des barricades de pierres, d’arbres et de pneus en flammes. Les manifestations se succèdent, souvent spontanées, rassemblant parfois de dizaines de milliers de personnes.

Les rassemblements hostiles au régime se déroulent aussi dans de nombreuses villes du pays. Certaines, comme les Gonaïves, ont vu défiler des manifestants armés. Les affrontements avec la police sont nombreux. Le journal web Haïti libre a recensé 94 morts par balles et 49 blessés entre le 1er septembre et le 11 octobre.

Le pouvoir central ne contrôle plus rien dans le pays, estime l’historien et écrivain Michel Soukar, qui, comme d’autres, s’inquiète d’une éventuelle « somalisation » d’Haïti, en référence à la situation qui sévit en Somalie, pays d’Afrique soumis aux bandes armées et aux seigneurs de la guerre. Devant le quasi vide du pouvoir en Haïti, des régions sont souvent laissées aux mains des gangs, des groupes mi-mafieux, mi-politiques, armés, qui étendent leur emprise sur des régions.

Les Haïtiens ont une expression pour décrire la crise : Peyi lòk (« pays bloqué »).

Pour la population, la situation est rien de moins que catastrophique. Les transports en commun sont suspendus entre plusieurs villes à cause des barricades et du rançonnement des véhicules et de leurs occupants. Les approvisionnements en essence, en nourriture et en fournitures médicales sont grandement ralentis quand ils ne sont pas devenus impossibles.

Le président haïtien, Jovenel Moïse, est accusé de corruption par bon nombre de ses concitoyens.

© Fournis par Canadian Broadcasting Corporation Le président haïtien, Jovenel Moïse, est accusé de corruption par bon nombre de ses concitoyens.
Aux sources de la colère : inflation et corruption
La vague récente de contestation du régime n’est pas la première à survenir depuis l’élection du président Moïse, en février 2017. Le pays s’est embrasé une première fois pendant l’été 2018 alors qu’une hausse du prix du carburant a été décrétée par l’État.Le niveau de vie qui a continué de chuter dans les dix années suivant le séisme de 2010, la hausse du coût de la vie combinée à un chômage évalué à 70 %, sont autant de facteurs d’explosion sociale. Les émeutes qui ont secoué le pays ont forcé le gouvernement à reculer.

Mais la colère contre les dirigeants politiques n’a pas faibli. Un énorme scandale de corruption, qui entache l’ensemble de la classe politique a donné naissance à une nouvelle vague de contestation. C’est le  scandale du Fonds Petro Caribe.

Ce fonds, constitué grâce aux bénéfices tirés du pétrole vénézuélien vendu à prix d’escompte à l’État haïtien, devait en contrepartie servir à financer des projets de développement. Or, les différents régimes qui se sont succédé depuis les débuts de ce programme, en 2006, sont réputés avoir dilapidé et détourné l’argent.

Sous les présidences de René Préval, de Michel Martelly, puis de Jovenel Moïse, une grande partie de cet argent s’est évaporée, au fil des pots-de-vin, de procédés de double facturation ou de travaux débutés mais jamais achevés conformément aux contrats signés.

Qui plus est, une enquête de la Cour supérieure des comptes d’Haïti incrimine le président Moïse lui-même. Celui -ci fait face à des allégations de détournement de fonds et de double facturation dans un projet de route.

Un mouvement animé par des jeunes Haïtiens a enflammé les réseaux sociaux sur le thème de la corruption. Ceux-ci, surnommés les « pétrochallengers », ont provoqué une vaste mobilisation qui réclame depuis plus d’un an une reddition de comptes de la part des politiciens et entrepreneurs impliqués, et la tenue de procès pour corruption.

C’est la première fois que la lutte à la corruption se retrouve au centre d’une grande mobilisation populaire, constate l’avocat des droits humains Samuel Madistin, de la Fondation Je Klere.

Face à la colère populaire, une grande partie de la classe politique se réclame désormais de cette lutte contre la corruption et, à côté des demandes de démission du président Moïse, un vaste mouvement de la société civile s’est constitué pour demander une réforme en fond en comble du système, à commencer par l’abolition de l’immunité des parlementaires qui sont aujourd’hui protégés contre des poursuites lorsqu’ils sont en fonction.

Un rejet de l’ingérence étrangère

Un autre consensus rallie les Haïtiens, celui de la nécessité de résoudre cette crise entre Haïtiens. L’opinion est très remontée contre les pays étrangers qui, depuis longtemps mais plus encore depuis le séisme de 2010, dictent à Haïti ses politiques.

Les murs de Port-au-Prince sont couverts de graffitis contre l’ONU et aussi contre ce que tout le monde ici connaît comme le « Core Group », un regroupement de pays donateurs, dont le Canada, les États-Unis, l’Union européenne et l’Organisation des États américains, sans le soutien de qui aucun président ne peut rester en poste longtemps en Haïti.

Lors des manifestations, il est courant de voir les gens s’en prendre aux étrangers et aux symboles de leur présence comme des hôtels.

Jusqu’ici, aucune sortie de crise n’est facile à entrevoir. Le 15 octobre, en conférence de presse – une apparition publique exceptionnelle – le président Jovenel Moïse a déclaré : Ce serait irresponsable de ma part de démissionner.

Cette déclaration a donné lieu à une nouvelle manifestation spontanée à Port-au-Prince.

Tous les appels au dialogue lancés par le président depuis un mois ont été rejetés massivement par l’opposition.

Radio-Canada.ca par Luc Chartrand

Haïti: un mort en marge de la manifestation réclamant la démission du président

juin 10, 2019

 

Un homme a été tué en marge de la manifestation qui a réuni plusieurs milliers d’Haïtiens dimanche à Port-au-Prince, réclamant la démission du président Jovenel Moïse, accusé d’être au cœur d’un «stratagème de détournements de fonds» par la Cour supérieure des comptes.

Le corps sans vie, marqué d’une blessure par balle au thorax, a été rapidement transporté hors de la zone de tensions, a pu constater une journaliste de l’AFP.

En fin de parcours, des violentes échauffourées ont opposé des groupes de jeunes hommes aux forces de l’ordre à proximité du palais présidentiel et du siège départemental de la police. Malgré une importante présence policière et le déploiement de véhicules blindés de l’ONU, deux bâtiments à proximité ont été ravagés par un incendie.

Alors que manifestants et policiers s’affrontaient à coups de pierre et de grenades lacrymogènes, plusieurs rafales de tirs à balles réelles ont résonné au centre-ville.

Avant ces incidents, le cortège de plusieurs milliers de personnes, membres d’organisations de la société civile et de partis d’opposition, avait défilé dans le calme, réclamant justice.

Les juges de la Cour des comptes ont publié la semaine dernière un rapport de plus de 600 pages sur l’utilisation du fonds Petrocaribe, un programme de développement parrainé par le Venezuela, qui se révèle être une litanie d’exemples de gestion calamiteuse et de corruption.

Parmi les centaines de projets épinglés, les magistrats ont découvert qu’en 2014, pour le même chantier de réhabilitation de route, l’État a signé deux contrats avec deux entreprises aux noms distincts, Agritrans et Betexs, mais qui partagent notamment le même matricule fiscal et le même personnel technique.

Avant son arrivée au pouvoir en 2017, Jovenel Moïse était à la tête de l’entreprise Agritrans, laquelle a reçu plus de 33 millions de gourdes (plus de 700.000 dollars américains, au taux de l’époque) pour ce projet routier alors que son activité consistait à de la production bananière.

«Ces gens-là n’ont pas fait beaucoup d’effort pour dissimuler quand ils détournaient l’argent. C’est pour ça que le président doit démissionner : pour qu’on puisse finalement couper toute la tête de ce système de mafia qui se protège pour ne pas aller en prison et aller vers le procès Petrocaribe», a affirmé dimanche avec espoir Velina Charlier, «Petrochallengeuse» de la première heure.

Toujours perçu comme source de gaspillage et de corruption, le fonds Petrocaribe a déjà donné lieu, en 2016 et 2017, à deux enquêtes sénatoriales. Depuis l’été 2018, le mouvement citoyen «Petrocaribe Challenge» a multiplié les manifestations à travers le pays, poussant la Cour des comptes à lancer son contrôle pour déterminer comment les plus de 1,6 milliard de dollars américains ont été dépensés par les quatre administrations successives.

En février, Haïti a connu une semaine de violentes manifestations contre le pouvoir au cours desquelles au moins sept personnes ont été tuées. Ces émeutes ont entrainé mi-mars la chute du gouvernement, mais depuis le processus politique pour installer un nouveau cabinet est bloqué par le Parlement.

Sans ministres en fonction, sans encore de budget voté pour l’année fiscale qui a débuté en octobre, Haïti est également menacée par une crise constitutionnelle car la tenue d’élections législatives à l’automne est incertaine.

Cette fragilité institutionnelle aggrave la crise économique à laquelle le pays fait face. Avec une inflation dépassant les 17%, couplée à une forte dévaluation de la monnaie nationale, les besoins des familles les plus vulnérables s’amplifient.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Jovenel Moïse investi président d’Haïti

février 7, 2017

Après une crise électorale qui a paralysé la vie politique du pays le plus pauvre des Caraïbes pendant un an et demi, Jovenel Moïse devient officiellement président.

Le président haïtien, Jocelerme Privert, au côté du président haïtien élu, Jovenel Moise, lors de sa cérémonie d’investiture, à Port-au-Prince (Haïti), le 7 février 2017.

Le président haïtien, Jocelerme Privert, au côté du président haïtien élu, Jovenel Moise, lors de sa cérémonie d’investiture, à Port-au-Prince (Haïti), le 7 février 2017. HECTOR RETAMAL / AFP
Propulsé en 2015 à 48 ans sur la scène politique par le président Michel Martelly, Jovenel Moïse accède dès le début de sa carrière politique aux plus hautes fonctions. Il est devenu le 58e président d’Haïti mardi 7 février lors de la cérémonie d’investiture à Port-au-Prince.

Plus de 2 000 personnes avaient été invitées à cette passation de pouvoir organisée en deux temps : la prestation de serment au Parlement en début de matinée, suivie d’une cérémonie religieuse et du premier discours du 58e chef de l’Etat haïtien.

Les cérémonies ont lieu au cœur de la capitale haïtienne à l’emplacement du palais présidentiel, détruit lors du terrible séisme en janvier 2010.

Deux élections présidentielles

Surnommé « l’homme-banane » durant la campagne présidentielle, car il est propriétaire de bananeraies, Jovenel Moïse avait été choisi par l’ancien président Martelly pour être son successeur. Le président sortant, une star de carnaval qui amuse les foules en se déhanchant et abusant d’un vocabulaire grossier, contraste avec son successeur à la personnalité effacée et inconnu du grand public.

Jovenel Moïse était arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle en octobre 2015. Mais en raison de contestations et de fraudes massives, le vote avait été annulé. L’homme d’affaires, qui entend relancer par l’agriculture l’économie haïtienne a finalement été élu président en novembre 2016, lorsque le scrutin avait été reprogrammé.

A la fin du mandat de Michel Martelly, le 7 février 2016, faute de successeur élu à temps, le Parlement avait choisi Jocelerme Privert, alors président du Sénat, pour assurer l’intérim. Avec un an de retard, la première République noire de l’histoire, marquée par une tradition d’instabilité politique, retournera à l’ordre constitutionnel en ayant à sa tête un président élu au suffrage universel direct.

Décision de justice en suspens

Les doutes concernant de possibles blanchiments d’argent dont M. Moïse aurait été l’auteur n’ont cependant pas été levés. A l’été 2016, l’Unité centrale de renseignements financiers avait transmis à la justice le rapport confidentiel de son enquête sur les comptes de M. Moïse, enquête débutée en 2013 à la suite du signalement d’une institution bancaire.

Si le juge d’instruction a remis son rapport au commissaire du gouvernement (l’équivalent du procureur en Haïti), ce dernier n’avait pas lundi soir rendu publique sa décision – prononcer un non-lieu, demander une enquête complémentaire ou inculper le président élu. Cette décision de justice laissée en suspens mine la déjà fragile popularité de Jovenel Moïse.

Lemonde.fr avec AFP

Haïti: l’opposition dénonce le projet dictatorial du pouvoir en place

novembre 6, 2015

Port-au-Prince – Jude Célestin, arrivé en deuxième position du premier tour de l’élection présidentielle haïtienne, selon les résultats annoncés jeudi par le conseil électoral provisoire, a assuré lors d’une conférence de presse vendredi qu’il ne laissera pas passer le projet dictatorial du pouvoir en place.

Le candidat du parti Lapeh, crédité de 25% des suffrages, considère que les résultats sont une farce ridicule: Les résultats du peuple n’ont pas encore été annoncés, a affirmé Jude Célestin.

L’homme de 53 ans accuse directement les autorités actuelles de dérive autoritaire. Ils ont mis en place une force de répression pour écraser le peuple, pour tuer les gens mais ils ne pourront pas tuer tout le peuple, a-t-il déclaré, suscitant de larges applaudissements de ses partisans.

Au lendemain de l’annonce des résultats du scrutin qui s’est tenu le 25 octobre, les protestations de l’opposition se sont multipliées, avec des manifestations et même plusieurs barricades de pneus enflammés dans les rues de la capitale.

Jovenel Moïse, choisi par le président Michel Martelly pour représenter son parti, est arrivé en tête du scrutin avec plus de 32% des voix. L’homme de 47 ans est un entrepreneur agricole spécialisé dans la banane, d’où son surnom dans cette campagne électorale: Neg Bannan nan, soit l’homme de la banane en créole.

On ne veut pas entendre parler de banane, on n’a pas les dents pour manger cette banane, s’énerve Marie-Mirlande Carasso en faisant référence au candidat du pouvoir.

A proximité d’une barricade improvisée de quelques blocs de béton, Métélus Lafontant est lui aussi remonté contre les dirigeants actuels. Ils ne respectent pas la jeunesse, ils pensent pouvoir faire ce qu’ils veulent avec nous, se désole l’étudiant en génie civil.

S’ils ne veulent pas changer leurs résultats, il leur faudra tuer tous les Haïtiens parce que ça n’est pas ce qu’on avait voté. S’ils ne changent pas, on prendra les rues et jamais le pays n’aura la stabilité, se désole Métélus d’un air dépité.

Les Nations unies et le Core group, (regroupant les ambassadeurs du Brésil, du Canada, de la France, de l’Espagne, des Etats-Unis et de l’Union européenne) ont déploré les actes isolés de violences et de vandalisme.

Dans leurs communiqués publié vendredi soir, ces diplomates prient instamment les autorités haïtiennes d’arrêter et de juger les responsables, en pleine conformité avec la loi.

L’organisation des Etats américains (OEA) a indiqué par communiqué qu’elle déploiera, comme en octobre, une mission d’observation pour le second tour des élections présidentielles prévu au mois de décembre.

En attendant ce nouveau scrutin, l’OEA encourage les partis politiques et les citoyens à faire usage des voies légales disponibles pour faire valoir toute potentielle inquiétude.

Les principaux partis d’opposition ont déjà annoncé qu’ils allaient contester les résultats devant les tribunaux comme le permet la loi électorale.

Jude Célestin a par ailleurs expliqué que des pourparlers seraient en cours avec d’autres prétendants à la la présidence, sans que des détails aient été fournis sur ces discussions.

Romandie.com avec(©AFP / 07 novembre 2015 00h23)