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La journaliste française Natacha Polony sera jugée pour contestation du génocide contre les Tutsi au Rwanda

décembre 16, 2020
Natacha Polony

La directrice de la rédaction du magazine français Marianne a été renvoyée devant le tribunal correctionnel de Paris.

Selon une ordonnance judiciaire datée du 11 décembre, que Jeune Afrique a pu consulter, Natacha Polony sera jugée pour « contestation de l’existence de crime contre l’humanité par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique ».

En cause, des propos tenus par la journaliste française en mars 2018 sur la radio France Inter, où elle était alors chroniqueuse. Face à l’essayiste et candidat aux élections européennes Raphaël Glucksman, Natacha Polony avait alors donné une version très personnelle du génocide perpétré d’avril à juillet 1994 contre les Tutsi du Rwanda.

Victimes et bourreaux renvoyés dos-à-dos

« Il est nécessaire de regarder en face ce qui s’est passé à ce moment-là et qui n’a rien finalement d’une distinction entre des méchants et des gentils. Malheureusement on est typiquement dans le genre de cas où on avait des salauds contre d’autres salauds […] C’est-à-dire que je pense qu’il n’y avait pas d’un côté les gentils et de l’autre les méchants dans cette histoire. »

En renvoyant ainsi dos-à-dos victimes et bourreaux du génocide contre les Tutsi, Natacha Polony s’était attirée les foudres de l’association de rescapés Ibuka France et de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (dont la constitution de partie civile a été déclarée irrecevable pour des raisons procédurales). Selon ces associations, les propos tenus à l’antenne de France Inter s’apparentent à une « contestation du génocide des Tutsi au Rwanda ».

Entendue pendant l’enquête préliminaire, Natacha Polony « reconnaissait avoir tenu les propos litigieux mais en contestait le sens donné par la partie civile et précisait que l’émission en cause avait été diffusée en direct », ajoutant que « ses propos visaient les dirigeants » mais que « le génocide avait bien existé » (sic).

Le 11 décembre 2020, le juge parisien Milca Michel-Gabriel a néanmoins décidé de son renvoi devant le tribunal correctionnel.

Avec Jeune Afrique

Dopage et corruption dans l’athlétisme : Lamine Diack jugé à Paris

janvier 13, 2020

Lamine Diack (Senegal), ancien athlete de haut niveau (saut en longueur), il est devenu president de la Federation internationale d'athetisme (IAAF) en 1999, puis mis en examen en 2015 pour corruption passive et blanchiment aggrave. Il lui est interdit de quitter le territoire français jusqu'a son proces, qui devrait s'ouvrir en 2019. A Paris, le 24.06.2019. Vincent Fournier/JA

Lamine Diack (Senegal), ancien athlète de haut niveau (saut en longueur), il est devenu président de la Fédération internationale d’athetisme (IAAF) en 1999, puis mis en examen en 2015 pour corruption passive et blanchiment aggrave. Il lui est interdit de quitter le territoire français jusqu’à son procès, qui devrait s’ouvrir en 2019. A Paris, le 24.06.2019. Vincent Fournier/JA © Vincent Fournier/JA

 

L’ancien patron de la fédération internationale d’athlétisme doit s’expliquer devant les juges à Paris alors qu’il fait face à des accusations de corruption. Depuis son arrestation en France en novembre 2015, les affaires se sont multipliées et emmèneront le tribunal jusqu’en Russie.

Le scandale avait porté un rude coup à l’image de l’athlétisme en 2015: l’ancien patron de la fédération internationale (IAAF), Lamine Diack, est attendu lundi au tribunal de Paris pour être jugé avec son fils et quatre acteurs présumés d’un système de corruption voué à protéger des athlètes russes dopés.

A 86 ans, le Sénégalais, qui a régné de 1999 à 2015 sur l’IAAF, a rendez-vous avec les juges de la 32e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, à 13h30, pour répondre des délits de corruption active et passive, abus de confiance et blanchiment en bande organisée. Il risque jusqu’à dix ans de prison et une lourde amende.

L’affaire avait précipité la chute de ce cacique du sport mondial aux mille vies, ancien athlète et joueur de football avant d’entrer en politique (maire de Dakar 1978-1980, parlementaire de 1978 à 1993) puis de devenir le premier dirigeant non-européen de l’IAAF.

Affaires multiples

Depuis son arrestation à Paris en novembre 2015, les affaires se sont multipliées: la Russie a été accusée de dopage institutionnel et Lamine Diack est aussi mis en examen pour corruption, soupçonné d’avoir monnayé son influence dans les processus d’attribution des Jeux olympiques de Rio-2016 et Tokyo-2020 et des Mondiaux d’athlétisme 2015 à Pékin, ainsi que pour Doha, qui a obtenu les Mondiaux-2019 après un échec pour 2017. Des soupçons qu’il réfute.

À son procès, il est attendu avec l’un de ses anciens conseillers, l’avocat Habib Cissé, et l’ancien responsable du service antidopage de l’IAAF, Gabriel Dollé, jugés pour corruption passive.

Si Lamine Diack a interdiction de quitter le pays, la justice française n’a jamais pu approcher l’un des acteurs clé de l’affaire, son fils Papa Massata Diack, l’ancien puissant conseiller marketing de l’IAAF, réfugié à Dakar. Probablement absent, « PMD » entend néanmoins se défendre via ses avocats pendant les six demi-journées d’audience, étalées sur deux semaines.

Devraient aussi manquer à l’appel l’ancien patron de la fédération russe d’athlétisme, Valentin Balakhnitchev, et l’ancien entraîneur national des courses de fond, Alexeï Melnikov, soupçonnés d’avoir soutiré des sommes à sept athlètes en échange de leur protection contre des sanctions, pour un total évalué à 3,45 millions d’euros.

Voyages à Moscou

Début des années 2010: l’arrivée du passeport biologique, qui permet de déceler des variations sanguines anormales, met la pression sur la Russie. En novembre 2011, l’IAAF dispose de 23 noms d’athlètes suspects.

Mais Lamine Diack, Habib Cissé et Papa Massata Diack multiplient les voyages à Moscou et les dossiers disciplinaires traînent en longueur, permettant à plusieurs athlètes de participer aux JO de Londres-2012, et pour certains d’être médaillés, comme les marcheurs Sergey Kirdyapkin et Olga Kaniskina ou Yuliya Zaripova (3000 m steeple). Leurs titres seront retirés pour dopage.

Durant l’enquête, Lamine Diack a reconnu que les sanctions ont été échelonnées pour ne pas plomber l’image de la Russie, sur fond de négociations sur les droits télé et le sponsoring de la banque d’Etat VTB pour les Mondiaux de Moscou de 2013.

« Il fallait différer la suspension des athlètes russes pour obtenir le contrat VTB », a-t-il convenu.

Politique

L’ancien maire de Dakar a aussi concédé qu’il avait obtenu 1,5 million d’euros de la Russie pour soutenir l’opposition lors de la campagne électorale de 2012, face au président sortant, Abdoulaye Wade.

Mais pour ses avocats, les athlètes russes ont bien été sanctionnés (la plupart en 2014) et Lamine Diack cherchait avant tout à sauver l’IAAF de la faillite. Ils réfutent tout lien entre le jeu diplomatique de Moscou et les dossiers sportifs.

« Concomitance ne veut pas dire contrepartie », assurent William Bourdon et Simon Ndiaye.

L’enquête a permis de retrouver la trace d’un virement de 300 000 euros, provenant d’un compte singapourien associé à Papa Massata Diack, en faveur de la marathonienne Liliya Shobukhova, en guise de « remboursement » après sa suspension en 2014.

Lamine Diack est aussi jugé pour avoir permis à son fils de s’approprier d’importantes sommes dans les négociations avec les sponsors, en imposant ses sociétés comme intermédiaires, ou via des commissions « exorbitantes ». L’IAAF, rebaptisée World Athletics et présidée par Sebastian Coe, réclame 24,6 millions d’euros sur ce volet, sur un préjudice estimé à 41 millions.

Par Jeune Afrique avec AFP

États-Unis: Jugé six fois pour le même crime, un Américain va retrouver la liberté

décembre 16, 2019

 

Un Noir américain jugé six fois pour un quadruple meurtre qu’il nie avoir commis pourra goûter de nouveau à la liberté en attendant un possible septième procès, a décidé lundi un juge du Mississippi. Curtis Flowers, 49 ans, a passé près de 23 ans derrière les barreaux dans un dossier qui illustre jusqu’à la caricature les maux du système judiciaire américain.

La Cour suprême des Etats-Unis avait annulé en juin le dernier verdict prononcé contre lui, au motif que les citoyens noirs avaient volontairement été écartés par l’accusation lors de la sélection des jurés. La haute cour ne s’était toutefois pas prononcée sur sa culpabilité, et sa décision laisse la possibilité d’un septième procès. En attendant que les autorités locales se prononcent à ce sujet, son avocat a introduit une demande de remise en liberté surveillée. Un juge a accepté lundi sa requête, à condition que Curtis Flowers porte un bracelet électronique et verse une caution de 250.000 dollars, selon une copie de la décision consultée par l’AFP.

Cette affaire hors normes a commencé le 16 juillet 1996, quand quatre employés d’un magasin de meubles ont été abattus à Winona, une bourgade du Mississippi, dans le sud des Etats-Unis, marquée par l’esclavage et la ségrégation raciale. Environ six mois plus tard, la police a arrêté Curtis Flowers, qui avait brièvement travaillé dans le magasin, après des témoignages le localisant près des lieux du crime. Il a ensuite été jugé à six reprises et a toujours clamé son innocence.

Le droit américain interdit d’organiser un nouveau procès quand un accusé a été acquitté. Mais cela n’a jamais été le cas pour Curtis Flowers: ses trois premiers procès se sont conclus sur des reconnaissances de culpabilité, avant d’être annulés en appel pour des vices de procédure. Les deux suivants n’ont pas débouché sur un verdict, faute d’unanimité parmi les jurés. En 2010, il avait été condamné à la peine capitale. C’est ce jugement que la Cour suprême a invalidé.

Le même procureur, Doug Evans, a gardé la main sur l’ensemble de l’accusation. Elu par les habitants de son comté, il est inamovible, à moins de perdre un scrutin. Or, depuis 1991, il a été réélu sans discontinuer. Lors de l’audience devant la Cour suprême, une des magistrates avait dénoncé sa «passion» pour le dossier. Au-delà de la question raciale, le dossier de Curtis Flowers illustre «l’absence de contrôle sur les procureurs» dans le système judiciaire américain, selon la journaliste Madeleine Baran, qui a fait connaître l’affaire au grand public dans le podcast In the Dark.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Loin de tout espoir de justice

mai 20, 2018

 

Quand la justice souffre de dérision

Et le ventre du procès de constipation

Les magistrats se tordent du mal d’érosion

 

Impartial et lamentable le verdict de l’accusé

Inique le jugement expéditif du pauvre inculpé

Vomi par un pouvoir qui ne peut le disculper

 

La citation des témoins est un leurre de procédure

Qui a perdu sa raison et son influence dans l’usure

Devant le dirigisme juridique de mauvaise allure.

 

Bernard NKOUNKOU

RDC – Recul du Droit ou acharnement ? : Un député jugé dans sa chambre d’hôpital pour « offense au chef de l’État Joseph Kabila »

février 22, 2018

 

Jugement dans sa chambre d’hôpital pour «offense au chef de l’État Joseph Kabila»
Un tribunal au grand complet s’est rendu mardi 20 février 2018 dans la chambre d’hôpital du député de l’opposition Gérard «Gecoco» Mulumba, poursuivi par la justice congolaise pour «offense au chef de l’État Joseph Kabila».

Le député provincial de Kinshasa Gérard Mulumba a comparu mardi « devant un tribunal qui a siégé dans son lieu d’hospitalisation », a déclaré à l’AFP son avocat, Me Léon Ngombwa.

«C’est un acharnement du pouvoir qui veut le faire condamner par tous les moyens à travers un procès qui n’en est pas un », a-t-il ajouté.

Membre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti historique de l’opposition en RDC, Gecoco Mulumba « souffre de complications rénales ».

«Lors de cette audience, il n’a pu ni parler ni bouger de son lit d’hôpital », a-t-il ajouté.

Gérard Mulumba a été arrêté le 10 novembre à l’aéroport de Kinshasa, détenu au secret puis transféré le 19 janvier dans une clinique de Kinshasa à cause de la dégradation de son état de santé. Il risque au maximum une peine de deux années de prison, selon son avocat.

Le tribunal a promis de se prononcer ce jeudi.

Edwige KISSINGER / Les Echos du Congo Brazzaville

« Biens mal acquis »: Theodorin Obiang fait appel de la condamnation en France(Avocat)

novembre 3, 2017

Paris – Condamné à trois ans de prison avec sursis pour s’être frauduleusement bâti un patrimoine considérable en France, le vice-président de Guinée équatoriale, Teodorin Obiang, a fait appel, a-t-on appris vendredi auprès de son avocat.

Le recours a été déposé vendredi, a indiqué Me Emmanuel Marsigny à l’AFP.

Le fils du président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema avait été condamné le 27 octobre par le tribunal correctionnel de Paris à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d’euros d’amende avec sursis, à l’issue du premier procès dit des « biens mal acquis » devant la justice française. La justice avait également ordonné la confiscation de l’ensemble des biens saisis, dont un somptueux hôtel particulier avenue Foch à Paris. Teodorin Obiang ne s’était pas présenté à son procès.

A l’annonce du jugement, sa défense avait dénoncé une « décision militante » et promis d' »examiner tous les recours possibles ».

L’enquête, ouverte après des plaintes des associations Sherpa et Transparency International, avait mis au jour l’ampleur du patrimoine de Teodorin Obiang. Objets d’art, voitures de luxe, et cet hôtel particulier de 101 pièces, avec hammam et discothèque, décoré de marbre et pourvu de robinets recouverts d’or…

Un train de vie très éloigné du quotidien de son petit pays pétrolier du golfe de Guinée, où plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Teodorin Obiang, 48 ans, n’ayant eu de cesse de contester la légitimité de la justice française, le tribunal avait rappelé qu’il était compétent, car il a jugé « l’infraction de blanchiment commise en France » par l’accusé dans son intérêt « personnel » et non « des faits commis en Guinée équatoriale » dans « l’exercice de ses fonctions ».

Les sommes blanchies en France sont estimées à 150 millions d’euros.

Dirigée depuis 1979 par Teodoro Obiang Nguema, qui détient le record de longévité au pouvoir en Afrique, la Guinée Equatoriale a contesté ces poursuites françaises devant la Cour internationale de justice. Dans l’attente de l’issue de cette procédure, l’hôtel particulier de l’avenue Foch, présenté comme des locaux diplomatiques, ne peut être confisqué.

Teodorin Obiang est le premier accusé à être jugé dans le cadre des procédures dites des « biens mal acquis » lancées en 2010 en France.

La justice française enquête également sur les patrimoines édifiés en France par des proches de Denis Sassou Nguesso (Congo), du défunt Omar Bongo (Gabon) ou encore du président centrafricain déchu François Bozizé.

Romandie.com avec(©AFP / 03 novembre 2017 20h17)                                            

Marine Le Pen jugée pour la 1ère fois pour incitation à la haine

septembre 22, 2015

La présidente du FN Marine Le Pen a été renvoyée en correctionnelle pour ses propos sur les prières de rue musulmanes comparées à l’Occupation nazie, a-t-on appris mardi auprès du trésorier du parti. Ce responsable a été inculpé dans une autre affaire.

« On a été informés de ce renvoi », a indiqué le trésorier du Front National (FN) Wallerand de Saint-Just. La chambre d’instruction de la cour d’appel de Lyon avait annulé en 2014 la procédure visant Marine Le Pen pour ces propos.

Les juges avaient estimé que l’association qui avait déposé plainte était irrecevable à le faire. « Mais le parquet a réussi à faire revivre la procédure », a dit Wallerand de Saint-Just.

En juillet 2013, le Parlement européen s’était prononcé pour la levée de l’immunité de la présidente du FN. Cette décision avait ouvert la voie à une procédure judiciaire à Lyon. En décembre 2010, pendant une réunion publique à Lyon, Marine Le Pen, alors en campagne pour la présidence du FN, avait dénoncé dans un discours les « prières de rue ».

Abus de biens sociaux
« Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’Occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c’est une occupation du territoire », avait-elle déclaré.

Wallerand de Saint-Just a lui été inculpé lundi par la justice dans une affaire de financement du parti, a appris l’AFP de source judiciaire. Tête de liste du Front national en région parisienne pour les régionales de décembre, il devra répondre de recel d’abus de biens sociaux.

L’ombre de Taubira
Wallerand de Saint-Just a aussi été placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté pour complicité d’escroquerie au préjudice de l’Etat lors des législatives de 2012. Les juges d’instruction soupçonnent notamment le FN d’avoir mis en place un système d’enrichissement frauduleux avec de l’argent public via un micro-parti, « Jeanne », une formation gérée par des proches de Marine Le Pen, et le principal imprimeur du mouvement, l’entreprise Riwal.

Selon les enquêteurs, Riwal aurait surfacturé les prix de kits de campagne (tracts, affiches) vendus aux candidats, dont les dépenses ont été ensuite remboursées par l’Etat comme le prévoit la loi au-delà de l’obtention de 5% des suffrages exprimés. Ce scénario qui fonde les mises en examen pour escroquerie est totalement réfuté par le FN. Les juges soupçonnent aussi un financement illégal du FN et de Jeanne par Riwal, via des facilités de paiement, la prise en charge d’employés, de salaires, de matériel et de locaux.

C’est « une affaire politique » derrière laquelle il y a « l’ombre de Madame Taubira » (la ministre de la justice, PS), a réagi mardi le vice-président du FN Florian Philippot.

Romandie.com

Procès Taylor : le Sénégalais par qui le scandale arrive

mai 2, 2012

Un juge sénégalais suppléant du TSSL a essayé de prendre la parole après l’énoncé du verdict contre Charles Taylor pour défendre ce dernier. Mais les micros étaient déjà coupés…

Du grabuge à La Haye, aux Pays-Bas. Le 26 avril, à 13 h 15, le président du Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) achève la lecture du jugement qui condamne Charles Taylor, l’ancien président libérien. « Je voudrais dire quelque chose », annonce alors le quatrième juge, le Sénégalais El Hadj Malick Sow. Mais officiellement, l’audience est terminée. Les micros sont coupés et un rideau recouvre la grande baie vitrée qui sépare le public de la salle d’audience. Le juge récalcitrant poursuit tout de même sa déclaration. À huis clos. « La culpabilité de Charles Taylor n’a pas été prouvée par l’accusation au-delà de tout doute raisonnable, estime-t-il. L’ensemble de notre système risque de perdre toute crédibilité et de courir à l’échec. » Problème, ce juge n’est que suppléant. Il a certes assisté aux trois années d’audiences du TSSL, mais, le jour du verdict, les trois titulaires – un Samoan, une Ougandaise et une Britannique (d’Irlande du Nord) – sont présents. Il n’a donc pas été autorisé à prendre part au vote, et Taylor a été condamné à l’unanimité. Si l’un des trois juges titulaires était tombé malade, le délibéré aurait été plus compliqué. Et si Taylor fait appel…

Jeuneafrique.com

WikiLeaks : Comment les Américains jugent nos leaders

septembre 14, 2011

Un « Gouvernement en Exil » reçu à Paris

Etre diplomate, cela consiste parfois à perdre son temps. A en juger par ses commentaires, c’est ce qu’a fait André YOUNG, Conseiller politique de l’Ambassade des Etats-Unis à Paris, en recevant le 4 novembre 2009 une délégation d’un étrange « Gouvernement en exil de la République du Congo » conduite par son « Premier ministre autoproclamé », un certain Tony Gilbert MOUDILOU.

Cela donne lieu néanmoins à une longue dépêche surréaliste classée confidentiel dans laquelle le conseiller retranscrit fidèlement tout ce qui lui a été dit.

Le Président Denis SASSOU NGUESSO, souffrirait d’une « profonde dépression », ne voyagerait plus, serait entrain de préparer son fils (lequel ?) pour lui succéder, etc.

Puis on en vient aux choses sérieuses : « A de nombreuses reprises, écrit André YOUNG, Tony Gilbert MOUDILOU répète que lui et son groupe ont besoin de l’aide américaine (…). Il semble que des paiements d’ordre financiers fassent partie de ses vœux.

J’ai dû lui expliquer que les Etats Unis ne finançaient pas les Partis politiques ou les Groupes en exil. Conseil du diplomate à ses interlocuteurs : rentrez au pays pour y mener votre action politique. Mais on sent qu’il ne se fait guère d’illusions à ce sujet : « ils ne paraissent pas du tout disposés à se salir les mains ».

Commentaire final : « Nous n’avons aucune mesure de la crédibilité de Tony Gilbert MOUDILOU, ni de la réalité des menaces de persécution qui pèsent sur lui et qui l’empêcheraient de jouer son rôle d’opposant à Brazzaville ».

Pour le reste WikiLeaks diffuse une cinquantaine de dépêches d’intérêt inégal sur le Congo Brazzaville. Les diplomates américains sur place, qui avaient prévu comme tout le monde la victoire de SASSOU NGUESSO à la présidentielle de 2009, semblent tenir en assez piètre estime ses concurrents. L’Ambassadeur Alan EASTHAM reprend ainsi, dans une dépêche de juin 2009, le jugement de son collègue de l’Union Européenne, Miguel AMADO, lequel explique « les principaux leadeurs de l’Opposition ne sont guère différents de SASSOU NGUESSO lui-même. Ils sont de la même génération, ils ont été actifs au sein de même parti et ils sont tous francs-maçons. Aucun d’eux n’a une vision du futur différente de celle de SASSOU ».

D’après Tony Gilbert MOUDILOU depuis cette première rencontre, plusieurs autres ont eu lieu entre le Gouvernement Congolais en Exil et les autorités américaines. Et depuis, un travail très approfondi et très sérieux se fait sur la base de la mutuelle compréhension et du respect des relations internationales.

Par François SOUDAN Jeune Afrique

France : SARKOZY lâche-t-il la FrançAfrique ?

Dans une interview au JDD, l’avocat franco-libanais Robert BOURGI dévoile la teneur des propos qui sont repris dans le prochain livre de Pierre Péan, « La République des Mallettes ».

C’est une plongée au cœur de la Françafrique des grandes heures avec des djembés remplis de billets et, pour une fois, des noms et des montants. Ces révélations provoquent un séisme dans la classe politique française où Jacques CHIRAC et Dominique de VILLEPIN ont annoncé qu’ils allaient porter plainte. Mais Robert BOURGI, proche de Nicolas SARKOZY est-il en opération commandée ?

« Il y a du lourd ? » : c’est par ces mots que Jacques CHIRAC l’accueillait, le soir, quand il venait apporter l’argent des chefs d’Etats africains, raconte Robert BOURGI dans une interview au Journal Du Dimanche.

L’héritier de Jacques FOCCART revient sur 25 ans de financement occulte des partis politiques français. De MOBUTU (Zaïre) à Omar BONGO (Gabon), bien sûr, en passant par Blaise COMPAORÉ (Burkina Faso), Teodoro OBIANG NGUEMA (Guinée Equatoriale) et Denis SASSOU NGUESSO (Congo) et aussi, plus surprenant, à Laurent GBAGBO (Côte d’Ivoire) et Abdoulaye WADE (Sénégal), tous ces chefs d’Etats ont versé de grosses sommes d’argent, en liquide, à destination de Dominique de VILLEPIN, alors Secrétaire général de l’Elysée, et à Jacques CHIRAC. Ces versements auraient cessé, explique Robert BOURGI, lors de l’arrivée au pouvoir de Nicolas SARKOZY.

Bien entendu, Jacques CHIRAC et Dominique de VILLEPIN démentent fermement ces révélations et ont annoncé qu’ils allaient porter plainte contre Robert BOURGI. Dominique de VILLEPIN a déclaré au journal télévisé de France 2 : « Les accusations qu’il porte sont graves, scandaleuses, détaillées comme tous les mauvais polars et c’est pour cela que comme Jacques CHIRAC, je porterai plainte contre lui ». En réponse, Robert BOURGI a affirmé qu’il était à la disposition de la justice.

Ces révélations, qui ne sont que la confirmation de ce que « tout le monde savait » mais que personne n’osait raconter, ont été en partie confirmées par Mamadou KOULIBALY, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne et ancien proche de Laurent GBAGBO : « Robert BOURGI a parfaitement raison, il y a eu un transfert d’argent entre Laurent GBAGBO et Jacques CHIRAC, en 2002 », a ainsi déclaré l’homme politique, faisant état « d’environ deux milliards de francs CFA (environ trois millions d’euros) transportés d’Abidjan vers Paris par valise ».

Réactions en chaînes

Depuis, les réactions affluent. Bien entendu, les présidents africains en exercice réfutent les accusations alors que la classe politique française de gauche comme du centre se lève comme un seul homme pour demander l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Les personnalités de droite, elles, se font plus discrètes. Mais la vraie question qui se pose derrière ces révélations est de savoir pourquoi elles interviennent aujourd’hui et si Robert BOURGI, qui est un proche du président français Nicolas SARKOZY, est en service commandé, lorsqu’il décide de lancer ce pavé dans la mare.

Robert BOURGI affirme que tous ces versements ont cessé lors de l’arrivée au pouvoir de Nicolas SARKOZY qui a plusieurs fois annoncé la fin de la Françafrique, sans pour l’instant que personne ne puisse y croire réellement.

Un câble de Wikileaks révélé en décembre dernier avait même mis à mal cette version en expliquant que près de 30 millions d’euros auraient été détournés de la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC) par le défunt président gabonais Omar BONGO. Cette somme aurait financé, pour une partie, les partis politiques français, en particulier Jacques CHIRAC mais aussi Nicolas SARKOZY.

Une vérité qui en cache une autre

Robert BOURGI s’est toujours présenté comme un ami proche du président français et déclarait très officiellement lors d’une interview au journal Le Monde qu’il travaillait pour les chefs d’Etats africains, mais en étroite collaboration avec Nicolas SARKOZY et Claude GUÉANT, ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration et ancien Secrétaire général de l’Élysée. Pourquoi alors mettre aujourd’hui ces mêmes chefs d’Etats africains dans une situation délicate ?

Plusieurs réponses sont possibles. D’une part, nous sommes à deux jours de l’ouverture de l’appel du procès Clearstream où Dominique de VILLEPIN, ennemi juré de Nicolas SARKOZY, est l’accusé principal. Mais la sortie mercredi du livre de Pierre Péan « La République des Mallettes » vient mettre en avant un possible nouvel instigateur en la personne d’Alexandre DJOUHRI, ce qui pourrait dédouaner Dominique de VILLEPIN.

Avec ce nouveau coup porté par Robert BOURGI, Dominique de VILLEPIN ne se relèvera sans doute pas et peut mettre une croix sur ses ambitions présidentielles. Mais surtout, les révélations de Robert BOURGI sont aussi en partie racontées dans le livre de Pierre PÉAN.

Peut-être alors aurait-il simplement considéré qu’il était préférable de prendre les devants en déballant tout à la presse, mais en prenant bien soin de protéger Nicolas SARKOZY ? Puisque le scandale va éclater, autant en être l’instigateur et faire de l’ombre aux autres révélations du livre de Pierre PÉAN qui elles pourraient être plus gênantes.
D’autre part, ces déclarations pourraient être un avertissement aux chefs d’Etats mentionnés, les informant qu’ils sont lâchés par la France, qui souhaite modifier ses relations avec le continent africain. La famille WADE a déjà été lâchée officiellement, toujours à travers des déclarations de Robert BOURGI faisant référence à Karim WADE alors qu’Ali BONGO n’est plus soutenu que du bout des lèvres par le gouvernement français.

Les récentes révolutions du monde arabe ont par ailleurs démontré que les populations africaines étaient en marche pour renverser les dictatures corrompues. La révélation d’un passé trouble serait donc une façon habile de faire table rase du passé pour repartir sur des bases différentes afin de reconstruire les relations franco-africaines.

A six mois de la présidentielle française, cette nouvelle position de Nicolas SARKOZY lui permettrait sans aucun doute d’améliorer son image, au moins auprès des électeurs français d’origine africaine.

L’Interview de Robert BOURGI

L’avocat Robert BOURGI, successeur de Jacques FOCCART, révèle vingt-cinq ans de pratiques occultes sous CHIRAC. Pour la première fois, un homme avoue des financements occultes en provenance d’Afrique.

Pourquoi prendre la parole aujourd’hui?

Avant toute chose, je veux dire que je parle en mon nom personnel, je ne suis mandaté par personne. Pierre PÉAN, que je connais depuis vingt ans, est venu me voir pour son enquête sur Alexandre DJOUHRI et, de fil en aiguille, nous avons un peu parlé de quelqu’un que je connais bien, Dominique de VILLEPIN.

Depuis quelques jours, j’observe, je lis et j’entends les commentaires de ce dernier sur l’enquête de Pierre PÉAN. Trop, c’est trop. À 66 ans, j’en ai assez des donneurs de leçon et des leçons de morale… J’ai décidé de jeter à terre ma tunique de Nessus, cet habit qui me porte malheur et que je n’ai jamais mérité.

Dans le livre de Pierre PEAN, vous racontez comment Dominique de VILLEPIN vous a déçu…

J’ai travaillé avec Dominique de VILLEPIN pendant des années. Nous avons été très proches, comme on peut être proche d’un ami, de quelqu’un que l’on connaît intimement. Et puis, fin 2005, brutalement, il m’a chassé. Oui, il m’a déçu. N’est pas De GAULLE qui veut. L’entendre donner des leçons, lui que je connais de l’intérieur, m’exaspère.

À quand remonte votre première rencontre?

En mars 1997, le jour de l’enterrement de mon maître, Jacques FOCCART, Dominique de VILLEPIN m’appelle et me dit qu’il m’attend le soir même dans son bureau. Ce soir-là, à l’Elysée, il y a Jacques CHIRAC. Le président me demande de reprendre le flambeau avec VILLEPIN… Et souhaite que je l’initie à ce que nous faisions avec le « Doyen », comme j’appelais FOCCART.

C’est-à-dire ?

Pendant trente ans, Jacques FOCCART a été en charge, entre autres choses, des transferts de fonds entre les chefs d’État africains et Jacques CHIRAC. Moi-même, j’ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques CHIRAC, en personne, à la mairie de Paris.
Directement ?

Oui, bien sûr. C’était toujours le soir. « Il y a du lourd ? » demandait CHIRAC quand j’entrais dans le bureau. Il m’installait sur un des grands fauteuils bleus et me proposait toujours une bière. Moi qui n’aime pas la bière, je m’y suis mis.

Il prenait le sac et se dirigeait vers le meuble vitré au fond de son bureau et rangeait lui-même les liasses. Il n’y avait jamais moins de 5 millions de francs. Cela pouvait aller jusqu’à 15 millions. Je me souviens de la première remise de fonds en présence de VILLEPIN. L’argent venait du maréchal MOBUTU, président du Zaïre. C’était en 1995. Il m’avait confié 10 millions de francs que Jacques FOCCART est allé remettre à CHIRAC. En rentrant, le « Doyen » m’avait dit que cela s’était passé « en présence de VILLEPINTE », c’est comme cela qu’il appelait VILLEPIN. FOCCART ne l’a jamais apprécié… Et c’était réciproque.

Pourquoi ?

En 1995, JUPPÉ et VILLEPIN se sont opposés à ce que FOCCART occupe le bureau du 2, rue de l’Élysée, qui était son bureau mythique du temps de De GAULLE et POMPIDOU. Le « Doyen » en avait été très amer. Il avait continué à apporter les fonds, mais il avait été humilié.

À combien évaluez-vous les remises d’argent de FOCCART venant d’Afrique ?

Incalculable ! À ma connaissance, il n’y avait pas de comptabilité. Plusieurs dizaines de millions de francs par an. Davantage pendant les périodes électorales.

Jacques CHIRAC, accusé par Jean- Claude MÉRY dans sa fameuse cassette d’avoir vu une remise de 5 millions de francs, a toujours démenti tout cela…

Je sais ce que je dis. Je sais ce que j’ai fait.

Que faites-vous donc à partir de 1997, à la mort de FOCCART, avec Dominique de VILLEPIN ?
Je l’ai présenté aux chefs d’État africains. Au début, ils se sont étonnés de devoir traiter avec VILLEPIN, qui avait déjà son discours officiel sur la « moralisation »… Je leur ai dit que c’était une décision du « Grand », autrement dit de CHIRAC. Je dois dire que VILLEPIN s’y est bien pris avec eux. Que le courant est bien passé. Il a su y faire… Il m’appelait « camarade » et s’est mis à m’offrir du whisky pur malt de 1963.

Et les remises de valises ont continué?

Elles n’ont jamais cessé. À l’approche de la campagne présidentielle de 2002, VILLEPIN m’a carrément demandé « la marche à suivre ». Il s’est même inquiété. C’est sa nature d’être méfiant.

Je devais me présenter à l’Élysée sous le nom de « M. Chambertin », une de ses trouvailles. Pas question de laisser de traces de mon nom.

Par mon intermédiaire, et dans son bureau, cinq chefs d’État africains – Abdoulaye WADE (Sénégal), Blaise COMPAORÉ (Burkina Faso), Laurent GBAGBO (Côte d’Ivoire), Denis SASSOU NGUESSO (Congo-Brazzaville) et, bien sûr, Omar BONGO (Gabon) – ont versé environ 10 millions de dollars pour cette campagne de 2002.

Alors que ces fonds en liquide ne figurent sur aucun compte officiel, que les fonds secrets avaient été supprimés par Lionel JOSPIN, que l’affaire Elf avait mis en lumière les fortunes occultes des chefs d’État africains…

C’est l’exacte vérité. Un exemple qui ne s’invente pas, celui des djembés (des tambours africains). Un soir, j’étais à Ouagadougou avec le président Blaise COMPAORÉ. Je devais ramener pour CHIRAC et VILLEPIN 3 millions de dollars.

COMPAORÉ a eu l’idée, « connaissant VILLEPIN comme un homme de l’art », a-t-il dit, de cacher l’argent dans quatre djembés. Une fois à Paris, je les ai chargés dans ma voiture jusqu’à l’Élysée. C’est la seule fois où j’ai pu me garer dans la cour d’honneur! C’était un dimanche soir et je suis venu avec un émissaire burkinabais, Salif DIALLO, alors ministre de l’Agriculture.

Je revois VILLEPIN, sa secrétaire, Nadine IZARD, qui était dans toutes les confidences, prendre chacun un djembé, devant les gendarmes de faction… Les tams-tams étaient bourrés de dollars. Une fois dans son bureau, VILLEPIN a dit : « Blaise déconne, c’est encore des petites coupures ! »

Comment écoulait-il ces fonds ?

Pierre PEAN a demandé à Éric WOERTH, trésorier de la campagne de 2002, qui n’a jamais eu vent de ces espèces…

Je ne sais pas ce que CHIRAC et VILLEPIN en faisaient. C’est leur problème.

Vous dites que Laurent GBAGBO aussi a financé la campagne de Jacques CHIRAC en 2002…

Oui. Il m’avait demandé combien donnait Omar BONGO, et j’avais dit 3 millions de dollars. Laurent GBAGBO m’a dit : « On donnera pareil alors. » Il est venu à Paris avec l’argent. Nous nous sommes retrouvés dans sa suite du Plaza Athénée. Nous ne savions pas où mettre les billets. J’ai eu l’idée de les emballer dans une affiche publicitaire d’Austin Cooper.

Et je suis allé remettre le tout à VILLEPIN, à l’Élysée, en compagnie d’Eugène ALLOU, alors directeur du protocole de Laurent GBAGBO. Devant nous, VILLEPIN a soigneusement déplié l’affiche avant de prendre les billets. Quand on sait comment le même VILLEPIN a ensuite traité GBAGBO, cela peut donner à réfléchir…

Jacques CHIRAC était-il au courant de toutes les remises d’espèces?

Bien sûr, tant que VILLEPIN était en poste à l’Élysée. Lors des grandes remises de fonds, j’étais attendu comme le Père Noël. En général, un déjeuner était organisé avec Jacques CHIRAC pour le donateur africain, et ensuite, la remise de fonds avait lieu dans le bureau du secrétaire général.

Une fois, j’étais en retard. BONGO, qui m’appelait « fiston » et que j’appelais « papa », m’avait demandé de passer à 14h 45. Nadine, la secrétaire de VILLEPIN, est venue me chercher en bas et m’a fait passer par les sous-sols de l’Élysée. J

’avais un gros sac de sport contenant l’argent et qui me faisait mal au dos tellement il était lourd. BONGO et CHIRAC étaient confortablement assis dans le bureau du secrétaire général de l’Élysée. Je les ai salués, et je suis allé placer le sac derrière le canapé. Tout le monde savait ce qu’il contenait. Ce jour-là, j’ai pensé au Général, et j’ai eu honte.

Après la réélection de 2002, VILLEPIN a quitté l’Élysée pour le ministère des Affaires étrangères. Avec qui traitiez-vous ?

Toujours avec lui. Cela a continué quand il est passé au Quai d’Orsay, à l’Intérieur, et aussi quand il était à Matignon. Place Beauvau, un nouveau « donateur », le président de Guinée équatoriale OBIANG NGUÉMA, a voulu participer. J’ai organisé un déjeuner au ministère de l’Intérieur, en présence du président sénégalais Abdoulaye WADE et son fils Karim, au cours duquel OBIANG NGUÉMA a remis à VILLEPIN une mallette contenant un million et demi d’euros.

Parfois, Dominique sortait directement l’argent devant nous, même si je venais accompagner d’un Africain, et, sans gêne, il rangeait les liasses dans ses tiroirs. Pour l’anecdote, je lui laissais parfois la mallette sans qu’il l’ouvre en lui donnant le code de la serrure… Une autre fois, lorsqu’il était à Matignon, Villepin s’impatientait parce que l’ambassadeur du Gabon était en retard. Il est finalement arrivé tout essoufflé avec un sac contenant 2 millions d’euros.

À cette époque, en pleine affaire Clearstream, Dominique de VILLEPIN a toujours évoqué les consignes présidentielles de « moralisation de la vie publique »…

Oui, en public, il a toujours eu ce discours. Dominique est quelqu’un de double. Un individu à deux faces. Pendant toute la période Clearstream, à plusieurs reprises, il était euphorique. « On va bourrer le nabot », disait-il en parlant de Nicolas SARKOZY. Il était certain, pendant des mois, que l’affaire Clearstream allait tuer politiquement son rival.

Au total, après qu’il eut quitté l’Élysée, j’estime avoir remis à VILLEPIN, en direct, une dizaine de millions de dollars. Et, outre cet argent liquide, je lui ai remis des « cadeaux »…

Quel genre ?
Je me souviens d’un bâton du maréchal d’Empire, qui lui avait été offert par Mobutu. Omar BONGO et Laurent GBAGBO lui ont aussi offert de superbes masques africains. Omar BONGO lui a offert des livres rares, des manuscrits de Napoléon… CHIRAC a reçu des cadeaux splendides, aussi. Je me souviens d’une montre Piaget offerte par Omar BONGO, qui devait réunir environ deux cents diamants. Un objet splendide, mais difficilement portable en France…

Comment savez-vous cela ?

J’avais accès au gestionnaire du compte parisien d’Omar BONGO, et il m’est arrivé d’aider certaines personnes proches de Dominique, qui en avaient besoin. Avec « papa », nous avions un code : entre nous, nous appelions Dominique de VILLEPIN « Mamadou », parce qu’autrefois un secrétaire général du président gabonais se prénommait ainsi. Il me suffisait de dire : « Papa, ‘Mamadou’ a besoin de quelque chose ». Et Omar BONGO me disait de faire le nécessaire.

Vous disiez que les remises d’espèces ont continué quand Villepin était à Matignon…

Bien sûr. Les présidents africains avaient dans la tête que VILLEPIN allait préparer la présidentielle. Omar BONGO, place Beauvau, lui avait dit : « Dominique, entends-toi avec Nicolas ». Et VILLEPIN lui avait ri au nez et lui avait répondu : « J’irai à Matignon, puis à l’Élysée ». Il avait un sentiment de toute-puissance à cette époque.

Je me souviens d’un jour, au Quai d’Orsay, où sa secrétaire m’appelle en urgence. « Camarade, un double whisky aujourd’hui, la ration John WAYNE », me lance DOMINIQUE dans son bureau. Il avait quelque chose à me dire : « Aujourd’hui, j’ai atteint l’âge du général De GAULLE le jour de l’appel du 18 juin, j’ai 49 ans, Robert! Je serai l’homme du recours » Il a prononcé plusieurs fois cette phrase – « Je serai l’homme du recours » – en imitant la voix du Général. En rentrant chez moi, j’ai dit à ma femme qu’il y avait peut-être un problème…

Comment cela s’est-il arrêté et pourquoi ?

Fin 2005, la dernière semaine de septembre. Nadine, sa secrétaire, m’appelle selon le code : « Nous allons acheter des fleurs ». Cela voulait dire que l’on se retrouve devant le Monceau Fleurs du boulevard des Invalides. Elle venait me chercher en voiture pour m’amener à Matignon. Ce jour-là, elle m’a fait entrer par l’arrière et m’a laissé dans le pavillon de musique. VILLEPIN m’a fait attendre une demi-heure. J’ai tout de suite eu l’intuition qu’il y avait un problème.

Que s’est-il passé ?

Il est arrivé et a lancé un drôle de « Alors, camarade, ça va ? », avant de m’expliquer : « L’argent de SASSOU, de BONGO, de tous les Africains, sent le soufre. C’est fini », a-t-il poursuivi… Je me souviens de sa phrase : « Si un juge d’instruction vous interroge, vous met un doigt dans le cul, cela va mal finir ». Il parle exactement comme cela. Je l’ai bien regardé. Je lui ai dit qu’il m’emmerdait et je suis parti en serrant la mâchoire. Il m’a couru après en disant « camarade, camarade ! », m’a rappelé cinq ou six fois dans les jours qui ont suivi. J’avais décidé que ce n’était plus mon problème. Grâce à son ingratitude, je suis allé voir Nicolas SARKOZY.

Comment cela?

Nicolas SARKOZY m’a écouté, je lui ai raconté tout ce que je vous raconte aujourd’hui. Même lui, il m’a paru étonné. Je l’entends encore me demander : « Mais qu’est-ce qu’ils ont fait de tout cet argent, Robert ? » Il m’a dit aussi : « Ils t’ont humilié comme ils m’ont humilié, mais ne t’inquiète pas, on les aura ». Je l’ai revu la semaine suivante. Nicolas SARKOZY m’a dit : « Robert, là où je suis, tu es chez toi », et m’a demandé de travailler pour lui, mais sans le système de financement par « valises ».

Les financements africains auraient-ils cessé pour la campagne de 2007? Difficile à croire… D’autant que Sarkozy, à peine élu, s’est rendu au Gabon et a annulé une partie de la dette gabonaise…

Je dis ce que je sais. Ni Omar BONGO ni aucun autre chef d’État africain, par mon intermédiaire, n’a remis d’argent ni à Nicolas SARKOZY ni à Claude GUÉANT.

Vous étiez proche de Laurent GBAGBO, vous n’avez pas été invité à l’intronisation d’Alassane OUATTARA…

Laurent GBAGBO est un ami de trente ans. Il m’a raccroché au nez la dernière fois que je l’ai appelé. J’étais dans le bureau de Claude GUÉANT et c’était dans les derniers jours avant sa destitution… Il ne voulait plus prendre ni SARKOZY ni OBAMA au téléphone. Il ne voulait rien entendre et m’a dit : « C’est la dernière fois que je te parle ». Par la suite, tout le monde le sait, Alain JUPPÉ m’a fait enlever de la liste des invités pour l’intronisation de OUATTARA.

Vous en voulez à Alain JUPPÉ…

Lui aussi me fait sourire quand je l’entends donner des leçons de morale. Je vais finir par cette histoire qui remonte à 1981. Alain JUPPÉ a pris la tête du Club 89, un cercle de réflexion de chiraquiens qui s’est installé dans de superbes locaux de l’avenue Montaigne. C’est moi qui ai signé le bail du loyer, qui était de 50.000 francs mensuels, une somme pour l’époque. D’ailleurs, le téléphone du 45, avenue Montaigne était à mon nom !

L’argent d’Omar BONGO a payé le loyer pendant des années, entre 1981 et 1992. Les espèces du président gabonais ont fait vivre les permanents pendant des années… Le secrétaire général du Club 89, Alain JUPPÉ, ne pouvait pas l’ignorer. Je sais qu’aujourd’hui tout le monde a la mémoire qui flanche. Moi, pas encore.

Source: Patrick Eric Mampouya

Vers un accord entre Abidjan et Monrovia contre les mercenaires

juillet 18, 2011

MONROVIA, La Côte d`Ivoire et le Liberia vont prochainement signer un accord visant à « enrayer le mercenariat », phénomène
qui inquiète des deux côtés de la frontière, a annoncé lundi à Monrovia le ministre ivoirien de l`Intégration africaine, Adama Bictogo.

Cet accord fera qu`en fonction « des crimes commis, nous aviserons le gouvernement libérien de la nécessité soit de faire juger (les mercenaires) au Liberia ou de les faire juger en Côte dIvoire », a déclaré M. Bictogo à l`AFP en marge d`une réunion de l`Union du fleuve Mano.

« Dès lors que nous aurons défini une politique commune, nous nallons plus nous laisser distraire par des mercenaires », a-t-il ajouté.

Selon lui, le mercenariat est « devenu un métier » et « certains individus » passent les frontieres « pour aller en Côte dIvoire se livrer à la barbarie. Les deux pays doivent travailler sérieusement ensemble pour y mettre fin ».

Les dirigeants de l`Union du fleuve Mano (Liberia, Sierra Leone, Guinée et Côte d`Ivoire) ont adopté une résolution dans laquelle ils demandent « une aide » à la Communauté économique des Etats d`Afrique de l`ouest (Cédéao) pour lutter contre le phénomène des mercenaires qui peut affecter toute la région.

Le gouvernement libérien a fait état de l`arrestation récente sur son territoire de plusieurs de ses ressortissants, accusés d`être des mercenaires ayant participé aux violences post-électorales en Côte d`Ivoire.

A l`approche des élections (présidentielle et législatives) prévues au Liberia en octobre, le retour de ces hommes armés inquiète.

Le Liberia est sorti en 2003 de 14 années de guerres civiles qui ont fait quelque 250.000 morts et craint le retour des mercenaires armés libériens partis se battre en Côte d`Ivoire, principalement aux côtés des forces du président déchu Laurent Gbagbo, ainsi que la venue de combattants ivoiriens.
AFP