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CPI: L’article ‘’125’’ jette l’émoi dans la salle

février 21, 2013
CPI
© AFP par DR
CPI : l’ex Président Laurent Gbagbo devant les juges
Mardi 19 février 2013. La Haye. L’ancien président ivoirien comparait à la Cour pénale internationale (CPI), pour crime contre l’humanité.

«Un homme arrêté par les miliciens pro-Gbagbo à Abidjan, interrogé sur son appartenance ethnique et jeté dans les flammes du fameux ‘’article 125’’. Il se débat évidemment et de toutes ses forces pour sortir du feu. Mais les coups de bâton de ses bourreaux ne lui en laissent aucune chance et il est totalement consumé par les flammes». Ce n’est pas une scène fictive tirée tout droit d’un film d’horreur. Ce qui est ainsi décrit est bien la réalité du drame ivoirien, tel que Laurent Gbagbo et les siens l’ont infligé à la Côte d’Ivoire et aux Ivoiriens. Ce spectacle barbare, sauvage et ignoble qui dépasse l’entendement humain projeté hier en vidéo par l’accusation pour étayer ses arguments et surtout répondre à la défense qui a soutenu que le réquisitoire ne reposait sur aucune preuve probante, a jeté l’émoi dans la salle d’audience. Impossible pour les magistrats de supporter la cruauté, la bestialité, la sauvagerie extrême dont les miliciens de Gbagbo ont fait preuve lors de la crise postélectorale.

La présidente de la Cour, la juge sylvia Fernendez de Gurnendi, presque foudroyée par la cruauté de telles images, a suspendu la séance pour une demi-heure. Seulement un tout petit bout de preuve a suffi pour bouleverser le tribunal, qui a du coup mesuré toute l’horreur (à venir), en termes de preuves, que ce procès va dévoiler, lorsqu’il sera véritablement lancé. Celui qu’on surnomme le Machiavel des Lagunes va être découvert par le monde entier.

Dire qu’il existe 3500 éléments de preuves qui révèlent les pires crimes commis par les forces de Laurent Gbagbo ! La confirmation des charges dans ses conditions se précise et l’ancien président est bien parti pour subir un procès. Difficile, pourrait-on dire, de défendre l’indéfendable.

Le chef de l’équipe de Défense de Laurent Gbagbo, Me Altit, de toute évidence, a compris que le dossier en béton de la procureure Fatou Bensouda est pratiquement inattaquable.

Le Patriote par Lacina Ouattara

CPI/Le bureau du procureur révèle : «Des documents ont été retrouvés dans la résidence de Gbagbo»

février 20, 2013
 
CPI
© AFP par DR
CPI : l’ex Président Laurent Gbagbo devant les juges
Mardi 19 février 2013. La Haye. L’ancien président ivoirien comparait à la Cour pénale internationale (CPI), pour crime contre l’humanité.

L’audience de confirmation des charges maintes fois reportée s’est finalement tenue hier. Elle a été marquée par la violente charge du bureau du procureur contre M. Gbagbo, accusé d’avoir planifié les tueries en Côte d’Ivoire.

Premier jour d’audience et première révélation notable dans l’affaire le Procureur contre Laurent Gbagbo. A l’ouverture, hier, de l’audience de confirmation des charges, à la Cour Pénale Internationale de La Haye (Hollande), les protagonistes ont immédiatement lancé les à-coups d’arguments juridiques. La charge la plus rude est venue de Mme Fatou Bensouda et de son substitut, Eric Mc Donald. Ce dernier, qui a détaillé par le menu les quatre principales accusations contre l’ex-président, a révélé que « des documents ont été retrouvés dans la résidence de M. Gbagbo ». Ces preuves, aux dires de l’accusation, confortent, plus de deux ans après la crise postélectorale, la thèse de «l’adoption et de la mise en œuvre d’une politique et d’un plan communs visant à conserver coûte que coûte le pouvoir».

Mais le public composé en grand nombre de journalistes, de membres de la Cpi et de quelques partisans de Laurent Gbagbo triés sur le volet, n’en saura pas plus. Mme Sylvia Fernandez de Gurmendi, présidente de la chambre préliminaire I a vivement déconseillé aux différentes parties de divulguer la moindre preuve en leur possession.

3500 preuves recueillies par Mme Bensouda

Très remontée par les allégations de la défense quelques minutes plus tôt, Mme Bensouda n’y est pas allée de main morte dans ses accusations contre l’ex-président ivoirien. S’exprimant au départ en Français, ensuite en Anglais, la successeure de l’Argentin Luis-Moreno Ocampo a rappelé que «de nombreuses atrocités ont été commises à grande échelle contre la population ivoirienne, après les élections». Au terme des enquêtes menées en Côte d’Ivoire par ses services, ce sont environ 3500 preuves qui ont été recueillies. Celles-ci fondent Mme Bensouda à marteler la responsabilité de l’ancien président dans les meurtres, viols, violences et autres crimes commis contre des personnes supposées proches de l’actuel président. D’où la colère de Mme la procureure qui réclame un procès exemplaire afin de décourager in fine «ceux qui prévoient accéder au pouvoir ou de s’y maintenir en ayant recours à la violence et à la brutalité». Durant les quatre heures d’audience émaillées de multiples pauses, le Bureau du procureur a eu le temps de détailler par le menu les quatre « incidents représentatifs » pour lesquels il réclame la comparution de Laurent Gbagbo.

A savoir : la répression des militants ou sympathisants du Rdr lors de la marche sur le siège de la télévision ivoirienne le 16 décembre 2010, le massacre de sept femmes à Abobo le 3 mars 2011, le bombardement au mortier du marché d’Abobo et de ses environs le 17 mars et les exécutions sommaires de populations à Yopougon au lendemain de la chute du leader du Fpi. L’accusation se dit déterminée à apporter toutes les preuves concernant ces quatre éléments, lors d’un procès qu’elle appelle de tous ses veaux.

« C’est la Côte d’Ivoire qui doit juger Gbagbo »

Moins en verve hier à la barre, Me Emmanuel Altit, le principal avocat de M. Gbagbo a plutôt fait appel à un enseignant de Droit, M. Jacobs, pour donner la réplique au Bureau du procureur. Durant de longues minutes, M. Jacobs a axé son argumentation autour de l’irrecevabilité de l’affaire devant la Cpi. D’après lui, c’est à la Côte d’Ivoire qu’il revient de juger l’ancien chef d’Etat. Evoquant à maintes reprises l’article 17 du statut de la Cour, il estime qu’il n’y a pas incapacité des juridictions ivoiriennes de juger son client. Il en veut pour preuves les arrestations et les poursuites engagées depuis quelques mois contre des proches de Laurent Gbagbo.

De plus, la défense a exigé au cours de cette audience, les preuves des Nations Unies et de la France qui sont selon elle «parties prenantes » dans la crise qui a secoué la Côte d’Ivoire.

Au terme des débats, la présidente du tribunal, Mme De Gurmendi a rejeté la requête de la défense et maintenu la poursuite de cette audience de confirmation des charges qui se poursuit ce matin. L’enjeu de ces audiences qui se poursuivent jusqu’au 28 février est de permettre à la chambre préliminaire d’avoir suffisamment de preuves afin de décider de la tenue ou non d’un procès.

Nord-Sud par Karim Wally, envoyé spécial à La Haye (Hollande)