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Embargo ouest-africain et menace d’intervention militaire contre le Mali

avril 2, 2012

Les chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest, réunis lundi à Dakar,  ont menacé d’intervenir militairement au Mali en pleine tourmente et annoncé un  « embargo total » et immédiat, à l’expiration de leur ultimatum à la junte.

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a décidé « de  la mise en place immédiate » de sa force militaire « d’attente », a annoncé lundi à  Dakar à l’issue du sommet le chef de l’Etat ivoirien Alassane Ouattara,  président en exercice de l’organisation.

Pour cela, les douze chefs d’Etat présents ont « demandé au comité des chefs  d’état-major de se réunir dès cette semaine à Abidjan pour voir les modalités  d’activation de cette force », a déclaré M.  Ouattara.

Préventivement, la Cédéao avait déjà mis en état d’alerte en fin de semaine  dernière une force militaire de quelque 2. 000 hommes

L’organisation a également décidé d’un « embargo total » contre la junte au  pouvoir à Bamako, en application des menaces annoncées lors d’un précédent  sommet sur la crise malienne le 29 mars à Abdijan.

« Toutes les mesures diplomatiques, économiques, financières et autres sont  applicables dès aujourd’hui (lundi) et ne seront levées que quand l’ordre  constitutionnel (sera) effectivement rétabli », a déclaré M.  Ouattara. ,  soulignant: « nous avons demandé que l’embargo soit total par rapport à tous les  Etats voisins du Mali ».

Le sommet auquel ont participé une dizaine de chefs d’Etat et des  représentants de l’ONU, de la France et des Etats-Unis notamment, a été ouvert  par le président ivoirien Alassane Ouattara, après la prestation de serment du  nouveau président sénégalais Macky Sall.

Etaient présents notamment, le Burkinabé Blaise Compaoré, médiateur de la  Cédéao pour la crise malienne, le Béninois Yayi Boni, chef de l’Etat béninois et  président en exercice de l’Union africaine (UA), Saïd Djinnit, représentant de  l’ONU en Afrique de l’Ouest et Alain Juppé, ministre français des Affaires  étrangères.

Acteurs clés du Sahel, la Mauritanie (avec le président Mohamed Ould Abdel  Aziz) et l’Algérie, qui ne sont pas membres de l’organisation, assistaient à la  réunion.  M.  Ouattara s’est félicité de la présence de ces deux voisins du nord  du Mali, laissant entendre que l’embargo s’appliquerait également sur cette zone  aux mains de la rébellion et des groupes armés.

« La situation se dégrade très rapidement », a estimé Alain Juppé, qui a assuré  que la France « ne s’engagera pas militairement ».  Paris a demandé que le Conseil  de sécurité tienne « rapidement » une réunion sur le Mali.

Le sommet de Dakar sur le Mali est le deuxième après celui du 29 mars à  Abidjan qui avait donné aux « tombeurs » du président Amadou Toumani Touré (ATT),  jusqu’à lundi pour un retour à l’ordre constitutionnel, sous peine d’un « embargo  diplomatique et financier ».

Mais alors que la rébellion et des groupes islamistes armés, avec la capture  de Gao et Tombouctou ce week-end, contrôlent désormais la quasi-totalité du nord  du pays, les mesures annoncées par la Cédéao semblent viser à la fois la junte  et les rebelles touareg.

Pour chacune de ces mesures, le président Ouattara a pris soin de souligner  qu’elles ont pour objectif le retour de l’ordre constitutionnel comme la  restauration de « l’intégrité territoriale » du Mali.

Sous pression, la junte a promis dimanche le retour à un pouvoir civil et une  transition vers des élections à une date non précisée.  Elle a aussi pris  « l’engagement solennel » de rétablir immédiatement la Constitution de février  1992, ainsi que les institutions républicaines dissoutes lors du coup d’Etat.

Scènes de vandalisme dans le Nord

La rébellion touareg du Mouvement national pour la libération de l’Azawad  (MNLA) et les autres composantes de la rébellion, groupes islamistes et  trafiquants, ont pris coup sur coup depuis vendredi les trois capitales  régionales du nord: Kidal, Gao et Tombouctou, sans rencontrer de résistance.

Rien –et surtout pas l’armée malienne en déroute– ne semble pouvoir stopper  cette fulgurante offensive, qui suscite beaucoup de craintes parmi les  populations.

Des centaines d’habitants de Mopti (centre) et de ses environs, incluant des  militaires et leurs familles, ont quitté leurs domiciles, craignant l’avancée  des rebelles, ont indiqué des témoins.

Des scènes de vandalisme ont aussi été constatées dans les régions  nouvellement capturées et une banque a été dynamitée lundi à Gao, où les vivres  commencent à manquer.  Neuf soldats ont été tués lors de la prise de cette ville  samedi, selon des témoins.

L’avancée rebelle a été rendue possible à la fois par la désorganisation de  l’armée malienne, aggravée par le putsch, mais également par l’armement lourd  dont dispose la rébellion et les groupes islamistes, ramené de Libye par des  centaines de supplétifs du colonel Mouammar Kadhafi qui ont combattu à ses côtés  avant la chute de son régime en août 2011.

La junte, dirigée par le capitaine Amadou Sanogo, avait justifié son coup  d’Etat par « l’incompétence » du président ATT à combattre la rébellion dans le  nord.

Sur le terrain, le putsch a eu pour principal effet d’accélérer l’offensive  du MNLA et de ses « alliés » du moment.  Mais leur domination sur tout le nord  pourrait paradoxalement exacerber leurs rivalités.

Le groupe islamiste armé touareg Ansar Dine (défenseur de l’Islam), Iyad Ag  Ghaly, principal artisan de la prise de Kidal, a ainsi chassé de Tombouctou  lundi les hommes du MNLA, selon des témoins.

Les hommes d’Ansar Dine ont clairement annoncé leur intention d’y appliquer  la charia, brûlant le drapeau du MNLA pour hisser à sa place la bannière noir  frappée du sceau du prophète, symbole international des salafistes et  jihadistes.

Jeuneafrique.com avec AFP