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Génocide des Tutsi : la justice française referme le dossier sur l’attentat contre l’avion de Juvénal Habyarimana

juillet 3, 2020

La carcasse de l'avion du président Juvénal Habyarimana, abattu le 6 avril 1994 alors qu'il se préparait à atterrir à l'aéroport de Kigali.

La carcasse de l’avion du président Juvénal Habyarimana, abattu le 6 avril 1994 alors qu’il se préparait à atterrir à l’aéroport de Kigali. © Archives Jeune Afrique-REA

 

La cour d’appel de Paris a confirmé le non-lieu dans l’instruction sur l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Juvénal Habyarimana. Ce dossier empoisonnait les relations franco-rwandaises depuis plus de vingt ans.

C’est l’un des chapitres les plus sensibles de la relation franco-rwandaise qui s’est refermé ce 3 juillet devant la cour d’appel de Paris. La justice française a en effet confirmé la clôture de l’instruction par un non-lieu sur l’attentat qui avait causé la mort du président Juvénal Habyarimana, au soir du 6 avril 1994 et allumé l’étincelle du génocide des Tutsi.

« Nous sommes soulagés mais nous ne ressentons pas non plus une grande satisfaction, explique Me Bernard Maingain, avocat avec Me Léon Lef-Forster de l’ensemble des suspects. Déjà ce n’est pas une étape définitive, puis il faut bien reconnaître que si ce dossier a pu durer aussi longtemps, c’est parce que des acteurs ont constamment tenté pervertir la procédure ». « C’est une déception mais cela ne nous surprend pas », déclare de son côté Me Philippe Meilhac, l’avocat d’Agathe Habyarimana, veuve de l’ancien président rwandais. « Il y a une forme de résignation de la justice française sur ce dossier qui a été sacrifié sur l’autel des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda ».

Depuis la saisine de la justice française, en août 1997, par la fille de l’une des victimes françaises du crash du Falcon présidentiel, et l’ouverture en mars 1998 d’une information judiciaire confiée au pôle antiterroriste du TGI de Paris, ce dossier n’a cessé d’empoisonner les relations entre les deux pays.

Après de premières fuites publiées dans le quotidien français Le Monde en mars 2004, à quelques jours de la 10e commémoration du génocide, la rupture entre Paris et Kigali est consommée deux ans et demi plus tard. Le 22 novembre 2006, le juge Jean-Louis Bruguière, qui fonde essentiellement son enquête sur les témoignages de cadres du régime génocidaire et d’anciens militaires du FPR se présentant comme parties prenantes à l’attentat, émet neuf mandats d’arrêts à l’encontre de dignitaires rwandais. Parmi eux, James Kabarebe, aujourd’hui conseiller de Paul Kagame après avoir été pendant huit ans son ministre de la Défense.

À Kigali, l’ordonnance du juge Bruguière provoque une vague d’indignation. Car le magistrat français n’accuse pas seulement la rébellion alors dirigée par Paul Kagame d’avoir planifié et commis l’attentat contre l’avion présidentiel, il laisse clairement entendre que le FPR aurait agi de la sorte pour provoquer le génocide des Tutsi, dans le but inavoué de conquérir le pouvoir.

Accalmie

Kigali rompt ses relations diplomatiques avec Paris avant de répliquer, quelques mois plus tard, par la mise en place d’une commission d’enquête sur le rôle de la France dans le génocide. Ses conclusions, rendues en août 2008, sonnent comme une réponse directe à l’enquête du juge Bruguière : treize responsables politiques français, dont Hubert Védrine, secrétaire général de l’Élysée au moment des faits, sont mis en cause pour « complicité de génocide ».

Il faudra attendre le départ du magistrat controversé, remplacé en 2007 par Marc Trévidic et Nathalie Poux, et l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, la même année, pour constater une accalmie. Sous l’impulsion de Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, le nouveau chef de l’État français entame un rapprochement avec le Rwanda qui se traduira par une brève visite d’État à Kigali, en 2010. Dans le même temps, l’information judiciaire repart sur de nouvelles bases.

En 2011, pour la première fois depuis l’ouverture du dossier, les juges français se déplacent au Rwanda, accompagnés par plusieurs experts en balistique, en crashs aériens ou en géométrie. Rendu public début 2012, leur rapport contredit largement les conclusions du juge Bruguière. Selon leur expertise, versée au dossier, les deux missiles sol-air à l’origine de l’attentat auraient été tirés depuis l’enceinte – ou à proximité immédiate – du camp militaire de Kanombe, tenu par l’armée gouvernementale rwandaise. La thèse d’une opération commando du FPR s’en trouve balayée. Celle d’un coup d’État commis par les ultras du Hutu Power contre Juvénal Habyarimana redevient le scénario le plus vraisemblable.

Rouvert sept mois plus tard pour entendre le témoignage à charge de Kayumba Nyamwasa, l’ex-responsable des renseignements militaires rwandais devenu l’un des leaders du Rwanda National Congress (RNC), un mouvement d’opposition armé hostile à Kigali, le dossier mènera à une nouvelle brouille diplomatique entre les deux pays.

Sens du timing

Mais de toutes ces péripéties procédurales, des errements des premières années d’enquête, des témoignages contradictoires de témoins dont certains ont fini par disparaître, les juges ne tireront rien de concluant. Vingt-six ans après les faits, l’attentat contre l’avion de Juvénal Habyarimana demeure un mystère.

« En l’absence d’éléments matériels indiscutables, les charges pesant sur les mis en examen reposent exclusivement sur des témoignages », écrivaient, en décembre 2018, les juges Jean-Marc Herbaut et Nathalie Poux, derniers dépositaires de ce dossier, dans leur ordonnance de non-lieu. Estimant que les témoignages recueillis tout au long de la procédure « sont largement contradictoires et non vérifiables », ils concluaient qu’il n’existait pas de charges suffisantes pour donner suite à l’instruction.

Depuis le début de cette procédure hors normes, la justice française aura eu un sens bien particulier du timing pour annoncer ses décisions. Après des réquisitions de non-lieu rendues publiques le 12 octobre 2018, à la veille de l’élection de la ministre des Affaires étrangères rwandaises Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), et une ordonnance de clôture du dossier communiquée le 24 décembre, au soir de Noël, les magistrats de la cour d’appel ont rendu leur délibéré à la veille du 4 juillet, jour anniversaire de la victoire du FPR sur le camp génocidaire.

De son côté, « le gouvernement rwandais n’a pas l’intention de commenter ce jugement », indique à JA une source officielle.

Nomination prochaine d’un ambassadeur de France

L’abandon de cette instruction épineuse constituait-il le dernier verrou avant la nomination d’un nouvel ambassadeur français à Kigali ? Depuis le départ de Michel Flesch, en 2015, le fauteuil reste désespérément vide. Kigali affirme être disposé à accueillir un représentant français à la faveur du rapprochement amorcé depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, mais à mots couverts, le gouvernement rwandais confie avoir posé des conditions à cette normalisation, sans vouloir en dire plus.

Après la visite en 2019, lors de la 25e commémoration du génocide des Tutsi, d’un groupe de députés français, l’ouverture d’une commission d’historiens sur le rôle de la France – dont la composition est controversée – et la multiplication des projets entre l’AFD et le Rwanda, le dossier judiciaire sur l’attentat du 6 avril 1994 apparaît comme la dernière étape de ce dégel.

Interrogé par Jeune Afrique sur les conséquences que pourraient entraîner une réouverture du dossier, Paul Kagame s’interroge : « Qu’espère-t-on découvrir qui n’ait été dit et soldé depuis des années ? Vouloir rouvrir un dossier classé, c’est vouloir créer des problèmes. Et pourquoi en France ? Par qui, et à quel titre ? Donc oui, c’est selon. Si ces choses ne sont pas définitivement éclaircies, nos relations risquent fort d’en pâtir d’une manière ou d’une autre. »

Avec Jeune Afrique par Romain Gras

Attentat Habyarimana: l’enquête française relancée par un ex-général rwandais qui accuse Kagame

octobre 7, 2016

Paris – Les juges français qui enquêtent au sujet de l’attentat contre le président rwandais Juvénal Habyarimana en 1994, épisode déclencheur du génocide des Tutsi, ont relancé les investigations pour entendre un ancien général entré en dissidence, qui accuse l’actuel président Paul Kagame dont il était proche, a appris l’AFP vendredi de sources concordantes.

Réfugié en Afrique du Sud, où il a fait l’objet de tentatives d’assassinat, l’ancien général rwandais Faustin Kayumba Nyamwasa est lui-même visé par un mandat d’arrêt, lancé en 2006 par l’ex-juge français Jean-Louis Bruguière, chargé à l’époque de l’enquête ouverte à Paris et qui a brouillé les relations diplomatiques avec Kigali.

Membre fondateur, au côté de Paul Kagame, de la rébellion tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) qui a pris le pouvoir à Kigali en mettant fin au génocide, cet ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise (1994-2002) a longtemps été dans le premier cercle.

Fin juin, dans une déposition devant notaire versée à l’enquête et dont l’AFP a eu connaissance, cet opposant a nié sa participation à l’attentat, rejetant les témoignages qui le mettent en cause, tout en accusant de nouveau le président rwandais d’en avoir été l’instigateur.

Après cette déposition, les juges d’instruction Jean-Marc Herbaut et Nathalie Poux ont pris la décision d’envoyer une nouvelle commission rogatoire internationale à l’Afrique du Sud pour faire entendre Faustin Kayumba, ont expliqué à l’AFP des sources proches du dossier. Une démarche déjà effectuée en vain par le juge précédent, Marc Trévidic, et alors que l’enquête était close depuis janvier dernier.

L’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion présidentiel, au cours duquel fut tué le président hutu, est considéré comme l’événement déclencheur du génocide des Tutsi au Rwanda, qui a fait au moins 800.000 morts.

Alors qu’au Rwanda, une commission d’enquête a imputé la responsabilité de l’attentat aux extrémistes hutu qui voulaient se débarrasser d’un président jugé trop modéré, une information judiciaire avait été ouverte à Paris après la plainte des familles de l’équipage de l’avion abattu, composé de Français.

Soupçonnant un commando du FPR, le juge Jean-Louis Bruguière avait lancé neuf mandats d’arrêt contre les proches du président Kagame en 2006, entraînant la rupture des relations diplomatiques entre Kigali et Paris pendant trois ans.

En 2010, six protagonistes avaient été mis en examen et laissés en liberté par le juge Trévidic, entraînant la levée des mandats d’arrêt. Leurs avocats réclament un non-lieu.

Le camp Kagame veut pour preuve de son innocence les expertises techniques présentées début 2012 par les juges qui avaient cité comme zone de tir des missiles la plus probable un camp alors tenu par la garde présidentielle de Juvenal Habyarimana.

Romandie.com avec(©AFP / 07 octobre 2016 18h36)

Rwanda : « L’homme qui dit que Kagamé lui a dit… »

novembre 13, 2011

Faustin Kagamé est consultant en communication à la présidence de la république du Rwanda.

La presse a récemment fait état des révélations d’un homme affirmant que le président rwandais Paul Kagamé lui aurait fait une étonnante confidence. Celle d’avoir organisé lui-même l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion de l’ex-président Juvénal Habyarimana, son prédécesseur. Livrés par son ancien directeur de cabinet Théogène Rudasingwa des années après sa défection, les épanchements attribués à un président dont le « goût du secret » était cité comme un trait dominant de son caractère jusqu’ici, soulèvent les réserves qui s’imposent : passé à l’opposition la plus virulente contre Kagamé, son ancien assistant peut très bien vouloir régler des comptes personnels hérités d’une collaboration qui a mal tourné.

Attribuer l’attentat qui donna le signal du génocide à l’homme qui en a sauvé les survivants ne manque pas d’intérêt pour tout le monde. Si la preuve pouvait être faite que Kagamé était bien le commanditaire de l’attentat qui fut, selon ses auteurs, « la cause du génocide de son ethnie », ces derniers verraient l’occasion d’une circonstance atténuante sinon d’une justification en leur faveur, via une démonstration par le cynisme supposé sans limites de leur pire ennemi. Parallèlement, le soutien des dirigeants français de l’époque aux extrémistes hutus qui ont commis le génocide en serait revu dans le sens que certains à Paris souhaitent.

La répercussion dans la presse des « aveux » attribués par M. Rudasingwa au président rwandais pose problème. Depuis quand une accusation gravissime tirée d’une confidence parfaitement invérifiable est-elle diffusée sous les apparences d’une information sérieuse ? En l’absence de la moindre preuve pouvant conforter ses dires – puisque ce sera toujours « parole contre parole » dans l’intimité à deux – un autre sera-t-il publié aussi généreusement demain s’il révèle que Rudasingwa a rétracté ses confidences en sa seule présence ? Si oui, on imagine que plein de gens se porteraient volontaires, mais à quoi ressemblerait donc l’information si pareilles méthodes devenaient la règle?

Reste l’épave du Falcon 50 offert par la France à l’ex-président Habyarimana, seul élément matériel exploitable de toute enquête. Posé à l’endroit même où il vint s’écraser en cette soirée fatidique du 6 avril 1994, le grand volatile de métal vient de passer 17 années à la disposition du premier enquêteur désireux de l’ausculter (*). Trois équipes venues de l’étranger s’y sont collées : celle qui fut mandatée par la Mission parlementaire française d’information sur le Rwanda en septembre 1998 ; celle d’une équipe de l’Université britannique de Cransfield qui a produit une analyse balistique publiée en janvier 2010 ; et celle du juge Marc Trévidic en septembre 2010 pour finir, mandaté par la France pour poursuivre et finaliser le travail de son collègue Bruguière. Rappelons que cette enquête est menée à charge contre le président Kagamé et neuf de ses collaborateurs. On l’a déjà dit, ses conclusions sont attendues d’un moment à l’autre. Serions-nous dans le timing parfait pour une manipulation de dernière minute ?

Il n’est pas interdit de poser les bonnes questions dans cette affaire. Comme celle-ci par exemple. Si Paul Kagamé était le commanditaire de l’attentat, par quel mystère laisserait-il en place, 17 années durant, le seul élément de preuve capable de le confondre ? Sans que rien ni personne ne l’y oblige, quel coupable agirait-il de la sorte ? C’est en pleine bataille de Kigali le 21 mai 1994, que l’armée alors commandée par le général Kagamé a pris le contrôle de la zone de l’aéroport où se trouvait l’épave jamais déplacée du Falcon abattu le 6 avril 1994. Auteurs supposés d’un crime aux conséquences effroyables, les soldats du FPR avaient tout loisir d’en effacer les traces susceptibles de faire éclater la vérité un jour ou l’autre.

À la faveur des combats qui ont duré jusqu’au 4 juillet 1994 en ville de Kigali surtout, la carcasse de l’avion pouvait se faire réduire en poudre d’alumine sans que personne ne s’en étonne. Au lieu de cela, elle reste exposée au grand air des collines depuis 17 ans. Si vous passez par Kigali un jour, prenez le temps de visiter l’épave du Falcon en vous posant comme moi cette question : s’ils avaient vraiment descendu cet avion, pourquoi diable les dirigeants rwandais auraient-ils laissé tout ceci en place ? Un dicton qu’on dit chinois pourrait sans doute expliquer ce mystère. « Quand le sage lève le doigt pour montrer la lune, l’étourdi regarde le doigt ».

(*) Grâce aux impacts laissés par le tir fatal, l’épave de l’avion peut permettre la localisation du tireur et partant, son identification en fonction des positions occupées par les uns et les autres le 6 avril 1994 vers 20 heures.

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