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Guinée : Conakry dévastée par des pluies diluviennes

juillet 30, 2015
  Une voiture emportée par les eaux dans le quartier Minière (commune de Dixinn), à Conakry, lundi 27 juillet. © DR/Facebook


Une voiture emportée par les eaux dans le quartier Minière (commune de Dixinn), à Conakry, lundi 27 juillet. © DR/Facebook

Conakry est frappée depuis le 24 juillet par des pluies torrentielles qui ont provoqué la mort d’au moins quatre personnes. Les populations se plaignent du manque de réaction des autorités, et la saison des pluie n’est pas terminée.

Le ciel de Conakry n’était toujours pas dégagé, ce mercredi 29 juillet, mais les pluies diluviennes qui ont fait quatre morts ces derniers jours, selon un bilan provisoire, semblaient en voie de s’estomper – au moins provisoirement. Au secteur Tombo 1 dans la presqu’île de Kaloum, souvent inondée, les concessions ont été totalement envahies par les eaux. Partout, les populations profitaient de l’accalmie pour sécher leur linge, mais aussi réitérer leurs cris de détresse.

« Nous souffrons beaucoup. Nous appelons les autorités à nous venir en aide », lance Mme Keita et la plupart de ses voisins. Le chef de secteur, Ansoumane Bangoura, se repose sous un hangar autour d’un thé avec ses amis. « Depuis plus de six ans, à chaque saison des pluies, il y a des inondations. Chaque fois, la presse passe, mais il n’y a pas de réactions des autorités… Les congélateurs, les postes téléviseurs, tous sont imbibés d’eau. Nous passons la nuit débout. »

Ironie du sort, Tombo abrite justement la direction nationale de la protection civile, dont l’action est jugée insuffisante par les populations. Le colonel Cécé Haba, directeur régional de ce service public se défend : « Tous les canaux d’évacuation des eaux de ruissellement sont bouchés par les populations qui y déversent des ordures. (.. .) Kaloum est entourée par la mer. Les caniveaux servent à évacuer les eaux. Les populations en ont fait des dépotoirs et voilà les conséquences. »

Manque de moyens

De fait, la protection civile intervient quand il y a sinistre. « S’il y a des blessés nous sommes obligés d’intervenir, poursuit Cécé Haba. C’est le cas à Kobayah, où un véhicule a été emporté par les eaux. Les corps des trois personnes qui étaient à son bord ont été déposés à la morgue de l’hôpital Donka. Un troisième corps en décomposition a été retrouvé avant-hier à Coléah. Mais en cette période d’Ebola, on hésite à intervenir quand nous ne sommes pas avec la Croix rouge, habilitée à gérer les corps ». Et si l’enceinte de la direction nationale de la protection civile est remplie de véhicules, l’essentiel manque. « On a besoin de motopompes et de vide-caves pour évacuer les eaux dans les concessions », déplore le colonel.

« Conakry est l’une des capitales les plus pluvieuses du monde et fait partie des foyers orageux les plus intenses », rappelle le directeur national de la météorologie, Mamadou Lamine Bah. « Au total, il a été recueilli en 72h à la station météorologique de l’aéroport de Conakry 450 mm (450 litres par mètres carrés), selon le bulletin météo publié lundi. Soit la quantité de pluie habituellement enregistrée les 11 derniers jours du mois de juillet. »

Des habitants constatent les ravages des inondations dans les rues de Conakry, mercredi 29 juillet. © Diawo Barry pour J.A.

Des habitants constatent les ravages des inondations dans les rues de Conakry, mercredi 29 juillet. © Diawo Barry pour J.A.

« Ce n’est pas fini »

En dépit des dégâts provoqués par ces pluies torrentielles, le record de 471,8 mm, enregistré en 24 h le 16 juillet 1991, n’a pas été battu, selon la direction nationale de la météorologie, qui annonce des journées ensoleillées pour la fin de semaine. « Mais ce n’est pas fini, prévient Mamadou Lamine Bah. Les perturbations se succèdent à des intervalles de 24h. » La saison des pluies en cours a été marquée pas des phénomènes particulièrement violents à Conakry. Outre les inondations, la capitale a été secouée, entre fin mai et début juin, par le passage de tornades. Les installations de quatre radios privées et une partie de la toiture du deuxième stade de la ville (non encore inauguré) ont également été détruites par la foudre.

« À cause du changement climatique, notre continent est surchauffé. L’air monte facilement et la vapeur d’eau avec », reprend Mamadou Lamine Bah, non sans dénoncer les constructions anarchiques qui pullulent parfois jusque dans le lit des cours d’eau, comme à Kakimbo (commune de Ratoma). De son côté, Lousény Camara, ministre de la Ville et de l’Aménagement du territoire, dit attendre le rapport de ses agents sur le terrain pour aviser.

Comme l’action des autorités, la fiabilité de la météo guinéenne est critiquée par les populations. Ce qu’admet Mamadou Lamine Bah, qui répond que cela n’est pas un problème propre qu’à la Guinée. « Les phénomènes naturels sont difficiles à saisir », dit-il, rappelant que son service manque aussi de moyens, d’équipements et de personnel qualifié. « Notre budget est secret, car si je vous dit qu’il est égal à zéro, vous ne me croiriez pas… ».

Jeuneafrique.com par Barry Diawo

Guinée : la résidence d’Alpha Condé attaquée, le président sain et sauf

juillet 19, 2011

La résidence du président guinéen a été attaqué à l’arme lourde dans la nuit de lundi à mardi, faisant un mort et des dégâts matériels. Alpha Condé s’est exprimé à la radio-télévision publique pour appeler au calme.

Mis à jour le 19 juillet à 13h59

La résidence du chef de l’État guinéen Alpha Condé à Conakry a été attaquée à l’arme lourde dans la nuit de lundi à mardi, faisant un mort et deux blessés parmi les soldats de la garde présidentielle qui défendaient le bâtiment, selon un bilan du gouvernement guinéen.

« Le président était là, mais il est sain et sauf », a indiqué une source de la présidence à l’agence britannique. Alpha Condé a lui-même confirmé l’attaque de sa résidence dans une allocution à la radio-télévision publique RTG.

« Nos ennemis peuvent tout tenter »

« Ma maison a été attaquée cette nuit, mais je dois féliciter la garde présidentielle qui s’est battue héroïquement de 3h10 (locales et GMT) jusqu’à 5h du matin avant d’avoir du renfort », a-t-il affirmé.

« Je vous appelle au calme, mais (aussi) à la vigilance et à l’unité nationale », a encore déclaré Alpha Condé. « Je ne veux pas de réaction populaire, ni de réaction contre qui que ce soit, laissez l’armée et les forces de l’ordre faire leur travail. »

« Je vous appelle au calme », a répété le président guinéen, ajoutant : « nos ennemis peuvent tout tenter, mais ils ne pourront pas empêcher la marche du peuple guinéen vers la démocratie. […] La voie de la démocratie a commencé et cela va continuer, je vous ai promis le changement et, si Dieu le veut, nous aurons ce changement. »

« Dégâts substantiels »

L’attaque a provoqué des « dégâts substantiels » à la résidence selon Reuters : le portail aurait été soufflé par un tir de roquette et le bâtiment seraient criblé de balles. D’autres témoins ont fait état de « tirs d’artillerie ». D’après des habitants interrogés par l’AFP, les tirs provenaient de militaires. Mardi matin, les accès au quartier administratif de Kaloum, au centre de Conakry, étaient par ailleurs fermés à la circulation.

« Nous condamnons fermement l’attaque qui a eu lieu dans la nuit contre la résidence du président de la République de Guinée, Alpha Condé », a réagi le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères Bernard Valero. « La Guinée doit poursuivre dans la voie pacifique et démocratique qu’elle a choisie lors des dernières élections présidentielles. Dans ce cadre, les forces armées, comme les autres composantes de la nation, ont un rôle important à jouer, au service de la démocratie », a-t-il poursuivi.

Désorganisation de l’armée

Alpha Condé est le premier président démocratiquement élu de la Guinée, un pays marqué par les coups d’État et qui sort d’une période de transition dirigée par l’armée. Le capitaine Moussa Dadis Camara, qui avait pris le pouvoir après la mort de Lansana Conté en décembre 2008, en avait été écarté par les armes un an plus tard, après une tentative d’assassinat perpétrée par son aide de camp « Toumba » Diakité.

L’extrême désorganisation de l’armée guinéenne est l’un des chantiers prioritaires d’Alpha Condé. Dans une interview accordée à Jeune Afrique en mai dernier, le président s’était dit « fier de l’armée guinéenne » : « Elle ne sort plus dans les rues, elle a accepté que toutes ses armes lourdes soient délocalisées à l’intérieur du pays, on ne la voit plus déambuler dans les bars en tenue ni tenir des barrages dans la capitale », avait-il assuré.

Jeuneafrique.com avec agences