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RDC : abandon des poursuites pour « crimes de guerre » contre des soldats dans le massacre de civils au Kasai

juin 25, 2017

Des soldats congolais à Kitumba (RDC), en 2013. © Joseph Kay/AP/SIPA

Le tribunal militaire de Mbuji-Mayi, au Kasaï-oriental, a abandonné samedi les charges de crime de guerre contre sept soldats poursuivis après un massacre présumé de civils dans cette région du centre de la République démocratique du Congo.

« Le tribunal militaire a disqualifié les infractions de crimes de guerre par meurtre, crimes de guerre par mutilation, crimes de guerre par traitements cruels, inhumains et dégradants et refus de dénonciation d’une infraction commise par des justiciables de juridictions militaires » retenues par le parquet militaire, a déclaré à l’AFP Me Jimmy Bashile.

Vidéo troublante

Le 18 mars, le parquet militaire avait annoncé l’arrestation de sept militaires dans le cadre de l’enquête portant sur une vidéo largement partagée en février sur les réseaux sociaux montrant ce qui apparaît comme une scène de massacre de civils par des présumés membres des Forces armées de la RDC (FARDC) dans un village du Kasaï-oriental.

« Sur décision du tribunal, nos sept clients ne seront plus poursuivis que pour des infractions du droit interne à savoir: meurtre, dissipation de munitions et outrage », a ajouté l’avocat interrogé par téléphone au terme d’une audience tenue samedi.

« Un pas est franchi vers la manifestation de la vérité », a estimé Me Bashile.

3000 personnes tuées

Depuis septembre, quatre provinces du centre de la RDC sont secouées par des violences qui impliquent des miliciens, soldats et policiers, après la mort d’un chef traditionnel qui défiait le pouvoir de Kinshasa.

Ces atrocités ont causé la mort de plus de 3.000 personnes, selon l’Église catholique, ont fait 1,3 million de déplacés et l’ONU y a dénombré 42 fosses communes. Deux experts onusiens, missionnés par le secrétaire général de l’ONU pour enquêter sur ces violences, y ont été assassinés en mars.

L’ONU a exhorté samedi la justice militaire congolaise à « accroître significativement ses efforts » pour poursuivre « avec la plus grande fermeté » et de manière « crédible et systématique » les responsables des crimes commis par les miliciens et par les forces de sécurité dans le Kasaï en vue de « prévenir de nouvelles atrocités ».

 

RDC : «le dialogue est permanent », assure le président Kabila

 

Joseph Kabila, président de la RDC, dont le second mandat est arrivé à terme le 19 décembre 2016. © Themba Hadebe/AP/SIPA

Le président congolais Joseph Kabila a assuré dimanche lors d’un sommet en Afrique du Sud que le dialogue était « permanent » dans son pays en vue d’organiser des élections sans donner de date pour la tenue du scrutin.

« Le dialogue au Congo est permanent et nous allons continuer à l’utiliser comme un outil de gouvernance », a assuré le président congolais lors de l’ouverture de la rencontre avec son homologue sud-africain Jacob Zuma.

« Les objectifs du dialogue actuel sont d’organiser des élections ensemble, en tant que nation, partis politiques et société civile. Nous avons toujours ces objectifs en tête », a-t-il ajouté.

Élection incertaine cette année

Le chef de l’Etat n’a pas précisé si cette élection serait organisée avant la fin de l’année, comme l’accord de la Saint-Sylvestre le préconise. Cet accord signé fin 2016, a entériné une décision de la Cour constitutionnelle qui maintient le président Joseph Kabila au pouvoir au-delà de la fin de son mandat qui s’est terminé le 20 décembre.

Jeuneafrique.com avec AFP

RD Congo: 3.000 morts en huit mois dans les violences au Kasaï

juin 20, 2017

Des personnes déplacées ayant fui les violences au Kasaï, le 6 juin 2017 à Gungu en République démocratique du Congo / © AFP/Archives / JOHN WESSELS

L’ONU a de nouveau accusé mardi les autorités congolaises de fortes responsabilités dans les violences au Kasaï, dénonçant mutilations d’enfants, viols et femmes enceintes éventrées. Des violences qui, selon l’Église catholique, ont fait plus de 3.000 morts en huit mois.

« Je suis consterné par la création et l’armement d’une milice, Bana Mura, qui soutiendrait les autorités dans la lutte » contre la rébellion Kamwina Nsapu a déclaré mardi à Genève le Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein. Cette milice « a mené des attaques horribles contre des civils des groupes ethniques luba et lulua »

« Mon équipe a vu des enfants aussi jeunes que deux ans dont les membres avaient été amputés. De nombreux bébés avaient des blessures de machette et de graves brûlures (…) Au moins deux femmes enceintes ont été éventrées et leurs fœtus mutilés », a-t-il expliqué.

« De graves violations des droits de l’homme par des membres des forces de sécurité – dont des exécutions sommaires et des viols – ont été rapportées lors de plusieurs opérations contre des villages soi-disant contrôlés par Kamwina Nsapu », a ajouté M. Zeid.

D’après l’ONU, de nombreuses victimes et des témoins ont déclaré que la milice Bana Mura « était organisée et armée par les autorités locales ».

La Nonciature apostolique en RDC évoque dans une note technique le chiffre de 3.383 « décès signalés » depuis octobre dans le Kasaï. L’ONU avançait jusqu’à présent un bilan estimé à « plus de 400 morts ».

Le document de l’Église, daté du 19 juin, présente un « résumé des dommages soufferts par les institutions ecclésiastiques » dont plusieurs dizaines de paroisses, écoles, centres de santé et maisons religieuses endommagés ou fermés.

Selon l’Église, 20 villages ont été « complètements détruits » dont « 10 par les FARDC (armée congolaise), 4 par les miliciens, 6 par des auteurs inconnus ».

Elle mentionne aussi 30 fosses communes. L’ONU parle de 42 fosses communes.

Depuis septembre 2016, la région du Kasaï est secouée par la rébellion de Kamwina Nsapu, chef traditionnel tué en août dernier lors d’une opération militaire après s’être révolté contre le pouvoir de Kinshasa.

– « Un État néant » –

Les violences qui impliquent miliciens, soldats et policiers au Kasaï ont causé le déplacement de 1,3 million de personnes. Deux experts onusiens, missionnés par le secrétaire général de l’ONU pour enquêter sur ces violences, y ont été assassinés en mars.

M. Zeid a redemandé l’ouverture d’une enquête internationale, alors que le Conseil des droits de l’Homme devrait se prononcer jeudi ou vendredi sur un projet de résolution en ce sens, à la demande de l’Union européenne. Kinshasa y est fermement opposée.

La RDC « n’est pas disposée à accepter l’idée du déploiement sur son territoire d’une commission d’enquête internationale qui travaillerait en vase clos et parallèlement aux instances judiciaires nationales comme si elle était devenue un État néant », a déclaré mardi à Kinshasa le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, lors d’une conférence de presse.

La ministre congolaise des Droits humains, Marie-Ange Mushobekwa, a néanmoins indiqué mardi à Genève que le gouvernement « accepte d’accueillir sur son sol une équipe d’enquêteurs des Nations unies, venant en appui à la justice congolaise », accusant les Kamwina Nsapu de commettre des « véritables boucheries humaines ».

Mme Mushobekwa a évoqué un bilan de « 1.333 civils et 289 policiers tués à ce jour, dont 10 civils et 39 policiers tués par décapitation par le groupe terroriste Kamwina Nsapu ».

« Les victimes ont également signalé que des membres des unités locales de l’armée et de la police congolaises, ainsi que des chefs traditionnels, étaient présent lors des attaques des Bana Mura, et ont déclaré que des agents de l’État étaient impliqués dans l’armement et la direction de la milice », a affirmé le Haut commissaire.

Depuis des mois, l’ONU accuse les Kamwina Nsapu d’enrôler des enfants-soldats et d’avoir commis des atrocités, tout en dénonçant l’usage disproportionné de la force par l’armée congolaise.

Romandie.com avec(©AFP / 20 juin 2017 18h04)                

Violences au Kasaï : la justice congolaise enquête sur l’implication présumée d’un ex-ministre

mai 24, 2017

 

Selon le « New York Times », Clément Kanku entretenait des liens avec des miliciens dans le centre de la RDC, où deux experts de l’ONU ont été tués en mars.

 

Le député congolais Clément Kanku est soupçonné d’incitations à la violence dans les affrontements au Kasaï. Crédits : RADIO OKAPI/FLICKR

Le parquet de Kinshasa a annoncé, mardi 23 mai, qu’il enquêtait sur l’implication présumée d’un député congolais d’opposition – et ancien ministre – dans les violences qui secouent depuis août la région du Kasaï, dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC). Deux experts de l’ONU, l’Américain Michael Sharp et la Suédo-Chilienne Zaïda Catalan, missionnés au Kasaï par le secrétaire général des Nations unies pour enquêter sur ces violences, y avaient été enlevés et assassinés en mars.

Samedi, le quotidien américain New York Times a révélé que Zaïda Catalan détenait un enregistrement sonore du député en question, Clément Kanku, en conversation téléphonique avec l’un des auteurs présumés des massacres au Kasaï. « La nature et les circonstances de cette conversation ne peuvent aucunement laisser indifférent » le parquet, a déclaré Flory Kabange Numbi, procureur général de la République, lors d’une conférence de presse : « Ce lundi 22 mai, j’ai été amené à ouvrir une enquête pour en savoir un peu plus. »

« Consterné »

Le procureur a affirmé avoir écrit au président de l’Assemblée nationale « pour nous permettre de conduire des enquêtes indispensables dans cette sinistre affaire ». Mais « il n’est nullement question de chercher à obtenir la levée des immunités » parlementaires à ce niveau de la procédure. Si les faits reprochés au député Kanku étaient établis, il pourrait être inculpé de « participation à un mouvement insurrectionnel et assassinat », a-t-il ajouté.

De son côté, Clément Kanku, qui a été ministre de la coopération et du développement de décembre 2016 jusqu’à la démission du gouvernement, début avril, s’est dit « consterné par ces allégations », qu’il « réfute totalement ». « Je suis convaincu que toute la lumière sera faite dans cette affaire et que justice sera rendue aux nombreuses victimes d’exactions abominables dans le Kasaï, y compris aux deux experts des Nations unies », a-t-il déclaré.

Dans un communiqué, le mouvement congolais Lutte pour le changement (Lucha) a demandé une « enquête internationale indépendante » sur les violences au Kasaï, doutant de la volonté des autorités congolaises de « mener une enquête sérieuse et crédible ». « Aucune enquête n’a jamais été menée sur les circonstances [du] meurtre [des deux experts] et sur le rôle joué dans cette affaire par les autorités, notamment par le ministre de l’intérieur de l’époque, Evariste Boshab », ajoute Lucha, alors que, samedi, la justice militaire congolaise a annoncé l’ouverture prochaine du procès des assassins présumés des deux experts, sans en préciser la date.

Fosses communes

Mardi, l’ONU a mis en doute les conclusions de l’enquête congolaise sur le meurtre des deux experts. « Cela semble avoir été mené avec pas mal de rapidité », a commenté le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, soulignant que Kinshasa n’avait pas encore communiqué ses conclusions à l’ONU et précisant qu’une commission d’enquête des Nations unies présentera un rapport fin juillet. Dans son communiqué, Lucha exige par ailleurs du secrétaire général de l’ONU « le remplacement immédiat » de son représentant spécial en RDC, Maman Sidikou, « pour incompétence, complaisance, négligence et manque de leadership ».

Depuis septembre 2016, les violences au Kasaï, qui impliquent miliciens, soldats et policiers, ont fait plusieurs centaines de morts et causé le déplacement de 1,27 million de personnes. L’ONU y accuse les rebelles Kamwina Nsapu d’enrôler des enfants dans ses milices et d’avoir commis des atrocités, tout en dénonçant également l’usage disproportionné de la force par l’armée congolaise. Michael Sharp et Zaïda Catalan faisaient partie d’un panel d’experts de l’ONU recherchant des informations sur plus d’une quarantaine de fosses communes découvertes au Kasaï.

Ces violences surviennent au moment où la RDC traverse une crise politique à laquelle s’ajoute une crise économique, sécuritaire et humanitaire liée à la déstabilisation de plusieurs provinces par des groupes armés.

Le Monde.fr avec AFP

RDC: 20 morts dans des affrontements interethniques au Kasaï

avril 26, 2017

Kinshasa – Vingt personnes ont été tuées dans des affrontements inter-ethniques dans la province du Kasaï, zone du centre de la République démocratique du Congo secouée par des violences meurtrières depuis septembre de l’an dernier, a indiqué l’ONU mercredi.

Ces violences ont eu lieu le 19 avril « dans la localité de Mungamba, située à 30 kilomètres à l’est de Tshikapa », capitale du Kasaï, indique un communiqué de la Mission de l’ONU au Congo (Monusco).

Les affrontements « entre les communautés Lulua-Luba et Chokwe-Pende » ont fait 20 morts parmi ces derniers, ajoute le texte.

Les Chokwe-Pende se considèrent comme autochtones de la région du Kasaï et accusent les Lulua-Luba venus du Kasaï-central voisin, de soutenir les miliciens Kamwina Nsapu.

Ces derniers se réclament du chef coutumier Kamwina Nsapu tué en août 2016 au Kasaï-central par les forces de l’ordre après s’être rebellé contre les autorités congolaises.

Les provinces du centre de la RDC sont depuis secouées par des violences entre forces de sécurité et miliciens qui ont causé la mort de centaines de personnes, dont deux experts étrangers – l’Américain Michael Sharp et la Suédo-chilienne Zaida Catalan – missionnés par le secrétaire général de l’ONU pour enquêter dans la région.

Vendredi, l’ONU a déclaré que le seuil d’un million de déplacés liés aux violences dans la région avait été franchi.

La rébellion Kamwina Nsapu a été accusée par l’ONU de recruter des enfants et d’avoir commis de nombreuses atrocités.

Les forces de l’ordre se voient, quant à elles, reprocher par l’ONU de faire un usage disproportionné de la force contre des miliciens armés essentiellement de bâtons et de lance-pierres. Ces forces de l’ordre ont été mises en cause en février sur internet dans des vidéos montrant des massacres présumés de rebelles.

Dans cette zone, l’ONU a déclaré mercredi avoir documenté un total de 40 fosses communes depuis le début des violences en septembre dernier.

Romandie.com avec(©AFP / 26 avril 2017 16h23)

RDC : Kinshasa dévoile une vidéo présentée comme celle de l’assassinat des experts de l’ONU

avril 24, 2017

Un montage photo de deux experts onusiens, Zaida Catalan et Michael Sharp, tués en mars au Kasaï, dans le centre de la RDC. © Bertil Ericson et Timo Mueller/AFP

Le gouvernement et la police de RDC ont montré ce lundi à la presse une vidéo présentée comme celle de l’assassinat de Michael Sharp et de Zaida Catalan, deux experts de l’ONU tués en mars au Kasaï, dans le centre du pays.

« C’est à titre pédagogique » que cette vidéo d’au moins cinq minutes a été dévoilée, ce 24 avril, à plusieurs responsables de presse à Kinshasa, selon Ivan Vangu, conseiller au ministère congolais de la Communication et des médias.

Selon l’AFP, qui a visionné ladite vidéo, on y voit un homme et une femme blancs, qui correspondent au signalement des deux experts onusiens, l’Américain Michael Sharp et la Suédo-chilienne Zaida Catalan. Ils sont entourés par sept personnes parlant tshiluba, la langue dominante au Kasaï, coiffés de bandeaux rouges et armés de machettes, de bâtons, et pour l’un, d’un fusil hors d’âge.

Par le biais d’un interprète hors champ, les hommes en armes promettent d’indiquer aux deux experts de l’ONU l’emplacement de fosses communes dans la brousse. Apparemment inquiet, l’homme blanc demande à l’interprète, dans un français avec un fort accent anglophone : « Pourquoi sont-ils armés et nerveux ? »

La vidéo montre l’exécution des deux experts

Rapidement, les deux étrangers sont contraints de s’asseoir par terre. Un coup de feu tiré par une arme hors champ part et atteint l’homme à la poitrine. Une voix ordonne en français « Tirez ! ». La femme se jette vers l’homme comme pour le protéger mais une balle l’atteint dans le dos. La voix hurle « Tirez ! ». Trois autres coups partent.

La même voix hors champ ordonne alors en tshiluba : « Ne gaspillez plus les munitions, coupez la tête. Coupe d’abord les cheveux qui vont renforcer mon pouvoir. » On voit alors un adolescent couper la tête de la jeune femme.

Nous n’avons pas pu voir les visages de ces présumés miliciens Kamwina Nsapu.

« Visiblement, la machette n’était pas bien aiguisée. Sur la vidéo, on voit le bourreau demander une autre [machette] pour continuer son acte », explique à Jeune Afrique un journaliste qui a visionné la séquence. « Mais, nous n’avons pas pu voir les visages de ces présumés miliciens Kamwina Nsapu« , précise-t-il.

Kinshasa accuse les miliciens Kamwina Nsapu

« Voici comment opèrent les hommes de Kamwina Nsapu », a expliqué devant la presse Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais.

Pour les autorités de la RDC, il n’y a donc plus de doute : « Ce sont bien ces terroristes de Kamwina Nsapu qui ont tué les deux experts de l’ONU, mais aussi les 39 policiers congolais tombés, eux, fin mars dans une embuscade dans le Kasaï », soutient Lambert Mende, appelant à l’éradication de ce terrorisme « par tous les moyens ».

Selon le porte-parole du gouvernement, un de quatre accompagnateurs congolais de deux experts de l’ONU a été également tué. « Nous continuons à chercher les trois autres », a-t-il dit à Jeune Afrique, soulignant que certains miliciens ayant participé à ces assassinats ont été arrêtés.

Le colonel Pierre-Rombaut Mwanamputu, porte-parole de la police congolaise, a de son côté indiqué à la presse que les autorités avaient mis la main sur cette vidéo « grâce à la perspicacité de la police scientifique », sans en préciser les modalités.

« La vidéo a été envoyée à un des contacts des terroristes pour qu’elle soit diffusée sur les réseaux sociaux. Nos services l’ont interceptée et, grâce à la géolocalisation, nos services ont pu remonter la filière pour arrêter des terroristes, auteurs de l’assassinat des experts de l’ONU », a ajouté Lambert Mende.

Jeuneafrique.com avec AFP

RDC : l’ONU annonce la découverte de dix-sept nouvelles fosses communes au Kasaï

avril 20, 2017

 

Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme menace Kinshasa de saisir la Cour pénale internationale si aucune enquête n’est rapidement mise en place.

Les Nations unies ont annoncé, mercredi 19 avril, avoir découvert dix-sept nouvelles fosses communes, portant le nombre total de charniers découverts à quarante, dans la région des Kasaï, au centre de la République démocratique du Congo (RDC), en proie depuis septembre 2016 à des violences meurtrières entre une rébellion et les forces de sécurité.

En outre, l’ONU a prévenu qu’elle réclamerait l’ouverture d’une enquête internationale, y compris par la Cour pénale internationale (CPI), si les autorités congolaises n’ouvrent pas immédiatement une enquête sur ces violences.

« Des enquêteurs des Nations unies en RDC confirment l’existence d’au moins 17 nouvelles fosses communes dans la province du Kasaï-Central », écrit le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme dans un communiqué parvenu à l’AFP.

« Cela porte à quarante le nombre total de fosses communes documentées par les Nations unies dans les provinces du Kasaï-Central et Kasaï-Oriental » depuis le début des violences dans ces régions, poursuit le Haut-Commissariat.

Atrocités et massacres

Ces violences, entre les forces de sécurité et les miliciens se réclamant du chef coutumier Kamwina Nsapu, tué le 12 août 2016, ont fait plusieurs centaines de morts, dont deux experts missionnés par le secrétaire général de l’ONU pour enquêter dans la région.

Ces affrontements se déroulent dans les provinces du Kasaï-Central, du Kasaï-Oriental, du Kasaï et du Lomami.

« Il est absolument essentiel que le gouvernement de la RDC prenne les mesures nécessaires, et jusqu’ici manquantes, pour qu’une enquête immédiate, transparente et indépendante, qui établisse les faits et les circonstances des violations et atteintes aux droits de l’homme et à la justice, soit mise en place », souligne l’ONU dans son communiqué.

Si aucune enquête nationale n’est entreprise, le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Zeid Ra’ad Al-Hussein indique qu’il n’hésitera pas à « demander à la communauté internationale de soutenir une enquête menée par un mécanisme international, y compris par la CPI ».

La rébellion Kamwina Nsapu a été accusée par l’ONU de recruter des enfants et d’avoir commis de nombreuses atrocités. Les forces de l’ordre, quant à elles se voient reprocher par l’ONU de faire un usage disproportionné de la force contre des miliciens armés essentiellement de bâtons et de lance-pierres. Elles ont été mises en cause en février sur Internet dans des vidéos montrant des massacres présumés de rebelles.

Le monde.fr

 

RDC : la police accuse des rebelles d’avoir massacré 39 agents

mars 27, 2017

Kinshasa – La police nationale congolaise (PNC) a accusé lundi des rebelles d’avoir massacré 39 de ses agents au Kasaï, région du centre de la République démocratique du Congo en proie à la violence depuis plus de six mois.

Selon un communiqué du porte-parole de la PNC, les victimes seraient tombées vendredi matin dans une « embuscade » tendue par des miliciens Kamwina Nsapu à Kamuesha, à environ 75 km au nord-est Tshikapa, capitale de la province du Kasaï, alors qu’elles circulaient à bord de deux camions de transport de troupes.

Les 39 « vaillants policiers » ont été « enterrés par leurs bourreaux dans une fosse commune (sur le) lieu du massacre », ajoute le colonel Pierre-Rombaut Mwanamputu.

Les assaillants ont également volé « deux camions de police de transport de troupes (…) avec en leur sein un importante cargaison (de matériel et d’)équipements de maintien de l’ordre », selon l’officier.

La PNC « condamne énergiquement ce massacre » et précise qu’elle « tient à rassurer l’opinion que des dispositions urgentes ont été prises pour mettre définitivement un terme à l’insécurité qui sévit dans cette partie de la République par la mise hors d’état de nuire » des partisans de Kamwina Nsapu.

La rébellion Kamwina Nsapu porte le nom d’un chef coutumier local entré en conflit avec le pouvoir central et tué par les forces de l’ordre en août. Elle a été accusée par l’ONU de recruter des enfants et d’avoir commis de nombreuses atrocités.

En face, les forces de l’ordre se voient régulièrement reprocher par les Nations unies de faire un usage disproportionné de la force contre des miliciens armés essentiellement de bâtons et de lance-pierres.

Depuis le début de la rébellion, les violences ont fait au minimum 400 morts au Kasaï. Mi-mars, la justice militaire congolaise a annoncé avoir arrêté sept soldats dans le cadre d’une enquête diligentée après la publication sur les réseaux sociaux d’une vidéo mettant en cause un peloton militaire dans un massacre présumé perpétré au Kasaï-oriental.

Romandie.com avec(©AFP / 27 mars 2017 23h31)                   

En RDC, la politique de la mort

mars 27, 2017

Au cœur de la République démocratique du Congo, dont les structures étatiques sont en déréliction, une myriade de foyers de violence fait couler le sang.

«  Chaque jour, on s’entre-tue ou on fuit la mort en RDC » (Dans l’un des charniers découverts dans la province du Kasaï, en République démocratique du Congo, des crânes des victimes des récents affrontements entre les forces armées congolaises et les partisans de Kamuina Nsapu. Photo prise le 12 mars).

«  Chaque jour, on s’entre-tue ou on fuit la mort en RDC » (Dans l’un des charniers découverts dans la province du Kasaï, en République démocratique du Congo, des crânes des victimes des récents affrontements entre les forces armées congolaises et les partisans de Kamuina Nsapu. Photo prise le 12 mars). REUTERS
Le temps des grandes rébellions soutenues par des pays voisins appartient au passé. De la deuxième guerre du Congo (1998-2002), impliquant neuf pays africains et causant des millions de morts, l’est de la République démocratique du Congo (RDC) a hérité la misère, l’abandon de Kinshasa et soixante-dix groupes armés, locaux et étrangers, qui errent toujours dans la région et poursuivent leurs exactions.

Ces derniers mois, des foyers de violence sont apparus aux confins du plus grand pays d’Afrique francophone. Des affrontements, des massacres, des déplacements massifs de populations. Chaque jour, on s’entre-tue ou on fuit la mort en RDC. Une myriade de conflits locaux font couler le sang et nul ne sait s’ils sont téléguidés ou attisés par les hommes politiques de la capitale, comme le soupçonnent l’opposition et certains diplomates occidentaux.

« La politique, c’est ce qui paie », dit l’adage que rappelle sans complexe un conseiller du président Joseph Kabila. La politique, en RDC, peut aussi tuer. Mais cela, on ne le disait pas. Jusqu’à ce que la crise en cours dans le Kasaï-Central le rappelle brutalement.

Cette province difficile d’accès, comme toutes celles de l’intérieur du pays, a pourtant offert à l’ancien Zaïre son plus grand héros, Patrice Lumumba, mais aussi son opposant historique, Etienne Tshisekedi. Le premier a été assassiné en janvier 1961. Le second est mort le 1er février, à Bruxelles, où son corps repose toujours dans une chambre froide en attendant un rapatriement sans cesse repoussé.

Sales besognes

Aujourd’hui, l’homme mort du Kasaï dont on parle est plus mystérieux. Kamwina Nsapu, chef coutumier et leader mystique, avait refusé de se soumettre au pouvoir central. Originaire de la région, l’ancien ministre de l’intérieur, Evariste Boshab, s’est chargé des sales besognes. Dès 2015, il a restructuré les chefferies coutumières en favorisant, à des fins politiques, des notables affiliés au Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), le parti au pouvoir. Il a aussi imposé son frère à la tête de l’association qui les chapeaute.

De quoi provoquer l’ire de rois et chefs traditionnels, dont Kamwina Nsapu. Ce dernier, au nom de la préservation d’une gouvernance ancestrale, a allumé les feux de la révolte. Il sera tué en août 2016 au cours d’une opération de police.

Depuis, ses fidèles ont recruté femmes et enfants pour constituer une milice et affronter les forces de sécurité. Ils sont armés de bâtons dotés de pouvoirs mystiques, de machettes et de pétoires. Ils ont été rejoints par une partie de la population exaspérée par la brutalité d’un régime considéré comme illégitime.

Plus de 400 personnes ont perdu la vie au Kasaï depuis septembre 2016, 200 000 autres ont été déplacées

Dans ce pays aux structures étatiques en déréliction, qui accueille la plus importante et coûteuse mission de l’histoire des Nations unies (Monusco), les adeptes d’un chef coutumier défunt peuvent donc mettre à feu et à sang toute une région. Plus de 400 personnes ont perdu la vie au Kasaï depuis septembre 2016, 200 000 autres ont été déplacées. Deux enquêteurs de l’ONU ont disparu dans la région et des dizaines de fosses communes ont récemment été découvertes.

« Il y a une multitude de foyers d’insécurité, de violences causées par des conflits fonciers, ethniques et identitaires, coutumiers ou politiques avec différents acteurs et agendas qui se superposent, souligne Séverine Autesserre, professeure associée à l’université Columbia. La RDC est bel et bien en état de guerre civile. »

Pour cette spécialiste de la résolution des conflits, la pauvreté conjuguée à la corruption des élites politiques alimente l’inexorable spirale de la violence. « Il est temps que l’ONU, les partenaires occidentaux et les ONG cessent de concentrer leur énergie sur Kinshasa et s’appuient sur les acteurs locaux dans les provinces meurtries, dit la chercheuse. Car la plupart des programmes dits de réforme de l’armée et de renforcement des capacités de l’Etat n’ont fait que renforcer le régime autoritaire de Joseph Kabila et professionnaliser ses soldats. »

Kinshasa n’est pas épargnée

Débordée par les crises et les violations massives des droits humains, en hausse de 30 % en 2016, la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation du Congo (Monusco) courbe la tête sous les pressions des autorités congolaises, à la veille du renouvellement de son mandat par le Conseil de sécurité de l’ONU. Le régime Kabila exige que soient réduites les prérogatives de cette force de maintien de la paix, certes incapable de tenir ses promesses, mais si cruciale pour empêcher le pays, donc la région, de s’embraser.

Cette année, en plus de tous les conflits répertoriés à l’est du Congo, la Monusco doit faire face à trois nouveaux fronts. A celui du Kasaï s’ajoute la région frontalière du Soudan du Sud, où elle appuie les opérations des forces armées congolaises préoccupées par un débordement du conflit qui ravage le plus jeune pays de la planète.

Il y a enfin la province du Tanganyika, dans le sud-est, théâtre ces sept derniers mois d’affrontements meurtriers entre deux ethnies qui a fait des centaines de morts, des dizaines de femmes violées et des centaines de milliers de déplacés. Les belligérants ont scellé un fragile pacte de non-agression en février.

La capitale n’est pas épargnée. Mais, à Kinshasa, ceux qui meurent sous les balles des forces de sécurité croient en connaître la raison : la politique, celle qui maintient la flamme des désespérés et enrichit ceux qui la dominent, un petit cercle de privilégiés manipulés par Joseph Kabila, dont le second mandat s’est achevé le 19 décembre 2016.

Le président a négocié son maintien à la tête d’un Etat quasi failli lors d’un dialogue en décembre 2016 avec l’opposition. Celle-ci s’est réjouie d’avoir obtenu le poste de premier ministre d’une transition censée mener à des élections à la fin de cette année. Trois mois plus tard, aucun des points de l’accord n’a été mis en œuvre par Joseph Kabila, qui se mure dans le silence pendant que son pays sombre.

Lemonde.fr par Joan Tilouine , Journaliste Le Monde Afrique

Vidéo d’un massacre en RDC : sept soldats arrêtés au Kasaï

mars 18, 2017

Des soldats des FARDC à Goma, dans l’est de la RDC, en 2012. © Jérôme Delay/AP/SIPA

La justice militaire congolaise a annoncé samedi avoir arrêté sept militaires accusés de crimes de guerre dans le centre de la République démocratique du Congo secouée par une rébellion de miliciens d’un chef coutumier tué ayant fait 400 morts.

Par ailleurs, la mission de l’ONU en RDC (Monusco) s’est déclarée « préoccupée » suite à des informations faisant état d’ »un nombre important de personnes tuées » en deux jours d’affrontements entre les forces de sécurité et les miliciens du chef Kamwina Nsapu, dans un communiqué samedi.

En février, une vidéo tournée dans un village du Kasaï central (centre de la RDC) largement partagée sur les réseaux sociaux montre des hommes en uniforme tirer sur des villageois non armés, ou simplement de lance-pierres ou de bâtons, puis insulter et achever leurs victimes.

Mais le gouvernement l’avait qualifiée de « montage grossier » avant de décider de mener des enquêtes « par précaution » face aux allégations persistantes de violations graves des droits de l’Homme attribuées à des éléments des Forces armées de la RDC (FARDC) dans le village de Mwanza Lomba dans le Kasaï central.

« En rapport avec cette vidéo, nous avons mis la main sur sept suspects, tous éléments des FARDC, qui sont actuellement en détention », parmi eux des officiers et des sous-officiers, a déclaré lors d’une conférence de presse le général-major Joseph Ponde, auditeur général des FARDC.

« Crimes de guerre »

« De l’instruction entreprise, de l’exploitation de la vidéo et des descentes sur les lieux des crimes, les préventions ci-après ont été retenues à charge des suspects: crimes de guerre par meurtre, crimes de guerre par mutilation, crimes de guerre par traitements cruels inhumains et dégradants et refus de dénonciation d’une infraction commise par des justiciables de juridictions militaires », a ajouté le général Ponde.

Pour approfondir les investigations, « l’auditorat général se propose de requérir l’expertise exigée pour l’exploitation de données sur les téléphones cellulaires saisis, ainsi que l’exhumation de deux tombes localisées dans la périphérie de Mwanza Lomba », a indiqué le général, afin « d’identifier » les victimes et de déterminer « le mode opératoire de leurs bourreaux ».

L’auditeur général des FARDC a déclaré avoir sollicité l’appui des Cellules d’appui aux poursuites (CAP) de la mission de l’ONU en RDC (Monusco) depuis le 25 février 2016 pour la suite de l’enquête.

Samedi, la Monusco se déclare « préoccupée par les attaques des miliciens de Kamwina Nsapu contre les institutions et symboles étatiques, mais également par l’utilisation disproportionnée de la force par les forces de défense et sécurité, notamment en ciblant des civils, dont des femmes et des enfants ».

« Dans la nuit du 14 au 15 mars 2017, les opérations des forces de sécurité à Kananga ont conduit à un grand nombre de victimes », note le document.

Région du centre de la RDC, le Kasaï est le théâtre depuis septembre 2016 d’une rébellion née de la mort, le mois précédent, lors d’une opération militaire, du chef coutumier Kamwina Nsapu, entré en conflit avec le pouvoir central. Les violences y ont fait au moins 400 morts depuis septembre.

Dans la même province, deux experts onusiens et leurs quatre accompagnateurs congolais ont été enlevés le 11 mars, et, depuis, sont portés disparus.

Jeuneafrique.com

RDC : l’ONU demande une commission d’enquête après la découverte de trois charniers dans le Kasaï

mars 8, 2017

La province est le théâtre depuis plusieurs mois de violences. Les Nations unies soupçonnent de « graves violations des droits de l’homme » par l’armée congolaise.

Province du Kansaï-Occidental (zone rouge) en République démocratique du Congo (RDC). Crédits : Google Earth
Le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al-Hussein, a demandé, mercredi 7 mars, l’établissement d’une commission d’enquête sur les violences contre les civils en République démocratique du Congo (RDC).

« Mon bureau a récemment signalé un certain nombre de graves violations des droits de l’homme dans les provinces de Kasaï et de Lomami. Je félicite le gouvernement d’avoir pris rapidement des mesures pour enquêter » sur ces « allégations de meurtres par des soldats », a déclaré M. Zeid devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Mais « étant donné les rapports récents de violations graves et la découverte de trois charniers, j’exhorte le Conseil à établir une commission d’enquête afin de se pencher sur ces allégations », a-t-il ajouté.

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Il a également indiqué que son « bureau surveillera attentivement les développements judiciaires concernant les actions des forces de sécurité qui ont entraîné la mort de plus de 100 personnes en septembre et en décembre 2016 ».

« Aucun progrès véritable »

Il a par ailleurs déploré qu’« aucun progrès véritable n’a été accompli » dans le contexte de l’accord conclu le 31 décembre 2016 entre le pouvoir et l’opposition.

Ce compromis prévoit que le président Joseph Kabila, dont le mandat s’est achevé le 19 décembre et à qui la Constitution interdit de se représenter, restera en place pour une année supplémentaire. En contrepartie, l’opposition doit diriger un gouvernement de transition jusqu’aux nouvelles élections prévues fin 2017.

En février, M. Zeid avait appelé la RDC à mettre un terme aux « violations massives des droits de l’homme », dont apparemment des exécutions sommaires, perpétrées par ses forces armées.

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« Il existe des allégations crédibles de violations massives des droits de l’homme dans les provinces du Kasaï (Kasaï-Occidental et Kasaï-Oriental) et de Lomami (…) notamment des personnes prises pour cibles par les soldats pour leur affiliation supposée à une milice locale », avait-il affirmé.

Le Kasaï est le théâtre, depuis septembre 2016, d’une rébellion provoquée par la mort le mois précédent, lors d’une opération militaire, d’un chef coutumier local, Kamwina Nsapu, entré en conflit entre le pouvoir central de Kinshasa.

Lemonde.fr