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Kenya : ces chantiers qui attendent le nouveau président

septembre 13, 2022

DÉFIS. Un mois après sa victoire à la présidentielle contestée du 9 août, William Ruto prend la tête d’un pays divisé, où les challenges ne manquent pas.

Le president elu du Kenya, William Ruto, a prete serment en tant que le cinquieme president de ce pays d'Afrique de l'Est lors d'une ceremonie mardi a Nairobi.
Le président élu du Kenya, William Ruto, a prêté serment en tant que le cinquième président de ce pays d’Afrique de l’Est lors d’une cérémonie mardi à Nairobi.© SIMON MAINA / AFP

C’est peu dire que cette journée d’investiture était attendue. En effet, c’est ce mardi 13 septembre que le nouveau président élu William Ruto, 55 ans, jusqu’alors vice-président du sortant Uhuru Kenyatta, a pris la tête de la plus grande économie d’Afrique de l’Est, après que la Cour suprême a finalement validé sa victoire à la présidentielle du 9 août dernier, avec environ 233 000 voix d’avance sur Raila Odinga, l’opposant historique qui avait dénoncé des « fraudes ». Les juges ont rejeté à l’unanimité les accusations d’Odinga, figure historique de la politique kényane de 77 ans qui avait reçu le soutien du président Uhuru Kenyatta.

Les observateurs indépendants ont loué le bon déroulement de l’élection qui, malgré des résultats serrés et contestés, n’a pas donné lieu à des violences comme le pays a pu en connaître par le passé. Mais de multiples défis attendent le nouveau président qui, selon de nombreux analystes, hérite d’un pays profondément divisé.

Comment gouverner après une élection disputée ?

Si les habitudes de vote ethnique qui façonnent traditionnellement les élections au Kenya semblent avoir moins pesé sur les élections cette année au profit d’un clivage socio-économique, le résultat serré a toutefois révélé une nation fortement divisée.

Stratège politique reconnu, William Ruto a fait de l’élection une opposition entre les « débrouillards » du petit peuple qu’il affirme défendre face aux « dynasties » incarnées par Raila Odinga et son principal soutien, le président sortant Uhuru Kenyatta, dont les familles ont dominé la politique depuis l’indépendance en 1963.

Une fois sa victoire confirmée, il a adopté un ton conciliant, tendant « une main fraternelle » à ses concurrents et promettant que son gouvernement servirait les Kényans quelle que soit leur affiliation politique et ethnique.

Mais les relations avec les camps Odinga et Kenyatta, anciens rivaux qui s’étaient alliés contre lui, pourraient être houleuses. Selon le cabinet de conseil en risques politiques Eurasia Group, « Ruto s’est efforcé de coopter des législateurs indépendants et des maillons faibles d’Azimio [la coalition de Raila Odinga, NDLR] pour établir une majorité opérationnelle suffisante pour adopter des lois et des budgets » au Parlement.

Comment redresser une économie en difficulté ?

Si le Kenya est l’économie la plus dynamique d’Afrique de l’Est, elle fait face à d’importantes difficultés, avec notamment une explosion des prix des carburants et des produits de première nécessité comme la farine de maïs servant à préparer l’ugali, aliment de base au Kenya.

L’inflation a atteint 8,5 % en août, un plus haut depuis cinq ans, venant se combiner avec une chute du shilling kényan, la monnaie nationale.

Le chômage est également un problème majeur, notamment chez les jeunes.

William Ruto a promis de mettre en place un « fonds des débrouillards » d’un montant de 50 milliards de shillings kényans (environ 410 millions d’euros) permettant d’accorder des prêts aux petites entreprises pour stimuler la croissance.

Ancien ministre de l’Agriculture, le président Ruto s’est également engagé à subventionner des engrais pour redynamiser le secteur agricole, pilier de l’économie kényane qui pèse 20 % du PIB. « Cette année, de nombreux agriculteurs n’ont pas planté de maïs, de manioc et de blé à cause des prix trop élevés des engrais », confiait la semaine dernière Florentina Kimoi, agricultrice de 81 ans originaire d’Eldoret, bastion de Ruto dans la vallée du Rift.

Toutes ces promesses d’aides devront toutefois être menées dans un contexte d’explosion de la dette, qui a été multipliée par six depuis 2013 pour dépasser les 70 milliards d’euros, soit 67 % du PIB.

Comment s’attaquer à la corruption ?

William Ruto a promis de s’attaquer à la corruption, sujet aussi crucial qu’épineux dans un pays où des dizaines d’hommes politiques et de fonctionnaires font l’objet d’inculpations dans des affaires de détournements de fonds publics.

Mais cette promesse récurrente de tous les dirigeants kényans sonne creux pour de nombreux habitants.

Le président Ruto a lui-même une réputation sulfureuse, marquée par des accusations passées de corruption, d’appropriation de terres et de détournement de fonds, tandis que son vice-président, Rigathi Gachagua, a été condamné à quelques jours de la présidentielle à rembourser environ 1,7 million de dollars dans une affaire de corruption.

Dans son éditorial du 7 septembre, le quotidien The Standard a exhorté le nouveau président à nommer « des hommes et femmes intègres » dans son gouvernement.

L’ONG Transparency International classait le Kenya au 128e rang sur 180 dans son classement en 2021 sur la perception de la corruption, évoquant une lutte qui avait « stagné » dans le pays.

Quelle diplomatie dans la région ?

Le président sortant Uhuru Kenyatta a consacré une partie de son second mandat à jouer les médiateurs en Afrique de l’Est, réchauffant les relations avec la Somalie voisine, s’impliquant dans la crise en République démocratique du Congo et accueillant des pourparlers entre le Soudan et l’Éthiopie.

Les partenaires du Kenya attendent désormais de voir l’attitude qu’adoptera la nouvelle administration dans un pays considéré comme un allié de confiance et un havre de stabilité démocratique dans une région tourmentée.

Pour les analystes, le sujet brûlant est la reprise des combats fin août dans le nord de l’Éthiopie entre forces progouvernementales et rebelles tigréens, après une trêve de cinq mois.

Le président Kenyatta avait proposé d’accueillir à Nairobi des négociations pour mettre fin au conflit qui dure depuis près de deux ans. Dimanche, les rebelles se sont dit d’accord pour une médiation de l’Union africaine, comme le demandait le gouvernement éthiopien.

Le Point avec AFP

Présidentielle au Kenya : l’élection de William Ruto confirmée par la Cour suprême

septembre 5, 2022

La plus haute instance judiciaire du pays a validé l’élection du vice-président sortant au scrutin du 9 août. Son rival, Raila Odinga, qui avait dénoncé des fraudes, subit ainsi sa 5e défaite dans la course à la magistrature suprême.

William Ruto à Nairobi, le 15 août, après la proclamation de sa victoire à la présidentielle kényane. © REUTERS/Thomas Mukoya

« C’est une décision unanime. Les recours sont par la présente rejetés. En conséquence, nous déclarons le premier défendeur (William Ruto) président élu », a déclaré la présidente de la Cour suprême Martha Koome. En vertu de la Constitution, William Ruto doit prêter serment le 13 septembre. Il deviendra à 55 ans le cinquième président du Kenya depuis l’indépendance du pays en 1963.

Les deux camps ont promis ces derniers jours de respecter la décision de la plus haute juridiction, connue pour son indépendance. Le 15 août, le vice-président sortant William Ruto avait été déclaré vainqueur d’un des scrutins les plus serrés de l’histoire du Kenya, avec environ 233 000 voix d’avance (50,49% contre 48,85%) sur Raila Odinga, 77 ans.

Pour Raila Odinga, cette décision entérine sa cinquième défaite en autant de candidatures à la présidence. Odinga, figure historique de l’opposition soutenue cette année par le président sortant Uhuru Kenyatta et son puissant parti, a contesté les résultats des trois dernières présidentielles.

Proclamation des résultats chaotique

Il avait obtenu en 2017 l’annulation de l’élection par la Cour suprême, une première en Afrique. Il avait fait de cette nouvelle bataille judiciaire « un combat pour la démocratie et la bonne gouvernance » face aux « cartels de la corruption ».

Le scrutin s’était déroulé dans le calme le 9 août. Mais la proclamation des résultats avait été chaotique, quatre des sept membres de la commission électorale (IEBC) s’étaient désolidarisés des résultats, accusant leur chef Wafula Chebukati de s’être engagé dans un processus « opaque ». La proclamation de l’élection de Ruto avait ensuite déclenché des échauffourées dans des bastions de partisans de Odinga. Les périodes électorales au Kenya ont à plusieurs reprises été sources de violences. Les plus meurtrières, en 2007, ont fait plus de 1.100 morts et des centaines de milliers de déplacés.

Jeune Afrique par Pierre-François Naudé (Avec AFP)

Présidentielle au Kenya : Raila Odinga dépose un recours devant la Cour suprême

août 22, 2022

Quelque 230 000 voix séparent William Ruto, proclamé vainqueur le 15 août, de Raila Odinga, vétéran de la politique. En 2017, ce dernier était parvenu à obtenir l’invalidation du scrutin.

Raila Odinga, après avoir voté lors de la présidentielle du 9 août 2022, dans laquelle il fait figure, comme William Ruto, de favori. © Samson Otieno/Sipa USA/SIPA

Raila Odinga l’avait annoncé, c’est désormais chose faite. Arrivé deuxième de l’élection présidentielle du 9 août, il a officiellement déposé en ligne un recours devant la Cour suprême pour contester les résultats annoncés le 15 août par la commission électorale (IEBC) qu’il avait qualifiés de « parodie », a annoncé lundi l’un de ses avocats à l’AFP.

Figure de l’opposition soutenue pour cette élection par le président sortant Uhuru Kenyatta, Raila Odinga est devancé, selon le décompte annoncé, d’environ 230 000 voix (50,49% contre 48,85%) par le vice-président sortant, William Ruto.

Coup de théâtre au sein de l’IEBC

Le recours « leur a déjà été envoyé et ils le verront bientôt », a déclaré lundi matin Daniel Maanzo, qui fait partie de l’équipe juridique de l’homme politique de 77 ans. « La copie physique doit arriver avant 14h [11h GMT, heure limite pour déposer un recours], a-t-il ajouté. « Nous espérons avoir bâti un bon dossier et que nous gagnerons. »

Le 15 août, l’annonce des résultats par le président de l’IEBC avait donné lieu à une scission au sein de cet organe indépendant en charge de l’organisation du scrutin. Quatre des sept commissaires avaient annoncé rejeter les résultats quelques minutes avant leur annonce, reprochant au président de l’IEBC sa gestion « opaque » et son absence de concertation.

Depuis 2002, toutes les élections présidentielles au Kenya ont été contestées. Lors du dernier scrutin, en 2017, Raila Odinga avait obtenu que le scrutin soit invalidé.

Par Jeune Afrique avec AFP

Présidentielle au Kenya : interrogations et contestations après la victoire de William Ruto

août 16, 2022

Raila Odinga a rejeté mardi 16 août les résultats de la présidentielle annoncés la veille donnant la victoire sur le fil à son rival, William Ruto.

Des partisans du candidat Raila Odinga manifestent contre le résultat de la présidentielle, le 15 août 2022 à Kibera, au Kenya. © Gordwin Odhiambo/AFP

Après six jours d’attente et de calme, malgré l’impatience palpable, le vice-président sortant William Ruto a été déclaré vainqueur lundi 15 août de l’élection du 9 août avec 50,49% des voix contre 48,85% – soit un écart d’environ 230 000 bulletins de vote – pour son principal rival, Raila Odinga.

Ruto avait fait du pouvoir d’achat son cheval de bataille, promettant des emplois quand trois personnes sur dix vivent dans l’extrême pauvreté dans un pays éprouvé par les effets de la pandémie et de la guerre en Ukraine, et où l’inflation a explosé.

Raila Odinga a rejeté ces résultats. « Ce à quoi nous avons assisté hier est une parodie et un mépris évident de la Constitution », a affirmé ce vétéran de la politique, qui, à 77 ans, se présentait pour la cinquième fois. En 2013 et 2017, il avait déjà contesté les résultats devant la Cour Suprême, qui avait cette dernière année invalidé le scrutin. « Nous poursuivrons toutes les options légales et constitutionnelles à notre disposition. Nous le ferons au regard des nombreuses failles dans les élections », a-t-il déclaré lors de sa première allocution depuis l’annonce de sa défaite, dénonçant le rôle joué selon lui par la Commission électorale indépendante (IEBC), marquée par des divisions internes.

Manifestations

Sitôt les résultats donnés par une Commission électorale sous haute pression, des partisans de Raila Odinga avaient laissé éclater leur déception. Des manifestations ont secoué plusieurs quartiers populaires de la capitale Nairobi, comme Mathare, Kayole et Kibera. Des pneus ont été enflammés pour bloquer des rues dans ce bidonville fidèle à Odinga, figure de l’opposition à qui le président sortant Uhuru Kenyatta avait apporté son soutien pour cette présidentielle.

À Kisumu (Ouest), autre bastion d’Odinga, la colère a pris la forme de barricades et de jets de pierre, des magasins ont été pillés et la police a usé de gaz lacrymogènes pour disperser la foule.

Le président élu Ruto avait de son côté promis lundi soir qu’il travaillerait avec « tous les leaders » politiques.

« S’abstenir de toute violence »

Plusieurs pays africains, dont l’Éthiopie et la Somalie voisines, le Rwanda ou encore la Guinée-Bissau, ont d’ores et déjà félicité Ruto. De son côté, l’ambassade des États-Unis au Kenya a félicité « le peuple kényan d’avoir exercé son droit de vote lors des élections du 9 août » lors desquelles les 22,1 millions d’électeurs inscrits devaient également choisir leurs parlementaires et leurs élus locaux.À LIREKenya : le bilan économique d’Uhuru Kenyatta

Des partisans du président élu William Ruto, fêtent sa victoire, le 15 août 2022 à Eldoret, au Kenya. © SIMON MAINA/AFP

Des partisans du président élu William Ruto, fêtent sa victoire, le 15 août 2022 à Eldoret, au Kenya. © SIMON MAINA/AFP

Coup de théâtre

La Commission indépendante, bien que saluée par les observateurs internationaux et locaux pour sa gestion le jour du scrutin, se trouve cette année encore sous le feu des critiques. Un coup de théâtre est venu semer le trouble lundi.

Quelques minutes avant que son président n’annonce les résultats de la présidentielle, quatre de ses sept membres se sont désolidarisés de l’organisme indépendant, expliquant brièvement leur position lors d’une conférence de presse surprise par le « caractère opaque du processus ».

Tout recours en justice doit désormais être déposé auprès de la Cour suprême dans les sept jours après l’annonce des résultats. La plus haute instance judiciaire du pays dispose ensuite de 14 jours pour rendre sa décision, et, en cas d’annulation du scrutin, une nouvelle élection doit se tenir dans les 60 jours. Si personne ne saisit la justice, William Ruto prendra ses fonctions dans les deux semaines à venir.

Par Jeune Afrique avec AFP

Kenya : William Ruto proclamé vainqueur de la présidentielle

août 15, 2022

La Commission électorale indépendante a annoncé que William Ruto avait remporté l’élection présidentielle, avec 50,49 % des suffrages exprimés, contre 48,86 % pour Raila Odinga. Plusieurs membres de la Commission se sont désolidarisés de ces résultats.

William Ruto, après avoir voté lors de la présidentielle du 9 août 2022. © AP/SIPA

L’ancien vice-président d’Uhuru Kenyatta a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle qui s’est tenue le mardi 9 août, après près d’une semaine d’une attente sous tension pour les Kényans.

Selon les chiffres proclamés par Wafula Chebukati, le président de la Commission électorale indépendante, William Ruto a remporté 50,49 % des suffrages exprimés (7,17 millions de votes), et Raila Odinga a été crédité de 48,86 % des voix (6,94 millions de votes). William Ruto remporte donc ce scrutin particulièrement serré dès le premier tour, mais avec une très courte avance.

« Il n’y a pas de place pour la vengeance »

Des partisans de William Ruto fêtent l'annonce de sa victoire, le lundi 15 août 2022 à Eldoret. © Brian Inganga/AP/SIPA
Des partisans de William Ruto fêtent l’annonce de sa victoire, le lundi 15 août 2022 à Eldoret. © Brian Inganga/AP/SIPA

Le scrutin, qui s’est déroulé dans le calme, a été marqué par une participation en baisse: environ 65% des 22,1 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes le 9 août, contre 78% lors du dernier scrutin de 2017.

À 55 ans, Ruto devient le premier Kalenjin a être élu président depuis vingt ans, succédant à deux présidents issus de la communauté kikuyu. « Je travaillerai avec tous les leaders » politiques, dans un pays « transparent, ouvert et démocratique », a-t-il assuré après l’annonce de sa victoire. « Il n’y a pas de place pour la vengeance », a-t-il poursuivi, se disant « totalement conscient » que le pays « est à un stade où nous avons besoin de tout le monde sur le pont ».

Les heures qui vont suivre vont de fait être cruciales pour le pays, qui a connu à plusieurs reprises des épisodes de violences postélectorales meurtrières, notamment en 2007 et en 2017.

Dissensions au sein de la Commission

Des partisans de Raila Odinga manifestent à Nairobi contre la victoire annoncée de William Ruto, le lundi 15 août 2022. © Ben Curtis/AP/SIPA
Des partisans de Raila Odinga manifestent à Nairobi contre la victoire annoncée de William Ruto, le lundi 15 août 2022. © Ben Curtis/AP/SIPA

Lundi à la mi-journée, quelques heures avant la proclamation de ces résultats, quatre des sept membres de la Commission électorale ont annoncé rejeter par avance les résultats. Évoquant le « caractère opaque du processus », la vice-présidente de la Commission électorale, Juliana Cherera, a notamment affirmé : « Nous ne pouvons pas assumer la responsabilité des résultats qui vont être annoncés. »

Dans plusieurs quartiers de Nairobi réputés acquis à Raila Odinga, des manifestants ont commencé à se rassembler ce lundi 15 août au cri de « Pas de Raila, pas de paix ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Kenya : duel serré pour la présidence, les appels à l’unité se multiplient

août 14, 2022
Une urne scellée.

Depuis leur vote de mardi, les Kényans retiennent leur souffle devant ce duel présidentiel qui pourrait être un des plus serrés de l’histoire de leur pays. Photo : Getty Images/AFP/Brian Ongoro

Les appels à la paix et à l’unité ont résonné dimanche à l’échelle du Kenya, plongé dans l’interminable attente des résultats de la présidentielle du 9 août, qui apparaît particulièrement serrée, selon des résultats officiels partiels.

Dimanche matin, selon le décompte effectué par la Commission électorale (IEBC) en ce qui a trait à près de la moitié des bureaux de vote, le vice-président William Ruto menait ce coude-à-coude avec 51,25 % des voix, contre 48,09 % pour Raila Odinga, figure historique de l’opposition aujourd’hui soutenue par le président sortant Uhuru Kenyatta.

La Commission a ensuite coupé la diffusion en direct des résultats sans donner d’explication.

Toutefois, un décompte du quotidien Daily Nation, qui citait les données officielles à propos de 70 % des bureaux de vote, indiquait en soirée que M. Ruto avait jusqu’à présent obtenu 52,54 % des suffrages, tandis que M. Odinga en avait obtenu 46,78 %.

Depuis leur vote de mardi, les Kényans retiennent leur souffle devant ce duel présidentiel qui pourrait être un des plus serrés de l’histoire du pays. Leur patience est unanimement saluée dans un pays qui, au cours des dernières décennies, a connu plusieurs épisodes de tensions et violences postélectorales, parfois sanglantes.

Raila Odinga.

Raila Odinga, figure de proue de l’opposition kenyane, est un des favoris de la présidentielle. Photo : Getty Images/Donwilson Odhiambo

Priez pour le nouveau président

Dimanche, MM. Ruto et Odinga se sont rendus dans des églises de la capitale, Nairobi.

Vêtu d’une chemise blanche et d’une veste légère, William Ruto a appelé à une suite pacifique du processus électoral lors d’un service religieux : Nous avons voté pacifiquement, nous avons traversé ce processus pacifiquement, et ma prière, c’est que nous terminions ce processus pacifiquement.

Raila Odinga, vêtu d’une tunique bleue, sa couleur de campagne, a quant à lui récité une prière de saint François : Je veux devenir un instrument pour apporter la paix, guérir, unir et garder l’espoir vivant dans notre pays.

Ailleurs, les offices dominicaux, très fréquentés dans ce pays religieux, ont été l’occasion d’appels à la responsabilité.

À l’annonce des résultats, ne créez pas de problèmes ou de chaos, priez plutôt pour le nouveau président que Dieu nous a donné, a lancé l’évêque Washington Ogonyo Ngede devant 300 fidèles réunis à Kisumu, fief d’Odinga dans l’ouest du pays.

Des fidèles assistent à une messe.

Les Kényans prient pour la paix et pour l’unité du pays, minées par la présidentielle. Photo: Getty Images/ED Ram

Les dirigeants vont et viennent, mais le Kenya vit pour toujours, a ajouté cet ami de longue date de la famille Odinga.

À Eldoret, bastion de Ruto dans la vallée du Rift, l’évêque du diocèse catholique Dominic Kimengich a également appelé au calme, exhortant les hommes politiques à être très prudents dans leurs propos.

Nous avons connu cela en tant que Kényans, nous savons que toute remarque imprudente […] peut facilement déclencher un conflit, a-t-il déclaré avant une messe dans la paroisse de Yamumbi. Il a demandé aux responsables politiques d’accepter la volonté du peuple exprimée dans les urnes.

La Commission électorale sous pression

En écho au secrétaire d’État américain Antony Blinken samedi sur Twitter, une quinzaine d’ONG et de syndicats, dont Amnistie internationale, ont appelé dimanche à la patience.

Nous applaudissons les Kényans pour leur conduite pacifique pendant les élections et nous appelons au calme pendant que les résultats sont vérifiés, ont-ils déclaré dans un communiqué.

Quelque 22,1 millions d’électeurs ont été appelés aux urnes mardi pour désigner le successeur du président Uhuru Kenyatta ainsi que leurs gouverneurs, leurs parlementaires et leurs élus locaux.

Les résultats des scrutins locaux tombent au compte-gouttes. Ils ne laissent pas présager quel camp ravira la majorité parlementaire, mais ils dessinent d’ores et déjà une percée historique des femmes.

Pour la présidentielle, le suspense est maximal. Si aucun de ces deux candidats ne recueille plus de 50 % des voix ainsi que 25 % des voix dans la moitié des 47 comtés, le Kenya connaîtra pour la première fois un second tour.

William Ruto.

Le vice-président William Ruto est aussi favori à la présidentielle : il devancerait même son principal adversaire, Raila Odinga. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

L’IEBC est donc sous pression, non seulement parce que le pays, locomotive économique de l’Afrique de l’Est, tourne au ralenti dans l’attente des résultats mais aussi parce qu’elle a été vivement critiquée il y a cinq ans après une présidentielle invalidée par la Cour suprême.

Vendredi, la Commission a reconnu que les opérations de collecte, de comptage et de vérification des résultats étaient plus longues que prévu, ralenties, selon elle, par l’ingérence de partisans des partis politiques.

Cette élection présidentielle est scrutée de près par la communauté internationale. Le Kenya est en effet un point d’ancrage démocratique dans la région et les résultats de toutes les présidentielles y ont été contestés depuis 2002.

Le scrutin de mardi dernier a été marqué par un taux de participation d’environ 65 % [contre 78 % en août 2017], sur fond d’une inflation galopante et de frustration à l’endroit de l’élite politique.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Kenya : la Dame de fer fera-t-elle gagner Raila Odinga ?

juin 4, 2022

Candidat à la présidentielle d’août, Raila Odinga est entré dans l’histoire en faisant d’une femme, Martha Karua, sa colistière. Mais cela sera-t-il suffisant pour lui permettre de l’emporter ?

Raila Odinga et sa nouvelle colistière, Martha Karua (L), à Nairobi le 16 mai 2022. © Tony KARUMBA/AFP

Candidat à la magistrature suprême pour la cinquième fois, Raila Odinga a décidé de frapper fort pour que la victoire ne lui échappe pas une nouvelle fois en août prochain. En désignant l’ancienne ministre de la Justice Martha Karua comme colistière, le candidat entre dans l’histoire de la politique kényane et fait un pari osé alors que son principal adversaire, le vice-président William Ruto, faisait jusqu’à présent la course en tête.

Coup de fouet

Martha Karua pourra compter sur le soutien de l’électorat féminin et sur celui des défenseurs de l’égalité entre les sexes. Mais elle bénéficie aussi d’un ancrage territorial que lorgne le candidat Odinga, autour du Mont Kenya, une région où une grande partie du scrutin va se jouer. À 64 ans, cette avocate à la Haute Cour du Kenya est également connue pour ses positions sans concession contre la corruption.

« L’histoire nous appelle à combler le fossé entre les sexes dans notre pays, a déclaré Raila Odinga en annonçant le nom de sa colistière. L’histoire nous appelle à rendre la pareille aux femmes qui ont lutté et se montrées fidèles. L’histoire nous appelle à désigner notre première femme vice-présidente. »

La désignation de Martha Karua donne déjà un coup de fouet à la campagne de Raila Odinga, que les sondages créditent désormais d’une longueur d’avance. Mais l’intérêt médiatique que suscite l’Iron Lady (la Dame de fer) lui permettra-t-il d’entrer au palais présidentiel ? Rien n’est encore joué.

Martha Karua est immédiatement entrée en action. Portée par un mouvement favorable, elle s’est affichée en compagnie de plusieurs dirigeants politiques de la coalition qui soutient la candidature d’Odinga, Azimio la Umoja One Kenya Alliance. « Je suis venue pour planter les graines, je reviendrai pour arroser les cultures, puis je viendrai pour entretenir la terre et nous récolterons le moment venu », a-t-elle lancé lors d’un déplacement dans le comté de Meru.

Deuxième d’une famille de huit enfants, Martha Karua s’est très tôt forgée une personnalité affirmée. « Elle était dure même quand nous étions enfants, se souvient Jefta Karua, son frère cadet. Elle était un leader qui nous montrait la voie, et il n’y en avait pas deux, juste une. » Elle en découd parfois avec ses professeurs, mais décroche en 1980 un diplôme de droit à l’université de Nairobi puis est admise au barreau un an plus tard.

Pendant près de sept ans, elle oeuvre comme magistrate dans divers tribunaux des comtés de Nairobi et de Nakuru, avant de fonder son propre cabinet, Martha Karua & Co. Advocates, qu’elle a dirigé jusqu’en 2002. Elle fait campagne pour le multipartisme sous la présidence de Daniel Arap Moi et rencontre Raila Odeinga pour la première fois en 1990, alors qu’elle accepte de le défendre à la suite de son arrestation. « À l’époque, très peu d’avocats étaient prêts à me représenter, se souvient celui qui est maintenant son colistier. Mais cette femme, qui était une jeune avocate, a dirigé une équipe de 27 personnes pour dénoncer le caractère illégale de ma détention. »

Différends politiques

Le ticket Raila-Karua marque les retrouvailles de deux personnalités politiques qui se sont battues côte à côte au cours des 30 dernières années, mais qui ont souvent été en profond désaccord. Martha Karua a été élue pour la première fois au Parlement en 1992, la même année qu’Odinga. Après avoir été ministre de la Gestion et du Développement des ressources en eau du président Mwai Kibaki, puis ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles à partir de 2003, elle soutient Kibaki face à Odinga lorsqu’il brigue, en 2007, un second mandat.

Après les violences électorales de 2007-2008 (près de 1 500 morts), elle accuse le Mouvement démocratique orange (ODM) d’Odinga de « nettoyage ethnique », mais finit par servir à ses côtés dans le gouvernement d’unité nationale formé peu après pour apaiser les tensions. Elle quittera le gouvernement en avril 2009 après s’être opposée à Kibaki au sujet de nominations judiciaires.

Lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2013, on lui demande si elle accepterait d’être la colistière d’Odinga. Et de nouveau, elle prend publiquement ses distances : « Je ne partage aucune valeur avec […] Raila Odinga et n’admire pas sa politique, déclare-t-elle. Je lui ai demandé de rentrer chez lui avec le président Kibaki. Tous deux ont été incapables d’éradiquer la corruption dans leurs rangs. » C’est Uhuru Kenyatta qui sera élu.

Neuf ans plus tard, leur relation s’est apaisée. « Je veux qu’elle travaille sur notre Constitution », a annoncé Odinga, dont elle dit désormais qu’il « s’est battu toute sa vie pour les droits des Kenyans et pour la justice sociale. »

Tous deux pensent déjà à l’après. S’il est élu, Odinga préfère éviter d’entretenir des relations tendues avec celle qui serait alors sa vice-présidente. Il ne veut pas se retrouver dans la même configuration politique que Kenyatta. « Comme Joshua dans la Bible, un vice-président doit résoudre les problèmes du président et non lui en poser, a-t-il d’ailleurs prévenu. Ce poste est destiné à alléger le fardeau du président et à faciliter le joug qu’il porte. »

Par Jeune Afrique – avec Son Gatitu, pour The Africa Report

Banque : Paul Russo nommé à la tête de Kenya Commercial Bank

mai 26, 2022

Paul Russo a succédé le 25 mai à Joshua Oigara qui, en neuf ans, a mené le groupe vers une croissance significative et en a fait le numéro deux bancaire kényan.

Paul Russo © DR

Jusqu’ici directeur général de la National Bank of Kenya – NBK, filiale de Kenya Commercial Bank depuis son rachat en 2019 –, Paul Russo, entré dans le groupe en 2014, succède à Joshua Oigara. Professionnel des ressources humaines, il a auparavant occupé des postes à responsabilité dans ce domaine chez Barclays, PwC, K-Rep Bank Limited et Kenya Breweries Ltd, filiale d’EABL.

« Au cours de son mandat à NBK, il a opéré un redressement significatif à la banque. Il a fait passer l’entreprise du statut de déficitaire à celui de rentable, la plaçant sur une trajectoire de croissance plus forte à l’avenir », a déclaré Andrew Wambari Kairu, président du groupe KCB, dans un communiqué mardi 24 mai.

En mars, le conseil d’administration prolongeait d’un an le mandat d’Oigara à la tête de KCB afin de permettre ce que la banque a appelé un « processus de sélection compétitif ». Oigara avait été nommé DG de la banque en 2013, succédant à Martin Oduor-Otieno. Quelques années auparavant, il était recruté chez Bamburi Cement en vue de préparer le processus de succession.

Plus grande banque du Kenya après Equity

Au cours des neuf années que Joshua Oigara a passées à sa tête, KCB a mené une politique d’expansion agressive et connu une croissance significative. Dans son communiqué, la banque affirme que le DG sortant a eu « un parcours fantastique… et conduit le groupe à sa croissance la plus rapide en une décennie ».

Sous la direction d’Oigara, KCB a triplé le total de ses actifs, passant de 367,4 milliards de shillings kenyans (3,1 milliards de dollars) en septembre 2012 à 1 139 milliard de shillings kenyans en 2021, ce qui en fait la deuxième plus grande banque du Kenya après Equity Bank.

En avril, KCB a organisé la fusion de sa filiale rwandaise avec sa nouvelle acquisition, la Banque populaire du Rwanda (BPR), pour former BPR Bank Rwanda PLC, désormais le deuxième plus grand prêteur du pays. Outre le Kenya et le Rwanda, la banque est également présente en Tanzanie, au Soudan du Sud, en Ouganda et au Burundi. Elle a également entrepris des démarches en Éthiopie dans l’optique de la libéralisation du secteur bancaire, et se trouverait proche d’une acquisition en RDC.

Kenya Commercial Bank reste principalement dépendante de son marché national : ses filiales ont contribué à hauteur de 47,32 millions de dollars aux 300 millions de dollars de bénéfice net du groupe en 2021.

Avec Jeune Afrique par Morris Kiruga

Maroc, Sénégal, Gabon… Qui sont les champions africains de la finance verte ?

mai 14, 2022

Dans une nouvelle étude, la Banque africaine de développement (BAD) distingue sept pays africains pionniers en matière de croissance verte et de financement climatique.

Dans une pépinière, à Buee, dans le sud de l’Éthiopie, en juin 2020. © Michael Tewelde/AFP

Alors que le débat sur la dette africaine fait rage, la Banque africaine de développement (BAD) a, dans une étude publiée à la fin de janvier et qui vient d’être rendue publique, évalué les nouveaux mécanismes de financement d’une croissance soucieuse de la préservation de l’environnement.

Intitulée « Croissance verte en Afrique », cette étude, menée conjointement avec l’Institut mondial de la croissance verte (GGGI), présente une cartographie des pays selon leur degré d’avancement en matière de projets verts (énergies renouvelables, parcs éco-industriels, etc.). Elle désigne des pionniers en matière de croissance verte et, surtout, de finance climatique.

  • Kenya et Rwanda, deux grands leaders

Parmi ceux qui sortent du lot, le Kenya, dont le leadership en matière de croissance verte découle d’un changement institutionnel efficace. Le Rwanda, qui, lui, a mobilisé 160 millions de dollars par le biais du Fonerwa – un fonds par lequel le financement environnemental et climatique est acheminé, décaissé et suivi –, démontre que le financement de la croissance verte peut être stimulé par un mécanisme de lutte contre le changement climatique.

Bien que la création d’emplois dans les secteurs dits verts ne soit pas systématiquement suivie au niveau national, le Fonerwa estime avoir contribué à en créer 144 858, est-il écrit dans le rapport de la BAD.

  • Maroc, Tunisie et la part des énergies renouvelables

L’étude relève que, tout comme la Tunisie, le Maroc a atteint 100% d’accès à l’électricité, ce qui se traduit par une consommation par habitant relativement élevée dans ces deux pays.

Le Gabon, où la forte consommation d’électricité provient des citadins nantis (40% des populations rurales n’ont pas accès à l’électricité) est également dans cette catégorie. Au Gabon, au Kenya, au Rwanda et au Mozambique, la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité est importante (entre 60% et 90%) en raison du poids de l’hydroélectricité.

  • L’exemple éthiopien

L’Éthiopie, qui tente de jeter les bases d’une industrie verte par le biais d’un parc éco-industriel, fait également office de pionnier en matière de financement de la croissance verte, souligne le rapport. Grâce à de « bonnes pratiques de gestion des terres », ce pays a inversé la courbe de la dégradation du couvert végétal, qui est passé de 5% en 2010 à 13 ou 15% trois ans plus tard. Ce qui représente une contribution monétaire d’environ 27 milliards de birr, soit 520 millions de dollars selon le cours actuel.

L’expérience éthiopienne suggère, précise le rapport, que la réussite de la croissance verte dépend en partie de l’adoption et du respect d’un processus de planification ancré localement. En Tunisie, un mécanisme de financement innovant a produit des résultats probants dans le secteur des chauffes-eau solaires grâce au programme Prosol, censé lutter contre la déforestation.

Le mécanisme financier Prosol a été lancé entre 2005-2009 afin d’installer 300 000 m2 de capteurs solaires pour développer le marché des chauffes-eau dans le secteur résidentiel.

  • Lutte contre la déforestation : le label gabonais

Enfin, le Gabon comme le Mozambique constituent des modèles dans la lutte contre la déforestation, en vue d’assurer une croissance verte. L’annulation de l’exploitation forestière sur 1,3 million d’hectares, notamment dans les sanctuaires et les parcs nationaux, ainsi que l’interdiction d’exporter du bois non transformé ont entraîné une baisse de 50% de l’exploitation forestière.

Recouvert à 98% de forêt tropicale, le pays, qui exploitait 3,5 millions de mètres cubes de bois par an il y a quinze ans, a ramené ce seuil à 1,5 million de m3. Libreville a d’ailleurs demandé à toutes les sociétés forestières présentes sur son sol de se conformer au Forest Stewardship Council (FSC), un label qui promeut une gestion durable de la forêt.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly

Kenya : mort de l’ancien président Mwai Kibaki

avril 22, 2022

Au pouvoir de 2003 à 2013, Mwai Kibaki avait été le troisième chef de l’État de l’histoire du Kenya. Son décès a été annoncé ce 22 avril à Nairobi par l’actuel président, Uhuru Kenyatta.

Le président Mwai Kibaki au stade national de Nyayo à Nairobi, le 12 décembre 2012. © SIMON MAINA/AFP

« C’est un triste jour pour nous en tant que pays. Nous avons perdu un grand leader, l’ancien président Mwai Kibaki», a déclaré Uhuru Kenyatta dans une annonce solennelle retransmise à la télévision.

Impliqué dans la politique kényane depuis l’indépendance, obtenue en 1963, Mwai Kibaki avait été élu sur la promesse de lutter contre la corruption après plus de 20 ans de règne de l’autoritaire Daniel Arap Moi.

La décennie que ce Kikuyu a passé au pouvoir a néanmoins été marquée par des scandales de corruption ainsi que par les pires violences politiques depuis l’indépendance.

Fin 2007, sa réélection contestée débouche sur des violences opposant kikuyu et kalenjin, deux des principales communautés du pays. Plus de 1 000 personnes sont tuées et des centaines de milliers d’autres déplacées, et ces événements sont aujourd’hui encore une blessure profonde dans l’histoire du Kenya.

Sous la pression de Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations unies, Kibaki avait par la suite accepté un partage du pouvoir.

Cet ancien ministre des Finances, professeur d’économie formé en Ouganda et à Londres, a par ailleurs été reconnu pour son rôle dans le développement de l’économie locale, à travers notamment le plan Vision2030, repris par son successeur, Uhuru Kenyatta. Il alliait de vraies compétences technocratiques à un solide instinct libéral et réformateur.

Après son départ du pouvoir en 2013, il s’était retiré dans son fief de Nyeri, à une centaine de kilomètres au nord de Nairobi.

Avec Jeune Afrique