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Ngugi wa Thiong’o: « La culture est une arène de combat »

février 8, 2018

 

Ngugi wa Thiong’o au Festivaletteratura 2012 en Italie. © Niccolò Caranti

Chaque année, l’auteur kényan Ngugi wa Thiong’o est snobé par les jurés du prix Nobel de littérature. Pourtant, son œuvre est l’une des plus importantes d’Afrique, rédigée de surcroît dans une langue africaine, le gikuyu.

Ses livres traduits en français sont rares. Pourtant, l’écrivain kényan Ngugi wa Thiong’o fait parler de lui chaque année, avant l’attribution du prix Nobel de littérature. En vain. C’est regrettable : cet essayiste, romancier et dramaturge a derrière lui une œuvre d’une rare constance et d’une indéniable pertinence.

Né à l’heure de la colonisation en 1938, emprisonné sous Jomo Kenyatta, il a écrit nombre de ses textes en gikuyu – et défendu cette position avec un essai remarqué, Décoloniser l’esprit, paru en 1986. À l’occasion de la traduction d’un autre essai (Pour une Afrique libre) et d’un recueil de nouvelles (Cette impitoyable sécheresse), Ngugi wa Thiong’o a répondu – par écrit – à nos questions.

JeuneAfrique : Peu de vos livres sont traduits en français. Cela commence à changer. Pourquoi si tard ?

Ngugi wa Thiong’o : Je ne sais pas, mais je suis excité à l’idée que cela change. Mieux vaut tard que jamais. Ma vie littéraire a été enrichie par Rabelais, Montaigne, Molière, Voltaire, Balzac, Rousseau, Camus, Sartre, Fanon, par le biais de la traduction.

Je suis devenu un combattant de la langue

Aujourd’hui, vous écrivez en anglais ou en gikuyu?

Entre 1962 et 1975, mes romans étaient en anglais. Puis, à partir de 1975 et jusqu’à aujourd’hui, j’ai écrit mes fictions, mes pièces de théâtre et ma poésie en gikuyu. Quelques-uns de mes essais et travaux théoriques sont en anglais. Mais j’écris essentiellement en gikuyu.

Votre combat pour les langues africaines compte-t-il autant qu’autrefois dans votre vie? N’avez-vous pas l’impression que les changements sont très lents?

Les vrais changements prennent du temps, ils sont toujours très lents. Mais je suis devenu un combattant de la langue. Je lutte pour les langues africaines et pour toutes les langues marginalisées du monde. Toutes, petites et grandes, ont le droit d’exister.

Boubacar Boris Diop publie des classiques littéraires traduits en wolof dans une maison d’édition française, qu’en pensez-vous?

Génial. J’admire ses efforts. Il devrait y avoir de nombreuses traductions de classiques européens, ou asiatiques, dans les langues africaines.

Les politiques répressives vis-à-vis des langues africaines sont le premier obstacle à leur survie

Ne pensez-vous pas que le problème des langues est aujourd’hui un problème de marchés, les éditeurs considérant que les livres qui ne sont ni en français ni en anglais ne se vendront pas ?

Non, les marchés sont créés de toutes pièces. Les nôtres sont issus de systèmes d’éducation coloniaux qui punissaient les étudiants africains qui parlaient leurs langues sur le campus de l’école et récompensaient ceux qui utilisaient des langues européennes.

Le système colonial s’appuyait sur le présupposé que, pour connaître une langue étrangère, il faut abandonner sa propre langue. Rien n’empêche quelqu’un de connaître et de maîtriser sa langue maternelle en apprenant d’autres langues.

Les politiques gouvernementales répressives vis-à-vis des langues africaines sont le premier obstacle à leur survie. Nous, Africains, devons casser les chaînes psychologiques fabriquées par l’Occident et que nous portons toujours.

Essais, romans, nouvelles, quel est votre mode d’expression favori?

C’est l’écriture de fictions qui me rend le plus heureux, le roman essentiellement. Mais j’écris aussi des pièces, de la poésie et des essais.

Aujourd’hui, sur quoi travaillez-vous?

Essentiellement sur des histoires. Je viens d’en publier deux, Rwimbo rwa Njuki (« chanson d’une abeille ») et Nyoni Nyonia Nyone (« l’oiseau me montre que je pourrai voir »), mais les versions anglaises ne sont pas encore sorties.

À une époque, j’étais obsédé par la littérature russe

Lisez-vous surtout de la littérature «africaine»?

Je lis tout ce que je trouve intéressant, quelle qu’en soit l’origine. À une époque, j’étais obsédé par la littérature russe, Tolstoï, Dostoïevski, Tchekhov, Boulgakov, Gorki… Et puis cela a été les écrivains d’Amérique latine. Actuellement, je suis dans les mythologies hindoues, Le Mahabharata et Le Ramayana en particulier.

Un écrivain africain vous impressionne particulièrement en ce moment?

Je suis un grand admirateur de Chimamanda Ngozi Adichie.

Votre essai Secure the Base, qui vient d’être traduit en français, s’appuie sur de solides références marxistes. Pensez-vous que l’analyse marxiste demeure pertinente?

La dialectique marxiste – développée à partir de Hegel et de l’entière tradition dialectique depuis les Grecs – est importante pour comprendre le monde d’aujourd’hui.

Dans ce même essai, vous vous attaquez aux attitudes néocoloniales de pays comme la France, le Royaume-Uni ou les États-Unis, qui sont aussi des puissances nucléaires.

Je pense qu’il est totalement hypocrite de la part de pays qui disposent de quantité d’armes de destruction massive de continuer à dire que le danger vient de ceux qui pourraient les avoir et non de ceux qui les ont déjà. Je défends une campagne internationale pour le désarmement nucléaire.

Existe-t-il une bonne raison pour que les trésoreries de quatorze pays africains indépendants soient sous le contrôle du ministère des Finances, à Paris ?

Vos critiques vis-à-vis des gouvernements africains sont néanmoins assez sévères…

En général, je suis critique envers les systèmes économiques et politiques qui font du continent africain un cadeau qui continue d’être offert à l’Occident. Existe-t-il une bonne raison pour que les trésoreries de quatorze pays africains indépendants soient sous le contrôle du ministère des Finances, à Paris ? Cinquante années après les indépendances ? Les troupes françaises sont partout en Afrique de l’Ouest. Avez-vous déjà vu des troupes africaines de maintien de la paix quelque part en France ?

Pensez-vous que la culture puisse encore être une puissante source d’opposition ?

La culture fait partie intégrante de notre existence économique, politique, sociale et spirituelle. C’est une arène de combat. La culture est à la société humaine ce que les fleurs sont aux plantes. Les fleurs sont belles, elles donnent leur identité à la plante, elles en contiennent aussi les graines d’avenir.

«Décoloniser l’esprit» : avez-vous l’impression de progrès de puisque vous avez employé cette expression ?

On en parle un peu plus. En Afrique du Sud, l’idée de décoloniser les institutions sociales nourrit les combats actuels pour la transformation sociale. Mais il reste un long chemin à parcourir.

Chaque année, votre nom est prononcé avant l’attribution du prix Nobel. Est-ce une reconnaissance que vous espérez? 

J’apprécie qu’autant de personnes pensent que mon travail mérite ce prix. Mais je n’ai rien à dire en la matière.

L’Afrique devrait-elle créer son propre prix littéraire ?

Il y a des prix littéraires en Afrique, mais ils ne sont ni aussi riches ni aussi connus que le Nobel.

Vous vivez actuellement aux États-Unis. Est-ce en raison de l’agression que vous avez subie en 2004 au Kenya ? Vous sentez-vous exilé ?

Ma femme, Njeeri wa Ngugi, et moi-même travaillons pour l’université de Californie, à Irvine. En dépit des attaques passées, nous avons l’intention de prendre notre retraite au Kenya. Quand nous y sommes retournés récemment, nous avons été bien reçus par le président Uhuru Kenyatta.

Après tout, en 1977-1978 j’ai été emprisonné pour des mots

Pensez-vous que le monde littéraire a perdu de son pouvoir politique en raison de stratégies de carrière individualistes ?

Le mot n’a jamais perdu de son pouvoir. Après tout, en 1977-1978 j’ai été emprisonné pour des mots. La littérature est aujourd’hui en concurrence avec la télévision, le cinéma, internet. Mais les technologies numériques ouvrent de nouveaux horizons, de nouvelles possibilités.

Je peux seulement espérer que ceux qui ont des oreilles m’entendront

Vous êtes très critique envers les démocraties occidentales. De quel système politique rêvez-vous?

Je rêve d’un monde sans faim, sans maladies, sans ignorance, sans prisons, sans mendicité… Je voudrais voir un monde où le progrès ne se mesure pas au style de vie des millionnaires mais à celui de tous ceux qui permettent à nos usines de tourner et à nos fermes de produire.

En tant qu’intellectuel, pensez-vous être entendu des hommes politiques africains ?

Je peux seulement espérer que ceux qui ont des oreilles m’entendront. Mais surtout je veux que les gens apprécient de me lire. Je suis heureux quand je croise un étranger qui me dit à quel point une de mes œuvres a influencé sa vie.

Des livres trop peu traduits

En 2018, les éditions Passage(s) vont publier une série de livres de l’auteur kényan. « C’est lorsque Nicolas Pien et moi avons noté, il y a un an, qu’une fois de plus l’Afrique avait été oubliée par le jury Nobel, que Ngugi wa Thiong’o était peu traduit et que ses livres étaient pratiquement introuvables, que nous avons décidé de creuser la question, explique l’anthropologue Dominique Lanni, des éditions Passage(s).

C’est ainsi que nous avons appris que la plupart des droits pour les œuvres de Ngugi ne couraient plus. Nous avons lu une partie importante de sa bibliographie et contacté l’auteur et ses agents afin d’acquérir les droits permettant de présenter plusieurs aspects de son œuvre de dramaturge, de nouvelliste et de romancier. »

Du théâtre au roman

Les éditeurs publieront en 2018 Combattants et martyrs (nouvelles), Le Procès de Dedan Kimathi (théâtre), Ne pleure pas, mon enfant (roman). Cette impitoyable sécheresse (nouvelles), paru en 2017, contient sept textes qui forment une bonne introduction à l’œuvre du Kényan, tant par leur classicisme formel que par leur enracinement profond dans les cultures de la région.

Jeuneafrique.com par

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Kenya: la police arrête un nouveau député de l’opposition

février 3, 2018

 

Raila Odinga lors de sa prestation de serment symbolique le 30 janvier dans un parc de Nairobi. © Ben Curtis/AP/SIPA

Les autorités kényanes ont arrêté samedi un nouveau responsable de l’opposition, le troisième depuis l’investiture symbolique comme « président du peuple » de l’opposant Raila Odinga, qui estime que la victoire à l’élection de 2017 lui a été volée.

Le député George Aladwa a été interpellé à l’aube par la police à son domicile à Nairobi, a indiqué à l’AFP Charles Owino, porte-parole de la police kényane.

Selon Charles Owino, le député Aladwa « fait l’objet d’une enquête » en lien avec une fusillade présumée mercredi au domicile de Kalonzo Musyoka, le colistier de Raila Odinga à la présidentielle de l’an dernier, et en lien avec la mobilisation de partisans de l’opposition vendredi pour une manifestation qui a dégénéré en affrontement avec la police.

 Contre-attaque du gouvernement

Mais de hauts responsables policiers, sous couvert de l’anonymat, ont indiqué à l’AFP que la police lui reproche surtout d’avoir organisé la mobilisation des milliers de personnes qui ont assisté à la prestation de serment symbolique de Raila Odinga le 30 janvier dans un parc du centre de Nairobi.

Son arrestation « est liée à la mobilisation des gens qui ont été à ce rassemblement et on l’accuse aussi d’avoir mobilisé pour des manifestations après les deux autres arrestations », a déclaré une de ces sources, en référence à l’interpellation mercredi du député d’opposition TJ Kajwang, et celle vendredi de l’opposant Miguna Miguna.

George Aladwa est de fait le troisième membre de l’opposition arrêté pour avoir participé à l’investiture symbolique de Raila Odinga, qui refuse de reconnaître la réélection du président Uhuru Kenyatta en 2017, accompagnée de mois de troubles qui ont fait 92 morts, selon des défenseurs des droits de l’homme.

Trois chaînes de télévision suspendues

Cette nouvelle arrestation est une des mesures prises par le gouvernement depuis « l’investiture » de Raila Odinga, des mesures qui inquiètent la communauté internationale, dont l’ONU, et sont dénoncées par la société civile comme un recul des libertés.

Les trois principales chaînes de télévision kényanes sont ainsi suspendues depuis mardi pour avoir voulu retransmettre la cérémonie de Raila Odinga et les autorités ignorent depuis jeudi une décision de justice autorisant ces chaînes – inaccessibles au petit écran mais qui continuent à diffuser sur internet – à reprendre l’antenne.

La police ignore, elle, depuis vendredi l’ordre d’un juge ayant ordonné la libération de Miguna Miguna dans l’attente d’une nouvelle comparution lundi.

Raila Odinga a lui aussi essuyé des critiques de la part de la communauté internationale en raison de son « investiture », à la suite de laquelle le ministre de l’Intérieur Fred Matiang’i a qualifié d’ »organisation criminelle » le Mouvement de résistance nationale (NRM) lancé par l’opposition pour mettre en œuvre un programme de désobéissance civile, dont cette cérémonie fait partie.

Jeunearfrique.com

Kenya: ouverture d’une enquête après l’investiture de Raila Odinga

janvier 31, 2018

 

Raila Odinga lors de sa prestation de serment symbolique le 30 janvier dans un parc de Nairobi. © Ben Curtis/AP/SIPA

L’investiture symbolique de Raila Odinga ? « Une tentative pour renverser le gouvernement », a estimé ce mercredi le ministre de l’Intérieur. Ce dernier a également accusé de « complicité » plusieurs chaînes de télévision, qui ont tenté de retransmettre l’événement.

Devant des milliers de partisans en délire, Raila Odinga a été investi mardi 30 janvier « président du peuple », dans un parc de la capitale, Nairobi. Une prestation de serment au caractère symbolique pour rappeler que l’opposant n’a jamais accepté de reconnaître la réélection d’Uhuru Kenyatta en 2017.

Le député d’opposition et juriste TJ Kajwang, qui a supervisé la cérémonie d’investiture, a été arrêté ce mercredi 31 janvier par la police.

« Ce dont nous avons été les témoins au parc Uhuru était une tentative parfaitement orchestrée de renverser le gouvernement légalement constitué de la République du Kenya », a déclaré dans un communiqué le ministre Fred Matiang’i, ajoutant qu’une enquête a été ouverte.

Les forces de l’ordre à bonne distance

Les observateurs avaient craint des violences à l’occasion de cette cérémonie alternative. Mais, chose rare, les forces de l’ordre ont finalement gardé leurs distances avec la foule. Un comportement justifié par la présence « d’éléments criminels opérant sous la bannière » de la coalition d’opposition Nasa, qui avait prévu de commettre des violences durant l’événement et de « blâmer la police », a précisé mercredi Fred Matiang’i, lors de la conférence de presse.

Citizen TV, KTN News et NTV resteront fermées jusqu’à ce que l’enquête soit terminée

Le ministre a également évoqué la décision des autorités de couper les retransmissions de plusieurs chaînes de télévision, ayant décidé de braver l’interdiction de diffuser la prestation de serment de Raila Odinga. Ces médias « ont participé à la promotion d’un acte illégal », a-t-il déclaré.

Ces chaînes de télévision, qui incluent trois des principales chaînes privées du pays, Citizen TV, KTN News et NTV, « resteront fermées jusqu’à ce que l’enquête soit terminée », a précisé le ministre.

« Une atmosphère d’intimidation »

Dénonçant une « atmosphère d’intimidation », les patrons de presse kényans avaient indiqué lundi dans un communiqué que le président Uhuru Kenyatta les avait convoqués pour menacer de « fermer et retirer les licences de tout média qui retransmettrait en direct » la cérémonie.

Les autorités kényanes ont « violé le droit du public à l’information », a soutenu Otsieno Namwaya, chercheur pour Human Rights Watch, cité dans un communiqué. « Le Kenya est sur une pente glissante en ce qui concerne les droits de l’Homme », a ajouté l’ONG.

Un acte de « trahison »

Depuis le scrutin du 26 octobre, qui avait été boycotté par Raila Odinga, la coalition d’opposition Nasa a eu pour stratégie de contester la légitimité du président Kenyatta en cherchant à créer des structures de gouvernement parallèles. Des « assemblées du peuple » se sont réunies dans certains comtés et l’« investiture » de Raila Odinga devait marquer l’apogée du processus.

Un groupe d’individus qui souhaitent provoquer l’anarchie et le chaos

Les conséquences de l’investiture symbolique restent incertaines, notent les observateurs. Les autorités avaient averti qu’elle pourrait constituer un acte de « trahison », soulevant la possibilité d’une arrestation, à haut risque, de l’opposant.

Une « organisation criminelle »

Mais l’opposant n’a pas prononcé le même serment que celui prévu par la Constitution pour l’investiture du chef de l’État, se proclamant par exemple « président du peuple », et non « président ».

Le Mouvement de résistance nationale (NRM) lancé fin 2017 par Raila Odinga, chargé de mettre en œuvre le programme de désobéissance civile de l’opposition, a cependant été qualifié d’« organisation criminelle » mercredi par le ministre Matiang’i: « C’est un groupe d’individus qui souhaitent provoquer l’anarchie et le chaos ».

Jeuneafrique.com

Kenya: l’opposant Raila Odinga investi « président du peuple » malgré sa défaite

janvier 30, 2018

L’opposant kenyan Raila Odinga brandit une bible lors d’un rassemblement public le 27 janvier 2018 à Homa Bay, sur les bords du lac Victoria / © AFP / BRIAN ONGORO

L’opposant kényan Raila Odinga a prêté serment mardi comme « président du peuple » malgré sa défaite électorale en 2017, un geste aux conséquences incertaines alors que les autorités avaient averti qu’une telle investiture pourrait constituer à un acte de « trahison ».

Devant des milliers de partisans en délire rassemblés dans le centre de Nairobi, M. Odinga a prêté serment bible en main lors d’une cérémonie aussi courte que chaotique, dont la diffusion par les médias avait été interdite par le gouvernement.

« Moi, Raila Amolo Odinga (…), je prends la fonction de président du peuple de la République du Kenya », a déclaré l’opposant. « Nous avons tenu notre promesse ».

M. Odinga, 72 ans, refuse de reconnaître la réélection du président sortant Uhuru Kenyatta en 2017, couplée à des mois de troubles qui ont fait 92 morts, selon des défenseurs des droits de l’Homme, principalement dans la répression de manifestations de l’opposition. M. Odinga estime que la victoire à la présidentielle lui a une nouvelle fois été volée.

L’annonce d’une prestation de serment alternative avait fait craindre des violences, mais les forces de l’ordre ont toutefois gardé leurs distances avec la foule, qui s’est rapidement dispersée une fois la cérémonie achevée.

Le procureur général Githu Muigai avait averti le mois dernier que toute « investiture » équivaudrait à un acte de « trahison », soulevant la possibilité d’une arrestation, à haut risque, de M. Odinga.

Les conséquences de l’investiture de Raila Odinga sont toutefois peu claires, relèvent les observateurs, notamment car l’opposant n’a pas prononcé le même serment que celui prévu par la Constitution pour l’investiture du chef d’Etat. Raila Odinga s’est par exemple proclamé « président du peuple » et non « président ».

Signe d’un possible désaccord au sein de la coalition d’opposition Nasa, plusieurs de ses responsables étaient absents mardi, le plus notable d’entre eux étant le colistier de M. Odinga à l’élection de 2017, Kalonzo Musyoka.

– Saga électorale –

Les Kényans étaient appelés en 2017 à choisir leur président, mais cet exercice démocratique s’est assimilé à une véritable saga: un premier vote avait eu lieu le 8 août, remporté par M. Kenyatta, mais le résultat avait été annulé par une décision historique de la Cour suprême et un nouveau scrutin organisé le 26 octobre.

Affirmant que l’élection ne pouvait être crédible, M. Odinga avait boycotté le vote d’octobre. M. Kenyatta l’avait dès lors emporté avec 98% des voix, avant d’être officiellement investi fin novembre.

A la veille de l’investiture de M. Odinga, les patrons de presse ont publié un communiqué assurant que le président Kenyatta les avait convoqués pour menacer de « fermer et retirer les licences de tout média qui retransmettrait en direct » la cérémonie.

Certaines chaînes de télévision ont toutefois défié l’interdiction et une des principales, Citizen TV, a rapporté en ligne mardi matin que ses transmissions avaient été coupées par l’autorité des communications. La retransmission s’est malgré tout poursuivie sur son site web.

« Ils ont peur, ils ne veulent pas que le monde voie ce qu’il se passe, ce que veut le peuple », a déclaré un homme une pierre à la main, attendant la venue de M. Odinga, qui avait déjà reporté une cérémonie d’investiture alternative en décembre.

– ‘Jeu dangereux’ –

Dans le parc Uhuru de Nairobi, des gens ont défilé des sifflets à la bouche et des branchages à la main, tandis que des banderoles clamaient « Raila Odinga président du peuple ».

Un homme d’affaires en costume qui a demandé l’anonymat a expliqué à l’AFP que la cérémonie d’investiture avait une valeur symbolique. « Cela fait du bien au moral des gens de sentir qu’on entend leurs voix », a-t-il expliqué.

Depuis son boycottage de l’élection d’octobre, la coalition Nasa a eu pour stratégie de contester la légitimité du président Kenyatta en cherchant à créer des structures de gouvernement parallèles. Des « assemblées du peuple » se sont réunies dans certains comtés et l’investiture de M. Odinga comme « président du peuple » doit marquer l’apogée du processus.

Le centre d’analyse International Crisis Group s’est inquiété dans un communiqué que MM. Odinga et Kenyatta « jouaient un jeu dangereux » dans un pays divisé et où des violences politico-ethniques avaient fait un millier de morts après l’élection de 2007.

« Etant donné la profonde polarisation sociale et des antécédents d’affrontements violents entre la police et les manifestants, les actions des deux dirigeants risquent de se traduire par un bain de sang significatif », écrit l’ICG.

Romandie.com avec(©AFP / 30 janvier 2018 14h11)                

Avec le décès de Calestous Juma, l’Afrique a perdu un défenseur de l’innovation technologique

décembre 20, 2017

 

SIPANY/SIPA © Calestous Juma en 2016

La mort le 15 décembre de l’influent professeur kényan Calestous Juma, spécialiste des questions progrès technologiques et de développement en Afrique, a suscité de nombreuses réactions à travers le monde, notamment de chefs d’États africains.

« Une autorité internationalement reconnue sur la question de l’utilité de la science et de l’innovation pour le développement durable de pays développés et en développement ». Voilà comment l’université de Harvard résume le personnage de Calestous Juma, professeur du prestigieux établissement, décédé vendredi 15 décembre des suites d’un cancer. Il avait 64 ans.

Collaborateur régulier de publications de renom comme le New-York Times ou le Guardian, auteur prolifique, le chercheur kényan défendait dans ses écrits l’intérêt de l’entrepreneuriat et de l’innovation technologique pour transformer les sociétés africaines, notamment dans le domaine de l’environnement et de l’agriculture.

Genèse d’un engagement

Lorsque Calestuous Juma parlait des origines de son attachement à ces questions de progrès, il utilisait une anecdote bien précise. À 9 ans, son village de Port-Victoria, niché sur les bords du Lac Victoria à la frontière ougandaise, subit des inondations. La plupart des cultures de cet endroit reculé de l’ouest kényan sont détruites et, très rapidement, les rations viennent à manquer.

Les villageois réfléchissent alors à un moyen de replanter les pertes sur un espace plus restreint, mais John Juma, le père de Calestous, charpentier de profession, traverse la frontière ougandaise et revient avec des coupes de maniocs.

Tubercule riche en glucides et résistante aux inondations, le manioc est, à l’époque, assez peu populaire dans cette partie du Kenya. John Juma doit donc s’employer à convaincre de l’utilité de l’introduction de cette plante pour remplacer les cultures détruites, plusieurs villageois craignant qu’elle n’attire les cochons sauvages déplacés par les inondations et que ceux-ci viennent à nouveau détruire les récoltes.

John Juma a finalement obtenu gain de cause. La manioc est aujourd’hui un des aliments de base de la région. Cet épisode laissera le futur chercheur avec la certitude que l’opposition à une innovation ne doit pas nécessairement être un frein au progrès.

Débat sur les OGM

Défenseur de la biotechnologie, moyen selon lui de transformer le potentiel agricole africain en force de développement économique, Calestous Juma s’est aussi attirer les foudres des activistes anti-OGM (organisme génétiquement modifié).

« Les sceptiques de la biotechnologie ont droit de mettre en doute son rôle dans la sécurité alimentaire mondiale. Mais ils ont tort d’ignorer la preuve (voir l’évidence) croissante des contributions potentielles la biotechnologie et les nouveaux défis comme le changement climatique qui exigent des nouvelles réponses technologiques », écrivait-il dans une tribune publiée dans le Guardian en 2014.

De Kenyatta à la fondation Bill and Mélinda Gates

Membre du comité de direction d’organisations prestigieuses comme la Fondation Agha Khan, Calestuous Juma a également coprésidé le Groupe de haut niveau de l’Union africaine sur la science, la technologie et l’innovation.

Il a également fondé le African Centre for Technology Studies, ONG basée à Nairobi et spécialisée dans la recherche technologique et le développement durable.

L’annonce de sa mort a déclenché une vague de réactions d’hommes politiques, d’entrepreneurs ou d’anciens élèves sur les réseaux sociaux. Le président kényan Uhuru Kenyatta ainsi que son rival Raila Odinga ont salué un des « plus éminents savants » kényan. Le président rwandais Paul Kagame a de son côté regretté la perte « d’un de nos esprits les plus brillants dédié à l’innovation, l’éducation et la prospérité de l’Afrique ».

La fondation Bill et Mélinda Gates, qui a financé plusieurs projets du professeur kényan, a remercié « un inépuisable champion du développement économique et social en Afrique ».

Jeuneafrique.com par

Kenya: HRW dénonce des viols, notamment par la police, pendant les violences électorales

décembre 14, 2017

Nairobi – L’ONG Human Rights Watch a dénoncé jeudi de « nombreux » viols commis au Kenya, notamment par les forces de sécurité, durant un feuilleton électoral de près de quatre mois émaillé de violences et marqué par l’invalidation en justice d’un scrutin présidentiel.

« Environ la moitié des femmes interrogées ont dit avoir été violées par des policiers ou des hommes en uniforme », a indiqué HRW dans un rapport, précisant avoir mené des entretiens avec 65 femmes, trois mineures et trois hommes ayant subi des agressions sexuelles de diverses natures.

« D’autres survivants disent avoir été violés par des civils », a assuré HRW, soulignant que le but de son rapport n’est pas d’établir une liste exhaustive des cas de violences sexuelles mais d’illustrer cette triste tendance par quelques exemples documentés en détail.

La moitié des viols recensés dans ce rapport sont des viols collectifs, a ajouté l’ONG, selon laquelle « de nombreuses attaques ont été accompagnées d’actes de torture et de violences physiques, alors que certains assaillants ont soumis leurs victimes par des menaces verbales ou en pointant vers elles leurs fusils ou leurs couteaux ».

« Les assaillants ont également violenté les enfants ou les époux des femmes durant certaines attaques », a précisé la même source, soulignant que « les récentes élections kényanes ont été marquées par des violences et de graves violations des droits de l’homme, surtout dans des bastions de l’opposition », dans l’ouest du pays, dans les bidonvilles de Nairobi et sur la côte kényane.

Dans son rapport, l’ONG dénonce de manière plus générale le comportement de la police durant la longue période électorale kényane, notamment « l’usage excessif de la force contre des manifestants, les meurtres, passages à tabac et membres coupés d’individus, ainsi que le pillage et la destruction de biens ».

Le chef de la police kényane Joseph Boinnet a réagi en qualifiant les accusations de viols de « tissu de mensonges ».

Au moins 58 personnes ont été tuées entre le 8 août et fin novembre dans les violences ayant accompagné le processus électoral, en grande majorité dans la répression de manifestations de l’opposition par la police, selon un comptage de l’AFP.

HRW a regretté jeudi l’impunité dont bénéficient les forces de police et le refus de nombreux agents d’enregistrer les plaintes contre leurs collègues.

Regrettant que de très nombreuses violations des droits de l’Homme par la police lors des violences ayant suivi la présidentielle de 2007 (1.100 morts) soient restées impunies, HRW a appelé le gouvernement à enquêter sérieusement, cette fois-ci, sur les crimes commis par ses forces de l’ordre.

Le Kenya est sorti extrêmement polarisé du dernier processus électoral présidentiel, qui lui a rappelé ses profondes divisions ethniques, géographiques et sociales et a notamment été marqué par l’invalidation en justice de la réélection du président Uhuru Kenyatta à l’élection du 8 août.

L’opposant Raila Odinga a ensuite boycotté le nouveau scrutin, organisé le 26 octobre et dont M. Kenyatta est sorti vainqueur avec 98% des voix. Une victoire toutefois ternie par la faible participation (39%), principalement en raison du boycottage de l’opposition.

Romandie.com avec(©AFP / 14 décembre 2017 15h26)                                            

Kenyatta, l’héritier multi-millionnaire face au défi de la réconciliation

novembre 28, 2017

Le président kényan Uhuru Kenyatta prête serment pour un deuxième mandat à Nairobi, le 28 novembre 2017 / © AFP / YASUYOSHI CHIBA

Le président kényan Uhuru Kenyatta, l’héritier du père fondateur de la nation investi mardi pour un second mandat, devra faire oublier les circonstances controversées de sa réélection et réconcilier un pays fracturé de toutes parts.

Son score fleuve de 98,26% des voix, obtenu en raison du boycott de l’opposition, est en trompe l’oeil: seulement 7,5 millions d’électeurs sur 19,6 millions d’inscrits, ont porté leur voix sur M. Kenyatta, 56 ans, bien loin du triomphe dont il avait rêvé.

Il avait obtenu 8,2 millions lors d’un premier scrutin le 8 août, annulé par la Cour suprême pour « irrégularités », et son camp a répété à l’envi qu’il visait les 10 millions cette fois-ci. Sa légitimité pourrait se ressentir de ces chiffres décevants.

Le leader de l’ethnie kikuyu va être confronté à un défi immense: réconcilier un pays divisé sur des lignes politico-ethniques. Mais l’intransigeance dont il a fait preuve jusqu’ici ne laisse pas forcément présager qu’il en soit capable.

M. Kenyatta a refusé de s’asseoir à la même table que son vieux rival Raila Odinga, 72 ans, un Luo, qui s’est montré tout aussi hostile à l’idée de négociations. Celui-ci a boycotté le scrutin du 26 octobre, estimant qu’il ne pourrait jamais être libre et équitable, et, estimant avoir remporté la première élection du 8 août, a annoncé mardi qu’il prêterai serment à son tour comme président le 12 décembre, jour anniversaire de l’indépendance.

Le gouvernement de M. Kenyatta a laissé la police mener une répression impitoyable des manifestations de l’opposition, qui a provoqué la mort d’au moins 49 personnes depuis le 8 août, pour la plupart tuées par balle.

Après l’invalidation de la première élection, il n’avait pu cacher sa rancœur à l’égard des juges, qu’il avait qualifiés d' »escrocs ».

Le faible taux de participation (38%) est d’autant plus embarrassant que M. Kenyatta avait mené une campagne active aux quatre coins du pays, avec son vice-président William Ruto, un Kalenjin, pour vanter son bilan économique, plutôt honnête.

– Héritier dilettante –

Mais, perçu comme l’incarnation d’une élite politique corrompue et peu concernée par l’intérêt général, et contesté pour sa gestion de la crise, il n’a pu convaincre au-delà de son ethnie et de celle de M. Ruto.

Uhuru, un multi-millionnaire éduqué aux États-Unis, avait été élu président en 2013, un demi-siècle après son père Jomo Kenyatta, le premier chef d’État (1964-1978) du Kenya devenu indépendant du Royaume-Uni.

Lui et son colistier étaient alors pourtant inculpés par la Cour pénale internationale (CPI) pour leur rôle dans les violences post-électorales de 2007-2008 (plus de 1.100 morts), où Kikuyu et Kalenjin s’étaient entretués.

Mais MM. Kenyatta et Ruto ont habilement transformé cette inculpation en atout politique, se dépeignant en victimes d’un tribunal « néo-colonial ». Ils ont plus tard été exonérés, faute de preuves, après la rétractation de témoins.

Charismatique et moderne pour les uns, héritier dilettante pour les autres, M. Kenyatta a passé une bonne partie de son premier mandat à se dépêtrer des accusations de la CPI, qui avaient amené de nombreux pays occidentaux à se détourner de lui.

Après l’abandon des poursuites à son encontre fin 2014, le Kenya est redevenu fréquentable. Il a accueilli le président américain Barack Obama puis le pape François.

Mais son mandat a aussi été marqué par les attaques meurtrières des militants islamistes somaliens shebab contre le centre commercial Westgate à Nairobi en 2013 et l’université de Garissa (est) en 2015.

– Empire financier –

Uhuru (« liberté » en swahili) est né le 26 octobre 1961, quelques mois après la libération de son père, emprisonné pendant près de dix ans par le pouvoir colonial.

L’empire financier de la famille Kenyatta comprend notamment l’entreprise laitière Brookside, la banque CBA (Commercial Bank of Africa), le groupe de média Mediamax et un groupe d’hôtels de luxe.

Elle est surtout le principal propriétaire terrien du Kenya, à la tête de plus de 200.000 hectares de terres achetées par Jomo au moment de l’indépendance, via un programme critiqué de transfert foncier à bas prix.

En 2011, le magazine Forbes avait estimé la fortune d’Uhuru à 500 millions de dollars (423 millions d’euros). Proche des gens – il parle aux jeunes en argot et esquisse régulièrement quelques pas de danse -, il n’a jamais vraiment fait oublier sa réputation de fêtard et le penchant pour la bouteille qu’on lui prête.

« Les handicaps de Kenyatta sont au moins aussi importants que ses forces. Il boit trop et n’est pas un bourreau de travail », écrivait mi-2009 l’ambassadeur américain à Nairobi dans un télégramme publié par Wikileaks.

Regard alourdi par de profondes poches sous les yeux, marié et père de trois enfants, Uhuru ne doit pas son ascension à son père, mais au successeur de ce dernier, l’autocrate Daniel arap Moi (1978-2002).

Celui-ci le propulse candidat de la Kanu à la présidentielle de 2002, suscitant l’ire des caciques de l’ex-parti unique. Battu, il devient le chef de l’opposition, avant de soutenir la réélection de Mwai Kibaki à la présidentielle du 27 décembre 2007, face, déjà, à Raila Odinga.

La contestation de la courte victoire de Kibaki dégénère en tueries politico-ethniques, qui lui voudront d’être inculpé par la CPI. Il entrera ensuite dans le gouvernement de coalition formé par M. Odinga, avant de se présenter à la présidentielle de 2013.

Romandie.com avec(©AFP / 28 novembre 2017 16h13)

Validation de la réélection d’Uhuru Kenyatta: violences dans les bastions de l’opposition

novembre 20, 2017

Des partisans de Raila Odinga, lors d’une manifestation à Nairobi ce lundi 20 novembre 2017, après la validation de la victoire de Uhuru Kenyatta. © Brian Inganga/AP/SIPA

Le Cour suprême du Kenya a rejeté les deux recours demandant l’invalidation de l’élection présidentielle du 26 octobre, validant de fait la réélection du président sortant Uhuru Kenyatta. Cette annonce a été suivie de manifestations violentes dans les bastions de l’opposition. Deux personnes ont été tuées à Kibera, bidonville de Nairobi.

« La Cour a décidé à l’unanimité que les recours ne sont pas fondés, a déclaré son président, David Maraga, en rendant la décision ce 20 novembre. En conséquence, l’élection présidentielle du 26 octobre est validée et la réélection d’Uhuru Kenyatta est confirmée ». Cette décision signifie que le président sortant, âgé de 56 ans et au pouvoir depuis 2013, sera investi le 28 novembre pour un nouveau mandat de cinq ans.

Cette annonce a aussitôt été suivie de violences dans les bastions de l’opposition. Un jeune homme a été tué par balles dans le bidonville de Kibera à Nairobi, où la police est intervenue pour disperser des manifestants.

Un autre homme a été tué dans à Migori, dans le sud-ouest du pays, d’après le chef de la police locale. Selon une autre source policière, il s’agit d’un ambulancier qui était intervenu pour prêter assistance à des personnes blessées.

Après l’incident, de nombreux habitants ont commencé à se diriger vers le poste de police local, pour demander des comptes aux policiers. Sitôt l’annonce de la Cour suprême confirmée, des manifestations de faible ampleur ont eu lieu dans ces bastions de l’opposition que sont les bidonvilles de Nairobi et l’ouest du Kenya.

Bataille juridique

Les membres de la Cour suprême du Kenya, le 1er septembre 2017. © Ben Curtis/AP/SIPA

Le 1er septembre, la même Cour suprême, plus haute juridiction kényane, avait pris la décision historique sur le continent d’invalider l’élection du 8 août. Uhuru Kenyatta a remporté l’élection d’octobre avec 98% des voix. Mais sa victoire a été ternie par une faible participation (39%), le scrutin ayant été boycotté par l’opposition.

Pendant deux jours, la Cour a examiné en les fusionnant deux recours, déposés par un homme d’affaires et ancien député proche de l’opposition, John Harun Mwau, et par deux responsables d’ONG, Njonjo Mue et Khelef Khalifa.

Elle a écouté leurs avocats arguer que la Commission électorale (IEBC) aurait dû procéder à une nouvelle sélection de candidats après l’annulation de la première élection, et mettre en cause le manque d’indépendance de cet organe, incapable à leurs yeux de garantir un scrutin libre et équitable.

Ils ont en outre rappelé les propos du président de l’IEBC en personne, Wafula Chebukati, qui avait avoué, une semaine avant le scrutin, s’estimer incapable de garantir l’équité de l’élection et avait dénoncé des interférences politiques. Il avait ensuite affirmé que les conditions étaient réunies pour l’organiser.

Regain de tension

La crise politique a été marquée par des violences qui ont fait au moins 52 morts depuis le 8 août, pour la plupart dans la répression brutale des manifestations de l’opposition par la police.

Dans l’attente du jugement de la Cour suprême, la tension est encore montée d’un cran dans le pays. Trois personnes ont été tuées par balle le 17 novembre dans les manifestations de partisans de l’opposition venus accueillir Raila Odinga. Ce dernier était de retour d’une visite de 10 jours aux Etats-Unis.

Par ailleurs, ce 19 novembre, des échauffourées ont éclaté entre police et habitants d’un bidonville de Nairobi, Mathare, après la découverte de quatre cadavres gisant sur la chaussée dans leur sang.

Raila Odinga avait refusé de participer à l’élection d’octobre au motif que les conditions d’un scrutin équitable n’étaient pas réunies selon lui, et ses partisans avaient empêché la tenue du scrutin dans quatre comtés de l’ouest sur les 47 que compte le pays.

Devant la Cour suprême, les avocats d’Uhuru Kenyatta ont dénoncé ces violences orchestrées selon eux par l’opposition pour délégitimer le scrutin.

Jeuneafrique.com avec AFP

Kenya: la Commission électorale annonce la victoire d’Uhuru Kenyatta avec 98,2% des voix

octobre 30, 2017

Le président kényan Uhuru Kenyatta lors du vote pour la présidentielle, le 26 octobre à Gatundu. © Ben Curtis/AP/SIPA

 

La Commission électorale kényane a annoncé ce lundi 30 octobre la victoire d’Uhuru Kenyatta à l’élection présidentielle du 26 octobre, en dépit du fait que le scrutin n’a pas pu se tenir dans quatre comtés de l’ouest du pays, acquis à l’opposition, qui l’a boycotté.

La très contestée Commission électorale kényane (IEBC) a annoncé ce lundi le résultat de l’élection présidentielle du 26 octobre, bien que le scrutin n’ait pas pu se tenir dans quatre comtés de l’ouest du pays acquis à l’opposition, qui l’a boycotté. Uhuru Kenyatta, le président sortant, a remporté 98,26% des suffrages, soit 7,483 millions de voix. L’opposant Raila Odinga, lui, a réuni sur son nom 73 228 voix.

Avant d’annoncer les résultats définitifs, le président de la commission électorale, Wafula Chebukati a commencé son discours en demandant un moment de silence en hommage aux victimes des violences post-électorales.

Le scrutin du 26 octobre avait été organisé après un coup de théâtre, inédit en Afrique : l’annulation, le 1er septembre, par la justice de l’élection du 8 août, à l’issue de laquelle Uhuru Kenyatta avait été proclamé vainqueur face à Raila Odinga.

La Cour suprême avait justifié cette décision par des irrégularités dans la transmission des résultats, faisant peser la responsabilité de ce scrutin « ni transparent, ni vérifiable » sur la Commission électorale.

Faible participation

Raila Odinga, 72 ans et trois fois candidat malheureux à la présidence (1997, 2007, 2013), avait fait pression pour obtenir une réforme de cette Commission, mais il a jugé insuffisants les changements récemment mis en œuvre.

Raila Odinga avait appelé ses partisans à boycotter ce qu’il qualifie de « mascarade » électorale, estimant que les conditions n’étaient absolument pas réunies pour la tenue d’un scrutin transparent. Mais des bulletins à son nom étaient disponibles dans les bureaux de vote.

Le très faible taux de participation, à 38,8%, pose d’ores et déjà la question de la légitimité d’Uhuru Kenyatta. Ce taux est, de loin, le plus bas depuis les premières élections multipartites dans le pays en 1992.

Jeuneafrique.com

Kenya: annonce du résultat de la présidentielle à 12h30 GMT

octobre 30, 2017

Nairobi – La Commission électorale kényane annoncera à 12H30 GMT le résultat de l’élection présidentielle du 26 octobre, en dépit du fait que le scrutin n’a pas pu se tenir dans quatre comtés de l’ouest du pays acquis à l’opposition, qui a boycotté l’élection.

« Satisfaits que les résultats des élections ne seront pas affectés par le vote dans les zones où le scrutin a été reporté, nous invitons les candidats à la présidentielle pour l’annonce du résultat à 15H30 (12H30 GMT) aujourd’hui », a déclaré Consolata Nkatha, la vice-présidente de la Commission (IEBC).

La victoire du président sortant Uhuru Kenyatta, 56 ans, dont la réélection à la présidentielle du 8 août avait été annulée le 1er septembre par la Cour suprême, ne fait aucun doute, l’opposition ayant boycotté ce second scrutin.

L’IEBC a précisé avoir compilé et vérifié les résultats provenant des 266 circonscriptions où le vote a pu avoir lieu jeudi. Elle considère que le résultat global sur l’ensemble du pays ne peut plus être remis en cause, même si le scrutin pouvait finalement être organisé dans l’Ouest.

L’écrasante majorité des bureaux de vote de quatre comtés de l’ouest (Homa Bay, Kisumu, Migori et Siaya) – sur les 47 que compte le pays – n’avaient pas ouvert leurs portes jeudi, en raison d’une situation chaotique et de graves troubles sécuritaires dans ces bastions de l’opposition.

Ainsi, le vote n’avait pu avoir lieu dans 25 circonscriptions (sur 291 au total – 290 à laquelle s’ajoute la circonscription de la diaspora), représentant quelque 9% du corps électoral.

La Commission avait tenté d’organiser à nouveau le scrutin samedi dans ces circonscriptions, avant d’y renoncer in extremis, estimant que la sécurité de son personnel n’y était pas garantie.

Le leader de l’opposition, Raila Odinga, 72 ans et trois fois candidat malheureux à la présidence (1997, 2007, 2013), avait boycotté le scrutin, n’ayant pu obtenir les réformes de l’IEBC qu’il réclamait.

Plongé dans l’incertitude, le Kenya a aussi connu ces derniers jours des violences meurtrières: au moins neuf personnes ont été tuées par balle depuis jeudi dans les places fortes de l’opposition, les bidonvilles de la capitale Nairobi et l’ouest du pays.

Depuis le 8 août, au moins 49 sont mortes – et des dizaines blessées – pour la plupart dans la répression brutale des manifestations par la police.

Romandie.com avec(©AFP / 30 octobre 2017 12h14)