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Kenya : la Dame de fer fera-t-elle gagner Raila Odinga ?

juin 4, 2022

Candidat à la présidentielle d’août, Raila Odinga est entré dans l’histoire en faisant d’une femme, Martha Karua, sa colistière. Mais cela sera-t-il suffisant pour lui permettre de l’emporter ?

Raila Odinga et sa nouvelle colistière, Martha Karua (L), à Nairobi le 16 mai 2022. © Tony KARUMBA/AFP

Candidat à la magistrature suprême pour la cinquième fois, Raila Odinga a décidé de frapper fort pour que la victoire ne lui échappe pas une nouvelle fois en août prochain. En désignant l’ancienne ministre de la Justice Martha Karua comme colistière, le candidat entre dans l’histoire de la politique kényane et fait un pari osé alors que son principal adversaire, le vice-président William Ruto, faisait jusqu’à présent la course en tête.

Coup de fouet

Martha Karua pourra compter sur le soutien de l’électorat féminin et sur celui des défenseurs de l’égalité entre les sexes. Mais elle bénéficie aussi d’un ancrage territorial que lorgne le candidat Odinga, autour du Mont Kenya, une région où une grande partie du scrutin va se jouer. À 64 ans, cette avocate à la Haute Cour du Kenya est également connue pour ses positions sans concession contre la corruption.

« L’histoire nous appelle à combler le fossé entre les sexes dans notre pays, a déclaré Raila Odinga en annonçant le nom de sa colistière. L’histoire nous appelle à rendre la pareille aux femmes qui ont lutté et se montrées fidèles. L’histoire nous appelle à désigner notre première femme vice-présidente. »

La désignation de Martha Karua donne déjà un coup de fouet à la campagne de Raila Odinga, que les sondages créditent désormais d’une longueur d’avance. Mais l’intérêt médiatique que suscite l’Iron Lady (la Dame de fer) lui permettra-t-il d’entrer au palais présidentiel ? Rien n’est encore joué.

Martha Karua est immédiatement entrée en action. Portée par un mouvement favorable, elle s’est affichée en compagnie de plusieurs dirigeants politiques de la coalition qui soutient la candidature d’Odinga, Azimio la Umoja One Kenya Alliance. « Je suis venue pour planter les graines, je reviendrai pour arroser les cultures, puis je viendrai pour entretenir la terre et nous récolterons le moment venu », a-t-elle lancé lors d’un déplacement dans le comté de Meru.

Deuxième d’une famille de huit enfants, Martha Karua s’est très tôt forgée une personnalité affirmée. « Elle était dure même quand nous étions enfants, se souvient Jefta Karua, son frère cadet. Elle était un leader qui nous montrait la voie, et il n’y en avait pas deux, juste une. » Elle en découd parfois avec ses professeurs, mais décroche en 1980 un diplôme de droit à l’université de Nairobi puis est admise au barreau un an plus tard.

Pendant près de sept ans, elle oeuvre comme magistrate dans divers tribunaux des comtés de Nairobi et de Nakuru, avant de fonder son propre cabinet, Martha Karua & Co. Advocates, qu’elle a dirigé jusqu’en 2002. Elle fait campagne pour le multipartisme sous la présidence de Daniel Arap Moi et rencontre Raila Odeinga pour la première fois en 1990, alors qu’elle accepte de le défendre à la suite de son arrestation. « À l’époque, très peu d’avocats étaient prêts à me représenter, se souvient celui qui est maintenant son colistier. Mais cette femme, qui était une jeune avocate, a dirigé une équipe de 27 personnes pour dénoncer le caractère illégale de ma détention. »

Différends politiques

Le ticket Raila-Karua marque les retrouvailles de deux personnalités politiques qui se sont battues côte à côte au cours des 30 dernières années, mais qui ont souvent été en profond désaccord. Martha Karua a été élue pour la première fois au Parlement en 1992, la même année qu’Odinga. Après avoir été ministre de la Gestion et du Développement des ressources en eau du président Mwai Kibaki, puis ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles à partir de 2003, elle soutient Kibaki face à Odinga lorsqu’il brigue, en 2007, un second mandat.

Après les violences électorales de 2007-2008 (près de 1 500 morts), elle accuse le Mouvement démocratique orange (ODM) d’Odinga de « nettoyage ethnique », mais finit par servir à ses côtés dans le gouvernement d’unité nationale formé peu après pour apaiser les tensions. Elle quittera le gouvernement en avril 2009 après s’être opposée à Kibaki au sujet de nominations judiciaires.

Lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2013, on lui demande si elle accepterait d’être la colistière d’Odinga. Et de nouveau, elle prend publiquement ses distances : « Je ne partage aucune valeur avec […] Raila Odinga et n’admire pas sa politique, déclare-t-elle. Je lui ai demandé de rentrer chez lui avec le président Kibaki. Tous deux ont été incapables d’éradiquer la corruption dans leurs rangs. » C’est Uhuru Kenyatta qui sera élu.

Neuf ans plus tard, leur relation s’est apaisée. « Je veux qu’elle travaille sur notre Constitution », a annoncé Odinga, dont elle dit désormais qu’il « s’est battu toute sa vie pour les droits des Kenyans et pour la justice sociale. »

Tous deux pensent déjà à l’après. S’il est élu, Odinga préfère éviter d’entretenir des relations tendues avec celle qui serait alors sa vice-présidente. Il ne veut pas se retrouver dans la même configuration politique que Kenyatta. « Comme Joshua dans la Bible, un vice-président doit résoudre les problèmes du président et non lui en poser, a-t-il d’ailleurs prévenu. Ce poste est destiné à alléger le fardeau du président et à faciliter le joug qu’il porte. »

Par Jeune Afrique – avec Son Gatitu, pour The Africa Report

Banque : Paul Russo nommé à la tête de Kenya Commercial Bank

mai 26, 2022

Paul Russo a succédé le 25 mai à Joshua Oigara qui, en neuf ans, a mené le groupe vers une croissance significative et en a fait le numéro deux bancaire kényan.

Paul Russo © DR

Jusqu’ici directeur général de la National Bank of Kenya – NBK, filiale de Kenya Commercial Bank depuis son rachat en 2019 –, Paul Russo, entré dans le groupe en 2014, succède à Joshua Oigara. Professionnel des ressources humaines, il a auparavant occupé des postes à responsabilité dans ce domaine chez Barclays, PwC, K-Rep Bank Limited et Kenya Breweries Ltd, filiale d’EABL.

« Au cours de son mandat à NBK, il a opéré un redressement significatif à la banque. Il a fait passer l’entreprise du statut de déficitaire à celui de rentable, la plaçant sur une trajectoire de croissance plus forte à l’avenir », a déclaré Andrew Wambari Kairu, président du groupe KCB, dans un communiqué mardi 24 mai.

En mars, le conseil d’administration prolongeait d’un an le mandat d’Oigara à la tête de KCB afin de permettre ce que la banque a appelé un « processus de sélection compétitif ». Oigara avait été nommé DG de la banque en 2013, succédant à Martin Oduor-Otieno. Quelques années auparavant, il était recruté chez Bamburi Cement en vue de préparer le processus de succession.

Plus grande banque du Kenya après Equity

Au cours des neuf années que Joshua Oigara a passées à sa tête, KCB a mené une politique d’expansion agressive et connu une croissance significative. Dans son communiqué, la banque affirme que le DG sortant a eu « un parcours fantastique… et conduit le groupe à sa croissance la plus rapide en une décennie ».

Sous la direction d’Oigara, KCB a triplé le total de ses actifs, passant de 367,4 milliards de shillings kenyans (3,1 milliards de dollars) en septembre 2012 à 1 139 milliard de shillings kenyans en 2021, ce qui en fait la deuxième plus grande banque du Kenya après Equity Bank.

En avril, KCB a organisé la fusion de sa filiale rwandaise avec sa nouvelle acquisition, la Banque populaire du Rwanda (BPR), pour former BPR Bank Rwanda PLC, désormais le deuxième plus grand prêteur du pays. Outre le Kenya et le Rwanda, la banque est également présente en Tanzanie, au Soudan du Sud, en Ouganda et au Burundi. Elle a également entrepris des démarches en Éthiopie dans l’optique de la libéralisation du secteur bancaire, et se trouverait proche d’une acquisition en RDC.

Kenya Commercial Bank reste principalement dépendante de son marché national : ses filiales ont contribué à hauteur de 47,32 millions de dollars aux 300 millions de dollars de bénéfice net du groupe en 2021.

Avec Jeune Afrique par Morris Kiruga

Maroc, Sénégal, Gabon… Qui sont les champions africains de la finance verte ?

mai 14, 2022

Dans une nouvelle étude, la Banque africaine de développement (BAD) distingue sept pays africains pionniers en matière de croissance verte et de financement climatique.

Dans une pépinière, à Buee, dans le sud de l’Éthiopie, en juin 2020. © Michael Tewelde/AFP

Alors que le débat sur la dette africaine fait rage, la Banque africaine de développement (BAD) a, dans une étude publiée à la fin de janvier et qui vient d’être rendue publique, évalué les nouveaux mécanismes de financement d’une croissance soucieuse de la préservation de l’environnement.

Intitulée « Croissance verte en Afrique », cette étude, menée conjointement avec l’Institut mondial de la croissance verte (GGGI), présente une cartographie des pays selon leur degré d’avancement en matière de projets verts (énergies renouvelables, parcs éco-industriels, etc.). Elle désigne des pionniers en matière de croissance verte et, surtout, de finance climatique.

  • Kenya et Rwanda, deux grands leaders

Parmi ceux qui sortent du lot, le Kenya, dont le leadership en matière de croissance verte découle d’un changement institutionnel efficace. Le Rwanda, qui, lui, a mobilisé 160 millions de dollars par le biais du Fonerwa – un fonds par lequel le financement environnemental et climatique est acheminé, décaissé et suivi –, démontre que le financement de la croissance verte peut être stimulé par un mécanisme de lutte contre le changement climatique.

Bien que la création d’emplois dans les secteurs dits verts ne soit pas systématiquement suivie au niveau national, le Fonerwa estime avoir contribué à en créer 144 858, est-il écrit dans le rapport de la BAD.

  • Maroc, Tunisie et la part des énergies renouvelables

L’étude relève que, tout comme la Tunisie, le Maroc a atteint 100% d’accès à l’électricité, ce qui se traduit par une consommation par habitant relativement élevée dans ces deux pays.

Le Gabon, où la forte consommation d’électricité provient des citadins nantis (40% des populations rurales n’ont pas accès à l’électricité) est également dans cette catégorie. Au Gabon, au Kenya, au Rwanda et au Mozambique, la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité est importante (entre 60% et 90%) en raison du poids de l’hydroélectricité.

  • L’exemple éthiopien

L’Éthiopie, qui tente de jeter les bases d’une industrie verte par le biais d’un parc éco-industriel, fait également office de pionnier en matière de financement de la croissance verte, souligne le rapport. Grâce à de « bonnes pratiques de gestion des terres », ce pays a inversé la courbe de la dégradation du couvert végétal, qui est passé de 5% en 2010 à 13 ou 15% trois ans plus tard. Ce qui représente une contribution monétaire d’environ 27 milliards de birr, soit 520 millions de dollars selon le cours actuel.

L’expérience éthiopienne suggère, précise le rapport, que la réussite de la croissance verte dépend en partie de l’adoption et du respect d’un processus de planification ancré localement. En Tunisie, un mécanisme de financement innovant a produit des résultats probants dans le secteur des chauffes-eau solaires grâce au programme Prosol, censé lutter contre la déforestation.

Le mécanisme financier Prosol a été lancé entre 2005-2009 afin d’installer 300 000 m2 de capteurs solaires pour développer le marché des chauffes-eau dans le secteur résidentiel.

  • Lutte contre la déforestation : le label gabonais

Enfin, le Gabon comme le Mozambique constituent des modèles dans la lutte contre la déforestation, en vue d’assurer une croissance verte. L’annulation de l’exploitation forestière sur 1,3 million d’hectares, notamment dans les sanctuaires et les parcs nationaux, ainsi que l’interdiction d’exporter du bois non transformé ont entraîné une baisse de 50% de l’exploitation forestière.

Recouvert à 98% de forêt tropicale, le pays, qui exploitait 3,5 millions de mètres cubes de bois par an il y a quinze ans, a ramené ce seuil à 1,5 million de m3. Libreville a d’ailleurs demandé à toutes les sociétés forestières présentes sur son sol de se conformer au Forest Stewardship Council (FSC), un label qui promeut une gestion durable de la forêt.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly

Kenya : mort de l’ancien président Mwai Kibaki

avril 22, 2022

Au pouvoir de 2003 à 2013, Mwai Kibaki avait été le troisième chef de l’État de l’histoire du Kenya. Son décès a été annoncé ce 22 avril à Nairobi par l’actuel président, Uhuru Kenyatta.

Le président Mwai Kibaki au stade national de Nyayo à Nairobi, le 12 décembre 2012. © SIMON MAINA/AFP

« C’est un triste jour pour nous en tant que pays. Nous avons perdu un grand leader, l’ancien président Mwai Kibaki», a déclaré Uhuru Kenyatta dans une annonce solennelle retransmise à la télévision.

Impliqué dans la politique kényane depuis l’indépendance, obtenue en 1963, Mwai Kibaki avait été élu sur la promesse de lutter contre la corruption après plus de 20 ans de règne de l’autoritaire Daniel Arap Moi.

La décennie que ce Kikuyu a passé au pouvoir a néanmoins été marquée par des scandales de corruption ainsi que par les pires violences politiques depuis l’indépendance.

Fin 2007, sa réélection contestée débouche sur des violences opposant kikuyu et kalenjin, deux des principales communautés du pays. Plus de 1 000 personnes sont tuées et des centaines de milliers d’autres déplacées, et ces événements sont aujourd’hui encore une blessure profonde dans l’histoire du Kenya.

Sous la pression de Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations unies, Kibaki avait par la suite accepté un partage du pouvoir.

Cet ancien ministre des Finances, professeur d’économie formé en Ouganda et à Londres, a par ailleurs été reconnu pour son rôle dans le développement de l’économie locale, à travers notamment le plan Vision2030, repris par son successeur, Uhuru Kenyatta. Il alliait de vraies compétences technocratiques à un solide instinct libéral et réformateur.

Après son départ du pouvoir en 2013, il s’était retiré dans son fief de Nyeri, à une centaine de kilomètres au nord de Nairobi.

Avec Jeune Afrique

Kenya : entre Ruto et Odinga, la campagne présidentielle tourne au vinaigre

avril 17, 2022

Depuis que le chef de l’État l’a trahi, le vice-président, William Ruto, ne retient plus ses coups contre son adversaire dans la course à la magistrature suprême, Raila Odinga. Retour sur un duel sans merci.

Raila Odinga (à g.) et William Ruto à Nairobi, le 24 février 2013. © REUTERS/Thomas Mukoya

« Concours de beauté » à Londres : c’est ainsi que les observateurs étrangers ont raillé le chassé-croisé des deux principaux candidats à l’élection présidentielle kényane dans la capitale britannique, à quelques jours d’intervalle en mars dernier.

Le vice-président, William Ruto (le « roi de l’arnaque »), et l’ancien Premier ministre Raila Odinga (« l’héritier ») font dans l’antagonisme personnel plutôt que dans la bataille d’idées. Un travers de campagne qui n’échappe pas aux réseaux sociaux qui relaient tant les insultes personnelles et ethniques que les accusations entièrement fabriquées.

On en oublierait presque que les 22 millions de juges ultimes de ce duel fratricide sont appelés à déposer leur verdict dans les urnes le 9 août prochain.

Tragédie shakespearienne

À Londres, le vice-président a voulu s’ériger en homme de paix dans cet affrontement électoral. Mais il n’a pas pu s’empêcher de s’engager sur le terrain glissant des violences qui ont éclaté au Kenya après le scrutin de 2017. Alors que Raila Odinga avait contesté les résultats donnant Kenyatta vainqueur, William Ruto a promis de respecter le verdict des urnes.

BEAUCOUP ONT DIT QU’ILS ALLAIENT TRUQUER L’ÉLECTION ET QUE, MÊME SI JE L’EMPORTAIS, KENYATTA NE ME CÈDERAIT PAS LE POUVOIR

« J’aimerais que tous les autres candidats s’engagent à reconnaître le résultat des élections. Ils ne le font pas parce que ce ne sont pas des gens sérieux. Beaucoup ont dit qu’ils allaient truquer l’élection et que, même si je l’emportais, Kenyatta ne me cèderait pas le pouvoir », a déclaré le vice-président.

Point de non-retour

Cette phrase en dit long sur une bataille électorale qui tourne à l’affaire personnelle. Le parcours de William Ruto recèle l’origine des rancœurs. Au lendemain des violences postélectorales qui, en 2007-2008, firent plus de 1 500 morts, Uhuru Kenyatta, issu de l’ethnie kikuyue, et William Ruto, le Kalenjin, tous deux sous le coup de poursuites de la Cour pénale internationale (CPI) pour leur rôle dans cette crise, se rapprochèrent afin de mieux se protéger.

Puis William Ruto a travaillé sans relâche pour le gouvernement d’Uhuru Kenyatta, qui a utilisé ses compétences en matière de mobilisation politique –­avant de l’abandonner. Aujourd’hui, un point de non-retour a été atteint : après avoir publiquement désigné Ruto comme son successeur, Uhuru Kenyatta a retourné sa veste, et finalement apporté son soutien à Raila Odinga, le leader de l’opposition.

Comme dans les tragédies shakespeariennes, le combat entre les rois fait rage, assorti de son lot d’accusations. Mais la société civile ne semble guère apprécier le spectacle : le journaliste et militant John Githongo parle d’ »une élection qui porte essentiellement sur rien ». Pour lui, la joute entre Ruto et Raila est dépourvue de grandes idées. De nombreux Kényans, en particulier les plus jeunes, semblent d’accord. L’inscription des électeurs dans certaines zones urbaines a été plus faible que lors des précédents scrutins.

Le candidat préféré ?

Pour l’heure, William Ruto est persuadé d’avoir été reçu à Londres et à Washington grâce à un statut de « candidat favori de l’Occident », une petite musique reprise allègrement par ses partisans. Mais les responsables des deux capitales ont rejeté cette affirmation, en soulignant que son rival, Raila Odinga, bénéficiera exactement du même niveau d’accès en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Pour les diplomates des deux États occidentaux, le Kenya est un point d’ancrage dans la région, alors que son voisinage est dangereux : les conflits en Éthiopie, en Somalie et au Sud-Soudan se poursuivent, tandis que la junte militaire soudanaise massacre depuis six mois des manifestants civils favorables à la démocratie. Le Kenya accueille notamment le complexe de camps de réfugiés de Dadaab, qui abrite plus de 400 000 Somaliens.

Avec Jeune Afrique par Julian Pecquet et Patrick Smith

Présidentielle au Kenya : Kenyatta officialise son soutien à Odinga

mars 13, 2022
La poignée de main historique entre Uhuru Kenyatta (à g.) et Raila Odinga, en 2018. © Yasuyoshi Chiba/AFP

Samedi 12 mars, le président kényan a officiellement annoncé qu’il soutenait son ancien rival pour le scrutin d’août prochain.

« Nous avons choisi Raila Odinga pour être le 5e président du Kenya ». Samedi 12 mars, c’est ce qu’a lancé le président Kenyatta à plusieurs milliers de ses partisans rassemblés à Nairobi. Ce soutien scelle le rapprochement de deux des grandes dynasties politiques qui se sont historiquement combattues dans les urnes.

En 2018, Uhuru Kenyatta et Raila Odinga avaient déjà sidéré le pays en se serrant la main et en déclarant une trêve après les violences post-électorales de 2017 qui avaient fait des dizaines de morts, alors qu’en 2007-2008, une précédente vague de violences post-électorales avait déjà causé plus de 1 100 morts.

Le mois dernier, c’étaient leurs deux partis qui s’étaient rapprochés, le Jubilee de Kenyatta ayant annoncé rejoindre la coalition Azimio la Umoja (Quête d’unité) d’Odinga en vue des scrutins présidentiel et législatif de l’été.

« Nous n’avons aucun doute, nous avons un capitaine d’équipe qui s’appelle Raila Odinga », a confirmé samedi Uhuru Kenyatta, 60 ans, qui achève un second mandat et ne peut pas se représenter, en vertu de la Constitution kényane.

Un challenger en disgrâce

À 77 ans, Raila Odinga qui va se présenter à une 5e élection présidentielle, a assuré accepter « cette nomination avec absolue gratitude et dévouement ». Ce rapprochement entre deux anciens adversaires est l’évènement politique « le plus inattendu de l’histoire du] pays », a-t-il ajouté.

Mais cette alliance laisse de côté le vice-président William Ruto, initialement destiné à succéder à M. Kenyatta. L’homme, exclu de Jubilee fin février et en rupture publique avec le président depuis plusieurs mois, a néanmoins prévu de se présenter à la présidentielle d’août. Et, même s’il ne s’est pas officiellement déclaré candidat, il s’affiche déjà comme tel, multipliant les meetings.

Jeune et charismatique, William Ruto, 55 ans, a mené ces dernières années un opiniâtre travail de terrain, se voulant le représentant des « débrouillards » du petit peuple face aux dynasties politiques qu’incarnent Kenyatta et Odinga, dont les pères furent respectivement président et vice-président du Kenya.

« La plus grande préoccupation liée au scrutin est la démocratie dans notre pays et le fait de savoir si nous avons vraiment la possibilité de faire des choix libres sans chantage, menaces ni intimidation », a-t-il déclaré la semaine dernière, lors d’une visite aux États-Unis. Avant d’ajouter : « pour de nombreux Kényans, la seule inquiétude est l’intrusion d’agences essayant de manipuler la décision du peuple à différents niveaux. »

Uhuru Kenyatta et William Ruto avaient tous deux été inculpés par la Cour pénale internationale (CPI) de crimes contre l’humanité pour leur rôle présumé dans les violences post-électorales de 2007. Ces affaires ont ensuite été abandonnées, l’ancienne procureure de la CPI, Fatou Bensouda, ayant estimé qu’une campagne d’intimidation des victimes et des témoins rendait tout procès impossible.

« Le vainqueur rafle tout »

Si Raila Odinga était élu, sa présidence marquerait une rupture au niveau ethnique. Depuis l’indépendance en 1963, seuls des présidents des ethnies kikuyu – celle de Kenyatta – et kalenjin – celle de Ruto – ont en effet dirigé le Kenya. L’élection d’un Luo marquerait une rupture significative dans plus d’un demi-siècle de la vie politique locale.

Ancien prisonnier politique et ancien Premier ministre, Raila Odinga bénéficie désormais du soutien de 26 partis politiques réunis au sein de la coalition Azimio la Umoja. Mais son image d’adversaire irréductible de l’establishment a souffert de son rapprochement avec le président Kenyatta.

POUR LES DÉTRACTEURS DE LA RÉFORME CONSTITUTIONNELLE, IL S’AGIT D’UNE MANŒUVRE DE KENYATTA POUR SE MAINTENIR AU POUVOIR EN TANT QUE PREMIER MINISTRE

Les deux hommes ont tenté en vain de réformer le régime avec un projet de révision constitutionnelle qui s’est heurté à une forte résistance. Baptisée « Building Bridges Initiative » (BBI), cette révision prévoyait notamment de créer de nouveaux postes dans l’exécutif (un Premier ministre, deux vice-Premiers ministres, un leader de l’opposition) et d’augmenter le nombre de parlementaires de 290 à 360.

Selon le président Kenyatta, à l’origine de ce projet, cette ouverture du pouvoir aurait permis de diluer la règle du « vainqueur rafle tout », qu’il considère comme la cause des conflits post-électoraux qu’a connus le pays. Mais pour ses détracteurs, il s’agissait surtout d’une manœuvre du chef de l’État pour se maintenir au pouvoir en tant que Premier ministre.

Attaquée de toutes parts, l’initiative s’est embourbée dans un imbroglio juridique, jusqu’à remonter à la Cour suprême du pays, dont le verdict est en suspens.

Avec Jeune Afrique par AFP

Kenya : entre Uhuru Kenyatta et William Ruto, le divorce est consommé

décembre 28, 2021
Le président kényan Uhuru Kenyatta et son vice-président William Ruto, à Nairobi, le 21 septembre 2017. © Khalil Senosi/AP/SIPA

Alors qu’il s’était d’abord engagé à soutenir son colistier à la présidentielle de 2022, le chef de l’État a finalement choisi de se ranger du côté de son ancien opposant, Raila Odinga. Au risque de réveiller le spectre des violences post-électorales de 2007-2008.

Les mots qui sortent de la bouche d’Uhuru Kenyatta tournent en boucle comme un disque rayé. Ce 1er septembre 2017, devant les journalistes venus recueillir sa réaction après l’invalidation par la Cour suprême de sa victoire face à Raila Odinga lors de la présidentielle du 8 août, le chef de l’État a les yeux cernés. Il paraît sonné. « Je suis personnellement en désaccord avec cette décision. Je la respecte, autant que je suis en désaccord avec elle, mais je la respecte. Mais je suis en désaccord avec elle », répète-t-il.

Derrière lui, William Ruto affiche une certaine détermination. Polo rayé et bras croisés, le colistier du chef de l’État a la mine grave. Si Kenyatta semble vaciller, lui paraît plus confiant que jamais, convaincu qu’il ne s’agit là que d’une ultime épreuve et que son heure va bientôt arriver. Kenyatta sera finalement réélu à l’issu d’un remake controversé et boycotté par Odinga. Une séquence durant laquelle Ruto est apparu comme l’un des seuls en mesure de tenir la maison présidentielle. Au sortir du scrutin, le « colistier » fait plus que jamais figure d’héritier.

L’histoire s’écrira finalement autrement. Car entre Kenyatta et Ruto, c’est avant tout une union de raison. En 2012, la Cour pénale internationale (CPI) a confirmé les poursuites engagées à l’encontre des deux hommes pour les violences postélectorales de 2007-2008, qui ont principalement opposés Kalenjin et Kikuyu et qui ont fait 1200 morts. Candidat à la présidentielle suivante, en 2013, Ruto s’allie alors à Kenyatta. Les deux ennemis scellent ainsi une paix fragile entre leurs ethnies respectives et font bloc face à la CPI. Le ticket « UhuRuto » rafle la magistrature suprême, les charges contre Kenyatta sont abandonnées en décembre 2014, celles contre Ruto en avril 2016, non sans que plusieurs témoins aient subi une campagne d’intimidation.

Odinga, nouveau champion

Selon les termes du « deal », Kenyatta devait ensuite soutenir Ruto en 2022. Mais cela va vite être remis en question. Le 9 mars 2018, après des mois de tensions, Kenyatta fait, au détour d’une poignée de main devenue symbolique, la paix avec l’opposant Raila Odinga. Le président sait qu’il vient de porter un coup à Ruto. Avec Odinga au sommet de l’État, dans un rôle volontairement laissé en suspens, il vient d’isoler son ancien allié, qu’une partie de son entourage ne souhaite pas voir arriver au pouvoir. Les deux hommes se livrent, depuis, une guerre feutrée.

LE 24 AOÛT DERNIER, KENYATTA A MIS RUTO AU DÉFI DE QUITTER SON POSTE

Il y a d’abord eu un projet de référendum constitutionnel, dont l’une des principales mesures était la création d’un poste de Premier ministre. Perçu par les pro-Ruto comme un moyen pour Kenyatta et Odinga de se partager le pouvoir, il a fait l’objet d’intenses débats et a été retoqué à deux reprises par la justice. Mais l’offensive n’a pas été portée que sur un front : de nombreux proches de Ruto ont aussi été écartés du pouvoir ou mis en cause dans des affaires de corruption.

Surtout, Kenyatta a fait d’Odinga son nouveau champion pour 2022. Longtemps adversaires dans les urnes, les « fils de » – Jomo Kenyatta fut le premier président du Kenya et Oginga Odinga son premier vice-président – se retrouvent désormais dans le même camp. Depuis des mois, chacun négocie donc l’allégeance des grandes fortunes, celle des patrons de médias et des relais politiques. Ruto cherche à gagner de l’influence dans le fief de son adversaire, autour du Mont Kenya. Kenyatta, lui, mobilise en terre kalenjin et s’appuie notamment sur Gideon Moi, fils de l’ancien président Daniel Arap Moi.

Ruto, le « débrouillard »

Le 24 août dernier, Kenyatta a mis Ruto au défi de quitter son poste. « J’ai un programme sur lequel j’ai été élu. La chose honorable à faire si vous n’en êtes pas satisfait, c’est de vous retirer et de permettre à ceux qui veulent aller de l’avant de le faire », lui a-t-il lancé. Le chef de l’État marche néanmoins sur des œufs. Démettre Ruto de la vice-présidence serait prendre le risque de déclencher de nouvelles violences. Le maintenir en fonction, en assumant que leur tandem ne fonctionne plus, n’est pas beaucoup plus confortable. Après le traumatisme de 2007-2008, l’équation n’est pas simple à résoudre.

RUTO TRAÎNE UNE RÉPUTATION SULFUREUSE, TEINTÉE DE VIOLENCE ET DE CORRUPTION

Ce n’est sans doute pas pour déplaire à Ruto, qui a été façonné par le régime Moi. Son ascension commence dans les années 1990, lorsqu’il rejoint la Youth for Kanu ’92. Cette organisation de jeunesse soutenant Moi prend vite des allures de milice privée lorsque débute une campagne de harcèlement des Kikuyu du Rift. Des milliers de morts et de déplacés… Cette triste séquence permet à Ruto d’être repéré par Moi, qui le propulse ministre, à 36 ans.

Originaire de la vallée du Rift, Ruto a su faire de son origine modeste et de son enfance passée à vendre des poulets en bord de route un argument politique. Depuis le retour en grâce d’Odinga, il se plaît à opposer les descendants des grandes dynasties politiques et les « hustlers », les débrouillards. « Ces gens vivent dans une tour d’ivoire et n’ont pas les problèmes que connaissent certaines personnes », déclarait-il en octobre 2020. Mais lui aussi traîne ses casseroles et une réputation sulfureuse. Celle d’un homme au passé teinté de violence et d’accusations de corruption.

Le pari Odinga

Lors de la prochaine présidentielle, à laquelle Kenyatta n’a pas le droit de se présenter, Ruto affrontera un monument de la politique locale. Odinga est un Luo, l’une des tribus les plus importantes du pays, et c’est un habitué des joutes électorales. Du vote à la contestation, il en maîtrise chaque rouage. Le scrutin de 2017 devait être son baroud d’honneur. Mais « Tinga », le Tracteur, en a encore sous la pédale.

ODINGA PEUT-IL RÉUSSIR LÀ OÙ IL A TOUJOURS ÉCHOUÉ ?

Le 10 décembre, Odinga a officialisé sa candidature dans le plus grand stade de Nairobi. Kenyatta n’était pas là, mais la présence de Raphaël Tuju, secrétaire général du Jubilee, le parti présidentiel, a été perçue comme le signe d’un adoubement. Fort des moyens politiques et financiers mis à sa disposition, Odinga peut-il réussir là où il a toujours échoué ? Kenyatta s’y emploie. Avec prudence toutefois. Car son ancien rival est aussi un orgueilleux, qui n’a jamais accepté la défaite. Et parce que le spectre de 2007-2008 est encore dans tous les esprits.

Avec Jeune Afrique par Romain Gras

Les Etats-Unis et le Kenya poussent à un cessez-le-feu en Ethiopie

novembre 17, 2021
Les Etats-Unis et le Kenya poussent a un cessez-le-feu en Ethiopie
Les Etats-Unis et le Kenya poussent à un cessez-le-feu en Ethiopie© POOL/AFP/Andrew Harnik

Les Etats-Unis et le Kenya ont poussé mercredi à un cessez-le-feu en Ethiopie, réaffirmant leur espoir d’une conclusion positive aux intenses efforts diplomatiques déployés pour une solution négociée au conflit entre gouvernement et rebelles dans le nord du pays.

Au premier jour d’une tournée africaine centrée notamment sur la démocratie qui le mènera ensuite au Sénégal et au Nigeria, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a également appelé le Kenya, un allié de longue date, à garantir l’année prochaine des élections libres.

A Nairobi, le chef de la diplomatie américaine s’est entretenu pendant une heure et demie -au lieu des 10 minutes initialement prévues- avec le président Uhuru Kenyatta, qui participe activement aux tentatives de médiation régionale sur le conflit éthiopien.

M. Kenyatta s’est rendu dimanche à Addis Abeba, alors que la guerre qui dure depuis un an entre les rebelles de la région du Tigré et le gouvernement a connu une escalade ces dernières semaines.

« Nous croyons qu’un cessez-le-feu est possible », a déclaré lors d’une conférence de presse conjointe la ministre kényane des Affaires étrangères, Raychelle Omamo.

M. Blinken a, lui, appelé à des « avancées concrètes pour la paix » et à la reprise de l’aide humanitaire au Tigré, où des centaines de milliers de personnes vivent dans des conditions proches de la famine, selon les Nations unies.

« Je réitère notre appel à toutes les parties à urgemment et sérieusement engager des négociations sur la cessation des hostilités sans conditions préalables », a-t-il déclaré, renouvelant par ailleurs l’appel aux citoyens américains à quitter l’Ethiopie.

Les Etats-Unis ont récemment critiqué l’Ethiopie et pris des sanctions contre cet allié, dénonçant des entraves à l’acheminement d’aide alimentaire et des violations des droits humains.

Interrogé par un journaliste, M. Blinken n’a pas exclu que les Etats-Unis puissent éventuellement qualifier les « exactions » commises au Tigré de faits relevant d’un génocide.

« Quelle que soit la manière dont nous les appelons, cela doit cesser et il faudra rendre des comptes », a-t-il dit.

Influence chinoise

Le président américain Joe Biden a promis des actions pour promouvoir mondialement les valeurs américaines face à l’influence croissante de la Chine qui multiplie les investissements sur le continent et se montre moins regardante sur les pratiques politiques.

Soulignant que les Etats-Unis ont donné 50 millions de doses de vaccins contre le Covid à l’Afrique, M. Blinken a dit: « Nous avons fait cela sans conditions politiques. »

« Il s’agit de sauver des vies. »

M. Blinken, qui se rend pour la première fois en Afrique depuis sa prise de fonctions, a également déclaré que le Soudan retrouvera le soutien de la communauté internationale si la « légitimité » de son gouvernement – renversé par un coup d’Etat militaire le 25 octobre – est restaurée.

« Il est vital que la transition retrouve la légitimité qu’elle avait (…) Si l’armée remet ce train sur les rails et fait le nécessaire, je pense que le soutien de la communauté internationale, qui a été très fort, peut reprendre », a-t-il dit.

Les Etats-Unis ont suspendu 700 millions de dollars d’aide au Soudan après ce coup d’Etat qui a interrompu le processus de transition démocratique lancé en 2019 après la chute de l’autocrate Omar el-Béchir.

Élections kényanes

Mercredi matin, M. Blinken avait commencé sa tournée par une rencontre avec des responsables de la société civile kényane, les appelant, à l’approche de l’élection présidentielle de 2022, à rester vigilants face aux menaces croissantes contre la démocratie.

« Nous avons assisté au cours de la dernière décennie à ce que certains appellent une récession démocratique », a-t-il déclaré, estimant que les Etats-Unis ont eux aussi pu observer récemment que leur démocratie « peut être fragile ».

Les élections au Kenya sont régulièrement marquées par des violences meurtrières.

Le pays doit tenir sa présidentielle en août prochain et ce scrutin porte « tous les signes d’une élection très contestée et violente », a mis en garde Irungu Houghton, le directeur exécutif d’Amnesty International au Kenya, qui a participé à la rencontre avec Blinken.

L’Afrique est le dernier continent visité par le chef de la diplomatie, bien que le président Biden se soit engagé à prêter une attention particulière au continent, se démarquant de son prédécesseur Donald Trump.

Dans le cadre de cette tournée, Antony Blinken se rendra jeudi au Nigeria. Il ira ensuite au Sénégal, considéré comme un exemple de stabilité démocratique en Afrique.

Par Le Point avec AFP

OMS : le Kenya, premier pays africain à soutenir la candidature de Tedros Ghebreyesus

septembre 25, 2021
Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS.

Le Kenya a annoncé vendredi 24 septembre son soutien à la candidature de l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus à sa propre succession à la tête de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), devenant le premier pays africain à se prononcer en sa faveur.

« Le Kenya soutient la continuité d’un leadership africain exemplaire à la tête de la cruciale Organisation mondiale de la Santé et travaillera à cette réalisation », a déclaré sur Twitter le premier secrétaire du ministère des Affaires étrangères, Macharia Kamau.

L’Éthiopien de 56 ans semblait être le seul candidat en lice à la clôture de la procédure jeudi – bien que ce dernier n’ait rien confirmé officiellement. Près d’une vingtaine de pays de l’Union européenne, emmenés par la France et l’Allemagne, ont proposé jeudi la candidature de Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui dirige l’OMS depuis 2017. Le soutien officiel d’un pays est indispensable pour postuler.

Surprise

Cet appui de pays européens est une surprise, beaucoup d’observateurs s’attendant plutôt à un soutien de pays africains, même s’il n’a pas celui de son pays, l’Éthiopie, qui lui reproche d’avoir utilisé la tribune de l’OMS pour condamner la répression dans sa région natale du Tigré.

Spécialiste du paludisme, diplômé en immunologie et docteur en santé communautaire, cet ancien ministre de la Santé et chef de la diplomatie éthiopienne était devenu en 2017 le premier Africain à prendre la tête de la puissante agence de l’ONU, en première ligne depuis le début de la pandémie.

Dans quelques semaines, la liste des candidats sera transmise aux États membres de l’OMS, avant d’être rendue publique fin octobre ou début novembre. Les États membres éliront, lors d’un scrutin à bulletin secret en mai, pendant l’Assemblée mondiale de la Santé, le prochain directeur général de l’OMS, dont le mandat débutera le 16 août 2022.

Par Jeune Afrique avec AFP

Kenya : une écolière modèle… de plus de 90 ans

septembre 1, 2021
Ladybirds

À travers le parcours stupéfiant de Priscilah Sitienei, le cinéaste Pascal Plisson évoque dans « Gogo » le combat pour l’éducation des filles.

L’élève Priscilah Sitienei fait tout comme les autres écolières. Dans le petit bâtiment rudimentaire de l’établissement d’enseignement élémentaire de Ndalat, dans l’ouest du Kenya, elle porte l’uniforme de rigueur pour les filles à la Leaders Vision Primary School : chemise et jupe bleu ciel, pull vert, cravate rouge. Après avoir participé dans la cour au lever de drapeau quotidien, elle assiste aux cours assise à un petit pupitre de bois, au milieu d’une trentaine de camarades.

Elle est venue de son village pour rejoindre la classe préparatoire en 2014 et vivre dans l’internat. Afin, avant tout, d’apprendre à lire, à écrire et à compter. Et ce n’est pas toujours facile. La professeure lui reproche d’ailleurs parfois, sinon d’être trop espiègle, du moins de ne pas être assez attentive ou de ne pas travailler suffisamment. Alors qu’elle a atteint le niveau CM2 quelques années après les débuts de son cursus, elle risque donc, lui dit-elle, de rater son examen d’entrée au collège.

Ce qui se produira.

Montrer l’exemple

Une élève comme les autres ? Pas vraiment. Pas du tout même. Le directeur de l’école avait tout fait pour la décourager – il dit le regretter aujourd’hui – quand elle lui avait demandé de l’inscrire dans son établissement. En raison de son âge, peu banal assurément en la circonstance : car Gogo, c’est le surnom de Priscilah Sitienei, avait alors déjà plus de 90 ans !

Elle a aujourd’hui, à en croire sa carte d’identité, 98 ans, alors que sort ce long métrage documentaire qui porte son nom et qui rend compte au jour le jour de son parcours scolaire qui s’est achevé en 2018, l’année du tournage. On la suivra donc en classe dès le matin, penchée le soir sur les devoirs à faire pour le lendemain, en voyage scolaire dans une réserve d’animaux sauvages, chez les Masaï, ou dans le dortoir du pensionnat. Toujours prête à discuter avec ses camarades de classe plus de dix fois moins âgées.

DANS CETTE UNIFORME [D’ÉCOLIÈRE], J’AI PLUS D’ALLURE QU’UNE MAMIE AU VILLAGE

Pourquoi cette villageoise illettrée habituée à garder les vaches avant de remplir le rôle de sage-femme pour les futures mamans des environs a-t-elle décidé subitement, à son âge vénérable, de retourner à l’école ? Parce qu’elle était désolée de constater que les filles, encore maintenant, restaient souvent (comme à son époque) à l’écart de la scolarisation. Outre son envie, jamais assouvie, d’améliorer sa propre éducation, elle a donc voulu montrer l’exemple, en particulier à ses petites et arrière-petites filles. Et peu importe l’aspect incongru de sa décision et de ses conséquences : « Dans cette uniforme [d’écolière], j’ai plus d’allure qu’une mamie au village », dit-elle fièrement.

Le cinéaste, Pascal Plisson, a découvert cette incroyable histoire peu après avoir réalisé au milieu des années 2010 Sur le chemin de l’école, consacré aux difficultés pour scolariser les enfants dans diverses régions du monde et en particulier au Kenya. Bénéficiant de la confiance de ses producteurs après avoir obtenu un César pour ce documentaire attachant, il a donc voulu récidiver dans le même esprit en proposant un portrait de cette dame qui est une publicité vivante et exceptionnelle pour la défense de l’éducation des filles.

UNE HISTOIRE UN PEU TROP LISSE POUR NE PAS PARAÎTRE MISE EN SCÈNE AFIN DE SÉDUIRE LE PUBLIC OCCIDENTAL

Sans grands effets, sans commentaires, car les scènes tournées se suffisent à elles-mêmes, le film propose de belles images sur un parcours édifiant. Des images un peu trop belles sans doute : était-il nécessaire, par exemple, de s’attarder sur la majesté d’un baobab ou sur la découverte des lions par Gogo dans la réserve masaï ? Et une histoire un peu trop lisse pour ne pas paraître mise en scène de façon excessive afin de séduire en premier lieu le public occidental, sensible aux difficultés qu’affrontent les populations des pays du Sud, la gent féminine en tête.

Mais le propos de ce récit sous forme de leçon humaniste est il est vrai assez fort et exemplaire, comme l’est Gogo elle-même, pour qu’on ne critique pas outre mesure un film qui ne cache pas son aspect hagiographique.

« Gogo », de Pascal Clisson, est sorti en France le 1er septembre

Par Jeune Afrique avec Renaud de Rochebrune