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RDC/Disparition : Ebengo « Souplesse » et Mungamuni « Asmara » s’en vont

novembre 20, 2020

Longtemps malades et sans être assistés par l’Etat, les champions d’Afrique des nations 1968 avec les Léopards, Léon Mungamuni et Augustin Ebengo Mpeti, sont morts le 17 novembre  à Kinshasa.

Feux Léon Mungamuni « L’homme d’Asmara » et Augustin Ebengo « Souplesse ».

Deux anciens Léopards football ont tiré leur révérence le 17 novembre  alors que les Léopards devraient livrer leur match de la quatrième journée des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) contre les Palancas Negras d’Angola à Luanda (victoire congolaise d’un but à zéro).

L’ancien portier international Augustin Ebengo Mpeti, alias « Souplesse », et l’ailier droit Léon Mungamuni, alias « L’homme d’Asmara », étaient sérieusement malades à Kinshasa depuis plusieurs semaines. La Ligue sportive pour la promotion et la défense des droits de l’Homme (Lisped) dirigée par Me Alain Makengo Kikandu a lancé quelques jours auparavant une sonnette d’alarme afin de venir en aide à ces deux champions d’Afrique des nations (CAN) Ethiopie 1968. Mais ce SOS n’a jamais eu des échos.

Ancien joueur de l’équipe Nomades et de l’AS V.Club, Léon Mungamuni a été double buteur des Léopards en demi-finale de la CAN 1968 à Asmara, permettant à la sélection congolaise d’accéder en finale aux dépens de l’Ethiopie (victoire par trois buts à deux), pays hôte de la compétition. C’est de là que lui est venu le sobriquet de « L’homme d’Asmara ». La RDC avait alors remporté la finale le 23 janvier 1968, en soumettant le Ghana par un but à zéro, une réalisation du feu Pierre Kalala Mukendi. Mungamuni a aussi fait partie de V.Club successivement vainqueur de la Coupe de l’ex-Zaïre en 1971,  1972 et1973. Il a rendu l’âme le mardi aux cliniques universitaires de Kinshasa où il était interné pendant ses derniers jours.

Ancien gardien de but d’Himalaya et du Daring Faucons (actuel DCMP), Ebengo Mpeti a aussi choisi la journée du mardi 17 novembre pour passer dans l’au-delà. Avant eux, c’est une autre gloire et ancien champion d’Afrique 1968 qui était parti, Nicodème Kabamba wa Kabengu, disparu en février 2020 après avoir été longtemps malade, ainsi que Kilasu Massamba. Cette génération des joueurs champions d’Afrique en 1968 est en train de s’éteindre quasiment dans l’anonymat, pas très pris en charge par l’Etat.

Avec Adiac-Congo par Martin Enyimo

RDC/Musique : Tshala Muana interpellée puis relâchée pour la chanson « Ingratitude »

novembre 17, 2020

« Ingratitude », tel est le titre du dernier opus de la chanteuse Tshala Muana qui lui a valu des ennuis, le 16 novembre, avec l’Agence nationale de renseignement (ANR).

Kinshasa : auteure de la chanson "ingratitude", Tshala Muana a été arrêtée  ce lundi par les agents de l'ANR - CAS-INFO.CA

La chanteuse Tshala Muana

La chanson est présentée, à tort ou à raison, comme un pamphlet dirigé à l’endroit de l’actuel chef de l‘Etat au regard de son contenu à forte saveur polémiste. La « Mamu nationale » qui est d’obédience PPRD, c’est-à-dire, proche de l’ancien président de la République, Joseph Kabila, n’a sûrement pas mesuré les dégâts collatéraux qu’allait provoquer sa chanson dans un contexte de surchauffe politique de ces dernières heures.

En effet, la tension actuelle au sein de la coalition FCC-Cash sur fond des signaux de rupture entre ces deux forces politiques n’aura pas favorisé une bonne réception de la chanson. Chaque camp essaie d’interpréter son contenu à sa manière. « Ni à un examen, encore moins à une compétition tu n’as jamais gagné. Maintenant que le maître t’a montré le chemin, tu as pu t’en sortir. Et après que tu aies franchi, tu le trahis. Fais attention, tu marches avec vitesse, vaille que vaille, tu marches sans prudence », chante l’artiste. A qui s’adresse-t-elle, pourrait-on s’interroger d’autant plus qu’aucun nom n’est cité. Le reste est un déroulé des boutades, des paraboles et des expressions alambiquées difficiles à décoder. L’auteure fait, par ailleurs, recours à la bible, et évoque la rébellion de Satan contre son créateur, ou encore, la trahison de Judas vis-à-vis de Jésus de Nazareth. Se mettant dans la peau d’une victime, elle fustige l’ingratitude, banni tous ceux qui en ont fait leur seconde nature, et professe l’infortune à leur endroit. « Tu ne descendras que sur l’arbre par lequel tu es bien monté », chante-t-elle.

Une certaine récupération politicienne s’est vite cristallisée autour de la chanson, chaque camp politique cherchant à exploiter des bribes des phrases cadrant avec ses aspirations. L’UDPS/Kibassa autant que d’autres formations politiques ont fustigé l’interpellation dont a été l’objet la reine de Mutswashi estimant que le président de la République est mentalement forgé pour subir des critiques de tout genre.

Avec Adica- Congo par Alain Diasso

RDC-Kinshasa/Prison centrale de Makala : la FBCP déplore des morts en cascade

octobre 20, 2020

L’ONG accuse les autorités pénitentiaires de ne rien faire pour éviter cette situation catastrophique.

Dans son communiqué du 20 octobre, la Fondation Bill-Clinton pour la paix (FBCP) indique que la prison centrale de Makala serait devenue un mouroir. Cette ONG de défense des droits de l’homme établie en RDC affirme avoir dénombré, dans son monitoring sur la situation des détenus dans les prisons et maisons carcérales de la RDC, huit décès parmi les prisonniers et détenus préventifs, en moins d’une semaine, au sein de la prison centrale de Makala. «  Après les cinq cas de décès dénoncés il y a trois jours, aujourd’hui encore trois détenus ont succombé a la prison centrale de Makala, qui est devenue un mouroir pour les détenus », a expliqué cette organisation.

Indiquant que deux de ces décès ont été enregistrés dans le pavillon 5, la FBCP annonce que deux autres détenus de ce même pavillon sont entre la vie et la mort. « Ils ont été évacués à l’hôpital sanatorium », a fait savoir l’ONG. Pour la FBCP, les causes de ces décès sont notamment la promiscuité dans laquelle les détenus vivent ces derniers temps ainsi que le manque de nourriture et des soins médicaux. « La prison n’ayant pas des moyens pour la prise en charge des détenus, et les priver en même temps des visites familiales, nous concluons que les autorités pénitentiaires ont une volonté délibérée de tuer les détenus à petit feu », a alerté cette association. Et de noter que l’une des victimes aurait même été en dépassement de sa peine, tout simplement parce que le greffier lui exigeait une somme pour procéder à sa libération.

Les droits de se faire soigner en dehors de la prison

Dans un communiqué précédent, la FBCP a fait savoir qu’après le directeur du cabinet du chef de l’Etat congolais, Vital Kamerhe, qui est hospitalisé au centre Nganda, l’homme d’affaires libanais Jammal Samith venait également d’être évacué, le 19 octobre, à l’hôpital de Kintambo. L’ONG dit estimer que chaque prisonnier ou détenu préventif a le droit de se faire soigner en dehors de sa cellule, selon la recommandation médicale d’un médecin. L’association émet le souhait que cette faveur soit accordée à tous les prisonniers et détenus préventifs sans distinction aucune.

La FBCP, qui fait savoir qu’il y a longtemps que l’ex-ministre provincial chargé de l’Intérieur de Kinshasa, Dolly Makambo, est en dehors de la prison pour raison de santé, regrette que certaines personnes ne bénéficient pas de cette faveur. « Malheureusement, ce n’est pas la cas : alors que nous avons plusieurs cas des malades qui sont encore en prison sans moyens de quitter leurs cellules pour se faire soigner », a souligné la FBCP. Et de faire remarquer que les prisonniers  de l’ancien  régime ne supportent pas d’être détenus en prison. Pourtant ils étaient à la base de la surpopulation des prisons.

Avec Adiac-Congo par Lucien Dianzenza

RDC: Le cortège de JP Bemba avec une foule immense dans la partie Est de la capitale Kinshasa

juillet 13, 2020

 

Avec Afrika 243 publiée 13 juillet 2020

RDC/Kinshasa : les marches de l’UDPS et du PPRD interdites

juillet 8, 2020

 

Le gouverneur Gentiny Ngobila Mbaka n’a pas donné son avis favorable pour les deux manifestations d’expression populaire prévues dans la capitale pour bloquer le choix de Ronsard Malonda à la tête de la centrale électorale et pour exiger la stabilité des institutions de la République.

 

Le gouverneur de la ville-province de Kinshasa, Gentiny Ngobila Mbaka, a interdit la marche du parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) prévue pour le jeudi 9 juillet. Il en est de même des trois marches du Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (PPRD) annoncées du mercredi 8 au 10 juillet dans la capitale congolaise ainsi que dans plusieurs autres villes du pays. Le chef de l’exécutif provincial motive son refus par le respect des mesures sanitaires liées à la riposte à la propagation de la pandémie à coronavirus, notamment celles édictées par le chef de l’Etat, dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, qui interdit les manifestations ou les réunions de plus de vingt personnes.

Pour le gouverneur Gentiny Ngobila,  il serait impossible lors de ces manifestations de faire respecter toutes les mesures barrières édictées dans le cadre de la riposte à la covid-19.  » Cette marche violerait ainsi les mesures restrictives prises par le chef de l’État pour stopper la propagation de covid-19« , fait comprendre le chef de l’exécutif de Kinshasa. Je tiens à vous rappeler, a-t-il écrit en réponse à ces deux formations politiques, que la République est en état d’urgence sanitaire pour lutter contre la propagation de covid-19, lequel a amené le chef de l’État à prendre des mesures restrictives, telles que l’interdiction de rassemblement de plus de vingt personnes et le respect de la distanciation physique. La manifestation que vous comptez organiser ( du mercredi 8 au vendredi 10 juillet pour le PPRD), ( du jeudi 9 juillet, pour l’UDPS), a soutenu le maire de la ville capitale, va à l’encontre de ces mesures.

Fort de cet argumentaire, Gentiny Ngobila conclut qu’il ne saurait donc prendre acte de la demande lui faite par Ferdinand Kambere, pour le compte du PPRD, et Augustin Kabuya, pour l’UDPS. L’UDPS maintient sa marche malgré ce refus du gouveneur Ngobila de prendre acte des marches de ces deux formations politiques. Pour le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, le parti de Félix-Antoine Tshisekedi maintient sa marche prevue pour le 9 juillet.  »L’UDPS ne se voit pas céder aux manœuvres de Ngobila et de sa famille politique’‘, note-t-on au parti présidentiel, qui appelle la population à participer massivement à cette manifestation pour rejeter le choix de Ronsard Malonda à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

L’UDPS, souligne-t-on, a, dans une correspondance adressée le 6 juillet au gouverneur de la ville de Kinshasa, Gentiny Ngobila, annoncé la tenue d’une marche en lui dévoilant les différents itinéraires à emprunter par les manifestants dont le point de chute est le Palais du peuple. La manifestation vise, selon ce parti, à protester contre la désignation de Ronsard Malonda à la tête de la Céni. Le PPRD, dans sa correspondance adressée le mardi 7 juillet au même gouverneur, lui annonce également sa marche, mais cette fois-ci de soutien aux institutions de la République. Si pour l’UDPS les itinéraires sont répartis en trois axes (axe 1 : Kin-Est : Echangeur de Limete-Sonahydroc-Pont Kasavubu jusqu’au Palais du peuple. Axe 2 : Binza Barré et Route Matadi – Kintambo Magasin-Rond-Point Moulaert-Marché Bayaka-Av Assosa jusqu’au Palais du peuple. Axe 3 : Rond-point Huillerie jusqu’au Palais du peuple), lit-on dans cette lettre adressée à Ngobila. le PPRD dont les activités sont prévues du 8 juillet au 10 juillet, maintient presque les mêmes itinéraires (6e rue Limete au Palais du peuple ; Kintambo magasin à la place royale ; Bandal Moulaert au Palais du peuple).

 

Avec Adiac-Congo par Lucien Dianzenza

RDC : Vital Kamerhe condamné à 20 ans de prison

juin 20, 2020

Vital Kamerhe, devant les juges à la prison de Makala, le 20 juin 2020

Vital Kamerhe, devant les juges à la prison de Makala, le 20 juin 2020 © Capture d’écran/RTNC

 

Vital Kamerhe a été condamné à 20 ans de prison et 10 ans d’inéligibilité pour « détournement de fonds » et « corruption ». Un verdict qui marque la fin d’une procédure hors norme et acte la mise à l’écart d’un rouage clé du pouvoir.

Après un mois d’une procédure historique, retransmise en direct à la RTNC entre le 11 mai et le 11 juin, le « procès des 100 jours » a livré son verdict. Accusé du détournement de plus de 50 millions de dollars destinés dans le cadre de la gestion du programme d’urgence des 100 jours, de blanchiment de capitaux et de corruption, Vital Kamerhe a été condamné à 20 ans de travaux forcés par le tribunal de grande instance de Kinshasa la Gombe. La peine de travaux forcés n’étant pas appliquée en RDC, elle équivaut à une peine de 20 ans de prison ferme.

Les juges l’ont aussi condamné à 10 ans d’inéligibilité, qui démarreront après exécution de la peine.

Ses co-accusés, l’homme d’affaires libanais Jammal Samih, patron d’Husmal et de Samibo, deux sociétés impliquées dans la construction de logements sociaux pour le programme des 100 jours, et Jeannot Muhima Ndoole, chargé du service import-export à la présidence de la République – qui était absent lors du prononcé du verdict – ont également été reconnus coupables des faits qui leur étaient reprochés. Jammal Samih a, comme Vital Kamerhe, écopé de 20 ans de prison et Jeannot Muhima Ndoole à 2 ans.

La justice a également ordonné la confiscation des fonds placés sur les comptes d’Hamida Shatur, Daniel Massaro et Soraya Mpiana ainsi que des propriétés immobilières acquises avec les fonds détournés.

Vers un appel de la défense

Après avoir rappelé le contexte qui a mené au procès, les juges ont d’abord rejeté les différentes exceptions de forme soulevées par la défense, avant de détailler leur jugement.

Concernant l’infraction de détournement, le tribunal a notamment reconnu dans son jugement que Jammal Samih « n’avait pas été en mesure de justifier la destination prise par la somme de 48,8 millions de dollars », montant issu des 57 millions de dollars décaissés par le trésor public en faveur de Samibo pour la construction de 1 500 logements sociaux prévus dans le programme des 100 jours.

Sur ce dossier, les juges ont estimé que l’homme d’affaires libanais n’aurait pas pu arriver à ses fins « s’il n’avait pas reçu une aide indispensable » de Vital Kamerhe, identifié par le tribunal comme « l’unique superviseur » de ce programme d’urgence.

À l’issue de son exposé, la justice a donc estimé que « la participation de Vital Kamerhe, en tant que co-auteur, à la commission de l’infraction du détournement de deniers publics ne fait l’ombre d’un moindre doute ». Vital Kamerhe, Jammal Samih et Jeannot Muhima Ndoole ont désormais la possibilité de faire appel.

« C’est une violation grave des droits de l’homme »

Vital Kamerhe, devant les juges à la prison de Makala, le 20 juin 2020
Vital Kamerhe, devant les juges à la prison de Makala, le 20 juin 2020 © RTNC

« Il s’agit d’une violation grave des droits de l’homme, de la procédure, et l’application malveillante des textes sélectionnés à dessein », a réagi Me Jean-Marie Kabengela Ilunga, l’un des avocats de Vital Kamerhe.

« Le jugement met dans le lien de condamnation l’épouse, les enfants des personnes qui ne sont pas parties au procès. Daniel Massaro attend son jugement, mais le juge est allé au-delà de sa saisine, pour pouvoir atteindre les personnes non concernées par le procès. C’est une violation grave des droits de l’homme », a-t-il ajouté, annonçant l’intention de la défense de faire appel.

Me Pierre-Olivier Sur, ancien bâtonnier de Paris qui défend aussi Vital Kamerhe, a annoncé qu’il exercera « toutes les voies de recours possibles : en République démocratique du Congo, devant les cours régionales africaines et devant les Nations Unies ». Pour rappel, Me Sur a saisi le 9 juin le groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire.

« Nous sommes consternés et choqués, parce qu’on s’attendait à ce que les juges puissent tenir compte des éléments pertinents soulevés par les avocats. Nous constatons que le tribunal est même allé au-delà de la réquisition du ministère public », déplore auprès de Jeune Afrique Aimé Boji, secrétaire général de l’Union pour la nation congolaise (UNC) présidé par Kamerhe.

Dysfonctionnements

Au cours d’une série d’audiences marquées par la mort suspecte, dans la nuit du 26 au 27 mai, du juge Raphaël Yanyi, chargé de mener les premiers débats, les magistrats avaient tenté d’établir les responsabilités politiques dans l’élaboration du programme des 100 jours et dans la chaîne de décaissement des fonds qui lui étaient alloués.

Les auditions de nombreux membres de la commission des 100 jours ont permis de lever le voile sur les dysfonctionnements qui ont émaillé la mise en place de ce programme, dans sa conception comme dans son exécution. La majorité des participants ont ainsi souligné la responsabilité du directeur de cabinet de Félix Tshisekedi dans le choix des contrats et le processus de décaissement des fonds qui leur était destiné. Certains d’entre eux ont même assuré ne pas avoir été informés qu’il faisait parti de la commission de supervision.

Tout au long du procès, l’accusé, lui, n’a eu de cesse de clamer son innocence, rejetant la faute sur d’anciens ministres et affirmant à plusieurs reprises qu’il avait agi avec l’aval du chef de l’État.

« Ces auditions ont permis de confirmer qu’il y a eu de multiples violations de la loi. C’est un projet qui a été monté en dehors de la loi de finances de l’année en cours, qui a violé le cadre de la loi de la passation de marché, et qui n’a pas respecté la chaîne normale de décaissement des fonds », résume Florimond Muteba, président du conseil d’administration de l’ODEP (Observatoire de la dépense publique).

Précipitation

Le président Félix Tshisekedi aux côtés de Vital Kamerhe, le 23 novembre 2018.
Le président Félix Tshisekedi aux côtés de Vital Kamerhe, le 23 novembre 2018. © Ben Curtis/AP/SIPA

Le procès a notamment démontré le contexte particulier dans lequel a été lancé le programme en question, entre une population impatiente de voir des changements dans la gouvernance et un pouvoir tout juste élu, déterminé à marquer une rupture avec son prédécesseur, au risque de pécher par précipitation.

En effet, lorsque le contenu du « programme d’urgence des 100 jours » est annoncé le 2 mars 2019 par le président Tshisekedi, la RDC n’a ni Parlement ni gouvernement. Les équipes en place sont celles de Bruno Tshibala, dernier Premier ministre de Joseph Kabila, et elles se contentent d’expédier les affaires courantes.

La méfiance de Félix Tshisekedi et de son directeur de cabinet est grande, et justifie alors de passer par d’autres canaux pour mettre en place et financer son programme, comme le Fonds national d’entretien routier (Foner) et le Fonds de promotion de l’Industrie (FPI).

Une commission de suivi, composée notamment de conseillers de la présidence, sera mise sur pied mais n’entrera officiellement en fonction qu’en juin. Qu’il s’agisse du choix des projets concernés ou de celui des exécutants retenus, le contexte semble déjà propice à l’opacité.

Celle-ci sera très vite dénoncée par plusieurs organisations de la société civile, dont l’Odep, qui assurera dans l’un de ses rapports que 84,61 % des marchés compris dans le cadre du « programme des 100 jours » ont été passés sans appel d’offres. En dépit de nombreuses alertes, il faudra attendre début février 2020 pour qu’un audit soit lancé et une enquête ouverte. La mécanique judiciaire est alors enclenchée.

Rivalité
Vital Kamerhe, le controversé directeur de cabinet du président congolais Felix Tshisekedi, au Palais de la Nation, à Kinshasa, le 18 février 2020.
Vital Kamerhe, le controversé directeur de cabinet du président congolais Felix Tshisekedi, au Palais de la Nation, à Kinshasa, le 18 février 2020. © Caroline Thirion pour JA

Mais le procès a aussi mis en lumière des querelles internes dans les arcanes mêmes de la présidence entre les proches du chef de l’État et ceux de Vital Kamerhe.

Elle trouve son origine au lendemain des élections. La majorité parlementaire étant allée au camp Kabila, Kamerhe s’est rabattu sur le poste – en apparence bien plus modeste et sans ancrage constitutionnel – de directeur de cabinet.

Mais il a rapidement su en faire l’un des postes les plus stratégiques de ce début de mandat, éclipsant plusieurs conseillers et proches du président, et suscitant parfois des réticences. « Kamerhe est un allié, pas un ami, glissait ainsi un très proche du chef de l’État six mois après le début de son mandat. Nous avançons une main devant, une main derrière. »

Pourquoi une telle méfiance ? Peut-être parce qu’en trente ans de vie politique, Vital Kamerhe a toujours assumé une certaine liberté de mouvement au gré de ses ambitions.

Passé par une douzaine de cabinets ministériels sous Mobutu, avant de connaître une réelle ascension sous Kabila père puis fils, Kamerhe fut un rouage-clé du pouvoir du prédécesseur de Tshisekedi, avant de rompre avec lui en 2009. C’est le début alors d’une longue traversée du désert au côté d’une opposition qui le soupçonne de ne pas avoir rompu avec ses anciens amis de la majorité. Habitué des coups de poker, Kamerhe gagne son ticket pour un retour au cœur du pouvoir en s’associant à Tshisekedi en novembre 2018. La suite est connue.

A-t-il voulu brûler les étapes ? En 2009, un câble diplomatique de l’ambassadeur des États-Unis à Kinshasa attribuait à Kamerhe « une ambition aveugle de devenir un jour président [qui] altère son jugement. »

Dans les jours qui suivent son arrestation, le 8 avril dernier, une folle rumeur fait son chemin. Les semaines précédentes, Vital Kamerhe aurait sollicité le soutien des présidences angolaise, tanzanienne et brazzavilloise dans l’optique de la présidentielle de 2023.

Une information qui sera réfutée par nos sources au sein de deux de ces présidences. Kamerhe et ses proches n’ont, en tout cas, pas cessé de dénoncer une procédure « politique ». Reste à savoir désormais si pour cet homme passé maître dans l’art du rebond, cette condamnation signe son départ de l’arène politique congolaise.

Avec Jeune Afrique par Romain Gras et Stanis Bujakera Tshiamala

Décès de Pierre Lumbi en RDC : hommage unanime de la classe politique au « stratège »

juin 15, 2020

 Pierre Lumbi, lors d'une conférence de presse de Ensemble, en juin 2018.

Pierre Lumbi, lors d’une conférence de presse de Ensemble, en juin 2018. © DR / Ensemble pour la République 

Pierre Lumbi, décédé le 14 juin à Kinshasa, aura occupé un rôle central sur la scène politique de son pays. Personnage clé du dispositif de Moïse Katumbi, il fut également directeur de campagne de Martin Fayulu lors de la présidentielle de décembre 2018, après avoir été le conseiller de Joseph Kabila et collaborateur d’Étienne Tshisekedi.

Sénateur, secrétaire général d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, Pierre Lumbi s’est éteint le 14 juin à Kinshasa, a annoncé l’ancien député Francis Kalombo, dimanche soir. Pierre Lumbi, touché par le coronavirus, avait été hospitalisé il y a plusieurs jours.

Les hommages, unanimes, saluent la mémoire d’un homme de conviction, qui aura marqué de son empreinte la vie politique de son pays. Conseiller spécial en matière de sécurité de Joseph Kabila, avant de passer à l’opposition en 2016, il fut aussi collaborateur d’Étienne Tshisekedi, directeur de campagne de Martin Fayulu, et, enfin, secrétaire général du parti de Moïse Katumbi… Pierre Lumbi, plusieurs fois ministre, connaissait en effet bien les arcanes du pouvoir et ses hommes les plus influents.

« Un grand frère, un ami, un sage »

Aujourd’hui, c’est l’ensemble de la classe politique et de la société civile qui lui rend hommage. « Nous perdons plus qu’un secrétaire général. Nous perdons un grand frère, un ami, un sage », regrette ainsi Moïse Katumbi dans un texte diffusé sur les réseaux sociaux. « De la solidarité paysanne jusqu’à la lutte pour l’alternance démocratique, tu as été de tous les combats », poursuit l’opposant dans son hommage à celui qu’il qualifie de « véritable stratège ».

Néhémie Mwilanya, coordonnateur du Front commun pour le Congo de Joseph Kabila, s’est dit « consterné » par la disparition de Pierre Lumbi, adressant ses condoléances « à la famille biologique et politique » du défunt. « Consterné » par l’annonce du décès, également, Jean-Pierre Bemba, président du Mouvement de libération du Congo (MLC), qui dit garder de Lumbi, « le souvenir d’un homme engagé et épris de voir un Congo nouveau. »

« Nous avons milité ensemble à l’époque de la Conférence nationale souveraine il y a 30 ans… Je garde en mémoire son sérieux, la finesse de ses analyses et son sens de l’organisation », a pour sa part écrit sur Twitter Martin Fayulu. Un épisode qu’a également souligné Vital Kamerhe qui, depuis sa cellule de la prison de Makala, a voulu saluer « le rôle important qu’il avait joué dans l’organisation de la marche des chrétiens du 16 février 1992, et dans le déblocage de la  Conférence nationale souveraine ».

La société civile n’est pas en reste. « Pierre Lumbi était un pionniers de la lutte post-independance pour la liberté, la démocratie et la dignité. Sans être parfait, il avait néanmoins le courage de ses convictions », salut notamment le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha). Georges Kapiamba, coordinateur de l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), évoque un « vaillant combattant de l’Etat de Droit démocratique qui a inspiré beucoup de jeunes ». « Je garde de bons souvenirs d’échanges fructueux avec lui », a pour sa part réagit Ida Sawyer, de Human Rights Watch.

De Kabila à Katumbi

Personnage-clé du dispositif électoral de l’ex-gouverneur du Katanga, Pierre Lumbi, ancien membre influent de la société civile, avait fait ses preuves sur le terrain électoral avec le Mouvement Social pour le Renouveau (MSR).

Il a un temps été proche de l’ancien président Joseph Kabila, dont il a notamment été le conseiller sécurité. Il a alors été parmi les principaux acteurs du rapprochement économique entre Kinshasa et Pékin, qui a notamment abouti au lancement des « Cinq chantiers » pendant le dernier mandat de Kabila.

En 2016, Pierre Lumbi claque la porte de la majorité présidentielle et rejoint la fronde du « G7 », qui se forme autour de Moïse Katumbi pour s’opposer à un troisième mandat de Kabila. En mars 2017, un mois après le décès d’Étienne Tshisekedi, il devient président du Conseil des sages de la plateforme du Rassemblement, la plateforme de l’opposition que le père de l’actuel chef de l’Etat dirigeait jusque-là. Félix Tshisekedi, lui, en devient le président.

Rallié par la suite à Moïse Katumbi, empêché de se présenter à la présidentielle, il rejoindra l’équipe de campagne de Martin Fayulu, avant de reprendre une place centrale au sein du dispositif de l’ancien gouverneur du Katanga.

Avec Jeune Afrique par Stanis Bujakera Tshiamala

RDC-Kinshasa: Quelques réactions après la mort du président Raphaël Yanyi

mai 27, 2020

 

RDC: Juge Raphael Yanyi Ovungu est décédé subitement dans la nuit de mardi à Kinshasa | Bandal Agité

mai 27, 2020

 

Avec Vitrine RDC

RDC : Kabund destitué au terme d’une séance agitée à l’Assemblée

mai 26, 2020

Le président intérimaire de l'UDPS, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, Kinshasa, le 15 septembre 2016.

Le président intérimaire de l’UDPS, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, Kinshasa, le 15 septembre 2016. © Kabund A Kabund, secréaire général de l’UDPS, principal parti d’opposition en République démocratique du Congo, pose dans son bureau de Kinshasa, le 15 septembre 2016. / Kabund A Kabund, General Secretary of the UDPS, the main opposition party in the Democratic Republic of Congo, is posing in his office of Kinshasa, on September 15th, 2016. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

 

Jean-Marc Kabund-a-Kabund a été destitué de son poste premier vice-président de l’Assemblée nationale à l’issue d’une séance électrique, lors de laquelle une bagarre a même éclaté.

Des menaces, une bagarre et une suspension. La séance a été pour le moins agitée, lundi, à l’Assemblée nationale congolaise. Réunis ce lundi en plénière pour se prononcer sur la pétition du député d’opposition Jean-Jacques Mamba réclamant la destitution de Jean-Marc Kabund-a-Kabund de son poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale, les députés ont cependant fini par procéder au vote : 289 ont voté pour, 17 contre et 9 se sont abstenus, sur les 315 qui ont pris part au vote (sur 500 députés).

« En conséquence, l’Assemblée nationale adopte la pétition en vue de la déchéance de l’honorable Kabund-a-Kabund Jean-Marc », a déclaré Jeanine Mabunda, la présidente de l’Assemblée nationale, à l’issue du vote qui s’est tenu tard dans la soirée, au terme d’une séance tendue.

Bagarre à l’Assemblée

Un peu plus tôt, alors que le texte devait être soumis au vote, un groupe d’une petite dizaine de députés s’est soudain levé pour prendre littéralement d’assaut la tribune, prenant à partie les assesseurs, et bousculant le pupitre. Une bagarre retransmise en direct sur les écrans de la RTNC, la télévision nationale. La séance a été suspendue quelques minutes, après cet épisode, avant que les députés ne procèdent au vote.

« C’est sans surprise pour moi », a commenté Jean-Marc Kabund-a-Kabund sur son compte Twitter. Le désormais ex-premier vice président de l’Assemblée nationale, qui n’était pas présent, ajoute : « Ce passage en force du FCC (Front commun pour le Congo, de Joseph Kabila, ndlr) est la preuve que le complot était ourdi et va au-delà de ma destitution. En vrai Tshisekediste, je quitte ce poste la tête haute et sans compromission. »

Le poste de Kabund reviendra à l’UDPS

Avec cette destitution, le président congolais perd un atout stratégique au bureau d’une chambre dominée par le Front commun pour le Congo, la coalition de Joseph Kabila avec laquelle il partage le pouvoir. Quelques heures avant cette séance agitée, Félix Tshisekedi avait reçu la présidente de l’Assemblée nationale Jeanine Mabunda. Leurs échanges ont porté « sur la bonne marche des institutions de la République », a assuré la présidence.

Selon nos informations, le dossier « Kabund » a été évoqué lors de la rencontre entre Tshisekedi et Mabunda en début de journée, et le poste de premier vice-président de l’Assemblée devrait rester dans les mains de l’UDPS, le parti de Félix Tshisekedi dont Jean-Marc Kabund-a-Kabund est le président par intérim.

Fidèle de Tshisekedi, Jean-Marc Kabund s’est retrouvé à plusieurs reprises en opposition avec le Front commun pour le Congo (FCC). En novembre dernier déjà, certains élus du FCC avait envisagé une procédure en destitution après des propos jugés polémiques à l’encontre de Joseph Kabila. 

Arrestation de Mamba

Ce vote intervenait deux jours après l’arrestation de l’élu du Mouvement de libération du Congo (MLC), à l’origine de la pétition. Jean-Jacques Mamba réclamait le départ de Kabund, critiquant ses prises de position dans la polémique autour de l’organisation du Congrès pour la prorogation de l’état d’urgence. Sa pétition, envoyée au bureau de la présidente de l’Assemblée nationale Jeanine Mabunda le 13 mai, avait recueilli 62 signatures, dont plusieurs émanant du FCC.

Trois députés avaient néanmoins assuré n’avoir jamais signé ce document. Jean-Jacques Mamba a été arrêté pour « faux et usage de faux » le 23 mai, suite à une plainte d’un élu de l’UNC, Simon Mpiana Ntumba, qui l’accuse d’avoir falsifié sa signature.

Son interpellation a provoqué un tollé à l’Assemblée et a été dénoncé par la présidente de la chambre basse ainsi que par les présidents des groupes parlementaires. Lors de sa plénière, l’Assemblée nationale a adopté une résolution pour demander à la cour de cassation de suspendre les poursuites et la détention de Jean-Jacques Mamba.

Augustin Kabuya secrétaire général de l’UDPS, a annoncé une réaction du parti présidentiel « dans les prochaines heures ». Une réaction qui sera scrutée avec d’autant plus d’attention que plusieurs cadres du parti, à l’image du député Tony Mwaba, ont prévenu que la destitution de Kabund « ne restera pas sans conséquence politique sur la coalition FCC-CACH ».

Avec Jeune Afrique par Romain Gras et Stanis Bujakera Tshiamala