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FMI : Kristalina Georgieva, soutenue par les pays africains, sauve son poste à la tête du Fonds

octobre 12, 2021
La directrice générale Kristalina Georgieva rencontre le président de la République démocratique du Congo Felix Tshisekedi au Fonds monétaire international. © Joshua Roberts/FMI/Flickr Licence CC

Appuyée par les représentants de plusieurs États africains, mais également par la France et plusieurs pays européens, l’économiste bulgare a été maintenue, le 11 octobre, à la direction générale de l’institution multilatérale, après plusieurs semaines d’incertitude.

Dans un communiqué publié dans la nuit du 11 au 12 octobre, le Fonds monétaire international (FMI) a confirmé le maintien à son poste de Kristalina Georgieva, l’économiste et haut fonctionnaire bulgare à la tête de l’institution financière depuis le 1er octobre 2019.

« Le Conseil d’administration réaffirme sa pleine confiance dans le leadership de la directrice générale et dans sa capacité à continuer d’exercer efficacement ses fonctions. Le Conseil a confiance dans l’engagement de la directrice générale à maintenir les normes les plus élevées de gouvernance et d’intégrité au sein du FMI », indique le communiqué.

Allégations datant de son passage à la banque mondiale

Pendant plusieurs semaines et au cours de pas moins de huit sessions, le conseil d’administration du FMI a examiné le rôle joué – ou non – par l’ancienne numéro deux de la Banque mondiale dans diverses altérations supposées au classement Doing Business 2018.

À la suite d’une investigation confiée au cabinet d’avocats WilmerHale, la Banque mondiale avait annulé, le 16 septembre, la publication du rapport Doing Business, alléguant diverses manipulations commises à l’époque par les équipes sous la direction de Kristalina Georgieva, au profit notamment de la Chine. Une décision farouchement contestée par l’économiste de 68 ans.

L’EXAMEN DU RAPPORT WILMERHALE NE FOURNISSAIT PAS DE DÉTAILS SUR DES ÉLÉMENTS SUFFISAMMENT PRÉCIS

« Le Conseil d’administration a estimé que les informations présentées au cours de son examen ne démontraient pas de manière concluante que la directrice générale avait joué un rôle inapproprié concernant le rapport Doing Business 2018 lorsqu’elle était DG de la Banque mondiale », a conclu la direction du FMI.

Chasse aux sorcières

Le sort de Kristalina Georgieva, par ailleurs ancienne Commissaire européenne à la coopération internationale, faisait l’objet d’intenses spéculations ces dernières semaines, d’aucuns pointant une forte hésitation des États-Unis (16,5 % du capital du FMI) et du Japon (deuxième actionnaire avec 6,14 % du capital) à maintenir la responsable bulgare à son poste, sans un examen approfondi de son rôle à la Banque mondiale.

D’autres, parmi lesquels le prix Nobel d’économie Joseph E. Stiglitz, ont dénoncé une chasse aux sorcières et un règlement de comptes contre une dirigeante ayant bravé le conservatisme de Washington pour aider les pays du Sud face à la crise du Covid-19.

ELLE A ÉTÉ UN PARTENAIRE D’UNE VALEUR INESTIMABLE QUI A CONTRIBUÉ À NOS SUCCÈS COLLECTIFS

L’agence américaine Bloomberg rapportait récemment que selon des sources françaises (Paris détient 4,03 % des capitaux du FMI) et européennes, « l’examen du rapport WilmerHale ne fournissait pas de détails sur des éléments précis permettant de remettre directement en question la conduite de Mme Georgieva ».

Un rôle décisif

Dans un texte inédit, publié au début d’octobre par Jeune Afrique, une quinzaine de ministres africains de l’Économie et des Finances, étaient montés au créneau pour apporter leur soutien à la patronne du FMI.

« Kristalina Georgieva a joué un rôle décisif dans l’allocation générale sans précédent de droits de tirage spéciaux (DTS) équivalant à 650 milliards de dollars américains, en fournissant des liquidités et des réserves tampons à de nombreux pays qui se trouvaient dans le besoin. Elle s’est battue pour faire progresser le multilatéralisme et nous avons toujours su qu’elle était une ardente défenseure des nations en développement. Elle a été un partenaire d’une valeur inestimable qui a contribué à nos succès collectifs », ont-ils rappelé dans la tribune cosignée notamment par le Béninois Romuald Wadagni et l’Ivoirien Adama Coulibaly.

Les pays africains sont représentés au FMI par, entre autres, Ita Mary Mannathoko (Botswana), Willie Nakunyada (Zimbabwe), Osana Jackson Odonye (Nigeria) et Hossein Mirshojaeian Hosseini (Iran).

Avec Jeune Afrique par Joël Té-Lessia Assoko

Le fossé se creuse entre pays riches et pauvres, alerte le FMI

octobre 5, 2021

Alors que la croissance mondiale sera plus faible qu’attendu, Kristalina Georgieva s’inquiète de la hausse des inégalités causée par la crise sanitaire.

La directrice generale du Fonds monetaire international, Kristalina Georgieva,  s'est montree inquiete du fosse grandissant entre les pays riches qui profitent globalement de la reprise et les pays pauvres affectes par le manque de vaccins et les poussees inflationnistes.
La directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva,  s’est montrée inquiète du fossé grandissant entre les pays riches qui profitent globalement de la reprise et les pays pauvres affectés par le manque de vaccins et les poussées inflationnistes.© SALVATORE DI NOLFI / KEYSTONE / EPA

La croissance économique mondiale sera « légèrement » plus faible qu’attendu cette année, a prévenu mardi 5 octobre la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, inquiète du fossé grandissant entre les pays riches qui profitent globalement de la reprise et les pays pauvres affectés par le manque de vaccins et les poussées inflationnistes.

« Nous sommes confrontés à une reprise mondiale qui reste entravée par la pandémie et son impact », a résumé Kristalina Georgieva lors d’une conversation virtuelle à l’université de Bocconi, à Milan, avant les réunions d’automne du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Kristalina Georgieva devait initialement se rendre en personne en Italie. Sollicitée par l’Agence France-Presse, sa porte-parole n’a pas précisé pour l’heure pourquoi ce voyage a finalement été annulé.

En juillet, le Fonds avait révisé à la hausse sa prévision de croissance mondiale à + 6 % cette année. Mais c’était avant que le variant Delta ne fasse de nouveaux ravages dans le monde. « Nous sommes incapables d’avancer correctement, c’est comme si nous marchions avec des pierres dans nos chaussures ! » a expliqué la dirigeante dans une métaphore. L’institution de Washington publiera dans une semaine ses prévisions actualisées en ouverture des réunions annuelles.

De lourdes conséquences sur le long terme pour les pays émergents et en développement

Les États-Unis et la Chine, les deux premières puissances économiques, restent « les moteurs essentiels de la croissance, même si leur élan ralentit », constate Kristalina Georgieva. Quelques économies avancées et émergentes poursuivent leur expansion, « dont l’Italie et plus largement l’Europe ». En revanche, « dans de nombreux autres pays, la croissance continue de se dégrader, entravée par le faible accès aux vaccins et une réponse politique limitée, en particulier dans certains pays à bas revenus », déplore-t-elle.

La « divergence » dans la reprise est telle que les économies avancées vont revenir à leurs niveaux d’avant la pandémie « d’ici à 2022 » quand la plupart des pays émergents et en développement « mettront encore de nombreuses années à se remettre » de la crise provoquée au printemps 2020 par la pandémie de Covid-19. Plus la reprise prend du temps, plus l’impact à long terme sera important dans ces pays, notamment en termes de pertes d’emplois, qui frappent durement les jeunes, les femmes et les personnes travaillant au noir, déplore Kristalina Georgieva.

L’obstacle le plus immédiat est la « grande fracture vaccinale », dit-elle. « Trop de pays avec trop de peu d’accès aux vaccins laissent trop de personnes sans protection contre le Covid », déplore-t-elle, exhortant à augmenter « fortement » la livraison de doses. La pandémie a fait près de 4,8 millions de morts dans le monde depuis fin décembre 2019, selon un bilan établi par l’Agence France-Presse lundi.

La vaccination et la hausse des prix de l’énergie au cœur des inquiétudes

« Les nations plus riches doivent tenir leurs promesses de dons immédiatement », tempête la directrice générale du Fonds alors que le FMI et la Banque mondiale ont fixé comme objectif de faire vacciner 40 % de la population mondiale d’ici à la fin de cette année et 70 % d’ici à la première moitié de 2022. Outre les problèmes d’immunisation, certains pays émergents et économies en développement sont confrontés à des pressions sur les prix qui « devraient persister », selon le FMI.

L’augmentation des prix alimentaires mondiaux, plus de 30 % au cours de l’année écoulée, est « particulièrement préoccupante », souligne Kristalina Georgieva. « Conjuguée à la hausse des prix de l’énergie, cela met encore plus de pression sur les familles les plus pauvres. » Kristalina Georgieva estime ainsi que les risques et les obstacles à une reprise mondiale équilibrée « sont encore plus marqués » qu’il y a quelques mois.

Elle recommande aux banques centrales de se tenir « prêtes à agir rapidement si la reprise se renforçait plus promptement que prévu ou si les risques inflationnistes devenaient tangibles ». De plus, elle appelle les gouvernements à accélérer les réformes pour assurer une transition vers une économie verte générant de nouveaux emplois. Elle pointe enfin le problème de la dette publique mondiale qui, selon les calculs du FMI, atteint désormais près de 100 % du PIB mondial.

Par Le Point avec AFP