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Centrafrique: la population vit une tragédie

octobre 19, 2013

BANGUI – La population de Centrafrique, livrée aux exactions de bandes armées et à des violences intercommunaitaires, vit une tragédie, a estimé samedi une mission d’urgence des agences d’aide des Nations unies dépêchée dans le pays pour établir un bilan humanitaire de la situation.

De son côté, le président de transition centrafricain, Michel Djotodia, a appelé les jeunes de son pays à dire non aux manipulations visant à inciter les habitants à prendre les armes les uns contre les autres, au cours d’une réunion publique à Bangui.

La situation humanitaire s’est une fois de plus dégradée (…) C’est une tragédie que vit le peuple centrafricain. On ne peut la laisser perdurer, a déclaré au cours d’une conférence de presse de presse à Bangui, un des responsables de cette mission, John King de l’office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), à l’issue d’une visite de 48 heures.

D’abord il faut qu’il y ait la sécurité pour les civils afin qu’ils puissent rentrer chez eux. Nous devons tous être réalistes: les problèmes sont plus graves que ceux des années précédentes, a ajouté M. King, en référence aux crises, troubles et coups d’État qui ont secoué le pays depuis son indépendance en 1960.

Arrivée jeudi soir à Bangui, la mission onusienne s’est rendue notamment vendredi à Bossangoa (250 km au nord-ouest de Bangui), où des affrontements entre combattants de l’ex-rébellion Séléka – qui a renversé le régime du président François Bozizé le 24 mars – et des groupes d’autodéfense ont fait plus de 100 morts en septembre et des dizaines de milliers de déplacés.

La Centrafrique est plongée dans le chaos depuis le renversement de François Bozizé par la coalition Séléka, aujourd’hui officiellement dissoute par son chef, Michel Djotodia, investi comme président de transition le 18 août.

Lourd tribut de la jeunesse

Depuis, le pays est livré à des chefs de bande et des mercenaires, l’État s’est effondré et les violences menacent de prendre un tour religieux entre chrétiens – qui constituent la grande majorité des près de cinq millions d’habitants – et musulmans. Les combattants qui formaient les rangs de l’ex-rébellion se revendiquent de confession musulmane et M. Djotodia est le premier président musulman de l’histoire du pays.

Je veux que la jeunesse (…) dise non aux manipulations tendant à dresser les uns contre les autres, à faire en sorte que les jeunes prennent les armes, les machettes, les bâtons, pour mettre la vie de leur prochain en danger, a lancé le président pendant une rencontre avec la jeunesse dans le centre de la capitale.

Des faits graves se produisent encore dans nos provinces, a-t-il rappelé en référence aux exactions et violences intercommunautaires qui se développent dans le pays.

Nous refusons que la jeunesse soit instrumentalisée. C’est elle qui paie le lourd tribut de ces violences, a-t-il ajouté.

Pour le rétablissement de l’Etat et l’organisation des futures élections, la sécurité et la stabilité sont indispensables, a-t-il souligné, en affirmant vouloir confier un rôle de premier plan aux chefs traditionnels pour sortir le pays de la spirale de la violence.

Nous devons également nous appuyer sur les chefs traditionnels et toutes les ethnies pour assurer la victoire vers la démocratie. Nous devons nous appuyer sur le système traditionnel qui seul permet de faire remonter la voix du peuple auprès des dirigeants, a-t-il estimé.

Près de 10% de la population du pays a été déplacée par les violences. Une force africaine, en cours de déploiement, tente de désarmer les combattants et les pillards et de rétablir la sécurité. La France, ancienne puissance coloniale, a un contingent de 400 soldats qui tient l’aéroport de Bangui et plaide au conseil de sécurité de l’ONU pour une action urgente en Centrafrique.

Romandie.com avec(©AFP / 19 octobre 2013 21h52)

Au Mali « nous ne sommes plus dans un état de droit »

mars 23, 2012

InterviewAu surlendemain du putsch qui a renversé le président Amadou Toumani Touré, la situation est confuse. Un calme relatif est revenu mais la capitale reste paralysée, témoigne l’écrivain Birama Konaré.

    Par CORDÉLIA BONAL Recueilli par

Le Mali vit maintenant à huis clos. Toutes les frontières ont été fermées ce vendredi matin, trente-six heures après le coup d’Etat mené dans la nuit de mercredi à jeudi par des soldats mutinés contre le président malien Amadou Toumani Touré, à quelques semaines de la fin de son mandat.

Bamako est depuis «complètement paralysé», témoigne depuis la capitale Birama Konaré (photo Seydou Camara), jeune écrivain malien. Fils de l’ex-président Alpha Oumar Konaré, il préside l’Association de la jeunesse révolutionnaire africaine, mouvement qui se veut apolitique et cherche à «mobiliser la jeunesse pour qu’elle fasse entendre sa voix et s’implique au quotidien» (1).

 

Quelle est la situation ce matin dans les rues de Bamako ?

Le calme semble être revenu, après le rappel à l’ordre de la junte contre les actes de vandalisme. Mais la journée d’hier a été très tendue. Les militaires tiraient en l’air, les casernes ont été attaquées et dévalisées de leurs armes. Des hôtels, des magasins, des résidences privées ont été pillés par ces mêmes hommes armés mais aussi par des civils qui passaient après eux. Comme beaucoup d’autres habitants, je me suis fait braquer dans ma voiture par des hommes armés, j’ai été obligé de la leur laisser. Il n’y a plus de carburant, les administrations et les banques sont à l’arrêt, l’ORTM [la télévision et la radio nationales, ndlr] a été en partie pillée, les hôpitaux ne fonctionnent presque plus alors que des gens ont besoin d’être dialysés ou transfusés… La capitale est totalement paralysée. On a rarement vu ça ici. Nous ne sommes plus dans un Etat de droit, c’est le chaos.

Craignez-vous que les choses tournent mal pour la population ? Au moins trois personnes ont été tuées par des balles perdues…

Tous les ingrédients sont là. Si la situation dure trop, les nerfs vont lâcher. Il y a aussi la question de l’approvisionnement : les magasins sont fermés, or les gens ne s’étaient par préparés à ce coup d’Etat qui leur tombe dessus.

Que sait-on de ces putchistes ?

Ce sont des officiers et des sous-officiers qui depuis un certain temps dénonçaient le président Touré. Il lui reprochent surtout de n’avoir pas été assez réactif contre la rébellion touareg dans le nord du pays. Ce sont surtout des gens très frustrés, qui ont opéré un coup d’Etat contre un président démocratiquement élu. Ce n’est bon ni pour nous ni pour l’image du Mali, et plus généralement pour celle de l’Afrique. Cela montre que malgré les progrès accomplis, notre système démocratique reste fragile. C’est un recul. Dans des périodes comme celle-ci, on se dit «ça y est, on est retombés  en arrière, l’Afrique est foutue». Mais il ne faut pas baisser les bras. 

Amadou Toumani Touré aurait-il pu anticiper cette issue ?

Il aurait pu éviter cette situation s’il avait tenu compte du mécontentement qui montait. Il aurait pu organiser un remaniement ministériel. Tout le monde a vu venir le putsch, sauf lui. Il est trop resté sur ses acquis.

On est toujours sans nouvelles de lui ?

Une rumeur le dit à l’ambassade américaine, une autre dans un camp militaire.

Pensez-vous que les élections, prévues pour le 29 avril, aient encore la moindre chance d’être tenues ?

Il sera impossible d’organiser des élections dans ces conditions. Le putsch est consommé, une page s’est tournée. L’urgence, maintenant, c’est que la classe politique parvienne à créer un cadre de dialogue avec les mutins. Et il faut que les mutins, eux, acceptent le fonctionnement de l’Etat. Il y aura une pression de la communauté internationale. C’est aux partis de mener le jeu, pas à l’armée.

(1) Birama Konaré est aussi le fondateur de la branche malienne de Global Shapers, réseau créé en marge du Forum de Davos pour favoriser l’entrée des jeunes dans les grands forums internationaux.

Liberation.fr