Posts Tagged ‘la plume’

Côte d’Ivoire: Décès de Bakary Nimaga

juin 16, 2013

Koré Emmanuel à son “frère” Bakary Nimaga

Emouvant était hier, l’ultime hommage du Patriote à son Rédacteur en chef adjoint. Dans une pathétique adresse, le Rédacteur en chef, Koré Emmanuel, ami inséparable du défunt, a rendu à travers une oraison poignante un dernier témoignage à celui qu’on appelait affectueusement le “Fama de la plume”.

Oraison funèbre

Bakary, mon cher ami,

Bakary, mon cher frère,

Bakary, mon jumeau,

Bakary, mon confident,

Ce soir, devant tout ce parterre d’hommes et de femmes, devant tous ces journalistes, devant tous ces confrères, devant tous ces membres d’une même et grande famille – celle des médias et de la presse –, en prenant la parole, mon souhait est de parvenir, un tant soit peu, à une chose : restituer dans la mesure du possible, aux yeux de tout ce beau monde, ta si profonde, si attachante, si charmante et finalement si grande personnalité.

Car si physiquement tu étais grand, avec cette imposante silhouette de plus d’un mètre 80, ta véritable grandeur venait surtout de ton intérieur. De ce que tu avais de si riche, de si fort, de si généreux en toi et que tu savais offrir, parfois sans réserve, à ton entourage, à tes amis, à tes collègues, mais aussi et peut-être surtout à tes lecteurs.

Parce que, avant tout, en tout cas pour les vingt dernières années de ta vie consacrées au journalisme, tu auras tout donné à ceux qui te lisaient au quotidien. Tu leur auras procuré du bonheur, par la pertinence, la justesse, la sincérité, mais aussi par ce grand talent que tout le monde reconnaissait en ta plume. Cette plume qui savait si bellement manipuler les lettres. Mais cette plume qui savait aussi dire haut et fort ce que beaucoup pensaient bas. Cette plume dont parfois les aspérités – toi qui abhorrait les faux-fuyants, la langue de bois – rencontraient l’adhésion de tes très nombreux lecteurs, voire tes fans, puisque, au-delà de ta célèbre rubrique ‘’Motus’’, véritable régal pour les puristes de la langue de Molière, mais aussi pour ceux qui aimaient l’audace dont tu faisais preuve dans tes prises de position, tu avais presque acquis, ces derniers mois, le statut de star sur les réseaux sociaux, où tu avais tissé des liens très forts avec la longue chaîne d’amis qui ont choisi d’échanger avec toi à travers le monde. L’émoi collectif, le grand désarroi constaté ces derniers jours sur la toile est bien à la mesure de la douleur, de l’affliction que la brutalité et la cruauté de ta disparition ont causé chez les uns et les autres.

Oui, Bakary, mon cher frère, cruelle fut ta mort. Pour ta famille, pour tes amis, pour tes collègues, pour la corporation entière à laquelle tu as voué une passion si grande.

Cruelle fut ta disparition, Fama de la plume, comme nous t’appelions affectueusement, parce que ce mardi 11 juin, rien ne présageait ce véritable coup de massue du destin sur nos pauvres têtes. Rien ne nous a alertés sur ce brusque coup d’arrêt à une vie que, discrètement certes, tu menais à ton rythme, c’est-à-dire, avec humilité, sobriété, bonne humeur et surtout avec cet humour délicieux dont tu aspergeais le quotidien de ton entourage.

Oui, Bakary, mon cher frère, terrible fut ta mort, d’autant que, et j’emprunte les mots de l’essayiste français Roland Barthès qui disait que « tout refus du langage est une mort », tu refusais justement de mourir en t’exprimant, par le truchement de ta plume, chaque jour que Dieu faisait. Tu ne t’es pas tu et tu es mort, puisse ta mort nous parler ? Puisse-t-elle nous dire que nous devons continuer à ne pas nous taire, à mettre le doigt sur les plaies de notre société, sur les inconséquences de la vie ici bas?

Oui, Bakary, mon cher frère, ta mort est insoutenable pour tout le monde. Mais sans doute l’est-elle d’une certaine façon davantage pour moi, ton cher « Gourou », ton jumeau avec qui tu as quasiment tout partagé ces dix dernières années. Presque jour après jour. Puisque nous nous voyions tous les jours de la semaine. Même les samedis, que ce métier si exaltant, mais si prenant nous laissait comme seul moment de répit, nous ne parvenions pas à résister à la tentation de nous retrouver au Café de Paname, à Biétry ou à la terrasse de ‘’Cap Sud’’ pour parler de nous, de notre métier, de notre avenir, de nos espoirs et désespoirs.

Oui, Bakary, mon cher frère, j’ai mal de te savoir parti à jamais, même si la condition humaine nous confine dans un tunnel dont le bout reste inévitablement la mort et que, immanquablement, je vais te rejoindre un jour là où tu repose certainement en paix après avoir accompli ta mission sur la terre des hommes.

Parce que, face aux vicissitudes de la vie, devant les inextricables équations qui se posaient à nous, et qui avaient tendance à nous faire basculer dans le désespoir, chacun de nous était devenu le remontant de l’autre. Le médicament de l’autre.

Maintenant que tu es parti, mon cher frère, qui va me remonter le moral dans mes moments de spleen ? Qui va guérir mes stress ? Qui va être mon médicament ?

Oui, Bakary, mon cher frère, au moment où je te parle, ils sont très nombreux les journalistes qui sont venus te rendre un ultime hommage. Depuis ce mardi de terrible mémoire, où tu nous as quittés sans crier gare, ils sont inconsolables. Mais en même temps, ils savent que c’est la volonté de Dieu qui s’est accomplie. Par ma voix, ils te disent de partir en paix et que la terre te soit légère.

Le Patriote.net par KORE EMMANUEL

Années Sarkozy : récit d’une ancienne plume de l’Elysée

février 25, 2013
Années Sarkozy : récit d'une ancienne plume de l'Elysée

Immersion Proche du PS, engagée par la droite, Marie de Gandt ouvre une porte sur les rouages du mécanisme politique.

AFP PHOTO / ERIC FEFERBERG

Ce soir-là, la déception vient de ses talons. Un peu hauts, un peu seulement – rien, vraiment rien de vertigineux ; rien, vraiment rien qui fasse « gourgandine », comme l’écrit Marie de Gandt, shoes addict, à propos de la hauteur dont elle dit avoir besoin pour « tenir le monde à distance ». C’est d’ailleurs à distance qu’elle poursuit sa « petite exploration du pouvoir politique » dans Sous la plume : si elle a toujours pris des notes au cours de ces cinq années, elle a attendu la défaite pour commencer à rédiger ce petit traité sur les grandeurs et les servitudes d’un dur métier. 

Marie de Gandt, trentenaire, se présente pourtant comme une proche du PS. Prof agrégée de littérature comparée à l’université de Bordeaux, elle assure aussi qu’elle ne pourrait pas, aujourd’hui, travailler pour les socialistes au gouvernement, soucieuse de ne pas accréditer l’idée que la gauche et la droite sont interchangeables. A l’époque où elle a accepté d’intégrer le cabinet d’un ministre UMP, en 2007, elle avait honte des querelles de personnes qui minaient la Rue de Solferino, honte de l’incapacité de son propre camp à redéfinir une doctrine idéologique cohérente. Contactée par Laurent Wauquiez, camarade de l’Ecole normale supérieure, elle accepte un travail de plume, curieuse de découvrir une droite qu’elle imagine peuplée de rombières et de serre-tête en velours. L’ouverture chère à Sarkozy la séduit ; l’idée de travailler pour l’Etat, mais à sa façon, l’enthousiasme. 

Avec une précision d’entomologiste et un grand bonheur d’écriture, Marie de Gandt raconte le pouvoir au rythme où il s’écrit, l’urgence quotidienne des décisions, les petites mesquineries, les grandes rivalités, la qualité des conseillers. Elle ouvre une porte sur les rouages du mécanisme politique, celui qui préside au destin du pays, celui qui trace le chemin du tas épars de notes techniques aux lignes épurées du discours prononcé, à l’acte posé ; elle dessine un monde à visage humain, aussi, des hommes de colère sous des dehors affables, des convictions sous un cynisme de circonstance. Des hommes qui, tel Dominique Bussereau, attendent la solitude et l’obscurité du ministère déserté pour oser arroser la plante verte.  

« Apprenez-lui à prononcer le nom de Barthes« 

Dans cette galerie de portraits, Nicolas Sarkozy occupe une place à part : la multitude de petites mains qui oeuvrent à l’Elysée éloigne, de fait, le « PR » de ceux qui ordonnent ses mots. Quand ce n’est pas la jalousie personnelle d’un conseiller… Parfois s’affrontent des influences contradictoires, tandis qu’il faut tenir compte des limites de l’orateur : à quoi bon multiplier les références littéraires dans un monde qui ne l’est pas ? Au bonheur d’avoir été lue succèdent ainsi de grands moments de solitude : « Apprenez-lui à prononcer le nom de Barthes », souffle à Marie de Gandt la philosophe Julia Kristeva, que Nicolas Sarkozy vient de décorer en saluant la fondatrice du centre « Bartesse ». « Il serait plus prudent d’ajouter les prénoms, car il connaît Roland Barthes, qui est dans l’oreille de chacun, écrit la plume. Mais alors le nombre de noms propres le fera renâcler devant le tunnel d’érudition, et il laissera la phrase de côté – j’évite toujours de mettre des informations importantes dans une phrase qui compte des noms propres compliqués ou des termes techniques, craignant que la fatigue ne pousse l’orateur à sauter le passage tout entier. »  

Marie de Gandt a gardé de vrais amis de son séjour à l’Elysée. Mais aucun ne la soutient : « Tu es dingue ! » lui ont-ils répondu après avoir lu son manuscrit. « Je te préviens, l’ont avertie certains, je dirai que je ne l’ai pas lu. » Quel que soit l’étage, le courage n’est pas la vertu la mieux partagée dans les palais de la République. 

L’Express.fr par Elise Karlin,

Côte d’Ivoire: José Koudou, journaliste au Quotidien est mort

août 26, 2012

José Stéphane Koudou s’est éteint aux premières heures du samedi 25 août 2012 au Chu de Yopougon. Le confrère a rangé à jamais la plume, abandonnant ainsi le combat du Quotidien d’Abidjan, proche du président de l’UNG Stéphane Kipré donc pro-Gbagbo.

José Stéphane Koudou avait la plume particulièrement tranchante dans ses critiques contre le régime d’Alassane Ouattara. Il était un maillon important du service politique de cet organe bleu. Il ne verra pas l’aboutissement de son combat. Il s’est englouti dans le ventre de la nuit.

José Koudou était le secrétaire général du réseau ivoirien des communicateurs amis des enfants (Ricae). Tout est parti d’un mal pernicieux qui le rongeait à petit feu depuis quelques mois. Il se plaignait souvent d’un mal de tête. Ces derniers moments, il tenait difficilement sur un ordinateur. Il décide alors, avec l’accord de sa rédaction, de prendre un repos maladie.

La dernière fois que je l’ai personnellement rencontré, c’était à Yopougon, Place CP1, le dimanche 19 août 2012. Il était mal en point et n’avait tenu que dix petites minutes en ma compagnie. Depuis ce jour, son état s’est dégradé considérablement. Il a été admis aux urgences du Chu de Yopougon dans la nuit du vendredi 24 août. Il n’en sortira pas. Il a rendu l’âme le samedi à vers 5 heures après un long moment de prière en compagnie de sa femme et de Serges Badet son collègue. ‘’Il est couché là-bas. On a pensé qu’il allait se réveiller. Mais ce soir nous sommes allés le voir il est toujours couché’’. Tels sont les mots de sa belle-mère à notre passage au domicile familial à la Cité Mamie Adjoua. Sa femme Carine était inconsolable. Koudou a-t-il réalisé sa maison de rêve ? L’ancien étudiant de l’Efap a-t-il réalisé une seule de ses ambitions ? Il est parti avec ses secrets ! Adieu confrère ! Adieu frère!

L’Intelligent d’Abidjan par S. Débailly