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Mali : les soldats français vont quitter Tombouctou pour Gao

février 4, 2013

 

Soldats français le 3 février 2013 à Gao. Soldats français le 3 février 2013 à Gao. © AFP

Les 600 soldats français actuellement présents à Tombouctou doivent quitter la ville le jeudi 7 février pour gagner Gao. Au nord de Kidal, les forces françaises et tchadiennes poursuivent leur traque des groupes islamistes armés repliés dans le massif des Ifoghas, dans l’extrême nord-est du Mali.

Une semaine après leur reconquête de la ville aux côtés des soldats maliens, les militaires français vont bientôt quitter Tombouctou. D’après une porte-parole de l’armée, citée par l’agence AP, les forces françaises prévoient de partir le jeudi 7 février de la « cité aux 333 saints » pour gagner la ville stratégique de Gao.

« Les 600 soldats actuellement basés à Tombouctou se dirigeront vers Gao afin de poursuivre leur mission », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’ils seraient remplacés par un petit contingent dont la date d’arrivée n’ a pas été précisée.

Ces 600 éléments apporteront probablement du renfort aux soldats français et tchadiens qui poursuivaient lundi leur traque des groupes islamistes armés. Après leur fuite des grandes villes de Gao, Tombouctou et Kidal, les combattants islamistes se sont repliés dans l’extrême nord-est du Mali, dans le massif des Ifoghas, tout près de la frontière algérienne.

« Le temps qu’il faudra »

Encore présente sur le théâtre des opérations, la France espère que ses soldats seront relayés au Mali par des soldats africains aussi vite que possible. « Dans les villes que nous tenons, nous souhaitons être rapidement relayés par les forces africaines de la Misma » (force interafricaine autorisée par l’ONU), a déclaré lundi matin Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, à la radio France Inter. Les forces africaines, en cours de déploiement au Mali, doivent à terme comprendre quelque 6 000 soldats d’Afrique de l’Ouest et du Tchad, dont les premiers éléments se trouvent à Kidal, aux côtés de l’armée française.

Cette position avait déjà été rappelée samedi lors de sa visite au Mali par le président français François Hollande, qui a cependant bien insisté sur le fait que l’armée française ne quitterait pas le territoire malien tant que les armées africaines n’y seraient pas installées. « La France restera avec vous le temps qu’il faudra, c’est-à-dire le temps que les Africains eux-mêmes prendront à travers la Misma pour nous suppléer, pour nous remplacer, mais jusque-là nous serons à vos côtés jusqu’au bout, jusqu’au Nord Mali », avait déclaré le chef de l’État.

Un reponsable d’Ansar Eddine arrêté

À propos des frappes aériennes menées pendant le week-end sur le massif des Ifhogas, Laurent Fabius a affirmé qu’elles avaient pour but « de détruire » les « bases arrières » et « les dépôts » d’armes et de munitions des islamistes armés.

Selon des experts et des sources sécuritaires régionales, c’est dans cette immense zone de montagnes et de grottes, berceau des Touaregs, qu’une bonne partie des chefs des groupes islamistes armés se sont réfugiés après leur fuite des grandes villes du nord du Mali. Parmi eux figureraient l’Algérien Abou Zeïd, un des émirs les plus radicaux d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), et Iyad Ag Ghaly, chef d’Ansar Eddine (Défenseurs de l’islam), un Touareg malien originaire de Kidal qui connaît parfaitement la région. Dans cette zone se trouveraient également les sept otages français enlevés au Niger et au Mali en 2011 et 2012 par Aqmi et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao).

Dimanche, deux dirigeants islamistes ont été arrêtés alors qu’ils tentaient de passer en Algérie. Les Touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) ont revendiqué ces arrestations. Les deux prisonniers sont Mohamed Moussa Ag Mouhamed, présenté comme le numéro trois d’Ansar Eddine et chef de la police islamique à Tombouctou, et un responsable du Mujao à Gao.

Jeuneafrique.com avec AFP

Mali : François Hollande en visite à Tombouctou

février 2, 2013
François Hollande accueilli par Dioncounda Traoré, lors de son arrivée à Sévaré. François Hollande accueilli par Dioncounda Traoré, lors de son arrivée à Sévaré. © AFP

Le président François Hollande est arrivé samedi à Tombouctou, où il a été accueilli avec ferveur par la population de cette ville emblématique du nord du Mali, récemment reprise aux groupes islamistes qui l’occupaient et y ont commis de nombreuses exactions.

François Hollande, accompagné du président malien par intérim Dioncounda Traoré, doit y visiter une mosquée historique, le centre de conservation de précieux manuscrits anciens, dont certains ont été incendiés par les islamistes, et rencontrer la foule.

Sur la place principale de la ville en partie désertée par ses habitants ayant fui l’occupation jihadiste, entre 2.000 et 3.000 personnes étaient rassemblées pour « dire merci » à la France, dansant au son des tam-tams, qui étaient interdits par les groupes islamistes, comme toute autre forme de musique.

Tombouctou, à 900 km au nord-est de Bamako, a été placée sous très haute surveillance: des militaires français sont en position tous les 100 mètres, des blindés patrouillent dans les rues, ainsi que des pick-up remplis de soldats maliens.

Le président français est accompagné de trois ministres: Laurent Fabius (Affaires étrangères), Jean-Yves Le Drian (Défense) et Pascal Canfin (Développement).

« François Hollande, nous les femmes de Tombouctou, on le remercie très infiniment, il faut lui dire qu’il a abattu l’arbre, mais il reste à le déraciner », a déclaré Fanta Diarra Touré, 53 ans, ex-réceptionniste, vêtue d’un boubou blanc orné de broderies et portant le drapeau français comme un châle. « Nous avons été libérés très très vite et sans combats, mais notre inquiétude, c’est que les jihadistes ont disparu dans la nature », a-t-elle ajouté, exhortant l’armée française « à rester au moins cinq mois pour rechercher ces gens-là ».

Devant la mosquée Djingareyber, construite au XIVe siècle, que doivent visiter MM. Hollande et Traoré, un commerçant, Hassèye Boussama Djitteye, vêtu d’un boubou d’un bleu électrique, déclare : « Nous sommes heureux de le rencontrer (Hollande) car c’est notre libérateur, il nous a libérés de ces bandits armés, sans l’armée française, c’était la catastrophe ».

Déjeuner de travail à Bamako

Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et Ansar Dine (Défenseurs de l’islam), qui ont occupé Tombouctou pendant dix mois, y ont commis de très nombreuses exactions, au nom d’une interprétation rigoriste de la charia (loi islamique): amputations, coups de fouets aux couples « illégitimes », aux fumeurs. Ils ont imposé le port du voile intégral aux femmes, interdit la mixité dans les écoles, le football, la danse et la musique.

Ils ont également choqué le monde en détruisant des mausolées de saints musulmans adulés par les populations locales, assimilant cette vénération à de « l’idolâtrie ». Ils ont fait disparaître des manuscrits précieux datant de plusieurs siècles conservés dans cette ville qui a longtemps été un grand centre intellectuel de l’islam et une prospère cité caravanière à la lisière du Sahara.

Juste avant de se rendre à Tombouctou, le président Hollande avait été accueilli à Sévaré (centre) par le président Traoré. Les deux chefs d’Etat doivent ensuite aller à Bamako à la mi-journée pour un déjeuner de travail et un discours en public.

M. Hollande devrait appeler les pays africains à prendre rapidement le relais de la France au Mali et prôner le dialogue politique et la réconciliation nationale au Mali. Il pourrait aussi annoncer un début de désengagement français, alors que plus de 3.500 soldats sont déployés sur le terrain.

L’intervention française avait débuté le 11 janvier au lendemain d’une offensive en direction du sud du Mali menée par les groupes islamistes armés liés à Al-Qaïda qui occupaient le Nord depuis fin mars 2012.

Islamistes arrêtés près de Gao

Les évènements se sont accélérés le week-end dernier avec la reprise, coup sur coup, de Gao et Tombouctou et l’arrivée mardi soir de soldats français à l’aéroport de Kidal, ville tenue par des rebelles touareg et des islamistes dissidents s’affirmant « modérés ».

La situation est plus compliquée à Kidal, à 1.500 km au nord-est de Bamako, ville longtemps tenue par Ansar Dine, et passée, avant l’arrivée des soldats français, sous le contrôle du Mouvement islamique de l’Azawad (MIA, dissident d’Ansar Dine) et du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA, rébellion touareg).

« Un premier contingent de militaires tchadiens est arrivé à Kidal. Ils sont dans la ville et les Français tiennent l’aéroport », a indiqué une source malienne de sécurité sans plus de précisions.

Kidal et sa région comprenant le massif des Ifoghas, près de la frontière algérienne, sont le berceau des indépendantistes touareg et, selon Paris, le lieu de détention « probable » de sept otages français. C’est aussi le dernier refuge des combattants islamistes chassés des villes du Nord.

Dans la région de Gao, non loin de la frontière nigérienne, une trentaine d’islamistes ont été arrêtés, a constaté un journaliste de l’AFP. « Nous allons les traiter avec dignité, il n’y aura pas de vengeance », a assuré le colonel Saliou Maïga, de la gendarmerie de Gao. L’armée malienne a été accusée par des ONG d’avoir commis des exactions contre des membres des communautés touareg et arabe, assimilés à des « terroristes ».

Jeuneafrique.com avec AFP

La France encore bien seule dans la bataille malienne

janvier 16, 2013
  • Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, dans la salle de commandement de l'armée de l'air, mardi à Paris.
  • Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, dans la salle de commandement de l’armée de l’air, mardi à Paris. Crédits photo : KENZO TRIBOUILLARD/AFP 
     
     

    L’Europe de la défense, source inépuisable de fières ambitions et de longs débats, n’en sort sûrement pas grandie: cinq jours après avoir donné un coup d’arrêt à l’offensive djihadiste au cœur du Mali, la France se découvre à peu près seule dans la bataille, bien que son entrée en scène jouisse d’un soutien diplomatique unanime.

    Implicitement, François Hollande vient de reconnaître l’absence durable des Européens dans la bataille en expliquant que Paris s’est donné pour objectif de «donner aux Africains la possibilité de chasser les terroristes» hors du Mali. Laurent Fabius, chef de la diplomatie, veut encore croire que la France n’a pas vocation à agir seule. Mais Alain Vidalies, ministre des Relations avec le Parlement, déplore ouvertement «une mobilisation minimale» du côté de l’UE et des «absences un peu regrettables».

    Au sens large, la crise malienne marque un nouveau rétrécissement de l’envergure militaire de l’Europe, moins de deux ans après l’offensive alors controversée lancée contre Kadhafi – avec le soutien de l’Otan. L’enthousiasme à dépêcher des troupes se trouve aujourd’hui inversement proportionnel à la légitimité reconnue de la cause.

    «La France n’a que de bonnes raisons de vouloir mettre hors d’état de nuire les bandes de gangsters et de trafiquants qui occupent le nord du Mali. Là-bas, le refus de se battre confine à la lâcheté», reconnaît l’eurodéputé Vert Jean-Paul Besset, à rebrousse-poil de l’argumentaire non-violent des écologistes. Et pourtant. «Le soutien politique est unanime, mais lorsqu’il faut agir, on ne trouve plus personne, enchaîne Arnaud Danjean, expert des questions militaires et eurodéputé UMP. Au bout du compte, la France ne peut vraiment compter que sur les Américains ou sur les Anglais…»

    Prêcher dans le désert

    Où qu’ils regardent en Europe, la diplomatie française et l’état-major risquent de ne trouver que de bonnes excuses. L’Allemagne, dernière puissance européenne à accroître son budget militaire, ne peut pas engager un soldat ou un blindé sans un vote au Bundestag, scénario dont Angela Merkel se défie en période électorale. L’Italie, elle aussi en pleine campagne législative, et l’Espagne, financièrement lessivée par la crise, ne montrent aucun enthousiasme. Au Nord, les contributeurs aguerris de l’Otan que sont les Pays-Bas et le Danemark s’intéressent assez peu à l’Afrique. À l’Est, la Pologne rappelle qu’elle reste engagée en Afghanistan…

    Ni le débat lancé mardi au Parlement européen, ni le rendez-vous des 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE convoqué jeudi à Bruxelles ne bouleverseront la donne sur le front malien. Tout au plus les chefs de la diplomatie pourront-ils tirer le bilan décevant d’une «Initiative pour le Sahel», lancée à grand fracas en mars 2011 pour renforcer des pays comme le Mali. Si Bruxelles a effectivement alloué les crédits, le volet militaro-sécuritaire n’a jamais suivi. «Cela fait deux ans que Paris prêche dans le désert», dit Arnaud Danjean. Avant de lancer l’opération «Serval», la France espérait sûrement un appoint militaire européen, même si elle n’en a pas fait un préalable. L’absence de renforts de l’UE vient en tout cas compliquer les calculs de l’état-major sur la «deuxième phase», après plusieurs jours de bombardements qui ont réussi à bloquer l’avancée djihadiste.

    La voix singulière de la Tunisie critique l’intervention française

    Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Rafik Abdessalem, la Tunisie s’est dite opposée par principe à toute opération militaire non africaine sur le continent, au moment où la France mène une intervention armée au Mali contre des combattants islamistes. «Nous considérons que les problèmes qui se posent en Afrique doivent être résolus dans un cadre africain», a déclaré le chef de la diplomatie tunisienne. «D’une façon générale, nous sommes contre une intervention étrangère dans tous les cas de figure», a-t-il ajouté. Rafik Abdessalem est issu du parti islamiste Ennahda, qui dirige le gouvernement tunisien. L’opération menée parla France a été montée à la demande des autorités maliennes en attendant la formation d’une force africaine. Elle a reçu le soutien unanime du Conseil de sécurité de l’ONU et des membres de l’UE. Le président tunisien, Moncef Marzouki, s’était déjà gardé le week-end dernier d’apporter son soutien à l’intervention française, indiquant qu’il aurait «préféré une solution politique négociée». Il a cependant jugé que le nord du Mali, sous contrôle des djihadistes, était aussi un danger pour la Tunisie, le pays étant devenu «un corridor» pour approvisionner les forces islamistes en armes.

    Lefigaro.fr par Jean-Jacques Mevel

Gouvernement Ayrault : Fabius numéro deux du gouvernement

mai 17, 2012

Le nouveau Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a composé mercredi 16 mai le premier gouvernement du quinquennat de François Hollande. Laurent Fabius aux Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian à la Défense, et Manuel Valls au ministère de l’Intérieur ont notamment été nommés. Surtout, François Hollande a tenu sa promesse en privilégiant la parité et la diversité.

La composition du nouveau gouvernement français a été annoncée mercredi 16 mai en fin de journée sur le perron de l’Élysée, par le secrétaire général Pierre-René Lemas. Une équipe de transition pour le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, un gouvernement très politique, avec pour but principal de mener la bataille des législatives. Le choix a semble-t-il été ardu et les ajustements de dernière minute nombreux. Initialement prévu à 16H, l’annonce a ainsi été repoussée à 19H30.

Laurent Fabius, numéro deux du gouvernement, hérite des Affaires étrangères. Il sera accompagné de deux ministres délégués dont un au Développement, le Vert Pascal Canfin. Jean-Yves Le Drian devient ministre de la Défense, et Manuel Valls prend le portefeuille de l’Intérieur. Arnaud Montebourg, adversaire de François Hollande lors de la primaire socialiste et hérault du concept de « démondialisation », sera de son côté ministre du Redressement productif. Pierre Moscovici est, quant à lui, ministre de l’Économie des Finances et du Commerce extérieur.

Les principaux interlocuteurs de l’Afrique

Laurent Fabius, Jean-Yves Le Drian, Pascal Canfin et, à un degré moindre, Manuel Valls, seront les principaux interlocuteurs des pays africains. 

Laurent Fabius, ex-Premier ministre et partisan du non lors du référendum de 2005 sur l’Europe, débarque donc au Quai d’Orsay. Depuis plusieurs mois, ce vieil ami d’Alassane Ouattara – lors de la visite du chef de l’État ivoirien à Paris en février, il avait notamment joué les intermédiaires avec François Hollande – a multiplié les voyages et rencontres avec des dirigeants étrangers. Il s’était ainsi entretenu, en décembre 2011 et février dernier, avec trois présidents africains : le Gabonais Ali Bongo Ondimba, le Togolais Faure Gnassingbé et le Béninois Boni Yayi.

Calquant sa position sur celle de François Hollande, Laurent Fabius a affirmé vouloir « en finir avec la politique des coups, les effets d’annonce sans suite et les méandres de la Françafrique ». Son passage à Libreville, le 14 février, dans le cadre d’une conférence sur la mondialisation et les pays émergents a néanmoins suscité un début de polémique et entrainé de vives réactions de la société civile gabonaise. Au cours de ce voyage, l’ancien Premier ministre de François Mitterrand a rencontré le chef de l’Etat gabonais et évoqué les « excellentes relations entre » les deux pays. « Avoir choisi le Gabon pour effectuer son premier voyage ne témoigne pas, c’est le moins que l’on puisse dire, d’une grande volonté d’en finir avec la Françafrique », avait commenté Jean-Christophe Rufin dans Jeune Afrique.

L’autre interlocuteur principal des pays africains, Pascal Canfin, ancien journaliste (Alternatives économiques), spécialiste des affaires financières – notamment au Parlement européen où il est député depuis 2009 – et de de la taxe sur les transactions financières, n’a pas d’attaches particulières avec le continent. Ce membre d’Europe Ecologie Les Verts a pourtant été nommé ministre délégué au Développement. Le choix d’un spécialiste de la finance à ce poste est une grande première et pourrait témoigner de la différence notable d’approche que souhaitent insuffler les socialistes dans les relations avec l’Afrique.

Jean-Yves Le Drian, président de la région Bretagne et spécialiste de ces questions au PS, chapeautera de son côté le ministère de la Défense. Ce proche du président français devrait appliquer à la lettre la nouvelle politique de défense que François Hollande souhaite mettre en place et qu’il lui avait demandé de préparer depuis plusieurs mois.

À l’Intérieur enfin, Manuel Valls, maire d’Évry, était en balance avec François Rebsamen, Monsieur Sécurité au PS. Toujours classé à droite du parti, Manuel Valls estime que le « modèle d’intégration français a subi de sérieux revers » et milite pour la mise en place d’une politique qui prend en compte « les droits des migrants(…) mais aussi les capacités d’accueil » de la France. Lors des primaires socialistes, il s’était dit favorable à la mise en place de quotas migratoires déterminants le nombre d’entrées annuelles par type de qualifications et de métiers. Persuadé que « l’immigration reste un atout pour la France », Manuel Vals s’est en revanche prononcée, comme l’ensemble du PS, en faveur la suppression de la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers.

Origines algériennes et marocaines

Autre constat et non des moindres, François Hollande n’est pas revenu sur ses promesses de parité et de diversité avec un gouvernement qui compte 17 hommes et 17 femmes. C’est une grande première. Deux ministres d’origine algérienne (Yamina Benguigui et Kader Arif) et une d’origine marocaine (Najat Vallaud-Belkacem).

Yamina Benguigui entre ainsi au gouvernement en tant que ministre déléguée à la Francophonie et aux Français de l’étranger. La réalisatrice franco-algérienne était depuis 2008 adjointe au maire de Paris chargée des droits de l’homme et de la lutte contre les discriminations. Elle s’était auparavant distinguée par des films consacrés à la mémoire et à l’immigration.

Kader Arif devient ministre délégué aux Anciens combattants. Député européen, né en 1959 à Alger, il a fait ses armes au sein de la fédération socialiste de Haute-Garonne dont il a été le Premier secrétaire. Spécialiste des questions communautaires, il était responsable du pôle « Coopération » lors de la campagne présidentielle de François Hollande.

Enfin, porte-parole remarquée de François Hollande pendant la campagne (après avoir été celle de Ségolène Royal en 2007), Najat Vallaud-Belkacem (34 ans) est nommée ministre du Droit des femmes, porte-parole du gouvernement. Conseillère générale de Montchat, elle est candidate aux élections législatives dans la 4e circonscription de Lyon, une ville où le Front national est arrivé au second tour lors des élections régionales de 2010.

Deux ministres issus de l’Outre-mer

Deux ministres issus des outre-mers, le Guadeloupéen Victorin Lurel et la Guyanaise Christiane Taubira, font leur entrée au gouvernement. La guyanaise Christiane Taubira a été nommée Garde des Sceaux, ministre de la Justice. Une fonction de renom. « Être ministre ne serait pas le summum de ma vie. Je ne dis pas non, mais j’embrasse le monde depuis très longtemps », avait récemment déclaré cet électron libre, ancienne vice-présdidente du Parti radical. Affirmant être très proche de l’Afrique, elle a rédigé de nombreuses notes dans le but de faire évoluer la politique de la France envers le continent.

Victorin Lurel – et c’est logique puisqu’il est l’un des socialistes les plus importants en-dehors de la métropole – se voit attribuer le portefeuille délégué à l’Outre-Mer. Président du conseil régional de la Guadeloupe depuis 2004 et député de la 4e circonscription de la Guadeloupe depuis 2002, il est passionné par l’économie, le droit et la philosophie et s’intéresse à la politique américaine, en particulier à Barack Obama  puisqu’il a représenté le Parti socialiste français à la Convention démocrate d’investiture de l’actuel président américain, en 2008, à Denver.

Martine Aubry absente

Martine Aubry ne fera, quant à elle, pas partie du gouvernement. La première secrétaire du Parti socialiste l’a affirmé en début de matinée : après la nomination de Jean-Marc Ayrault, pas question pour elle de briguer un poste de « simple » ministre. « Nous avons discuté de cela lundi avec François Hollande. Il m’a dit qu’il avait fait le choix de Jean-Marc Ayrault. Nous sommes convenus que, dans cette configuration, ma présence au gouvernement n’aurait pas de sens », a-t-elle commenté au quotidien Le Monde.

Il semble tout de même que la bataille des primaires – Martine Aubry avait notamment accusé François Hollande d’incarner « la gauche molle »- ait également pesé. Signe de la tension entre les deux personnalités, le secrétariat national du PS, qui se réunissait mercredi matin pour évoquer les prochaines législatives, a mis à l’écart deux « Hollandais » (dont Faouzi Lamdaoui, chef de cabinet de François Hollande pendant la campagne) pour leur préférer deux proches de Martine Aubry dans deux circonscriptions.

Jeuneafrique.com

François Hollande, l’homme mystérieux

mai 7, 2012

Élu président de la République, François Hollande succède à François Mitterrand dans l’imaginaire socialiste. Pourtant, il revient de loin. Personne ne pensait qu’il serait un jour le héros de la gauche.

Comme si de rien n’était, François Hollande est devenu président. Personne ne l’avait imaginé, sauf lui sans doute. À 57 ans, il succède pourtant à François Mitterrand, l’équivalent pour la gauche du général de Gaulle. Ce n’est pas rien: il entre dans l’Histoire comme le deuxième président socialiste de la Ve République. Qui pense encore aujourd’hui que Hollande est un «homme normal»? Lui sans doute. Il revendique la formule. Mais pour les autres, les regards vont définitivement changer. François Hollande ne sera plus jamais cet ancien rondouillard bonhomme, vif et blagueur, que décrivaient ses camarades socialistes avec une pointe de condescendance. C’est la clé: personne ne s’est jamais méfié de lui alors qu’au fond, il construisait patiemment son ambition. Quand a-t-il commencé à y songer? Secret à l’extrême, l’homme n’en parlait jamais. Au PS, on s’en doutait. Mais on ne lui donnait aucune chance. «Hollande président? On rêve!», s’est un jour exclamé Laurent Fabius. Hollande président? «Quelle histoire!», aurait pu dire François Mitterrand.

L’ancien président et le nouveau se ressemblent. Le même ancrage dans la France des campagnes, la Nièvre pour l’un, la Corrèze pour l’autre. Le même souci du parti, fondé par l’un, dirigé onze ans durant par l’autre. Le même goût pour les discours, quitte à ce qu’Hollande en vienne souvent à adopter les mêmes postures et intonations. La même habileté d’orfèvre pour la tactique politicienne et les manœuvres d’appareil. Mais les ressemblances s’arrêtent là. Conseiller à l’Élysée en 1981 auprès de Jacques Attali, François Hollande s’est vite détaché de la part d’ombre du chef de l’État et de son cynisme assumé. D’une certaine manière, il sera plus proche humainement de Jacques Chirac, qu’il côtoie en Corrèze. Les deux hommes partagent un même contact chaleureux et frénétique avec leurs électeurs.

«M. Petites Blagues»

L’ambition de François Hollande est souvent contrariée. François Mitterrand ne se battra jamais pour ce conseiller social-démocrate certes talentueux mais à qui il manquait on ne sait quelle aspérité. Durant son second septennat, alors qu’Hollande vient d’être élu député, le président ne le nomme pas ministre. Le prétexte? Il faut choisir entre sa compagne et lui. À Ségolène Royal le parcours ministériel. À François Hollande les jeux de courant du parti: il prend fait et cause pour Jacques Delors en vue de la présidentielle de 1995.

La défection du président de la Commission européenne le laisse orphelin. Il n’est pas un héritier. Mais il est vite repêché: Lionel Jospin, qui a repris le flambeau du PS, le nomme porte-parole du parti. À ce poste exposé, François Hollande peut se livrer à son jeu favori: commenter la vie politique. Très vite, il devient le chouchou des journalistes. Il les a étudiés de près, connaît leurs attentes et sait servir les formules qui pimentent les articles de presse. À l’Élysée, il faisait partie des «gorges profondes». Au milieu des années 1980, il fréquentait la rédaction du Matin de Paris, où il lui arrivait d’écrire des éditos. Et puis il est drôle. C’est la naissance de «M. Petites Blagues». Un sobriquet qui le poursuit. Mais son humour est aussi une arme: ridiculiser l’adversaire ou lui faire baisser la garde. Hollande, en réalité, n’est pas là pour se faire des amis.

Il sait toujours être au bon endroit au bon moment. C’est comme ça, sans crier gare, qu’il s’installe à la tête du PS en 1997. Jacques Chirac vient de dissoudre à ses dépens l’Assemblée nationale, Lionel Jospin est appelé à Matignon. Dans ce contexte de cohabitation, le nouveau premier ministre a besoin d’un parti apaisé et de quelqu’un qui ne lui fera pas d’ombre. Hollande aurait sans doute pu être ministre. Mais il pense alors que son heure viendra plus tard, quand Jospin sera président…

À la tête du PS, il mène les batailles politiques, observe le fonctionnement au sommet de l’État, conseille le premier ministre. Parfois, c’est la prudence qui prime. C’est notamment lui qui suggère à Lionel Jospin de repousser la nécessaire réforme des retraites après la présidentielle de 2002 afin de ne pas susciter de mécontentements dans l’opinion. Hollande n’aime ni les risques ni les conflits. Il va pourtant être servi à partir du 21 avril 2002.

C’est le traumatisme fondateur. Ce soir-là, son destin change de cours. Le retrait de la vie politique de Jospin le laisse seul, orphelin à nouveau, en première ligne face au paysage d’une gauche dévastée. Ses amis proches lui disent: «C’est ton tour».

L’homme de la «synthèse»

Mais il a un autre souci en tête. Pour le PS, c’est une question de survie. Il resserre les rangs entre les éternels rivaux socialistes et noie les ambitions de chacun dans le marigot de Solferino. La présidentielle de 2007, chacun y pense: Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry… Lui aussi. Mais il se fracasse sur le référendum de 2005 sur la Constitution européenne. Le tacticien perd à son propre jeu. Il défend le oui pour éliminer Fabius favorable au non. La gauche se fracture. Le PS dit oui. La France dit non. Hollande en est réduit à devenir l’homme de la «synthèse», son nouveau surnom. Le mot résume à lui seul sa méthode et son indécision à la tête du PS. Il voit passer son tour pour 2007 au profit de sa compagne d’alors, Ségolène Royal, qui surgit.

La part de drame qui se noue durant la campagne présidentielle échappe aux yeux de la plupart. Parents de quatre enfants, Hollande et Royal se sont rencontrés à l’ENA. Ils forment un couple politique singulier. Mais à ce moment-là de leur vie, ils traversent une crise. Ils se séparent. Tandis qu’elle mène campagne, lui refait sa vie avec une journaliste, Valérie Trierweiler. La présidentielle se déroule mal. François Hollande et le PS se trouvent en retrait. Après la défaite et son départ annoncé du poste de premier secrétaire, son nom s’efface peu à peu de la liste des présidentiables.

Il est seul. Son règne s’achève à Reims sur l’un des pires congrès que le PS ait jamais connu. Responsable, coupable? Ses détracteurs l’accablent de tous les maux dont souffre le parti. Le bilan de ses onze années est décevant: le PS n’est plus qu’un parti d’élus locaux. C’est un peu la SFIO. Il entame sa traversée du désert. «M. Petites Blagues» laisse la place à «M. 3%». Et encore, quand les instituts de sondage se risquent à tester l’hypothèse de sa candidature.

Régime, costumes et lunettes

Lui y croit encore un peu. Avec ce qu’il lui reste d’amis, il se prépare lentement. Il connaît son histoire politique sur le bout des doigts: «Il y a toujours une surprise dans une élection», se rassure-t-il. Celle de 2012 ne semble pourtant en réserver aucune. Nommé au FMI avec l’assentiment de Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn est promis à l’une des plus éclatantes victoires sous la Ve République. Mais Hollande n’a rien à perdre. Alors que les autres tergiversent, il se lance. D’abord en installant l’idée de sa détermination. C’est un régime qu’il s’impose et qui lui fait perdre sa rondeur. Ce sont des costumes mieux taillés qu’il endosse. Ce sont des lunettes plus modernes qui affinent son visage. C’est un ton plus grave qu’il adopte, abandonnant son humour. Il veut paraître «sérieux». En un mot présidentiable. Voilà pour l’image. Pour le fond, il choisit un thème de campagne, la jeunesse, un outil, la fiscalité. Enfin, François Hollande est identifié. Il n’est plus l’homme du parti, il n’est plus l’ombre d’un autre, il n’est plus le compagnon d’une candidate. Mais ce n’est pas suffisant.

La surprise arrive. DSK sort immédiatement et irrémédiablement de la présidentielle le 14 mai 2011 après son arrestation à New York pour agression sexuelle. Hollande est propulsé favori de cette primaire dont il ne voulait pas et qui doit désigner le champion de la gauche. Candidat de longue date, il apparaît paradoxalement comme inattendu. La victoire annoncée de DSK face à Sarkozy lui est aussitôt promise à son tour, et de la même manière. Ce n’est pas un homme que les électeurs veulent, c’est l’alternance. Ce sera donc lui. Pour reprendre son expression favorite, «rendez-vous compte!».

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