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Côte d’Ivoire : la procureure de la CPI fait appel de l’acquittement de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé

septembre 16, 2019

Laurent Gbagbo, lors de l’ouverture de son procès devant la Cour pénale internationale à La Haye le 19 février 2013. © Michael Kooren/AP/SIPA

 

Fatou Bensouda, la procureure de la Cour pénale internationale, a fait appel de l’acquittement prononcé le 15 janvier dernier en faveur de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé. Cette décision ouvre la voie à une nouvelle procédure devant la Chambre d’appel qui devrait prendre plusieurs mois.

C’est une décision qui hypothèque l’espoir de Laurent Gbagbo de rentrer dans son pays avant le scrutin présidentiel de 2020. Fatou Bensouda, la procureure de la Cour pénale internationale, a décidé de faire appel de l’acquittement prononcé en première instance en faveur de l’ancien président ivoirien et de son ancien ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, le 15 janvier dernier, a confirmé à Jeune Afrique le porte-parole de la Cour.

« L’appel démontrera que la chambre de première instance a commis des erreurs de droit et de procédure qui ont abouti à l’acquittement de [Laurent] Gbagbo et de [Charles] Blé Goudé pour tous les chefs d’accusation », a déclaré dans un communiqué le bureau de la procureure.

Quel calendrier ?

L’accusation a désormais trente 30 jours pour soumettre une version détaillée des éléments qui soutiennent sa demande d’appel. Ensuite, la défense des deux hommes aura également 30 jours pour y répondre. Les avocats pourront, s’il le souhaite, solliciter un délai supplémentaire, soumis à l’appréciation de la Chambre d’appel.

Forte de ces éléments, la Chambre d’appel de la CPI devra ensuite se prononcer sur la conformité de la décision prononcée en première instance avec les standards juridiques appliqués par la juridiction internationale. Les juges pourront alors décider de l’ouverture d’un nouveau procès, ordonner la poursuite du procès interrompu par la décision d’acquittement ou débouter le bureau de la procureure de l’appel déposé ce lundi.

Par Jeuneafrique.com avec AFP

À la CPI, l’accusation tente de défendre son dossier contre Laurent Gbagbo

octobre 3, 2018

Depuis le 1er octobre, la demande d’acquittement de l’ex-président ivoirien et de Charles Blé Goudé est débattue devant la Cour pénale internationale.

Des Ivoiriens regardent, depuis Abidjan, une retransmission de l’audience de la Cour pénale internationale dans le procès de l’ex-président Laurent Gbagbo, le 1er octobre 2018. Crédits : ISSOUF SANOGO / AFP

Au soir d’une longue journée d’audience, une jeune femme habille le panneau d’entrée de la Cour pénale internationale (CPI) d’un drapeau ivoirien, s’agenouille, mains lancées vers le ciel, et récite quelques incantations. « C’est bien ici qu’ils sont ? », demande-t-elle, comme pour s’assurer que sa prière n’est pas vaine.

 

« Ils » ? Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, jugés par la CPI depuis janvier 2016. Pendant deux ans, le procureur a appelé 82 témoins à la barre et déposé ses pièces à conviction. Mais les avocats de l’ex-président ivoirien et du chef des Jeunes patriotes assurent que son dossier est vide, qu’il n’y a rien à contester. La première phase du procès, consacrée à l’accusation, a révélé la faiblesse des éléments de preuve sur les points essentiels : l’élaboration d’un plan criminel par Laurent Gbagbo, sa mise en œuvre par « un cercle » d’initiés et le choix délibéré de cibler des civils. Les avocats jugent dès lors inutile d’appeler des témoins à décharge. Ils réclament dès maintenant l’acquittement ou, à défaut, le non-lieu. Lundi 1er et mardi 2 octobre, le procureur ne « requiert » donc plus vraiment. Il doit défendre son dossier contre les deux hommes qu’il accuse de « crimes contre l’humanité » commis lors des violences ayant suivi l’élection présidentielle de 2010 durant lesquelles quelque 3 000 personnes avaient été tuées, selon l’ONU, et plus de 150 femmes violées, d’après l’organisation Human Rights Watch.

A La Haye, pour cette étape clé du procès, plusieurs centaines de partisans des deux accusés ont installé chaises pliantes et réchauds à gaz face à la prison de la CPI. « C’est la dernière fois que je viens ici ! », assure une militante drapée dans les couleurs orange-blanc-vert du pays. Les pro-Gbagbo de la diaspora sont venus en nombre, comme à chaque grand-messe de ce procès-fleuve. Cette fois, ils croient dur comme fer assister aux funérailles du dossier de l’accusation. Que leur champion sera bientôt libéré.

Pendant un rassemblement de la coalition Ensemble pour la démocratie et la souveraineté, favorable à l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, le 28 juillet 2018 à Yopougon, un quartier d’Abidjan.

Pendant un rassemblement de la coalition Ensemble pour la démocratie et la souveraineté, favorable à l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, le 28 juillet 2018 à Yopougon, un quartier d’Abidjan. Crédits : SIA KAMBOU / AFP

Un mobile, un moyen, un ennemi

Selon la thèse du procureur, l’ex-président aurait élaboré une politique d’Etat visant des civils ivoiriens, partisans de son concurrent à la présidentielle de 2010, Alassane Ouattara. C’est l’existence d’une telle politique d’Etat qui fait que les meurtres, les viols, les persécutions et les actes inhumains perpétrés par les Forces de sécurité ivoiriennes (FDS) et les miliciens peuvent être qualifiés de « crimes contre l’humanité ». Et c’est le volet le plus délicat du dossier de l’accusation.

En décembre 2010, au terme d’un vote contesté, Laurent Gbagbo avait refusé de laisser le pouvoir à Alassane Ouattara, dont l’élection fin novembre était reconnue par les Nations unies. Barbe de deux jours et armé d’un solide accent canadien, le substitut du procureur, Eric Macdonald, tente : « S’il s’était retiré, M. Gbagbo aurait changé de façon radicale le cours des événements. Les crimes n’auraient pas été commis, ou d’une façon différente. »

Il assure donc que l’ex-président avait un mobile : conserver le pouvoir à tout prix. Un moyen : la mobilisation des FDS, de groupes de jeunes et de mercenaires, notamment libériens. Un ennemi : les partisans d’Alassane Ouattara, ciblés parce qu’assimilés à la rébellion des Forces nouvelles qui s’était emparée d’une partie du pays en 2002 et avançait vers la capitale. « Les discours assimilant les civils à des partisans d’Alassane Ouattara montrent bien que la population civile était ciblée », assure le substitut. Le pays était menacé par une rébellion, lui rétorque la défense. Il était du devoir du chef de l’Etat d’agir.

Aux premières heures du procès, il y a plus de deux ans, Eric Macdonald assurait détenir les preuves de cette politique d’Etat. Mais cette fois, il doit demander aux juges de « déduire ». Déduire d’une multitude d’actes que les civils étaient délibérément ciblés. Un tel plan est « très rarement prouvé par des ordres écrits directs ». « Point n’est besoin qu’il soit explicite », lance-t-il pour se dédouaner, le dossier étant moins solide que promis.

Il évoque donc plusieurs réunions, mais demande aux juges de déduire le contenu de celle qui, le 16 décembre 2010, a suivi la répression d’une manifestation de l’opposition vers la Radio-Télévision ivoirienne (RTI). « On peut raisonnablement en déduire que M. Gbagbo a discuté avec ses ministres de la répression du 16 décembre », argue-t-il. Depuis son pupitre, regard perplexe, Laurent Gbagbo relève la tête en direction du juge présidant, Cuno Tarfusser, souvent prompt à tacler le substitut. Mais l’Italien ne dit mot.

Partisans dans la galerie du public

A côté, Charles Blé Goudé noircit des lignes. Il est, pour le procureur, « un intermédiaire essentiel entre M. Gbagbo et les jeunes ». Devenu ministre aux premiers jours de la crise, le patron des Jeunes patriotes recrute, instruit, incite. « Posez-vous ces questions, bataille Eric Macdonald face aux trois juges : pourquoi les jeunes ont-ils été autorisés à ériger des barrages routiers ? Que faisaient-ils là ? » M. Gbagbo, « le président, commandant supérieur, était conscient que cela allait aboutir à des crimes ». Des crimes que le procureur lui reproche de ne pas avoir prévenus ou punis, mais d’avoir au contraire encouragés.

Aux suspensions d’audience, comme un rituel, les accusés saluent leurs partisans assis dans la galerie du public, qui surplombe la salle. Des enfants de Laurent Gbagbo, son ancien directeur de cabinet et quelques représentants de l’opposition sont venus à La Haye.

Les audiences ont été suspendues, mercredi 3 octobre, jusqu’au 12 novembre à la demande des avocats des deux accusés qui doivent préparer leur réponse au procureur. Rien ne dit que la prière des partisans de Laurent Gbagbo sera exaucée. A ce stade, les juges doivent déterminer si les preuves, ou une partie d’entre elles, méritent d’être contestées. Ils prononceront l’acquittement s’ils estiment que le dossier est vide. Dans le cas contraire, les avocats devront appeler leurs témoins à décharge. La décision ne sera pas rendue avant décembre, au plus tôt. La défense comme l’accusation pourront faire appel.

Lemonde.fr par Stéphanie Maupas (La Haye, correspondance)

Procès Gbagbo – Firmin Detoh Letoh: Mangou  » a donné des instructions sans passer par moi »

novembre 8, 2017
Le général Firmin Detoh Letoh, le mercredi 8 novembre 2017, lors de son audition devant la CPI. © DR / Capture d’écran CPI

Au premier jour de son témoignage au procès de Laurent Gbagbo et de son bras droit Charles Blé Goudé, à la Cour pénale internationale (CPI), ce mardi 7 novembre 2017, le général Firmin Detoh Letoh est revenu sur son rôle lors de la crise postélectorale, sur les instructions données par l’ex-chef d’État et sur ses relations avec le général Philippe Mangou, ex-chef d’état-major des armées.

Le général Firmin Detoh Letoh est le cinquième militaire ivoirien de ce grade à témoigner à la barre de la CPI dans le procès Gbagbo. Le général Philippe Mangou, ex-chef d’état-major de Laurent Gbagbo, dit de lui qu’il avait « l’entière responsabilité » des troupes déployées dans le quartier Abobo, à Abidjan, où plusieurs épisodes violents de la crise postélectorale se sont joués.

Son témoignage est donc attendu avec d’autant plus d’impatience. Voici le verbatim des principaux points qu’il a abordé ce mardi 7 novembre à La Haye :

• Son rôle pendant la crise postélectorale

Des soldats ivoiriens fidèles à Laurent Gbagbo, aux abords du quartier Abobo en mars 2011. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

« En tant que commandant des Forces terrestres, je recevais mes ordres du chef d’état-major des armées, en l’occurrence, le général de corps d’armée Philippe Mangou, chef d’état-major général des armées. »

En tant que commandant des Forces terrestres, j’avais un état-major

« Je vais décrire mes tâches dans mes fonctions de commandant des Forces terrestres, en deux étapes, parce qu’il y a mon rôle en temps de paix et mon rôle en temps de crise. En temps de paix, comme dans toutes les armées, j’étais chargé d’entraîner mes éléments, de maintenir en état tout le matériel, d’organiser toutes les troupes, pour qu’elles soient opérationnelles au cas où une quelconque crise éclaterait. En temps de crise, sur instructions du chef d’état-major général, je mets mes troupes à sa disposition pour emploi. Si une crise éclate, c’est le chef d’état-major des armées qui prend tout le commandement en compte ».

« En tant que commandant des Forces terrestres, j’avais un état-major. Mon état-major était composé essentiellement de mon adjoint, d’un officier adjoint, d’un secrétariat. En plus, je commandais tous les bataillons de l’armée de terre. A savoir, le 1er Bataillon d’infanterie, le 2ème Bataillon d’infanterie, le 3ème Bataillon d’infanterie, le 1er Bataillon de commandos et de parachutistes (BCP), le 1er Bataillon du génie, le Bataillon d’artillerie sol-air (basa), l’Unité de commandement et du soutien (UCS). J’avais plus de huit bataillons à commander sur le terrain ».

• L’utilisation de mortiers à Abobo

Une foule observe une victime de tirs, en janvier 2011 dans le quartier d’Abobo, à Abidjan. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Je n’ai jamais été informé de ce que ces mortiers ont été tirés à Abidjan

« Je n’étais pas au courant de la quantité d’armes dont disposait le lieutenant-colonel Dadi Rigobert, commandant du Bataillon d’artillerie sal-air et sol-sol (Basa-Bass). Je le dis, parce qu’après le 11 avril, j’ai été maintenu comme Comterre, nous avons fait une visite terrain où j’ai découvert des mortiers B2 en quantité énorme. Et cela, je ne le savais pas avant. Parce que sur le terrain, nous en avions besoin, mais on n’en trouvait pas. Je ne maîtrisais pas en totalité le matériel que Dadi avait »

« Il y a eu une demande de mortier, mais c’était à l’ouest pour compléter les munitions et les servants qui s’y trouvaient. En dehors de cela, je n’ai jamais demandé l’autorisation d’utiliser de mortier, encore moins à Abobo. Je n’ai jamais été informé de ce que ces mortiers ont été tirés à Abidjan ».

• Ses relations avec Mangou

Philippe Mangou s’adressant à ses troupes à Abidjan, le 19 novembre 2004. © SCHALK VAN ZUYDAM/AP/SIPA

« Il est arrivé des moments où le général Philippe Mangou a conversé directement avec le chef qui était sur le terrain. J’ai reçu un ou deux rapports. Une fois, il s’est adressé à Niamkey Basile (commandant de la zone d’Abobo, NDLR), sans que je ne le sache. Il s’agit de la marche des femmes d’Abobo, le 03 mars. Il m’a appelé pour me demander si j’étais au courant d’une certaine marche des femmes. »

[Le général Mangou] a donné des instructions directement aux éléments sans passer par moi

« Je lui ai dit que je n’étais pas au courant. D’une part, parce qu’on n’en a pas parlé à la réunion de la veille et d’autre part, il n’y a jamais eu de message concernant cette marche. Donc, moi, je n’étais pas au courant d’une quelconque marche. Or bien avant, il avait déjà appelé Niamkey Basile. Je n’étais pas du tout content ce jour-là. J’ai remonté les bretelles au commandant Niamkey Basile pour lui dire qu’il a franchi la hiérarchie et que je ne voulais pas que cela se répète. »

« La deuxième fois, nos éléments étaient au camp d’Abobo et le commandant Williams Toualy m’a fait part de ses difficultés parce qu’ils étaient très menacés, que cela faisait une semaine que les soldats n’avaient pas à manger, enfin que c’était difficile de faire le ravitaillement. Il m’a présenté la situation. Avant de lui proposer de quitter les lieux, j’avais rendu compte au chef d’état-major des armées. Le général Philippe Mangou m’a recommandé de voir avec le commandant Toualy qui était sur le terrain. Quand je suis reparti vers Toualy, il m’a dit que le général (Mangou) lui avait donné l’ordre de rester sur place. Ce sont les deux cas que j’ai vécu. Où il a donné des instructions directement aux éléments sans passer par moi. »

• Instructions de Gbagbo

Laurent Gbagbo attend l’énonciation des charges pesant contre lui (Février 2013) © Michael Kooren/AP/SIPA

« Il y a eu deux ou trois réunions avec le président Gbagbo. Celle dont je me souviens, c’était le 22, 23 février. Ça s’est passé au palais présidentiel du Plateau. Et chaque fois que le besoin se faisait sentir, nous accompagnions le chef d’état-major à des comptes rendus qu’il faisait souvent au président. »

A chaque fois que nous rendions compte au président Gbagbo, il nous exhortait à reprendre le combat

« C’était pour faire le point au président parce que bien avant, nous avions une mission sur Abobo. Cette mission s’est mal passée. Ce jour-là, nous avions perdu deux policiers, deux véhicules endommagés et les éléments étaient obligés de faire demi-tour sur leur base. Donc, le lendemain, nous avons été convoqués par le président de la République pour qu’il sache ce qui s’est passé réellement. »

« La parole a été donnée au chef d’état-major qui a fait le point et à ce niveau, il y a eu des interventions du général Edouard Tiapé Kassaraté (commandant supérieur de la gendarmerie), du général Guiai Bi Poin (commandant du Centre de commandement des opérations de sécurité – Cecos) et moi-même. J’avais fait état de l’insuffisance de nos éléments, notamment à Anyama. »

« J’ai fait le point au président de la République. Il s’en est étonné parce que lui ne pensait pas que dans les bataillons, il n’y avait plus personne. Il faut dire que pendant la crise, il y avait eu beaucoup de défections. On n’avait pas assez d’hommes dans les bataillons. C’était rare d’atteindre des sections de 25 personnes quand on demandait des renforts. »

« Le 3ème bataillon venu de Bouaké était démuni, était en position très difficile. Or Anyama constituait une zone très dangereuse pour nos éléments. Donc, j’ai pris la parole et j’en ai fait cas. Le général Kassaraté a décidé de nous envoyer un peloton et ce peloton est venu de Dimbokro. 25 personnes sont venues de Dimbokro, elles avaient des armes qui dataient de 1949. Comme le général Mangou finissait de parler, il a proposé au président de la République de faire d’Abobo une zone de guerre. Ce que le président n’a pas accepté. Il ne l’a pas accepté ce jour-là, il n’a pas pris le décret. »

« Je suis intervenu pour dire que ce ne serait pas bien qu’on déclare la zone d’Abobo comme zone de guerre. On avait des difficultés certes à Abobo, mais l’armée n’est pas là pour tuer les populations. Notre rôle principal, c’est de défendre les populations, c’est de les protéger et si on déclarait Abobo comme zone de guerre, il allait y avoir des dégâts collatéraux. Surtout que ceux qui étaient en face de nous, c’était le Commando invisible (milice proche de l’ex-rébellion des Forces nouvelles, NDLR) qui combattait en tenue civile. »

« Vous voyez qu’un couvre-feu a été instauré pour que la population ne soit pas dehors la nuit. On avait même demandé à la population de sortir d’Abobo. Mais elles sont restées. On avait des difficultés pour manœuvrer comme il se doit. »

« A chaque fois que nous rendions compte au président Gbagbo, il nous exhortait à reprendre le combat, parce que notre mission était de sécuriser la population d’Abobo et d’Anyama, et à un degré moindre, Koumassi (commune d’Abidjan) qui était pris en otage par le Commando invisible. Notre rôle était donc de préserver les populations des attaques du Commando invisible. Des éléments des Forces de défense et de sécurité ont été tués aussi dans ces zones. Donc, nous sommes allés chez le président pour lui faire le compte rendu ».

Jeuneafrique.com par

« Gbagbo a financé accidentellement le Commando invisible », selon le général Mangou

octobre 2, 2017

Philippe Mangou salue ses troupes à Abidjan, le 9 novembre 2004. © SCHALK VAN ZUYDAM/AP/SIPA

C’est la surprenante déclaration qu’a livré l’ancien chef d’état-major de Laurent Gbagbo à la barre de la Cour pénale internationale, ce lundi 2 octobre. Interrogé par la défense de l’ancien président ivoirien le général Philippe Mangou est revenu dans le détail sur le financement de cette milice d’anciens rebelles qui combattaient les forces pro-Gbagbo pendant la crise post-électorale.

« J’ai été questionné le 9 août 2011 (lors de l’enquête préliminaire du procureur, NDLR). Deux questions m’ont été posées. La première était de savoir qui était le chef du Commando invisible. La seconde était de savoir qui compose le Commando invisible. J’avais dit que je ne savais pas. Aujourd’hui, je suis en mesure de vous dire que le président Gbagbo a financé accidentellement, je dis bien accidentellement, le Commando invisible », a expliqué le général Philippe Mangou.

L’ancien chef d’état-major de Laurent Gbagbo, toujours entendu par la Cour pénale internationale dans le cadre du procès de l’ancien président ivoirien et de son bras droit Charles Blé Goudé, était interrogé par la défense, ce lundi 2 octobre, au moment où il a livré cette surprenante déclaration.

500 millions de francs CFA

Dans sa réponse, il est revenu longuement sur les sources de financement du Commando invisible, une milice d’anciens rebelles qui avait fait d’Abobo  – commune d’Abidjan, favorable à Alassane Ouattara – son quartier général et combattait les forces loyales à Laurent Gbagbo lors de la crise postélectorale, en Côte d’Ivoire.

« Le 7 décembre 2010, le dernier gouvernement du président Gbagbo a été mis en place. Trois jours plus tard, c’est à dire le 10 décembre 2010, le président m’appelle. Il me demande de venir le voir dans son bureau vers 15h30. Je trouve le président debout avec à ses côtés feu le Ministre Désiré Tagro.

Zakaria est d’accord, moyennant 500 millions de francs CFA, en vue de s’acheter des armes, des munitions et de désorganiser le dispositif des Forces nouvelles

Et le président de me dire ceci : « Tagro revient d’une mission du Togo où il a rencontré dans sa chambre d’hôtel Koné Zakaria (ex-seigneur de guerre de la rébellion des Forces nouvelles, tombé en disgrâce auprès de Guillaume Soro, en 2007, NDLR). Après avoir parlé avec lui, Koné Zakaria est d’accord, moyennant 500 millions de francs CFA (763 000 euros), en vue de s’acheter des armes, des munitions et autres, de désorganiser le dispositif des Forces nouvelles à l’Est de la Côte d’Ivoire. Je voulais que tu vois où Koné Zakaria peut commencer son action ».

Monsieur le président, si vous avez une telle somme d’argent, remettez-la-nous

Je lui ai répondu : ‘’Monsieur le président, si vous avez une telle somme d’argent, remettez-la-nous. Vous savez que nous n’avons pas d’armes et de munitions. Pourquoi est-ce par l’Est de la Côte d’Ivoire qu’il a décidé de commencer son action ?’’. Le ministre Tagro a répondu : ‘’C’est par là qu’il a décidé de commencer son action’’. J’ai dit : ‘’Monsieur le Président, je m’excuse, mais je n’ai pas de carte sous les yeux pour vous indiquer par où Koné Zakaria doit commencer son action’’ ».

Un mystérieux intermédiaire et un échange téléphonique

Et général Philippe Mangou de continuer son récit : « Le président Gbagbo a dit au ministre Tagro : « S’il ne croit pas, donne-lui le numéro de Koné Zakaria pour qu’il l’appelle lui-même pour voir ». C’est ce qui fut fait. En descendant les marches du palais présidentiel, alors que j’attendais mon chauffeur, un homme d’une cinquantaine d’années m’a approché pour me dire : « Mon général, c’est moi qui ai mis en contact le ministre Tagro et Koné Zakaria. Koné Zakaria est prêt à travailler avec IB (Ibrahim Coulibaly, ex-éminence grise de la rébellion de Guillaume Soro, en conflit ouvert avec ce dernier, depuis 2003, et tué, fin avril, à Abobo par les forces favorables à Ouattara, NDLR) et IB est d’accord. Mon général, le temps presse ». »

J’attends l’argent pour commencer le travail

Lorsqu’il arrive à Yopougon, le général Philippe Mangou affirme alors avoir remis le numéro confié par le mystérieux intermédiaire à son chef de la sécurité. « Je lui dis : « C’est le numéro de Zakaria, appelle le pour voir si c’est bien lui ». Zakaria et moi avons l’habitude de nous appeler « Classe ». Quand je prends le téléphone, je dis ‘’Allô’’, il me répond :  »Classe, j’attends l’argent pour commencer le travail ». Il y a eu collusion entre IB et Koné Zakaria pour l’opération au niveau d’Abobo. A cours de logistique, Koné Zakaria va user de ruse et de perfidie pour faire croire qu’il va mener une action à partir du nord-est. Au lieu de cela, ils sont descendus à Abobo. L’argent remis a servi à l’infiltration des lieutenants de Zakaria. »

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CPI – Procès Gbagbo: les reproches du général Mangou envers l’Onuci pendant la crise postélectorale

septembre 28, 2017
Le général Philippe Mangou lors de l’audition du 27 septembre 2017. © Capture d’écran Youtube / DR

Au troisième jour de son témoignage devant la CPI, mercredi 27 septembre, dans le procès Laurent Gbagbo et de son bras droit Charles Blé Goudé, le général Philippe Mangou, ex-chef d’état-major des armées, est revenu sur l’attitude jugée par moments « inamicale » de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) et sur les décrets signés par Laurent Gbagbo instaurant des couvre-feux sur l’étendue du territoire ivoirien.

La « provocation » de l’Onuci

« J’ai été très amer avec les forces onusiennes (Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire, Onuci) parce que j’estime que quand vous êtes en crise et qu’une force vient vous aider à aller à la paix, elle se doit d’avoir un certain comportement. Je ne vais pas jeter le discrédit sur l’ensemble des forces impartiales qui, il faut le reconnaître, ont fait un travail satisfaisant pour la Côte d’Ivoire, ont aidé la Côte d’Ivoire à aller à la paix. Je suis miliaire et je sais, quand on quitte sa famille, son pays pour aller se mettre au service d’un autre pays, ce n’est pas facile. Ils ont fait l’essentiel. Mais comme dans tout groupement, dans toute association de personnes, il y a des personnes qui, de par leur comportement, jettent le discrédit sur le travail satisfaisant fait par l’ensemble ».

« J’ai été très amer parce que dans la nuit du 11 au 12 janvier 2011, nos policiers qui étaient partis pour la sécurisation d’Abobo [commune d’Abidjan, fief du Rassemblement des républicains – RDR, parti d’Alassane Ouattara, NDLR] précisément au rond-point, ont été encerclés, puis tués, des véhicules ont été calcinés. Au même moment, est arrivé un convoi de dix véhicules des forces impartiales. Il y en avait qui agonisaient encore, qui n’étaient pas encore morts, couchés dans leur sang et qui cherchaient secours. Ils ont tourné les talons, ils se sont embarqués dans leurs véhicules et ils sont partis. Nous sommes ici dans une justice internationale. C’est une faute très grave, le refus de porter assistance à personne en danger. Entre miliaires, il y a une certaine solidarité au point que nous nous appelons frères d’armes. Et l’appellation ne se fait pas seulement du bout des lèvres, cela doit se ressentir également dans nos faits et gestes »

J’ai trouvé que c’était de la provocation et que c’était inamical de leur part

« Quand des forces agissent ainsi, vis-à-vis de nos forces, il y a de quoi être révolté. Cela m’a révolté. Et je n’ai pas été tendre avec eux. La deuxième raison pour laquelle je suis intervenu, c’est en rapport avec l’organisation des patrouilles. Même quand ce sont les éléments d’une même patrouille, nous évitons que ces éléments se retrouvent sur le même terrain parce que la nuit, tous les chats sont gris. Et en patrouille, vous prenez toutes les dispositions pour qu’au cas où vous tombez sur le camp ennemi, vous puissiez intervenir. En effet, il pouvait y avoir des méprises. Ma position était que si l’Onuci voulait participer à nos patrouilles, qu’elle nous le dise, on ne l’interdisait pas. Dans ce cas, nous nous serions répartis les secteurs pour faire les patrouilles. Mais on arrive à Abobo, on fait nos patrouilles et on les voit venir. Je précise que quand vous voyez les phares allumées, il est difficile de savoir qui vient en face. Je me suis plaint de ces deux faits. J’ai trouvé que c’était de la provocation et que c’était inamical de leur part ».

Les couvre-feux de Gbagbo

« Le 27 novembre 2010, veille du deuxième tour de l’élection présidentielle, a posé problème. Ce jour-là, le président Blaise Compaoré, facilitateur des Accords de Ouagadougou, est arrivé à Abidjan. Le président Laurent Gbagbo, le président Blaise Compaoré, le président Alassane Ouattara se sont retrouvés à la présidence de la République. Pour discuter de ce décret (portant instauration d’un couvre-feu sur l’étendue du territoire), le président Laurent Gbagbo nous a appelés, nous, différents chefs des différents commandements. Il y avait le chef d’état-major des armées, le général Kassaraté, le général Brédou M’Bia et le général Guai Bi Poin. Il voulait nous demander s’il était opportun de maintenir ou d’annuler le décret. Compte tenu de la présence de ces éminentes personnalités, nous étions gênés, on ne pouvait pas se prononcer, j’ai proposé que le président se prononce. Le président Gbagbo, en présence du président Blaise Compaoré, a dit qu’il n’allait pas décréter le couvre-feu ce jour-là. Mais au départ du président Blaise Compaoré, le président a signé d’autorité le décret pour qu’il y ait un couvre-feu. L’opposition a donc manifesté son mécontentement. Au niveau d’Abobo, il y a eu des manifestations qui ont dégénéré et occasionné trois morts. Voici concernant le décret du 27 novembre ».

Selon mon évaluation et les renseignements que je recevais, il y avait nécessité d’instaurer un couvre-feu parce qu’on était très proche du vote

« Concernant le décret du 28 novembre qui devrait intervenir tout juste à la fin du scrutin, personnellement, j’ai proposé au président qu’on le prenne. Avant de signer le décret, le président de la République nous a convoqués à sa résidence à Cocody. Mais, cette fois-ci, avec le premier ministre Guillaume Soro. Et quand il a posé la question de savoir s’il fallait signer ce décret ou pas, le premier à prendre la parole était le Premier ministre Soro qui a dit que les élections viennent d’avoir lieu et que c’est le moment de collecter les résultats, ce qui implique ramassage des urnes et collecte des résultats. De ce fait, les gens ne verraient pas d’un bon œil ce décret et pourraient penser que nous sommes en train d’opérer un bourrage d’urnes. Il a donc proposé au président de renoncer à ce décret. À la suite du Premier ministre, j’ai pris la parole pour dire : ‘Monsieur le président, c’est vrai que je vous ai proposé de prendre un décret pour des raisons sécuritaires. Mais compte tenu de ce que vient de dire monsieur le Premier ministre, je suis d’avis avec lui, cela pourrait prêter à interprétation. Donc, il sera souhaitable que le décret ne soit pas pris’. Mais le décret a été signé d’autorité par le président Laurent Gbagbo ».

« De fait, selon mon évaluation et les renseignements que je recevais, il y avait nécessité d’instaurer un couvre-feu parce qu’on était très proche du vote. Et si jamais les gens saccageaient le matériel du vote et les différents bureaux de vote, comprenez que le 28 novembre, la Commission électorale indépendante allait avoir beaucoup de problèmes, mais les arguments du Premier ministre Soro étaient convaincants ».

« Quant au couvre-feu du 26 novembre, nous l’avons proposé parce qu’il y avait eu un fait antérieur qui a occasionné pas mal de blessés. En effet, le 19 novembre 2011, un groupe de jeunes proches du FPI [Front populaire ivoirien, parti de Laurent Gbagbo, NDLR] s’est rendu au QG du RHDP [Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix, coalition de partis politiques ayant soutenu la candidature d’Alassane Ouattara au second tour de la présidentielle du 28 novembre 2010, NDLR] et a saccagé ce QG. Il s’en est suivi une bagarre de rue qui a fait près de vingt blessés. Les préparatifs de la période électorale s’approchant, nous avons donc proposé au président de la République qu’il prenne un décret, en vue de permettre à ceux qui sont en train d’installer le matériel électoral, de travailler. De sorte qu’une fois le matériel disposé de nuit, on n’aille pas le saboter. C’est donc au vu du premier incident que nous avons proposé au président qu’il prenne un décret, le 26 novembre (2010) ».

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Côte d’Ivoire: la CPI rejette à nouveau la demande de remise en liberté de Laurent Gbagbo

septembre 26, 2017

L’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, à la Cour Pénale Internationale. © Michael Kooren/AP/SIPA

Dans un communiqué, la CPI estime ce mardi 26 septembre que la détention est la seule mesure qui garantisse la participation de l’ancien président à son procès.

En juillet dernier, une première décision de la chambre de première instance de la Cour pénale internationale (CPI) avait été cassée en appel. Mais le réexamen de la demande de Laurent Gbagbo n’a rien changé à la sentence finale : la CPI a rejeté la demande de remise en liberté de l’ancien président ivoirien.

Dans un communiqué publié mardi 26 septembre, la Cour estime « que la détention demeure la seule mesure qui garantisse la participation de Laurent Gbagbo au procès, et qu’elle est donc raisonnable, appropriée et nécessaire. » « L’existence d’un réseau de partisans qui pourrait l’aider à échapper à la justice » ou qui pourrait exercer des pressions sur des témoins a notamment été étudiée, précise le communiqué.

État de santé « amélioré »

La CPI estime également que l’état de santé de l’ancien président s’est « amélioré » et qu’il permet un maintien en détention. Depuis plusieurs mois, plusieurs proches de Laurent Gbagbo faisaient en effet savoir qu’à 72 ans l’ancien président ivoirien faisait face à des problèmes médicaux.

Chez ses partisans, l’espoir était pourtant de taille. Plus d’un an et demi après l’ouverture du procès et alors que les audiences ne semblent pas près de s’achever, beaucoup estimaient qu’une libération de l’ex-leader socialiste était proche.

Arrêté le 11 avril 2011 à Abidjan, Laurent Gbagbo a été transféré à la prison Scheveningen, dans les faubourgs de La Haye, aux Pays-Bas en novembre 2011. Depuis janvier 2016, il est jugé aux côtés de Charles Blé Goudé, l’ancien leader des jeunes patriotes, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité pendant la crise post-électorale de 2010-2011.

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CPI: le chef d’état-major ivoirien avait conseillé à Gbagbo de démissionner

septembre 26, 2017

La Haye – Au plus fort de la crise post-électorale qui a déchiré la Côte d’Ivoire en 2010-2011, le chef d’état-major de l’armée ivoirienne avait conseillé à l’ex-président Laurent Gbagbo de démissionner, a-t-il déclaré mardi devant la Cour pénale internationale (CPI).

En guise de représailles, sa résidence privée avait été attaquée quelques jours plus tard, a affirmé Philippe Mangou au deuxième jour de son témoignage au procès.

« Pour avoir seulement proposé au président de démissionner, on a voulu me tuer », a déclaré cet ancien pilier du pouvoir sous Gbagbo devenu témoin de l’accusation.

Barbe poivre et sel et regard fatigué, Laurent Gbagbo, 72 ans, est poursuivi pour des crimes contre l’humanité commis lors de violences post-électorales qui avaient fait 3.000 morts en cinq mois.

En décembre 2010, il avait occupé le palais présidentiel après avoir refusé de céder le pouvoir à son rival Alassane Ouattara.

Lâché par la communauté internationale, il convoque le 11 mars 2011 le général qui dit l’avoir conseillé en ces termes : « Monsieur le président, démissionnez. (…) Il y a déjà trop de morts. » « N’en parle à personne », rétorque M. Gbagbo.

Le soir-même, le général reçoit Charles Blé Goudé, chef du mouvement des Jeunes Patriotes (milice pro-Gbabgo). Sa « venue (…), c’était un peu pour me donner le baiser de la mort ».

Des hommes qui tiraient « à la kalach, au RPG » attaquent le 14 mars sa résidence située à Yopougon, fief de M. Gbagbo à Abidjan. Lorsqu’il rapporte les faits au président Gbagbo, celui-ci dit simplement à propos de l’identité des assaillants : « J’ai ma petite idée là-dessus ».

Ainsi, la demande de confidence « était un test » pour « savoir si j’étais franc et loyal », a affirmé l’ancien militaire.

Nommé chef d’état-major en novembre 2004, Philippe Mangou était demeuré fidèle à Gbagbo jusqu’en 2011 même si il était resté en retrait et avait perdu une bonne part du contrôle de ses hommes.

En pleine bataille d’Abidjan entre forces pro-Gbagbo et combattants pro-Ouattara appuyés par la France et l’ONU, il fait défection et se réfugie le 30 mars chez l’ambassadeur sud-africain.

« J’avais compris que j’étais entre deux feux: mon propre camp qui me rejetait, qui pensait que j’étais en train de le trahir, et les autres frères (pro-Ouattara) qui étaient en train d’arriver ».

Finalement, à la suite d’une demande de Ouattara d’organiser un cessez-le-feu, il se rend à la résidence présidentielle, avec l’intention de tenter à nouveau de convaincre Laurent Gbagbo de démissionner : « Mais je n’ai pas eu le courage. »

Le cessez-le-feu échoue et « le 11 (avril), on voit le président (Gbagbo) sortir encagoulé ».

Il fait ensuite allégeance « au nom de toutes les forces » à Ouattara. Il sera nommé ambassadeur de Côte d’Ivoire au Gabon en 2012.

Le procès de Gbagbo, premier ex-chef d’Etat remis à la CPI, s’est ouvert le 28 janvier 2016 et devrait durer trois à quatre ans.

Les juges ont révélé mardi avoir refusé sa demande de libération pour le reste de son procès, la défense n’ayant « pas fourni des conditions concrètes et solides qui garantiraient la présence de M. Gbagbo à son procès s’il est libéré ».

Romandie.com avec(©AFP / 26 septembre 2017 17h45)                                            

Côte d’Ivoire: quand le général Mangou parle à la barre de la CPI

septembre 25, 2017
Philippe Mangou salue ses troupes à Abidjan, le 9 novembre 2004. © SCHALK VAN ZUYDAM/AP/SIPA

C’est un officier général très attendu qui était appelé à témoigner ce lundi à la barre de la Cour pénale internationale (CPI) dans le procès de l’ex-chef de l’État ivoirien Laurent Gbagbo et de son bras droit, Charles Blé Goudé.

Le général Philippe Mangou, 65 ans, a été un acteur majeur de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. Chef d’état-major des armées nommé en novembre 2004 par Laurent Gbagbo, il a occupé ce poste jusqu’en mars 2011, quelques semaines avant l’arrestation de l’ex-chef de l’État, le 11 avril 2011, par les ex-Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI, loyales à Alassane Ouattara), appuyées par la force française Licorne.

« Mangou, le témoin-clé qui va couler Gbagbo », titrait avant l’audience le journal Le Patriote, publication proche du Rassemblement des républicains (RDR, parti présidentiel). De son côté, Le Temps, proche du Front populaire ivoirien (FPI), ressortant une ancienne déclaration de l’officier, préférait rappeler que celui-ci ne peut « pas poignarder le président Laurent Gbagbo dans le dos ».

Face à Bensouda

Le témoignage de Mangou vient après ceux d’autres généraux clés du dispositif sécuritaire mis en place par Laurent Gbagbo. Les généraux Brédou M’Bia, ex-directeur général de la Police, Georges Guiai Bi Poin, commandant de l’ex-Centre de coordination des opérations de sécurité (Cecos, unité mixte d’élite) et Édouard Kassaraté, ex-commandant supérieur de la gendarmerie, ont davantage usé de la langue de bois, évoquant même par moments, pour le dernier cité, des trous de mémoire.

Nommé ambassadeur de la Côte d’Ivoire au Gabon, en mai 2012 par le président Alassane Ouattara, Mangou se retrouve ainsi face à la procureur Fatou Bensouda et à son équipe qui n’ont qu’un but : obtenir de sa part des témoignages sur les responsabilités pénales individuelles de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, notamment dans la répression meurtrière d’une marche des partisans d’Alassane Ouattara sur la Radiotélévision ivoirienne (RTI, télévision publique) ou d’une manifestation de femmes visées par un bombardement au mortier, dans un secteur densément peuplé d’Abobo, commune populaire d’Abidjan.

La rivalité Mangou – Dogbo Blé

Laurent Gbagbo est en effet poursuivi pour quatre chefs de crimes contre l’humanité (meurtre, viol, tentative de meurtre et persécution) perpétrés à Abidjan, conjointement avec les membres de son entourage immédiat et par l’intermédiaire des forces qui lui sont restées fidèles. Quant à Blé Goudé, qui était son ministre de la Jeunesse au moment des faits, il aurait engagé sa responsabilité pénale individuelle pour ces crimes, « alternativement en tant que coauteur indirect », avec son Alliance des jeunes patriotes, présentée par certains comme une milice à la solde du pouvoir Gbagbo.

Dès l’entame de l’audience, le général Mangou a laissé entendre aux juges que de nombreuses informations sensibles ne lui étaient pas remontées, quand bien même il était le chef d’état-major des armées. Il a surtout fait remarquer que certains officiers supérieurs de l’armée, en l’occurrence le général Bruno Dogbo Blé qui l’a remplacé à la tête de l’état-major des armées (et qui a été condamné en avril dernier par un tribunal d’Abidjan à 18 ans de prison dans l’affaire du rapt du Novotel) prenaient directement leurs ordres auprès de l’ex-couple présidentiel.

Jeuneafrique.com par André-Silver Konan

Côte d’Ivoire: Laurent Gbagbo joue les médiateurs depuis la prison

août 2, 2017

Laurent Gbagbo. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Après plusieurs années de crise, le Front populaire ivoirien (FPI) va-t-il retrouver la paix ? Récemment, Laurent Gbagbo, son fondateur, détenu à la CPI, a chargé l’un de ses visiteurs assidus, Emmanuel Auguste Ackah, ex-ambassadeur de Côte d’Ivoire au Ghana, de transmettre un message à Pascal Affi N’Guessan, président de l’une des deux tendances du parti.

Gbagbo demande expressément à son ancien Premier ministre de surseoir à la tenue du congrès qu’il avait annoncé pour le mois d’août. Aboudramane Sangaré, président de l’autre tendance du parti, avait reçu un message similaire après que ses partisans eurent organisé la Fête de la liberté, fin avril, à Akouré, une petite localité du Sud.

Exhortant les deux rivaux à éviter de prendre des initiatives qui les fragiliseraient mutuellement, Gbagbo s’est donné jusqu’à octobre pour concilier les positions. Bien que s’estimant dans son droit, Affi a pris acte de cette requête et a informé son secrétariat général de son intention de s’y plier, ce qui n’a pas convaincu certains de ses proches – qui y voient une manœuvre dilatoire de la part de l’ancien chef de l’État.

Si cette médiation échouait, Affi pourrait organiser son congrès et sa propre Fête de la liberté à Gouméré ou à Tabagne (Nord-Est), dans la circonscription du député N’Guettia Yao Kouman, l’un des trois élus FPI à l’Assemblée nationale.

Jeuneafrique.com

Côte d’Ivoire: Soro, ex-chef rebelle, « demande pardon » à Gbagbo pour une réconciliation

juillet 20, 2017

Le président de l’Assemblée nationale ivoirienne et ex-chef de la rébellion Guillaume Soro, le 10 janvier 2017 à Abidjan / © AFP/Archives / ISSOUF SANOGO

Le président de l’Assemblée nationale ivoirienne et ex-chef de la rébellion Guillaume Soro a demandé jeudi, en vue d’une réconciliation nationale, « pardon aux Ivoiriens » et « même » à son principal adversaire du passé, l’ex-président Laurent Gbagbo, écroué depuis 2011 à La Haye où il est jugé par la CPI.

« Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire a plus que besoin de pardon et de réconciliation. Je veux demander pardon aux Ivoiriens pour tout ce que j’ai pu faire (…) à ce peuple qui a tant souffert. Je demande pardon à mes aînés (…) et même au président Laurent Gbagbo », a déclaré à l’AFP M. Soro, à qui l’on prête des ambitions présidentielles.

« La division fait du tort à nous tous. Ne nous divisons pas la Côte d’Ivoire! Travaillons à la paix! Dans les jours suivants, je serai plus engagé pour le pardon et la réconciliation. Même Gbagbo mérite que j’aille lui demander pardon. Je demanderai pardon à tout le monde », a-t-il ajouté, citant aussi l’ancien président Henri Konan Bedié, un des principaux acteurs de la crise, et l’actuel président Alassane Ouattara.

« Parce depuis 2002, jusqu’à ce jour, j’ai été un acteur important », a expliqué M. Soro. « Ce dont la Côte d’ivoire a besoin, c’est de beaucoup plus de tolérance, de pardon, de réconciliation, de paix », a-t-il dit.

Premier ministre de 2011 à 2012, Guillaume Soro a été le chef de la rébellion pendant la décennie (2002-2011) de crise politico-militaire ivoirienne qui a fait des milliers de morts et scindé le pays en deux. Il est régulièrement accusé par ses détracteurs de « comploter » pour satisfaire ses ambitions présidentielles. « Ce sont des rumeurs, je n’en tiens pas compte », a-t-il assuré.

L’ancien président Laurent Gbagbo, âgé aujourd’hui de 72 ans, ainsi que Charles Blé Goudé, ancien chef du mouvement des Jeunes patriotes fidèles à Laurent Gbagbo, sont accusés à la Cour pénale internationale (CPI) de quatre chefs de crimes contre l’humanité: meurtres, viols, persécutions et autres actes inhumains. Les deux hommes ont plaidé non coupable.

Les violences avaient fait plus de 3.000 morts en cinq mois entre décembre 2010 et avril 2011 dans les deux camps, lors de la crise née du refus de Laurent Gbagbo de céder le pouvoir à son rival Alassane Ouattara, reconnu internationalement vainqueur de l’élection présidentielle de 2010.

Romandie.com avec(©AFP / 21 juillet 2017 00h15)