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Conte : L’Écureuil et le Castor

octobre 19, 2014

Il était une fois dans la forêt de la Mauricie, vivait Daniel l’Écureuil, riche propriétaire d’étendue végétale composée de bouleaux, d’érables, d’épinettes, de pins, de sapins et de noyers. Un riche héritage qu’il avait reçu pour avoir sauvé, un jour,  de la noyade une embarcation, à l’île des Pins, au centre du lac Wapizagonke, dans laquelle se trouvait le chef des Attikameks.

Un jour pendant que lui et sa femme Mireille l’Écureuil promenaient leur petit dans le bois, grimpant sur les arbres, gesticulant sur les branches puis courant entre les feuilles mortes de l’automne, qui bruissaient sous leurs pieds. Le petit Odilon l’Ecureuillon, par inattention, glissa de son apprentissage sur des lichens, puis tomba dans la rivière au milieu des mousses silencieuses et capricieuses, au niveau des cataractes.

Les parents du petit rongeur ne pouvaient pas le secourir car ne sachant pas nager, fondirent en larmes sur le rivage devant des érables inertes qui admiraient le miroitement des rayons du soleil sur la peau fraîche de la rivière.

Soudain, arriva Victor le Castor qui construisait en amont son barrage avec le bois qu’il achetait auprès des exploitants forestiers lui faisant dépenser toutes ses économies. Il implora le couple de cesser de pleurer et leur demanda de lui accorder l’entière confiance de retrouver l’Ecureuillon.

Daniel et Mireille l’Écureuil lui promirent un bon et grand cadeau au cas où il retrouvait et ramenait leur enfant. Un cadeau qui lui servirait toute sa vie pour lequel il n’aura plus à dépenser de l’argent pour ses ouvrages futurs.

Le Castor fort heureux de cette proposition esquissa quelques pas joyeux de danse de ses pattes palmées et de sa queue aplatie. Aussitôt, il plongea dans la rivière pour rechercher l’Ecureuillon. Connaissant parfaitement son milieu vital et de travail, il suivit le cours de l’eau, explora les profondeurs et les berges de la rivière. Il ne vit rien.

Par contre, au versant, des chutes escarpées, boisées et herbacées, il croisa un canard noir avec sa canne au pelage brillant et luisant qui promenaient leurs canetons émergeant et immergeant, dans le lac contemplant la beauté des feuilles colorées de l’automne.

  • Il lui demanda s’il n’avait pas vu, par hasard, un Ecureuillon au fond de l’eau. Ceux-ci lui répondirent négativement.

Il sortit de l’eau, longeant la bordure du sable, y laissant ses empreintes, par endroits, puis se dirigea au bord de la route. Il aperçut un hérisson qui sortait du buisson en quête d’insectes et de fourmis.

  • Cher hérisson, l’interpela-t-il : n’as-tu pas vu un Ecureuillon égaré ?
  • Non répondit l’insectivore indifférent qui continuait à fouiner, tête baissée des vers et autres mollusques pour satisfaire son ventre.

Le Castor hâta les pas, il entendit dans le bosquet un martin pêcheur qui chantait pour appeler sa femelle afin de l’accompagner à la pêche au lac. Quand il lui signifia l’objet de sa recherche d’un petit écureuil disparu dans les eaux en sa qualité de pêcheur, ce dernier donna encore une réponse négative.

Dès lors, Victor le Castor reprit son chemin et ses investigations dans l’eau. Il continua ses fouilles mais au moment où il arriva à son barrage, il vit accroché contre le tronc d’un arbre Odilon l’Ecureuillon qui soulevait sa patte antérieure pour demander secours. Il se précipita, sa tête hors de l’eau, ramant et filant en sa direction où il émettait le cri de son dernier espoir.

De son corps habile et souple, il monta sur le bois de la charpente de son barrage. Il le souleva délicatement avec précaution et attention, puis le plaça au creux d’un bois taillé avec ses dents pointues. Il l’étala dans ce beau plateau crevassé pour lui permettre de sécher au soleil car tous ses poils étaient mouillés. Il rentra chez lui, prit une belle couverture faite de la peau de son défunt père et couvrit l’Écureuillon qui grelotait et tremblait dans tous ses membres.

Il lui offrit quelques grains à manger qu’il conservait dans son grenier pour les étrangers en difficultés de ravitaillement. Il lui demanda de ne pas se déplacer et repartit annoncer la bonne nouvelle à ses parents, plongés dans une grande tristesse sur la disparition de leur enfant.

Quand Daniel et Mireille l’Écureuil virent Victor le Castor qui revenait bredouille ; ils recommencèrent à pleurer. Ils éclatèrent en sanglots dont la puissance de l’écho faisait tomber les feuilles fragiles des arbres de l’automne qui présentaient la meilleure parure végétale de la nature dans le beau confort de leurs belles chemises, de leurs jupes et de leurs robes.

Le Castor debout de ses pattes postérieures pris un bois rongé de ses dents, le tint de ses pattes antérieures; le leva au ciel et le frappa au sol pour demander au couple un moment de silence. Il leur pria d’essuyer leurs larmes. Croyant entendre une mauvaise nouvelle, finalement c’était la bonne.

  • Madame et monsieur l’Écureuil, j’ai retrouvé votre enfant accroché à un bois de mon barrage.
  • Où est-il répliqua la famille des rongeurs ?
  • Il se trouve en lieu sûr. Vous pouvez venir avec moi jusqu’à mon bel ouvrage.
  • Comment allons-nous y parvenir au milieu de l’eau? Nous ne savons pas nager.
  • Vous devez apprendre à nager. C’est très utile et important. Je vais vous prendre sur mon dos. Il est assez large pour contenir deux petits écureuils de votre genre.

Le Castor les fit monter puis rentra dans la rivière. Il conduisit le couple jusqu’à son chantier. Le rescapé les attendait là du haut des branchages entreposés, entrecroisés et superposés.

Entretemps, durant l’absence du Castor, Odilon l’Ecureuillon avait reçu la visite d’une abeille charpentière qui avait faim. Il regarda dans la grange du Castor et trouva quelques produits délicieux qu’il lui donna. Celle-ci en retour était partie appelée toute sa colonie et vint le protéger en faisant la ronde au-dessus du barrage afin de le préserver contre d’éventuels prédateurs.

A l’arrivée de ses parents et de son bienfaiteur, ceux-ci étaient stupéfaits de découvrir qu’un essaim d’abeilles tournoyait au barrage à l’endroit où se tenait Odilon l’Ecureuillon.

Le Castor monta les branches de son barrage, descendit ses père et mère. A la vue de leur petit, ils s’embrassèrent chaleureusement. Ils se donnaient de petits coups de pieds au dos, sur la tête et aux oreilles, en signe de retrouvailles et d’affection.

Ne pouvant les prendre tous sur son dos, il prit une partie du matériel de son barrage, puis construisit rapidement un petit pont en bois avec trois troncs d’arbres solidement rassemblés et attachés. Il les invita de regagner le rivage pour partir chez eux.

Sur la berge, les Écureuils le remercièrent de sa disponibilité, de son efficacité et de sa cordialité ainsi que de sa délicatesse et de sa gentillesse pour avoir retrouvé et sauvé la vie de leur enfant.

C’est ainsi qu’ils lui délivrèrent depuis lors un permis, sorte d’autorisation d’exploration et d’exploitation du bois de la forêt sans frais à payer pour la construction de tous les barrages de sa vie.

© Bernard NKOUNKOU