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Passeport diplomatique pour Jean-Pierre Bemba acquitté par la CPI

juin 25, 2018

Jean-Pierre Bemba: calme, serein et confiant

 

L’opposant Jean-Pierre Bemba peut demander un passeport diplomatique pour rentrer en République démocratique du Congo après son acquittement par la Cour pénale internationale (CPI), écrit dans une lettre le ministre des Affaires étrangères à six mois des élections prévues le 23 décembre.

 

 

« Je vous saurais gré de bien vouloir demander à l’honorable sénateur (Jean-Pierre Bemba) de dépêcher son agent du protocole pour retirer un formulaire de demande de passeport diplomatique auprès de notre ambassade à Bruxelles », écrit Léonard She Okitundu.

M. Okitundu répondait à une demande formulée par le président du Sénat congolais Léon Kengo Wa Dondo.

Ex-vice-président et candidat à l’élection présidentielle en 2006, M. Bemba a quitté la RDC en 2007 après des combats entre sa milice et l’armée du président Joseph Kabila.

A la surprise générale, il a été acquitté en appel de crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour des faits commis par ses hommes en Centrafrique au début des années 2000. Il avait été condamné à 18 ans de prison en première instance.

La CPI doit définitivement statuer sur son sort le 4 juillet dans une affaire annexe de subornation de témoins. Il est en liberté provisoire en Belgique.

Les 12 et 13 juillet, le parti de M. Bemba tiendra son congrès à Kinshasa au cours duquel la question de l’investiture ou non d’un candidat du parti à la présidentielle sera traitée.

La RDC est récemment passée des passeports « semi-biométriques » aux biométriques.

Un autre opposant en exil, Moïse Katumbi, candidat à la présidentielle, n’a pu renouveler son passeport malgré une demande déposée à l’ambassade de la RDC à Bruxelles. M. Katumbi est condamné à trois ans de prison en RDC dans une affaire dont il conteste tout fondement.

Sacer-infos.com par Stany Franck  avec AFP

Bemba « pourra rentrer s’il veut » en RDC

juin 17, 2018

Kinshasa – L’ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba « pourra rentrer » en République démocratique du Congo s’il le souhaite, a déclaré dimanche le ministre congolais des Affaires étrangères sans préciser s’il était poursuivi par la justice congolaise.

« Jean-Pierre Bemba est parti de sa propre volonté. S’il veut rentrer, il pourra rentrer », a déclaré Léonard She Okitundu dans l’émission « Internationales » de RFI/Le Monde/TV5Monde.

« Je ne suis pas en mesure de vous répondre. Je ne suis pas informé que Jean-Pierre Bemba ait un dossier judiciaire ici », a ajouté le ministre congolais sur un éventuel mandat d’arrêt émis par la justice congolaise à l’encontre de M. Bemba.

M. Bemba se trouve depuis vendredi « en liberté provisoire en Belgique en attendant une décision finale sur sa peine », a indiqué samedi la Cour pénale internationale (CPI), qui l’a acquitté de crimes contre l’humanité et crimes de guerre mais pas dans une affaire de subornation (corruption) de témoins.

La CPI émet des « conditions spécifiques » à sa liberté provisoire après dix ans de détention dont « ne pas changer d’adresse sans préavis ».

L’ex-candidat à la présidentielle de 2006 avait quitté Kinshasa sous escorte des Nations unies en 2007 après des combats entre sa milice et l’armée régulière du président Joseph Kabila.

A Kinshasa, son parti politique (Mouvement de Libération du Congo) compte « bien entendu » sur sa présence à son congrès les 12 et 13 juillet, a indiqué à l’AFP une de ses fidèles, Eve Bazaiba.

Le dépôt des candidatures à l’élection présidentielle prévue en décembre est annoncé du 25 juillet au 8 août.

En revanche l’autre opposant Moïse Katumbi « sera entre les mains de la justice comme cela a été prévu s’il rentre au pays », a confirmé M. She Okitundu.

M. Katumbi, qui a quitté la RDC en mai 2016, a été condamné dans une affaire immobilière dont il nie tout fondement.

Le ministre congolais a par ailleurs indiqué qu’il se rendrait lundi à Luanda pour parler du processus électoral en RDC.

Il a enfin confirmé l’absence à Kinshasa du nonce apostolique, qui avait eu des mots très durs envers le pouvoir en place, niant que l’ambassadeur du Vatican est été « chassé » par les autorités.

« Il devait retourner pour consultation à Rome. Et c’est tout », a-t-il dit. « Je n’ai reçu aucune demande de la part du nonce apostolique pour venir à Kinshasa ».

Romandie.com avec(©AFP / 17 juin 2018 12h19)                                                        

Crise humanitaire en RDC: Kinshasa met en garde les ONG qui accepteraient l’aide de la Belgique

avril 13, 2018

Léonard She Okitundu, vice-Premier ministre congolais en charge des Affaires étrangères. © Vincent Fournier/JA

Refusant toujours de participer à la conférence des donateurs pour la RDC, prévue le 13 avril à Genève pour financer les actions humanitaires dans le pays, Léonard She Okitundu, ministre congolais des Affaires étrangères, menace les ONG qui accepteraient cet argent de se voir interdire de travailler dans le pays.

Le gouvernement congolais refuse toujours de participer à la conférence des donateurs sur la RDC, qui doit se tenir le 13 avril à Genève, au motif qu’il n’a pas été associé à son organisation. Il rejette en outre la quote-part d’aide humanitaire de la Belgique, qui a déjà débloqué plus de 11,6 millions de dollars sur les 18 millions promis à ce jour (sur un total de 1,68 milliard de dollars attendu à l’issue de la conférence avec les autres donateurs).

« Les ONG qui recevront cet argent ne seront pas autorisées à travailler dans notre pays », prévient Léonard She Okitundu, le chef de la diplomatie congolaise. « La Belgique a décidé de rompre de manière unilatérale sa coopération bilatérale avec nous, nous devons aller au bout de cette logique », poursuit le vice-Premier ministre. She Okitundu précise toutefois qu’il n’y a « aucune inimitié avec le peuple belge qui pourrait être compatissant envers le peuple congolais ».

Refuser de sacrifier la population congolaise serait la meilleure réponse des donateurs aux dirigeants congolais », espère un membre de l’organisation de la conférence

Principaux destinataires de la contribution belge, plusieurs agences du système onusien sont directement concernées par cette mise en garde du gouvernement congolais. Il s’agit entre autres de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du Programme alimentaire mondial (PAM) et du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

La Belgique dans le top 10 des donateurs

À la veille de la conférence internationale des donateurs sur la RDC, 12,6 % du total attendu (1,68 milliard de dollars, soit 1,37 milliard d’euros) est déjà débloqué ou promis. Et la Belgique se retrouve bien, pour l’instant, dans le top 10 des contributeurs.

À l’inverse de Kinshasa qui appelle au boycott de la conférence de Genève – les Émirats arabes unis ont entendu l’appel des autorités congolaises -, les organisateurs de cette réunion de récolte de fonds pour la RDC espèrent que des bailleurs répondront présents et surtout mettront la main à la poche.

« Refuser de sacrifier la population congolaise sur l’autel des combats politiques serait en effet la meilleure réponse des donateurs aux dirigeants congolais », espère un membre de l’organisation de la conférence, contacté par Jeune Afrique.

RDC/Léonard She Okitundu: « Ce qui retarde le processus électoral, c’est la situation au Kasaï »

juillet 7, 2017

Léonard She Okitundu, vice-Premier ministre et ministre congolais des Affaires étrangères. © Vincent Fournier/JA.

 

Crise dans le Kasaï, processus électoral, à l’occasion du sommet de l’Union africaine, le ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo a accordé une interview à Jeune Afrique.

Sa présence a été particulièrement remarquée. Souvent absent de ces sommets, Joseph Kabila s’est rendu à Addis-Abeba, en Ethiopie, pour la réunion des chefs d’Etat du continent qui s’est tenue les 3 et 4 juillet. Après les sanctions européennes et américaines infligées à 17 dignitaires de son régime, il est venu peser de tout son poids pour obtenir le soutien de ses homologues africains. A la tête de l’offensive diplomatique du pays, Leonard She Okitundu, son ministre des Affaires étrangères, a répondu aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Alors qu’il est très rarement présent à ces réunions, Joseph Kabila a cette fois-ci fait le déplacement au sommet de l’Union africaine (UA) qui s’est tenu le 3 et 4 juillet à Addis-Abeba. Pourquoi était-il là ?

Leonard She Okitundu : La présence du président de la République est peut-être rare, mais lorsqu’il y a des sommets importants, il y participe. Nous sommes dans une phase de réorganisation de l’UA, et cela nécessitait la présence de tous les chefs d’Etat.

Alors que l’Union européenne a sanctionné de nouveaux responsables congolais fin mai, êtes-vous aussi venu chercher le soutien de l’UA ?  

Absolument, nous avons une grande controverse avec UE depuis les sanctions qui ont été prises à l’encontre de certaines personnalités de la RD Congo. Et nous sommes satisfaits car ici, le comité exécutif a fait adopter par les chefs d’Etat la condamnation de cette pratique. Lors du sommet UE-UA en novembre prochain, nous remettrons cette affaire sur le tapis. Nous voulons une relation de partenariat avec l’UE, pas une relation de subordination, qui est intolérable.

En sanctionnant de manière unilatérale certaines personnalités, il y a une atteinte à la présomption d’innocence.

Concrètement, demandez-vous la levée de ces sanctions ?

Oui, comment peut-on sanctionner des gens sans leur avoir donné la possibilité de s’expliquer sur ce qu’on leur reproche ? En sanctionnant de manière unilatérale certaines personnalités – et pas des moindres –, il y a une atteinte à la présomption d’innocence. Par exemple, notre ministre de l’intérieur a été sanctionné pour des faits commis avant même qu’il ait pris ses fonctions. Il faut voir le tapage médiatique, tout le monde vous regarde comme si vous étiez déjà condamné. Ces sanctions sont tout à fait illégales, c’est d’ailleurs pourquoi nous avons saisi les autorités européennes. En ce moment même, notre plainte est en train d’être examinée au sein du tribunal européen, au Luxembourg.  Je tiens à ce que l’UE revienne à de bons sentiments. Nous ne nions pas qu’il y a des problèmes mais il doit y avoir un dialogue.

Au Kasaï, 48 fosses communes ont à ce jour été découvertes, il y a plusieurs centaines de morts, plus d’un million de déplacés. La situation n’est-elle pas particulièrement préoccupante ? D’autant que l’armée congolaise semble impliquée dans ce conflit.

Non, je ne peux pas vous laisser dire ça. Ce n’est pas l’armée congolaise, il ne faut pas généraliser. Des éléments des forces de l’ordre ont certes commis des crimes – souvent d’ailleurs en réaction à la cruauté des actes commis par les miliciens Kamuina Nsapu -, cela on ne le nie pas. Mais c’est comme dans toutes les armées du monde entier. On a vu ce qui s’est passé avec l’armée américaine en Irak, avec l’armée française dans d’autres pays… Sachez en tout cas que toute personne qui aura commis des crimes sera sanctionnée en conséquence, qu’elle fasse partie des forces de l’ordre ou des miliciens.

L’UE dénonce aussi des entraves au processus électoral. Alors que son second mandat a pris fin en décembre dernier, beaucoup craignent que Joseph Kabila fasse tout pour se maintenir au pouvoir…

C’est un véritable procès d’intention. Vous savez, pour que le président se maintienne au pouvoir, il faudrait qu’il modifie la Constitution. Tous les pays environnant l’ont fait, pas nous. Il n’y a aucune manœuvre dilatoire de la part du président de la République. Vous savez que la condition pour qu’on organise des élections, c’est qu’on ait déterminé le corps électoral et aujourd’hui, il n’existe pas. La révision du fichier électoral a été entamé l’été dernier, et nous sommes déjà à 30 millions d’électeurs enregistrés sur les 42 attendus.

Le chef de l’État ne peut quitter le pouvoir que s’il a un successeur élu

Joseph Kabila cèdera-t-il le pouvoir cette année ?

Le chef de l’État ne peut quitter le pouvoir que s’il a un successeur élu, alors le jour où il y aura des élections, il en tirera les conséquences. Pour l’instant, on attend et on détermine le corps électoral.

Ce processus peut-il être achevé avant la fin 2017 ?

Il dû se finir fin juillet, selon les prévisions de la commission électorale. Ce qui retarde le processus électoral, c’est la situation au Kasaï, où il a été suspendu. Là-bas, certains collaborateurs de la commission électorale ont été pris à partie, certains bureaux incendiés… Il faut que l’autorité de l’Etat soit rétablie et que les conditions sécuritaires soient rétablies. Le chef de l’État lui-même s’est rendu sur place, cela prouve que la situation est sous contrôle. Maintenant, on attend que les personnes déplacées puissent rentrer chez elles pour terminer l’opération de révision du corps électoral et qu’on puisse organiser les élections.

Mais cela peut prendre des mois, voire des années…

Non, cette opération peut se terminer en trois mois. De toute façon, il faut respecter l’accord du 31 décembre. Il prévoit que les élections se tiennent cette année. Si ce n’est pas possible, le conseil national de suivi, le président de la République et la commission électorale indépendante devront se concerter pour voir quelle est la meilleure date possible pour que les élections se tiennent.

Sait-on quand sera rapatrié le corps d’Etienne Tshisekedi ?

Cela dépend de la famille et des discussions avec le gouvernement. Mais à mon avis, le problème est du côté de la famille. Nous, nous sommes prêts. Nous ne sommes pas là pour nous ingérer dans une affaire familial. Mais nous sommes concernés, car c’était une personnalité politique importante et qu’il y a la question du maintien de l’ordre public à assurer lors de ce retour.

Jeuneafrique.com par Anna Sylvestre-Treiner

RD Congo: sanctions de l’UE contre 8 responsables congolais et un ex-rebelle

mai 29, 2017

L’Union européenne a décidé lundi d’infliger des sanctions à huit responsables de l’appareil sécuritaire en République démocratique du Congo, dont trois ministres ou anciens ministres, et un ex-chef rebelle pour de « graves violations des droits de l’homme ». / © AFP/Archives / GEORGES GOBET

L’Union européenne a décidé lundi d’infliger des sanctions à huit responsables de l’appareil sécuritaire en République démocratique du Congo, dont trois ministres ou anciens ministres, et un ex-chef rebelle pour de « graves violations des droits de l’homme ».

Cette liste, publiée au Journal officiel de l’UE, s’ajoute à celle de sept personnes soumises à des sanctions depuis décembre 2016 « en réponse aux entraves au processus électoral et aux violations des droits de l’Homme qui y étaient liées », a indiqué le Conseil de l’UE dans un communiqué.

Ces sanctions, qui touchent notamment le directeur de l’Agence nationale de renseignement (ANR), Kalev Mutondo, « impliqué dans l’arrestation arbitraire d’opposants et de militants de la société civile consistent en un gel des avoirs et une interdiction de voyager dans l’Union.

Parmi les responsables sanctionnés figurent aussi le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, actuellement en Chine accusé d’être responsable de la « politique répressive menée envers les médias ».

Le ministre de l’Intérieur Ramazani Shadari est sanctionné pour être responsable de l’arrestation d’activistes et d’opposants pour la répression violente contre des membres du mouvement Bundu Dia Kongo, la répression à Kinshasa en janvier et février dernier et celle dans les provinces du Kasaï.

Son prédécesseur, Evariste Boshab, est lui visé pour avoir réprimé des manifestations en 2016 à Kinshasa pendant lesquelles « de nombreux civils ont été tués ou blessés par les forces de sécurité ».

Le gouverneur du Kasaï central, Alex Kande Mupompa (exécutions extrajudiciaires), l’ancien gouverneur du Haut-Katanga Jean-Claude Kazembe (répression au cours de laquelle 12 civils ont été tués), le commandant de la 31e Brigade des Forces Armées de la RDC, Muhindo Akili Mundos (exécutions extrajudiciaires et massacres) sont également sur la liste.

– Exécutions de femmes et d’enfants –

Tout comme le général de brigade Eric Ruhorimbere (exécutions de miliciens, de femmes et d’enfants) et le chef du service de renseignement, Kalev Mutondo,

Le neuvième sanctionné est le chef de milices Gédéon Kyungu Mutanga qui a « contribué à de graves violations des droits de l’homme et à des crimes de guerre tels que des exécutions de civils au Katanga » (sud-est) et est actuellement actif au Kasaï.

Interrogée par l’AFP à Kinshasa, une source gouvernementale congolaise a refusé de réagir officiellement.

« C’est très préoccupant », a néanmoins déclaré ce responsable sous le couvert de l’anonymat, accusant l’UE de chercher à « déstabiliser la RDC, comme la Libye ou l’Irak ».

Les sanctions interviennent au moment où l’UE reste « gravement préoccupée par la détérioration de la situation en RDC ». La « crise dans le Kasaï a atteint une ampleur exceptionnelle sur le plan à la fois sécuritaire, humanitaire et des droits de l’homme », selon le communiqué publié à Bruxelles.

Depuis septembre 2016, la région du Kasaï (centre du pays) est secouée par la rébellion de Kamwina Nsapu, chef traditionnel tué en août lors d’une opération militaire après s’être révolté contre les autorités de Kinshasa.

Selon l’ONU, ces violences ont fait plus de 400 morts et causé le déplacement de 1,27 million de personnes. D’après le député d’opposition Delly Sesanga, le bilan de ces violences est de plus de 3.000 morts.

L’UE « exprime son inquiétude » quant aux retards pris par la « transition » politique, tandis que le président Joseph Kabila est toujours au pouvoir plus de cinq mois après la fin de son mandat.

Rpmandie.com avec(©AFP / 29 mai 2017 19h30)

                                      

RDC : « Nous allons tout faire pour organiser des élections en 2017 »

février 20, 2017

Le chef de la diplomatie congolaise, Léonard She Okitundu, fait le point sur l’application de l’accord politique de décembre et les violences dans l’est du pays.

Un boxeur s’entraîne à Kinshasa, près du stade Tata Raphael. Crédits : EDUARDO SOTERAS/AFP
Il a connu l’exil en Suisse sous Mobutu, a travaillé quinze ans pour une grande ONG chrétienne, Caritas, avant de diriger plusieurs ministères à Kinshasa. Léonard She Okitundu, 70 ans, proche du président Joseph Kabila, a été nommé ministre des affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC) le 19 décembre 2016, date de la fin du second mandat du chef de l’Etat.

Depuis, on l’a vu s’impliquer dans le dialogue entre le pouvoir et l’opposition et mettre en musique une diplomatie délicate lors du Sommet AfriqueFrance de Bamako en décembre, où il s’est entretenu avec son homologue français Jean-Marc Ayrault. De passage à Bruxelles puis à Paris, Léonard She Okitundu a accordé un entretien au Monde Afrique.

La RDC semble isolée après avoir été fermement pointée du doigt par la communauté internationale. Comment y faites-vous face ?

Léonard She Okitundu L’absence d’élection présidentielle fin 2016 a provoqué des tensions avec certains de nos partenaires. Sont apparues des suspicions sur la volonté de Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir. Je constate que la signature de l’accord politique le 31 décembre a été interprétée comme un gage de bonne volonté de notre part. Et je m’efforce de rassurer mes homologues sur notre détermination à respecter cet accord. Il y a comme un début de dégel sur le plan diplomatique.

Parmi les conseillers de Donald Trump sur les questions africaines, il y a J. Peter Pham du cercle de réflexion Atlantic Council qui a appelé à plusieurs reprises ces dernières années à la « balkanisation » de la RDC. Cela vous inquiète-t-il ?

Les Américains se sont toujours montrés attachés à la défense de l’unité de la RDC, s’opposant d’ailleurs à la sécession katangaise [en 1960]. M. Pham a eu des positions individuelles différentes, mais je pense qu’il s’adaptera à la ligne diplomatique officielle de Washington. Nous n’accepterons jamais une quelconque balkanisation. Nous le ferons comprendre à M. Pham qui, je l’espère, aura la sagesse de faire évoluer sa pensée.

Pourquoi Joseph Kabila a-t-il récemment refusé de prendre au téléphone le nouveau secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres ?

Depuis les révélations par la presse [en décembre 2016] sur les interceptions de ses communications par les services de renseignement de puissances étrangères, Joseph Kabila est très prudent. Le président préfère éviter de discuter de dossiers sensibles au téléphone. C’est ce que j’ai expliqué au secrétaire général de l’ONU lors d’un tête-à-tête qu’il m’a accordé fin janvier en marge du sommet de l’Union africaine, à Addis-Abeba. Au nom du président Kabila, je l’ai invité à venir en RDC, qui accueille le plus important déploiement de l’ONU.

En mars, le Conseil de sécurité de l’ONU doit voter une résolution qui renouvelle le mandat de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco). Quel bilan tirez-vous de ses actions récentes ?

Il doit y avoir un débat et une évaluation de l’efficacité de cette mission, présente depuis plus de quinze ans en RDC. La présence de la Monuc, devenue Monusco, a constitué un facteur stabilisateur, c’est indéniable. Mais, aujourd’hui, elle est devenue une sorte de gouvernement parallèle, ce qui n’est pas normal. D’autant que la Monusco a démontré cette année son incapacité à remplir intégralement sa mission, à empêcher des massacres à l’est du pays et à collaborer étroitement avec les forces armées congolaises pour éradiquer les groupes armés.

A cela s’ajoute la question sensible de la présence des combattants sud-soudanais, dont nous réclamons le départ dans les plus brefs délais. La Monusco semble dépassée alors qu’elle compte plus de 20 000 hommes. Il faut donc revoir les moyens et les contours de la mission, ce dont je discute avec la France et la Monusco.

Une patrouille de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) dans les environs de Goma en août 2013.

Une patrouille de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) dans les environs de Goma en août 2013. Crédits : Thomas Mukoya/REUTERS

Le 16 février, plusieurs organisations internationales, dont l’ONU et l’Union africaine, ont exprimé leur inquiétude sur la mise en application de l’accord politique du 31 décembre, parlant d’« impasse persistante ». Le processus est-il bloqué ?

Certains mots employés dans ce communiqué me choquent. Ces derniers mois, le traitement réservé à la RDC par certaines organisations et chancelleries s’apparente à un acharnement. Je ne peux accepter cela. Pour ce qui est de la mise en application de l’accord, les discussions entre la majorité présidentielle et l’opposition se sont poursuivies et ont bien avancé. Mais elles ont été interrompues par la mort d’Etienne Tshisekedi [l’opposant historique est décédé à Bruxelles le 1er février] qui avait d’ailleurs été choisi pour présider le Comité national de suivi de l’accord.

Je suis certain qu’un nouveau premier ministre de l’opposition aurait été désigné s’il n’y avait pas eu ce décès, qu’un nouveau gouvernement d’union nationale aurait été nommé, conformément à l’accord. Les négociations vont reprendre après les obsèques.

Pour les partisans d’Etienne Tshisekedi, le rapatriement du corps est conditionné à la nomination d’un premier ministre de l’opposition. Comptez-vous satisfaire cette demande ?

Je déplore une exploitation politique de la dépouille d’Etienne Tshisekedi par certains extrémistes de son parti. Ils exigent la nomination d’un premier ministre issu de leurs rangs pour rapatrier le corps. Cela me semble indécent. Et cela contredit l’accord dont les modalités de mise en application sont toujours discutées. Et c’est le président du Conseil national de suivi qui doit soumettre au moins trois noms de « premier ministrable » au chef d’Etat, qui fera son choix.

Mais le président du Conseil national de suivi est mort…

Il faut le remplacer. Il doit provenir de l’opposition, mais la majorité doit être consultée. Donc la balle est dans le camp de l’opposition.

Qui gouverne actuellement en RDC ?

Le premier ministre Samy Badibanga, sous l’autorité du président Joseph Kabila. Certains de mes interlocuteurs, comme les Britanniques, me disent attendre la nomination d’un gouvernement d’union nationale pour reprendre la collaboration. C’est leur choix. Mais, en attendant, l’actuel gouvernement est légitime. Le Parlement reprend son activité le 15 mars et les institutions fonctionnent normalement.

Dans le Kasaï, des affrontements meurtriers opposent les forces de sécurité à des miliciens mystiques. Dans le Tanganyika, un violent conflit ethnique est en cours. Au Kivu, des massacres se poursuivent et des groupes armés étrangers sont toujours présents. Comment gérez-vous ces conflits qui causent des centaines de morts ?

Nous ne nions pas ces problèmes. L’est de la RDC connaît toujours des troubles et des mouvements armés ont été instrumentalisés par des pays voisins. Ces derniers, à chaque fois que le gouvernement congolais ne leur est pas favorable, tentent de réactiver des milices. Nous avons abordé ces questions lors du dernier sommet de l’Union africaine avec le chef d’Etat ougandais, Yoweri Museveni. Quant aux autres groupes mystico-religieux qui tentent de semer le désordre, comme au Kasaï, ils ne m’inquiètent pas vraiment. On sera intraitable et on ne laissera pas des illuminés troubler l’ordre public.

Ces tensions compromettent-elles la tenue d’élections ?

Les forces de sécurité vont rapidement y mettre un terme. Les opérations de recensement des électeurs ne sont pas perturbées. On a déjà procédé à l’identification de 12 millions d’électeurs sur les 40 millions. A ce rythme, on devrait avoir terminé en juillet. D’ici là, l’accord sera appliqué. Donc la majorité présidentielle et l’opposition gouverneront et prépareront ces élections générales.

Le ministre du budget vient de déclarer que l’argent manquait pour organiser ces élections…

Nous devons tout faire pour l’appliquer l’accord. Une clause stipule que si des contraintes empêchent l’organisation du scrutin fin 2017, des concertations se tiendront pour convenir de la meilleure date possible. Le constat du ministre du budget n’est pas étonnant. La question financière se pose, c’est une évidence. Mais on ne va pas rester les bras croisés. On va tout faire pour réunir les moyens nécessaires.

RD Congo : le grand retour de Léonard She Okitundu

janvier 25, 2017

Au sommet de Bamako, en janvier 2017. © Nicolas Réméné

Le nouveau ministre des Affaires étrangères de la RD Congo a représenté son pays au sommet Afrique-France de Bamako. Un come-back sur le devant de la scène après dix ans dans l’ombre.

La traversée du désert de Léonard She Okitundu, qui vient de participer au nom de la RD Congo aux travaux du sommet Afrique-France, a commencé lorsqu’il a échoué, en mai 2007, à prendre le perchoir de la chambre haute du Parlement, dominée par les sénateurs de sa famille politique. « Ce fut un coup de massue », confiait-il récemment à JA.

De cette désillusion, l’élu de Sankuru (Centre) garde encore le sentiment d’avoir été « lâché » et « trahi » par les siens. « Dircab » du chef de l’État à l’époque, She se retrouve du jour au lendemain « simple sénateur », se contentant de jouer au rapporteur au sein de l’Union interparlementaire, l’organisation mondiale des parlements des États souverains.

Négociations avec l’opposition

Près d’une décennie plus tard, le revoici chef de la diplomatie congolaise. Il faut dire que, ces derniers mois, She a fait partie du groupe restreint constitué autour du chef de l’État pour négocier avec l’opposition, notamment avec l’emblématique Étienne Tshisekedi. Il a même joué un rôle très actif durant les pourparlers avec l’opposition qui ont abouti à un accord fin décembre censé préparer l’après-Kabila.

Exit quelques poids lourds de la majorité présidentielle (MP), dont le ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda. Soupçonné de vouloir se maintenir au pouvoir, Joseph Kabila subit des pressions de toutes parts, mais a su négocier via ce processus de dialogue une prolongation d’une année à la tête du pays. Au minimum.

Vision outre-atlantique

Pendant ce sursis, She va tenter de recoller les morceaux de la relation entre la RD Congo et les pays occidentaux, notamment la France. « Jean-Marc Ayrault m’a promis que les choses se feraient désormais autrement », assure-t-il. Des contacts sont déjà envisagés avec les potentiels successeurs de François Hollande, « surtout François Fillon », qui a la faveur des pronostics.

Avec les États-Unis, d’où sont venues les premières sanctions contre les proches de Kabila sous l’administration Obama, « il faut encore attendre », estime She. Kinshasa cherche pourtant déjà à engager des cabinets de lobbying outre-Atlantique. Et il faudra aussi rassurer les pays voisins. À commencer par l’Angola, qui semble pencher pour une alternance en RD Congo. Alors que le pays n’est « pas le mieux placé pour donner des leçons dans ce domaine », tacle le ministre, en bon défenseur de son chef.

Fidèle à Kabila 

Car si beaucoup le considèrent comme une « colombe » – certains l’affublant même de l’étiquette de « droit-de-l’hommiste » (il a travaillé quinze années au sein de Caritas pendant son exil en Suisse), She, à bientôt 71 ans, n’en est pas moins kabiliste. Le natif de Lodja a rejoint le régime à ses balbutiements. Il est le tout premier ambassadeur itinérant du président Laurent-Désiré Kabila en 1997, avant de devenir ministre des Droits humains l’année suivante.

C’est d’ailleurs en cette qualité qu’il s’« impose » pour protéger les Tutsis de la capitale après le déclenchement de la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), soutenue par le Rwanda. En octobre 2000, She gravit un autre échelon et est nommé ministre des Affaires étrangères. Mais, trois mois plus tard, Kabila père est assassiné à Kinshasa. Lui se trouve alors à Yaoundé, où il représentait le chef de l’État au sommet… Afrique-France. Déjà. La boucle semble bouclée.

Jeuneafrique.com par Trésor Kibangula