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Congo: Lettre ouverte au général Mokoko

mai 16, 2018

 

Libre propos : Monsieur Arthur Mabiala, citoyen Congolais, écrit une lettre ouverte au Général Jean Marie Michel Mokoko, ancien chef d’Etat-major général des Fac, ancien conseiller du président actuel, ancien candidat à l’élection présidentielle de juillet 2016, actuel prévenu à la cour d’Appel de Brazzaville

Monsieur le Général,  dites votre part de vérité au peuple

‘’Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire’’. Je tiens cette paraphrase de vous à travers cette lettre du 9 mai 2018, que vous adressez au ‘’peuple congolais’’. Lettre saisie à l’ordinateur, ce qui nous fait croire que vous en avez un dans votre cellule de la maison d’arrêt de Brazzaville ; lettre signée de vous alors que vous prétendiez ne bénéficier pas de conditions de détention convenables, alors que nous vous avons vu au prétoire avec une très bonne mine et changeant de tenues chaque jour. Ce qui est exceptionnel pour un prisonnier, car j’en ai vu d’autres devant cette même cour comparaître en tenue de prisonnier. Or, en ce qui vous concerne, nous avons appris que vos plats sont faits depuis votre domicile par votre cuisinier personnel, le nommé Ouedraogo, que vous aviez même droit aux visites conjugales …

Revenons à votre lettre par ces deux questions : de quel peuple et de quelle vérité parlez-vous ?

–       de quel peuple parlez-vous mon général, si ce n’est le même que vous planifier depuis que longues années à tuer à travers l’idée d’un putsch qui ne sort jamais de votre tête? Vous le savez mieux que moi, même si vous aviez visé de tuer quelques officier supérieurs qui pouvaient vous gêner (cf. vidéo), un coup de force ne se déroule que très rarement sans dégâts collatéraux, y compris humain.

–       De que vérité parlez-vous ? si ce n’est celle que vous prétendez détenir, que n’arrivez pas à dire au peuple congolais au cours de ce procès où vous vous refugiez derrière ce silence coupable, alors que vous vous donnez la liberté de le distraire par courrier interposé. Vous justifiez votre silence par le fallacieux prétexte d’être dignitaire de la République, alors la cours suprême a bel et bien levé cette équivoque et que de nombreux autres congolais bénéficiant de la même distinction ont déjà comparu devant la même cours. L’occasion de dire votre vérité au fameux peuple devant les magistrats est là.

Monsieur le Général,

Je suis Arthur Mabiala, citoyen congolais, 44 ans, obligé de sortir de mon mutisme après avoir observé chez vous, mon champion d’hier, plein de contradiction de votre attitude politique. Car, je croyais que vous étiez ce brave général qui assume et qui se défend. Or, la  vous n’êtes qui poltron, une poule mouillée qui a peur de Monsieur Sassou, et qui ne tire sa force que dans un complot venant chaque fois de l’étranger. D’où l’Etat français refuse d’extrader vos complices, d’où votre cas s’invite au débat à l’assemblée nationale française comme si c’était une question de politique nationale en France.

Permettez-moi de vous informer qu’au cours du dernier scrutin présidentiel que notre pays a connu, j’avais porté mon choix sur votre candidature. Je suis un ancien de l’UPADS, après avoir porté à la présidence de la République en 2002, la président de mon parti, le professeur Pascal Lissouba, je suis de ceux qui pensaient encore accorder une chance à l’alternance dans notre pays. D’où sans vous connaître véritablement, je portais aveuglement mon choix sur vous.

Ce jour de vote, puis que je vote à l’école de la poste comme vous, j’ai respecté la consigne qui consistait à ne pas s’éloigner du bureau de vote jusque qu’au dépouillement du dernier bulletin, au risque de se faire voler notre victoire. Ainsi, j’y suis resté jusqu’à 22h15’, heure de départ de toutes les urnes.

A travers les trous des salles de classe, j’ai surveillé, à tour de rôle, le dépouillement de presque de toutes les urnes de notre centre de vote. J’ai été présent lorsqu’en présence des ambassadeurs de France, des USA, de l’UE, de la RCA,…, avait eu lieu le dépouillement au bureau de vote où vous aviez vous-même voté. J’étais triste de savoir que dans ce bureau de vote situé à côté de votre résidence, vous n’étiez que troisième après Monsieur Sassou et Kolélas ; et que c’était la tendance globale sur l’ensemble dans ce centre de vote et même dans la ville de Brazzaville.

De par les relais que nous avions, j’ai appris par la suite, avec grande satisfaction, que la tendance était plutôt en votre faveur à Pointe Noire et dans certaines grandes villes du grand Niari où vous étiez en tête. J’ai appris par la suite Monsieur Kolelas était, sans trop d’écart entre le premier et le deuxième, en troisième position à Pointe noire et en tête des circonscriptions de Brazzaville sud et de l’ensemble du département du pool. Le président sortant lui, était deuxième à Pointe et en tête dans les circonscriptions électorales du nord de Brazzaville et dans le reste du nord du pays.

Tout congolais objectif avait reconnu que votre percée fulgurante au cours de cette élection présidentielle était remarquable. Car sans appareil politique, vous aviez su exploiter les peurs, la misère et profité du jeu des alliances et de la déconfiture du RDPS à Pointe noire et dans le Kouilou, du MUDEC, du MARS et de l’UPADS dans les régions du NIARI.

Loin de tout fanatisme, au regard des grandes tendances que j’avais, rien ne me fais accepter que vous étiez  le vainqueur de cette élection. Bien au contraire, toutes les sommes arithmétiques vous donnaient troisième derrière Monsieur Sassou qui était en tête et Monsieur Kolelas qui était deuxième. Car, dans toutes les grandes agglomérations où vous étiez en tête, ça ne l’était jamais à plus de 50% des suffrages, alors que vos deux principaux challengers vous talonnaient de très près.

Alors, d’où vient cette récurrente auto-proclamation qui fait de vous le véritable vainqueur de l’élection présidentielle de 2016, affectant à Monsieur Sassou les 8% abondamment repris par les sites, blogs et autres médias tenus par vos alliées de la place de Paris ? Quel pourcentage donneriez-vous donc à Monsieur Kolelas ? Pouvez-vous nous livrer les chiffres exacts en votre possession, faisant de vous le vainqueur de cette élection ? Le peuple au nom du quel vous parlez vous attends là-dessus.

Or, après avoir suivi le déroulement des trois premiers jours de votre procès que la bande Mapingou, comme le corbeau perché sur la place de Paris, évitant d’aller au fond du dossier parce que le connaissant accablant, a très vite fait de qualifier de stalinien, lui donnant une connotation politique qui n’existe pas sur la base des faits extrêmement graves en cours de démonstration, tout congolais épris de bon sens se pose, à juste titre, ces quelques qui attendent des réponses de la part du général démocrate, le Mandela et le Moïse que vous prétendez être :

1-      C’est vous ou pas que nous voyons dans cette vidéo de 2007, où vous répétez, sous le coaching de quelques blancs, un discours putschiste qui devrait vous servir à la suite de votre coup de force ?

2-      J’ai vous ai entendu par voix des ondes vous défendre sur l’existence de la vidéo, alléguant que vous vous étiez laissé piéger (ridicule argument pour un brillant officier général de votre rang) ; que vous vous trouviez à Paris pour assister votre fille malade (alors que votre ancien ami et co-accusé Moudilou, que vous méconnaissez aujourd’hui confirme que vous êtes parti de Brazzaville via Abidjan avec le but d’engager ce cabinet de mercenaires que vous lui avez demandé en amont de contacter) ; qu’enfin vous en aviez parlé en famille avec Monsieur Sassou (votre ancien Patron qui vous d’ailleurs plus tard refait confiance). Comment expliquez-vous le fait d’avoir gardé contact avec ces mêmes mercenaires jusqu’à ce que naissent en vous des ambitions présidentialistes entre 2015 et 2016 ?

3-      Etant à Brazzaville en 2015 et 2016, alors que vous contestiez le principe même d’un référendum constitutionnel et que vous vous apprêtiez à être candidat à l’élection présidentielle : pour devriez-vous utiliser un numéro de téléphone étranger, identifié au nom de votre fille, pour discuter avec ces mercenaires, les mêmes qui sont avec vous sur la vidéo et qui sont aujourd’hui vos co-accusés ? Quels sont vos vrais liens avec ces mercenaires français, les hommes d’affaires français qui vous ont pourvu en argent pendant votre campagne, les CELECA en RAC… ?

4-      La note déterminant le nombre d’hommes et d’armes à affecter à la garde d’un général de votre classe étant signée à l’époque par vous-même, et vous connaissant de loin rigoureux et regardant, comment expliquez-vous les surplus d’armes et de munitions saisi à votre domicile ?

5-      Si dans votre lettre du 9 mai vous prétendez défendre une certaine vérité, de quelle vérité s’agit-il ? Pourquoi ne la dites-vous pas au peuple congolais à l’occasion de ce procès dont le déroulement nous révèle tant de choses sur votre ubuesque personnalité ? Ne savez-vous pas que le silence comme la chaise vide n’ont jamais donné raison à leurs hauteurs ?

6-      Que souhaiteriez-vous que les congolais retiennent de ce procès : que vous êtes la victime d’un système totalitaire qui vous persécute alors que vous étiez premier à l’élection présidentielle ?

7-      Si vous parlez de vérité : étiez-vous vraiment premier de l’élection présidentielle de 2016 ?

Autant de questions que de nombreux congolais se posent par ma voix, auxquelles ils souhaiteraient obtenir de vous des réponses.  Veuillez s‘il vous plait nous répondre par écrit, mon général, puis que nous savons désormais que vous avez dans votre cellule un ordinateur et une imprimante pour parler au peuple.

Au-delà de toutes ces questions, j’observe à la lumière de votre vidéo et au fil de l’histoire de notre pays que, comme les autres, vous bluffez le peuple congolais. Avec le recul, mon choix porté sur vous n’était qu’une erreur monumentale. Que vous auriez fait pire que Monsieur Sassou à la tête de ce pays. Belliqueux et rancunier comme vous l’êtes, vous auriez passé tout votre mandat à régler les comptes de vos adversaires d’hier et d’aujourd’hui. Bref, vous n’êtes qu’un puéril assassin, à la solde des cabinets de mercenariats et de lobbying occidentaux, qui ne conçoit la politique que par le coup d’Etat. Vêtu d’habit de démocrate, vous n’êtes qu’un comploteur contre votre pays, contre votre propre peuple ; ce même peuple au nom duquel vous prétendez agir et penser.

Car, tenez… A chaque fois que le pays était à l’approche d’une échéance politique décisive, vous aviez toujours un agenda criminel à dérouler. C’est comme ça que, en 1990, pendant la transition démocratique, alors que se préparait tranquillement l’élection, vous aviez tenté un ‘’petit truc’’ non réussi en enfermant la crème des autorités de l’époque au palais des congrès. Vous l’avouez vous-même dans la vidéo que vous ne vous sentiez pas totalement prêt pour aller au bout de votre logique putschiste.

En 2007, sentant que dans la perspectives de l’élection présidentielle de 2009, tous les sondages étaient en faveur de Monsieur Denis Sassou N’Guesso, vous avez choisi de planifier ce coup d’Etat qui malheureusement pour vous, suite certainement à un mauvais partage d’argent avec votre co-accusé Moudilou, a fuité avant sa matérialisation.

En 2015, pendant que le régime Sassou annonçait l’éventualité d’un référendum constitutionnel, vous revoilà dans cette logique de violence, relançant vos contacts de 2007, étendant vos contacts aux milices des pays voisins, obtenant des lobbies français le soutien, politique, financier et médiatique… pour chercher  le prétexte d’une mise en œuvre de votre éternel plan macabre… Ce plan passait par la contestation populaire du référendum en perspectives. Il a très peu fonctionné puis que vous étiez dépourvu de machine politique. L’opposition politique de l’époque, encore méfiante, ne vous avait pas pris comme un leader sérieux. Il fallait que vos réseaux de Paris puis les organiser et les convaincre à vous suivre. Ce que nombreux, moyennant argent, ont accepté.

En 2016, vous avez réédité l’exploit cette fois ci-sûr de vos moyens. Vainqueur ou pas, sûr de vos soutiens extérieurs et de vos moyens que le pouvoir avait finis par intercepter en grande partie, il vous fallait occasionner un soulèvement populaire sous le prétexte de la contestation des résultats pour vous permettre de dérouler votre plan. Vos complices étant en embuscade aux frontières. Là aussi, l’argent et certains hommes n’ont pas pu franchir les mailles des services de sécurité de notre pays jusqu’à ce que vous vous retrouviez dans cette cellule de la maison d’arrêt Brazzaville.

Toute cette manœuvre étaient perceptibles dès votre retour de Paris lorsque, simulant une certaine violence sur votre personne, les médias français s’étaient emparés de cet incident qui n’en était pas un. Depuis cette époque vos faits et gestes sont repris en cœur par des médias comme RFI, France 24 – caisses de résonnance du quai d’Orsay -, Le Monde Afrique, le Point Afrique, etc., tenus par Monsieur Marc Mapingou dont les réseaux parisiens s’étendent jusqu’à certains cercles prohibés.

Voilà qui vous êtes, Mon Général. Un lâche. Parlez devant cette cours, dites votre vérité. Arrêtez d’agiter le peuple par des lettres incendiaires. Vous n’êtes pas un démocrate comme le décrivent les médias français. Vous n’êtes pas un Moïse comme je l’avais cru, vous n’étés pas un Mandela congolais comme le disent en extase vos fan de la place de Paris, militant des réseaux sociaux. J’ai dit !

Arthur MABIALA

Centre-ville, Brazzaville, Congo

Avec Congomfoa.com

Francophonie, langue française: lettre ouverte à Emmanuel Macron

janvier 15, 2018

Mabanck

Le président de la République a proposé à Alain Mabanckou de contribuer aux « travaux de réflexion » qu’il souhaite « engager autour de la langue française et de la Francophonie ». L’auteur de « Verre cassé » lui répond.

Monsieur le Président,

Dans votre discours du 28 novembre à l’université de Ouagadougou, puis dans un courrier officiel que vous m’avez adressé le 13 décembre, vous m’avez proposé de «contribuer aux travaux de réflexion que vous souhaitez engager autour de la langue française et de la Francophonie.»

Au XIXème siècle, lorsque le mot «francophonie» avait été conçu par le géographe Onésime Reclus, il s’agissait alors, dans son esprit, de créer un ensemble plus vaste, pour ne pas dire de se lancer dans une véritable expansion coloniale. D’ailleurs, dans son ouvrage «Lâchons l’Asie, prenons l’Afrique» (1904), dans le dessein de «pérenniser» la grandeur de la France il se posait deux questions fondamentales: «Où renaître ? Comment durer ?»

Qu’est-ce qui a changé de nos jours ? La Francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies. Repenser la Francophonie ce n’est pas seulement «protéger» la langue française qui, du reste n’est pas du tout menacée comme on a tendance à le proclamer dans un élan d’auto-flagellation propre à la France. La culture et la langue françaises gardent leur prestige sur le plan mondial.

Les meilleurs spécialistes de la littérature française du Moyen-Âge sont américains. Les étudiants d’Amérique du Nord sont plus sensibilisés aux lettres francophones que leurs camarades français. La plupart des universités américaines créent et financent sans l’aide de la France des départements de littérature française et d’études francophones. Les écrivains qui ne sont pas nés en France et qui écrivent en français sont pour la plupart traduits en anglais: Ahmadou Kourouma, Anna Moï, Boualem Sansal, Tierno Monénembo, Abdourahman Waberi, Ken Bugul, Véronique Tadjo, Tahar Ben Jelloun, Aminata Sow Fall, Mariama Bâ, etc. La littérature française ne peut plus se contenter de la définition étriquée qui, à la longue, a fini par la marginaliser alors même que ses tentacules ne cessent de croître grâce à l’émergence d’un imaginaire-monde en français.

Tous les deux, nous avions eu à cet effet un échange à la Foire du livre de Francfort en octobre dernier, et je vous avais signifié publiquement mon désaccord quant à votre discours d’ouverture dans lequel vous n’aviez cité aucun auteur d’expression française venu d’ailleurs, vous contentant de porter au pinacle Goethe et Gérard de Nerval et d’affirmer que «l’Allemagne accueillait la France et la Francophonie», comme si la France n’était pas un pays francophone!

Dois-je rappeler aussi que le grand reproche qu’on adresse à la Francophonie «institutionnelle» est qu’elle n’a jamais pointé du doigt en Afrique les régimes autocratiques, les élections truquées, le manque de liberté d’expression, tout cela orchestré par des monarques qui s’expriment et assujettissent leurs populations en français? Ces despotes s’accrochent au pouvoir en bidouillant les constitutions (rédigées en français) sans pour autant susciter l’indignation de tous les gouvernements qui ont précédé votre arrivée à la tête de l’Etat.

Il est certes louable de faire un discours à Ouagadougou à la jeunesse africaine, mais il serait utile, Monsieur le Président, que vous prouviez à ces jeunes gens que vous êtes d’une autre génération, que vous avez tourné la page et qu’ils ont droit, ici et maintenant, à ce que la langue française couve de plus beau, de plus noble et d’inaliénable: la liberté.

Par conséquent, et en raison de ces tares que charrie la Francophonie actuelle – en particulier les accointances avec les dirigeants des républiques bananières qui décapitent les rêves de la jeunesse africaine –, j’ai le regret, tout en vous priant d’agréer l’expression de ma haute considération, de vous signifier, Monsieur le Président, que je ne participerai pas à ce projet.

Bibliobs.nouvelobs.com par Alain Mabanckou
Santa Monica, le 15 janvier 2018

France-Congo/Du silence de François Hollande sur Sassou: lettre ouverte à François Hollande

mai 10, 2016

Monsieur le Président,

Les Congolais de l’étranger et ceux qui luttent nuit et jour au pays ont constaté que vous observez un long silence quant à l’issue de l’élection présidentielle truquée qui s’est déroulée en mars dernier au Congo-Brazzaville et qui a injustement porté Denis Sassou-Nguesso au pouvoir. Il exerce un pouvoir sans partage depuis trois décennies avec son clan. La fraude l’aura une fois de plus emporté sur la transparence, et ceci aux yeux des nations prétendument démocratiques comme celle que vous dirigez par la volonté des Français. Le nom de mon pays d’origine est désormais inscrit en rouge sur le tableau noir du déshonneur des républiques bananières, à côté de la Corée du Nord. Pendant ce temps, Sassou-Nguesso et ses hommes de mains multiplient les arrestations arbitraires, allant jusqu’à cerner le domicile de l’opposant Jean Marie Michel Mokoko sans lui donner la possibilité de se ravitailler.

Faut-il rappeler, Monsieur le Président, que ces tyrans africains ont le plus souvent survécu grâce à la protection de la France, illustrant au passage combien ils ne peuvent vivre et prospérer sans l’assentiment de l’ancienne puissance coloniale? Ils ressemblent de ce fait à des ogres créés de toutes pièces par la France, et leur ultime couronnement passe par la montée des marches de l’Elysée et la poignée de main dont ils bénéficieraient du président de la République française. Cette dernière image, s’il arrivait qu’elle se concrétise sous votre règne, pourrait être celle qui ternirait irrémédiablement l’ensemble de votre quinquennat et ruinerait par voie de conséquence vos ambitions de solliciter un second mandat auprès du peuple français.

Si Denis Sassou-Nguesso peut se réjouir pour l’heure d’avoir bâillonné le peuple congolais, de l’écraser continuellement selon les caprices de son pouvoir militaire, il demeurera à jamais un putschiste à la fois amer et frustré tant que la France ne lui accordera pas les applaudissements qu’il attend d’elle, dans la solitude d’un pouvoir dérobé au peuple devant une communauté internationale indifférente. Et c’est peut-être là que votre silence pourrait être interprété comme un assentiment: «Quand on refuse on dit non», nous rappelle le grand écrivain Ahmadou Kourouma. Vous n’avez pas dit non. Vous n’avez pas dit oui. Certes, j’aurais pu me réjouir de votre position actuelle, mais je crains qu’avec le temps elle ne se transforme en une validation implicite qui engraisserait les ambitions démesurées de cet autocrate au point de lui donner des habits neufs qui lui permettraient d’asseoir ce qu’il appelle de manière éhontée «la nouvelle république».

Il vous reste donc, Monsieur le Président, à nous démontrer par une attitude claire et sans ambiguïté que la France n’est pas le sponsor officieux de ces personnages qui se trompent de siècle et de temps, et qui sont la cause directe de la régression du continent africain.
Je suis conscient que la France a des intérêts économiques au Congo-Brazzaville et que ceux-ci orientent forcément la politique africaine française. En même temps cette prééminence des intérêts économiques est le siège de l’hypocrisie qui a jusqu’alors pris en otage les peuples de mon continent. Faut-il enfin rappeler que ces mêmes Africains n’avaient pas hésité à sacrifier leur vie pour que la France soit ce qu’elle est aujourd’hui: un pays où seul le peuple et non un seul homme décide du destin de la Nation?

Monsieur le Président, nous autres «Noirs de France», quelles que soient nos origines ou nos nationalités, vous regardons. Et, vous le savez, nous sommes nombreux à voter en France et à contribuer à son destin. Il est évident que cette tragédie qui ennuage le Congo-Brazzaville sera dans nos esprits lorsque nous déposerons nos bulletins dans les urnes pour la prochaine élection présidentielle française. Il est encore temps de rendre au peuple congolais sa dignité, de dire clairement, comme les Américains, que la France ne reconnaît pas le pouvoir de Sassou-Nguesso issu d’un putsch électoral et que le gouvernement de façade qui «dirige» aujourd’hui le Congo est aussi illégitime que la mascarade électorale qui a porté son leader au pouvoir.

Alain Mabanckou

France-Congo: Lettre ouverte à François Hollande sur les crimes de Brazzaville

avril 14, 2016

Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir depuis trente-deux ans, le jour de la présidentielle congolaise du 20 mars, où il a été réélu dès le premier tour avec 60% des voix.

Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir depuis trente-deux ans, le jour de la présidentielle congolaise du 20 mars, où il a été réélu dès le premier tour avec 60% des voix. Crédits : MARCO LONGARI/AFP

« Monsieur le Président de la République française,

Le 4 avril 2016, falsifiant comme d’habitude le résultat des urnes, la Cour constitutionnelle de la République du Congo, aux ordres, valide la réélection à la présidence de la République du candidat Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir depuis trente-deux ans. Préparé à ce coup d’Etat électoral, cette fois, le peuple congolais est prêt à amplifier sa résistance pacifique et à poursuivre sa désobéissance civile. La réponse du système militaro-politique congolais est également prête depuis des mois. Elle consiste à désigner le sud de la ville et du pays comme foyers d’invisibles et insaisissables ennemis intérieurs.

Dans la nuit du 4 avril 2016, les tirs à l’arme lourde ciblant les populations civiles ont déjà commencé sur les quartiers sud de Brazzaville. Quelques heures plus tard, les habitants sont chassés de leurs maisons et déplacés au nord de la ville. Le lendemain débute le bombardement des villages du Pool, au sud du Congo. Les premières images de cadavres commencent à circuler sur les réseaux sociaux.

Lire aussi : Congo-Brazzaville : « Peut-être vont-ils me tuer, mais je ne regrette rien »

Auparavant, le président Denis Sassou-Nguesso est rentré d’une tournée à l’étranger où, sans doute, il est allé vérifier si ses vieilles alliances en Europe et en Afrique vont une nouvelle fois le “couvrir” en échange, pour les uns, d’une solidarité entre tyrans et, pour les autres, d’un accès facilité aux immenses richesses locales (pétrole, uranium, etc.) dont bien peu de Congolais profitent.

Lire aussi : « Panama papers » : comment le pétrole congolais s’évapore dans les paradis fiscaux

Sans doute est-il allé vérifier une nouvelle fois, à l’extérieur, sur qui compter pour accompagner sa survie politique à l’intérieur, et conserver le pouvoir par tous les moyens. En arrêtant les opposants, en torturant, en exécutant ; en opposant les régions congolaises entre elles ; en agitant le spectre du retour des guerres civiles de 1993 et 1997, qu’il avait lui-même planifiées, et pour la responsabilité desquelles il a pour l’instant échappé aux condamnations de crimes contre l’humanité ; en encourageant le dysfonctionnement et la corruption de l’Etat ; en manipulant l’information ou en achetant le silence au Congo et sur la scène internationale ; en armant ses propres milices, prétendues aux ordres de nébuleux ennemis de la “Patrie” pour terroriser les corps, les esprits, le pays entier, mettre ainsi en scène son retour providentiel et apparaître, encore une fois, comme l’homme du recours, le père de la Nation.

Pourtant, quelque chose a changé à Brazzaville. Du nord au sud du pays, le peuple congolais n’est plus manipulable. La jeunesse congolaise est descendue dans la rue à l’automne 2015. Massivement, au nord comme au sud, les Congolais ont boycotté le référendum d’octobre qui visait à modifier la Constitution pour prolonger encore les trente-deux années de pouvoir du président Denis Sassou-Nguesso et lui garantir l’impunité internationale au cas où les choses tourneraient mal pour lui.

Massivement, les électeurs ont ensuite voté pour l’opposition aux élections présidentielles le 20 mars 2016. Celles-ci se sont déroulées à huis clos, les autorités ayant coupé toutes les communications à l’intérieur du Congo et vers le reste du monde durant quatre jours ; d’où cette invraisemblable annonce des résultats au milieu de la nuit du 24 mars – le président ne s’accordant cette fois-ci “que” 60 % des suffrages !

Massivement, pour contester cette mascarade, les Congolais ont alors répondu au mot d’ordre pacifique de désobéissance civile durant une “journée ville morte”, le 29 mars.

La répétition aujourd’hui d’un scénario cauchemardesque ne doit rien à la fatalité, mais davantage au laisser-faire, au laisser-dire. Cela ne sert à rien de plaindre les Congolais. Nous devons suivre leur exemple de courage et de résistance. Dire et redire que c’est au peuple congolais, et à lui seul, de bâtir un Etat de droit. Pas aux affairistes de tous bords, pas aux militaires, pas aux gouvernements étrangers complices ou concurrents économiques et stratégiques dans la région. Il en va du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

La France est le premier partenaire économique du Congo. Monsieur le Président, vous devez sortir de votre silence. Le pays doit cesser urgemment ses relations mafieuses et militaires avec la dictature en place.

Au nom de la solidarité entre les peuples, nous demandons l’arrêt immédiat des tirs sur les civils, la libération des opposants politiques, la non-reconnaissance par la France et la communauté internationale des résultats électoraux, le retour de la presse internationale sur le terrain et la tenue d’une nouvelle élection présidentielle en présence d’observateurs internationaux impartiaux. »

Cette lettre est publiée ici sur la plateforme Change.org

Les auteurs de la lettre Jean-Paul Delore, metteur en scène ; Catherine Laval, costumière, syndicaliste ; Dieudonné Niangouna, auteur ; Laëtitia Ajanohun, auteure

Premiers signataires Jean-Loup Amselle, directeur d’études à l’EHESS ; Benoît Awazi Mbambi Kungua, philosophe, président du Cerclecad ; Valérie Baran, directrice du Tarmac, scène internationale francophone ; Delavallet Bidiefono, chorégraphe ; Patrick Braouezec, ancien député-maire de Saint-Denis, président de Plaine Commune ; Sylvie Coma, journaliste ; Zineb El Rhazoui, journaliste ; Tina Hollard et Hafid Chouarf, association Globe Trot’Art ; Nicolas Martin-Granel, chercheur associé à l’ITEM CNRS-ENS ; Alexandre Neumann, professeur, université Paris-VIII ; Julie Peghini, anthropologue, université Paris-VIII ; Agnès Tricoire, avocate à la cour de Paris ; Nadine Wanono, chercheuse.

Lemonde.fr

Congo: Lettre à Denis Sassou-Nguesso et à ses alliés : « Nous ne sommes pas tous Néron » par Dieudonné Niangouna

décembre 5, 2015

 Dieudonné Niangouna est auteur, metteur en scène, comédien, directeur du Festival International de Théâtre Mantsina sur scène à Brazzaville, Chevalier des Arts et des Lettres Français, Grand Prix des Arts et des Lettres du Congo Brazzaville.
Courageux, il vient d’écrire une lettre ouverte à sassou, lequel vient de promulguer une nouvelle constitution, tout en se maintenant au pouvoir grâce à l’ancienne constitution abrogée (le pays a donc deux constitutions, de son point de vue), le tout  dans le but de mourir au pouvoir…

 

Monsieur le Président, je m’insurge. Ne pas s’insurger serait cautionner la grande tragédie qui se prépare et à laquelle personne d’entre nous n’échappera à moins d’en être le bourreau. Ce n’est plus seulement un simple exercice du laisser-aller que traverse actuellement le Congo. C’est la mort du sens qui commence. L’esclavage du peuple congolais à l’état d’effacement total. Monsieur le Président, vous voulez effacer la personnalité du peuple. Et cette disparition morale est l’ultime opération qui provoquera votre ascension vers les rouages de la déification, pensez-vous. Des choses ont été commises et toutes les impossibilités existent sur la terre. Notre devoir en tant que citoyen est d’empêcher toute forme d’autocratie qui signe la mort du genre qui respire. Il ne peut être concevable que toute une génération soit prise en otage par la gabegie, et que, de ce système de « zombification », l’on puisse dénoter un insolent torrent de vertiges, mécanique d’un manège de destruction politique des avenirs, sans que la colère venue du peuple ne questionne nos rapports à l’autorité, à la diplomatie, aux amis et aux amitiés, à la violence, à l’altérité, à la vie elle-même telle qu’elle passe avec ou sans nous, à la mort qui manifestement prend la forme de la peur pour nous rétracter. Nous sommes les « pas contents ! ». Nous disons SASSOUFIT !

Monsieur le Président, en juillet dernier, devant des milliers de Congolais réunis au stade Félix Eboué pour célébrer l’ouverture du Festival Panafricain de Musique (FESPAM), vous m’aviez reçu en m’accordant le Grand Prix des Arts et des Lettres en présence de toutes les chaînes de télévision congolaises. Ce prix je l’ai mérité, par mon entêtement à faire du théâtre un espace du débat social, un lieu de résistance contre toutes formes de léthargie et de politique d’endormissement. C’est pour ce même combat que, quelques jours avant, le 14 Juillet, la France me faisait Chevalier des Arts et des Lettres dans le jardin de la Case de Gaulle. Ce que je combats, avec et par le théâtre, m’oblige comme hier à m’insurger contre cette politique que vous tenez tant à faire persister.

Quels citoyens sommes-nous si nous sommes incapables de défendre des valeurs en lesquelles nous croyons et qui garantissent la souveraineté du peuple et son bien-être. Maintenant, je m’en vais m’adresser au peuple, de quelque horizon que soient les personnes qui composent cette force humaine. Et je dis : « Frères, il nous faut sortir de la peur et de la médiocre conception de la mort qui n’est que l’émission d’une terreur qui avait été mise en place par une politique de non-respect de droits de citoyen pour tuer la pensée ». Refusons cet éloge de la servitude volontaire. N’ayons pas l’âme aussi faible pour nous faire acheter avec de l’argent. Nous ne sommes pas du bétail. C’est fini, la traite négrière. Nous ne pouvons accepter une fois de plus de continuer à nous vendre entre nous et à nous faire acheter pour de l’argent ! À tuer notre peuple et notre avenir pour de l’argent. Montrons aux yeux du monde que nous valons plus que ça ! Que nous sommes des personnes – Nous sommes des BANTOUS ! -, que nous sommes au-dessus de la conception « prostitutionnelle » de l’argent ! Nous ne pouvons quand même pas vendre le pays à la corruption, par la corruption, pour la corruption, en échange de trois deniers.

Ne massacrons pas notre avenir. Ne bradons pas notre existence. Ne spolions pas le destin de nos enfants. Ne prostituons pas le pays ! Il ne peut pas être acceptable que des mascarades d’élections puissent au nom de toutes les corruptions possibles obstruer la voie (et la voix) à la raison, et qu’ensemble nous puissions rester pantois face à ce simulacre désobligeant ! Nous ne sommes pas tous des Néron pour contempler Rome en train de brûler, avec le visage empli d’extase. Nous ne sommes pas venus sur terre pour faire l’apologie de la violence de l’argent ni de celle des armes avec son terrorisme apocalyptique. Nous ne voulons pas la guerre comme nous ne voulons pas que les pouvoirs nationaux ou internationaux continuent à signer l’acte de décès de notre nation pour des intérêts, pour de l’argent couvert de sang ! Respectez-vous !

Respectez-nous ! Respectons-nous ! Peuple congolais, commence par te respecter toi-même ! Ça ne se monnaie pas l’intégrité ! Nous ne pouvons pas laisser vivre le Congo dans cet état honteux des choses ! Ce combat nous concerne tous, Congolais, Africains, Européens, Américains, Asiatiques, Australiens, à l’ère de la mondialisation, car les conséquences des choix économiques, politiques et culturels fondés sur la terreur et le non-respect des lois, nous les vivons tous. C’est bien malheureusement ce qui caractérise aujourd’hui les grandes crises que traverse le monde et que les sept milliards de voisins que nous sommes, subissons ! Prenons tous nos responsabilités face à l’Histoire.

Le grand poète congolais Sony Labou Tansi disait : « Nous venons au monde pour nommer. Gare à celui qui nommera sa honte ou sa propre perte ! »

Monsieur le Président, je vous ai parlé en parlant au peuple car on ne peut être premier citoyen que par le peuple et pour le peuple. Et le peuple a son dernier mot : SASSOUFIT !

Dieudonné Niangouna est auteur, metteur en scène, comédien.

Directeur du Festival International de Théâtre Mantsina sur scène à Brazzaville. Chevalier des Arts et des Lettres Français. Grand Prix des Arts et des Lettres du Congo Brazzaville.
Festival « Mantsina sur scène », du 10 au 30 décembre, à Brazzaville et à Pointe Noire.

Jean d’Ormesson : lettre ouverte au président de la République et aux «Attila» de l’éducation

mai 10, 2015
Jean d'Ormesson

Jean d’Ormesson

FIGAROVOX/EXTRAIT – Jean d’Ormesson écrit au président de la République au sujet de la réforme du collège. Il lui demande de ne pas laisser dépérir nos biens les plus précieux : notre langue, notre littérature, notre culture.

Monsieur le président de la République,

Plus d’une fois, vous avez souligné l’importance que vous attachiez aux problèmes de la jeunesse, de l’éducation et de la culture. Voilà que votre ministre de l’Éducation nationale se propose de faire adopter une réforme des programmes scolaires qui entraînerait, à plus ou moins brève échéance, un affaiblissement dramatique de l’enseignement du latin et du grec et, par-dessus le marché, de l’allemand.

Cette réforme, la ministre la défend avec sa grâce et son sourire habituels et avec une sûreté d’elle et une hauteur mutine dignes d’une meilleure cause. Peut-être vous souvenez-vous, Monsieur le président, de Jennifer Jones dans La Folle Ingénue? En hommage sans doute au cher et grand Lubitsch, Mme Najat Vallaud-Belkacem semble aspirer à jouer le rôle d’une Dédaigneuse Ingénue. C’est que son projet suscite déjà, et à droite et à gauche, une opposition farouche.

On peut comprendre cette levée de boucliers. Il y a encore quelques années, l’exception culturelle française était sur toutes les lèvres. Cette exception culturelle plongeait ses racines dans le latin et le grec. Non seulement notre littérature entière sort d’Homère et de Sophocle, de Virgile et d’Horace, mais la langue dont nous nous servons pour parler de la science, de la technique, de la médecine perdrait tout son sens et deviendrait opaque sans une référence constante aux racines grecques et latines. Le français occupe déjà aujourd’hui dans le monde une place plus restreinte qu’hier. Couper notre langue de ses racines grecques et latines serait la condamner de propos délibéré à une mort programmée.

Mettre en vigueur le projet de réforme de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ce serait menacer toute la partie peut-être la plus brillante de notre littérature. Montaigne et Rabelais deviendraient vite illisibles. Corneille, Racine, La Fontaine, Bossuet changeraient aussitôt de statut et seraient difficiles à comprendre. Ronsard, Du Bellay, Chateaubriand, Giroudoux ou Anouilh – sans même parler de James Joyce – tomberaient dans une trappe si nous n’apprenions plus dès l’enfance les aventures d’Ulysse aux mille ruses, si nous ignorions, par malheur, qu’Andromaque est la femme d’Hector, l’adversaire malheureux d’Achille dans la guerre de Troie, si nous nous écartions de cette Rome et de cette Grèce à qui, vous le savez bien, nous devons presque tout.

Les Anglais tiennent à Shakespeare, les Allemands tiennent à Goethe, es Espagnols à Cervantès, les Portugais à Camoens, les Italiens à Dante et les Russes à Tolstoï. Nous sommes les enfants d’Homère et de Virgile- et nous nous détournerions d’eux! Les angoisses de Cassandre ou d’Iphigénie, les malheurs de Priam, le rire en larmes d’Andromaque, les aventures de Thésée entre Phèdre et Ariane, la passion de Didon pour Énée font partie de notre héritage au même titre que le vase de Soissons, que la poule au pot d’Henri IV, que les discours de Robespierre ou de Danton, que Pasteur ou que Clemenceau.

Lefigaro.fr par Jean d’Ormesson

Lettre ouverte à Giulia

novembre 4, 2011

Chère Giulia Sarkozy,

Te voilà dans un beau pétrin. Tu n’as pas un mois et déjà les médias ne jurent que par toi. Car oui, tu es un spécimen unique en France, premier bébé présidentiel et fruit d’un couple pas comme les autres. Du moins c’est ce que l’on dit. Et c’est vrai qu’en apparence, qui aurait crû Nicolas Sarkozy, petit et avocat de formation, s’unir avec Carla Bruni, ex top model et chanteuse bohème ? Pas moi en tout cas. Mais te voilà avec ton doux prénom à consonance italienne, Giu-lia. On n’a pas encore vu ton minois mais déjà on parie sur toi. Car tu as tout à gagner Giulia… si tu ne fais pas n’importe quoi.

Heureusement tes grands frères ont déjà fait office de cobayes. On peut donc te dire que pour gagner en popularité, tu ne rouleras pas en scooter. Tu ne te lanceras pas dans la politique, encore moins si tu décides de plaquer tes études après le bac. Tu bouderas les Djs. Et encore plus les rappeurs. Tu n’iras pas faire des affaires chez Darty.

Pour faire bonne figure, on te conseille un parcours dans l’est parisien. Une carrière d’artiste et une carte d’électeur dans le 18e arrondissement de Paris.

Vient ensuite la question de ton physique.

Comme Barack Obama l’a si bien dit lors du G20 à Cannes cette semaine, on espère que tu tiendras davantage de la Première dame. Personne n’est dupe. Si tu t’appelles Sarkozy et que tu es petite et boudinée, ça sera dur. Très dur. Les grandes maisons parisiennes se mordront les doigts lorsque tu porteras leurs créations, les tabloïds te compareront à ta maman Carla, ex-mannequin ne l’oublie pas. Qui, on l’espère pour toi, sera alors trop âgée pour emporter le match. Un tableau difficile à imaginer.

En fait Giulia, on t’imagine bien dans la peau de la nouvelle Suri Cruise. Un peu peste devant les photographes, accro au shopping à l’heure où tes premières dents de lait tomberont, égérie dès l’âge de 13 ans puis mannequin et reine du bénévolat. Jeune et jolie. Classe. Mais ça, c’est seulement si tu ne fais pas n’importe quoi. Et si tu squeezes la crise d’ado et ce qui va avec. Tu imagines ? Rébellion dans la famille Sarkozy ? Ce serait une grande première. En même temps, c’est ton truc les premières ? Non ?

Affectueusement

Lettre ouverte de l’Abbé Brice Bahouamio aux Evêques du Congo-Brazzaville

août 20, 2011

Excellences Pères Évêques,

Je tiens tout abord à m’excuser de quelques imperfections orthographiques que pourrait contenir ce texte à cause du clavier anglais que j’utilise. J’implore également votre indulgence d’avoir choisi les colonnes de « Nerratis-Press » pour vous adresser cette lettre dont la confidentialité serait peut plus idéale. J’avoue que j’ai fait flèche de tout bois pour obtenir l’adresse e-mail de la « conférence des Évêques du Congo », mais en vain. Cela soit dit.

A l’heure ou le Congo vient de célébrer le 51eme anniversaire de son accession à l’« indépendance », je ne puis me contenter de ma situation présente sans pour autant me prononcer sur l’avenir de notre nation a laquelle tout fils modèle de la glaise de son sol, reste redevable. Nous sommes tous redevables à cette terre qui nous a portée dans son sein, nous a nourri de ses mamelles et a gouverné nos premiers pas. Nous lui sommes redevables parce que le « Dieu Père », créateur de l’univers, nous a placé sous ce coin du ciel pour y travailler afin de hâter l’avènement de son Royaume. Nous lui sommes redevables parce qu’elle est un héritage de nos ancêtres, de ceux-la même qui n’ont ménagé la moindre goutte de leur sang pour libérer notre pays des chaînes de la « servitude », de la « traite négrière », du « colonialisme » et du « marxisme léninisme ». Je pense de façon spéciale à Kimpavita, à André Grenard Matsoua et ses compagnons, à Boueta Mbongo, à Mabiala Ma Nganga, à Mama Ngounga, à l’Abbé président Fulbert Youlou, le père de notre « indépendance », a Monseigneur Mbemba Théophile notre premier Évêque autochtone, au Cardinal Émile Biayenda qui nous a légué un témoignage immortel de sainteté, à Monseigneur Benoît Gassongo, à Monseigneur G. Poaty, à Monseigneur Batantu Barthélemy incarnation de la « sagesse Kongo », à Monseigneur Ernest Kombo dont la bravoure et l’engagement politique et social pour la défense des droits des opprimes inspirent les générations futures. Je ne saurais clore cette litanie sans témoigner une pensée pieuse a tous les martyrs de notre pays, à tous ces fils et filles du Congo à genou et humiliés. Je m’incline pieusement devant la mémoire fraîche des disparus du beach et des charniers du Pool et de toutes les contrées de notre pays. Mention particulière à vous Pères Évêques, héritiers d’une riche tradition de sacrifices et de victoires. Dieu vous a voulu la à cet instant de notre histoire pour mener à son achèvement l’œuvre de vos prédécesseurs. Et moi, qui ne suis qu’un nain juche sur les épaules de ces géants de notre histoire. Je viens donc par ici m’acquitter de mon devoir comme fils de cette mère patrie qui n’attend de sa progéniture qu’un devoir de reconnaissance car « wa dia fua yika dio (l’héritage se fructifie) », nous disent les ancêtres.

Chaque anniversaire étant une occasion à la fois de faire le bilan et de dégager les perspectives, je voudrais partager avec vous Pères Évêques quelques réflexions sur l’état d’esprit de notre église locale face à la dégradation de la situation sociopolitique, économique et religieux de notre pays. Cette réflexion est un exercice de prospection de nous-mêmes qui s’impose à chaque citoyen de notre pays, mais surtout à ceux-la qu’incombe la charge de conduire les âmes surtout dans le contexte actuel de grands traumatismes et souffrances causes à notre peuple qui n’aspire qu’a vivre son bonheur comme créature et fils de « Dieu », comme sujet à part entière de l’humanité, et non pas comme simple objet et spectateur de son propre destin. Bien avant tout permettez-moi, Messeigneurs, de vous dépeindre en quelques mots les abus et injustices qui, dans notre pays, ne laissent personne indiffèrent. Le Congo notre pays donne l’image d’une nation sans loi ni foi.

Sur le plan politique, c’est le retour au galop du monopartisme, de la dictature à l’état pur et simple sous les oripeaux d’une fausse démocratie avec des violations de droits de l’homme, le musellement de l’opposition, des syndicats et de toutes les « forces vives » de la nation, avec une constitution taillée à la mesure d’un individu qui en dispose les remaniements selon ses humeurs sans s’inquiéter de personne. Le tout couronne par un totalitarisme sans précèdent avec des arrestations, des enlèvements et assassinats arbitraires et sans procès.

Sur le plan économiques, notre pays n’a jamais été aussi béni qu’actuellement. Mais à qui profite toute cette richesse exploitée au quotidien ? C’est bien sur à une famille, à un « clan », à un « lobby » mafieux et occultiste, tandis que le gros du peuple croupit dans la mendicité, la pauvreté éhontée, la prostitution, la débrouillardise, etc. Au Congo, nul donc n’a accès au bonheur s’il n’est pas parent, membre du « clan » ou du « lobby ».

Sur le plan social c’est bien la division entre les fils d’un même pays. Division due à la marginalisation de certains peuples par le pouvoir de Brazzaville qui l’instrumentalise pour asseoir et assouvir sa dictature. Toujours sur ce dernier plan, on ne saurait oublier les pénuries d’eau potable et d’électricité devenues des denrées rares dans un pays arrose par des cours d’eaux non de moindre importance. On ne saurait non plus ignorer ces étendues et ces édifices d’immondices qui jonchent rues et avenues, vous offusquent la vue et sont devenues des quartiers généraux des mouches, cafards et moustiques tous agents vecteurs de toute sorte de maladies qui tuent au quotidien le peuple congolais. Cette division sus-mentionnée n’épargne pas l’« armée congolaise » devenue clanique avec plus de 99 pour cent d’officiers supérieurs tous d’un même bord régional et ethnique. Sur le plan religieux c’est la marginalisation et la persécution des chrétiens. En effet, il n’est plus aise à un chrétien de se faire embaucher au Congo ou d’occuper les hautes fonctions de l’administration. Ce privilège est réserve aux seuls inities, entendu ici aux « franc-maçons ». Ce qui conduit nombreux de nos fidèles laïcs a renoncer a leur foi chrétienne pour se faire de la place au soleil. Au regard de tout cela quelle est alors l’attitude de l’église ? Que dit l’église des contrats compromettants que le régime de Brazzaville est en train de signe sans le moindre état d’âme ? Contrats qui lient notre pays aux sociétés chinoises et occidentales dont la durée se chiffre en terme de siècles. Contrats et dettes que nos enfants ne pourront jamais rembourser mais au contraire les rendront esclaves. Que dit l’église face à l’hypothèque, au bradage de nos sols, sous-sol, forets et minerais devenus les propriétés de certaines puissances véreuses et sans cœur ? C’est le silence.

Oui Pères Évêques ! Face à toutes ces injustices qui oppriment et oppressent l’homme au quotidien, l’église, notre église se distingue par une léthargie dogmatique, un silence morbide et une indifférence légendaire. Dans un contexte comme bien sur celui de notre pays qui d’autre que l’église serait mieux place à défendre les droits des opprimes ? Quel plus grand courageux que nous dirait « non » à un pouvoir oppressif et sanguinaire ? Malheureusement l’église se contente de maigres prérogatives qui lui sont accordées aujourd’hui pour s’incliner et courber l’échine devant un pouvoir et un régime qui exploite et opprime le peuple au quotidien, s’abreuve du sang de nos pasteurs, et qui légitime l’« immoralité » comme vertu, avec des prestations « polygamiques » et « pédophiles » de ses dirigeants pour recycler et étancher leur libido sénile en perte de toute virilité de sorte que chez toute femme et jeune demoiselle en quêté d’emploi au Congo, la beauté et le corps font office de diplôme et de compétence comme critère de recrutement.

Dans cette nuit opaque et lugubre qui ne laisse filtrer la moindre étincelle d’espoir, des milliers de femmes et d’hommes tout age confondu, a l’exemple de « l’ami importun » de la parabole de « Luc (911,5-8) », viennent frapper à la porte de l’église. Nombreux sont les Congolais, moi-même y compris, qui croient que l’église fournit une réponse aux bouleversements profonds qui troublent leur vie. L’église reste et demeure le seul repère de salut pour tout peuple abuse et appauvri. L’histoire de l’humanité illustre avec éloquence cette vérité. Dans une Europe vouée à la barbarie, au culte païen de l’infanticide, aux combats des gladiateurs, et à bien d’autres vices, il aurait fallu le courage des premiers chrétiens qui au prix de leur sang et vie ont hissé cet ancien empire romain au sommet de la civilisation en lui léguant un immense « trésor » spirituel, moral, culture et humain. L’Amérique du Nord, première puissance mondiale reste redevable au « protestantisme ». Et aujourd’hui l’Amérique latine est en train de renaître de ses cendre grâce à l’action de l’église fortement préoccupée par les conditions sociopolitiques, et économiques qui étouffent leurs peuples. Dans le passé et dans notre pays l’action de l’église a été aussi très significative. Pour s’en convaincre : l’« indépendance » de notre pays est le résultat de nos sacrifices, réclamés par le catéchiste André Grenard Matsoua, elle sera proclamée par l’Abbé Président Fulbert Youlou, un prêtre catholique. Nous ne saurons oublier les mérites de l’église pendant la « conférence nationale souveraine » de 1991 qui a vu sortir notre pays des tares du « monopartisme » pour l’inscrire dans le concert des nations démocratiques.

L’église est donc cette institution dont la conscience demeure en alerte dans une société ou tout sombre dans l’« immoralité ». Elle est cette force qui tient haut la flamme de l’espérance la ou tout sombre dans le fatalisme et désespoir. Elle est cette fontaine intarissable de foi ou viennent se désaltérer tous ceux-la accables par le doute de l’existence d’un Dieu sauveur, libérateur et ami des pauvres et des opprimes face un pouvoir qui les dépouillent de leur dignité de créatures et d’enfants de « Dieu ».

Malheureusement, l’une des plus grandes tragédies de notre histoire, est que l’institution qui devrait retirer les Congolais de l’humiliation, de l’injustice sociale et économique, cette institution par son silence coopère à créer et à perpétuer les souffrances du peuple. Trop souvent notre peuple s’est souvent entendu dire de la part de l’église : « la justice viendra, mais il faut laisser le temps travailler en votre faveur. Et donc patientez ». Or je reste persuadé que le temps en soi est neutre mais il revient à l’homme qui par son action de lui donner sa ponctuation et sa signification. De plus une justice trop attendue signifie refus de justice. Car jamais l’oppresseur, le dictateur n’accorde volontairement à ceux qu’il opprime la justice et la liberté. Il revient donc à l’opprimé et à toute personne imbue du sens élevé de justice et de moralité de les réclamer et de se battre pour les obtenir. La liberté n’est jamais spontanément accordée à quelqu’un. A ce sujet la page de l’histoire de l’humanité reste vide d’illustrations. Les classes privilégiées ne renoncent jamais à leurs privilèges sans y opposer une forte résistance. Je n’hésiterai pas d’exprimer ma crainte de voir l’église s’aligner sur ces classes privilégiées et prendre la défense du « statu quo », de telle manière qu’elle resterait indifférente au cri du pauvre et du malheureux. Mais l’église doit se souvenir qu’elle ne domine ni ne sert l’État, mais elle en est la conscience. Elle doit être guide et critique mais jamais instrument de l’état. L’église orthodoxe de Russie (sous les tsars) , et même catholique de l’Europe (sous la révolution) , nous ont donne un exemple très malheureux de cette coopération inextricable entre les deux pouvoirs. Au point, quand il s’est agi de se débarrasser de la monarchie en Europe et du régime corrompu en Russie l’on a été aussi obligé de se débarrasser aussi de l’église. Si donc notre église ne retrouve pas son ardeur prophétique d’autrefois, elle deviendra un club social inutile, sans autorité politique, morale et spirituelle et sa voix restera faible et sans échos. Si elle ne participe pas activement a la « lutte non violente » contre les maux sociopolitiques et économiques qui gangrènent notre pays, elle trahira la fidélité et la confiance de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont fondé en elle l’espoir de leur survie contre le régime oppressif de Brazzaville. Mais si l’église se libère des chaînes du silence, retrouvant sa grande mission historique, elle parlera et agira avec courage, et persévérance pour les droits des opprimés. Elle désillusionnera beaucoup des Congolais qui pensent que la « Franc-maçonnerie » serait plus forte et puissante que l’église. Elle arrachera du fatalisme et de la déception bien des consciences qui ne croient plus en la puissance liberatrice de la « croix du Christ » et de sa religion.

C’est dire tout compte fait, l’indépendance que nous venons de célébrer exige de nous Prêtres et Évêques du Congo d’énormes sacrifices. Peu en importe la nature. Même si c’est au prix de notre sang. Car sur l’humus des corps des martyrs tombent pour la défense d’une cause juste, germent toujours les grains de l’espérance des générations à venir. La génération qui se dérobe à ses devoirs reste définitivement débitrice de celles qui la suivent. Les grandes puissances sont passées par ces épreuves. Leurs générations actuelles jouissent de dividendes de luttes menées par leurs ancêtres. C’est la loi de nature à laquelle nous ne pouvons nous dérober. Je m’insurge donc ici contre tout argument des faibles et des lâches qui pensent et soutiennent que le Congo notre pays compte trop de morts. Cet argument arrange bien le dictateur qui s’en réjouit et n’hésite pas à exhiber ses massacres comme trophées pour dissuader et intimider quiconque s’opposerait à lui ou dirait non à sa gestion tribale et clanique, et aux tares de son régime. Pour la libération d’un peuple, la défense du droit de l’opprimé et la promotion de la justice sociale et économique pour une véritable paix, il n’y a jamais eu un sacrifice de trop. Si c’était bien le cas, le « Christianisme » n’aurait plus jamais enregistré d’autres martyrs après la crucifixion de son fondateur, Maître et Seigneur « Jésus Christ ». Le peuple noir d’Amérique avait bien compris cette règle d’or. En effet après deux siècles de lutte et de sacrifice, ces noirs ont élevé au rang d’« immortalité » celui à qui leur mémoire reste débitrice, le pasteur Martin Luther King dont le combat quarante années plus tard a hissé à la tête de la première puissance mondiale, un fils d’esclave, monsieur Barrack Obama. Le peuple Sud Africain mérite aussi droit de citer dans cet exemple de peuple qui ne recule devant aucun obstacle pour récolter les fruits délicieux de la justice et de la libération.

En conclusion, dans une Afrique vouée au culte de l’aîné qui a toujours raison et du cadet qui a toujours tort, je ne saurais ignorer les risques que je cours en vous adressant une telle lettre qui brave le registre de l’ordinaire. Nombreux peut-être m’accuseront d’imprudence. Et pourtant il n’y a pas que la prudence comme vertu morale mais il y a aussi le Courage. Ils m’accuseront d’« immaturité ». Et pourtant quelquefois la « sagesse » de « Dieu » peut aussi se révéler aux petits pendant que les sages en sont prives. Ils m’accuseront de folie. Et pourtant la « croix du Christ » est aussi folie pour les sages. Mais bref, sans prétention aucune, et comme sus-mentionné, je ne fais que m’acquitter de mon devoir car jusqu’à preuve de contraire je reste convaincu que notre génération ne doit pas seulement se reprocher les actes et paroles de ceux qui oppriment le peuple, mais aussi et surtout l’effrayant silence de l’église. De plus une forte conviction m’étreint les entrailles : jamais le Congo notre pays ne sortira de son cauchemar et calvaire sans l’implication active de l’église aux cotés du pauvre et de l’opprimé.

Abbé Brice Bahouamio
bricebahouamio@yahoo.fr

Source: Infopage Congo
Réseau: Nerrati-Press

Lettre Ouverte à Guy Brice Parfait KOLELAS

juillet 6, 2011

M.C.D.D.I. : DU SOUPCON à L’INQUISITION

Ton agenda caché se déroule comme le passage de la marchandise de contre bande, c’est à dire sans déclaration en douane. Tout part de toi et abouti à toi. Avant la mort du Président Bernard KOLÉLAS, il y a bien longtemps que tu manipulais déjà.

Tu t’es autoproclamé coordonnateur du parti à l’occasion d’une convention nationale du MCDDI, un organe qui n’a jamais existé jusque-là ; les statuts avaient été amendés au cours de cette dernière alors que cela est du ressort du Congrès. Le décor du putsch contre Bernard KOLÉLAS était en place. Est- ce le complexe d’œdipe ou tout simplement les turpitudes d’un rejeton déviant ?

Dans la même foulée, une réunion baptisée pompeusement Conférence Des Humanistes Africains CODEHA, curieux regroupement hétéroclite ou se juxtaposent socio-démocrates, libéraux et radicaux…, se tenait à Brazzaville.

Tu t’es fait nommer secrétaire exécutif en lieu et place de ton père qui était encore en vie. Aucune personne n’avait remarqué que le règne du Président Bernard KOLELAS était déjà terminé. IL ne décidait et ne contrôlait plus rien comme les anciens secrétaires généraux de l’Ex URSS, malades et impotents qui assistaient aux défilés militaires de plus de trois (3) heures à la tribune, soutenus et maintenus debout par des gardes cachés du public.

Tu as mis en place ta stratégie d’exhiber le Président Bernard KOLÉLAS partout pour faire croire qu’il était encore en pleine possession de ses facultés mentales. IL était difficile de l’approcher pour un entretien car ses trous de mémoire étaient devenus de plus en plus fréquents et prolongés.

Un homme était heureux de ce micmac, c’est Denis SASSOU NGUESSO qui avant d’accepter le retour de Bernard KOLÉLAS l’avait fait examiner par des médecins français qui avaient conclu que Bernard KOLÉLAS était très affaibli par la maladie et n’avait plus toutes ses facultés mentales ainsi que la combativité dont on pouvait lui reconnaitre.

Et c’est là que commence ton allégeance personnelle parce que tu avais assisté à cette séance macabre. SASSOU NGUESSO avait saisi cette occasion pour manipuler les militants et les sympathisants du MCDDI à travers ta personne.

Personne ne te connaissait politiquement au MCDDI sauf pour tes qualités de flambeur et de jouisseur impénitent sans état d’âme. Denis SASSOU NGUESSO avait compris que « chouchouté » et bien traité, tu étais facilement tenable et qu’il t’instrumentaliserait pour détruire le MCDDI tout en s’assurant que tu ne pourras jamais t’opposer à lui quel que soit le sujet.

Pour toi seul l’argent compte ; l’argent est ton Dieu, tu es prêt a tout pour thésauriser et « boukouter » parce que tu es un insatiable aux besoins immodérés. Comme si le temps t’était compté, tu ne disposes plus de temps pour mâcher, tu es passé au stade supérieur, tu te goinfres comme un animal affamé, tu avales machinalement.

SASSOU NGUESSO te tient et en profite pour te faire faire ce qu’il veut quand il le veut. Au gouvernement, il te laisse les coudées franches et tu peux tripoter les budgets qui sont alloués au ministère qu’il t’a confié avec une légèreté déconcertante. Tu finiras par égaler les habitués et grands maîtres du « boukoutage » comme Pierre MOUSSA, OKOMBI SALISSA, Henri NDJOMBO …

En contrepartie, au niveau du parti tu accomplis la partition, tu déstructures, tu déconstruis le parti (pas de réunion du bureau national ; le comité national au placard …) ; à la limite, tu ne convoques le conseil consultatif que pour avaliser les instructions et les conseils que tu reçois des tes « amis du PCT « .

Avec le recul, il apparaît clairement pourquoi tu t’es opposé vigoureusement et farouchement à l’intégration du Pasteur NTOUMI au MCDDI malgré l’avis et la disposition favorable du Président Bernard KOLELAS. Tes mentors avaient compris et tu as été amené d’anticiper parce que tu savais qu’avec la forte personnalité du pasteur NTOUMI, tu n’allais pas t’amuser à mettre le parti à genoux.

Les membres du conseil consultatif qui sont rentrés d’exil se connaissent et ne peuvent donc lever le petit doigt, tous se vautrent dans la corruption et la concussion. Donc aucune structure du parti ne doit fonctionner, il faut éviter le débat au sein du parti.

Le comité MCDDI France dérange, il est illégalement suspendu sans explication. Celui de Brazzaville n’existe pas, une forte personnalité à sa tête peut te faire ombrage. La chape de plomb sur le parti rappelle bien celle des « cama’membres » pour ne pas te faire oublier que tu es un ancien de l’UJSC et du Parti Communiste Français.

Tu n’as aucune vision globale, pas de message cohérent du parti qui reste muet sur toutes les questions sauf sur celles portant sur le soutien à SASSOU NGUESSO. Le recensement administratif ne t’interpelle pas parce que tu ne comptes que sur le quota que Denis SASSOU NGUESSO va t’octroyer aux législatives de 2012, et surtout que ton poste au gouvernement soit assuré. Alors plus rien ne t’intéresse.

Plus il y a des nécessiteux, des béni oui-oui, de griots autour de toi, moins tu dois croire que tu peux contrôler le MCDDI, ton réveil sera brutal. Le vent du Maghreb t’inquiète et pour ne pas perdre ta position acquise tu fais espionner les cadres du parti pour arrêter net et à temps toute velléité de lucidité et de revendication surtout à l’approche du débat sur la révision constitutionnelle.

Toute ton énergie est tournée vers l’argent que te verse l’homme de Mpila. Tu vas même jusqu’aux propositions macabres contre le parti avant même que Denis SASSOU NGUESSO n’y ait pensé.

Ce qui t’intéresse, ce sont les 10-15% que te versent les élus du parti, la subvention de l’État pour le fonctionnement du parti ; tu es allé jusqu’à percevoir la moitié du budget de fonctionnement du groupe parlementaire du MCDDI.

A travers ton directeur financier, tu gère toi-même et seul les fonds du parti. Tu es descendu très bas en allant jusqu’à réquisitionner le véhicule de fonction de ton suppléant qui siège à l’assemblée nationale. Le pauvre député ne peut donc pas faire la tournée de sa circonscription pour rendre compte aux électeurs.

La plupart de ceux qui sont autour de toi ne sont que des figurants ou des potiches. Quand tu as voulu t’imposer en tant qu’intellectuel, tu as vite déchanté connaissant tes limites et tu t’es tourné vers le spiritisme, sphère que tu veux instrumentaliser pour manipuler les militants et sympathisants du parti.

Mais tu sais toi même que tu n’as pas d’ascendant sur les hommes et la nature, alors tu te confies aux gourous et aux féticheurs de toutes sortes.

Un an et demi après la réunion de janvier 2010, et les écrits sur ton dos, tu ne changes pas. En réalité tu ne peux pas changer, ta duplicité va te perdre. Si tu peux encore abuser du MCDDI, tu n’échapperas aux griffes de Denis SASSOU NGUESSO qui te tient à l’œil dans le contrat que tu as passé avec lui. Aujourd’hui tu dois réaliser qu’après avoir fait main basse sur le parti, tu n’arrives pas à le tracter et que tu ne pourras pas indéfiniment te moquer des militants et sympathisants.

Tu devrais à tes heures perdues, comprendre la difficulté qu’il y a d’être socialo-communiste et de vouloir hériter coute que coute d’un parti libéral même s’il s’agit d’un libéralisme tempéré.
Sémantiquement, organiquement et idéologiquement, tu sais que tu es plus proche du PCT et de Denis SASSOU NGUESSO que des idéaux du MCDDI et de ses sympathisants.

Le centralisme autocratique que tu as usité au MCDDI te sera plus profitable au PCT où tu serais à vraie ta place. Le congrès du PCT de juillet 2011 te donne une occasion inespérée de réconcilier ta nature et ta personnalité ; j’ose espérer que tes amis du PCT te donneront le poste de secrétaire général en lieu et place d’Isidore MVOUBA pour que tu dégage le plancher.

Le discours que tu distilles sur une prétendue mission que t’aurait donné Bernard KOLÉLAS, n’est que tissu noir cousu de fil blanc, c’est à dire un mensonge éhonté et grotesque.

Ni à Kinkala, ni à Abidjan, le président Bernard KOLÉLAS ne t’avait demandé et encore moins investi de la mission de poursuivre son combat politique ; dans tous les cas Bernard KOLÉLAS, ayant baigné dans la culture kongo savait que la continuité passe par le matriarcat. IL ne t’avait jamais formellement désigné comme successeur à la tête du MCDDI et encore moins pour que tu continues son combat ; le moment venu quelqu’un sortira bien des rangs pour continuer l’œuvre de André G. MATSOUA, Fulbert YOULOU et de Bernard KOLÉLAS.

Bernard KOLÉLAS t’avait parlé à Abidjan du combat exaltant qu’il avait mené et si d’aventure cela te tentait de t’engager ; la suite c’est que, tu as vite compris que t’approprier le MCDDI était un business pour que tu te la coule douce oubliant qu’il fallait que tu fasses tes preuves pour être accepté par les militants et sympathisants du MCDDI.

Il faut des grosses loupes pour te trouver des actes et positions reflétant l’idéologie du MCDDI.

– Aujourd’hui la fronde des cadres ainsi que des militants et sympathisants du parti n’est que la conséquence de la non reconnaissance de ton leadership.

– Aujourd’hui, maintenant et partout, les militants et sympathisants vivants du MCDDI disent non à ta basse gouvernance politique.

– Aujourd’hui, maintenant et partout, les militants et sympathisants morts du MCDDI disent non à ta gouvernance de caniveaux

– Aujourd’hui, maintenant et au-delà de MPEMBA, les BISSI KONGO te disent non.

Alors avant que tu ne sois mis à nu publiquement, il est temps pour toi de filer à l’anglaise peut-être pour éviter l’anathème et la malédiction que les BISSI KONGO réservent implacablement aux usurpateurs, aux imposteurs et aux délinquants à col blanc.

Le président Bernard KOLÉLAS paix a son âme, ne va pas se retourner dans sa tombe parce que son rejeton ne se serait pas comporté comme il fallait. D’ici là, tu dois te rappeler et méditer des paroles du vieux de GOMA TSÉ-TSÉ lors de ta descente dans cette localité : »tu prétends suivre la voie de ton père, nous sommes derrière toi, mais si tu tournes le dos à cette voie, tu ne nous trouveras plus derrière toi ».

Aux dernières nouvelles, après avoir pris connaissance de la stratégie électorale du PCT-RMP pour les prochaines élections législatives de 2012 dans le pool, tu serais aux abois et je t’assure que ça ne fait que commencer parce que le pire est devant toi.

Tant que ton mandat de député et le poste de ministre étaient assurés, tu étais tranquille, mais maintenant que le PCT a décidé de te virer de Kinkala tu dois surement commencer à te poser des questions sur ton avenir politique.

Pour toi, le MCDDI n’est devenu qu’un instrument d’enrichissement personnel. IL te permet d’empocher plus de dix millions(10000000) de francs CFA par mois en prenant en compte ton salaire de ministre, les cotisations des élus ainsi que la subvention que l’État accorde aux partis politiques sans compter les fonds spéciaux qui te sont donnés par le pouvoir pour le rôle que tu joues dans la destruction du MCDDI.

Ton manque de clarté dans la conduite des affaires du parti n’a d’égal que ta veulerie politique qui te prédisposait plus à un rôle de sous-fifre que celui de meneur d’hommes.

Ce n’est pas un hasard, donc si au lieu de négocier avec Denis SASSOU NGUESSO lui-même, tu acceptes d’être sous-traité et manipulé par Firmin AYESSA, Zéphirin MBOULOU…

Te sermonner ou te tirer fortement les oreilles, rien ne se fera parce que tu ne sais pas que la force d’un parti c’est son organisation, son animation au quotidien et le réchauffement idéologique en permanence.

Ce qui va t’arriver à Kinkala si tu perds l’élection législative est la conséquence des bêtises que tu accumules depuis que tu as détourné le parti de sa vocation. Le changement est proche et le MCDDI a un bel avenir sans toi…

Source: Patrick Eric Mampouya