Posts Tagged ‘Liban’

Liban : décès d’un baron de la politique, Michel Murr

janvier 31, 2021

Un vétéran de la politique libanaise, l’ex-ministre et député de longue date Michel Murr, est décédé dimanche 31 janvier des suites du coronavirus à l’âge de 89 ans, a rapporté l’agence nationale d’information ANI.

Considéré comme un des piliers de l’ancienne tutelle syrienne au Liban, le politicien et homme d’affaires grec-orthodoxe avait été plusieurs fois ministre tout au long des années 1990, au sortir de la guerre civile (1975-1990). Ex-ministre de la Défense puis de l’Intérieur, il avait notamment fait partie des gouvernements dirigés par Rafic Hariri, dont il a été le Vice-Premier ministre.

Né en 1932 dans un petit village de la montagne du Metn, il avait été élu plusieurs fois député pour cette région majoritairement chrétienne au nord-est de Beyrouth. Il lui est aussi arrivé de s’allier à la coalition parlementaire du général Michel Aoun, aujourd’hui président du Liban. Murr avait échappé en 1991 à un attentat pour lequel le chef des Forces Libanaises, Samir Geagea, autre baron de la politique libanaise, avait reçu une de ses nombreuses condamnations à la perpétuité.

Fin 1999, Murr devait diriger la délégation libanaise qui allait négocier avec le voisin israélien, à la veille du retrait de l’Etat hébreu du sud du Liban en 2000. Son fils Elias, gendre de l’ancien président prosyrien Emile Lahoud, avait par la suite pris le flambeau, devenant ministre de l’Intérieur puis ministre de la Défense.

Par Le Figaro avec AFP

Liban : une réfugiée syrienne tuée par une balle perdue

janvier 1, 2021

Une balle perdue a en outre creusé un trou dans un avion de la compagnie nationale Middle East Airlines, garé sur le tarmac de l’aéroport international de Beyrouth.

Une réfugiée syrienne au Liban a été tuée par une balle perdue lors de tirs en l’air pour célébrer le Nouvel An, a indiqué vendredi 1er janvier l’agence nationale d’information (ANI), un phénomène récurrent dans ce pays que les autorités peinent à endiguer.

Les décès causés par des balles perdues sont fréquents au Liban, où les civils tirent régulièrement en l’air en guise par exemple de célébrations ou d’acclamation d’un chef politique.

Selon ANI, la Syrienne est décédée «après avoir été touchée à la tête par une balle perdue dans un camp de réfugiés à Taybeh» dans la ville de Baalbek (est) où des habitants ont tiré en l’air pour célébrer la nouvelle année.

Une balle perdue a en outre creusé un trou dans un avion de la compagnie nationale Middle East Airlines (MEA), garé sur le tarmac de l’aéroport international de Beyrouth, après des tirs similaires à proximité, selon une source à la MEA. L’appareil, un Airbus A321neo qui fait partie d’une flotte de sept nouveaux avions livrés en 2020, nécessite désormais des réparations, a-t-elle dit à l’AFP.

Mise en garde

Appréhendant ces tirs, les Forces de sécurité intérieure (FSI) avaient dès jeudi spécifiquement mis en garde contre les célébrations par des tirs en l’air en avertissant que des balles perdues pourraient tomber à l’aéroport, «ce qui menacerait la sécurité de l’aviation (civile) et la vie des voyageurs».

Cela n’a pas empêché des tirs nourris dans plusieurs régions du pays pour accueillir le Nouvel An, comme en témoignent des photos et des vidéos publiées sur les réseaux sociaux.

Par Le Figaro avec AFP

L’ONU lance une collecte de 565 millions de dollars pour le Liban

août 14, 2020

Les Nations unies ont lancé vendredi un appel de fonds d'un montant de 565 millions de dollars en faveur du Liban.

Les Nations unies ont lancé vendredi un appel de fonds d’un montant de 565 millions de dollars en faveur du Liban. ALKIS KONSTANTINIDIS / REUTERS

Les Nations unies ont lancé vendredi un appel de fonds d’un montant de 565 millions de dollars en faveur du Liban, dix jours après l’explosion meurtrière qui a dévasté la ville de Beyrouth. Cette aide sera notamment destinée aux efforts de reconstruction succédant à la phase de première urgence dans la capitale. Il s’agit de financer la remise en état des hôpitaux et des écoles et de fournir un toit aux sinistrés, sans abri depuis l’énorme détonation au port, où étaient stockées des tonnes de nitrate d’ammonium.

«La tâche de reconstruire la vie des habitants et permettre la guérison d’une telle dévastation ne fait que commencer», a estimé à l’ONU Najat Rochdi, une coordinatrice de l’aide humanitaire à destination du Liban. Elle a appelé la communauté internationale à ne pas lésiner en mettant la main au portefeuille, en ayant particulièrement à l’esprit «l’incroyable générosité des Libanais vis-à-vis des réfugiés syriens et palestiniens».

L’explosion du 4 août, illustrant la corruption et la mauvaise gestion de responsables politiques libanais, a fait plus de 171 morts et 6.500 blessés et déclenché une colère de la rue face à laquelle le gouvernement du Premier ministre Hassan Diab a dû présenter sa démission.

Par Le Figaro avec AFP

Le Premier minitre libanais annonce sa démission du gouvernement

août 10, 2020

 

Quatre ministres s’étaient déjà retirés face au courroux des manifestants, qui crient «vengeance» depuis l’explosion ayant fait au moins 160 morts et des milliers de blessés la semaine dernière.

La pression devenait trop forte. Six jours après l’explosion qui a sinistré Beyrouth, le gouvernement a fini par tomber. Le premier ministre a annoncé à 19 h 30 qu’il présentait sa démission, affirmant avoir tout fait pour répondre aux aspirations au changement des Libanais, mais s’être heurté à un « mur très épais ». La catastrophe qui a frappé le pays n’est selon lui que le symptôme du « système de corruption qui étouffe et asservit l’État et ses institutions », a dénoncé Hassan Diab. Le président Michel Aoun a accepté sa démission mais lui a demandé d’expédier les affaires courantes en attendant la formation d’un nouveau gouvernement.

Les jeux étaient déjà faits dans la journée lorsque plusieurs ministres ont annoncé qu’ils jetaient l’éponge. La vague des démissions avait déjà commencé la veille de la détonation dans le port de Beyrouth, car cette catastrophe s’ajoute en réalité à une autre, antérieure, tout aussi dévastatrice pour le pays, à savoir la crise financière qui a éclaté au grand jour en octobre dernier. L’incapacité du gouvernement Diab à mettre en œuvre un plan de sauvetage est apparue au grand jour lorsque les négociations avec le Fonds monétaire international ont dû être interrompues : les options adoptées par le cabinet étaient désavouées par les tenants réels du pouvoir oligarchique qui est aux commandes du Liban depuis trois décennies.

Plusieurs centaines de manifestants étaient dans les rues de Beyrouth ce lundi alors que le premier ministre annonçait la démission de son gouvernement.
Plusieurs centaines de manifestants étaient dans les rues de Beyrouth ce lundi alors que le premier ministre annonçait la démission de son gouvernement. JOSEPH EID / AFP

Face à ces deux crises conjuguées, chacune d’une ampleur inégalée, quelque chose devait céder. Le Parlement faisant de la résistance – ni l’idée de raccourcir la durée de la législature, ni celle de la démission des principaux groupes parlementaires n’ayant été suivies -, le gouvernement était le fusible le plus facile. Sa formation, à la suite de la démission du premier ministre Saad Hariri sous la pression de manifestations géantes entamées le 17 octobre 2019, faisait déjà office de tentative de colmatage pour le système de pouvoir.

Conspuée dans la rue, la classe politique s’est alors fait représenter par des « technocrates » prétendument indépendants. Certains ministres l’étaient à titre individuel. Mais il est très vite apparu que les ficelles de l’exécutif étaient tirées en coulisses. « Je me suis battue sur plusieurs dossiers, mais nous étions confrontés à un système qui nous dépasse. Du plus petit au plus grand dossier que j’ai eu à traiter, j’ai acquis la conviction de la nécessité absolue d’une refonte du système politique libanais fondée sur un partage confessionnel du pouvoir. La démission du gouvernement ne résout rien en soi », déclare au Figaro, la ministre de la Justice démissionnaire, Marie-Claude Najm.

Les manifestations ont succombé à la violence.

Les manifestations ont succombé à la violence. ALKIS KONSTANTINIDIS / REUTERS

Professeur de droit respectée, elle a beaucoup déçu ceux qui réclament des réformes. « Je n’ai pas démissionné plus tôt car j’avais encore espoir de faire avancer les choses dans mon ministère. Après la catastrophe du 4 août, je me devais de ne plus accepter aucun compromis. » Avant de rendre son tablier, la ministre a transmis l’enquête sur la déflagration du port de Beyrouth à la Cour de justice, une cour d’exception présidée par un magistrat dont la probité n’a jamais été mise en doute, dans un pays où le pouvoir judiciaire est soumis à l’ingérence ostensible du politique. « J’espère que ce dossier permettra à la justice libanaise de regagner la confiance des Libanais, car nous ne pouvons pas nous en remettre à chaque fois à la justice internationale », poursuit Marie-Claude Najm, selon qui des experts français qui ont inspecté le site de l’usine AZF à Toulouse ont en tout cas été sollicités dès le début de l’enquête. De même que des experts français mandatés par le parquet de Paris, en vertu d’accords bilatéraux liés à la présence de ressortissants français parmi les victimes.

Manœuvres dilatoires

Pour l’instant toutefois, la défiance des citoyens est à son comble. D’autant que le scénario d’un véritable changement politique reste plus qu’incertain. « La question clé reste de savoir quand la multitude de groupes qui sont descendus dans la rue formera un mouvement politique en mesure, non pas de condamner le système de pouvoir criminel au Liban, mais d’imaginer et de travailler à en établir un autre », interroge le politologue Karim Makdessi.

L'explosion a soufflé une bonne partie de la capitale libanaise.
L’explosion a soufflé une bonne partie de la capitale libanaise. MAXAR TECHNOLOGIES / MAXAR via REUTERS

En attendant, des consultations parlementaires pour la formation d’un nouveau gouvernement vont débuter. « Le prochain cabinet devra être accepté de toutes les parties qui ont de l’influence au Liban, de Téhéran à Riyad en passant par Paris et Washington. Avec un mandat clair : des négociations avec le FMI, la réforme du secteur de l’électricité, et des élections anticipées », expose l’analyste Khaldoun el-Charif, directeur du site Lebanon 24. Autant dire que les manœuvres dilatoires continuent de prévaloir dans un système pour lequel, selon un connaisseur, « chaque jour qui passe est un jour de gagné ».

L'explosion a détruit la moitié de la ville de Beyrouth.
L’explosion a détruit la moitié de la ville de Beyrouth. THIBAULT CAMUS / AFP

Avec Le Figaro par Steve Tenré et AFP agence

Liban: démission d’un second membre du gouvernement, le ministre de l’Environnement

août 9, 2020

 

Après la ministre de l’Information, c’est au tour de Damianos Kattar, ministre de l’Environnement, d’annoncer son départ.

Damanios Kattar, en février 2020.
Damanios Kattar, en février 2020. AFP

Le ministre libanais de l’Environnement et du développement administratif, Damianos Kattar, a annoncé dimanche soir sa démission, devenant ainsi le second membre du gouvernement à le quitter après l’explosion meurtrière et dévastatrice du port de Beyrouth.

«Face à l’énorme catastrophe (…) et (…) un régime stérile qui a raté de nombreuses opportunités, (..), j’ai décidé de démissionner du gouvernement», a annoncé M. Kattar dans un communiqué. «En ce moment de douleur qui unit les Libanais, je vois de l’espoir dans la capacité de nos jeunes à faire progresser un nouveau Liban qui réponde à leurs aspirations et à leurs rêves».

Illustrant l’ampleur de la colère dans le pays, le Patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, a lui-même réclamé dimanche la démission du gouvernement et des législatives anticipées. Ces derniers jours déjà, plusieurs députés ont démissionné.

Samedi, des milliers de manifestants en colère contre la classe dirigeante accusée de corruption, d’incompétence et de négligence après l’explosion, ont pris d’assaut brièvement des ministères et défilé dans le centre-ville de Beyrouth pour crier vengeance. Ils ont brandi des potences de fortune symbolisant la rage à l’égard des dirigeants.

«La démission d’un député par-ci, d’un ministre par-là, ne suffit pas», a lancé lors de son sermon dominical le cardinal Béchara Raï, cité par son service de presse. «Il faut, par respect pour les sentiments des Libanais et en raison de sa gravissime responsabilité, avoir la démission du gouvernement tout entier, incapable de faire avancer le pays, et organiser des législatives anticipées, plutôt que d’avoir un Parlement qui n’exerce pas ses fonctions», a-t-il ajouté.

«C’est ce qu’on peut appeler un crime contre l’humanité», a lancé le patriarche maronite, qui jouit d’une influence importante, en évoquant la tragédie du port, réclamant une «enquête internationale» afin que tous les responsables de ce «massacre» rendent des comptes.

Pour tenter d’apaiser la colère de la rue, le Premier ministre contesté Hassan Diab a annoncé samedi qu’il proposerait des législatives anticipées et s’est dit prêt à rester au pouvoir «pendant deux mois», le temps que les forces politiques s’entendent.

Par Le Figaro avec AFP

Liban : les participants se sont engagés sur une aide de 250 millions d’euros

août 9, 2020

 

L’aide d’urgence collectée dimanche au cours d’une visioconférence coorganisée par la France et l’ONU pour le Liban après l’explosion qui a dévasté Beyrouth s’élève à un peu plus de 250 millions d’euros, a annoncé l’Elysée.

Le montant total de «l’aide d’urgence engagée ou mobilisable à brève échéance» est de 252,7 millions d’euros, dont 30 millions d’euros de la part de la France, a précisé la présidence française.

Par Le Figaro avec AFP

Départ d’un navire de la marine française chargé d’aide vers le Liban

août 9, 2020

Le porte-hélicoptères Tonnerre a quitté Toulon ce dimanche avec à son bord, des troupes du génie, des plongeurs-démineurs, des marins-pompiers et du matériel adapté.

Le porte-hélicoptères Tonnerre, au large de la Corse, en mars dernier
Le porte-hélicoptères Tonnerre, au large de la Corse, en mars dernier PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Le porte-hélicoptères de la marine française Tonnerre a quitté dimanche Toulon (Var) vers le Liban avec d’importants moyens matériels et humains pour aider aux opérations de déblaiement après la gigantesque explosion qui a dévasté une grande partie de la capitale libanaise.

Le navire, qui transporte quelque 700 militaires et plusieurs tonnes de fret, a appareillé du port de Toulon peu avant 19h30, a constaté un photographe de l’AFP. Il doit arriver au large du Liban jeudi, selon la Marine nationale.

«Il y avait une demande des Libanais pour des moyens de génie terrestre et sous-marin. Il y a donc à bord des équipes spécialisées dans le déblaiement avec le matériel adapté», a expliqué la capitaine de frégate Christine Ribbe, porte-parole de la préfecture maritime à Toulon.

Le Tonnerre transporte notamment «un groupement génie de l’armée de terre d’environ 350 hommes» ainsi «qu’un détachement de plongeurs démineurs de la Marine nationale avec des compétences de travaux sous-marins et d’investigation de zones portuaires» alors que le port de Beyrouth où a eu lieu l’explosion mardi n’est plus qu’un champ de ruines et que de nombreux quartiers ont été détruits.

La France envoie également à bord du Tonnerre «des capacités de reconnaissance des accès maritimes et de soutien hydrographie du Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM)», a précisé le ministère des Armées dans un communiqué. Des moyens amphibies de débarquement sont également à bord ainsi que deux hélicoptères militaires.

Les marins-pompiers de Marseille et les pompiers des Bouches-du-Rhône envoient à bord du Tonnerre plusieurs véhicules spécialisés pour aider leurs collègues libanais.

De l’aide alimentaire ainsi que des matériaux de construction (plâtre etc.) fournis par différents ministères français et par des entreprises privées seront également transportés par le porte-hélicoptères, a indiqué Mme Ribbe.

La France, qui a organisé une visioconférence internationale des donateurs dimanche, a mis en place un «pont aérien et maritime» afin d’acheminer plus de 18 tonnes d’aide médicale et près de 700 tonnes d’aide alimentaire vers Beyrouth. Plusieurs vols chargés de cargaisons d’aide sont déjà partis vers le Liban depuis mercredi.

Par Le Figaro avec AFP

Liban/Beyrouth : sous la pression des manifestants, le premier ministre propose des élections anticipées

août 8, 2020

Quelques jours après l’explosion du port, la foule se masse dans le centre-ville. Les manifestants ont pénétré le ministère des Affaires étrangères pour en faire le «quartier général de la Révolution», mettant le gouvernement sous pression.

 

Le samedi de la colère. Quatre jours après la terrible explosion qui a tué au moins 158 personnes, blessé 6000 autres et mis en ruine le port et une partie de la ville de Beyrouth, les Libanais se sont donné rendez-vous pour demander des comptes. Face à la pression de la rue, le premier ministre Hassane Diab a annoncé qu’il allait proposer des élections anticipées.

Dès 15 heures, heure locale (14 heures en France), des centaines de citoyens se sont retrouvés dans le centre. Comme sur la place des Martyrs, symbole de la contestation populaire depuis plusieurs mois, où environ 5000 manifestants, selon des premières estimations, demandent «le Jour du Jugement». Des potences y ont même été installées.

Un groupe de manifestants s’en est également pris au Parlement, jusqu’à tenter d’y pénétrer, rapporte l’agence Reuters. Ils ont été séparés par la police, qui a tiré des gaz lacrymogènes. Plus tard dans l’après-midi, peu après 18h, heure locale, une dizaine de manifestants ont réussi à pénétrer dans le ministère des Affaires étrangères, fortement touché par l’explosion de mardi. Les manifestants ont déclaré, en direct à la télévision libanaise, que ce ministère devenait le «quartier général de la Révolution».

Les manifestants sur le perron du ministère des Affaires étrangères, ont également suspendu des banderoles.

Les manifestants sur le perron du ministère des Affaires étrangères, ont également suspendu des banderoles. ELLEN FRANCIS / REUTERS

«Le peuple veut la chute du régime», «partez, vous êtes des assassins», «vengeance, vengeance, jusqu’à la chute du régime», plusieurs slogans sont scandés dans la ville à l’encontre du pouvoir. Selon l’AFP, le rassemblement reste majoritairement pacifiste, malgré quelques zones de tension. La Croix Rouge libanaise fait état de 110 personnes blessées au cours de la journée, dont 32 emmenées à l’hôpital.

Au même moment, le gouverneur de la ville, Marwan Abboud, était pris pour cible. Après quelques instants de discussion avec des manifestants, il est entré dans sa voiture, qui s’est retrouvée poursuivie et caillassée sur les premiers mètres de son trajet. Sur son compte Twitter, l’armée libanaise assure comprendre «la profondeur de la douleur dans le cœur des Libanais» mais «rappelle aux manifestants l’obligation de préserver l’aspect pacifique du mouvement, d’éviter de barrer les routes et toute atteinte aux biens publics et privés». Depuis l’explosion, près de 300.000 habitants sont sans-abri.


Les forces de l'ordre ont tiré du gaz lacrymogène, à proximité du Parlement.
Les forces de l’ordre ont tiré du gaz lacrymogène, à proximité du Parlement. THAIER AL-SUDANI / REUTERS

Ce samedi, plusieurs députés ont rendu leur mandat, suivant ainsi d’autres membres du Parlement, plus tôt dans la semaine. Selon eux, le temps est venu de bâtir un «nouveau Liban». «Le peuple libanais doit prendre une position historique. Un nouveau Liban doit émerger sur les ruines de l’ancien, que vous représentez», a déclaré Samy Gemayel, chef du parti Kataëb, un groupe chrétien de l’opposition, lors des obsèques de Nazar Najarian, secrétaire général du parti, tué dans l’explosion du port. «J’invite tous les députés qui ont de l’honneur à démissionner pour que le peuple puisse décider de ses gouvernants», a ajouté Samy Gemayel.

Demain, dimanche, une visioconférence des donateurs en soutien au Liban sera organisée. Co-organisée par l’ONU et la France, le président américain Donald Trump y participera également. Elle aura lieu à 14h.

Des manifestants libanais, le 8 août 2020.

Des manifestants libanais, le 8 août 2020. HANNAH MCKAY / REUTERS 

Avec Le Figaro par Pierre Zéau

 

Explosions à Beyrouth : le Mozambique nie avoir eu connaissance de l’arrivée du navire chargé de nitrate d’ammonium

août 8, 2020

 Des libanais portent un blessé après la double explosion du 4 août.

Des libanais portent un blessé après la double explosion du 4 août. © Hassan Ammar/AP/SIPA

 

Les autorités portuaires du Mozambique ont officiellement nié jeudi avoir eu connaissance du navire et de sa cargaison de nitrate d’ammonium qui a explosé à Beyrouth, faisant au moins 137 morts et 5 000 blessés. Des sources libanaises assurent que le bateau était à l’origine en route vers le port mozambicain de Beira.

Une source de sécurité libanaise a assuré qu’en 2013, le Rhosus, battant pavillon moldave et venant de Géorgie, a fait escale à Beyrouth alors qu’il était en route pour le port mozambicain de Beira. Il transportait 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, un produit qui peut entrer dans la composition de certains explosifs à usage civil, mais également être utilisé comme engrais. C’est l’explosion de cette cargaison qui, selon les premiers éléments de l’enquête a provoqué le drame qui a coûté la vie à au moins 137 personnes et causé plus de 5 000 blessés à Beyrouth.

« Les autorités portuaires de Beira n’étaient pas informés de l’arrivée du Rhosus », a cependant indiqué le port de Beira dans un communiqué, ce jeudi, ajoutant que « l’arrivée d’un navire dans ce port est annoncée de 7 à 15 jours à l’avance ».

Un haut responsable du port de Beira, qui a demandé à rester anonyme, a cependant indiqué à l’AFP que « bien que la destination du navire était Beira, la destination finale de la cargaison n’était pas le Mozambique mais le Zimbabwe ou la Zambie parce que le nitrate d’ammonium sert à fabriquer des explosifs pour l’industrie minière ». « Et apparemment ce type de nitrate d’ammonium n’était pas celui utilisé dans l’agriculture (comme engrais) mais dans l’industrie minière », a-t-il poursuivi.

Arrivé à Beyrouth en 2013

Selon le site Marine Traffic, le navire est arrivé le 20 novembre 2013 dans le port de Beyrouth et n’est jamais reparti. Il avait rencontré des problèmes techniques. D’après des sources sécuritaires libanaises, alors que le Rhosus était en transit à Beyrouth, une firme libanaise aurait porté plainte contre la compagnie à laquelle le bateau appartenait, poussant la justice locale à saisir l’embarcation. La cargaison a été placée dans le hangar numéro 12, consacré aux marchandises saisies. Quant au bateau, endommagé, il a fini par couler.

En juin 2019, la sûreté de l’État, un des plus hauts organismes de sécurité au Liban, a lancé une enquête sur cette cargaison, après des plaintes répétées sur des odeurs nauséabondes qui émanaient du hangar. Dans son rapport, elle a signalé que l’entrepôt contenait « des matières dangereuses qu’il est nécessaire de déplacer ». Elle a aussi indiqué que les parois de l’entrepôt étaient lézardées, ce qui rendait un vol possible, et recommandé qu’il soit réparé

La direction du port, qui était au courant du caractère dangereux des produits, a finalement envoyé des ouvriers colmater les fissures de l’entrepôt. Ces travaux, selon les sources de sécurité, auraient été à l’origine du drame.

Le nitrate d’ammonium est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés, et a causé plusieurs accidents industriels dont l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en France en 2001.

L’équivalent de 1 200 à 1 300 tonnes de TNT

Vue de Beyrouth le 5 août 2020, au lendemain des explosions survenues dans le port de la capitale.
Vue de Beyrouth le 5 août 2020, au lendemain des explosions survenues dans le port de la capitale. © AP SIPA /Hussein Malla

Selon une autre source de sécurité, « la capacité de destruction de cette quantité de nitrate d’ammonium équivaut à entre 1 200 et 1 300 tonnes de TNT ». Après les explosions, le directeur des douanes, Badri Daher, s’est empressé de rendre publique une lettre qu’il avait adressée en décembre 2017 au procureur, dans laquelle il demandait comme dans des missives précédentes soit de transférer la cargaison à l’étranger, soit de la vendre à une compagnie locale, l’armée ayant affirmé n’en avoir pas besoin.

Selon Riad Kobaissi, un journaliste d’investigation libanais spécialisé dans les affaires de corruption et qui a beaucoup enquêté sur le port de Beyrouth, les services des douanes cherchent à se décharger de toute responsabilité. Soulignant qu’à la base il est interdit d’introduire de tels produits chimiques au Liban sans autorisation, il estime que cette affaire « met en lumière l’état de délabrement et la corruption au sein des douanes, qui assument en premier lieu, mais pas exclusivement, la responsabilité » du drame.

Par Le Figaro avec AFP

Beyrouth: le président libanais évoque un «missile» et rejette une enquête internationale

août 7, 2020

 

La terrible explosion ayant fait au moins 150 morts au Liban mardi pourrait être due «soit à la négligence, soit à une intervention extérieure», a déclaré Michel Aoun.

Le président libanais, Michel Aoun, a affirmé vendredi 7 août que la terrible explosion au port de Beyrouth était due «soit à la négligence, soit à une intervention extérieure», évoquant l’hypothèse «d’un missile».

«Il est possible que cela ait été causé par la négligence ou par une action extérieure, avec un missile ou une bombe», a déclaré le chef de l’État lors d’un entretien avec des journalistes retransmis à la télévision, trois jours après la catastrophe qui a fait plus de 150 morts. C’est la première fois qu’un responsable libanais évoque une piste extérieure dans l’affaire de l’explosion, les autorités affirmant jusqu’à présent qu’elle a été provoquée par un incendie dans un énorme dépôt de nitrate d’ammonium.

Michel Aoun a également rejeté toute enquête internationale, pourtant évoquée par Emmanuel Macron la veille, estimant qu’elle ne ferait que «diluer la vérité».

Images aériennes demandées à la France

Le chef de l’État, âgé de 85 ans, a ajouté avoir «personnellement» demandé jeudi au président français Emmanuel Macron qu’il a reçu au palais présidentiel «de nous fournir des images aériennes pour que nous puissions déterminer s’il y avait des avions dans l’espace (aérien) ou des missiles» au moment de l’explosion mardi.

«Si ces images ne sont pas disponibles chez les Français, on demandera à d’autres pays», a ajouté Michel Aoun, violemment critiqué par la population qui dénonce l’incompétence des autorités et la corruption. Outre le nitrate d’ammonium, une substance explosive, le procureur militaire a évoqué la présence de «matériaux hautement inflammables et des mèches lentes» selon un communiqué.

Revoir un régime politique «paralysé»

Le président libanais a également jugé nécessaire de revoir un régime politique «paralysé», au lendemain d’une visite de son homologue français, Emmanuel Macron, qui avait appelé les responsables à «changer le système».

«Nous sommes confrontés à une révision de notre système basé sur le consensus car il est paralysé et ne permet pas de prendre des décisions qui peuvent être mises en œuvre rapidement: elles doivent être consensuelles et passer par plusieurs autorités», a estimé le président, conspué par une grande partie de l’opinion publique libanaise, encore plus après l’explosion effroyable au port de Beyrouth.

Par Le Figaro avec AFP