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Rokhaya Diallo : « La liberté d’expression est à géométrie variable en France »

février 24, 2015

Rokhaya Diallo : 'La déclaration du président du CRIF est ouvertement raciste et islamophobe.'
Rokhaya Diallo : « La déclaration du président du CRIF est ouvertement raciste et islamophobe. » © AFP

La militante et essayiste Rokhaya Diallo, fondatrice du collectif Les Indivisibles, se voit interdite de participer à un débat sur les violences faites aux femmes organisé dans la mairie du XXe arrondissement de Paris, le 3 mars prochain. Une décision qui émane de Frédérique Calandra, la mairie PS de l’arrondissement, qui se justifie en invoquant notamment la signature de l’intéressée au bas d’une pétition contre Charlie Hebdo… en 2011.

 

Jeune Afrique : La maire du XXe arrondissement de Paris, Frédérique Calandra, a refusé de vous voir participer à un débat qu’elle organise le 3 mars sur les violences faites aux femmes. Comment réagissez-vous ?

Rokhaya Diallo : Je suis affligée par le niveau de vulgarité de cette femme. C’est le premier sentiment qui me traverse. C’est de surcroît une décision totalement personnelle : des féministes sont conviées aux débats alors qu’elles ont eu des positions similaires aux miennes. Cela veut donc dire que c’est une vendetta personnelle. Je comprends parfaitement que Mme Calandra ne partage pas mes idées, mais priver les habitants du 20e arrondissement de Paris d’un débat contradictoire sur le droit des femmes relève d’une décision arbitraire. Il faut savoir par ailleurs que Frédérique Calandra a exposé pendant un mois les photos de Michel Houellebecq dans sa mairie et qu’une polémique a été soulevée suite à une interdiction de parler arabe dans la même mairie. Il y a là peut-être les soubassements idéologiques qui ont présidé à une telle décision….

Pour justifier sa décision, la maire invoque notamment votre signature en bas d’une pétition contre le soutien à Charlie Hebdo en 2011. Que pensez-vous de cet argument ?

Ce n’est pas un argument recevable. La chercheuse féministe Christine Delphy fera l’objet d’une soirée au cours de laquelle sera projeté un documentaire sur son travail dans la mairie, alors qu’elle a aussi signé la pétition contre le soutien à Charlie Hebdo en 2011. Le débat auquel on m’a interdit de participer n’a rien à avoir les raisons qui ont justifié cette décision. Frédérique Calandra peut porter les accusations qu’elle veut, je n’ai rien commis d’illégal. Ses allégations sont ridicules. De plus, c’est une insulte aux 4 millions de français qui sont sortis défendre la liberté d’expression le 11 janvier dernier après la tuerie de Charlie Hebdo.

Est-ce que l’attitude de Frédérique Calandra est révélatrice de quelque chose de plus profond, au sein du PS ou de la société française ?

Non, je ne le crois pas. C’est une décision unilatérale mue par une hostilité personnelle. Madame Calandra est connu pour gérer sa mairie de manière très autoritaire… Cela est regrettable que des élus prennent la République en otage pour imposer leurs idéologies. Le principe de neutralité en est altéré.

Par ailleurs, le président Hollande a employé lundi soir au Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) le terme « Français de souche, comme on dit », en parlant des auteurs des profanations des tombes juives à Sarre-Union. Qu’est-ce que cette expression vous inspire, dans son contexte ?

J’aurais préféré que le président de la République rappelle au président du CRIF les valeurs de la République après ses déclarations qui amalgament antisémitisme et islam. Mais nous avons encore une fois assisté à la manifestation d’une liberté d’expression à géométrie variable : certains peuvent tenir des discours ouvertement racistes, sans être aucunement inquiétés, tandis que d’autres sont ostracisés. Cela est très préoccupant.

Justement, que vous inspire les propos de Roger Cukierman, le président du CRIF qui a déclaré lundi – avant de revenir sur ses propos – que Marine Le Pen était « irréprochable personnellement » sur la question de l’antisémitisme, et que les violences antisémites en France sont toutes « commises par des jeunes musulmans » ?

C’est une déclaration ouvertement raciste et islamophobe. Il n’y a pas de débat à avoir la dessus. Et le silence de la classe politique en dit long sur l’état de la liberté d’expression dans notre pays…

Jeuneafrique.com par Samir Hamma

Hollande défend la liberté d’expression après les manifestations contre les caricatures de Mahomet

janvier 17, 2015

Paris – François Hollande a défendu samedi la liberté d’expression, une des valeurs de la France, au lendemain des violentes manifestations dans de nombreux pays dénonçant les caricatures du prophète Mahomet publiées par le dernier numéro du magazine satirique Charlie Hebdo.

La France a des principes et des valeurs et ces valeurs c’est notamment la liberté d’expression, a insisté le président français en rappelant que ces pays, on les a soutenus dans la lutte contre le terrorisme.

Interrogé par des journalistes sur les drapeaux français brûlés lors de manifestations dans plusieurs pays, en particulier en Afrique, François Hollande a répondu: on n’en a pas terminé avec ces comportements là, et il faudra les punir, parce que quand ils se passent en France c’est intolérable, mais même aussi à l’étranger.

Le président de la République était en visite dans la ville de Tulle (centre) dont il a été l’élu, pour présenter ses vœux aux habitants de la région, une semaine après les attentats jihadistes qui ont fait 17 morts à Paris et ont notamment décimé la rédaction de Charlie Hebdo.

Je pense notamment à ces pays qui parfois ne peuvent pas comprendre ce qu’est la liberté d’expression car ils en ont été privés. Mais aussi, ces pays, on les a soutenus dans la lutte contre le terrorisme, et donc je veux leur exprimer toujours ma solidarité, mais en même temps, la France a des principes et des valeurs et c’est notamment la liberté d’expression, a-t-il ajouté.

De violentes manifestations ont rassemblé des foules nombreuses dans plusieurs pays tels le Pakistan, le Mali, le Niger (où 4 morts et 45 blessés ont été dénombrés à Zinder, la deuxième ville du pays), l’Algérie où le Sénégal pour dénoncer la publication par Charlie Hebdo, à la Une de son premier numéro après les attentats, d’une caricature du prophète Mahomet.

Romandie.com avec(©AFP / 17 janvier 2015 11h00)