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Libye : que faire des mercenaires ?

juillet 24, 2021
Lors de la révolution libyenne, des rebelles emmènent la presse interviewer les prisonniers qu’ils ont capturés lors des combats pour Benghazi.

Quelque 20 000 combattants sont invités par la communauté internationale à quitter le pays. Ils devront cependant répondre de leurs crimes devant des juridictions spécialisées.

Après une décennie de guerre civile, l’espoir de voir la Libye progresser vers la paix semble enfin permis. En ligne de mire après la signature, en octobre 2020, d’une trêve par les principaux protagonistes, l’organisation d’élections démocratiques avant la fin de l’année 2021. Reste cependant un défi majeur à relever dans ce conflit influencé par le contexte international : mettre fin aux ingérences étrangères.

Pas assez de départs

Cela passe par le retrait de Libye des mercenaires et des troupes étrangères, comme le prévoit le cessez-le-feu négocié sous l’égide des Nations unies, et comme l’exige le Conseil de sécurité.

Outre l’assistance financière et militaire de leurs alliés, les gouvernements rivaux de Fayez al-Sarraj [Gouvernement d’union nationale, GNA] et de Khalifa Haftar (gouvernement de Toubrouk, dit de la Chambre des représentants élus en 2014) s’appuient sur des milices et des groupes de combattants étrangers, dont des mercenaires. Les Nations unies estiment leur nombre à 20 000. Ils viendraient principalement de Russie, de Turquie, de Syrie, du Tchad et du Soudan.

Leur présence n’est pas officielle mais elle est confirmée par plusieurs médias et des experts de divers pays. Si les combattants syriens commencent à partir, selon des sources diplomatiques françaises, l’ONU juge les retraits annoncés d’autant plus insuffisants que la Turquie a envoyé ces dernières semaines 380 mercenaires supplémentaires.

Objectifs et statuts variés

La question du départ des combattants étrangers est complexe. Combien sont-ils exactement ? Sont-ils tous des mercenaires ? Comment et vers quelles destinations les faire repartir ?  Que prévoit le droit international à leur sujet ?

Le problème majeur que pose la demande onusienne tient à la multiplicité des statuts des combattants et des implications juridiques qui peuvent en découler. On retrouve ainsi de vrais mercenaires répondant aux critères définis par « la  Convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires », adoptée en 1989 par l’ONU pour pénaliser le mercenariat. Ils ne sont là que pour accomplir la mission pour laquelle ils sont payés et ne s’intéressent pas aux objectifs de ceux qui achètent leurs services ni à ceux de leurs adversaires.

Il y a aussi ces groupes jihadistes dont l’engagement n’est pas dicté par le seul appât du gain, mais aussi par des motivations idéologiques et par l’adhésion aux visées politiques de la partie pour laquelle ils combattent. Ces groupes ne relèvent pas des législations concernant le mercenariat mais des lois relatives à la lutte contre le terrorisme, dont il n’existe pas une définition juridique admise par tout le monde. En plus, ces lois sont pas appliquées de la même façon par tous les États à tous ceux qui commettent des actes terroristes.

Procès équitables

L’autre grande interrogation concerne le devenir de ces « mercenaires » et « combattants étrangers » appelés à quitter la Libye. S’il revient aux États qui les y ont fait venir de les récupérer, seront-ils poursuivis pour les crimes qu’ils ont commis ? N’est-ce pas une façon de les soustraire à la justice en attendant leur envoi éventuel vers d’autres champs de bataille ?

S’ils sont renvoyés dans leurs pays d’origine, y a-t-il des garanties qu’ils seront jugés pour leurs crimes et comment être sûr qu’ils ne seront pas appelés à accomplir ailleurs le même type de « missions » criminelles ?

S’il est légitime de la part des autorités libyennes de mettre fin à la présence de ces combattants dans le pays, ne serait-il pas plus juste de les remettre à des juridictions internationales ou, à défaut, à la justice du pays où ils ont commis leurs crimes, en exigeant des conditions de procès équitables leur garantissant un traitement humain respectant leurs droits, et de s’assurer qu’ils ne seront pas acheminés vers d’autres fronts ? Là est en définitive tout l’enjeu.

Avec Jeune Afrique par  Mohamed Chérif Ferjani

Professeur honoraire de l’université Lyon2, président du Haut conseil scientifique de Timbuktu Institute, African Center for Peace Studies

Amnesty international dénonce le traitement « atroce » subi par des migrants en Libye

juillet 15, 2021

L’ONG dénonce les politiques européennes de retour forcé de migrants vers la Libye, où ils sont enfermés dans des centres de détention où des violences sont commises en toute impunité.

Des migrants secourus attendent devant un bateau des gardes-côtes dans la ville de Khoms, dans le nord-ouest de la Libye, le 1er octobre 2019.
Des migrants secourus attendent devant un bateau des gardes-côtes dans la ville de Khoms, dans le nord-ouest de la Libye, le 1er octobre 2019. HAZEM AHMED / AP

Amnesty international a dénoncé le traitement « atroce » subi par des migrants interceptés en Méditerranée et envoyés de force dans des centres de détention en Libye, avec l’aide « honteuse » des Européens, dans un rapport publié jeudi 15 juillet.

Plongée dans le chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est devenue une voie privilégiée pour des dizaines de milliers de migrants, qui tentent de rejoindre l’Europe par la mer au risque de leur vie.

Les agences des Nations unies et les organisations non gouvernementales (ONG) opérant en Méditerranée dénoncent régulièrement les politiques européennes de retour forcé de migrants vers la Libye, où ils sont enfermés dans des centres de détention, dans des conditions très dures.about:

Dans son rapport, Amnesty International affirme qu’à la fin de 2020 la direction libyenne de lutte contre les migrations illégales (DCIM, dépendant du ministère de l’intérieur) a « légitimé » ces violations des droits humains en prenant le contrôle de deux centres de détention gérés par des milices, où des centaines de réfugiés et de migrants ont fait l’objet de disparitions forcées au cours de ces dernières années.

Torture, violences sexuelles, travail forcé

Dans l’un de ces centres, des témoins ont fait état de viols sur des femmes par des gardiens. Ces derniers les forçaient à avoir des relations sexuelles « en échange de nourriture ou de leur liberté », selon l’ONG.

« Ce rapport effroyable jette une nouvelle lumière sur les souffrances des personnes interceptées en mer et renvoyées en Libye, où elles sont immédiatement détenues arbitrairement et systématiquement soumises à des actes de torture, des violences sexuelles, au travail forcé et à d’autres formes d’exploitation, en toute impunité », a indiqué Diana Eltahawy, directrice régionale adjointe d’Amnesty pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. « Dans le même temps, les autorités libyennes ont récompensé ceux qui étaient (…) soupçonnés d’avoir commis de telles violations avec (…) des promotions », a-t-elle ajouté.

L’ONG a appelé les autorités libyennes à fermer « immédiatement » ces centres de détention. Elle a, par ailleurs, dénoncé « la complicité des Etats européens, qui continuent honteusement d’aider les garde-côtes libyens à capturer des personnes en mer et à les renvoyer de force dans l’enfer de la détention en Libye ».

Les Etats européens « doivent suspendre leur coopération sur les migrations et les contrôles des frontières avec la Libye », et aider « de façon urgente des milliers de personnes coincées là-bas et ayant besoin d’être protégées », a indiqué Amnesty.

Avec Le Monde avec AFP

Libye: l’ONU se félicite de la création d’une Commission de réconciliation

avril 6, 2021

Les autorités libyennes ont annoncé la création d’une commission de réconciliation nationale chargée de rétablir la paix sociale dans ce pays déchiré par des guerres fratricides depuis dix ans, une décision saluée mardi 6 avril par l’ONU.

L’envoyé spécial de l’ONU en Libye, Jan Kubis, s’est félicité de «l’annonce par le Conseil présidentiel de la création d’une Haute commission de réconciliation nationale», lit-on dans un communiqué de la Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul). Cette commission, dont la création a été annoncée lundi par le nouveau président du Conseil présidentiel libyen Mohamed el-Manfi, sera chargée «de jeter les bases d’un processus de réconciliation nationale pour promouvoir l’unité, la tolérance, la justice et les droits de l’Homme», selon la Manul.

Il s’agira notamment de «restaurer le tissu social parmi les composantes de la société libyenne» dans le cadre d’un «processus de réconciliation inclusif», dans le respect des droits humains, pour «garantir une paix, une stabilité, une unité et une prospérité durables», a souligné Jan Kubis. L’ONU est prête à «soutenir les autorités libyennes» dans ce sens, a-t-il ajouté.

Mohamed al-Manfi a annoncé lors d’une conférence de presse lundi à Tripoli la création de cette commission, «une étape que nous attendions tous (…) pour rassembler Libyens, pour réparer et rendre justice dans le respect des lois et des droits humains». Selon des médias libyens, les équipes de cette commission travailleront sur le terrain, dans les villes qui ont été le théâtre d’opérations militaires.

La Libye tente de s’extraire d’une décennie de conflit, depuis la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi, un chaos marqué par l’existence ces dernières années de pouvoirs rivaux, en Tripolitaine (Ouest) et Cyrénaïque (Est). Le Conseil présidentiel, composé de trois membres, a été désigné en février par 75 responsables libyens de tous bords réunis à Genève, qui ont également choisi Abdelhamid Dbeibah comme chef du gouvernement d’unité nationale.

Ensemble, ils devront oeuvrer à réunifier les institutions libyennes, lancer un processus de réconciliation nationale et, enfin, amener le pays à des élections présidentielles et législatives en décembre

Par Le Figaro avec AFP

Libye : le Conseil de sécurité de l’ONU réclame « le retrait des forces étrangères et des mercenaires »

mars 13, 2021
Les forces loyales au gouvernement d’accord national libyen (GNA) reconnu par l’ONU font défiler un camion de système de défense aérienne Pantsir de fabrication russe dans la capitale Tripoli le 20 mai 2020, après sa capture à la base aérienne d’Al-Watiya (base aérienne d’Okba Ibn Nafa) par les forces loyales à l’homme fort libyen Khalifa Haftar, basé dans l’est du pays.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a réclamé vendredi dans une déclaration approuvée à l’unanimité « le retrait sans plus tarder de toutes les forces étrangères et des mercenaires de Libye », en saluant la validation mercredi par le Parlement du nouveau gouvernement unifié.

« Le Conseil de sécurité appelle toutes les parties à appliquer pleinement l’accord de cessez-le-feu (du 23 octobre) et exhorte les États membres à respecter et à soutenir la pleine application de l’accord », précise cette déclaration.

Selon l’ONU, environ 20 000 militaires et mercenaires se trouvaient encore fin 2020 en Libye et aucun mouvement de retrait n’a été constaté à ce jour. « Le Conseil de sécurité appelle au plein respect de l’embargo des Nations unies sur les armes par tous les États membres, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité », indique aussi le texte.

Embargo violé

Cet embargo imposé depuis 2011 est violé régulièrement depuis des années selon les experts de l’ONU chargés de son contrôle. Leur prochain rapport annuel est attendu dans les jours à venir. Dans le passé, ces experts ont notamment dénoncé la présence en Libye de mercenaires russes, de troupes turques, et de groupes armés composés de Syriens, Tchadiens ou de Soudanais.

« Le Conseil de sécurité reconnaît la nécessité de planifier le désarmement, la démobilisation et la réintégration des groupes armés, la réforme du secteur de la sécurité et de mettre en place une architecture de sécurité inclusive et dirigée par des civils pour l’ensemble de la Libye », ajoute la déclaration.

Par Jeune Afrique avec AFP

Libye : le ministre de l’Intérieur sort indemne d’une tentative d’assassinat

février 21, 2021
Le ministre de l’Intérieur libyen, Fathi Bachagha, lors d’une conférence de presse dans la capitale Tripoli, le 28 juillet 2020.

Le puissant ministre de l’Intérieur libyen, Fathi Bachagha, est sorti indemne dimanche d’une tentative d’assassinat près de Tripoli, selon son entourage, une attaque qui fait craindre une reprise des violences en plein effort pour une transition politique.

Fathi Bachagha fait partie du Gouvernement d’union nationale (GNA) sortant de Fayez al-Sarraj, basé dans la capitale Tripoli et reconnu par l’ONU. Il était fortement pressenti pour occuper le poste de Premier ministre par intérim, finalement revenu le 5 février à Abdel Hamid Dbeibah, dans le cadre d’un processus politique parrainé par l’ONU.

Le convoi de Fathi Bachagha a été la cible de balles tirées à partir d’une voiture blindée à Janzour, à une douzaine de kilomètres de Tripoli, a indiqué son entourage. « L’escorte de police qui suivait le ministre a riposté. Deux des assaillants ont été arrêtés, le troisième a été blessé et transféré à l’hôpital. Le ministre va bien. »

Poids lourd politique

Fathi Bachagha, un poids lourd de la politique locale, revenait d’une visite de routine au siège d’une nouvelle unité de sécurité qui dépend de son ministère, d’après la même source.

Désigné en 2018 ministre de l’Intérieur, ce cacique de 58 ans a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, tout en menant une diplomatie active.

Dix ans après le soulèvement appuyé par l’Otan qui a renversé le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est toujours minée par les luttes de pouvoir, divisée entre deux autorités rivales, sur fond d’ingérences étrangères. Le GNA à Tripoli et des autorités parallèles dans l’Est liées à l’homme fort Khalifa Haftar.

Sécurité précaire

Le 23 octobre, les deux camps rivaux avaient signé un accord de cessez-le-feu permanent avec « effet immédiat », après des discussions à Genève sous l’égide de l’ONU.

Le 5 février, outre le Premier ministre par intérim, un Conseil présidentiel transitoire de trois membres a été désigné par un forum politique libyen en Suisse, pour assurer la transition dans l’attente d’élections annoncées pour décembre.À LIRE Libye : Khalifa Haftar peut-il faire son retour ?

Mais la tentative d’assassinat est venue rappeler que la situation sécuritaire reste précaire. Elle survient également alors qu’une relance du dialogue politique a ravivé les espoirs d’une fin des divisions et des violences.

Anniversaire de la révolution

Le 17 février, les Libyens ont célébré à Tripoli et d’autres régions de l’ouest du pays le 10e anniversaire du début de la révolution ayant renversé le régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Les autorités de l’Est, région contrôlée par le maréchal Haftar, n’ont tenu aucune célébration, pas même à Benghazi, berceau de la révolution et deuxième ville du pays.

Les ingérences étrangères ont aidé à alimenter l’animosité et les violences. Le GNA, installé en 2016 à Tripoli au terme d’un fragile processus onusien, est appuyé par la Turquie. Son rival, pouvoir incarné par Khalifa Haftar et implanté en Cyrénaïque (est), est soutenu par les Emirats arabes unis, l’Egypte et la Russie.

Les Libyens sont eux appauvris, privés notamment des revenus des plus importantes réserves d’or noir d’Afrique. Leur quotidien est ponctué de pénuries de liquidités et d’essence, de coupures d’électricité, avec une inflation galopante.

Avec Jeune Afrique par AFP

Libye : visite mouvementée de Bernard Henri-Lévy

juillet 26, 2020

La présence du philosophe français dans le pays a provoqué une controverse.

Le philosophe français, Bernard Henri-Lévy, très impliqué dans la décision française d’intervenir en Libye contre Mouammar Kadhafi en 2011, a provoqué une controverse après une visite mouvementée samedi 25 juillet dans l’Ouest libyen. Selon des sources locales, BHL a atterri samedi à bord d’un jet privé à l’aéroport de Misrata, à 200 km à l’ouest de Tripoli.

Selon un programme de visite publié par des médias libyens, dont l’authenticité n’a pas pu être vérifié, BHL devait rencontrer plusieurs responsables locaux et députés à Misrata avant de visiter la ville de Tarhouna (ouest) pour enquêter sur des charniers découverts dans la ville, après le départ des troupes du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est libyen. BHL devait être reçu dimanche par Fathi Bashagha, ministre de l’Intérieur du Gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par l’ONU et basé à Tripoli.

Intervenant brièvement sur la chaîne libyenne pro-GNA Libya Al-Ahrar, BHL a indiqué être venu en Libye «en tant que journaliste» pour un reportage pour le quotidien américain Wall Street Journal.

Persona non grata

Après son engagement auprès des rebelles en 2011, BHL a perdu de son aura et est devenu persona non grata pour de nombreux Libyens, notamment pour son activisme en faveur d’une intervention internationale en 2011, menée par la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

L’opposition à sa visite par une grande partie de l’opinion publique dans l’Ouest libyen est motivée aussi par les accusations du GNA contre la France soupçonnée d’avoir appuyé l’offensive de Haftar contre Tripoli, ce dont Paris se défend.

Samedi, des groupes pro-GNA ont affirmé avoir empêché le convoi de BHL d’entrer à Tarhouna, à 65 km au sud-est de Tripoli et dernier fief des pro-Haftar dans l’Ouest. Mais sur son compte Twitter, BHL a publié une photo de lui entouré d’une dizaine d’hommes en uniforme armés et encagoulés, affirmant être à Tarhouna.

Embarrassé, le bureau de Fayez al-Sarraj, chef du GNA, a démenti «tout lien» avec la visite de BHL et annoncé dans un communiqué avoir ouvert une «enquête» sur les circonstances de la visite, promettant des «mesures dissuasives» contre toutes les personnes impliquées dans l’organisation de la visite.

Par Le Figaro avec AFP

Libye: Macron et Sissi appellent à «la plus grande retenue» face aux risques «d’escalade militaire»

décembre 30, 2019

Les présidents français Emmanuel Macron et égyptien Abdel Fattah al-Sissi ont évoqué par téléphone «les risques d’une escalade militaire» en Libye, appelant «l’ensemble des acteurs internationaux et libyens (…) à la plus grande retenue», a annoncé la présidence française ce lundi 30 décembre.

«Ils ont exprimé leur volonté qu’un accord politique soit trouvé dans le cadre des Nations unies, dans le respect des principes agréés à Paris, Palerme et Abou Dhabi, afin de restaurer l’unité et la pleine souveraineté de la Libye », a ajouté l’Elysée.

Le président Recep Tayyip Erdogan a ouvert jeudi la voie à une intervention militaire turque directe en Libye en annonçant un prochain vote au Parlement sur l’envoi de troupes pour soutenir le gouvernement de Tripoli face à l’homme fort de l’est libyen Khalifa Haftar.

Emmanuel Macron et Abdel Fattah al-Sissi prônent «un accord politique dans le cadre des Nations unies, dans le respect des principes agréés à Paris, Palerme et Abou Dhabi, afin de restaurer l’unité et la pleine souveraineté de la Libye».

Les deux chefs d’Etat ont évoqué en outre la situation en Méditerranée orientale et «estimé que le protocole d’accord conclu entre la Turquie et la Libye sur la délimitation de leurs juridictions maritimes était contraire au droit de la mer» et «sont convenus de rester en étroit contact à ce sujet».

Par Le Figaro avec AFP

Canada/«SNC-Lavalin University»: Philippe Couillard a offert une formation au fils de Kadhafi

décembre 19, 2019

 

© THE CANADIAN PRESS/Mathieu Belanger
 

L’ancien premier ministre Philippe Couillard confirme avoir bel et bien offert une formation au fils de l’ancien dictateur libyen en 2008, alors qu’il était ministre de la Santé et des Services sociaux. À l’époque, le géant du génie québécois SNC-Lavalin avait créé la « SNC-Lavalin University », un programme sur mesure pour Saadi Kadhafi.

« Je lui ai fait un exposé sur le fonctionnement du système de santé », confirme M. Couillard en entrevue avec Le Devoir.

« Ça n’a duré que 20 minutes. On a parlé de santé, de soins de première ligne, de prévention, mais, écoutez, j’avais très peu d’écoute, je me suis rapidement rendu compte que ça n’intéressait pas vraiment monsieur », raconte M. Couillard.

C’est l’ancien président de SNC Jacques Lamarre qui a contacté M. Couillard pour lui demander d’offrir cette formation. « C’était une époque où [la Libye] dégageait une image de volonté de modernisation et c’est dans ce contexte-là que Jacques Lamarre m’avait contacté. Il m’avait dit que c’était une session de formation qui était faite en pleine connaissance du gouvernement fédéral », souligne M. Couillard.

Il assure que c’est la seule fois où il a rencontré Saadi Kadhafi. « Et avant que vous me demandiez, je n’ai pas été rémunéré », s’est empressé de préciser M. Couillard. « Je voyais ça comme une façon de participer à l’éducation d’une personne qui voulait moderniser son pays. »

Programme sur mesure 

En mars 2008, l’élaboration d’une formation spécialement dédiée au troisième fils de Mouammar Kadhafi s’est mise en branle au siège social de SNC-Lavalin, à Montréal. C’est que l’entreprise québécoise voulait s’assurer de conserver des liens étroits avec la Libye.

Le programme de cette « université » dont la formation s’est échelonnée sur six semaines a été exposé lors de l’enquête préliminaire de la firme d’ingénierie qui s’est tenue à l’automne 2018 et qui était frappée d’une ordonnance de non-publication. Il est désormais possible de rapporter ce qui y a été dit, puisque la firme a plaidé coupable mercredi à une accusation de fraude envers l’état libyen.

SNC-Lavalin avait commencé en 2008 des démarches pour obtenir un permis de travail temporaire pour engager Saadi Kadhafi au sein de l’entreprise montréalaise. En attendant l’obtention du permis, la firme de génie voulait « occuper » et « sensibiliser » l’ingénieur libyen à ses pratiques.

Le président de SNC-Lavalin, Jacques Lamarre, avait alors mandaté Gilles Laramée, vice-président directeur et chef des affaires financières, pour élaborer une sorte de formation maison de 45 jours.

« Cette initiative est une occasion exceptionnelle d’aider [Saadi Kadhafi] dont nous connaissons bien le pays et où nous souhaitons continuer à contribuer au développement de ses infrastructures et de son économie en général », écrivait M. Laramée dans une invitation électronique envoyée à une dizaine d’employés.

Un agenda préliminaire et un calendrier des mois de mars, avril et mai 2008 montrent une ébauche des cours mis sur pied par l’entreprise pour Saadi Kadhafi.

C’est dans ces documents que figure à deux reprises le nom de Philippe Couillard qui était en 2008 député de la circonscription de Jean-Talon, à Québec, et ministre de la Santé et des Services sociaux du gouvernement libéral de Jean Charest.

Le nom de M. Couillard est d’abord inscrit sur un document annoté par M. Laramée. Il apparaît à nouveau en date du 26 mars 2008. « 15 h -16 h Health Care (Meeting with Mr. Philippe Couillard, Minister of Health and Social Services, Quebec », est-il écrit.

« Je ne suis pas heureux que mon nom s’y retrouve, mais à l’époque je l’ai fait dans une bonne intention. Il faut se ramener en 2008, SNC-Lavalin était une entreprise qui rayonnait à l’international », fait valoir M. Couillard.

Les noms d’autres figures publiques se retrouvent aussi dans ces documents. On y voit celui de Joël Gauthier, qui présidait alors l’Agence métropolitaine des transports (AMT), aujourd’hui abolie. Une formation d’une demi-journée sur les notions de base du métro était à l’horaire. L’ancien sénateur conservateur Hugh Segal se trouvait inscrit pour dispenser une formation de deux jours sur les politiques gouvernementales des affaires extérieures du Canada.

La Caisse de dépôt et la Banque Royale du Canada (RBC) figurent aussi parmi les formateurs du programme destiné à Saadi Kadhafi.

Selon les notes manuscrites de M. Laramée, deux périodes de cours étaient prévues, soit une en matinée de 9 h à 12 h, puis une en après-midi, de 14 h à 17 h.

Par Améli Pineda

Les pays occidentaux tardent à accueillir des réfugiés de Libye, selon l’ONU

septembre 13, 2019

 

Les pays occidentaux tardent à tenir leur engagement à accueillir et réinstaller les réfugiés et demandeurs d’asile bloqués en Libye ou au Niger voisin, estime un haut responsable de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

La Libye, où transitent 90% des personnes voulant traverser la Méditerranée pour gagner l’Europe, héberge près de 50.000 réfugiés et demandeurs d’asile, selon le HCR qui les enregistre.

Au 1er septembre 2019, quatorze pays – le Canada, la France, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède, la Suisse, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la Finlande, l’Allemagne, l’Italie, le Luxembourg, l’Espagne, la Belgique – ont promis d’accueillir certains de ces réfugiés et demandeurs d’asile, mais tardent à mettre leur promesse à exécution, déplore l’envoyé spécial du HCR pour la Méditerranée centrale, Vincent Cochetel.

Certains «pays peuvent avoir l’impression (…) qu’il n’y a plus d’urgence»

«Aujourd’hui, on est proches de la moitié» des 6606 promesses de réinstallation – une installation permanente dans un pays tiers – «qui ont été réalisées», a-t-il dit à l’AFP en marge d’un forum régional tenu cette semaine à Bamako sur les déplacés du Sahel. Certains «pays n’accélèrent pas leurs procédures ou peuvent avoir l’impression, quand des gens arrivent au Niger, qu’il n’y a plus d’urgence», dit-il.

«Nous avons aussi au HCR des lenteurs dues à un travail en profondeur pour faire parler les gens, vérifier leurs parcours», ajoute Vincent Cochetel. Le responsable du HCR se réjouit par ailleurs de la décision mardi du Rwanda d’accueillir des réfugiés et demandeurs d’asile de Libye sur son sol en attendant qu’ils trouvent un pays d’asile définitif. «On invite d’autres pays à se joindre à eux, mais c’est compliqué à négocier», dit-il, reconnaissant que «ça prend du temps et ça coûte cher».

Le chaos qui a suivi la chute de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi en 2011 a fait de la Libye la voie privilégiée pour les migrants originaires d’Afrique de l’Est, du Sahel et du Moyen-Orient cherchant à rejoindre l’Europe.

Le HCR a appelé il y a deux ans la communauté internationale à accueillir des milliers de personnes en besoin urgent d’évacuation, soit parce qu’elles sont enfermées dans des conditions très dures dans des centres de rétention libyens, soit parce qu’elles sont très vulnérables. Une partie d’entre eux, évacués de Libye, attendent dans un centre de transit au Niger.

Le besoin de réinstallation est devenu plus pressant en 2019 avec l’intensification des hostilités dans la Libye en guerre, selon le HCR.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Corruption en Libye : Justin Trudeau affaibli par l’affaire SNC Lavalin

août 16, 2019

Les bureaux de SNC-Lavalin à Montréal en 2012. © Ryan Remiorz/AP/SIPA

Selon un rapport parlementaire canadien, Justin Trudeau aurait fait pression sur la justice de son pays pour éviter le procès de la multinationale québécoise SNC Lavalin, accusée de fraude et de corruption en Libye.

C’est un nouvel épisode dans l’affaire SNC Lavalin, ce géant du BTP basé à Montréal accusé d’avoir versé des pots-de-vin à des proches de Mouammar Kadhafi. Mercredi 14 août, un rapport remis par le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique – relevant du parlement canadien – accuse le Premier ministre canadien Justin Trudeau d’avoir enfreint la loi en tentant de faire pression sur son ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, dans une procédure judiciaire visant la société québécoise. En d’autres termes : Trudeau aurait tenté de convaincre sa ministre de « préserver » la multinationale, en faisant suspendre le procès.

Selon le rapport, « l’entourage de Justin Trudeau a demandé de façon irrégulière à la procureure générale de tenir compte d’intérêts politiques partisans dans cette affaire, ce qui va à l’encontre des principes constitutionnels ».

Les premiers contacts « ont eu lieu au début de février 2016, lorsque SNC-Lavalin a entamé des activités de lobbying auprès de plusieurs haut responsables, y compris du personnel ministériel du cabinet du Premier ministre », explique le document, en détaillant les réunions ministérielles sur un éventuel régime d’accords de réparation.

Comme l’annonçait Radio Canada en mai, la direction de SNC-Lavalin a effectivement « tenté d’obtenir un accord de poursuite suspendue, ce qui lui aurait permis de payer une amende plutôt que d’être traduite en procès ». Mais la procureure générale Jody Wilson-Raybould s’était alors opposé à cette solution.

L’affaire libyenne fait trembler le gouvernement Trudeau

L’entreprise a été accusée de fraude et de corruption en février 2015 par la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Depuis, cette affaire est au cœur d’une crise politique au Canada, dont les répercussions pourraient se faire sentir lors des élections prévues en octobre.

« Là où je ne suis pas d’accord, c’est sur sa conclusion que tout contact avec la procureure générale sur cette question était nécessairement inapproprié », a réagi Justin Trudeau, affirmant par ailleurs avoir à cœur de sauvegarder des milliers d’emplois.

Une reconnaissance implicite de ses contacts sur ce dossier, que le Premier ministre canadien n’a pas toujours assumé. En mars, dernier, il assurait ainsi qu’il n’y jamais eu « de pressions inappropriées » de sa part sur l’ex-ministre de la Justice.

En janvier 2019, Jody Wilson-Raybould dénonçait pourtant le fait que « la corruption d’agents publics étrangers nuit à la bonne gouvernance et au développement économique durable ». Des propos qui lui ont valu une éviction du gouvernement. Quelques jours plus tard, c’est le principal conseiller de Trudeau, Gerald Butts, qui a lui aussi décidé de quitter son poste, tout comme la ministre du Budget, sur fond de soupçons d’ingérence de l’exécutif dans la procédure judiciaire contre ce géant de l’ingénierie.

32 millions d’euros aux proches de Kadhafi

Accusée de corruption et de fraude, SNC Lavalin aurait versé 32 millions d’euros à des responsables libyens jusqu’en 2011. Le fils de l’ancien guide libyen, Saadi Kadhafi – invité à plusieurs reprises au Canada lors de voyages somptuaires -, aurait été l’un des bénéficiaires directs de ces fonds. En échange de pots-de-vin, la multinationale aurait obtenu des nombreux contrats publics, notamment des marchés portant sur la réalisation de la « rivière artificielle » voulue par Mouammar Kadhafi.

La lenteur de la procédure a, d’ores et déjà, produit ses premiers effets. Le procès ayant démarré en octobre dernier, deux cadres bénéficient désormais d’une suspension des procédures à leur encontre, en raison du dépassement du délai maximal pour la tenue d’un procès criminel, fixé à 30 mois.

Arianna Poletti