Posts Tagged ‘Livre’

Espérance, la Boréale des tropiques : « des saveurs tropicales à la poutine boréale »

juin 10, 2021

Espérance, la Boréale des tropiques, est un titre alléchant et entraînant parmi tant d’autres que l’on trouve dans les rayons des librairies françaises et parisiennes, publié chez Essor-Livres-Éditeur: 86 pages. Cette belle œuvre de l’esprit figure aussi dans le magazine : Les Libraires.fr mais également dans le bimestriel Les Libraires.ca d’avril et mai 2021, numéro124, page 44.

Dans ce beau livre né au cœur du printemps avec les couleurs boréales qui attirent le lecteur puis éclairent l’esprit, les personnages de la trame, si attachants et si révoltants, séduisent, tout au long de l’intrigue, par les beaux rôles selon leur rang social. Ils tiennent, en alerte, le fil de la narration injectant, par endroits, des doses d’attention.

Fleurons de chaque paragraphe, ces personnages phares Esther et Issa puis Hawa et Martin mais également Espérance, qui orchestrent la soudure des épisodes, aux antipodes – des machinations et des manipulations voire de la réconciliation de cette nouvelle création littéraire, nous donnent la soif de les découvrir afin d’aimer l’autofiction, de son auteure, d’origine congolaise : Eugere Hodri Mountali.

Espérance, la Boréale des tropiques est une addition des faits sociaux épiques et typiques, dont la somme qui en résulte, fait sourire et réfléchir.

Eugere Hodri Mountali, nous offre un beau livre aux saveurs tropicales, qui se termine avec la poutine boréale.

https://distribulivre.com/boutique/fr/eugere-hodri-mountali/esperance-la-boreale-des-tropiques-eugere-hodri-mountali-p1539/

Bernard NKOUNKOU

«On ne brûle pas un livre»: l’éditeur italien de Gabriel Matzneff défend la publication de Vanessavirus

mai 28, 2021

Boycotté par le monde de l’édition en France, l’écrivain sous le coup d’une enquête pour pédocriminalité a pu publier son livre polémique à 2000 exemplaires de l’autre côté des Alpes.

«Les livres se lisent, ils ne se brûlent pas.» L’éditeur italien Michele Silenzi a défendu, dans un entretien à l’AFP, la publication de Vanessavirus, le dernier livre de Gabriel MatzneffIl s’agit de la réponse de l’écrivain français au Consentement de Vanessa Springora. Vanessavirus est sorti cette semaine en Italie aux éditions Liberilibri avec un premier tirage de 2000 exemplaires.

Cet opus de 108 pages (dans l’édition italienne) traduit par Giuliano Ferrara, journaliste et ancien ministre de Silvio Berlusconi, «est l’histoire d’une chasse à l’homme, l’histoire d’un assassinat», affirme la maison sur son site. «Nous l’avons d’abord publié parce qu’il nous semblait juste d’accorder un droit de réponse à un homme et un artiste dont la vie et l’œuvre sont détruites», explique Michele Silenzi. Mais «c’est aussi un beau livre. Un texte d’une grande valeur littéraire», poursuit l’éditeur, qui exalte «la force indiscutable et délicate, également très dramatique, du récit».

Gabriel Matzneff a auto-édité en France Vanessavirus, avec un tirage de 200 exemplaires réservé à des lecteurs choisis, pour un prix de 100 euros. D’après les informations de l’AFP, tous les éditeurs qu’il avait approchés ont refusé l’ouvrage sans le lire. L’édition italienne, qui peut être commandée depuis la France pour un prix bien moindre, est «la première à être acceptée par une maison d’édition européenne et à être présente dans les librairies», se félicite Liberilibri, fondée en 1986 à Macerata.

«Les livres se publient et se lisent, ils ne se brûlent pas», plaide Michele Silenzi. Le mouvement #MeToo «n’est pas un problème en soi», selon lui. Ce qui l’est, en revanche, «c’est que ce type de mouvements tend trop souvent à imposer une “cancel culture” aux effets culturels dévastateurs». «On ne peut plus réfléchir sur rien si un fait n’est pas historicisé et compris dans son contexte et dans son évolution historique».

«Inévitablement de façon controversée»

«J’ai survécu au Coronavirus. Je ne survivrai pas au Vanessavirus», écrit Gabriel Matzneff en ouverture de son récit en italien dont l’AFP s’est procuré un exemplaire. «Le capitaine Dreyfus était innocent. Moi, je ne le suis pas. Je suis coupable d’avoir adoré la liberté, la beauté, l’amour».

Gabriel Matzneff, 84 ans, est visé par une enquête pour viols sur mineur de moins de 15 ans ouverte après la publication en janvier 2020 du récit de Vanessa Springora, Le Consentement. Celle-ci y racontait comment dans les années 1980 elle avait été entraînée à 14 ans dans une relation avec un écrivain qui en avait près de 50.

Dans une procédure distincte, le tribunal correctionnel de Paris a invalidé la semaine dernière une citation à comparaître visant l’écrivain pour «apologie» de la pédocriminalité après la parution de trois articles entre fin décembre et début janvier dans L’ObsLe Parisien et L’ExpressLe Consentement est sorti en mars en Italie sous le titre Il consenso aux éditions La Nave di Teseo.

Michele Silenzi explique que la philosophie de la maison Liberilibri est de «diffuser les idées qui stimulent l’émancipation intellectuelle et la liberté de pensée». Selon lui, «que doit faire un éditeur sinon favoriser ce processus, même si c’est parfois inévitablement de façon controversée?»

Tous les éditeurs français de Gabriel Matzneff ont suspendu indéfiniment la vente de ses ouvrages évoquant ses amours avec des garçons et filles mineurs. D’autres, au contenu moins polémique, sont cependant en vente, comme le recueil d’articles avec lequel il avait obtenu le prix Renaudot de l’essai en 2013, «Séraphin, c’est la fin!».

Par Le Figaro avec AFPPublié il y a 3 heures, mis à jour il y a 3 heures

Canada-Québec: Hodri Eugère Mountali, une boréalaise venue des tropiques

mai 16, 2021

Espérance, la Boréale des tropiques est une première création littéraire de Hodri Eugère Mountali. Femme, originaire du Congo-Brazzaville, elle vient de publier son premier livre. Espérance, la Boréale des tropiques est un récit épisodique, publié aux Éditions Essor-Livres, Lanoraie, au Québec. 86 pages. 14,95$ CA. Il est disponible chez https://www.distribulivre.com › boutique – depuis le 14 mai 2021.

Dans ce beau livre d’aurore et d’espérance boréales, aux lueurs et lumières saisissantes et émouvantes mais aussi drapés de voiles violets et verdoyants et surtout d’écrins jaunâtres, se projettent admirablement, sous les yeux, des signes d’espoir.

Car dans la marche du printemps se partageant encore des moments de fraîcheur et des instants de chaleur, l’auteure qui vient des pays tropicaux, cherche à dénoncer les silences et à percer les injustices maritales.

En quête d’identité au Canada, elle relate et restitue, avec beauté et transitivité, son vécu de Côte d’Ivoire et de Guinée qu’elle peint et présente sous forme de longues nouvelles, où les personnages principaux qui animent les intrigues, sont d’abord Esther et Issa ensuite Hawa et Martin enfin Espérance avec sa fille Emma.

De ces expériences de vie de femmes, aux similarités étonnantes et agissantes, après avoir exprimé leur amour, manifesté leur tendresse et soutien indéfectible à leur mari, qui les ont remerciées, en monnaie de singe, par des violences intempestives, le dénigrement, tous azimuts. Elles ont fini par arrêter les machinations et manipulations des machos.

Espérance, la Boréale des tropiques est un récit aimable et sensible, aux questions adorables et actuelles mais aussi touchant et révoltant. Rendu parfois dans un style alerte mais également vif et incisif ; il se lit facilement entre trois moments de la journée comme une dose prescrite de médecin de la lecture, à travers l’écriture.

Espérance, la Boréale des tropiques est devenue une femme libre et charnelle, ivre des mots et réparatrice des maux qui aime réfléchir et discuter.

  

https://distribulivre.com/boutique/fr/eugere-hodri-mountali/esperance-la-boreale-des-tropiques-eugere-hodri-mountali-p1539/

Par Bernard NKOUNKOU

Ces « turbulentes » pionnières africaines oubliées de l’histoire

mai 16, 2021
Géraldine Faladé Touadé, à Paris, le 11 février 2020.

Dès les années 1930, des Africaines en avance sur leur temps se sont imposées dans des bastions farouchement masculins. Géraldine Faladé Touadé ranime le souvenir de ces pionnières injustement méconnues dans un essai remarquable.

Madeleine Ly, Marie Madoé Sivomey, Jeanne Martin Cissé, Sita Bella… Ces noms de femmes n’évoquent rien pour certains d’entre vous ? Ils devraient pourtant. Médecin, maire, institutrice ou journaliste, elles ont été des pionnières dans leur domaine dès les années 1930, dans des bastions jusque-là réservés aux hommes. L’ancienne journaliste Géraldine Faladé Touadé leur rend hommage dans un essai paru en septembre dernier aux éditions Présence africaine : Turbulentes ! Des Africaines en avance sur leur temps.

À 86 ans, celle qui se présente comme une « passeuse de mémoire » dresse le portrait de dix-sept « combattantes » déterminées, anticonformistes, qui ont fait bouger les lignes malgré les obstacles et parfois au péril de leur vie. À défaut d’en faire leurs modèles, Géraldine Faladé aimerait que les jeunes générations découvrent ces femmes injustement méconnues, et sachent ce qu’elles ont enduré pour leur ouvrir la voie.

Précurseuse du mouvement nappy

Première de ces guerrières placées sous les projecteurs, une « simple esthéticienne » : Josepha Jouffret, dite Josepha. « Dans les années 1960, les Parisiennes noires qui ne défrisent pas leurs cheveux dissimulent leurs tresses sous un foulard. Inconsciemment – ou peut-être pas –, elles s’ingénient à renier leur africanité. Josepha leur a appris à l’aimer et à l’assumer. Elle nous a donné envie d’être nous-mêmes », explique Géraldine Faladé Touadé.

Elle déroule ensuite la success story de cette femme née à la Martinique, mais qui se présentait toujours comme Guinéo-Sénégalaise : l’ouverture, audacieuse, au cœur du Quartier latin, du premier espace de beauté entièrement consacré à la femme noire ; la ruée du tout-Paris de la mode vers la rue Gay-Lussac, contribuant à la notoriété d’une adresse qui devient vite mythique ; la concurrence des géants de la cosmétique qui fleurent le bon filon…

ELLE NOUS APPORTAIT GLAMOUR ET STYLE ET NOUS CESSIONS D’ÊTRE DES AFRICAINES EN PEINE

À la puissance financière de ces derniers, Josepha oppose sa culture, son assurance et sa créativité. Sur les bâtons à lèvres, elle convoque le bleu et l’ambre en lieu et place du rouge écarlate, qui devient criard sur les peaux mates et alourdit les traits. Aux fonds de teint, elle attribue des noms évocateurs de peuples d’Afrique : bambara, peul… « Elle nous apportait glamour et style et nous cessions d’être des Africaines en peine. » Pour Géraldine Faladé Toundé, Josepha a ouvert la voie à la reconnaissance de la grâce particulière des femmes noires, et son mode de pensée est précurseur de mouvements d’aujourd’hui, tel le nappy.

Une des premières sage-femme d’Afrique francophone

Autre portrait marquant, celui d’Aoua Kéita, femme aux talents multiples et au caractère de feu. Son carburant ? D’abord son père, qui l’a toujours soutenue. Puis son mari, qui l’éveille à la politique avant leur séparation – la pression familiale aura raison de leur couple sans enfants. Et sans doute aussi, les déboires qu’elle rencontre sur son chemin. Née dans le Bamako colonial de 1912, Aoua Kéita est destinée à être mère au foyer. Son père l’inscrit en secret à l’école, contre l’avis de son épouse, qui tente de freiner l’enthousiasme de la gamine.

Peine perdue : brillante, elle deviendra, dans les années 1930, la première sage-femme du Soudan français (actuel Mali) – l’une des premières d’Afrique francophone – et, en 1976, la première lauréate du Grand Prix littéraire d’Afrique francophone, pour son autobiographie Femme d’Afrique. Géraldine Faladé s’est appuyée sur ledit ouvrage pour retracer le parcours de cette militante acharnée, considérée comme l’un des fers de lance du Rassemblement démocratique africain (RDA).

ELLE DÉCOUVRE QUE L’AUTORITÉ COLONIALE DISSIMULE AUX SOUDANAISES LEURS DROITS, DONT CELUI DE VOTER

L’autorité coloniale qui la catalogue comme communiste tente de la détourner de la politique à coups d’affections disciplinaires et d’humiliations. Las. À Gao, elle crée plutôt une branche féminine du RDA. Et découvre que l’autorité coloniale dissimule aux Soudanaises leurs droits, dont celui de voter. Aoua Kéita ira jusqu’à renoncer à sa citoyenneté française pour pouvoir accomplir ce devoir civique. Et finira par être expulsée du Soudan en juillet 1951. Exilée au Sénégal, elle poursuit son combat à l’échelle continentale en compagnie de la Guinéenne Jeanne Martin Cissé, autre bête noire de l’autorité coloniale mutée à Dakar car « turbulente ».

Des militantes panafricanistes

Le nom de cette dernière à lui seul symbolise le combat que les femmes ont mené contre le bastion du monde masculin dès la première moitié du XIXe siècle… Celle qui deviendra en 1972 présidente du Conseil de sécurité des Nations unies appartient en effet à la génération de combattantes qui ont œuvré à convaincre leurs sœurs de prendre part à la construction de leur pays.

Avec, entre autres, Caroline Faye Diop (députée dès 1963 et future ministre), Angie Elizabeth Brooks (future présidente de l’Assemblée générale des nations unies) et Maria Ruth Neto (sœur du président angolais Agostinho Neto), Martin Cissé et Kéita feront partie des « mères fondatrices de l’Organisation de la panafricaine des femmes ». En 1962, elles rassemblent à Dar es-Salaam des Africaines francophones, anglophones et lusophones pour une conférence, et créent, un an avant l’Organisation de l’unité africaine (OUA), cette panafricaine dont le siège est à Bamako.

LE TRAIT COMMUN À CES FEMMES D’HORIZONS DIVERS AURA ÉTÉ LEUR AMOUR POUR LE CONTINENT

Si nombre de pionnières se sont illustrées dans des combats pour la cause des femmes, Géraldine Faladé, elle, les perçoit plus comme des militantes panafricanistes que féministes. « Le trait commun à ces femmes d’horizons divers aura été leur amour pour le continent. Toutes rêvaient d’une Afrique unie et profitaient de la moindre occasion pour tenter de lui donner corps, persuadées qu’elles n’y arriveraient qu’ensemble. »

L’administration coloniale leur a fait payer leur militantisme

Selon Faladé Touadé, la plupart des pionnières n’ont pas eu les postes et les parcours qu’elles méritaient. L’administration coloniale leur a toujours fait payer leur militantisme. Elle en veut pour preuve l’exemple de sa sœur, Solange Faladé, première psychanalyste du continent. Élève et proche collaboratrice de Jacques Lacan puis partenaire de Françoise Dolto, elle brigue la chaire d’hygiène à la faculté de médecine de Dakar après son doctorat, afin de se mettre au service de l’Afrique.

L’autorité coloniale préfère un Français à celle qui fut qualifiée « d’ardente nationaliste » alors qu’elle assurait la présidence de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (Féanf). « Un traitement d’autant plus injuste que ces femmes ne pensaient pas à leur carrière ; elles ne demandaient qu’à servir », estime Faladé Touadé.

Après les indépendances, leur sort ne s’est pas trouvé amélioré pour autant. Patriarcat – hérité de la colonisation – oblige, les postes prestigieux étaient dévolus aux hommes. « Baroudeuse, aviatrice dans l’âme, la journaliste et réalisatrice Sita Bella a été baladée tout au long de sa carrière par l’administration camerounaise et n’a jamais pu exercer pleinement son art », regrette Faladé Touadé, qui l’a très bien connue.

Un moindre mal, au regard du sort spectaculairement tragique réservé à Funmilayo Ransome-Kuti, mère de Fela, décédée quelques mois après avoir été défenestrée en raison de son activisme. « Le bonheur des femmes ordinaires était son bonheur”, écrira-t-on de cette intellectuelle formée en Angleterre, qui avait commencé par créer des Ladies Club afin d’initier les jeunes Nigérianes au mode de vie occidental.

Dans son roman Aké, son neveu Wole Soyinka résume ainsi son œuvre : « Le mouvement […] commença autour de tasses de thé et de sandwiches […] pour résoudre les problèmes de jeunes mariées, qui manquaient de manières pour se tenir en société. […] Il s’est transformé en lutte pour mettre fin au règne des Blancs dans le pays. » Mais c’est en se dressant contre les exactions d’un régime militaire post-indépendance que Funmilayo Ransome-Kuti perdra la vie.

Pour Géraldine Faladé Touadé, de nombreuses autres turbulentes restent à découvrir, telle la comédienne Lydia Ewandè. L’ex-journaliste de l’Office français de coopération radiophonique  (Ocora, ancêtre de RFI) prépare le deuxième tome de son essai.

« Turbulentes ! Des Africaines en avance sur leur temps », de Géraldine Faladé Touandé, éd. Présence Africaine, 270 pages.

Journée internationale de la femme africaine

Le 31 juillet. S’il est une date qui passe inaperçue sur le continent, c’est bien celle-là. Elle marque pourtant la Journée internationale de la femme africaine, éclipsée par le 8 mars. Créée en 1962 à Dar es-Salaam (Tanzanie), lors de la première Conférence des femmes africaines (CFA – transformée en Organisation panafricaine des femmes en 1974), elle est reconnue par l’UA et par l’ONU. En 2012, lors de son cinquantième anniversaire célébré à l’Unesco, les premières dames africaines ne s’étaient pas bousculées au portillon, à l’exception d’Antoinette Sassou N’Guesso, marraine de l’événement.

Turbulentes. Des Africaines en avance sur leur temps, de Géraldine Faladé Touandé, éd. Présence Africaine, 270 pages.

Avec Jeune Afrique par Clarisse Juompan-Yakam

Un livre sur la cuisse

mai 13, 2021

Un livre ouvert sur la cuisse

Est un moment chargé de délices

Permettant de savourer l’intrigue

Avec les ingrédients de la langue

Pour le bonheur secret de la création

Prenant le temps d’offrir la satisfaction

À l’œuvre conçue dans un esprit monastique

Qui nous invite avec des mots sympathiques

En réfléchissant sur le rôle des personnages

Lorsque notre regard se promène entre les lignes

Nous descendons les paragraphes comme la montagne

Au gré du sourire qui irradie le visage du sage

Bernard NKOUNKOU

« Là où tout se tait » : ces Justes qui ont sauvé des Tutsi pendant le génocide au Rwanda

mars 12, 2021
A Nyamata, à 35km au sud de Kigali. Le 15 avril 1994, plus de 5000 personnes y ont été assassinées

Pour son essai « Là où tout se tait », Jean Hatzfeld a recueilli dans la région de Nyamata les témoignages de Hutu ayant risqué leur vie pour aider des Tutsi durant le génocide de 1994.

Là où tout se tait : le titre du nouvel essai de Jean Hatzfeld dit très exactement ce que son auteur a tenté de saisir à Nyamata, au Rwanda : les silences qui suivent le génocide des Tutsi et se perpétuent encore aujourd’hui. Les silences, au pluriel, parce qu’ils ne sont pas tous identiques – non-dits, oublis, omissions, absences… – et qu’ils ne procèdent pas tous des mêmes causes – négligences, réticences, hontes, peur…

Plus prosaïquement, Là où tout se tait est un livre sur les Justes du Bugesera, ces Hutu qui au péril de leur vie aidèrent de manière désintéressée des Tutsi pourchassés par la furie sanguinaire des tueurs.

Derniers témoins

Auteur reconnu de plusieurs livres sur le génocide (voir encadré), Jean Hatzfeld a vécu une partie de son enfance au Chambon-sur-Lignon, fameux village français où purent se cacher quelque 3 500 juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. « On ne sait jamais trop quelles sont les influences de votre enfance sur vos choix, tempère pourtant l’ancien journaliste. Les Justes ont toujours eu du mal à se faire une place dans l’histoire. En Europe, les historiens ne s’intéressent à eux qu’une vingtaine d’années après la guerre. »

Dans le cas du Rwanda, sur lequel il travaille depuis plus de vingt ans, lui-même a tardé à explorer les méandres de leurs histoires. « La raison ? Un manque d’attention de ma part. J’étais focalisé sur les rescapés, dans les marais, puis sur ceux qui ont manié la machette. Enfin, nombre de Justes sont morts et il n’y avait personne pour parler à leur place. Dans tous mes livres, les personnes parlent pour elles-mêmes. Cette fois, il a fallu que je trouve une autre manière de faire parler les gens. »

Convaincu qu’il était temps d’agir avant que les derniers témoins ne disparaissent ou n’oublient, Jean Hatzfeld a procédé comme à son habitude, se documentant longuement et préparant ses questions avant de se rendre à Nyamata à trois reprises (de mai à juin 2018, en août 2018 et de novembre à décembre 2019).

Silence et menaces

« Je connaissais l’existence des Justes, cela me touchait, mais j’étais un peu crispé et intrigué par l’attitude des Tutsi à leur égard, leur manque de reconnaissance. Quand j’ai enfin été capable de dire “ça suffit cette méfiance” et que le temps de parler est venu, je me suis aperçu que le sujet du livre se déplaçait vers le silence qui entoure ces gens, la honte et la peur qu’ils suscitent. »

IL Y A PLUS QUE 34 JUSTES AU RWANDA. MAIS L’ÉTAT PREND AUSSI EN COMPTE L’IMPLICATION DANS LA RÉCONCILIATION »

Dans le Bugesera, il n’y a qu’un seul Juste reconnu officiellement « umurinzi w’igihango » au niveau national, Silas Ntambfurayishyari. « Depuis l’attribution de cette médaille rare – le pays ne compte que 34 “abarinzi w’igihango” – Silas a beaucoup témoigné lors de commémorations ou à l’invitation des très dynamiques associations mobilisées par le chantier de la réconciliation. […] Il sait la singularité de son personnage dans le chaos des tueries. Il en a appréhendé les désagréments car pendant plusieurs années il a affronté des insultes chuchotées, voire des menaces dans les rues de Rilima. Il tente de s’en abstraire, idem des mauvais regards qui persistent lorsqu’il se promène seul. »

L’une des explications entourant le silence autour des Justes pourrait être liée à ce faible nombre apparent. La soudaineté et la brutalité du déchaînement de violence n’ont guère laissé le temps de réfléchir ou de s’organiser en réseaux. La dimension rurale du génocide a aussi joué : il est plus facile de cacher des gens dans l’anonymat d’une grande ville.

« En fait, il y en a beaucoup plus que 34, explique Jean Hatzfeld. Mais à la différence de Yad Vashem, l’État rwandais ne prend pas seulement en compte la période du génocide. Il considère aussi celle qui le suit et l’implication des personnes concernées dans la politique de réconciliation nationale. En outre, au Rwanda, on ne peut pas être reconnu comme Juste à titre posthume… »

Histoires d’amour et d’amitié

Dans Là où tout se tait, le journaliste évoque les destins d’une douzaine de Justes : Isidore, François, Espérance, Valérie, Edith et Eustache, Marcienne et Marcel, Silas et Providence, Joseph… Plus précisément, il leur donne la parole, quand ils sont encore vivants, ou bien recueille les témoignages de ceux qui peuvent parler en leur nom.

SI LES MORTS RESSUSCITAIENT, ILS POURRAIENT BIEN POINTER UN DOIGT ACCUSATEUR SUR CES JUSTES »

Dans cette langue superbe qu’il sait si bien restituer, dans cette langue « où toutes les abstractions deviennent des personnes », Jean Hatzfeld ouvre les portes de la mémoire, donne corps à des histoires d’amour et d’amitié, raconte l’histoire à fleur de peau. C’est infiniment tragique et terriblement beau, un concentré d’humanité dans ce qu’elle a de pire et de meilleur. Et puis, au-delà des portraits vivants qui émergent de ces témoignages croisés, l’auteur explore les silences et leurs douloureux échos.

Le professeur Innocent Rwililiza explique ainsi celui de certains Tutsi : « Surtout, on refuse de se substituer aux morts, qui sont les seuls à pouvoir témoigner sur les Hutu. Ces Justes, tu verras qu’ils sont difficiles à décrire. Les morts, eux seuls savent. S’ils ressuscitaient, ils pourraient bien pointer un doigt accusateur sur ces Justes, parce qu’ils ont vu plus que nous. Est-ce que nous pouvons ne pas ressentir de soupçons sur tout le monde ? »

Enfin raconter

Dans la seconde partie du livre, intitulée « Le trou de chez Eustache », Hatzfeld rassemble divers témoignages autour de ces « trous » qui minent Nyamata. À savoir ces nombreuses excavations où furent jetés les corps des Tutsi et qui firent l’objet, ensuite, d’intense tractations – notamment au cours des procès gacaca, les tueurs refusant parfois de dire où se trouvaient les fosses.

Ces trous, qu’ils aient été vidés de leurs corps ou non, rappellent au quotidien, aujourd’hui encore, l’horreur d’avril 1994. Ils expliquent aussi le silence de certains Justes. Comme celui d’Eustache et de sa femme Edith. « Edith, que je connais depuis 1998, n’a jamais voulu me parler à cause de ce trou derrière sa maison, explique Hatzfeld. Ils ont accepté de vivre pendant sept semaines à deux mètres d’un trou où l’on jetait des cadavres. Quand on garde cela en tête, c’est normal de ne pas vouloir parler. »

 Aujourd’hui, Edith peut enfin raconter : « On se tenait à six ou sept par chambre. Les enfants bredouillaient entre eux, ils ne s’excitaient pas comme l’enfance le veut. […] On se comptait à quatre femmes tutsi, un homme hutu, les enfants pour Gratia et les enfants pour nous, et une petite avoisinante qui était accourue pour rester. […] Ils entendaient les cris du trou. Oui, les enfants entendaient les cris des tueurs quand ils jetaient. »

Avec Jeune Afrique par Nicolas Michel

Canada: Le gouvernement québécois versera 6,8 M $ de plus au secteur du livre

juin 25, 2020
La fermeture des librairies pendant le confinement a fait mal au milieu du livre québécois.
© Canetti/getty images/istockphoto La fermeture des librairies pendant le confinement a fait mal au milieu du livre québécois.
Québec a annoncé jeudi l’octroi de 6,8 millions de dollars supplémentaires à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) pour aider le milieu du livre frappé par les conséquences économiques de la crise de la COVID-19.

«Il est primordial pour notre gouvernement d’appuyer, par notre plan de relance, les écrivains et les entreprises de la chaîne du livre et de l’édition dans la reprise de leurs activités, et de leur offrir les moyens et les outils nécessaires à leur redéploiement», a précisé, par communiqué, Nathalie Roy, la ministre de la Culture et des Communications.

Cette rallonge servira à bonifier les programmes d’aide à l’édition et aux librairies qui existent déjà ainsi qu’à développer de nouveaux projets.

De plus, le programme Aide aux entreprises – Soutien temporaire au fonds de roulement – COVID-19, lancé en mars par la SODEC avec une dotation initiale de 50 millions de dollars, sera doublé. Ce programme permet à des entreprises culturelles en difficulté en raison de la crise de la COVID-19 de bénéficier de prêts.

Les éditeurs et les libraires satisfaits

L’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) a accueilli positivement ces mesures. Ces dernières devraient permettre au secteur du livre d’être mieux armé pour faire face à la crise de la COVID-19 et de protéger l’ensemble de l’écosystème du livre québécois, dont font partie les maisons d’édition, les libraires, les auteurs et autrices.

«On a senti que le gouvernement a été l’écoute et on a l’impression qu’il y a eu une prise de conscience quant au poids économique du secteur du livre», indique Arnaud Foulon, président de l’ANEL.

Ce sentiment est partagé par l’Association des libraires du Québec (ALQ). «Depuis le jour 1, on a l’impression que nos besoins sont entendus», déclare Karine Fafard, directrice générale de l’ALQ.

Elle se réjouit de voir de l’argent injecté dans le programme d’aide aux librairies agréées, même si elle ne connaît pas encore le montant exact. Cela permettra aux librairies d’être remboursées de frais engendrés par la pandémie de COVID-19, comme l’achat de matériel sanitaire ou les dépenses en frais postaux pour expédier les livres commandés en ligne.

Pas assez d’aide directe aux écrivains et écrivaines

Quant au Conseil des arts et des lettres du Québec, il recevra 4 millions de dollars pour octroyer des bourses aux artistes, notamment aux écrivains et écrivaines.

Début juin, l’Union des écrivains et des écrivaines québécois (UNEQ) avait déploré que le plan de relance culturel du gouvernement laissait de côté les écrivains et les écrivaines. Les mesures annoncées jeudi constituent une bonne nouvelle pour l’industrie du livre, mais pas pour celles et ceux qui vivent de leur plume selon l’organisation.

«Le montant des 4 millions n’est pas de l’argent neuf et ira aux artistes de différentes disciplines, pas uniquement aux écrivains et aux écrivaines, explique l’écrivaine Suzanne Aubry, qui préside l’UNEQ. Ces bourses vont bénéficier à 4 ou 5 écrivains, tout au plus. »

Plutôt que des bourses qui demandent aux écrivains et écrivaines de développer un projet et qui mettent un certain temps à être versées, l’UNEQ demandait l’octroi d’aides directes et non sélectives. Certes, la période d’admissibilité à la Prestation canadienne d’urgence (PCU) a été rallongée de huit semaines, mais «qu’est-ce qui va se passer après la fin de la PCU?», s’interroge Suzanne Aubry.

L’UNEQ réclame la reprise cet automne du processus de révision des deux lois sur le statut d’artiste afin d’obliger les maisons d’édition à négocier des ententes de même type que des conventions collectives. Pour l’UNEQ, une telle mesure apporterait un soutien structurant sur le long terme aux écrivains et écrivaines afin d’améliorer réellement leur situation économique.

Soutenir le livre québécois

Dans son communiqué, le ministère de la Culture et des Communications a aussi indiqué qu’«un soutien particulier pourra être accordé à des initiatives visant à encourager l’achat de livres québécois et ainsi augmenter leur visibilité et leur notoriété».

Selon l’ANEL, plusieurs pistes sont explorées pour donner un coup de pouce à l’achat local en matière de livres, notamment celle de l’acquisition plus importante d’ouvrages québécois par les bibliothèques publiques.

Le milieu du livre québécois aura également la possibilité de profiter de deux nouveaux programmes dotés de 7 millions de dollars au total axés sur le numérique et destinés aux organisations culturelles. Ambition numérique vise à les soutenir dans leur transformation numérique et Rayonnement numérique cible la création ainsi que la commercialisation de produits culturels numériques.

Avec CBC/Radio-Canada

États-Unis/«Il agit comme un enfant de douze ans» : un responsable de la Maison-Blanche dresse un portrait effrayant de Donald Trump

novembre 10, 2019

 

Le livre doit paraître le 19 novembre prochain. Son auteur a souhaité garder l’anonymat.

«Il insulte, s’embrouille, s’irrite facilement et a des problèmes pour synthétiser les informations, et cela n’arrive pas de temps en temps, mais régulièrement». Tout au long des 259 pages de A Warning (Un avertissement), un ouvrage à paraître le 19 novembre aux Etats-Unis, un haut-fonctionnaire anonyme de la Maison-Blanche décrit un Donald Trump cruel, inapte et représentant un danger pour la nation américaine.

Le Washington Post, qui a pu consulter l’ouvrage avant sa sortie, a réalisé un compte-rendu de ce portrait terrifiant du président des Etats-Unis. La plume acide de l’auteur, qui a souhaité conserver son anonymat, décrit un chef d’Etat amateur de blagues sexistes et racistes, familier des coups de sang et qui fait régner une atmosphère de travail pesante au sein de son administration.

Contrôler les «pires penchants» de Trump

«Il agit comme un enfant de douze ans dans une tour de contrôle, qui appuie sur tous les boutons du gouvernement sans discernement, indifférent aux avions qui dérapent sur la piste et aux vols qui s’écartent désespérément de l’aéroport». Le haut-fonctionnaire s’appuie sur ses observations et sa propre expérience au sein de l’administration Trump. Il omet toutefois sciemment des détails afin qu’il ne soit pas possible de remonter jusqu’à lui.

Toujours de manière anonyme, il avait déjà publié une tribune dans le New York Times en 2018, intitulée Je fais partie de la résistance à l’intérieur de l’administration Trump. Il assurait qu’il avait choisi de ne pas démissionner afin de contrôler le président et «ses pires penchants», affirmant même qu’il n’était pas le seul dans cette situation. Dans son ouvrage à paraître, il reconnaît avoir eu tort à propos de cette «résistance silencieuse» car Donald Trump est «qui il est», soit incapable de changer.

Des remarques sexistes et racistes

Ses anecdotes sur le caractère et les remarques sexistes et racistes du président sont glaçantes. «Il commente le maquillage, fait des blagues sur le poids et critique les tenues vestimentaires […] Il utilise des termes comme “ma chérie” pour s’adresser à des professionnelles accomplies. Un patron ne devrait pas se comporter de cette manière dans un environnement de travail».

D’après lui, le président américain a même tenté d’imiter l’accent hispanique lors d’une réunion dans le bureau ovale durant laquelle il s’en est pris à des femmes migrantes, qui tentaient de traverser la frontière : «Elles disent :Oh, s’il vous plaît, aidez-nous ! Mon mari m’a quittée !” Elles ne servent à rien. Elles ne font rien pour notre pays. Au moins, si elles venaient avec un mari, on pourrait le mettre dans les champs pour cueillir du maïs».

La porte-parole du président, Stephanie Grisham, a, elle, qualifié jeudi l’ouvrage de «mensonges» et d’«oeuvre de fiction», traitant son auteur de «lâche». Le ministère de la Justice a également averti la maison d’édition Hachette et les agents de l’auteur que ce livre pourrait violer un accord de confidentialité. En réponse, l’un des agents a accusé l’administration de tenter d’obtenir des informations sur l’auteur de ce portrait.

Par Le Figaro.fr

Hommage à Sony Labou Tansi (extrait Africa International n°5, rubrique Culture)

septembre 12, 2019

CULTURE : « L’intérieur est plus impitoyable que le dehors », affirmait Sony Labou Tansi. Un livre-hommage au célèbre auteur Congolais mort il y a déjà près de 25 ans (1995) vient de paraître. Caroline Bourgine nous remet en mémoire l’œuvre de l’écrivain connu pour ses citations.

Publiée le 11 sept. 2019 par MRB Networks

France: «Passions», le nouveau livre de Nicolas Sarkozy sort le 27 juin

juin 21, 2019

 

L’ancien président de la République Nicolas Sarkozy publie un ouvrage le 27 juin prochain. Intitulé «Passions», le livre de 360 pages retrace, entre autres, le parcours de Nicolas Sarkozy de ses débuts à l’élection présidentielle de 2007.

Trois ans après La France pour la vie, Nicolas Sarkozy revient non pas en politique mais en librairie. Ce nouvel opus sera tiré à 200 000 exemplaires.

L’ancien président revient sur ses premiers pas au RPR et retrace en toile de fond l’évolution de la droite ces trois dernières décennies. Il y raconte aussi son rapport personnel à la conquête du pouvoir.

L’ouvrage s’achève sur la date du 16 mai 2007, jour de son entrée à l’Élysée. Peut-être réserve-t-il son expérience du quinquennat pour un troisième livre.

Par Le Figaro.fr