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Québec-Protection du français : insatisfait de la loi 96, le PQ propose une nouvelle loi 101

août 29, 2022
Paul St-Pierre Plamondon en compagnie de Pierre Nantel lors d'un point de presse à Montréal.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, estime qu’il faut refaire le travail de la CAQ et renforcer la loi 101. Photo : Radio-Canada

Tandis que ses adversaires ont promis de réduire le fardeau fiscal des Québécois, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a fait la promotion de son plan pour « renverser le déclin » de la langue française au Québec, dont le point de départ est l’adoption d’une nouvelle loi 101.

Le chef péquiste s’est engagé à déposer une nouvelle mouture de la Charte de la langue française dans les 100 premiers jours d’un éventuel gouvernement du Parti québécois. Nous sommes dans une situation critique. Il y a une réelle urgence linguistique au Québec, a-t-il lancé à quelques mètres du monument en l’honneur de Camille Laurin, père de la Charte de la langue française, à Montréal.

Le parti souhaite inverser la courbe du déclin du français afin de ramener à 82 % la proportion de Québécois qui ont le français comme langue principale d’usage.

Face aux récentes données de Statistique Canada qui indiquent un recul du français comme première langue parlée au Québec, le PQ se donne une cible de 75 % de transfert linguistique des allophones vers le français d’ici 10 ans. On sait que c’est présentement à 55 %, a souligné le chef péquiste.

S’il convient que l’indicateur le plus souvent utilisé pour mesurer la vitalité d’une langue est celui de la langue d’usage, utilisée dans l’espace public, le chef du PQ n’a pas clairement exclu de s’intéresser à la langue parlée à la maison.

La langue maternelle, la langue d’usage, la langue parlée en milieu de travail, dans les magasins, au niveau des contenus culturels et de l’enseignement supérieur sont autant d’indicateurs qu’un gouvernement péquiste mesurerait et considérerait pour s’attaquer au problème, a-t-il résumé.

M. St-Pierre Plamondon veut en outre étendre la portée la loi 101 aux cégeps, conformément à la demande de l’aile jeunesse de son parti, et imposer une immigration économique 100 % francophone. Il promet de créer un CRTC québécois, soit un Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications du Québec, et mettre sur pied un bureau faisant la promotion du contenu québécois.

Le Parti québécois compte aussi revoir le statut bilingue accordé aux municipalités qui comptent moins de 33 % de résidents anglophones. En vertu de la loi 96, adoptée par le gouvernement caquiste pour réformer la Charte de la langue française, ce statut peut être révoqué si l’anglais est la langue maternelle de moins de 50 % de la population.

Plusieurs des propositions faites par le chef du PQ faisaient partie d’un projet de loi déposé par la formation politique à l’Assemblée nationale à la fin 2021.

La CAQ, « responsable et complice » du déclin

Il ne fait pas de doute, dans l’esprit du chef du PQ, que la CAQ a sciemment consenti au déclin de la langue française au Québec. L’adoption de la loi 96 ne permettra pas de renverser la tendance, selon Paul St-Pierre Plamondon. L’opération marketing, les mesurettes de la CAQ n’ont convaincu personne, a-t-il insisté.

Questionné sur la pertinence de parler de la survie du français alors que la CAQ et le PLQ se sont engagés lundi à réduire les impôts des Québécois, Paul St-Pierre Plamondon a répété que sa campagne portera sur l’avenir du fait français en Amérique; une question qui préoccupe une grande majorité de la population, selon lui.

« Évidemment, il y a de l’appétit, et il faut refaire le travail qui a été malheureusement escamoté par la CAQ. »— Une citation de  Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

Contrairement au candidat libéral dans la circonscription de l’Acadie, André A. Morin, qui a déclaré ne pas être inquiet du recul du français au Québec, le chef du PQ estime plutôt que la survie de la nation québécoise dépend de la préservation sa langue, qui est au cœur de son identité.

Les propos entendus au sein du camp libéral n’étonnent pas M. St-Pierre Plamondon. Les climatosceptiques de la langue par excellence, a-t-il déclaré, ce sont les libéraux. Ceux-ci nient les chiffres et font la sourde oreille face aux démographes et aux experts qui s’inquiètent de la protection de la langue, a poursuivi le chef péquiste.

D’après lui, la CAQ convient que le français est en perte de vitesse, mais ne prend pas les mesures suffisantes pour y remédier. Ça aussi, c’est une forme de déni, a-t-il tranché.

Le français au Québec en chiffres

  • La proportion de personnes disant parler français de façon prédominante à la maison est passée de 79 % à 77,5 % de 2016 à 2021.
  • Sur la même période, la proportion de la population dont le français était la première langue officielle parlée a diminué dans toutes les régions du Québec, sauf dans Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine. Dans la plupart d’entre elles, le français demeure néanmoins la première langue officielle parlée de plus de 90 % de la population, à l’exception de la Montérégie, de Laval, de l’île de Montréal et du Nord-du-Québec.
  • Le nombre de personnes dont l’anglais est la première langue officielle parlée a franchi le cap du million. Elles représentent 13 % en 2021, contre 12 % en 2016.

    Source : Statistique Canada

Avec Radio-Canada par Valérie Boisclair

Enseigner le français en terrain hostile au temps de la loi 96

mai 7, 2022

« Ça me heurte. Ça me décourage. Je me demande à quoi je sers. » Incursion dans la vie de professeurs de français au Cégep John Abbott alors que la colère gronde sur le campus du West Island contre le projet de Québec de rénover la loi 101.

Un jeune homme brandit une pancarte contre la loi 96

Une centaine d’étudiants et de professeurs ont manifesté contre le projet de loi 96 sur le campus du Cégep John Abbott dans l’ouest de l’île de Montréal. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Will McClelland, 43 ans, est professeur d’anglais au Cégep John Abbott. Il est fier de dire que sa famille est établie au Québec depuis 1834. Il regrette, par ailleurs, que son français ne soit pas assez bon pour répondre à nos questions dans cette langue qu’il trouve trop difficile à maîtriser.

Je n’ai pas très très bilin[gue], dit-il. Pourquoi? je demande. You could also ask : why don’t I play hockey better? Well, not everyone can be Guy Lafleur! (Vous pourriez aussi me demander pourquoi je ne suis pas meilleur au hockey, mais tout le monde ne peut pas être Guy Lafleur), ironise-t-il, derrière ses lunettes fumées.

Monsieur McClelland, comme beaucoup de professeurs du cégep, est venu manifester contre le projet de loi 96 en compagnie d’une centaine d’étudiants qui scandent des slogans sur le campus avec beaucoup de conviction. NO 96! Fuck that shit! (Non à 96! À bas cette merde!)

Mis à part cet événement lié à l’actualité, l’endroit semble figé dans le temps. Un magnifique campus à l’allure britannique, des pelouses déjà vertes devant un lac Saint-Louis scintillant.

Le Cégep John Abbott, dans le West Island, est entouré de vieilles demeures élégantes rappelant que ce coin de l’île de Montréal constituait, au début du 20e siècle, un refuge champêtre pour les familles les plus riches du Québec. Les Angus, les Morgan, les Abbott, etc.

Le professeur d’anglais tient fièrement une pancarte sur laquelle on peut lire : Bill 96, une autre loi raciste. Pourquoi raciste? La réponse du professeur évite la question. En fait, dit-il, il en a contre l’ampleur de la loi : Ce n’est pas une loi, c’est une loi omnibus de 290 pages. C’est beaucoup trop gros.Il pose avec sa pancarte contre le projet de loi 96.

Will McClelland, 43 ans, est professeur d’anglais au Cégep John Abbott. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Malgré le fait qu’il ne parle pas vraiment la langue, le professeur McClelland célèbre le fait français au Québec. Il évoque de jolies filles québécoises qui l’ont gentiment aidé à pratiquer un peu. Will McClelland affirme que le Canada tire sa richesse de sa dualité linguistique. Nous ne voulons pas que le Québec devienne La Nouvelle-Orléans, assure-t-il. Mais la loi 96? Ça, c’est non. Il y a des moyens plus amusants et plus sexy que cette loi pour protéger le français, pense-t-il.

Depuis 2001, les anglophones sont minoritaires dans les cégeps de langue anglaise comme John Abbott. En 2018, selon le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, près de 40 % de leurs étudiants étaient allophones, 21 % étaient francophones. Pour freiner la tendance qui voit de plus en plus d’étudiants francophones et allophones se diriger vers les cégeps anglophones, le projet de loi 96 propose un gel des places dans le réseau anglophone.

En outre, à la suggestion du Parti libéral du Québec, la loi prévoit l’ajout de trois cours additionnels de français dans le réseau collégial anglophone pour les ayants droit, c’est-à-dire les anglophones du Québec. Pour les étudiants allophones et francophones dans le réseau anglophone, le ministère prévoit plutôt que des cours y soient donnés en français. Le projet de loi prévoit aussi que les étudiants francophones et allophones passent dorénavant l’épreuve uniforme de français pour obtenir leurs diplômes. Les ayants droit en seront dispensés.

Pourtant, Noah Kaufman, 19 ans, est complètement paniqué. Noah fait partie des ayants droit. Issu de la communauté anglophone du Québec, il a fait ses études secondaires en anglais à Pointe-Claire. Le jeune homme scande sa colère contre la loi 96 bien en avant dans le cortège d’étudiants. La manifestation est filmée par les réseaux de télévision anglophones CBC et CTV.

Avec cette nouveau loi, ça va faire beaucoup plus difficile pour passer le cégep. On doit opposer cette loi beaucoup, dit-il dans un français laborieux, mais compréhensible. Noah insiste : il aime et respecte les francophones, mais il veut défendre les droits des anglophones du Québec. Voici à quoi ressemble 50 %,  peut-on y lire sur sa pancarte

Jenna n’est pas seulement opposée à la loi 96. Elle en a aussi contre la loi sur l’affichage commercial, adoptée en 1988 par le Parti libéral du Québec Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Plus loin dans la manifestation, Jenna, 18 ans. Elle a étudié en français au secondaire. Allophone, c’est une enfant de la loi 101. Elle aussi est venue manifester avec enthousiasme contre la loi 96. Or, elle a fabriqué une pancarte qui peut porter à confusion. Voici à quoi ressemble 50 % peut-on y lire.

Je lui demande d’expliquer le slogan, elle me raconte. En fait, c’est un message pour se moquer des dispositions de la loi 178 sur la prédominance du français dans l’affichage commercial, adoptée en 1988 par le Parti libéral de Robert Bourassa, à une époque où Jenna n’était évidemment pas de ce monde, mais elle estime que cette loi n’aurait pas dû être adoptée, affirme-t-elle, en anglais.

Officiellement, la manifestation a été organisée par l’association étudiante. La présidente de l’association est une jeune femme affable, Ivana Riveros-Arteaga. Je veux étudier en loi (droit) dit-elle. D’entrée de jeu, elle spécifie que les étudiants aiment le français. Elle a d’ailleurs demandé à des camarades de ne pas sortir une affiche du local de l’association sur laquelle on peut lire : LOI 96, une autre loi raciste, mais explique que si 96 n’est pas raciste, elle est discriminatoire. L’ajout de cours de français, plaide-t-elle, c’est une barrière. Ça va faire baisser notre cote R.

L’ajout de cours de français est aussi vu par la direction du cégep comme un frein à la réussite. D’ailleurs, la manifestation est encouragée par la haute direction de l’établissement. En effet, le 27 avril dernier, la direction générale du cégep a enjoint à son personnel de manifester contre la loi 96 aux côtés des étudiants. S’ils étaient contre la loi, évidemment.

Les collèges anglophones veulent augmenter les compétences en français de leurs étudiants, mais pas au détriment de leur réussite, écrivait, notamment, dans cette note John Halpin, directeur général de l’établissement.Bill 96 : une autre loi raciste, peut-on lire sur une affichette contre la loi 96 sur le campus de John Abbott.

Bill 96 : une autre loi raciste, peut-on lire sur une affichette sur le campus de John Abbott, au local de l’association étudiante. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Enseigner le français en terrain hostile

La direction fait une équation entre échec et français. Le français devient un cours écueil, déplore un professeur en soupirant. Je suis découragé. Il ajoute : J’ai beaucoup de peine, en fait. Le professeur évoque, en outre, une réunion syndicale récente qui a tourné au vinaigre. L’exécutif du syndicat des professeurs, affilié à la CSN, a fait témoigner une jeune Autochtone qui avait échoué à son cours de français et présenté cet échec comme un exemple de discrimination systémique. Ensuite, beaucoup de nos collègues se sont mis à dire que l’apprentissage du français nuisait aux étudiants en général, se souvient-il, encore marqué, ébranlé, par les propos de certains collègues.

Nous nous sommes longuement entretenus avec cinq professeurs du Département de français du Cégep John Abbott. Nous les nommerons : professeurs 1, 2, 3, 4, 5. Nous adopterons aussi le masculin pour éviter de désigner leur genre, puisque nous avons accepté qu’ils témoignent sous couvert de l’anonymat afin de ne pas nuire à leurs relations avec leurs élèves et leurs collègues. Ils ne sont pas tous nés au Québec, mais ont tous en commun d’aimer le français, la littérature, le cinéma, la culture et de s’être donné comme mission de faire aimer et connaître minimalement cette culture à leurs étudiants.

Les professeurs consultés nous ont tous dit, d’entrée de jeu, que John Abbott était une société distincte et que le rapport au français des étudiants serait sans doute plus positif si on sondait des professeurs de français dans d’autres cégeps anglophones du Québec. John Abbott, c’est comme un bastion du privilège anglophone de ne pas parler français, a résumé le professeur 2.

Ce professeur 2 s’attriste aussi de la tension engendrée par le projet de loi 96. J’ai des amis, j’ai des collègues anglophones que j’admire beaucoup, que j’aime. Ils sont respectueux. Me parlent en français. Ils aiment le français. On a tissé des ponts qui sont fragiles, je ne voudrais pas qu’ils sombrent, affirme l’enseignant, qui avoue pleurer parfois de désespoir devant une hostilité peu subtile. Il évoque des scènes où, quand il parle français, des membres de la direction ou des collègues réagissent mal.

Professeur 2 n’est pas en faveur de la loi 96, mais il est embêté. Les niveaux de français, même chez les plus forts, même chez les étudiants francophones, sont trop souvent lamentables. Je n’arrive pas à comprendre comment des élèves peuvent se rendre au cégep en ayant si peu de maîtrise de la langue. Il souhaiterait ne pas devoir imposer par une loi aux étudiants l’apprentissage du français.

Les professeurs 1, 3 et 5 constatent aussi que le niveau de français est très faible même au sein des groupes dits forts. Professeur 3 spécifie que, souvent, ce sont les allophones qui sont passés par les programmes de francisation qui sont les meilleurs et les plus ouverts à la culture francophone.

Le professeur 4 s’en prend à ceux qui disent, dans les médias, que le français n’est pas menacé au Québec. J’aimerais que ces gens viennent dans ma classe quelques semaines et enseignent à des enfants dont un des parents est francophone, mais qui disent, toujours, à la fin de leur cégep : Je suis 18 ans et mon maison est bleue.Des manifestants brandissent leurs pancartes contre la loi qui vient renforcer le français au Québec.

Manifestation contre la loi 96 au Cégep John Abbott Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Des préjugés tenaces contre les Québécois

Le français, c’est plate. C’est inutile. Les Québécois sont des ploucs. Ils parlent mal. Je vais déménager en Ontario pour ne pas parler français. C’est ce que nous disent beaucoup d’étudiants, rapporte le professeur 1. Mais le plus insidieux, c’est de devoir se battre contre ce préjugé tenace que les Québécois sont racistes, xénophobes, repliés sur eux-mêmes, relate-t-il encore.

Le professeur 3 raconte, quant à lui, qu’il doit régulièrement recadrer le discours. Quand ils disent des choses hyper négatives des Québécois, je leur demande de remplacer dans leurs phrases le mot Québécois par, disons, Haïtiens ou Israéliens. La réaction des étudiants est toujours la même : « Ben non. Je pourrais pas dire cela des Haïtiens ou autres, ce serait raciste! » Alors je leur demande : pourquoi vous pouvez affirmer de telles choses sur les francophones du Québec?

Professeur 4 résume ainsi la situation : De mon point de vue, c’est du mépris, mais du leur, c’est une position de supériorité morale. Ils sont persuadés d’être moralement plus vertueux que les Québécois francophones. Ils ont une leçon de tolérance à donner, mais cette tolérance et cette acceptation ne s’expriment jamais à l’égard des francophones, constate-t-il.

Professeur 5 raconte que même certains étudiants francophones sont allergiques à leur propre culture. Ce n’est pas de la haine de soi, c’est de la négation de soi. Ils sont anglophones dans leur tête. Ils ne veulent pas appartenir à la mauvaise gangcelle des pauvres, incultes, unilingues, fermés sur eux-mêmes.

Professeur 3 relève aussi que beaucoup d’étudiants – francophones, allophones et anglophones – ne comprennent absolument pas qu’il faille protéger le français au Québec. Ils entretiennent l’idée que le français est une langue coloniale qui leur est imposée. Ils s’identifient aux Autochtones. Certains sont persuadés que les anglophones sont une minorité opprimée et que, du même coup, les allophones le sont aussi parce que le Québec leur impose le français.

Les petites victoires et les grandes blessures

Sur le campus du Cégep John Abbott dans le West Island.

Le professeur de français Jean-Marc Beausoleil.

PHOTO : RADIO-CANADA / IVANOH DEMERS

Les professeurs 1, 2, 3, 4, 5 nous ont tous dit aimer leur travail et leurs étudiants. Ils racontent des petites victoires. Un étudiant, une étudiante parmi la masse qui démontre un réel intérêt. Ils continuent pour eux. Ils voient leur enseignement comme un devoir de citoyen, de pédagogue, celui de créer des liens entre deux fameuses solitudes.

Mais en cette journée lumineuse, ce lien, ces ponts sont ébranlés. Devant les manifestants, Jean-Marc Beausoleil, qui enseigne depuis 15 ans au Cégep John Abbott, nous aborde. Il est insulté.

À chaque fois qu’on essaie de promouvoir la langue française, le réflexe de la communauté anglo-québécoise, une communauté hyper privilégiée, est de nous traiter de racistes! dit le professeur, ému. Cette accusation-là est fausse. C’est une récupération honteuse de la lutte contre le racisme et ça me fait de la peine. Cela fait 15 ans que je me fends en quatre pour enseigner le français ici, et de voir ça, je trouve cela épouvantable. Mais ça fait 400 ans qu’ils veulent qu’on disparaisse, alors on est habitués, que voulez-vous…

Avec Radio-Canada par Émilie Dubreuil

Canada-Québec/Protection du français : quand la CAQ enfonce des portes ouvertes

juin 19, 2021

Ottawa veut en faire davantage pour protéger le français. Voilà une bonne nouvelle qui n’a pas l’air de réjouir le ministre Simon Jolin-Barrette. Il suffisait de l’entendre réagir au dépôt du projet de loi C-32 pour comprendre qu’il n’est pas près de sabrer le champagne.

Le projet de loi 96, visant à renforcer et à protéger la langue française au Québec, a été annoncé en grande pompe par François Legault et Simon Jolin-Barrette.

© Sylvain Roy Roussel/Radio-Canada Le projet de loi 96, visant à renforcer et à protéger la langue française au Québec, a été annoncé en grande pompe par François Legault et Simon Jolin-Barrette.

Et pour cause : après le Parti libéral du Québec, c’est au tour du Parti libéral du Canada de doubler la CAQ. Non seulement approuve-t-il la démarche du gouvernement Legault pour protéger le français, mais la ministre Mélanie Joly a clairement laissé entendre mardi qu’elle souhaitait s’aligner sur le projet de loi 96 (PL96).

Résultat : la CAQ, qui se targue d’être le parti de la fierté nationale retrouvée, jusqu’à mettre son poing sur la table pour protéger la langue française, se retrouve à défendre des mesures qu’aucun de ses adversaires ne trouve, finalement, trop audacieuses.

C’est peut-être là le prix à payer pour un gouvernement qui a autant fait grimper les attentes par rapport à son projet de loi. Pendant près d’un an, le ministre Jolin-Barette s’est affairé à convaincre à peu près tout le monde que le français était en danger, et qu’il faudra agir vigoureusement pour freiner son déclin.

Force est de constater qu’il y est – trop – bien parvenu : le projet de loi qu’il a présenté ne semble pas même rassasier ceux qu’il avait lui-même mis en appétit. En témoigne le dernier sondage Léger sur la question, commandé par le Parti québécois, qui indique que si plus de 64 % des Québécois estiment que le français est en déclin, seulement le quart pensent que la réforme proposée par la CAQ pourra renverser la tendance.

Pas d’inquiétudes chez les libéraux fédéraux

Dans la capitale fédérale, on se défend de vouloir projeter la question linguistique dans un débat électoral. La réforme de la loi sur les langues officielles, explique un conseiller du gouvernement, est une intention formulée bien avant l’arrivée de la CAQ à Québec et du Bloc à Ottawa. Un remède surtout à des années de négligence des gouvernements précédents.

De toute façon, les troupes de Justin Trudeau ne semblent pas convaincues que la question linguistique puisse leur rapporter beaucoup de votes, ou de sièges.

Cela ne veut pas dire qu’on n’a pas surveillé attentivement ce que faisait Québec. C’est sûr que ça nous inquiétait», affirme une source proche du dossier. Finalement, on a vite déterminé pouvoir vivre avec» le projet de loi de Simon Jolin-Barrette, même en ce qui concerne les changements proposés à la Constitution.

Seul point de discorde : les obligations linguistiques imposées aux entreprises de compétence fédérale installées au Québec. Ottawa est disposé à appliquer dans ces entreprises des règles similaires à ce qui est prévu dans le projet de loi 96, mais pas question de les assujettir à la loi 101 comme le demande le gouvernement Legault. Pour l’instant, Ottawa ne voit pas comment le différend pourrait se transformer en conflit majeur.

Eux [le gouvernement Legault] n’ont pas le capital légal pour s’en prendre à nous et nous n’avons pas le capital politique pour aller contre eux», indique une source. En fin de compte, si l’intention des deux gouvernements est de protéger le français, on trouvera sûrement un terrain d’entente. Si le ton monte, c’est que l’un des deux cherche à exploiter la question à des fins politiques.

Un projet de loi à renforcer

Québec se prépare déjà à corriger le tir. Plusieurs sources confirment que le ministre Jolin-Barrette devrait profiter des consultations de l’automne pour donner plus de mordant à son projet de loi.

Il ne serait donc pas question de jeter du lest, ou de faire des concessions au nom de la recherche du consensus. Au contraire, la CAQ devrait hausser le ton, ce qui n’aurait rien d’étonnant, si elle souhaite toujours se présenter comme le protecteur de l’identité québécoise en année préélectorale.

D’ailleurs, le ministre lui-même s’est dit disposé à bonifier le PL96 avec des propositions des partis d’opposition. Il a donné l’exemple de l’obligation pour les étudiants des cégeps anglophones de réussir un minimum de trois cours en français pour obtenir leur diplôme, une avenue intéressante» selon lui.

Est-ce qu’il pourrait raffermir sa position en ce qui concerne le statut bilingue des municipalités? Une source proche du dossier le pense. D’autres espèrent encore que le gouvernement limite davantage l’accès au cégep anglophone.

Rassurer les anglophones

La communauté anglophone pourrait-elle devenir la principale ligne de fracture entre l’offre de Québec et celle d’Ottawa? Une chose est certaine, les inquiétudes des Anglo-Québécois pourraient donner du fil à retordre au gouvernement Legault, qui a pourtant fait de son mieux pour ne pas les froisser avec son projet de loi.

Le cabinet Trudeau, pour sa part, prépare ce terrain depuis des mois. Des rencontres ont eu lieu avec les intervenants à plusieurs reprises, les ministres ont envoyé des émissaires sur le terrain. Après tout, plusieurs élus libéraux dépendent du vote anglophone pour être réélus.

En coulisses, on pense avoir calmé les craintes. Je ne pense pas qu’on aura besoin de faire du outreach dans Outremont», lance une source. Les anglophones ne sont pas fâchés contre nous, ils sont fâchés contre Québec.»

Comme il l’avait fait pour la laïcité, François Legault a affirmé à plusieurs reprises qu’il voulait que sa réforme de la loi 101 soit modérée. Il court maintenant le risque à vouloir satisfaire tout le monde de ne contenter personne. En politique comme ailleurs, qui trop embrasse mal étreint.

Avec  Alex Boissonneault, Daniel Thibeault