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Jeunes aux longues queux

mai 20, 2013

 

Jeunes loin d’avoir un visage beau

Mais plutôt de Satan du tombeau

Amis de sales besognes d’Asmodée

Qui leur promet maints trophées

Vermines de sociétés modernes

Sangsues noires étrangères des lagunes

Ils sentent un parfum de macchabée

De triste et sale besogne de scarabée

A la carapace luisante d’un noir de jais

Tronquant facilement leur beauté aux laids

Néron à la culture et à l’éducation dangereuses

Loups-garous de pires nuits ténébreuses

Quand dorment les humains d’un bon sommeil

Ils grappillent avec de longues queux

Avec la bouche longue aux dents de feu

Voyageant nus la nuit dans le ciel

A la quête des âmes innocentes

Pour assouvir leur faim mordante.

 

Bernard NKOUNKOU

Les «brouteurs d’Abidjan», les nouveaux escrocs d’Internet

décembre 8, 2012
 
Environ 50 internautes, majoritairement des hommes, se font piéger tous les jours par des brouteurs en France.
Environ 50 internautes, majoritairement des hommes, se font piéger tous les jours par des brouteurs en France. Crédits photo : MAGAN CRANE/AFP
  •  «les brouteurs d’Abidjan», des cyberescrocs séduisent leurs victimes, les poussent à se dénuder devant leur webcam avant de les faire chanter. Un business qui a rapporté 21 millions d’euros en 2010.
Elle se faisait appeler «Panthère noire du désert». Se présentait comme une jeune femme d’une vingtaine d’années, originaire de Nancy, et selon les photos, arborait une longue chevelure blonde. Thibault (le prénom a été modifié), la trentaine, divorcé, chattait avec elle depuis plusieurs jours. Attentive, elle l’interrogeait sur sa vie sentimentale, son travail, etc. Un soir, leurs échanges se font plus intimes, et quand la «Panthère noire du désert» s’effeuille devant sa webcam, Thibault fait de même. «Je vais au bout du trip, et tout à coup, je reçois des dizaines de messages me demandant de payer 200 euros si je ne veux pas que la vidéo soit envoyée à mon ex-femme, sur Facebook, Youtube, à mon patron…Partout quoi!»

«Certains payent jusqu’à 50.000 euros»

Exemple de faux document envoyé pour faire chanter un «mougou»
Exemple de faux document envoyé pour faire chanter un «mougou»

Thibault, comme des dizaines d’internautes chaque jour, s’est fait piéger par un arnaqueur à la webcam. Les photos et les vidéos de «Panthère noire du désert» étaient des extraits prélevés sur d’autres sites, et Thibault un «mougou», un pigeon dans le jargon des arnaqueurs. Thibault a refusé de payer et ignoré les messages de la panthère noire. Mais «certains payent jusqu’à 10.000, 20.000, ou même 50.000 euros», affirme Annie Roser, vice-présidente de l’association Aven Europe, qui prend en charge les victimes de ces arnaques. Car une fois que le «mougou» accepte de payer, un engrenage infernal se referme sur lui. Après le chantage à la vidéo, il reçoit de fausses lettres officielles lui sommant de régler une amende, arguant que la personne avec qui il a chatté était mineure et qu’il est coupable de pédophilie. Les documents sont grossiers et pleins de fautes d’orthographe, mais la victime, souvent honteuse, ne demande pas d’aide et devient une proie facile.

«Ils ne reculent devant rien, emploient des mots très violents, téléphonent plusieurs dizaines de fois par jour, explique l’avocat Lionel Febbraro, qui a défendu plusieurs victimes de ce type d’arnaque. Le fils d’une de mes clientes a reçu une vidéo d’elle nue! L’escroc lui disait qu’il allait “détruire sa vie, qu’elle n’était plus rien, qu’elle était morte.”» Des menaces d’une violence telle qu’elles ont déjà conduit plusieurs personnes au suicide. A Brest, un adolescent s’est pendu en octobre après avoir été victime de chantage à la webcam. C’est le troisième suicide connu à cause de ces arnaques.

«Merci Seigneur d’avoir créé ce monsieur grâce à qui je suis riche»

De l’autre côté de l’ordinateur, se cachent des professionnels de l’arnaque. On les appelle les brouteurs d’Abidjan car un grand nombre d’entre eux officient depuis la Côte d’Ivoire. Brouteur, en référence au mouton, qui se nourrit sans effort. Ils passent leurs journées dans les cybercafés, courant plusieurs lièvres à la fois. Sur leurs pages Facebook, certains se vantent de leur force de persuasion, comme sur cette image où un brouteur remercie ironiquement sa victime. «Merci Seigneur d’avoir créé ce monsieur grâce à qui je suis riche», écrit le brouteur. «Ils vont continuer à payer», commente un de ses amis.

«C'est lui ton vrai père», commente un des amis du brouteur.
«C’est lui ton vrai père», commente un des amis du brouteur.

«On reconnaît tout de suite un brouteur, explique Dje Km, journaliste ivoirien qui a enquêté sur le phénomène. Ils ont de grosses voitures, sortent dans les restaurants et boîtes de nuit de luxe, étalent leur richesse, achètent des bouteilles de champagne.»

Les brouteurs se prennent en photo avec l'argent de leur larcin et postent les clichés sur les réseaux sociaux.
Les brouteurs se prennent en photo avec l’argent de leur larcin et postent les clichés sur les réseaux sociaux.

En Côte d’Ivoire, le salaire moyen est de 300 euros par mois. Les brouteurs arrivent à gagner autant en une journée. Selon le gouvernement ivoirien, ces cyberescrocs ont gagné plus 21 millions d’euros en 2010, dont la plus grande partie provient des pays européens. Le ministère ivoirien de l’Intérieur a mis en place, en janvier 2011, une cellule spéciale pour lutter contre la cybercriminalité, mais peine à démanteler les réseaux. Seules six personnes ont été interpellées en 2011, indique la presse ivoirienne. Et comme les brouteurs sont généreux avec les habitants de leur quartier, ils bénéficient de nombreux soutiens quand les autorités cherchent à les interpeller. Une émeute a ainsi éclaté dans le quartier d’Adamo Ouattara, surnommé le «brouteur le plus recherché d’Abidjan», quand la police a tenté de l’arrêter en octobre.

En France, une majorité des plaintes restent sans suite. La plate-forme téléphonique spécialement mise en place, reçoit plusieurs appels par jour selon Le Monde . Reste l’association Aven Europe, qui passe tous les jours au peigne fin les sites de partage de vidéos pour faire enlever les films volés. «J’en signale une cinquantaine par jour», raconte Annie Roser. Pour Thibault comme pour les autres victimes, tourner la page de la trahison et de la menace est difficile. «Je passe des heures et des heures à fouiller Internet pour voir si la vidéo n’est pas quelque part, confie l’homme. Depuis cette histoire, je vis dans l’angoisse.»

Lefigaro.fr par Judith Duportail

Côte d’Ivoire – Soro : « Mon destin est formidable »

mars 26, 2012

C’est le premier entretien qu’il accorde à la presse depuis son élection. Porté à la tête de l’Assemblée nationale avec un score quasi soviétique, le 12 mars, Guillaume Soro savoure. Pour l’ancien chef rebelle devenu, en à peine dix ans, numéro deux de l’État ivoirien, c’est une consécration. Et un tremplin.   «Mon destin est formidable ! » Mardi 13 mars dans l’après-midi, alors qu’il vient tout juste de passer ses pouvoirs à son successeur, Jeannot Ahoussou-Kouadio, le désormais ex-Premier ministre Guillaume Soro ne dissimule pas son plaisir, presque son vertige, lors d’une longue conversation téléphonique avec Jeune Afrique. Il est vrai qu’on ne peut pas avoir été leader de rébellion puis ministre d’État à 30 ans, chef du gouvernement à 34 ans et – depuis le 12 mars – président de l’Assemblée nationale à 39 ans, le tout dans un pays aussi richement doté que la Côte d’Ivoire en politiciens de qualité, sans en éprouver un frisson de narcissisme.   Le 8 mars, au sortir d’une entrevue avec le président Ouattara au cours de laquelle il lui a, comme convenu de longue date entre les deux hommes, remis sa démission de Premier ministre, Guillaume Soro téléphone à son mentor, son grand frère et son Pygmalion de toujours, Blaise Compaoré : « Voilà, c’est fait, lui dit-il. Je suis désormais au chômage. Il va falloir que tu m’envoies chaque mois un boeuf et un sac de riz pour nourrir toute ma famille. » Le chef de l’État burkinabè éclate de rire : il connaît, pour l’avoir coécrit, le scénario qui est en train de se dérouler entre Abidjan et Yamoussoukro.

Si j’avais accepté le deal de Gbagbo, l’Histoire aurait été différente.   De fait, Soro ne restera que quatre jours sans emploi. Le lundi suivant, seul candidat au perchoir, il est élu avec un score quasi soviétique : 236 des 249 députés ont voté pour lui, sans tenir compte du fait que, à deux mois près, le nouvel élu de Ferkessédougou n’a pas l’âge requis (40 ans) pour le poste. « Qui peut le plus peut le moins, commente-t-il. L’article 48 de la Constitution a permis à tout le monde de se présenter à la présidentielle de 2010, sans tenir compte de la limite d’âge. Cette disposition s’applique a fortiori à l’Assemblée nationale. Quant aux treize députés qui se sont abstenus, je les remercie. L’unanimité aurait été embarrassante. »   Amères. Un plébiscite tout de même, qui propulse Guillaume Soro au deuxième rang de l’État ivoirien. Un statut enviable et qui n’a rien de symbolique : en cas de décès ou d’empêchement du président, c’est lui qui assure l’intérim. « Je mesure pleinement la confiance que me fait Alassane Ouattara. J’imagine qu’il a dû peser, soupeser et repeser cette décision », dit-il, comme pour répondre à ces quelques voix amères qui susurrent que le chef a pris un risque en choisissant un ex-rebelle ambitieux pour un poste aussi sensible. Après tout, même s’ils se connaissent depuis une quinzaine d’années et s’ils ont, depuis un an, cohabité sans heurts au pouvoir, Ouattara et Soro ne sont pas issus de la même matrice. Le second doit beaucoup plus, en termes d’apprentissage et d’accompagnement politiques, à Blaise Compaoré qu’au premier, et sa loyauté envers Laurent Gbagbo jusqu’à l’élection présidentielle a longtemps nourri, dans l’entourage de Ouattara, des soupçons de partialité. Mais tout a changé au lendemain du 28 novembre 2010 lorsque Soro, ulcéré par le comportement de Gbagbo entre les deux tours, conscient du fait que ce dernier ne lui réservait aucun avenir politique et prenant acte du résultat officiel du second tour, a basculé définitivement dans le camp du vainqueur assiégé. « Je crois que la confiance que m’accorde le président repose sur deux choses, analyse, lucide, Guillaume Soro. Le 28 novembre, après avoir confisqué le pouvoir, Gbagbo a voulu passer un deal avec moi. Si j’avais accepté, l’Histoire aurait été différente. Or j’ai refusé. Puis j’ai engagé les Forces nouvelles, mes troupes, dans la bataille. Nous avons gagné, nous avons pris Yamoussoukro puis Abidjan et j’aurais fort bien pu, dans la foulée, ramasser la mise pour moi. Or je ne l’ai pas fait. Qui d’autre Alassane Ouattara a-t-il pu tester de façon aussi précise, cruciale et déterminante ? »   Au-dessus de la mêlée. Son avenir, Guillaume Soro le voit d’abord dans la proximité. « Président de l’Assemblée nationale, c’est une lourde responsabilité », reconnaît-il, et peu importe à ses yeux si, en l’absence du Front populaire ivoirien (FPI), aucune opposition significative n’y siège. « Ce ne sera pas une chambre d’enregistrement, ce n’est pas mon genre. Il n’y aura ni complaisance, ni chèque en blanc délivré au gouvernement, j’y veillerai. Mon successeur à la primature et moi avons travaillé ensemble pendant quatorze mois. Je l’apprécie. Mais il me connaît. »   Il est clair également que Guillaume Soro n’entend pas se désintéresser d’un dossier qu’il suivait presque heure par heure lorsqu’il était Premier ministre : la refonte de l’armée et le sort des ex-rebelles. « Je reste là, en back-office », promet-il. Le ministre délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi, qu’il avait lui-même choisi, à qui il s’est efforcé de beaucoup déléguer et qui a été reconduit dans le nouveau gouvernement, servira de courroie de transmission. Quant aux Forces nouvelles (FN), dont il est le secrétaire général, il entend, assure-t-il, s’en retirer, le poste étant incompatible avec une présidence de l’Assemblée « au-dessus de la mêlée ».   Reste qu’il y a de fortes chances pour que ce retrait soit avant tout formel. Le nouveau secrétaire général, qui devrait être connu dans un ou deux mois après une réunion au sommet, ce sera lui et personne d’autre qui l’aura adoubé. Un moment caressée, l’idée de transformer les FN en parti politique est écartée depuis septembre 2011, quand celui qui était encore Premier ministre a décidé de se présenter aux législatives sous l’étiquette du Rassemblement des républicains (RDR), le parti de Ouattara. Une formation dont il se sent proche mais à laquelle il n’a pas – ou pas encore – adhéré, préférant attendre de voir si l’ambitieux projet de fusion organique entre ce parti et celui d’Henri Konan Bédié, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), prend corps. Chez Soro, on l’aura noté, le mot rassemblement revient fréquemment, comme s’il voulait en faire la pierre angulaire de son destin politique.

Rester loyal envers le président, c’est le meilleur moyen de préparer mon avenir.

Guillaume Soro avec l’ancien président Gbagbo en octobre 2008 à Katiola.   Plaisanterie. L’avenir immédiat, c’est aussi une urgence : lever au plus vite l’hypothèque de la Cour pénale internationale (CPI), qui a déjà attrapé Laurent Gbagbo dans ses filets et dont les enquêtes rétrospectives s’étendent désormais jusqu’à septembre 2002, date de l’entrée en rébellion d’un certain Guillaume Soro. À la question « Vous sentez-vous menacé ? », le nouveau président de l’Assemblée nationale répond d’abord sur le ton de la plaisanterie : « Si j’en crois certains, il faudrait incarcérer tous les Ivoiriens, du plus grand au plus petit d’entre eux. Croyez-vous que la prison de Scheveningen contienne assez de cellules VIP ? » Puis, il se ravise, redevient sérieux. La CPI, il le sait, a sa propre logique, ses propres mécanismes, sur lesquels nul n’a de prise, et – signe qu’il ne prend pas l’affaire à la légère – Guillaume Soro a fait plancher sa propre équipe de juristes sur « son » dossier. « Je n’ai été ni convoqué ni entendu par la CPI parce qu’il n’y a rien me concernant, dit-il. Je suis serein. C’est Gbagbo qui, en refusant le verdict des urnes, est le seul responsable des événements de 2011. Les FN ne sont entrées dans la guerre que pour y mettre un terme. Ni l’origine ni le niveau des crimes commis ne sont donc comparables. Si certains comzones sont poursuivis par la Cour, ils devront en répondre, mais cela s’arrêtera là. La CPI va juger Jean-Pierre Bemba ; elle n’a pas, que je sache, mis en cause Joseph Kabila. » Et la réouverture éventuelle d’une enquête sur les crimes commis par les rebelles à Bouaké en octobre 2002 et à Korhogo en juin 2004 ? « Des jugements ont été prononcés, des sanctions sont tombées contre les responsables. Je vois mal la Cour remettre cela en question », répond Soro. Serein peut-être mais aussi préoccupé, l’ancien chef de guerre sait que, dans la pire des hypothèses, Alassane Ouattara ne le lâchera pas. On le sent pourtant désireux d’être au plus vite soulagé de ce qui apparaît comme une sourde menace, histoire qu’elle ne vienne pas s’immiscer en travers de son destin.   Car tout Abidjan, toute la Côte d’Ivoire en est persuadée : l’Assemblée nationale n’est, pour Soro, qu’une étape sur les marches du Palais. Lui, bien sûr, ne se découvre pas. « Mon seul objectif est de préparer la réélection d’Alassane Ouattara en 2015 », explique-t-il, avant d’ajouter : « Je pense que si je reste loyal, dans le sillon du président, comme j’en ai bien l’intention, c’est le meilleur moyen pour moi de préparer mon avenir. Après tout, il arrive que l’on rencontre sa destinée par le chemin que l’on emprunte pour l’éviter. »   Dépucelage politique. Sur ce point, Guillaume Soro, dont le dépucelage politique est ancien, endosse les habits d’un enfant de choeur, qui ne lui siéent guère. Nul n’ignore en effet qu’il ne fera rien pour éviter ce chemin qui mène au pouvoir suprême, qu’il y pense en se rasant, qu’il s’y prépare, et que cette ambition, naturelle chez un homme aussi jeune, aussi brillant et avec un tel parcours, n’a rien d’illégitime. Mais sur ce point aussi Guillaume Soro dit vrai : la réussite dans cette entreprise passe par sa fidélité à Alassane Ouattara. Si, comme on l’imagine et sauf aléas de la vie, ce dernier se retire en 2020 une fois ses deux mandats constitutionnels achevés, Soro aura de vraies chances de lui succéder, à une condition : que Ouattara l’ait auparavant décidé, en mettant son influence et son parti à son service. Guillaume Soro aura alors 48 ans. Sa ferme de Ferkessédougou, qui compte déjà cent têtes de boeuf, sera d’une taille respectable, et beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts de la lagune Ébrié. En attendant, lui qui n’a pratiquement pas pris de congés depuis cinq ans attend avec impatience le mois de juin pour faire un break. En guise de devoirs de vacances, il suivra, c’est promis, des cours intensifs de remise à niveau dans la langue de Shakespeare. Maîtrisard en anglais, il n’a guère eu le temps en effet, ces dernières années, de le pratiquer. Mister Soro, qui en douterait, voit loin…   ___

Jeuneafrique.com François Soudan et Baudelaire Mieu, à Abidjan