Posts Tagged ‘Louise Mushikiwabo’

Oria Kije Vande Weghe (OIF) : « Non, Louise Mushikiwabo ne manœuvre pas pour faciliter sa réélection »

juin 5, 2022

L’OIF tient à répondre aux critiques concernant l’élection de son prochain secrétaire général. Laquelle est toujours prévue lors d’une réunion en présentiel à Djerba.

Louise Mushikiwabo. © OIF

Jeune Afrique : certains détracteurs de Louise Mushikiwabo estiment que celle-ci joue avec le calendrier pour faciliter sa réélection en novembre prochain ? Que répondez-vous ?

Non, Louise Mushikiwabo ne manœuvre pas en sous-main pour faciliter sa réélection à la tête de l’OIF. Comme Jeune Afrique l’affirmait récemment dans ses colonnes, les modalités concernant l’élection du secrétaire général de l’institution ont bien été au cœur des discussions de la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) qui s’est tenue le 23 mai 2022 à Paris. Le délai de l’appel à candidature a été ramené à cette occasion à six mois au lieu de douze comme prévu par la procédure d’élection du règlement unique, adopté pour la première fois dans l’histoire de l’OIF le 16 mars dernier, dans le cadre de la transformation institutionnelle lancée par la secrétaire générale.

Cette décision n’a pas été prise pour empêcher toute concurrence, comme l’ont estimé un peu tôt certains, mais bien pour tenter de respecter au mieux les toutes nouvelles procédures, tout en tenant compte des impératifs du calendrier. Surtout, ce sont les ministres des pays membres qui ont décidé, après un débat à huis clos auquel n’assistait pas la secrétaire générale, et à l’unanimité, de raccourcir de six mois le délai réglementaire pour que les élections puissent bien se dérouler en marge du prochain sommet.

Ce qui signifie que le prochain sommet de Djerba sera bien électif ?

Oui, contrairement à ce qui était prévu à l’origine en 2020. Mais depuis cette date, le sommet a été reporté par deux fois et en novembre prochain, Louise Mushikiwabo aura, selon ce que prévoit la Charte de la Francophonie, terminé le mandat de quatre ans pour lequel elle avait été élue en 2018, sans possibilité de prolonger son mandat. Faute de sommet à la mi-mandat il y a deux ans, ce qu’ont eu ses prédécesseurs, la secrétaire générale aura pour la première fois depuis sa nomination l’occasion de faire le bilan de son action, en ce qui concerne notamment la réorganisation interne de l’OIF et l’impact de celle-ci sur l’échiquier mondial, dont elle a fait ses priorités.

Comment va se dérouler cette élection ?

Suivant la toute nouvelle procédure, pour la première fois, le secrétaire général de l’OIF ne sera pas désigné de manière discrétionnaire mais sur la base d’un appel à candidatures, et d’une audition de chaque candidat par les ministres de la CMF qui en ont fixé la date au 6 octobre. La désignation elle-même ne se fera plus par consensus mais bien après un vote à la majorité simple. Plusieurs pays, prenant acte du bouleversement de l’agenda ces deux dernières années, semblaient envisager un temps une reconduction automatique de Louise Mushikiwabo, avant que cette solution de compromis n’émerge, pour permettre aux pays qui le souhaitent de présenter leurs candidats.

À commencer par l’actuelle secrétaire générale ?

Elle ne fait pas mystère de « sa disponibilité » pour poursuivre ses fonctions pour un nouveau mandat afin de poursuivre le travail qu’elle a entamé. Mais elle doit attendre, là encore pour des questions de procédures, que son pays la désigne officiellement. Ce qui pourrait intervenir dès les toutes prochaines semaines. Elle sera alors, comme les autres postulants, auditionnée avant la tenue du sommet.

Lequel est toujours prévu à Djerba ?

Oui, le sommet se tiendra bien à Djerba, en présentiel, les 19 et 20 novembre, malgré les réserves que posent certains pays membres face à la situation politique interne à la Tunisie.

Avec Jeune Afrique par Olivier Caslin

Exclusif – Guerre en Ukraine : « Pourquoi l’OIF est restée silencieuse », par Louise Mushikiwabo

mars 4, 2022
Louise Mushikiwabo, la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie, en juin 2019 © Vincent FOURNIER/JA

Dans le concert quotidien des prises de positions suscitées depuis l’entrée le 24 février des troupes russes en Ukraine, manquait encore celle de Louise Mushikiwabo. Consciente de l’incompréhension que pourrait susciter la prolongation de ce silence, notamment auprès de certains pays membres, la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) prend la parole, en son nom. Et c’est à Jeune Afrique qu’elle a réservé la primeur de ses explications. 

J’entends depuis quelques jours l’incompréhension de quelques États membres concernant mon silence face à la situation en Ukraine. Certains ont exprimé leur étonnement que la Francophonie, une organisation basée sur les valeurs de paix et de démocratie, n’ait pas encore pris position face à ce conflit entre la Russie et l’Ukraine, membre observateur de notre organisation.

Si je devais donner mon point de vue personnel, il serait bien entendu conforme à la position prise par plusieurs pays de notre espace, dont mon pays, le Rwanda, qui a donné sa signature au projet de résolution porté par l’Assemblée générale, demandant l’arrêt immédiat des combats.

JE NE PEUX QU’ÊTRE SENSIBLE AU SORT DES MILLIONS D’UKRAINIENS QUI SE RETROUVENT BRUTALEMENT EN SITUATION D’INSÉCURITÉ

Venant d’un pays qui a été tristement célèbre pour le plus grand nombre de réfugiés dans le monde depuis les années 60, un pays qui, abandonné par la communauté internationale, a connu le dernier génocide du XXe siècle, avec toutes ses conséquences dramatiques, tant sur le plan humanitaire qu’économique, je ne peux qu’être sensible au sort des millions d’Ukrainiens qui se retrouvent brutalement en situation d’insécurité.

Mais je suis aujourd’hui secrétaire générale d’une organisation qui regroupe 88 États et gouvernements membres, dont la position s’est exprimée différemment depuis le début du conflit. Notre organisation est une organisation dont le fonctionnement est basé sur le principe du consensus.

Le vote récent de la résolution de l’Assemblée générale a connu l’abstention d’une dizaine de pays membres de la Francophonie. Et je ne peux ignorer le fait que notre espace a, dans l’actualité récente, connu des conflits pour lesquels notre organisation n’a pris aucune position. L’exemple le plus récent est celui de l’Arménie, membre à part entière et qui assure actuellement la présidence du sommet, depuis 2018, et pour lequel la Francophonie n’a pas pris de position officielle lorsqu’il était menacé jusque dans sa survie.

J’AI SOUHAITÉ QUE LE SUJET SOIT MIS SUR LA TABLE DES DISCUSSIONS DES PROCHAINES RÉUNIONS DE NOS ÉTATS AFIN QU’ILS PUISSENT PRENDRE UNE POSITION FERME ET UNIE

Dans mon jugement en tant que représentante des États membres, dans leur totalité, je pense que nous avons besoin de cohérence institutionnelle ! Un élément-clé, dont nous ne pouvons nous passer alors que le monde, et le monde francophone en particulier, ne manquera pas d’être soumis à d’autres situations de conflits. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité que le sujet soit mis sur la table des discussions des prochaines réunions de nos États, dans les tous prochains jours, afin qu’ils puissent, dans l’esprit de consensus qui caractérise nos instances, prendre une position ferme et unie face à cette situation dont la gravité n’est plus à questionner. Un consensus que j’appelle de tous mes vœux !

Je conclus en adressant tout ma solidarité envers les populations ukrainiennes éprouvées et contraintes à l’exil, ainsi qu’envers tous les ressortissants étrangers, pris au piège d’un conflit qui les dépasse. J’en appelle à la solidarité internationale.

Avec Jeune Afrique

À Dubaï, la Francophonie économique passe aux actes

février 25, 2022
Au Salon Investir en Francophonie, le 22 février 2022, à Dubai. © OIF

Lancée en 2020, la Francophonie économique fait l’objet de la plus grande attention de la part de l’OIF et de sa secrétaire générale, Louise Mushikiwabo. Avec un certain succès à en croire ses premiers résultats concrets.

Longtemps restée à l’état de concept, la Francophonie économique devient une réalité au fil de ces derniers mois. Dès son élection en octobre 2018, Louise Mushikiwabo en avait fait l’une de ses priorités avec le numérique. Trois ans plus tard, force est de constater que la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a tenu sa promesse.

L’événement organisé le 22 février à Dubaï par la Direction de la Francophonie économique et numérique (DFEN) constitue une nouvelle étape dans le virage que prend officiellement l’organisation depuis la définition de sa Stratégie économique pour la Francophonie (SEF) en novembre 2020 et pour les cinq années suivantes. L’impossibilité sanitaire d’organiser le XVIIIème sommet de l’OIF fin 2021 à Djerba, et le Forum économique francophone (FEF) qui y est adossé depuis le sommet de Dakar de 2014, n’a pas empêché la cause économique de poursuivre son avancée, par l’intermédiaire des Rencontres des entrepreneurs francophones (REF), organisées en août dernier à Paris suite à une initiative conjointe des organisations patronales du Medef français et de l’Utica tunisienne.

Un espace économique en pleine mutation

Convaincues que l’usage commun du français constitue un atout évident pour faire des affaires – un unfair advantage [avantage déloyal] comme l’appellent les économistes – vingt-cinq organisations patronales francophones se sont depuis constituées en association internationale et une délégation permanente a même été mise en place à Paris. L’accord constitutif de cette association n’a pu être signé comme prévu en février pour cause de vague Omicron. Mais l’initiative, qui émane à la fois du secteur privé et de la société civile francophone, « n’en valide pas moins notre stratégie », estime Henri Monceau, responsable de la DFEN.

APPRENDRE À PARLER AUX INVESTISSEURS, SAVOIR LES SÉDUIRE POUR MIEUX LEVER DES FONDS

Ce dernier, avec ses équipes, a donc été le maître d’œuvre du rendez-vous dubaïote, qui a profité des derniers rayons de l’Exposition universelle, censée fermer ses portes le 31 mars, pour prendre un peu de lumière sur la scène internationale, « comme le souhaite la secrétaire générale », explique-t-on au sein de l’organisation.

En plus de la conférence organisée autour des « enjeux et opportunités pour les investisseurs internationaux au sein d’un espace économique francophone en pleine mutation » et qui réunissait, en plus de ceux de l’OIF, les représentants de l’Organisation des Nations unies pour le développement (Onudi), de la Conférence permanente des chambres consulaires africaines et francophones (CPCCAF) et du Réseau international des agences francophones de promotion des investissements (RIAFPI), l’événement avait surtout pour but de favoriser les rencontres d’affaires entre entrepreneurs francophones et investisseurs du monde entier.

Entreprises pionnières

Dans le cadre du programme estampillé OIF, « Pionnières de l’entreprenariat francophone », 32 entreprises, start-ups ou PME, essentiellement d’Afrique, mais aussi du Moyen-Orient (Liban) et d’Asie (Vietnam), ont suivi d’août à février plusieurs sessions de formation destinées à accélérer et consolider leur développement, dont la dernière s’est justement tenue à Dubaï, la veille de la conférence. L’occasion pour l’OIF de réunir sur un même lieu, les entrepreneurs, les investisseurs, les représentants des écosystème numériques partenaires – incubateurs, accélérateurs… – ainsi que ceux de certaines agences de promotion des investissements de pays francophones (Côte d’Ivoire, RDC…).

Jeunes entrepreneurs venus présenter leur marque auprès de potentiels investisseurs au Salon Investir en Francophonie, le 22 février 2022, à Dubaï. © OIF
Jeunes entrepreneurs venus présenter leur marque auprès de potentiels investisseurs au Salon Investir en Francophonie, le 22 février 2022, à Dubaï. © OIF

Les entreprises « pionnières » sont sélectionnées sur leur impact social, éducatif, numérique ou environnemental. C’est le cas par exemple de l’entreprise Faso Attiéké, lancée au Burkina Faso en 2010 et qui produit 550 tonnes de marchandises par an destinées au marché local. En plus d’avoir créé près d’une centaine d’emplois dans le pays, elle permet à plus de 500 productrices burkinabè d’écouler leur marchandise et donc de participer à leur émancipation. Avec un chiffre d’affaires de 400 000 euros en 2021, Faso Attiéké a déjà confirmé son utilité. Il lui reste encore à pérenniser son existence, notamment dans la sécurisation des matières premières.

Idem, pour la société congolaise Schoolap, installée en RD Congo et qui, via ses propres tablettes, veut généraliser l’accès à un contenu éducatif de qualité, à travers l’ensemble du pays. « Nous proposons aux enseignants un outil pédagogique à bas coût et qui peut fonctionner hors réseau », explique Pascal Kanik, promoteur du projet. Avec un succès certain vu la demande dont fait l’objet cette tablette fabriquée aujourd’hui en Chine et accessible moyennant 150 dollars (soit 134 euros). Après avoir réussi à mettre en place un crédit bancaire adapté avec RawBank, principale enseigne bancaire du pays, plus de 10 000 tablettes doivent être livrées d’ici à la fin de cette année, soit bien plus que les 500 tablettes écoulées mensuellement au début de sa commercialisation en 2021.

Rôle de facilitateur

Comme ses collègues entrepreneurs, Pascal Kanik a fait le déplacement à Dubaï « pour trouver les fonds qui lui permettront d’accélérer la production ». Pour trouver les quelques centaines de milliers de dollars, voire le million, qui leur permettront de passer à une autre étape, ces entrepreneurs ont pu s’appuyer sur l’environnement apporté par l’OIF « pour apprendre à parler aux investisseurs, savoir les séduire pour mieux lever des fonds », résume encore Pascal Kanik. Et c’est exactement ce qu’ils ont fait dans le cadre du programme « pionnières », grâce à la présence de plateforme comme Axum, lancée l’année dernière, pour justement « mettre en relation les investisseurs et les entrepreneurs », comme le confirme Soumeya Rachedi sa directrice.

L’OBJECTIF : FAIRE DE CETTE FRANCOPHONIE ÉCONOMIQUE UNE ÉVIDENCE

Sans oublier la mise à disposition d’une librairie de ressources destinée à apporter les informations nécessaires pour réussir une levée de fonds ou renforcer son leadership. Axum a été créée par le fonds Greentec Capital Partners, lancé en 2015 pour investir dans les PME à fort impact à travers le continent, tout comme l’African Business Angel Network (ABAN), présent à travers une quarantaine de pays africains et qui intervient comme « primo-investisseurs dès la naissance d’une entreprise, comme l’explique Fabilah Tchoumba, sa secrétaire générale, en apportant à la fois du capital, du conseil et son réseau ».

En réussissant à réunir tout le monde autour d’une même table à Dubaï, l’OIF a souligné « son rôle de facilitateur et de connecteur », conclut Henri Monceau. L’organisation a surtout confirmé la marche en avant de la Francophonie économique : « En 2020, nous avons défini notre stratégie que nous avons mis en place l’année suivante avant de commencer à en récolter les fruits ces derniers mois », reprend le directeur en charge de l’économique et du numérique à l’OIF, satisfait de voir que Dubaï « a validé les concepts que nous avions lancé à l’origine du projet ».

Prochaine étape à la fin du mois de mars, avec le lancement de la première mission économique jamais organisée par l’OIF. Plus de 400 entreprises, dont un certain nombre présentes à Dubaï, auront l’occasion de se rencontrer au Vietnam et au Cambodge pour resserrer leurs liens d’affaires. Une seconde mission est déjà prévue pour se rendre cette fois en juillet au Gabon et au Rwanda. L’objectif, à chaque fois, « sera bien sûr d’aboutir à la signature d’accords », insiste Henri Monceau. Et faire ainsi de cette Francophonie économique une évidence.

Avec Jeune Afrique par Olivier Caslin – envoyé spécial à Dubaï

Francophonie : face au Covid-19, soyons solidaires… même par égoïsme !

janvier 8, 2022
Une livraison de vaccins Oxford/AstraZeneca au Sénégal dans le cadre de l’initiative Covax, le 3 mars 2021. © JOHN WESSELS/AFP

Équité vaccinale, migration, transition énergétique… Alors que les défis se multiplient, le Sommet Europe-Afrique de février 2022 doit permettre de transformer la relation entre les deux continents, en misant sur davantage d’entraide.

Depuis deux ans maintenant, la pandémie de Covid-19 secoue le monde, ébranlant nos certitudes et contraignant les dirigeants à revoir leurs priorités. Tous les pays sans exception, petits et grands, subissent les conséquences de l’une des plus grandes pandémies de l’époque moderne. Exacerbation des rivalités internationales, alliances inédites, conflits diplomatiques, récession économique, excès de communication et frustrations populaires… Cette crise aura bouleversé durablement le monde, bien au-delà des aspects sanitaires. Dire que la pandémie a infligé plus de dommages sociaux, économiques et structurels que toutes les guerres récentes serait un euphémisme.

Instincts primaires

À l’heure de la mondialisation, cette crise a été la première à affecter simultanément l’ensemble des sociétés et des économies, au Nord comme au Sud. Dans ce contexte, la tenue en février 2022 du Sommet Europe-Afrique m’inspire quelques réflexions. En tant que secrétaire générale de la Francophonie, une organisation multilatérale rassemblant 88 États et gouvernements membres, dont 30 d’Afrique et de l’Union européenne, il m’apparait comme un moment clé pour redéfinir en profondeur la relation entre les deux continents.

ALORS QUE LE MONDE NE CESSE DE PARLER DE SOLIDARITÉ, NOUS AVONS VU LES NATIONS SE REPLIER SUR ELLES-MÊMES

Pour beaucoup d’observateurs, la pandémie a été l’occasion d’une prise de conscience. Elle nous a mis face à nos instincts primaires. Alors que le monde ne cesse de parler de solidarité, très vite, nous avons vu les nations se replier sur elles-mêmes, réagir dans la panique et au détriment de toute stratégie collective. Le temps semble donc venu de revoir la notion même de solidarité.

La solidarité, cette valeur au cœur de la plupart des organisations internationales comme la Francophonie, est devenue au fil des ans un leitmotiv qui peine à se traduire par des actions concrètes et mesurables. Et si tout était une question d’approche ? La solidarité est associée à la notion d’aide, souvent perçue comme condescendante. Peut-être devrions-nous abandonner cette approche au profit de celle d’« intérêt partagé ». Soyons solidaires, soit, mais soyons-le par égoïsme et par intérêt ! Voyons dans les efforts de solidarité, une chance pour nous aider nous-mêmes. Car ce n’est que collectivement, que nous trouverons des solutions durables.

L’actualité de ces derniers mois illustre bien mon propos. D’abord, la question de l’équité vaccinale a suscité des élans de solidarité internationale, malheureusement entachés de tendances égoïstes et d’un manque total de transparence, y compris autour de l’initiative Covax et de la question du partage des brevets. Les chiffres sont parlants : « sur les 832 millions de doses de vaccin administrées, 82 % sont allées à des pays à revenu élevé ou intermédiaire, tandis que seulement 0,2% ont été envoyées aux pays à faible revenu ». C’est l’OMS qui le dit.

Et on s’étonne de voir des variants émerger de ces continents où les populations n’ont pu avoir accès aux vaccins ! On continue à fermer les frontières, à isoler les États, en sachant pertinemment que c’est là le meilleur moyen de réduire à néant tous les efforts déployés en matière de vaccination

Immigration et changements climatiques

Autre sujet brûlant au sommaire des discussions entre l’Europe et l’Afrique : les migrations. Quand admettrons-nous que cette question est la conséquence directe des réalités démographiques opposées de ces deux continents, l’un vieillissant et l’autre rajeunissant ? Le problème de l’immigration est en réalité une question d’emploi et de mobilité. Nous devrions privilégier une discussion franche et mettre en place ensemble des mécanismes légaux et régulés pour faire face à cette réalité qui ne fera que s’amplifier.

L’AVANTAGE DE L’AFRIQUE, C’EST DE PRIVILÉGIER UNE APPROCHE DE DÉVELOPPEMENT PLUS ATTENTIVE AUX ENJEUX CLIMATIQUES GLOBAUX

Enfin, et ce sera mon dernier exemple : la transition énergétique en réponse aux changements climatiques. Selon un rapport de la Banque mondiale en 2020, 42,8 % seulement de la population avait accès à l’électricité en Afrique en 2016. Ce qui représente 600 millions de personnes vivant sans électricité, en majorité dans les zones rurales. N’y a-t-il pas une incohérence profonde à demander à un continent d’améliorer un produit dont il manque, pour prévenir les conséquences d’un problème dont il n’est pas, ou très peu, responsable ? En d’autres termes, comment parviendrons-nous à relever le défi collectif de la transition énergétique sans pour autant contraindre des États à renoncer complètement aux énergies fossiles et durables dont ils ont cruellement besoin ?

L’avantage dont l’Afrique dispose aujourd’hui, c’est cette occasion unique, dans sa marche vers le développement, de ne pas commettre les mêmes erreurs que les pays développés et de privilégier une approche de développement plus attentive aux enjeux climatiques globaux. Sur cette question cruciale pour les générations à venir, je prône une transition progressive et adaptée aux réalités socio-économiques de chacun.

Des paroles aux actes

Ces réflexions entraînent une remise en question de la plus-value de nos organisations internationales. Quel avenir pour le multilatéralisme ? Cette interrogation est au cœur d’une multitude de tables-rondes et de groupes de réflexion. Mais les citoyens sont les premiers à se la poser, et avec raison. Nous assistons depuis quelques années à une augmentation croissante des « grands rendez-vous mondiaux », de sommets, de conférences de haut niveau, de forums, etc. Nous passons d’annonce en annonce et de résolution en résolution. La communication, amplifiée par la montée en puissance des réseaux sociaux, est malheureusement de plus en plus superficielle, et les médias s’intéressent davantage aux aspects « people », qu’au contenu réel des discussions. Quant à ces discussions, on peine à en voir la concrétisation, tant la succession des annonces est rapide.

NE LAISSONS PAS PASSER LA CHANCE UNIQUE QUE NOUS OFFRE CETTE CRISE DE REMETTRE LES COMPTEURS À ZÉRO

Mon espoir pour ce sommet Europe-Afrique est qu’il ne soit pas « business as usual ». Que ces deux continents, qui partagent une longue histoire commune, puissent se regarder dans les yeux et redéfinir en profondeur leur partenariat. Qui dit partenariat, dit contrat, et comme dans tout bon contrat, les deux parties doivent s’y retrouver. Gagnant-gagnant.

Thierry de Montbrial, président de l’Institut français des relations internationales, a dit avec une pointe d’humour qu’il était peut-être temps de « déconfiner » notre réflexion. Je pense, comme lui, que nous sommes à la croisée des chemins et qu’il est temps de repenser complètement nos modes de gouvernance, comme notre rôle envers les citoyens, de plus en plus dubitatifs et désabusés. Je conclurai en citant Winston Churchill, qui a dit après la Seconde Guerre mondiale « Don’t waste a good crisis ». En bon français, ne laissons pas passer la chance unique que nous offre cette crise de remettre les compteurs à zéro.

Comment regagner la confiance de nos citoyens ? Comment passer des paroles aux actes ? Comment redevenir les dirigeants dont nos peuples ont besoin ? Voilà les questions que je pose en cette fin d’année. Mon vœu pour 2022 est que nous puissions saisir cette crise comme une opportunité, la surmonter et en tirer les leçons qui s’imposent.

Louise Mushikiwabo

avec Jeune Afrique par Louise Mushikiwabo

Ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo a été élue secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en octobre 2018. Une fonction qu’elle occupe depuis janvier 2019.

Coopération culturelle : l’OIF prévoit de soutenir les artistes et écrivains congolais

octobre 27, 2020

En visite  à Brazzaville, la secrétaire générale de l’organisation internationale de la francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo, a eu, le 25 octobre, une séance de travail avec les artistes et  écrivains congolais.  

A travers les échanges inter actifs avec ses interlocuteurs, la secrétaire générale de l’OIF a voulu rendre hommage à la créativité culturelle  congolaise. Ces retrouvailles avaient pour objectif de trouver un terrain d’entente sur les activités prioritaires entre l’OIF et les femmes et les hommes de lettres et de culture congolaises.

Photo 1 : la SG de l’OIF échangeant avec les écrivains (crédit photo/ ADIAC)

La secrétaire générale de l’OIF  a déclaré:  « Je ne suis pas du tout étrangère ni à ce pays, ni à  sa richesse littéraire et culturelle. Depuis mon enfance, j’ai des liens personnels avec son monde littéraire, puisque le grand  écrivain congolais Tchicaya Utamsi était un ami de mon oncle qui était lui  aussi un grand écrivain rwandais, l’Abbé Alexis Kagamé. Ils ont fait beaucoup de bonnes choses ensemble sur le continent africain et même en Europe. Ce sont des hommes qui s’entendaient sur la nécessité de la présence littéraire et historique de l’Afrique sur l’échiquier mondial », a-t-elle témoigné.

Sur la revalorisation des langues africaines, la secrétaire générale  de l’OIF pense qu’il n’y a aucun doute dans son esprit et pour le mandat de la francophonie que la langue française qui est le ciment qui unit tous les membres de l’OIF, doit exister en coexistence harmonieuse et en complémentarité des langues nationales et locales.

La secrétaire générale de l’OIF a émis le voeu de voir son institution  collaborer avec les artistes et  écrivains congolais. De son côté, la  directrice de la langue française et de la  diversité culturelle, Nivine Khaled, a reconnu que le Congo Brazzaville est une terre riche en plumes, foisonnante d’artistes, terroir et réservoir des femmes et des  hommes qui savent écrire, sculpter, dessiner, peindre, chanter, danser et s’habiller.

Remerciant la secrétaire générale de l’OIF, le ministre de la Culture et des Arts, Dieudonné Moyongo,  a déclaré, « Brazzaville est une ville que vous connaissez  bien. Ici à Brazzaville, vous êtes chez vous. Brazzaville qui est le foyer de la littérature, de la francophonie, des arts plastiques est le berceau de la musique; parce qu’elle fait partie des villes créatives de l’Unesco  ».

 

Photo 2 : Fortuné Bateza lors de sa prestation (crédit photo/ ADIAC)

Photo 3 : remise du tableau de l’Ecole de peinture de Poto-Poto à la SG de l’OIF (crédit photo/ ADIAC

Intervenant à leur tour, les écrivains ont exprimé leur souhait de voir l’OIF accompagner les éditeurs et écrivains ; trouver des solutions pour permettre aux malvoyants de pouvoir transcrire les œuvres littéraires en écriture braille ; aider les jeunes filles à avoir accès aux livres et faciliter la diversité linguistique.

Le  ministre de la Culture et des Arts a remis à la secrétaire générale de l’OIF une oeuvre d’art de l’Ecole de peinture de Poto-Poto.

Avec Adiac-Congo par  Bruno Okokana

La Rwandaise Louise Mushikiwabo se retrouve aux commandes de l’OIF

octobre 12, 2018
Sommet de la Francophonie : les États membres passent au vote
© LUDOVIC MARIN Sommet de la Francophonie : les États membres passent au vote
 

L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a nommé par consensus une nouvelle secrétaire générale à sa tête, vendredi. Au terme d’une réunion à huis clos, les États membres réunis à Erevan, en Arménie, ont donné leur aval à la ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo.

L’élection de Mme Mushikiwabo met un terme au mandat de Michaëlle Jean, dont la réputation a été ternie par la mise en lumière de dépenses de fonctions jugées extravagantes.

L’ancienne journaliste et politicienne canadienne avait livré la veille un ultime plaidoyer, lors du Sommet de la Francophonie, dénonçant entre les lignes le consensus autour de sa rivale.

Le régime rwandais a tour à tour été pointé du doigt par des organisations comme Amnistie internationale et Human Rights Watch pour la répression exercée contre les opposants politiques et l’important recul encaissé sur la question des droits et libertés.

Mme Jean a malgré tout vu ses chances s’envoler lorsque Québec et Ottawa ont annoncé qu’ils n’appuieraient pas sa candidature.

Celle qui est numéro deux du gouvernement de Kigali a réussi à obtenir le soutien de la France, principal bailleur de fonds de l’OIF, ainsi que l’appui d’une flopée de pays de l’Union africaine.

« L’épicentre de la langue française est sans doute dans le bassin du fleuve Congo », a ainsi souligné le président français Emmanuel Macron, jeudi, au premier jour du sommet.

Outre la question des droits de l’homme, le Rwanda a aussi été l’objet de critiques en raison de la place qu’occupe le français au pays. L’anglais a pris le dessus en devenant la langue obligatoire à l’école. Par ailleurs, c’est en anglais que le président rwandais Paul Kagame avait annoncé la candidature de sa ministre des Affaires étrangères.

Le plurilinguisme n’est toutefois pas contraire à la défense du français, a estimé le président Macron. « Le combat fondamental pour notre langue est un combat pour le plurilinguisme », a-t-il lancé.

La nomination de Louise Mushikiwabo consacre le retour du continent à la tête de l’OIF, qui avait toujours été dirigée par des Africains depuis sa création, en 1970, mis à part une parenthèse canadienne.

L’Organisation internationale de la Francophonie réunit 84 États et gouvernements, dont 26 observateurs et quatre « membres associés ». L’Afrique regroupe 27 des 54 États membres ayant droit de vote.

Selon l’OIF, 85 % des francophones en 2050 vivront sur le continent africain, soit un total de 700 millions, contre 274 millions aujourd’hui.

Radio-canada.ca avec Agence France-Presse

Francophonie: duel feutré à l’ONU entre Michaëlle Jean et Louise Mushikiwabo

septembre 28, 2018

Louise Mushikiwabo (g) et Michaëlle Jean, les deus femmes en lice pour prendre la tête de l’OIF. © Vincent Fournier pour J.A. / Jacques Torregano pour J.A.

En marge de l’Assemblée générale des Nations unies qui vient de se clore à New York, Michaëlle Jean, soutenue par le Canada, et Louise Mushikiwabo, qui peut notamment compter sur la France et l’UA, ont rivalisé en coulisses à quelques jours du prochain sommet de l’OIF.

C’est à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, que s’est jouée, depuis le 24 septembre, la dernière étape du duel entre la Canadienne Michaëlle Jean et la Rwandaise Louise Mushikiwabo. Toutes deux présentes, la secrétaire générale sortante de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et sa rivale, ministre rwandaise des Affaires étrangères depuis 2009, ont profité de l’occasion pour évaluer les soutiens dont elles bénéficient auprès des 54 États membres de l’OIF.

Le Gabon apporte son soutien à Mushikiwabo

Louise Mushikiwabo, qui avait multiplié les déplacement depuis le début juillet, y a notamment rencontré ses homologues de Moldavie, d’Albanie, du Vanuatu ou encore de Sainte-Lucie. Le 26, le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a organisé un cocktail en soutien de la candidate africaine. Plusieurs ministres des Affaires étrangères et représentants d’États membres de la Francophonie étaient présents.

Le même jour, au Gabon, visitant la scierie de Mevang (groupe Rougier), le président Ali Bongo Ondimba – par ailleurs président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) – a profité d’un échange avec la presse pour assurer la Rwandaise du soutien de son pays.

« S’agissant de l’élection du prochain secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, le Gabon porte son choix sur la candidature rwandaise. Nous avons adopté à l’unanimité cette position commune lors du sommet de l’Union africaine qui s’est tenu en Mauritanie en juillet dernier. Le Gabon, en tant que membre de l’UA, se conforme à cette position et confirme son soutien à la candidature du ministre des Affaires étrangères rwandais,  Mme Louise Mushikiwabo, qui est une candidate exceptionnelle et compétente. Elle a toute notre confiance. »

Un position réitérée deux jours plus tard par son ministre des Affaires étrangères, Régis Immongault, qui avait lui-même accompagné Louise Mushikiwabo en Roumanie et en Arménie fin août. Quinze jours plus tôt, c’est le chef de la diplomatie guinéenne, Mamadi Touré, qui s’était joint à elle au Laos, au Cambodge et au Vietnam.

Aucun ministre africain au cocktail de l’OIF

Michaëlle Jean, en sa qualité de secrétaire générale de l’OIF, a participé à la rencontre de haut niveau sur la situation au Mali, sous l’égide du président Ibrahim Boubacar Keïta et d’António Guterres. Elle a également participé à une réunion sur le thème de la scolarisation des jeunes filles organisée par le Niger, ainsi qu’à un événement organisé par l’OMS et présidé par Patrice Talon sur la problématique des médicaments de mauvaise qualité distribués en Afrique.

En revanche, l’invitation conjointe adressée par l’OIF, Madagascar et l’Arménie aux ministres des Affaires étrangères de la Francophonie semble avoir eu peu de succès, le 27 septembre. « Aucun ministre africain ni européen n’a répondu à l’invitation », assure un participant.

De son côté, le président Paul Kagame, présent à New York, a eu une séance de travail avec son homologue français Emmanuel Macron. Au menu des discussions, outre la candidature de Louise Mushikiwabo, les « crises dans la région », en particulier en RDC…

Jeuneafrique.com

Francophonie: la ministre rwandaise Louise Mushikiwabo envisage d’être candidate à la tête de l’OIF

mai 9, 2018

 

Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des Affaires étrangères, le 8 septembre 2011. © Vincent Fournier/JA

La ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, est fortement pressentie pour présenter sa candidature à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en octobre, face à Michaëlle Jean. Un scénario soutenu par l’Elysée.

Selon nos informations, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, envisage très sérieusement de présenter sa candidature en tant que secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), lors du XVIIe sommet de l’organisation qui se tiendra les 11 et 12 octobre prochains à Erevan (Arménie). Une information confirmée à JA par plusieurs sources haut placées, à Paris et dans deux pays africains membres de l’OIF.

Initiative française

Élue à ce poste en novembre 2014, après avoir bénéficié de l’incapacité des pays africains de l’OIF à s’accorder sur une candidature commune, la Canadienne Michaëlle Jean est, depuis, loin de faire l’unanimité parmi les États membres.

Alors qu’elle devrait briguer un nouveau mandat de quatre ans lors du sommet d’Erevan, la France se serait donc mise à la recherche d’un possible challenger, susceptible de la détrôner dans cinq mois. Et c’est à l’initiative de Paris que le nom de la ministre rwandaise se serait retrouvé en haut de la liste.

Au vu des relations chaotiques qu’entretiennent Paris et Kigali depuis 24 ans, la stratégie peut surprendre. Mais plusieurs signaux tendent à montrer que depuis l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée, en mai 2017, un certain réchauffement caractérise la relation bilatérale entre les deux États. Comme le révèle JA dans son dernier numéro, Paul Kagame se rendra prochainement à Paris pour assister à VivaTech, salon international consacré aux start-up (24-26 mai). Le chef de l’État rwandais ne s’est pas déplacé en France depuis 2015.

L’entremise de Rabat

Selon plusieurs sources, la proposition française n’a pas été formulée directement par Paris, mais via la diplomatie marocaine. Après un temps de réflexion, Paul Kagame y aurait donné une suite favorable. Fin avril, à Brazzaville, à l’occasion du Sommet pour la préservation et le développement du bassin du fleuve Congo, ce dernier aurait encore évoqué la question avec le roi Mohammed VI.

À Paris, une source bien informée confirme à JA qu’un accord sur la candidature de Louise Mushikiwabo existe désormais entre Emmanuel Macron et Paul Kagame. Disposant de solides appuis à travers le continent, la diplomatie rwandaise pourrait donc, avec l’aide de Paris, disposer de sérieux atouts face à la secrétaire générale sortante.

A 56 ans, Louise Mushikiwabo apparaît comme la numéro deux du régime rwandais. Issue de la société civile, ministre des Affaires étrangères sans discontinuer depuis 2009, elle présente un profil idéal pour la fonction.

Jeuneafrique.com

Rwanda- Louise Mushikiwabo: « Personne n’est empêchée de se présentée à la présidentielle »

juillet 19, 2017

Louise Mushikiwabo (Rwanda), ministre des Affaires √©trang√®res. A Paris (JA) le 08.09.2011. √Ǭ© Vincent Fournier/Jeune Afrique/JA © Vincent Fournier/JA

La chef de la diplomatie rwandaise assume le référendum de 2015, qui permet à Paul Kagame de briguer un troisième mandat. Elle estime qu’il est le seul à avoir l’envergure nécessaire à cette fonction.

Aussi à l’aise en français qu’en anglais, Louise Mushikiwabo est, depuis huit ans, le visage du Rwanda à l’étranger. Le référendum de 2015, en débloquant les verrous constitutionnels qui empêchaient le président Paul Kagame de se représenter, lui a pourtant valu quelques critiques, notamment en provenance du pays de son mari, les États-Unis. Mais alors que le Parti démocrate américain a été balayé lors des dernières élections, le gouvernement de Kigali semble avoir de belles années devant lui. De quoi donner un regain de confiance dans le monolithique modèle rwandais ?

Jeune Afrique : En août, Paul Kagame pourra se présenter à nouveau grâce à une révision constitutionnelle. Quelle a été la réaction de vos partenaires étrangers à cette mesure ?

Louise Mushikiwabo : Certains pays ont exprimé leur mécontentement, mais j’ai toujours pensé que nous devions faire nos propres choix, même s’ils nous valent des critiques. Les dirigeants d’États occidentaux, notamment des anciennes puissances coloniales, pensent toujours avoir leur mot à dire en Afrique. Pourtant, la démocratie est en crise partout dans le monde, y compris dans ces pays, qui sont confrontés à une grande remise en question. Mais ils continuent de nous dire quoi faire…

Aux États-Unis, les critiques sont venues de l’administration Obama. Donald Trump semble plus souverainiste. Êtes-vous plus à l’aise avec cette approche ?

Je ne sais pas ce que veut cette nouvelle administration. Mais savoir qui dirige les États-Unis m’inquiète peu en réalité. La dynamique politique, en revanche, est très intéressante. La leçon de l’élection américaine c’est : souciez-vous de votre peuple. Ce changement, ce sont les Américains qui l’ont voulu.

Les dirigeants d’États occidentaux, notamment des anciennes puissances coloniales, pensent toujours avoir leur mot à dire en Afrique.

Au Rwanda, les chiffres officiels du dernier référendum sont surprenants : 98,3 % de oui, avec 98,3 % de participation. Soit Paul Kagame est incroyablement populaire, soit les Rwandais sont très contrôlés…

Non. Le président Kagame est, en effet, très populaire. Mais le pays a décidé de se doter d’un système consensuel. L’affrontement politique n’en fait pas encore partie. La priorité reste de rebâtir ce pays.

Jusqu’à maintenant, aucun opposant n’a pu se présenter à une présidentielle. Est-ce que ce sera différent cette année ?

Qu’entendez-vous par « opposant » ?

Un membre d’un parti qui ne participe pas à la coalition gouvernementale…

Les Occidentaux donnent le sentiment de vouloir créer une opposition. Pendant le référendum, certains nous ont recommandé un scénario à la Poutine-Medvedev. Est-ce cela, la démocratie ? Et que font-ils du choix des Rwandais ? Aujourd’hui, aucun opposant n’a l’envergure du Président. Mais personne n’est empêché de se présenter, pas même les prêtres.

Vous faites référence à l’abbé Thomas Nahimana, candidat déclaré, qui s’est vu plusieurs fois empêché de revenir d’exil. Pour quelle raison ?

En tant que Rwandais, il a parfaitement le droit de revenir. Seulement, il a acquis la nationalité française et aurait dû en informer le consulat. À la place, il a utilisé son passeport français pour demander un visa. Il lui suffirait de clarifier, de dire : « Je suis rwandais et je reviens. »

Aujourd’hui, aucun opposant n’a l’envergure du Président. Mais personne n’est empêché de se présenter, pas même les prêtres.

Le Rwanda risque-t-il d’être affecté par les crises des pays voisins, à commencer par le Burundi ?

Les Burundais sont nos frères et sœurs, et cela rend le sujet extrêmement sensible. Si le Rwanda s’en mêle, cela suscitera des tensions. Nous évitons donc de le faire, même si nous essayons de contribuer à la solution, notamment avec la médiation tanzanienne. Ce problème est encore très loin d’être réglé.

Qu’en est-il pour la RDC ?

La situation y est extrêmement complexe, avec des poches de violence causées, pour l’essentiel, par des hommes politiques qui refusent l’apaisement. Les pays étrangers ont aussi des avis divergents et entretiennent de multiples canaux de discussions. Ce dont la région a besoin, c’est d’une RDC durablement stable, et je pense que nous pouvons y arriver, à condition que nos partenaires, occidentaux comme asiatiques, travaillent avec nous.

Jeuneafrique.com p

le Rwanda va réintégrer formellement la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC)

octobre 28, 2014

 

Rwanda Louise Mushikiwabo cAFP

Louise Mushikiwabo est la ministre des Affaires étrangères du Rwanda. © AFP

Sept ans après s’en être retirée, le Rwanda va réintégrer formellement la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), lors d’un sommet prévu les 24 et 25 novembre prochains à N’Djamena.Deux ans et demi après en avoir fait la demande, le Rwanda devrait formellement réintégrer la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), lors du sommet des chefs d’État et de gouvernement de la région prévu du 24 au 25 novembre à N’Djamena, au Tchad.

Cette annonce a été faite par Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, le 27 octobre à Loango, au sud de la République du Congo, lors d’un exercice militaire organisé par la CEEAC auquel elle était invitée à assister – une première depuis le retrait de Kigali en 2007.

« On avait suspendu notre participation parce que depuis le génocide de 1994 le Rwanda est un pays en reconstruction. Donc, on a pensé qu’on ne pouvait pas contribuer pleinement à la CEEAC », a expliqué Louise Mushikiwabo, citée par l’AFP. Mais « le Rwanda est désormais un pays qui est très loin de la tragédie, qui s’est stabilisé et [est] prêt à contribuer à la CEEAC », a-t-elle poursuivi.

Logique économique

Ce retour témoigne plus simplement de la volonté du Rwanda de renforcer ses liens économiques avec les pays membres de cette Communauté.

Pour rappel, lors de son retrait en 2007, Kigali semblait clairement décidé à privilégier ses liens avec une autre organisation régionale : la Communauté est-africaine (CEA).

Un choix expliqué par le fait que 70 % du commerce extérieur du pays « se faisait déjà avec les États membres de cette communauté » et que « toutes [ses] marchandises transitaient par cette communauté », pour reprendre les motifs avancés alors par Charles Murigandé, l’un des prédécesseurs de Louise Mushikiwabo aux Affaires étrangères. Cette stratégie s’est avérée payante, puisque au sein de la CEA, Kigali – alliée le plus souvent au Kenya et à l’Ouganda – a pu réaliser des avancées extraordinaires en matière de coopération dans le domaine des infrastructures, des télécoms et de la libéralisation commerciale.

Ces progrès ont souvent été obtenus en se basant sur un noyau de pays volontaires au sein de l’organisation régionale, sans attendre – ni même requérir – l’appui unanime de tous les États membres.

Relations compliquées

En réintégrant la CEEAC, le Rwanda devrait accroître son influence sur les politiques commerciales de l’organisation et renforcer ses échanges avec ses États membres. Il est peu probable, toutefois, que la coopération décentralisée qui a fait le succès de la CEA emporte l’adhésion d’une organisation qui compte nombre de pays avec lesquels Kigali entretient des relations notoirement difficiles. Pour réussir son retour, le pays dirigé par Paul Kagamé devra déployer une délicate stratégie diplomatique et économique.

Jeuneafrique.com PAR Joël Té-Léssia