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L’ex-procureure dénonce la « mort du droit » au Venezuela et accuse Maduro

août 23, 2017

L’ex-procureure générale du Venezuela Luisa Ortega à son arrivée à l’aéroport de Brasilia, le 23 août 2017 / © AFP / Sergio LIMA

L’ex-procureure générale du Venezuela Luisa Ortega a dénoncé « la mort du droit » dans son pays lors d’une réunion du Mercosur mercredi à Brasilia, où elle a dit détenir « beaucoup de preuves » de la corruption du président vénézuélien Nicolas Maduro.

Arrivée tard mardi en provenance de Colombie, première étape de sa fuite du Venezuela, Mme Ortega, dont M. Maduro réclame l’arrestation, s’est également dite menacée de mort.

L’opposante a profité de la tribune d’une réunion des procureurs des pays du Mercosur, le marché commun sud-américain, dans la capitale brésilienne, pour fustiger le pouvoir.

« Ce qui se passe au Venezuela, c’est la mort du droit. La stabilité de la région est en danger », a-t-elle affirmé.

M. Maduro, élu en 2013, est confronté depuis cinq mois à une vague de manifestations pour exiger son départ qui ont fait 125 morts, sur fond de naufrage économique.

L’ex-procureure, relevée de ses fonctions par le pouvoir, a fui vendredi le Venezuela, où elle se considère victime d’une « persécution politique », et, désormais, menacée physiquement.

« J’ai reçu des menaces sur ma vie et je (tiendrais) le gouvernement vénézuélien responsable si quelque chose devait arriver », a-t-elle affirmé.

Comme elle l’avait annoncé, elle a attaqué l’intégrité des hauts responsables de son pays.

« J’ai beaucoup de preuves (…) qui mettent en cause de nombreux hauts fonctionnaires vénézuéliens, y compris le président de la République », a lancé Mme Ortega.

Elle a affirmé détenir des preuves de paiements illégaux effectués par le groupe brésilien de BTP Odebrecht au bénéfice de responsables vénézuéliens, dont le président.

L’un des plus grands groupes de construction d’Amérique latine est au coeur d’un scandale de corruption qui a secoué tout le continent, avec la constitution d’un cartel ayant truqué des marchés de sous-traitance de la compagnie étatique Petrobras, distribuant des pots-de-vin à des hommes politiques.

« Beaucoup d’intérêts se liguent au Venezuela pour qu’il n’y ait pas d’enquête sur les faits de corruption », a déploré Mme Ortega.

– Soutien inconditionnel –

Le procureur général du Brésil a indiqué avoir personnellement invité à la réunion de Brasilia Mme Ortega, qui y a reçu le soutien inconditionnel de ses pairs.

« Nous te reconnaissons comme la procureure générale du Venezuela. Tu peux compter sur le soutien de tous les parquets de la région », a déclaré le procureur paraguayen Javier Díaz Verón, évoquant une « gifle à la démocratie » au Venezuela.

Le président socialiste Nicolas Maduro a annoncé mardi que Caracas allait officiellement réclamer l’arrestation de Mme Ortega, devenue une de ses principales opposantes.

« Le Venezuela va solliciter auprès d’Interpol une notice rouge contre ces personnes impliquées dans des délits graves », a-t-il déclaré.

Il faisait référence à Mme Ortega et à son mari German Ferrer, député chaviste (du nom d’Hugo Chavez qui fut président de 1999 à sa mort en 2013 et le mentor de Nicolas Maduro) passé à l’opposition.

Accompagnée de son époux, l’ex-procureure était arrivée le 19 août à Bogota, bravant une interdiction de sortie du territoire vénézuélien.

Mme Ortega n’a pas cessé de dénoncer la radicalisation du gouvernement vénézuélien ces derniers mois.

On ignorait quelle serait sa prochaine destination.

« Je continuerai de lutter et de parcourir le monde pour dénoncer ce qui se passe au Venezuela et les violations des droits de l’Homme », a-t-elle dit.

Largement isolé sur la scène internationale, le président Maduro compte toutefois encore un allié de poids: la Russie.

Mais comme la Colombie, le Brésil a condamné la gestion de la crise par M. Maduro, dont le pays a été suspendu du Mercosur lors d’une réunion récente à Sao Paulo. Le ministre des Affaires étrangères Aloysio Nunes a d’ailleurs reçu Mme Ortega mercredi.

Ancienne chaviste devenue dissidente, l’ex-procureure de 59 ans a été démise le 5 août par la toute nouvelle Assemblée constituante acquise au chef de l’État.

Dotée de super-pouvoirs, cette assemblée s’est également attribué vendredi l’essentiel des pouvoirs du Parlement, seule institution contrôlée par l’opposition.

Onze pays d’Amérique latine et le Canada ont récemment condamné la « rupture démocratique » au Venezuela, s’ajoutant aux critiques de Washington, de l’ONU et de l’Union européenne.

Romandie.com avec(©AFP / 23 août 2017 18h15)                

La Colombie offre protection et asile à l’ex-procureure du Venezuela

août 21, 2017

L’ex-procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, le 6 août 2017 à Caracas / © AFP/Archives / Federico PARRA

L’ex-procureure générale du Venezuela et opposante Luisa Ortega, qui a fui en Colombie, est « sous la protection » de ce pays, et l’asile lui sera octroyé si elle le souhaite, a déclaré lundi le président colombien Juan Manuel Santos.

« La procureure Luisa Ortega se trouve sous la protection du gouvernement colombien. Si elle demande l’asile, nous le lui accorderons », a annoncé le président sur son compte Twitter à propos de cette opposante au président Nicolas Maduro.

Chaviste (du nom du défunt Hugo Chavez, président de 1999 à 2013 et mentor de Nicolas Maduro) devenue dissidente, Mme Ortega, 59 ans, avait été démise de ses fonctions le 5 août par la toute nouvelle Assemblée constituante acquise au chef de l’Etat vénézuélien.

Accompagnée de son époux, le député chaviste German Ferrer, elle est arrivée vendredi à Bogota dans un vol privé après avoir transité par l’île caribéenne d’Aruba.

Luisa Ortega, qui a vivement dénoncé la radicalisation du gouvernement vénézuélien ces derniers mois, était aussi interdite de sortie du territoire et avait vu ses comptes bancaires gelés.

Sur son compte Twitter, elle avait révélé vendredi que des agents du service de renseignement avaient perquisitionné deux jours plus tôt son domicile, après une demande d’arrestation de son mari, accusé de corruption.

Le nouveau procureur général, Tarek William Saab, avait annoncé le même jour qu’il allait demander à l’Assemblée constituante d’entamer le processus pour priver M. Ferrer de son immunité parlementaire.

L’annonce de l’arrivée du couple en Colombie a été faite peu après que le Parlement vénézuélien, seule institution contrôlée par l’opposition, eut été privé de la majorité de ses pouvoirs par la Constituante, qui poursuit ainsi la reprise en main du pays amorcée par Nicolas Maduro.

Elue fin juillet dans le sang et contestée par une grande partie de la communauté internationale, la Constituante, assemblée de 545 membres tous issus du chavisme, s’est attribuée l’essentiel des pouvoirs du Parlement.

Son initiative marque un nouvel épisode dans la grave crise politique secouant le Venezuela, où les manifestations exigeant le départ du chef de l’Etat élu en 2013, sur fond de naufrage économique, ont fait 125 morts depuis le 1er avril.

Romandie.com avec(©AFP / 21 août 2017 19h09)                

Maduro renforce encore son pouvoir: la Constituante limoge une des principales opposantes

août 5, 2017

La présidente de la nouvelle Assemblée constituante Delcy Rodriguez (C), son premier vice-président Aristobulo Isturiz (G) et le secon VP Isaias Rodriguez lors de la session inaugurale de cette chambre controversée, le 5 août 2017 à Caracas / © AFP / Juan BARRETO

Le président socialiste vénézuélien Nicolas Maduro a porté samedi un grand coup à ses opposants: à peine installée, la Constituante qu’il a voulue et dotée de pouvoirs illimités a limogé l’une de ses adversaires les plus pugnaces, la procureure générale Luisa Ortega, au risque d’aggraver encore les tensions avec la communauté internationale.

Mme Ortega, une chaviste historique qui a pris ses distances depuis plusieurs mois avec M. Maduro, a répliqué quelques heures plus tard qu’elle ne reconnaissait pas cette décision. Elle avait indiqué dans la matinée à la presse que des unités de la Garde nationale bolivarienne (GNB) l’avaient empêchée d’accéder aux bureaux du Parquet général dans le centre de Caracas .

« C’est une dictature! » avait-elle dénoncé, tout en promettant de continuer « à lutter pour la liberté et la démocratie au Venezuela ». « Non seulement ils arrêtent les gens arbitrairement, mais ils les font juger par la justice militaire, et maintenant ils ne laissent pas entrer la procureure générale dans son bureau ».

Le Parquet général, qu’elle dirige, avait ouvert mercredi une enquête pour fraude électorale présumée lors du scrutin de l’Assemblée constituante le 30 juillet, réclamant en outre l’annulation de l’installation de cette toute-puissante institution.

Nommée en 2007 par le président Hugo Chavez (1999-2013), Mme Ortega était la principale figure institutionnelle à oser défier publiquement son successeur.

– Le Venezuela suspendu du Mercosur –

Ce limogeage risque d’empirer les relations déjà tendues du Venezuela avec la communauté internationale, inquiète de la dérive autoritaire du régime.

Dernier exemple de cette tension: réunis samedi à Sao Paulo, les ministres des Affaires étrangères du Brésil, de l’Argentine, de l’Uruguay et du Paraguay ont décidé de suspendre le Venezuela du Mercosur, le marché commun sud-américain, « pour rupture de l’ordre démocratique ».

« La suspension ne sera levée (…) qu’une fois que les autres membres du groupe auront considéré que l’ordre démocratique a été pleinement rétabli », a expliqué le Mercosur, posant comme conditions « la libération des prisonniers politiques, la restauration des compétences de pouvoir législatif, la reprise du calendrier électoral et l’annulation de l’Assemblée constituante ».

Nicolas Maduro a aussitôt répliqué que son pays ne serait « jamais » exclu du Mercosur et dénoncé une tentative de « blocus économique, financier, commercial et politique comme celui imposé à Cuba dans les années 60 ».

Il a également défendu la Constituante, qualifiée de « baume pour la vie sociale et politique du Venezuela ». Pour le chef de l’Etat, son pays subit « l’une des attaques les plus féroces que nous ayons connues en 18 années de révolution bolivarienne ».

Présidée par l’ex-ministre des Affaires étrangères Delcy Rodriguez, la Constituante a pour mission de réécrire la Constitution de 1999 promulguée par Chavez. M. Maduro lui a notamment fixé pour mission d’apporter la « paix » et de redresser l’économie en lambeaux de cette nation pétrolière, naguère immensément riche.

L’opposition accuse en revanche le dirigeant socialiste de vouloir accroître ses pouvoirs et prolonger son mandat qui s’achève normalement en 2019.

Installée officiellement vendredi, la Constituante a fait savoir samedi qu’elle siégerait pour une durée maximale de deux ans.

Les constituants siègent dans le « salon elliptique », à quelques dizaines de mètres seulement de l’hémicycle dans lequel se réunissent les députés du parlement élu fin 2015, où l’opposition est majoritaire. Ce qu’ils entendent continuer à faire, ont-ils annoncé, faisant craindre des tensions au sein du bâtiment.

– ‘Coexistence’ –

« Ce qui est envisagé, c’est la coexistence (…) Ce qui ne peut pas arriver, c’est que les pouvoirs constitués méconnaissent les décisions de l’Assemblée constituante », avait expliqué Delcy Rodriguez à l’AFP quelques jours avant son élection à la tête de la Constituante… qui a la faculté de dissoudre le Parlement.

« Nous n’allons pas céder », a assuré de son côté la coalition de l’opposition (MUD) sur Twitter.

L’élection de la Constituante, entachée par des violences qui ont fait dix morts, a suscité un tollé international, dont une condamnation inhabituellement ferme du Vatican, alors que déjà plus de 120 personnes ont été tuées en quatre mois de manifestations contre le gouvernement.

Lors de son discours d’investiture, Delcy Rodriguez, une fidèle de M. Maduro qui la surnomme »la tigresse », a fermement rejeté ces critiques: « pour la communauté internationale (…) le message est clair, très clair: nous, les Vénézuéliens, résoudrons notre conflit, notre crise, sans aucune sorte d’interférence étrangère ».

Romandie.com avec(©AFP / 05 août 2017 21h42)

Venezuela: le parquet demande l’annulation de l’installation de la Constituante

août 3, 2017

La procureure générale du Venezuela Luisa Ortega, le 31 juillet 2017 à Caracas / © AFP / JUAN BARRETO

Le Parquet général du Venezuela, dirigé par la procureure dissidente Luisa Ortega, tentait jeudi de freiner la mise en place de l’Assemblée constituante portée par le président Nicolas Maduro à la veille de son installation, durant laquelle une confrontation entre le pouvoir et l’opposition est redoutée.

Le ministère public a demandé à la justice d’annuler l’installation de la Constituante contestée par l’opposition qui l’accuse d’être « illégitime ».

Les deux camps se préparaient à un nouveau bras de fer vendredi avec de nouvelles manifestations lors des débuts de cette assemblée.

Les services de la Procureur générale, ancienne proche du pouvoir devenue une de ses principales adversaires, ont annoncé sur Twitter que cette demande, faite par les deux procureurs chargés de l’enquête, « se base sur la commission présumée de délits durant le processus électoral » dimanche.

L’ouverture de cette enquête, annoncée mercredi soir, intervient après les révélations de l’entreprise britannique chargée des opérations de vote qui estime que la différence entre la participation réelle et celle annoncée par les autorités est « d’au moins un million de votes ».

« Nous savons, sans le moindre doute, que (les chiffres de) la participation à l’élection d’une Assemblée constituante nationale ont été manipulés », a déclaré Antonio Mugicala, le PDG de SmartMatic.

Mais l’initiative du parquet a peu de chances d’aboutir, ses précédentes initiatives ayant toutes été neutralisées par la Cour suprême (TSJ), accusé par l’opposition d’être inféodé au pouvoir.

– ‘Plomb dans l’aile’ –

Cette assemblée « naît avec du plomb dans l’aile. Mais peu importe pour Maduro, il veut seulement une Constituante à sa mesure », juge l’analyste Luis Salamanca.

L’Assemblée constituante se situe au-dessus de tous les pouvoirs, y compris du chef de l’Etat, et elle est installée pour un temps indéfini. Elle aura pour mission de réécrire la Constitution du Venezuela.

Son élection dimanche, entachée par des violences qui ont fait dix morts, a suscité un tollé international. Plus de 120 personnes ont été tuées en quatre mois de manifestations contre le président.

L’opposition continue à contester le principe même de ce « super pouvoir », les leaders antichavistes (du nom du défunt Hugo Chavez, président de 1999 à 2013) évoquant son « illégitimité ».

« Pour défendre la Constitution contre la fraude, la mobilisation d’aujourd’hui (jeudi) aura lieu demain, 4 août », a écrit sur Twitter la coalition de l’opposition Table de l’unité démocratique (MUD), qui veut faire coïncider sa marche en direction du siège du Parlement avec le début des travaux de la Constituante.

« La lutte continue. La fraude que représente cette Constituante met le pays sur la voie d’une explosion sociale. Ce processus est nul. C’est le début de la fin » a déclaré Henrique Capriles, l’un des chefs de l’opposition.

Mercredi soir, Nicolas Maduro avait annoncé le report de 24 heures de la séance inaugurale de l’Assemblée, initialement prévue jeudi.

Cette séance sera « organisée dans la paix, dans la tranquillité et avec tout le protocole nécessaire vendredi prochain à 11 heures du matin » (15h00 GMT), a déclaré le dirigeant.

– ‘Ennemi international’ –

Selon les autorités, plus de 8 millions d’électeurs, soit 41,5% du corps électoral, ont participé à l’élection des membres de la Constituante. Soit un chiffre supérieur aux 7,6 millions de voix réunies par l’opposition le 16 juillet, lors d’un référendum contre le projet de Constituante.

Chaque camp conteste les chiffres de l’autre et les accusations de « manipulation » lancées par la société chargée des opérations de vote ont fait bondir les autorités.

« C’est une affirmation irresponsable basée sur des estimations sans fondement », s’est défendue la présidente de l’autorité électorale (CNE) Tibisay Lucena. Il s’agit d’une « réaction de l’ennemi international », le scrutin a été « transparent », a abondé M. Maduro.

L’opposition entend par ailleurs continuer de siéger au Parlement où elle est majoritaire. Concrètement, les deux assemblées doivent se réunir dans deux hémicycles distincts au sein du même bâtiment, séparés par une simple cour, faisant craindre de nouvelles tensions.

La Constituante, qui doit apporter la « paix » et permettre au Venezuela de se redresser économiquement, selon le chef de l’Etat, est rejetée par 72% des Vénézuéliens, d’après l’institut de sondages Datanalisis.

Les antichavistes ont boycotté le scrutin de dimanche en dénonçant sans relâche une « fraude » visant à prolonger le pouvoir de M. Maduro, dont le mandat s’achève en 2019.

Le Venezuela est au bord de l’effondrement économique et 80% des Vénézuéliens désapprouvent la gestion du président, selon Datanalisis.

Enfin, la Constituante doit lancer ses travaux dans un contexte de tensions avec les Etats-Unis, renforcé par les nombreuses condamnations internationales après l’arrestation dans la nuit de lundi à mardi de deux des figures de l’opposition, Leopoldo Lopez et le maire de Caracas Antonio Ledezma.

Le président américain Donald Trump a tenu « personnellement responsable » son homologue vénézuélien du traitement des deux opposants, condamnant « les actions de la dictature Maduro ».

(©AFP / 03 août 2017 22h57)

Venezuela: la procureure qui défie Maduro face à la Cour suprême

juillet 4, 2017

La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, lors d’une session à l’Assemblée nationale, le 3 juillet 2017 à Caracas / © AFP / Federico PARRA

La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, chaviste entrée en rébellion contre le président Nicolas Maduro, comparaît mardi devant la Cour suprême, qui décidera si elle ouvre un procès à son encontre, pouvant mener à sa destitution.

Après des semaines de bras de fer par déclarations interposées, le sort de la procureure générale de 59 ans, plus haute figure institutionnelle à défier le chef de l’Etat, est entre les mains de la Cour suprême (TSJ), organisme réputé proche de l’exécutif.

L’audience, prévue à 14h00 GMT, pourrait être retardée car la procureure a récusé lundi soir 17 magistrats du TSJ, ce dernier annonçant aussi qu’il ferait une déclaration sur « des thèmes d’intérêt national » avant l’audience.

Mardi matin, le bâtiment de la Cour suprême était gardé par les militaires de la Garde nationale.

Le député Pedro Carreño, du parti socialiste au pouvoir, qui a engagé la procédure et sera entendu à l’audience, lui reproche d’avoir commis des « fautes graves dans l’exercice de sa fonction ». Il exige aussi d’évaluer la santé mentale de la procureure car « il est clair que cette dame n’a pas toute sa tête ».

En attendant sa comparution, elle a été frappée d’une interdiction de sortie du territoire et a vu ses biens et actifs gelés.

En toile de fond, c’est son discours étonnamment critique envers le président Maduro, pour une personnalité faisant partie de son camp, qui irrite le pouvoir, car il risque d’approfondir encore les fractures entre chavistes (du nom de Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013).

S’il bénéficie toujours du soutien précieux de l’armée, le chef de l’Etat est confronté depuis trois mois à des manifestants qui l’accusent du naufrage économique du pays, pourtant riche en pétrole. Ils exigent son départ immédiat.

Les violences autour de ces rassemblements ont fait jusqu’à présent 89 morts, suscitant l’inquiétude de la communauté internationale.

« Je vous assure que je ne me reposerai pas tant que le Venezuela n’aura pas retrouvé le chemin des libertés », a lancé lundi Luisa Ortega face au Parlement, seule instance dominée par l’opposition depuis début 2016, appelant à « lutter pour la démocratie ».

Elle s’exprimait quelques heures après une nouvelle offensive du pouvoir, qui a diligenté un audit dans ses bureaux pour y chercher d’éventuelles irrégularités administratives ou budgétaires.

– « Radicalisation de la crise » –

Si la Cour suprême décide mardi d’ouvrir un procès et si elle est reconnue coupable, Mme Ortega pourrait être destituée.

La décision nécessitera toutefois le feu vert du Parlement. Une perspective difficile à envisager: les députés d’opposition ont en effet ovationné Mme Ortega dans l’hémicycle lundi.

« Nous sommes face à une tentative de coup d’Etat contre la procureure, qu’on essaie d’écarter de son poste de façon frauduleuse », estime l’expert en droit constitutionnel José Ignacio Hernandez.

« Cela montre l’utilisation politique du TSJ et la fracture interne au sein du pouvoir », ajoute-t-il, prédisant une « radicalisation de la crise ».

Pour le politologue Luis Salamanca, Luisa Ortega cherche à priver M. Maduro de « la légitimité que lui donne Chavez », son mentor politique. Si elle y parvient cela renforcera les divisions au sein du chavisme et laissera le président « très affaibli ».

Au final, « la stratégie plus agressive de Maduro envers les dissidents chavistes va probablement se retourner contre lui », observent les analystes du cabinet Eurasia dans une note.

« En s’en prenant à Ortega, le gouvernement ne fera que l’inciter encore plus à s’exprimer publiquement et de façon plus agressive contre le régime », poursuivent-ils. Et cette « persécution des dissidents chavistes va encourager l’opposition à continuer ses manifestations ».

Mardi, l’opposition a d’ailleurs prévu une nouvelle opération de blocage des routes du pays, pendant six heures, pour rejeter le projet d’Assemblée constituante, dont les membres doivent être élus le 30 juillet et qu’elle perçoit comme une tactique du président Maduro pour s’accrocher au pouvoir.

Elle organisera à ce sujet une consultation populaire le 16 juillet, dans 1.600 bureaux de vote à travers le pays, pour marquer « l’heure zéro » de son « soulèvement » massif contre le pouvoir.

Romandie.com avec(©AFP / 04 juillet 2017 15h52)                

Venezuela: Maduro crie à la tentative de coup d’Etat

juin 28, 2017

Photo de la présidence communiquée le 1er avril 2017 du président vénézuelien Nicolas Maduro (D) avec la Procureure générale du pays, Luisa Ortega au palais présidentiel de Miraflores à Caracs / © Presidencia Venezuela/AFP/Archives / HO

Les autorités vénézuéliennesont annoncé mercredi que la Procureure générale du pays, Luisa Ortega, en rupture de ban avec le chavisme, comparaitrait la semaine prochaine en justice, tandis que le régime assure avoir été victime la veille d’une tentative de coup d’Etat.

Mme Ortega, une chaviste entrée en dissidence qui a multiplié les interventions dernièrement contre le gouvernement du président Nicolas Maduro, a été citée à comparaître par la Cour suprême.

Le Tribunal suprême de la justice (TSJ, Cour suprême) « a fixé l’audience orale et publique au 4 juillet » qui devra statuer si la procureure générale peut être traduite en justice. Il a assorti sa décision d’une interdiction de sortie du territoire ainsi que du gel de ses comptes et avoirs, selon un communiqué du tribunal.

Le TSJ, accusé de servir le gouvernement Maduro, a également ordonné la comparution du député Pedro Carreno –un partisan du président Maduro– qui a présenté l’action en justice contre la procureure, et du défenseur du peuple, Tarek William Sabb, également partisan du président.

M. Carreno, qui a demandé au TSJ d’évaluer « la santé mentale » de Luisa Ortega, affirme que la procureure a « menti » en disant qu’elle n’avait pas approuvé la nomination de 33 magistrats, désignés selon elle irrégulièrement par le précédent Parlement à majorité chaviste, en décembre 2015.

– ‘Terrorisme d’Etat’ –

Mercredi, Luisa Ortega a accusé Nicolas Maduro, successeur de Hugo Chavez (1999-2013), d’avoir imposé un « terrorisme d’Etat », en raison des violences exercées par les forces de l’ordre contre la vague de manifestations secouant le pays depuis bientôt trois mois, qui ont fait 77 morts.

« Ici on dirait que tout le pays est terroriste », a-t-elle dit lors d’une déclaration devant la presse, au lendemain de l’attaque présumée d’un hélicoptère de police contre la Cour suprême, qualifiée de « terroriste » par le président Maduro, qui a mis l’armée en alerte.

« Moi, ce que je pense, c’est que nous avons un terrorisme d’Etat, où l’on a perdu le droit à manifester, où les manifestations sont cruellement réprimées, où l’on juge des civils devant la justice militaire », a-t-elle lancé.

Dénonçant le « silence » de la communauté internationale sur l’attaque présumée de l’hélicoptère de police, le chef de la diplomatie, Samuel Moncada, a ordonné aux ambassadeurs du Venezuela d’informer « tous les ministères des Affaires étrangères du monde » de cette « attaque terroriste ».

« Ils protègent les auteurs de ce fait avec leur complicité et leur ignorance feinte », a-t-il déclaré dans une conférence de presse, questionnant le rôle des Etats-Unis, du Mexique et de l’Union européenne, tout en remerciant la Bolivie, Cuba, l’Equateur et la Turquie pour avoir exprimé leur solidarité.

L’auteur de cette attaque inédite, survenue mardi soir à Caracas, a un profil atypique: Oscar Pérez, inspecteur aéronautique de la police scientifique âgé de 36 ans, mais aussi acteur d’un film d’action de 2015, « Mort suspendue ».

Le président Maduro, qui dénonce régulièrement l’existence d’un complot pour le renverser, a affirmé mardi soir qu’un hélicoptère de police avait lancé quatre grenades contre le bâtiment de la Cour suprême et tiré quinze coups de feu contre le ministère de l’Intérieur.

– L’auteur toujours recherché –

Les vidéos et photos diffusées sur les réseaux sociaux montrent un hélicoptère de la police scientifique en train de survoler Caracas. On entend au loin des détonations, sans voir clairement s’il lance effectivement des grenades sur la Cour suprême.

Dans une vidéo publiée sur internet, Oscar Pérez, visage découvert et accompagné de quatre hommes masqués et pour certains armés, appelle le chef de l’Etat à « démissionne(r) immédiatement » pour permettre la tenue d’élections générales.

Il était toujours activement recherché pour cette attaque présumée, qui n’a pas fait de victimes.

Confronté à des manifestations quasi-quotidiennes, dans un contexte de violente crise économique, Nicolas Maduro avait averti mardi que si le Venezuela « plongeait dans le chaos et la violence, nous irions au combat ».

« Ce qui n’aura pas pu se faire par les votes, nous le ferons avec les armes », avait-il déclaré.

Mercredi, la coalition d’opposition de la Table pour l’Unité démocratique (MUD), majoritaire au Parlement, se voulait prudente.

« Des gens disent que c’est un piège, d’autres disent que (cette attaque) est vraie », a déclaré à la presse Julio Borges, président du Parlement.

« Quoi que ce soit, c’est très grave. Tout cela indique la même chose: la situation est insoutenable au Venezuela », a-t-il ajouté.

L’analyste Diego Moya-Ocampos, du cabinet britannique IHS, est lui aussi sceptique.

« Il est possible que l’histoire de l’hélicoptère ait été organisée par le gouvernement, pour faire diversion (…) ou provoquer une réaction afin de continuer à purger les forces de l’ordre », a-t-il expliqué à l’AFP, alors que le président Maduro a déjà congédié, la semaine dernière, quatre hauts responsables de l’armée.

Romandie.com avec(©AFP / 29 juin 2017 04h29)