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Sénégal : Macky Sall baisse le loyer et les prix des denrées

novembre 6, 2022

Le président sénégalais Macky Sall a annoncé dimanche 6 novembre une baisse du loyer, en hausse de « plus de 200% » en huit ans, ainsi que des prix de denrées pour soulager les ménages confrontés à une inflation galopante.

Le président sénégalais Macky Sall, en mai 2021 à Paris. © Stephane Lemouton/POOL/REA

Le président Macky Sall a annoncé à la télévision publique des mesures de baisse relatives au logement, au riz, à l’huile, au sucre ou encore aux fournitures scolaires. Cette décision a été prise à l’issue d’une rencontre sur la consommation samedi soir à Dakar, en présence des commerçants et des industriels, et alors que la période post-covid et la guerre en Ukraine ont renchéri le coût de nombreux produits.

La baisse est de 5% pour les loyers de plus de 500 000 FCFA (750 euros), de 10% pour ceux allant de 300 000 FCFA (457 euros) à 500 000 FCFA et de 20% pour ceux inférieurs ou égaux à 300 000 FCFA. Cette dernière catégorie concerne la plus grande partie des ménages au Sénégal, où le salaire minimum est d’environ 75 euros.

« Les loyers ont augmenté de plus de 200% »

Le coût élevé du loyer se fait particulièrement sentir à Dakar. La capitale sénégalaise, où manquent des milliers de logements, abrite près de quatre millions d’habitants, soit près du quart de la population sénégalaise, estimée à plus de 17 millions d’habitants.

« Les loyers ont augmenté de plus de 200% depuis la dernière tentative de baisse (en 2014) alors que les coûts de la construction n’ont évolué que de l’ordre 45% », a déclaré à la presse Macky Sall.

En 2014, le Parlement sénégalais avait adopté une loi pour alléger les charges des locataires les pauvres. Le texte mettait en place une réduction obligatoire de 29% des loyers inférieurs à 150 000 francs CFA (227 euros). Mais elle n’avait pas été suivie de l’effet escompté.

« Des arrêtés seront pris et les prix seront appliqués d’ici mercredi ou jeudi », a déclaré dimanche le ministre du Commerce Abdou Karim Fofana sur la radio privée RFM.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Législatives au Sénégal : la défaite de Macky Sall est aussi stratégique

août 17, 2022

Si nombre d’analystes ont pointé le revers inédit subi par la majorité présidentielle, peu ont constaté l’échec de la tactique du camp du chef de l’État, basée presque exclusivement sur un éventuel boycott du scrutin par l’opposition.

L’assemblée nationale, Dakar, Sénégal. © Aliou Mbaye/PANAPRESS/MAXPPP

On le sait désormais, les résultats définitifs des élections législatives du 31 juillet au Sénégal, publiés ce 11 août par le Conseil constitutionnel, permettent à la coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar d’obtenir 82 députés sur les 165 qui composent l’Assemblée nationale – auxquels s’est rallié l’ancien maire de Dakar Pape Diop. Un ralliement qui porte le nombre des parlementaires du camp présidentiel à 83, contre 80 pour l’inter-coalition Yewwi Askan Wi (YAW) – Wallu Senegal, ce qui est synonyme de la majorité absolue.

Inutile de rappeler que les observateurs de la vie politique sénégalaise ont été unanimes pour dire que c’est une situation inédite, que la mouvance présidentielle a accusé un net recul et que le scrutin marquera, quoi qu’il arrive, l’histoire politique du pays.

En analysant ces résultats, un leader politique sénégalais a déclaré que « les populations ont privilégié la sanction contre le régime actuel en participant à un référendum de fait sur la question du troisième mandat ». Bien entendu, ses propos ont été balayés d’un revers de la main par les membres de la mouvance présidentielle, qui estiment être restés « la plus grande coalition du pays », même si leur camp a perdu au passage une cinquantaine de députés. Autant dire que ces législatives n’ont pas encore livré tous leurs secrets. D’autant que chaque camp crie à la victoire et se tresse des lauriers.

Un stratagème simpliste

En revanche, ce que l’on n’a pas du tout ou très peu entendu dans les analyses, c’est l’échec de la stratégie du camp présidentiel, basée presque exclusivement sur un éventuel boycott du scrutin par l’opposition. Car tout semble démontrer que le pari du chef de l’État Macky Sall était simple, sinon simpliste : pousser l’opposition dans ses derniers retranchements et la contraindre à renoncer de prendre part à ces législatives. Autrement dit, en misant sur les réactions parfois épidermiques de certains leaders de l’opposition, le pouvoir savait que l’invalidation des titulaires de la liste nationale de la coalition dirigée par Ousmane Sonko constituerait un casus belli, en tout cas le piège qui devrait faire trébucher ses adversaires. De fait, la précampagne a été marquée par de violentes manifestations qui ont fait au moins trois morts, justement à cause du refus de l’opposition d’accepter la décision du Conseil constitutionnel.

Si la coalition de l’opposition avait maintenu son intention de boycotter ces élections législatives afin de dénoncer la décision du Conseil constitutionnel comme cela a été envisagé un temps, elle aurait pris le risque de laisser le champ libre aux seuls candidats de la majorité présidentielle de rafler tous les sièges ou presque de députés. Heureusement, ses leaders ont fini par comprendre (aiguillonnés par les chefs de confréries ?) que dans certaines circonstances, la politique de la chaise vide est loin d’être la moins mauvaise.

Le flou du troisième mandat

C’est dire qu’en décidant de participer au scrutin avec la liste nationale des candidats suppléants – ceux que les mauvaises langues ont parfois présentés comme des seconds couteaux –, l’opposition a non seulement confirmé la dynamique impulsée par les élections locales de janvier, mais elle a aussi déjoué les plans du pouvoir. Plutôt que d’être monocolore, ce qui aurait été un recul démocratique majeur, la présente législature sénégalaise annonce des joutes politiques truculentes.

Cela dit, sans reprendre à notre compte les accusations de fraudes et de bourrage d’urnes utilisées par l’opposition, on peut supposer que si les titulaires de la liste nationale des adversaires de Macky Sall n’avaient pas été invalidés, la majorité parlementaire aurait sûrement basculé en faveur de l’opposition, dont les leaders pariaient sur une possible cohabitation. Dans une telle hypothèse, l’actuel président sénégalais, élu en 2012 pour un mandat de sept ans et réélu en 2019 pour cinq ans, aurait été amené à dissiper plus tôt que prévu le flou qu’il maintient sur ses véritables intentions et aurait renoncé à la tentation du troisième mandat

Avec Jeune Afrique

Adrien Poussou
Par Adrien Poussou

Ancien ministre centrafricain de la Communication.

Mali : Macky Sall à Bamako pour rencontrer Assimi Goïta

août 15, 2022

Le président en exercice de l’Union africaine est attendu ce lundi matin dans la capitale malienne où il doit s’entretenir avec le chef de la junte. Une visite « d’amitié et de travail » qui intervient au lendemain de l’inculpation de 49 soldats ivoiriens par la justice malienne.

Macky Sall, président de la République du Sénégal et président en exercice de l’Union africaine. © Romain Gaillard/REA

Macky Sall, qui est attendu ce lundi matin à Bamako, y sera accueilli par Assimi Goïta. Les deux hommes doivent ensuite s’entretenir au cours d’un échange à huis clos au palais présidentiel, avant un déjeuner officiel. Le président en exercice de l’Union africaine et le président de la transition malienne ont par ailleurs prévu de tenir une conférence de presse commune à l’issue de leur rencontre.

Soldats ivoiriens

Cette « visite d’amitié et de travail », la première du président de l’Union africaine au Mali depuis la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020, intervient dans un contexte tendu entre les autorités maliennes et l’organisation panafricaine. Parmi les nombreux sujets à l’ordre du jour, le cas des 49 soldats ivoiriens arrêtés le 10 juillet sera au cœur des discussions.

Le vendredi 12 août, les soldats ivoiriens, détenus depuis plus d’un mois à Bamako, ont été inculpés pour « tentative d’atteinte à la sûreté de l’État » et placés sous mandat de dépôt. Abidjan assure qu’ils étaient en mission pour l’ONU dans le cadre d’opérations de soutien logistique à la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) et exige leur libération.

Négociations difficiles

La négociation semblait pour l’instant la voie privilégiée pour obtenir la libération de ces soldats, arrêtés à leur arrivée à l’aéroport de Bamako. Le Togo joue le rôle de médiateur entre la Côte d’Ivoire et le Mali, mais les premières négociations, le 28 juillet à Lomé, n’ont pas permis d’enregistrer de progrès.À LIRECôte d’Ivoire-Mali : la difficile médiation de l’ONU pour la libération des soldats ivoiriens

Selon une source proche des discussions engagées sous l’égide du Togo, citée par l’Agence France-Presse, « les discussions pourtant avancées ont buté sur certains points, ce qui peut expliquer ce retour judiciaire en force dans le dossier ». « La justice va continuer son travail, mais les négociations vont continuer aussi », a-t-elle ajouté.

Par Jeune Afrique avec AFP

Macky Sall : la dernière marche ?

juillet 2, 2022

Journaliste, correspondant à Dakar, il couvre l’actualité sénégalaise et ouest-africaine, et plus ponctuellement le Rwanda et le Burundi.

Le mystère reste entier sur ses intentions : Macky Sall se conformera-t-il à la Constitution en quittant son poste au terme de son second mandat ? Il rentrerait ainsi dans l’histoire de son pays en devenant le premier chef de l’État à mettre fin volontairement à son règne.

Le président sénégalais Macky Sall assiste à la cérémonie d’ouverture du premier parc éolien d’Afrique de l’Ouest à Thiès, au Sénégal, le 24 février 2020. THIES, SENEGAL – FEBRUARY 24: Senegalese President Macky Sall attends a opening ceremony of the first wind farm of West Africa in Thies, Senegal on February 24, 2020. © ALAATTIN DOGRU/Anadolu Agency via AFP

La phrase, en toute logique, devrait s’écrire sans point d’interrogation. Une Constitution n’est-elle pas destinée à fixer la règle du jeu, quelle que soit l’identité du joueur ? Et pourtant…

Au Sénégal, rien ne permet de savoir ce que Macky Sall a en tête à dix-neuf mois de la prochaine présidentielle. Prendra-t-il le risque de jeter les Sénégalais dans la rue s’il se représente ? Ou bien se conformera-t-il aux dispositions de l’article 27, lesquelles stipulent que « nul ne peut exercer plus de deux mandats [présidentiels] consécutifs ». « Je répondrai à cette question après les législatives », assurait le chef de l’État dans une interview récente.

Une échéance qui vaut également, a-t-il dit, pour la nomination du futur Premier ministre, une fonction supprimée en 2019, avant d’être rétablie en décembre 2021, mais dont le siège reste vacant jusqu’ici, alors même que Macky Sall occupe depuis le début de l’année la présidence tournante de l’Union africaine. Une tâche fastidieuse pour une fin de mandat, entre régimes putschistes au sein de la Cedeao et répercussions en Afrique du conflit en Ukraine.À LIREUnion africaine : quelles priorités pour Macky Sall ?

Jamais, depuis l’indépendance du Sénégal, un chef de l’État n’a mis fin volontairement à son règne au terme de son second mandat. Macky Sall marquera-t-il l’Histoire en se conformant à cette disposition constitutionnelle adoptée dès 2001 – sept ans avant la France – mais qui n’a, jusque-là, jamais servi ?

Défis

Abdoulaye Wade n’avait pas eu cette sagesse, et son wax waxeet (‘dire puis se dédire’, en wolof) avait obscurci sa fin de règne et provoqué sa chute. Macky Sall est bien placé pour s’en souvenir puisque l’Union sacrée entre l’ensemble des candidats alors opposés au président sortant avait largement contribué à son élection dans un fauteuil, au second tour, au soir du 25 mars 2012.

Reste que les prochains mois s’annoncent délicats. Car si le chef de l’État décide, conformément à sa promesse récente, de ne jamais poser un acte qui serait contraire à la Constitution, se poseront à lui deux défis ultimes. D’abord, désigner un dauphin au sein de sa majorité, où les prétendants ne manquent pas, sans provoquer une guerre civile dans ses rangs. Ensuite, permettre à son successeur de poursuivre son œuvre en maintenant en vie la coalition Benno Bokk Yakaar, où l’Alliance pour la République (APR, parti présidentiel) peut compter sur l’allégeance du Parti socialiste, de l’Alliance des forces de progrès (AFP) et de Rewmi.

Continuité

Jusqu’ici, seul Senghor était parvenu à assurer cette continuité au sommet de l’État en désignant Abdou Diouf pour lui succéder, lorsqu’il a pris une retraite anticipée, en cours de mandat, le 31 décembre 1980. Abdou Diouf, lui, a perdu dans les urnes, en 2000, en voulant briguer le mandat de trop. Et Abdoulaye Wade, qui a commis la même erreur, s’est refusé, après sa défaite, à désigner un successeur à la tête du PDS, dont il reste, à 96 ans, le secrétaire général national. Son fils Karim, bien qu’inéligible, a été désigné candidat à la dernière présidentielle – à laquelle il n’a pu concourir. Au prix d’une véritable hémorragie au sein du parti.

Les dix-neuf mois qui le séparent de l’échéance ne seront donc pas de tout repos pour Macky Sall puisque les législatives prévues le 31 juillet feront office de prélude à la prochaine présidentielle. Depuis ses débuts en politique, l’homme a su faire preuve d’un sens aigu de la stratégie, gravissant une à une les marches sans jamais trébucher, alliant la capacité du joueur de poker à dissimuler la teneur de sa main à celle du joueur d’échecs à anticiper plusieurs coups. Reste que son ultime combat en politique, celui de sa succession, se jouera par procuration.

Avec Jeune Afrique par Mehdi Ba

Sénégal : Macky Sall visé par Olivier Faure, le chef du PS français

juin 27, 2022

En évoquant le sort de certains opposants incarcérés au Sénégal, Olivier Faure a suscité des réactions « anticoloniaslistes » du parti présidentiel sénégalais.

© Damien Glez

Spécialiste, depuis le début de sa carrière, des questions d’opinion politique franco-française, l’actuel premier secrétaire du Parti socialiste n’a sans doute pas mesuré les vagues d’indignation suscitées, ces derniers mois, par les analyses hexagonales abruptes des situations nationales africaines. De fait, devant Twitter, samedi soir, Olivier Faure n’y est pas allé avec le dos de la cuillère, lorsqu’il a entrepris de commenter la situation sénégalaise

« La démocratie sénégalaise est piétinée » : sur le réseau de la concision et du buzz, le politicien français ne mâche pas ses mots, précisant que « la liberté de manifester est entravée » et « la justice instrumentalisée » au pays de la Teranga. L’objet de son courroux est la détention, notamment pour rassemblement illicite, des députés Déthié Fall, Mame Diarra Fam, Bara Dolly Mbacké et du maire Ameth Aïdara qui, selon les termes catégoriques de son tweet, « doivent être libérés ». Cerise sur le gâteau de l’ingérence, il conclut son post par un #Stop_Macky_Sall.

Réflexes paternalistes ?

Dès dimanche, des responsables de la majorité sénégalaise réagissent, embouchant évidemment la trompette anticolonialiste qui sied d’habitude aux socialistes. Pour le ministre de l’Eau et de l’Assainissement, Serigne Mbaye Thiam, Olivier Faure a cédé aux « réflexes paternalistes de donneurs de leçons », qui surgissent inéluctablement lorsqu’il s’agit de commenter la situation « d’un pays anciennement colonisé ». Le porte-parole de la coalition présidentielle Benno Book Yaakar, Papa Mahaw Diouf, enfonce le clou en évoquant un « néocolonialisme mental ». Le président du groupe parlementaire de la majorité, Aymerou Gningue, entend quant à lui saisir le groupe parlementaire d’amitié France-Sénégal.

Certes, Olivier Faure a besoin de se distraire avec de l’actualité internationale. Depuis son adhésion au Parti socialiste français, le score du PS à l’élection présidentielle a été divisé par 30 –1,75% des voix pour Anne Hidalgo en 2022 contre 51,76 % pour François Mitterrand en 1981– et le nombre des députés par 10 – 28 actuellement contre 285 au début des années 80. Le premier secrétaire a donc tenté une envolée lyrique digne de l’époque de l’Internationale socialiste conquérante. Même s’il est le fils d’un membre du Parti socialiste sénégalais, le président Macky Sall fait plutôt figure de libéral bon teint, ce qui permet à Olivier Faure de supposer ses opposants dans le camp idéologique de gauche…

La convocation exclusive du néocolonialisme dans les réactions de la majorité sénégalaise, après le tweet de samedi, constitue-t-elle une réponse un peu courte, voire un écran de fumée ? En n’entrant pas dans le fond du dossier évoqué, les membres de l’exécutif sénégalais auront beau jeu d’invoquer la séparation des pouvoirs. Et Olivier Faure de lire quelques tweets sénégalais chaleureux en réponse au sien comme : « merci de parler de ce qui se passe au Sénégal. Sous la protection de Macron, Macky « Sale » se croit tout puissant »…

Avec Jeune Afrique

Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Législatives au Sénégal : désavouée par le Conseil constitutionnel, l’opposition vise toujours la victoire

juin 9, 2022

Après avoir vu sa liste invalidée, la coalition menée par Ousmane Sonko organisait ce 8 juin un grand rassemblement à Dakar. Pour critiquer la décision des sages et mobiliser ses partisans contre Macky Sall.

Un portrait de l’opposant et maire de Ziguinchor Ousmane Sonko lors du rassemblement de l’opposition place de l’Obélisque à Dakar, le 8 juin 2022. © SEYLLOU/AFP

Touchés mais pas coulés. Qu’ils appartiennent à Yewwi Askan Wi, la coalition menée par Ousmane Sonko, Khalifa Sall et Barthélémy Dias, ou à Wallu Sénégal, celle d’Abdoulaye Wade, leaders et militants de l’opposition étaient tous réunis ce mercredi 8 juin sur la place de l’Obélisque de Dakar. Avec un mot d’ordre : rappeler qu’ils allaient tout de même participer, « par force », aux élections législatives et qu’ils ne comptaient pas laisser Macky Sall l’emporter le 31 juillet.

Les responsables politiques se sont succédés au micro pendant plus de deux heures, lors d’un rassemblement autorisé in extremis par le préfet de Dakar et auquel ont assisté plusieurs milliers de personnes. Tous ont exhorté leurs partisans à soutenir leur alliance dans les urnes pour imposer une cohabitation au chef de l’État. Et ce malgré le couperet tombé le 3 juin dernier.

Plusieurs milliers de manifestants se sont retrouvés le 8 juin sur la place de l’Obélisque pour critiquer l’invalidation de la liste d’opposition © Marième Soumaré

Plusieurs milliers de manifestants se sont retrouvés le 8 juin sur la place de l’Obélisque pour critiquer l’invalidation de la liste d’opposition © Marième Soumaré

Liste hors-jeu

Ce jour-là, le Conseil constitutionnel a rejeté le recours déposé par l’opposition, dont la liste nationale avait été retoquée par le ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Diome. Plus d’issue possible donc pour les adversaires de la majorité, dont l’ensemble des candidats titulaires sont empêchés de concourir, à commencer par Ousmane Sonko : le député devra quoiqu’il arrive rendre son fauteuil de parlementaire à l’issue du scrutin législatif.

Casquette vissée sur la tête, tee-shirt aux couleurs de sa coalition, le président du Pastef s’est adressé en dernier à une foule chauffée à blanc. En dépit de l’invalidation de sa candidature, l’opposant a voulu se montrer combattif : « L’enjeu, c’est le contrôle de l’Assemblée nationale, a-t-il lancé. Si nous gagnons ce combat, nous pourrons former un gouvernement à nous, et commencer à réformer le pays avant même 2024. »

QUOIQU’IL ARRIVE, OUSMANE SONKO DEVRA RENDRE SON FAUTEUIL DE PARLEMENTAIRE À L’ISSUE DU SCRUTIN LÉGISLATIF

Le maire de Ziguinchor a demandé à ses partisans une « mobilisation permanente » pour contrer Macky Sall, l’objectif étant, à terme, de le vaincre lors de la présidentielle de 2024. Soupçonné de vouloir briguer un troisième mandat, le chef de l’État a été la cible d’attaques récurrentes, mais le ministère de l’Intérieur et les sages du Conseil Constitutionnel en ont aussi pris pour leur grade. Tout comme Idrissa Seck, qui a rallié la majorité en novembre 2020, qualifié ce mercredi de « zombie politique », ou le président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niasse, accusé de « sucer les richesses du Sénégal ».

Parmi les griefs des manifestants et des leaders politiques réunis place de l’Obélisque, la cherté de la vie, le chômage et le manque de perspectives, tout autant que les atteintes aux libertés politiques. Pour les membres de l’opposition, pas de doute possible : l’invalidation de la liste nationale découle de la volonté de Macky Sall de mettre ses ennemis hors d’état de nuire. « On l’a vu faire avec Karim Wade, avec Khalifa Sall. On l’a vu essayer de le faire avec Ousmane Sonko en mars 2021 », a poursuivi l’intéressé, en référence à l’affaire, toujours en cours devant la justice, dans laquelle une femme l’accuse de l’avoir violée.

Rassemblement pacifique

« Nous sommes tous logés à la même enseigne », déclarait pourtant dans la matinée le porte-parole de la coalition présidentielle, Pape Mahawa Diouf, dont la liste nationale – de suppléants –  a également été invalidée. « Quand le Conseil constitutionnel leur a permis de modifier leur liste à Dakar car elle ne respectait pas la parité, ils ont applaudi des deux mains ! Et à présent que les sages statuent en leur défaveur, leur discours change ! C’est inacceptable et irrespectueux de s’attaquer à une telle institution quand ça les arrange », ajoutait-il.

Ousmane Sonko avait menacé de mobiliser « 200 000 personnes » pour aller déloger Macky Sall de son palais, mais le rassemblement du 8 juin s’est globalement déroulé dans le calme. Une équipe de journalistes de la chaîne TFM a été bousculée par les manifestants – la télévision appartient au groupe GFM de Youssou Ndour, un proche du président. « Ne vous trompez pas de combat, a déclaré Déthié Fall, le mandataire de YAW, depuis son estrade sous les huées de la foule qu’il avait du mal à faire taire. Notre combat est contre Macky Sall. »

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré – à Dakar

Face à Poutine, Macky Sall vainqueur à la courte table ?

juin 4, 2022

L’Union africaine est-elle venue en Russie pour quémander ou peser sur le conflit ukrainien ? Peu importe pour Macky Sall et Vladimir Poutine, qui peuvent tous les deux s’estimer satisfaits des messages distillés par la photo de leur tête-à-tête.

© Damien Glez

« Même si tu n’aimes pas le lièvre, il faut reconnaître qu’il court vite », dit le proverbe ouest-africain. Et le président en exercice de l’Union africaine ne semble jamais ralentir la cadence de ses cartes postales quotidiennes, au four politique et au moulin économique de sujets continentaux les plus variés. Son omniprésence médiatique serait-elle destinée à masquer un manque d’implication locale du président… sénégalais ? Les grincheux franchissent le pas, eux qui continuent de décrypter le caractère potentiellement divinatoire du récent teaser de Macky Sall : « Mon travail de président est loin d’être fini ».

Et voilà le chef de l’État sénégalais, en compagnie du président de la Commission de l’Union Africaine, Moussa Faki Mahamat, sur les chemins cahoteux de la crise la plus médiatisée, actuellement, à l’échelle planétaire : le conflit ukrainien. Aux grognons occidentaux qui voient désormais d’un mauvais œil qu’on prenne le thé, à Sotchi, avec le pestiféré Poutine, Macky Sall indique que sa visite au maître du Kremlin « s’inscrit dans le cadre des efforts que mène la présidence en exercice de l’Union pour contribuer à l’accalmie dans la guerre ». Diplomate jusqu’au bout des ongles, il ajoute qu’il accorde de mêmes tranches d’agenda au président ukrainien, l’UA ayant « accepté la demande du président Volodymyr Zelensky d’adresser un message à l’organisation par visioconférence ».

Libérer les stocks de céréales

Aux bougons ouest-africains qui pourraient se sentir négligés, le président sénégalais explique que le séjour russe était destiné à négocier « la libération des stocks de céréales et de fertilisants dont le blocage affecte particulièrement les pays africains ». Mardi, il évoquait déjà, en direction des dirigeants des pays européens réunis à Bruxelles, « le scénario catastrophique de pénuries et de hausses généralisées des prix » résultant du blocus en mer Noire.

Après le face-à-face Macky-Vladimir, la communication fera le reste. En mode propagande pour le déclaré afrophile Poutine qui ne snobe plus un cliché avec un chef d’État, qui plus est un responsable continental. Le chef du Kremlin est conscient qu’une certaine « poutinolâtrie » anime des rues africaines, même si tous les dirigeants de l’UA. n’ont pas la même position officielle sur le dossier ukrainien.

Quant au Sénégalais, rappelant que la visite en Russie s’est faite « à l’invitation de Vladimir Poutine », il capitalisera tout autant sur les messages subliminaux que sur d’hypothétiques avancées diplomatiques à dimension céréalière. De ce point de vue, le cliché de la rencontre jure avec celui de Poutine recevant Macron le 7 février dernier. Une table nue et aux couleurs froides de six mètres séparait le Russe du Français, tandis qu’un guéridon ébène circulaire garni d’un bouquet blanc, jaune et rose permettait à Poutine et Sall de n’être séparés que d’un bon mètre. Pour Macron : des fauteuils de travail et un visage verrouillé du maître du Kremlin. Pour le président de l’Union africaine : de larges fauteuils qui inspirent la détente et un sourire chaleureux de son hôte… Si la pensée populaire trouve « le diable dans les détails », les diplomates évaluent l’importance d’un interlocuteur aux choix scénographiques précis retenus par un hôte…

Damien Glez

Avec Jeune afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Céréales: le président de l’Union africaine « rassuré » après sa rencontre avec Poutine

juin 3, 2022
Cereales: le president de l'Union africaine "rassure" apres sa rencontre avec Poutine
Céréales: le président de l’Union africaine « rassuré » après sa rencontre avec Poutine© SPUTNIK/AFP/Mikhail KLIMENTYEV

Le président du Sénégal et en exercice de l’Union africaine Macky Sall s’est dit vendredi « rassuré » après sa rencontre avec Vladimir Poutine, à qui il a fait part de ses craintes sur l’impact en Afrique d’une crise alimentaire provoquée par l’offensive russe en Ukraine.

« Nous sortons d’ici très rassurés et très heureux de nos échanges », a déclaré M. Sall aux journalistes à l’issue d’un entretien de trois heures à Sotchi (sud de la Russie), ajoutant avoir trouvé le président russe « engagé et conscient que la crise et les sanctions créent de sérieux problèmes aux économies faibles, comme les économies africaines ».

M. Poutine a évoqué « plusieurs moyens de faciliter l’exportation, soit par le port d’Odessa », qui doit toutefois être déminé, soit « par le port de Marioupol », qui a récemment repris du service avec la conquête de la ville par Moscou, ou encore « par le Danube » ou « la Biélorussie », a indiqué M. Sall.

Au début de l’entrevue, M. Sall, qui était accompagné du chef de la Commission de l’Union africaine, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, avait demandé à Vladimir Poutine de « prendre conscience » que l’Afrique était « victime » de la situation.

L’ONU craint en effet « un ouragan de famines », essentiellement dans des pays africains qui importaient plus de la moitié de leur blé d’Ukraine ou de Russie, d’autant que plus aucun navire ne peut sortir des ports d’Ukraine en raison de l’offensive.

M. Sall a souligné que « la majorité des pays africains » avait « évité de condamner la Russie » lors de deux votes de l’ONU et, qu’avec « l’Asie, le Moyen-Orient ainsi que l’Amérique latine, une bonne partie de l’humanité » avait préféré se tenir à l’écart du conflit.

Le président sénégalais a également relevé que les tensions alimentaires avaient été aggravées par les sanctions occidentales, qui affectent la chaîne logistique, commerciale et financière de la Russie.

Il a donc appelé à ce que le secteur alimentaire soit « hors des sanctions » imposées par les Occidentaux contre Moscou.

En raison de ces mesures punitives, « nous n’avons plus accès aux céréales venant de Russie, mais surtout aux engrais », a affirmé Macky Sall, jugeant que cela créait « de sérieuses menaces sur la sécurité alimentaire du continent ».

Vladimir Poutine, de son côté, n’a pas abordé ce sujet dans la partie publique de leur rencontre. En revanche il a rappelé le « soutien » de l’Union soviétique aux pays africains « dans la lutte contre la colonisation » et vanté le développement des relations russo-africaines.

Flambée des cours

L’offensive russe en Ukraine a paralysé les exportations alimentaires de ces deux géants de l’agriculture.

Cela a entraîné une flambée des cours des céréales et des huiles, dont les prix ont dépassé ceux des printemps arabes de 2011 et des émeutes de la faim de 2008.

Le programme de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a indiqué que huit à 13 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de sous-nutrition dans le monde, si la crise dure.

Or, les voyants sont au rouge, plus aucun navire ne sortant d’Ukraine, qui était aussi le quatrième exportateur de maïs, en passe de devenir le troisième exportateur mondial de blé et assurait seule 50 % du commerce mondial de graines et d’huile de tournesol avant le conflit.

Moscou affirme que le blocage n’est pas de sa faute, ni le résultat de la présence de sa flotte de guerre au large de l’Ukraine, mais qu’il est le résultat du minage des ports ukrainiens par Kiev.

En outre, les exportations russes de céréales sont largement bloquées à cause des sanctions logistiques et financières imposées par l’Occident pour punir la Russie.

Pour éviter que la crise ne perdure, le Kremlin a réclamé la levée des sanctions et le déminage des ports ukrainiens, position dénoncée comme un « chantage » par Kiev.

Lundi, Vladimir Poutine s’est toutefois dit prêt à travailler avec la Turquie pour l’instauration de « corridors maritimes » permettant la libre circulation des marchandises en mer Noire, y compris des « céréales provenant des ports ukrainiens ».

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, sera en Turquie le 8 juin pour discuter avec son homologue Mevlüt Cavusoglu de l’instauration de ces corridors.

Avec Jeune Afrique

Sénégal : le ministre de la Santé limogé suite au drame de Tivaouane

mai 27, 2022

Face à la colère de l’opinion au lendemain du décès de onze nouveau-nés à l’hôpital de Tivaouane, le président Macky Sall a congédié Abdoulaye Diouf Sarr, avant de rentrer en urgence de Malabo, où il devait présider le sommet extraordinaire de l’Union africaine.

Abdoulaye Diouf Sarr, alors ministre de la Santé et de l’Action sociale du Sénégal, pose dans sa maison à Yoff le 12 janvier 2022. © Carmen Abd Ali pour JA.

Huit ans après sa première nomination comme ministre, dans le gouvernement de Mahammed Boun Abdallah Dionne, on avait fini par le croire inamovible. Ce jeudi 26 mai, jour de l’Ascension, Abdoulaye Diouf Sarr a pourtant été remercié par le président Macky Sall et remplacé au poste de ministre de la Santé et de l’Action sociale par le Dr Marie Khemesse Ngom Ndiaye, jusque-là directrice générale de la Santé publique.

L’issue était devenue prévisible depuis que onze nouveau-nés ont trouvé la mort au cours d’un incendie accidentel survenu le 25 mai au service de néonatologie de l’hôpital Mame Abdou Aziz Sy Dabakh de Tivaouane, la ville sainte de la confrérie tidiane, située à une centaine de kilomètres au nord-est de la capitale. Abdoulaye Diouf Sarr était par ailleurs fragilisé par sa défaite à Dakar lors des locales du 23 janvier. Candidat de la majorité présidentielle, il y avait été devancé par l’opposant Barthélémy Dias.

Drames en série

D’un bout à l’autre du pays et jusque dans la diaspora, le drame survenu à Tivaouane a immédiatement provoqué une vive émotion. Il alimente surtout la colère d’une population confrontée depuis un peu plus d’un an à des décès tragiques de nourrissons, survenus en milieu hospitalier.

En avril 2021, quatre nouveau-nés avaient en effet trouvé la mort dans un incendie survenu à l’hôpital de Linguère (Nord-Est), attribué à une défaillance dans le système de climatisation. À la même période, le décès d’Astou Sokhna, 34 ans, avait par ailleurs défrayé la chronique. Sur le point d’accoucher, la jeune femme s’était présentée à l’hôpital de Louga, entre Dakar et Saint-Louis. Elle avait dû attendre une vingtaine d’heures dans l’indifférence du personnel de la maternité, malgré les souffrances qu’elle endurait. Les sages-femmes présentes lui avaient alors refusé la césarienne qu’elle demandait, prétextant que celle-ci n’avait pas été programmée. La mère et son bébé n’ont pu être sauvés. Très médiatisée, l’affaire a donné lieu, en mai, à un procès, au terme duquel trois sages-femmes ont été condamnées à six mois de prison avec sursis pour « non-assistance à personne en danger ».

Un autre drame, aussi tragique que surréaliste, est survenu au cours du même mois au service pédiatrique de l’hôpital régional de Kaolack (Centre-Ouest). C’est dans un carton de la morgue qu’un bébé a été retrouvé vivant, quelques heures après qu’il a été annoncé à son père que sa fille était décédée à la naissance. Là encore, le nourrisson n’a pu être sauvé par la suite.

Affaire de trop

Face à ces manquements caractérisés, illustrant pour certains l’impéritie du système hospitalier sénégalais, la mort des onze nourrissons de Tivaouane a été le drame de trop. Pendant 48 heures, sur les principaux réseaux sociaux, des messages indignés ont fleuri, ainsi qu’un portrait du ministre Abdoulaye Diouf Sarr… réclamant la démission de celui-ci.

Une situation d’autant plus difficile à gérer pour l’exécutif sénégalais qu’au moment où le drame a été rendu public, le ministre de la Santé et le président Macky Sall se trouvaient hors du pays. Le premier assistait, à Genève, à l’Assemblée mondiale de la Santé. Le chef de l’État, quant à lui, achevait une visite officielle en Angola, au terme de laquelle il devait se rendre au sommet extraordinaire de l’Union africaine, qui se tient actuellement à Malabo, en Guinée équatoriale. Il se contentera finalement de présider l’ouverture dudit sommet ce 27 mai, avant de regagner Dakar au plus vite, pour ensuite rejoindre Tivaouane le 28 mai.

Dans les heures qui ont suivi l’annonce du drame, seul le ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Diome, a donc été en mesure de représenter l’État à Tivaouane. Une enquête a été aussitôt ouverte afin de déterminer les causes de ce sinistre accident, qui semble dû à un court-circuit. Au contact de produits inflammables (comme des bouteilles d’oxygène), celui-ci se serait propagé avant que le personnel de l’hôpital ne puisse mettre en sécurité les nourrissons du service de néonatologie. Le président sénégalais a par ailleurs décrété un deuil national de trois jours.

Des enjeux politiques

Alors que les partis politiques se préparent aux législatives du 31 juillet, l’état du système de santé s’invite dans la campagne. Tandis que la coalition Yewwi Askan Wi (qui réunit notamment les opposants Khalifa Sall, Barthélémy Dias et Ousmane Sonko) a fait part, dans un communiqué, de « [sa] compassion et [de sa] solidarité à toutes les familles éprouvées ainsi qu’à toute la nation sénégalaise », d’autres leaders de l’opposition, comme Bougane Guèye Dany, se montrent plus acerbes envers un système de santé qui aurait, selon ce dernier, été délaissé par les responsables politiques qui se sont succédé au pouvoir.

« Le système politique sénégalais est plus malade que les malades eux-mêmes », lance ainsi à Jeune Afrique le fondateur du mouvement citoyen Gueum Sa Bopp, qui est aussi un patron de médias (Zik FM, Sen TV) et un homme d’affaires prospère. « Au moment où je vous parle, l’hôpital de Guédiawaye [une ville très peuplée de la banlieue dakaroise] est dépourvu de bloc chirurgical ! Et le centre de santé de Jaxaay est en construction depuis 11 ans », s’indigne-t-il, tout en estimant à 5 000 le nombre de médecins et d’infirmiers au chômage dans le pays.

En creux, la gestion politique de cette affaire pose à nouveau la question lancinante liée à l’absence d’un Premier ministre au Sénégal, malgré le retour – toujours théorique – de cette fonction depuis le 10 décembre dernier, après avoir été supprimée en 2019. Comme Macky Sall lui-même le reconnaissait alors, ses fonctions à la tête de la présidence tournante de l’Union africaine, depuis le début de 2022, rendent incontournable le retour d’un Premier ministre. La crise des derniers jours en aura été l’illustration.

Avec Jeune Afrique par Mehdi Ba – à Dakar

Gaz : le Sénégal prêt à fournir l’Europe en GNL

mai 23, 2022

Macky Sall et son homologue allemand Olaf Scholz étudient la mise en place d’un partenariat permettant d’alimenter l’Europe en GNL.

Le chancelier allemand Olaf Scholz assiste à l’inauguration d’une centrale photovoltaïque à Diass aux côtés de Macky Sall et de Sophie Gladima, ministre de l’Énergie, le 22 mai 2022. © MICHAEL KAPPELER / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

L’Allemagne est en discussions « intensives » avec le Sénégal pour participer à des projets autour des ressources en gaz du pays ouest-africain, lui-même prêt à alimenter l’Europe, ont annoncé le 22 mai le chancelier allemand Olaf Scholz et le président sénégalais Macky Sall. Lors d’une conférence de presse conjointe, les deux dirigeants s’exprimaient sur les conséquences de la guerre en Ukraine et son impact sur les approvisionnements en énergie, en particulier pour l’Allemagne, très dépendante du gaz russe.

Le Sénégal, pays membre de la Cedeao, place beaucoup d’espoir dans l’exploitation future commune avec la Mauritanie des champs de gaz et de pétrole découverts dans l’Atlantique ces dernières années. Le président sénégalais a prévu le début de la production en décembre 2023, à raison de 2,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an dans un premier temps, et 10 millions en 2030.

Gas-to-power

« Nous sommes prêts, le Sénégal en tout cas, à travailler dans une perspective d’alimenter le marché européen en GNL », a déclaré Macky Sall. « J’ai demandé au chancelier de nous accompagner pour le développement de ces ressources de gaz, pour la production de GNL à partir de l’Afrique vers l’Europe, et aussi pour le gas-to-power« , c’est-à-dire la production de gaz destinée à alimenter les centrales électriques locales, a-t-il ajouté. L’Allemagne est déjà engagée dans des projets d’énergie renouvelable ou de stockage de l’énergie, et des discussions ont commencé au sujet du gaz, a répondu le chancelier allemand.

Financement des énergies fossiles

Des discussions qui devraient se poursuivre de « manière très intensive » au niveau des experts « parce que cela a du sens » et qu’il « est dans notre intérêt commun d’accomplir des progrès », a-t-il poursuivi. Le président sénégalais s’est à nouveau élevé contre un arrêt des financements de l’exploitation des énergies fossiles au nom de la lutte contre le réchauffement climatique. Une vingtaine de pays, dont les États-Unis et la France, se sont engagés lors de la conférence sur le climat COP26 en 2021 à mettre un terme d’ici à fin 2022 au financement à l’étranger de projets d’énergies fossiles sans techniques de capture du carbone.

« L’Afrique est un continent d’1,3 milliard d’habitants, dont 600 millions n’ont pas accès à l’électricité », a déclaré Macky Sall. « Il faut aussi soutenir l’industrialisation. Dans ce contexte, n’étant pas les plus grands pollueurs puisque n’étant pas industrialisés, il serait injuste dans la recherche de solution (au réchauffement climatique) qu’on veuille interdire à l’Afrique d’utiliser les ressources naturelles qui sont dans son sous-sol ».

Tournant

Interrogé sur le caractère éventuellement prématuré d’engagements pris contre le réchauffement, Olaf Scholz, faisant référence aux crises en cours, a répondu que « le fait que, de manière générale, nous devions regarder d’un nouvel œil la situation dans le monde résulte de ce que j’ai appelé un tournant entre deux époques ». « Nous ne pouvons pas accepter qu’on empêche quelques pays dans le monde d’exploiter leurs possibilités » parce qu’ils n’avaient pas les capacités financières de le faire ou parce qu’ils n’en avaient pas encore eu l’occasion, a-t-il dit.

Par Jeune Afrique avec AFP