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Boycott des produits français : le Maghreb aussi ?

octobre 26, 2020
Les appels au boycott des produits français se sont multipliés à la suite du discours d'Emmanuel Macron du 21 octobre 2020.

Alors que les appels au boycott des produits français se multiplient dans le monde musulman à la suite du discours du président Emmanuel Macron, le mouvement ne prend que timidement au Maghreb.

Le mouvement est parti des pays du Golfe. De Koweït et du Qatar surtout, où le 23 octobre plusieurs enseignes de grande distribution ont retiré les produits alimentaires français — fromages, confitures, etc. — de leurs étals.

En cause : le discours du président français Emmanuel Macron promettant de ne pas renoncer aux caricatures du prophète Mohammed, lors de la cérémonie d’hommage à Samuel Paty le 21 octobre.

« Atteinte délibérée à l’islam et ses symboles »

L’Université du Qatar a également annoncé le report de la semaine culturelle française après « l’atteinte délibérée à l’islam et ses symboles ». L’Organisation de la coopération islamique a, elle, dénoncé « les propos de certains responsables français (…) susceptibles de nuire aux relations franco-musulmanes », quand Nayef Falah Mubarak Al-Hajraf, le secrétaire général koweïtien du Conseil de Coopération du Golfe, a pointé les « déclarations irresponsables » du président français sur « l’islam et les musulmans ».

Le ministère français des Affaires étrangères a, lui, a appelé les gouvernements des pays concernés à faire « cesser » les appels au boycott, lesquels « dénaturent les positions défendues par la France en faveur de la liberté de conscience, de la liberté d’expression, de la liberté de religion et du refus de tout appel à la haine ». Sur les réseaux sociaux, le hashtag #Boycott_France_Products a ainsi beaucoup circulé ces trois derniers jours.

AU MAGHREB, LES AUTORITÉS ONT VERTEMENT RÉAGI AUX PROPOS DE MACRON, ET À LA REPUBLICATION DES CARICATURES DU PROPHÈTE

Au Maghreb, les autorités ont également vertement réagi aux propos d’Emmanuel Macron. Ou plus précisément à la republication des caricatures en question. Le ministère marocain des Affaires étrangères a publié un court communiqué le 25 octobre dans lequel il « condamne vigoureusement la poursuite de la publication des caricatures outrageuses à l’islam et au Prophète ».

Pour le ministère, ces caricatures « reflètent l’immaturité de leurs auteurs, et réaffirme que la liberté des uns s’arrête là où commencent la liberté et les croyances des autres ». Le chef du gouvernement Sâadeddine el-Othmani a lui aussi publié le communiqué sur son compte Twitter. Pour autant, rien à signaler pour l’instant du côté du boycott des produits français.

« Nos clients français sont en alerte, mais le mouvement est pour le moment limité au Moyen-Orient », explique Moncef Belkhayat, l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports qui se consacre maintenant exclusivement à ses affaires, notamment comme président du groupe de communication WB Africa.

Dans plusieurs filiales marocaines de marques françaises, la consigne est « de ne pas bouger pour le moment », nous explique une cadre, « vu que le mouvement n’a pas encore pris d’ampleur ici [au royaume]. Rien ne sert de s’affoler et de communiquer maladroitement. »

« Je suis Mohammed, je ne suis pas Charlie Hebdo »

Les appels au boycott, bien sûr, circulent sur les réseaux sociaux marocains. Les sympathisants du Comité commun de défense des détenus islamistes, groupe de tendance salafiste qui avait organisé des manifestations sous le slogan « Je suis Mohammed, Je ne suis pas Charlie Hebdo » en 2015, font par exemple tourner les appels.

Boycott des cosmétiques français, à Koweït City, le 25 octobre 2020.

Au Maroc, les appels au boycott des entreprises françaises résonnent avec les événements de 2018. Un mouvement de protestation contre la vie chère lancé sur les réseaux sociaux avait incité les consommateurs à viser des marques accusées de profiter de leur situation de leaders dans leur marché pour pratiquer des prix élevés. Parmi elles, Centrale Danone, une filiale marocaine du groupe français Danone. Cette année-là, le boycott avait coûté un point de croissance au français.

En Tunisie, à part la justification de l’assassinat de Samuel Paty faite par le député radical Rached Khiari, la position sur le séparatisme adoptée par le président français Emmanuel Macron n’ont eu que peu d’écho. Mais la gronde couvait : il a suffi qu’un autre élu conservateur, Yacine Ayari, allume la mèche en proposant un boycott du sommet de la Francophonie pour qu’une grande majorité de l’opinion lui emboîte le pas et crie haro sur la France.

EL KARAMA A COMMUNIQUÉ EN CONDAMNANT « FORTEMENT LE RACISME ENVERS LES ARABES ET LES MUSULMANS »

Dans un post Facebook, l’élu de la circonscription France Nord en 2019 fustige la France qu’il accuse de « ridiculiser et de mépriser nos croyances et d’imposer des restrictions sur les diverses cultures sur son sol pour des raisons politiques et électorales, loin du respect mutuel».

La coalition islamiste El Karama a, elle, communiqué en condamnant « fortement le racisme envers les Arabes et les musulmans, qui évolue de jour en jour, et qui a atteint son paroxysme en republiant les caricatures françaises insultantes envers le Saint Prophète ».

Pays interconnectés

L’historienne Kmar Bendana dédramatise : « Ce n’est qu’une énième éruption. Alors que nos situations sont différentes, on transpose en Tunisie une problématique française. Nos pays sont interconnectés ; mondialisés avec chacun sa réalité. La crise est dans le retard des élites dans nos pays », estime-t-elle. Les chiffres imposent aussi une réalité : avec des échanges commerciaux de 7,8 milliards d’euros et une communauté de près de 800 000 Tunisiens, la Tunisie est dans une large mesure dépendante de l’Hexagone.

Pour la France, le pays est un allié stratégique dans la région qui justifie, le déblocage, lors de la visite du ministre de la Défenses, Jean-Yves Le Drian à Tunis le 22 octobre d’un plan d’aide de 300 millions d’euros et la fourniture de 500 000 euros d’équipements sanitaires pour lutter contre le Covid-19.

Pour ce qui est de l’Algérie, le Mouvement de la société pour la paix, d’obédience islamiste, a appelé, le 24 octobre « les institutions officielles algériennes, notamment la présidence, à dénoncer les déclarations de Macron et de prendre une position diplomatique, politique et économique adéquate, conformément au serment de respect envers la religion musulmane et sa gloire et dans un esprit de cohésion avec les sentiments des Algériens ». Sans être entendu pour le moment.

Avec Jeune Afrique par Frida Dahmani et Jules Crétois

Le FMI invite les pays arabes à réfléchir aux « frustrations » de leurs citoyens

janvier 28, 2018

 

Vue du logo du Fonds monétaire international. © Itsuo Inouye/AP/SIPA

Le Fonds monétaire international (FMI) organise lundi et mardi à Marrakech, au Maroc, une conférence régionale sur les réponses à apporter aux « frustrations » exprimées dans certains pays du Maghreb et du Moyen-Orient, et sur les réformes à conduire.

« La montée des tensions sociales et des manifestations dans plusieurs pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord montrent clairement que le désir de prospérité, d’équité et d’avenir des habitants de la région reste insatisfait », affirme Jihad Azour, le directeur du département Moyen-Orient du FMI.

« Les réformes sont essentielles pour régler les problèmes fondamentaux qui minent depuis longtemps de très nombreux pays de la région : croissance faible, chômage élevé et corruption endémique », argumente-t-il dans une analyse publiée avant la conférence de Marrakech, intitulée « Opportunités pour tous ».

« L’absence de perspectives d’emploi et d’accès à des services publics abordables et de qualité alimente une grande frustration », abonde une note du FMI.

Des taux d’emploi parmi les plus faibles du monde

La région affiche des taux d’emploi parmi les plus faibles du monde. Moins d’un adulte sur deux travaille, ce qui découle pour une large part de la faible participation des femmes, selon cette note.

« Avec une population composée à plus de 60% de personnes de moins de 30 ans, la région a désespérément besoin d’une croissance plus vigoureuse et de plus d’emplois », d’autant qu’environ 5,5 millions de jeunes arriveront chaque année sur le marché du travail dans les cinq prochaines années, selon cette note.

Autre facteur, « depuis des décennies, de nombreux pays souffrent d’un modèle d’assistanat où le secteur public pourvoit à un cinquième des emplois », souligne M. Azour.

Pour le FMI, les réformes prioritaires à mener dans la région portent sur la lutte contre la corruption, la création d’emploi pour les jeunes, l’insertion des femmes dans la vie économique, l’essor du secteur privé, autant de thèmes au programme de la conférence au Maroc.

Sont conviés aux débats de hauts responsables des pays de la région, des chefs d’entreprises, des jeunes et des représentants de la société civile.

Jusqu’à présent, les réformes menées dans les pays qui, comme la Tunisie, l’Egypte ou la Jordanie, ont bénéficié de récents prêts du FMI, ont surtout porté sur la réduction du déficit budgétaire.

Or, la hausse des prix qui a accompagné ces mesures a suscité le mécontentement des populations.

En Tunisie, où l’économie a été durement affectée par l’instabilité qui a suivi la révolution de 2011, la dernière loi de finances prévoyant un budget d’austérité comprenant notamment une augmentation de la TVA a provoqué des troubles début janvier.

Mis en accusation, le FMI s’était alors défendu de vouloir imposer la rigueur en préconisant « des réformes (…) socialement équilibrées ».

« Nous reconnaissons bien sûr la frustration du peuple tunisien qui aspire à plus d’égalité sur le plan économique (…), mais nous nous efforçons de résoudre des problèmes très profonds et qui remontent à longtemps », avait rétorqué son porte-parole, Gerry Rice.

Une inflation galopante

Une certitude, du satisfecit du FMI dépend le déblocage des fonds : la Tunisie a obtenu en 2016 une nouvelle ligne de crédit de 2,9 milliards de dollars sur quatre ans en échange d’un programme de réformes, avec un versement graduel soumis aux revues biannuelles de résultats.

Pays le plus peuplé de la région (plus de 90 millions d’habitants), l’Egypte, dont l’économie a aussi été mise à mal, a également lancé en 2016 un programme de réformes économiques en vue d’obtenir un prêt de 12 milliards de dollars (9,6 mds EUR). Le gouvernement avait alors décidé de laisser flotter sa monnaie, qui a perdu la moitié de sa valeur par rapport à l’euro et au dollar.

Dans la foulée, les subventions étatiques ont été réduites drastiquement, notamment pour l’énergie et les carburants ainsi que sur des biens de consommation. En conséquence, le pays a connu une inflation galopante avec un pic en juillet autour de 35%. Depuis, la population se plaint des hausses des prix qui ont eu un impact important sur les familles modestes et de la classe moyenne.

Le FMI, lui, estime que le programme de réforme mené en Egypte « produit des résultats encourageants ». L’inflation, en partie résorbée ces derniers mois, devrait retomber autour de 12% en juin, selon ses prévisions.

La croissance économique a atteint 4,2% pour l’année budgétaire achevée en juin 2017, contre 3,5% l’année précédente.

Jeuneafrique.com

Jupes au Maghreb : combien de centimètres pour la dignité ?

juillet 2, 2015
La jupe exclue du Ramadan?

La jupe exclue du Ramadan?

Maroc, Égypte, Algérie : des autorités morales plus ou moins autoproclamées traquent les jupes trop courtes et les déhanchements trop suggestifs. Difficile de les raisonner en période de ramadan…

« Mettre une robe n’est pas un crime ». « Ma dignité ne se mesure pas en centimètres ». Pas sûr que ces slogans, entendus ici ou là en Afrique blanche, soient de nature à convaincre les plus pieux des pieux, surtout en ce mois de ramadan où, du lever au coucher du soleil, ils essaient de résister aux tentations. Les formules parviennent pourtant bruyamment aux oreilles de ces derniers, lors de manifestations comme celle de Casablanca et Rabat, dimanche soir.

Ces rassemblements avaient pour objectif un soutien à deux jeunes filles – 23 et 29 ans, selon une source militante – interpellées mi-juin à Inezgane, près d’Agadir, pour avoir exhibé des tenues jugées trop légères. Encerclées par des marchands ambulants alors qu’elles traversaient un souk en direction de leur salon, ces coiffeuses avaient été secourues par les forces de l’ordre, avant d’être conduites au commissariat. Là se serait déployé le fameux argumentaire du « les filles harcelées qui portent des tenues affriolantes l’ont bien cherché ». Les victimes-coupables auraient signé des aveux. La Fédération de la ligue des droits des femmes (LDDF) et l’Association marocaine des droits humains (AMDH) ont annoncé que leur procès pour « outrage à la pudeur » devrait se tenir le 6 juillet. L’article 483 du code pénal marocain prévoir des peines d’un mois à deux ans de prison.

En Égypte, c’est à un an d’incarcération pour « incitation à la débauche » que vient d’être condamnée Reda al-Fouly, par un tribunal correctionnel du Caire, pour avoir dansé de manière trop lascive dans un clip diffusé sur YouTube. La démarche de « Salma Foly » (son nom de scène) était plus suggestive que la traversée de souk des coiffeuses marocaines ; comme pouvait déjà le laisser imaginer le titre de la chanson : « Laisse ma main ». Mais ce sont des menottes qui ont rejoint la main de la jeune femme, le 25 mai, quelques jours seulement après la mise en ligne de la vidéo.


La chorégraphie serait pourtant jugée puritaine par tout interprète américain de gansta-rap.

Dans le clip, la danseuse arbore une robe plutôt courte, un décolleté plongeant et offre les atours de sa poitrine et de ses jambes à une caméra manifestement fascinée. Fascination qui a également valu un an de prison au caméraman. Doit-on se consoler en constatant que la gent féminine n’est pas la seule condamnée ? En fuite à l’étranger, le réalisateur a, lui aussi, écopé d’un an par contumace.

La chorégraphie serait pourtant jugée puritaine par tout interprète américain de gansta-rap. Mais les autorités égyptiennes actuelles font la promotion de la pudibonderie. C’est pour avoir porté un costume aux couleurs nationales lors d’une danse du ventre – acte considéré comme une « profanation du drapeau » –, que la célèbre danseuse arménienne Safinaz a été condamnée, en avril, à six mois de prison.

Le débat n’est guère différent dans le reste du Maghreb. Le 9 mai dernier, à la Faculté de droit de Ben Aknoun, une étudiante algéroise était empêchée, dans un premier temps, de passer son certificat d’aptitude de la profession d’avocat (Capa), au prétexte que sa jupe « irrespectueuse » s’arrêtait au-dessus du genou. À peu de centimètres et d’heures près, elle aurait pu plaider elle-même sa cause. Même les avocats mâles portent des robes…

Jeuneafrique.com

Infographies : comment Facebook est devenu hégémonique au Maghreb

juin 4, 2015

Dans un café de Tunis, en 2010.
Dans un café de Tunis, en 2010. © Ons Abid pour J.A

Plus de quatre ans après les débuts du « Printemps arabe » qui a largement contribué à asseoir Facebook au Maghreb, le réseau social y est plus que jamais incoutourable.

« En Tunisie, Internet se résume à Facebook ». La phrase, prononcée par le journaliste tunisien Malek Khadhraoui, résume bien l’hégémonie de Facebook dans le pays qui a lancé le Printemps arabe en 2011.

Plus largement au Maghreb, aucun concurrent ne semble faire de l’ombre au réseau social de Marc Zuckerberg. De fait, le nombre d’utilisateurs de Facebook ne cesse d’augmenter, comme le montrent les données recensées depuis 2011 par l’Arab social media report :

La Tunisie en pointe

Si l’Égypte compte le plus grand nombre d’utilisateurs Facebook, la Tunisie est en réalité le pays où le réseau social est le plus implanté. Le taux de pénétration du réseau y a toujours été le plus important du Maghreb :

L’hégémonie de Facebook en Tunisie trouve ses racines dans la révolution de 2010-2011, renommée par certains « révolution Facebook ». À l’époque, la montée en puissance du réseau s’explique par la faible couverture médiatique du soulèvement populaire en cours. Passés sous silence par les médias traditionnels, ils avaient en revanche été abondamment relayés par le réseau social.

« Ce rôle joué par Facebook a scellé le lien déjà fort entre les Tunisiens et Facebook », explique le rapport « Panorama des médias » de Laurent Giacobino, publié le 19 mai par CFI, l’agence de coopération média du ministère français des Affaires étrangères. « Facebook « représentait en effet l’une des rares fenêtres de liberté d’expression  (…) pendant les dernières années de la présidence de Ben Ali », poursuit le rapport.

« Facebook a quasiment privatisé Internet »

Depuis, le réseau est incoutournable dans le pays. « Facebook a quasiment privatisé Internet en Tunisie », assure le journaliste Malek Khadhraoui. « Lorsqu’une chaîne de télévision diffuse ses vidéos sur Facebook, ses audiences sont beaucoup plus importantes que sur le seul canal télévisé », ajoute le directeur du site tunisien Inkyfada. La classe politique ne s’y est d’ailleurs pas trompée : « les communiqués du gouvernement et des ministères sont d’abord publiés sur Facebook et ensuite sur leurs sites respectifs », poursuit-il.

Si la Tunisie reste le pays le plus accro au réseau, Facebook n’en est pas moins indétronnable dans le reste du Maghreb. En Algérie, où le taux de pénétration d’Internet est parmi le plus faible du monde arabe, le réseau social est, comme en Tunisie, le site le plus consulté du pays… avant même le moteur de recherche Google.

Signe de la vigueur du réseau social, certains médias ont préféré s’y développer, quitte à négliger de développer leur propre site, à l’image des Envoyés spéciaux algériens (ESA), média citoyen. « ESA et quelques autres jouent aujourd’hui un rôle important dans la société algérienne : beaucoup de scoops sont publiés sur ces plateformes, leur influence politique fait qu’on les désigne sous le terme – un peu méprisant – de ‘parti de Facebook' », décrypte, dans le rapport de CFI, Abderrahmane Semma, rédacteur en chef du pure player Algérie-focus.

Twitter encore peu adopté

Au Maroc, l’hégémonie de Facebook est un peu plus nuancée. S’il pointe au rang de deuxième site le plus consulté, il devance largement ses principaux concurrents. Twitter, Linkedin ou encore Instagramm ne pointent respectivement qu’en 21e, 40e et 53e position des sites les plus consultés, selon l’indicateur Alexa.

S’il est imparfait, ce baromètre illustre toutefois le peu d’emprise des autres réseaux sociaux dans ces trois pays. « Au Maghreb, Twitter ne marche pas tellement », explique Malek Khadhraoui. « Mais certaines organisations ont compris qu’il fallait passer par ce canal pour capter une médiatisation internationale, car il est plus facile d’accès pour les journalistes étrangers », ajoute-t-il.

Conséquence, Twitter gagne peu à peu en influence. En Égypte, le nombre d’utilisateurs actifs a presque été multiplié par quatre entre 2011 et mars 2013, selon les derniers chiffres disponibles de l’Arab social media report.

Une publication peut toujours mener à la case prison

Reste que l’explosion des réseaux sociaux ne s’est pas vraiment accompagnée d’une augmentation de la liberté d’expression. Ce que démontre l’Institut égyptien spécialisé dans les médias et le monde arabe, l’ANHRI, baromètre a l’appui. L’organisme a récemment crée et publié un indicateur mesurant la liberté sur Internet. Allant de 1 à 100 (la meilleure note), l’indice prend en compte plusieurs critères tels que le blocage des sites, l’infrastructure du réseau, le prix du service ou encore la protection de la vie privée.

La Tunisie obtient la meilleure note des 19 pays du monde arabe étudiés par l’ANHRI, mais certaines publications peuvent encore mener leurs auteurs à la case prison. Le blogueur tunisien Yassine Ayari l’a récemment appris à ses dépends : en novembre 2014, il avait été condamné à trois ans de prison – peine finalement réduite à six mois ferme – pour avoir vilipendé le ministère de la Défense sur Facebook.

Un réseau social de plus en plus utilisé, donc, mais toujours très contrôlé par des autorités qui gardent un oeil méfiant sur ces espaces de liberté suffisamment puissants pour faire vaciller les régimes les plus autoritaires.

Jeuneafrique.com par Claire Rainfroy

La guerre civile en Syrie a fait près de deux millions de réfugiés

août 17, 2013

Le nombre de réfugiés syriens a atteint près de deux millions, dont les deux tiers se trouvent au Liban et en Jordanie, selon un dernier rapport du Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés (UNHCR). La guerre fait rage en Syrie depuis mars 2011.

Le nombre de réfugiés inscrits au HCR, ou qui attendent d’être enregistrés, s’élève à 1’911’282, selon un rapport hebdomadaire du HCR. Près de 700’000 se trouvent au Liban.

Deuxième pays d’accueil, la Jordanie comptait 516’449 Syriens, suivie par la Turquie (434’567), l’Irak (154’935), l’Egypte (107’112) et les pays du Maghreb (14’000). Le HCR aurait besoin de 1,85 milliard de dollars (1,71 milliard de francs) pour répondre à cet afflux.

Plus de quatre millions de Syriens sont des déplacés à l’intérieur du pays, précise l’organisation et 79% des réfugiés syriens vivent hors des camps, dans des régions urbaines. Après 28 mois de guerre et plus de 100’000 morts, près d’un Syrien sur quatre a ainsi fui en raison des combats.

Combats meurtriers

Sur le terrain, les violences se poursuivent. Les jihadistes d’Al-Qaïda ont lancé une nouvelle offensive contre les régions à majorité kurde du nord du pays, faisant au moins 18 morts et poussant de nombreux habitants à fuir.

Leur assaut visait à reprendre Ras al-Aïn, une ville stratégique dont ils ont perdu le contrôle le mois dernier. Cette région a été abandonnée l’an dernier par l’armée régulière aux combattants kurdes, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Dans la province de Homs (centre), les rebelles ont de leur côté attaqué un point de contrôle d’une milice pro-régime dans une région à majorité chrétienne. Six civils et cinq miliciens ont été tués, toujours selon cette ONG basée à Londres et qui bénéficie d’un large réseau de militants à travers le pays.

Romandie.com