Posts Tagged ‘Mali’

Prix découvertes Rfi 2022 : Black AD lauréate

novembre 25, 2022

La jeune musicienne malienne Hawa Diallo, alias Black AD, a remporté le 18 novembre le Prix découvertes Rfi 2022 devant neuf autres finalistes. Dans ses chansons, elle aborde des thèmes comme la jeunesse, la cohésion sociale, le vivre ensemble et parle d’amour.

Black AD/DR

La chanteuse mélange l’afro-pop, le R’n’B et des sons plus modernes. S’inspirant des musiciens populaires comme Oumou Sangaré ou la Sud-africaine Nomceba, Black AD entend collaborer avec ses compatriotes Fatoumata Diawara et Salif Keita. « Je suis vraiment très heureuse ! C’est une grande chose qui arrive dans ma vie avec ce prix et j’en suis ravie », a-t-elle déclaré après avoir reçu la bonne nouvelle.

En gagnant ce prestigieux prix, l’actuelle reine de la musique malienne bénéficiera d’une subvention de 10 000 euros ainsi qu’une tournée en Afrique et un concert à Paris.

Créés en 1981, les Prix découvertes RFI ont vu le jour pour mettre en avant, chaque année, les nouveaux talents musicaux du continent africain.

Avec Adiac-Congo par Chris Louzany

Burkina Faso-Mali : Ibrahim Traoré à Bamako pour rencontrer Assimi Goïta

novembre 2, 2022

Le président burkinabè a réservé son premier voyage à l’étranger au Mali. Avec son homologue, il doit échanger sur la lutte contre les groupes jihadistes et les partenariats avec l’étranger.

Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte burkinabè, à Ouagadougou, le 15 octobre 2022, lors du 35e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara. © Olympia de Maismont / AFP.

Le chef de la junte malienne, le capitaine Ibrahim Traoré, se rend ce 2 novembre à Bamako, son premier déplacement à l’étranger depuis sa prise de pouvoir il y a un mois. Un communiqué du ministère malien des Affaires étrangères précise que cette « visite d’amitié et de travail » durera deux heures quarante (de 15 h locales à 17 h 40).

Le capitaine Traoré va s’entretenir avec son homologue, le Malien Assimi Goïta. « Il sera principalement question de la lutte contre le terrorisme », précise une source officielle burkinabè.

Outre leur proximité géographique, leur frontière commune, les deux pays sont en effet dans des situations similaires. Tous deux sont dirigés par des soldats putschistes, qui ont pris le pouvoir en promettant de battre les groupes jihadistes.

Russie ou France

Pour y parvenir, les méthodes diffèrent pour l’instant. Bamako a rompu avec la France, dont les derniers soldats, opérant au sein de l’opération Barkhane, ont quitté le pays, s’est tourné et s’est tourné vers la Russie, notamment vers le groupe de mercenaires russes Wagner, pour l’aider à combattre les groupes terroristes.

Depuis le coup d’État du 24 janvier du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, renversé huit mois plus tard par le capitaine Ibrahim Traoré, le Burkina Faso, lui, n’a pas coupé les liens avec l’armée française qui a continué à participer aux côtés de l’armée burkinabè à la lutte anti-jihadiste. Néanmoins, les interrogations sur la politique future du nouveau président de la transition en la matière sont nombreuses.

À plusieurs reprises à Ouagadougou, des soutiens de la junte militaire ont manifesté en brandissant des drapeaux russes, s’en prenant à des intérêts français et réclamant le départ des quelque 400 soldats des forces spéciales françaises présents dans le pays.

« Peut-être qu’avec la nouvelle donne [sécuritaire] nous réexaminerons nos rapports avec la Russie pour voir s’il faut la renforcer dans un secteur ou pas, s’il faut la réorienter dans l’intérêt du Burkina Faso et dans le respect de sa souveraineté », a déclaré le 30 octobre le nouveau Premier ministre burkinabè, Apollinaire Kyélem de Tembèla. Mais, a-t-il averti, « ce n’est pas à la rue de nous dire de faire ceci ou cela ».

Par Jeune Afrique (avec AFP)

Mali : le régime d’Assimi Goïta pose ses conditions pour renouer avec Paris

octobre 25, 2022

Tout en maintenant ses accusations contre la France, que Bamako accuse d’avoir violé l’espace aérien malien, Abdoulaye Diop, le diplomate en chef de la transition, a soutenu lors du 8e Forum international de Dakar que le pays « n’a de problème à traiter avec aucun partenaire », tant que ce n’est pas pour se faire « dicter des solutions ».

Le ministre malien des Affaires étrangères, Adboulaye Diop, à Moscou, en mai 2022. © Yuri Kadobnov / Pool / AFP.

Le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a indiqué ce 25 octobre que Bamako posait comme condition à une restauration des relations avec la France le respect de sa « souveraineté » et de ses « choix stratégiques ».

« Le Mali a souhaité que notre souveraineté soit respectée, que nos choix stratégiques et nos choix de partenaires soient respectés, et que les intérêts vitaux des Maliens soient pris en compte », a-t-il affirmé au 8e Forum international de Dakar, conférence sur la sécurité et la paix en Afrique, pour expliquer la brutale dégradation des relations entre les deux pays qui a conduit le 15 août au départ des dernières troupes de l’opération Barkhane.

« Si ces éléments sont observés, le Mali n’a de problème à traiter avec aucun partenaire, y compris la France », a-t-il assuré à des journalistes après une intervention publique au Forum. « Ce qui est important, c’est vraiment que nos partenaires viennent dans l’état d’esprit de travailler avec nous pour des solutions, ne viennent pas nous dicter des solutions », a-t-il par ailleurs déclaré. Reconnaissant qu’« il ne faut pas jeter l’anathème sur les gens », il a reconnu que le régime putschiste a « [sa] propre part de responsabilité » : « Nous avons failli par rapport à l’intégration du continent, nous avons failli par rapport au renforcement de la coopération entre nous, nous avons failli par rapport à notre responsabilité pour assurer notre propre sécurité et je crois que nous ne pouvons pas faire assumer ça par d’autres. »

Session spéciale du Conseil de sécurité

Interrogé sur ses accusations contre la France dans une lettre adressée en août au Conseil de sécurité de l’ONU, dénonçant notamment des « violations répétitives et fréquentes » de l’espace aérien malien par les forces françaises. Il y écrivait que les autorités maliennes disposaient « de plusieurs éléments de preuve que ces violations flagrantes de l’espace aérien malien ont servi à la France pour collecter des renseignements au profit des groupes terroristes opérant dans le Sahel et pour leur larguer des armes et des munitions », des accusations catégoriquement démenties par la France.

Dans son intervention devant le Forum de Dakar, Abdoulaye Diop a affirmé que son pays attendait la session spéciale qu’il réclame pour produire les preuves des accusations contre Paris. « Le Mali n’est pas un enfant, nous sommes membres des Nations unies, nous connaissons les règles. Nous avons demandé une session spéciale pour pouvoir discuter de cette question », a-t-il dit. « Ceux qui sont en face, de quoi ils ont peur ? Si on n’a pas de preuves, qu’on convoque la session », a lancé le chef de la diplomatie malienne.

Par Jeune Afrique avec AFP

Côte d’Ivoire – soldats détenus au Mali : Laurent Gbagbo en appelle à Assimi Goïta

octobre 18, 2022

L’ancien président ivoirien, chef du PPA-CI qui fête son premier anniversaire, demande aussi au Togolais Faure Essozimna Gnassingbé de « redoubler d’efforts » pour obtenir la libération des 46 soldats encore détenus à Bamako. Et estime qu’Alassane Ouattara porte « la plus grande responsabilité ».

L’ancien président ivoirien et chef du PPA-CI, Laurent Gbagbo, lors du premier anniversaire de son parti, à Abidjan, le 17 octobre 2022. © Issouf Sanogo / AFP

L’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, a demandé lundi au chef de la junte au pouvoir au Mali, le colonel Assimi Goïta, de faire la preuve de « sa fraternité d’armes » envers les 46 soldats ivoiriens détenus à Bamako depuis le 10 juillet dernier.

« Il faut demander au président Assimi Goïta de penser à sa fraternité d’armes avec ceux qui sont en prison là-bas, que certains appellent des soldats et d’autres des mercenaires », a-t-il déclaré en marge d’une cérémonie célébrant le premier anniversaire de sa formation politique, le Parti des peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI).

Pique adressée à Ouattara

Il a également lancé un appel « au président togolais Faure [Essozimna] Gnassingbé », qui joue le rôle de médiateur entre la Côte d’Ivoire et le Mali, le priant de « redoubler d’efforts ». Il a annoncé que son parti allait bientôt envoyer des délégations en Guinée, au Burkina et au Mali, trois pays où des militaires ont pris le pouvoir après avoir perpétrés des coups d’État.

Laurent Gbagbo a cependant rappelé que les soldats avaient été envoyés au Mali par la Côte d’Ivoire et, selon lui, « c’est celui qui envoie qui a la plus grande responsabilité […] si cela tourne au vinaigre ».

Blocage sur le lieu où seront remis les soldats

Abidjan et l’ONU affirment que les soldats ivoiriens arrêtés devaient participer à la sécurité du contingent allemand des Casques bleus au Mali, mais les autorités maliennes les a présentés comme des « mercenaires » venus attenter à la sûreté de l’État. Au début d’octobre, le président ivoirien, Alassane Ouattara, s’était montré optimiste quant à l’issue de ce conflit diplomatique.

« Les choses évoluent bien […]. Nous pensons que, très rapidement, nous aurons sans doute un heureux aboutissement », avait dit le chef de l’État ivoirien à l’issue d’une rencontre avec son homologue bissau-guinéen, Umaro Sissoco Embalò, qui préside actuellement la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Il avait rencontré la veille à Abidjan le président togolais mais, selon nos informations, un point de blocage restait à résoudre : le lieu où seront remis les soldats.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Tierno Monénembo – Mali, péril en la demeure !

octobre 17, 2022

CHRONIQUE. L’écrivain guinéen appelle les dirigeants à la vigilance, alors que le pays est plus que jamais confronté à la propagation djihadiste et aux crises de toutes sortes.

Depuis le putsch de 2020 et surtout le second de 2021 consolidant leur emprise a la tete d'un pays confronte a la propagation djihadiste et aux crises de toutes sortes, les militaires ont coupe les ponts avec la France et ses allies europeens et se sont tournes vers la Russie.
Depuis le putsch de 2020 et surtout le second de 2021 consolidant leur emprise à la tête d’un pays confronté à la propagation djihadiste et aux crises de toutes sortes, les militaires ont coupé les ponts avec la France et ses alliés européens et se sont tournés vers la Russie.© FLORENT VERGNES / AFP

En 2020, dans ces mêmes colonnes, je donnais une chronique intitulée « Assimi Goïta, un mal nécessaire pour le Mali »,et dans laquelle j’affirmais un peu trop vite que dans ce pays, il n’y avait pas péril en la demeure. Deux ans plus tard, je suis bien obligé de me reprendre et, bien que l’on ne soit pas au Canard enchaîné, de m’infliger un sérieux pan sur le bec. Car, en ce moment au Mali, il y a bel et bien péril en la demeure.

À mon pire ennemi, je ne souhaiterais la situation que vit ce pays hautement symbolique et qui se trouve être la terre d’origine de mes aïeux, qui plus est. Déjà en proie aux méfaits du djihadisme, le voilà, devenu après l’Ukraine, le deuxième champ de bataille du fameux conflit Est-Ouest qui, malgré la chute du mur de Berlin, ne s’éteint toujours pas. Les deux plaies du monde moderne réunies dans un seul et même petit pays africain, sahélien et enclavé ! Le tout sur fond de diatribe aussi bien avec ses voisins qu’avec la France !

Comment le Mali s’est-il retrouvé dans cette situation ?

Bien que complexe, la lente descente aux enfers du Mali est facile à retracer. Tout commence au nord. D’abord en Algérie où l’armée, après avoir difficilement remporté la victoire, a poussé les derniers terroristes à aller jouer ailleurs. En Libye ensuite, où la mort de Kadhafi a largement ouvert la boîte de Pandore au Sahel. Surarmés et fanatisés à souhait, les djihadistes pouvaient massivement se répandre dans une région où, présent depuis les Almoravides, l’islam est véritablement chez lui.

L’écrivain, Tierno Monénembo appelle le Mali a la vigilance alors que le pays a choisi de se tourner vers la Russie en lieu et place de la France, l’ancienne puissance coloniale.© SEYDOU DIALLO / AFP

 Leur pénétration fut si rapide que sans l’appel au secours lancé à l’armée française, ils auraient atteint Bassam et les îles de Loos sans rencontrer la moindre poche de résistance. Dix ans après, les terroristes sont toujours là malgré les opérations Serval et Barkane. Et le désastre est tel (surtout au Centre et au Nord) qu’il a entraîné une brouille sans précédent entre Paris et Bamako. À tort ou à raison, l’ancienne puissance coloniale est soupçonnée de laxisme, voire de duplicité : alliée le jour, complice des envahisseurs la nuit. Pour marquer leur dépit, les autorités maliennes se sont rapprochées de la Russie et ont accepté les offres de service de la force Wagner, dont on ne sait toujours pas le lien exact avec le Kremlin.

Un pays à la croisée des chemins

Après la crise de confiance, la crise de nerfs. C’est Le Drian, alors patron du Quai d’Orsay, qui s’enflamme : « Et je voudrais rappeler ici avec beaucoup de force que cette junte [entendez celle d’Assimi Goïta] est illégitime et qu’elle prend des mesures irresponsables. » Un ministre français des Affaires étrangères ne devrait pas parler comme ça… à une ancienne colonie de la France. On a vu un Quai d’Orsay plus adroit.

C’est le ministre malien des Affaires étrangères qui prend la mouche à son tour : « Ce sont des propos empreints de mépris… des propos inacceptables… Les injures ne sont pas une preuve de grandeur. » Oui, ces propos sont inacceptables. On comprend parfaitement l’indignation des autorités maliennes. Mais le renvoi de l’ambassadeur français n’est-il pas disproportionné et, somme toute, contre-productif ? Un communiqué bien senti du palais de Koulouba et une manifestation monstre des forces populaires devant l’ambassade de France n’auraient-ils pas suffi ?

Nous sommes en 2022 : l’heure n’est plus à la rupture des relations diplomatiques mais à la consolidation de celles-ci, surtout en temps de crise. Et puis, ce n’est pas malin pour un pays africain de se retrouver coincé entre le marteau des Russes et l’enclume des Français. En tout état de cause, on ne se libère pas en changeant de maître. Les Maliens devraient avoir présente à l’esprit l’expérience de leurs frères utérins guinéens qui, dans les années 1960, s’étaient retrouvés exactement dans la même situation avec le résultat que l’on sait.

* 1986, Grand Prix littéraire d’Afrique noire ex aequo pour « Les Écailles du ciel » ; 2008, Prix Renaudot pour « Le Roi de Kahel » ; 2012, Prix Erckmann-Chatrian et Grand Prix du roman métis pour « Le Terroriste noir » ; 2013, Grand Prix Palatine et prix Ahmadou-Kourouma pour « Le Terroriste noir » ; 2017, Grand Prix de la francophonie pour l’ensemble de son œuvre. La dernière publication de Tierno Monénembo a été publiée aux éditions du Seuil. Son titre : « Saharienne indigo ».

Avec Le Point par Tierno Monénembo*

Mali : Assimi Goïta reçoit le projet de nouvelle Constitution

octobre 12, 2022

Le président de la transition malienne, Assimi Goïta, a reçu mardi 11 octobre un projet de nouvelle Constitution, censé être soumis à référendum en mars 2023.8

Le président de la transition au Mali, le colonel Assimi Goïta, le 21 juin 2022. © Présidence Mali.

C’est avec deux mois de retard que cet « avant-projet de Constitution » a été remis mardi à Assimi Goïta. Le 10 juin, les militaires au pouvoir avaient donné deux mois à une commission spécialement créée par décret, mais ce délai avait finalement été prolongé, a fait savoir le président de la commission, Fousseyni Samaké.

Le texte, qui n’a pas été rendu public, doit désormais être examiné en Conseil des ministres et par l’organe tenant lieu de Parlement. Il est censé être soumis à référendum en mars 2023.

« Toute Constitution sera objet de critiques »

Le président de la commission a semblé devancer les polémiques, prévenant Assimi Goïta « que toute Constitution sera objet de contestations, de critiques et de controverses », a rapporté dans un communiqué la présidence. Il a assuré que le projet avait été rédigé après « consultation des forces vives de la Nation ».

Le président de la transition, qui s’est engagé sous la pression à organiser des élections en février 2024 et à céder la place en mars de la même année, a déclaré que l’« espoir commun d’une démocratie rénovée, ainsi que d’un État mieux organisé et à la hauteur des défis nationaux et internationaux, repose sur cet avant-projet », selon ses services.

Les acteurs politiques maliens s’accordent de longue date sur la nécessité d’une réforme constitutionnelle, tant l’actuel texte fondamental, datant de 1992, passe pour un facteur de la crise politique.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Abdoulaye Maïga : le président Bazoum qualifié d’étranger, la junte joue avec le feu

septembre 28, 2022

L’ex-ministre centrafricain Adrien Poussou considère que le discours incendiaire du Premier ministre malien par intérim contre le président nigérien, porte les germes d’un prochain affrontement fratricide entre les deux pays.

Le Premier ministre de la République du Mali, Abdoulaye Maiga, à la 77e session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, le 24 septembre 2022. © Eduardo Munoz/Reuters

« Tout ce qui est excessif est insignifiant. » Voilà ce que l’on pourrait rétorquer au Premier ministre malien par intérim, Abdoulaye Maïga, qui a multiplié les critiques virulentes à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, notamment à l’égard du président nigérien, Mohamed Bazoum.

Le colonel Abdoulaye Maïga n’a pas été tendre avec ceux qui exigent un calendrier raisonnable pour la fin de la transition et indiquent la porte de sortie à la junte malienne. Il a ainsi tenu un discours au lance-flammes contre le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, auquel il a dénié la qualité de « chef d’État » ; contre le président bissau-guinéen et président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), Umaro Sissoco Embaló ; et contre le président ivoirien Alassane Ouattara. Mais le Premier ministre malien a réservé sa charge la plus violente au président nigérien, Mohamed Bazoum, qualifié « d’étranger qui se réclame du Niger ». Un comble.

Son seul péché est d’avoir exhumé un secret de polichinelle : la montée en puissance des jihadistes depuis le retrait du Mali de la force française Barkhane, et le risque, réel, de voir la ville de Ménaka, frontalière de son pays, passer sous le contrôle des terroristes. À mots à peine couverts, Mohamed Bazoum a pointé l’incapacité de la junte malienne à obtenir des résultats probants en matière de sécurité, laquelle a servi de prétexte au double coup d’État. Il a également fustigé l’inefficacité des mercenaires de Wagner dans la lutte contre le terrorisme, en dépit de leur déploiement sur le terrain aux côtés des Forces armées maliennes (FAMA).

Surenchère langagière

On se souvient qu’en juillet 2021, le président nigérien avait vertement critiqué la propension des colonels maliens à renverser les régimes démocratiquement élus, après des revers militaires. « Il ne faut pas permettre que les militaires prennent le pouvoir parce qu’ils ont des déboires sur le front […], que les colonels deviennent des ministres ou des chefs d’État », avait-il déclaré lors d’une conférence de presse commune avec son homologue français Emmanuel Macron. Des propos qui avaient suscité la « vive protestation » des autorités maliennes.

Manifestement, les critiques du président nigérien leur sont restées en travers de la gorge, et elles cherchaient l’occasion de lui rendre la pareille. En le qualifiant « d’étranger qui se réclame du Niger », Abdoulaye Maïga persiste dans la surenchère langagière à laquelle il nous a habitués, au mépris des sacro-saintes règles de bienséance qui caractérisent les relations entre les pays « frères » d’Afrique. Au-delà du fait que ce discours incendiaire va malheureusement à l’encontre des « solides relations d’amitié et de fraternité » entre les peuples nigérien et malien, il porte surtout les germes d’un prochain affrontement fratricide entre les deux pays.

Pseudo-nationalistes

On s’étonne que des gens qui se proclament panafricanistes à longueur de discours en soient réduits à traiter d’autres Africains « d’étrangers ». En vérité, le panafricanisme bruyant dont se targuent les militaires maliens, ainsi que leurs soutiens stipendiés par les Russes, se heurte ainsi à leur véritable nature : ce sont de pseudo-nationalistes assoiffés de pouvoir.

Nous sommes d’autant moins surpris que des sources bien informées nous ont indiqué qu’en prenant connaissance du communiqué final publié à l’issue du sommet extraordinaire de la Cedeao, le 22 septembre dernier à New York, le chef de la junte malienne, Assimi Goïta, aurait exulté. Comme un caïd de cours de récréation, le président de la transition aurait été manifestement content d’apprendre l’annonce de la venue prochaine de trois chefs d’État pour tenter d’obtenir la libération des 46 soldats ivoiriens toujours détenus à Bamako.

Instabilité chronique

Ni la condamnation, « avec fermeté », de l’incarcération de ces militaires ivoiriens par la Conférence des chefs d’État et de Gouvernement de la Cedeao, ni la dénonciation du « chantage » exercé par les Maliens dans cette affaire, n’ont gâché son plaisir. Bien au contraire : le plus important pour lui, c’est que de vrais chefs d’État, qui n’ont pas eu besoin d’usurper la souveraineté nationale chez eux, feront le déplacement de Bamako pour le supplier de libérer les « militaires otages », selon la terminologie des officiels ivoiriens. Lui qui entend troquer son uniforme militaire contre un costume respectable de président élu à la faveur d’une farce électorale qu’il compte organiser à l’issue de la transition.

Les militaires au pouvoir au Mali oublient une chose : les pays de la Cedeao auxquels ils ont pris l’habitude de s’attaquer avec virulence ont suffisamment de leviers pour créer, et entretenir, une instabilité chronique au Mali. Parce que des  millions de Maliens vivent dans ces pays-là, le pouvoir malien aurait tort de considérer le refus de l’escalade des autres chefs d’État comme une faiblesse. Personne n’a intérêt à ce que la situation dégénère, ou se transforme en une guerre de pauvres.

Avec Jeune Afrique

Adrien Poussou

Par Adrien Poussou

Ancien ministre centrafricain de la Communication.

RDC-Rwanda, Côte d’Ivoire-Mali… Des médiations dans les coulisses de l’ONU

septembre 22, 2022

Les chefs d’État et de gouvernement du monde entier sont réunis cette semaine à New York, où se tient la 77e Assemblée générale de l’ONU. Les dossiers les plus brûlants du moment y font l’objet d’intenses médiations.

Alassane Ouattara à la tribune de la 77ème Assemblée générale des Nations unies à New York, le 21 septembre 2022. © DR

Aux Nations unies, il y a les grandes déclarations et les petits apartés. Paradoxalement, les seconds sont souvent plus stratégiques que les premières.

Du côté des grandes déclarations, ce 21 septembre, le ballet millimétré des chefs d’État s’est poursuivi à la tribune. Après le Gabonais Ali Bongo Ondimba, dont l’intervention était scrutée de près après la propagation de rumeurs selon lesquelles il aurait fait un malaise, ou encore le Kenyan nouvellement élu William Ruto, l’Ivoirien Alassane Ouattara a pris la parole.

Sommet de crise de la Cedeao

Il a appelé à la « libération sans délai » des 46 soldats ivoiriens « injustement détenus » par le Mali. « [Ils sont] déployés en qualité de 8e détachement de l’Élément de soutien national au sein de la Minusma [Mission des Nations unies au Mali] », a-t-il martelé, en réponse à Bamako qui les accuse d’être des mercenaires venus pour déstabiliser le pays.

Alors que depuis deux mois et demi les négociations patinent, Alassane Ouattara est venu à New York dans l’espoir de voir la pression s’accentuer, et les pourparlers s’accélérer. Après avoir diné, le 20 septembre, avec son homologue français Emmanuel Macron, il devait rencontrer le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le lendemain, avant que ne se tienne, le 21 septembre un sommet de la Cedeao convoqué en urgence par le président bissau-guinéen, Umaro Sissoco Embaló.

Nouvelles sanctions ?

Alassane Ouattara va-t-il appeler à de nouvelles sanctions pour faire plier Bamako ? Si le Mali, dont la délégation à New York est conduite par Abdoulaye Maïga, ne devrait pas être convié à cette réunion de crise, il doit faire entendre sa voix à peu près au même moment. Le Premier ministre malien par intérim est annoncé à la tribune des Nations unies, et doit lui aussi s’entretenir avec Antonio Guterres.

Des discussions qui se tiennent loin de Bamako, où Assimi Goïta a reçu ce 21 septembre, pour sa première visite à l’étranger son homologue guinéen, Mamadi Doumbouya, lui aussi sous la menace de nouvelles sanctions ouest-africaines.

Kagame et Tshisekedi autour de Macron

Quelques heures avant Alassane Ouattara, c’est le Rwandais Paul Kagame qui s’était exprimé devant ses pairs réunis à New York. « Il est urgent qu’il y ait la volonté politique de s’attaquer enfin aux causes profondes de l’instabilité dans l’est de la RDC. Le jeu des reproches ne résout pas les problèmes », a-t-il déclaré.

Une réponse aux accusations formulées par Félix Tshisekedi la veille. « L’implication du Rwanda et sa responsabilité dans la tragédie que viventt mon pays et mes compatriotes des zones occupées par l’armée rwandaise et ses alliés du M23, ne sont plus discutables », avait-il martelé, en quête de soutiens internationaux plus évidents.

Mais à côté de ces prises de parole musclées, les médiations pour tenter de trouver une issue à la crise qui oppose les deux voisins se sont accélérées. Dans l’après-midi de ce 21 septembre, les deux chefs d’État se sont réunis durant une petite heure autour d’Emmanuel Macron – une réunion remarquable alors que les deux voisins n’ont plus de contact direct.

Accolade entre premières dames

Selon un communiqué de l’Élysée, le Rwanda et la RDC « sont convenus d’agir de concert pour obtenir au plus vite l’application des dispositions du processus de Luanda, le retrait du M23 et le cantonnement de ses combattants hors de la zone de Bunagana.»

Paris semble désormais vouloir jouer un rôle d’entremetteur de premier plan dans le conflit. Comme le révélait Jeune Afrique, plus tôt cette semaine, les responsables des services de renseignement congolais, rwandais et ougandais s’étaient retrouvés à Paris, à l’initiative de la Direction générale des renseignements extérieurs de la France (DGSE).

Enfin, ce 21 septembre, une rencontre d’un autre ordre a suscité des commentaires à New York : celles des premières dames congolaise et rwandaise. Denise Nyakeru Tshisekedi et Jeanette Kagame ont été photographiées tout sourire, se laissant aller à une franche accolade.

Avec Jeune Afrique par Anna Sylvestre-Treiner – envoyée spéciale à New York

Mali – Soldats ivoiriens détenus : Bamako rejette l’intervention de la Cedeao

septembre 16, 2022

Alors que la Côte d’Ivoire vient de hausser le ton contre le Mali et demande une réunion d’urgence de la Cedeao au sujet de ses 46 militaires toujours retenus, Bamako affirme n’être « nullement concerné ».

Assimi Goïta, en août 2022, à Bamako. © AP/SIPA

Ce mercredi, la Côte d’Ivoire avait dénoncé « le chantage inacceptable » de la junte malienne dans le dossier des soldats détenus depuis deux mois au Mali et exigeait leur libération « sans délai ». La réaction de Bamako ne s’est pas faite attendre. Dans un communiqué, les autorités maliennes font part de leur « très grande préoccupation » et « profonde stupéfaction ».

L’affaire est « purement judiciaire et bilatérale », affirme Bamako, qui conditionne la libération de ces 46 militaires – trois militaires femmes ont été libérées le 4 septembre -, inculpés en août pour « tentative d’atteinte extérieure à la sécurité de l’État », à l’extradition de personnalités maliennes vivant sur le sol ivoirien.

Le Togo « unique cadre » de médiation

Le Mali rejette en bloc l’intervention de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) que sollicite Abidjan dans ce dossier. La Côte d’Ivoire réclame en effet la tenue « dans les meilleurs délais d’une réunion extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement », réunion qui pourrait se tenir en marge de la 77e Assemblée de l’ONU, dont les débats débuteront le 20 septembre à New York.

Bamako maintient que le Togo, pays médiateur depuis le début de cette crise, reste l’« unique cadre de règlement du dossier » et affirme n’être « nullement concerné par cette procédure devant l’instance communautaire ». Elle « met en garde [Abidjan] contre toute instrumentalisation de la Cedeao pour se soustraire de [sa] responsabilité vis-à-vis du Mali. »

Alassane Ouattara doit s’entretenir avec le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, lors de son séjour à New York. Les deux hommes ont déjà eu l’occasion d’échanger par téléphone à propos de ce dossier le 7 septembre, selon les informations de Jeune Afrique.

António Guterres devrait demander la libération des soldats avant l’ouverture des débats de l’Assemblée générale. Cette requête sera directement adressée au chef de la junte, Assimi Goïta.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard

Mali : les deux militaires français relâchés

septembre 16, 2022

Deux militaires français, détachés en renfort auprès de l’ambassade de France à Bamako, avaient été arrêtés jeudi par les autorités maliennes. Ils ont été remis en liberté vendredi matin.

Circulation à Bamako, au Mali, devant le siège de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), en juin 2019. (illustration) © Vincent Fournier/JA.

L’affaire avait de quoi tendre encore un peu plus les relations entre le Mali et la France. Deux militaires français, détachés auprès de l’ambassade de France à Bamako, ont été arrêtés jeudi 15 septembre à la mi-journée dans le centre de la capitale malienne. Après une nuit en détention, il ont été relâchés vendredi dans la matinée.

Selon une source officielle à Paris, les deux hommes ont été arrêtés alors qu’ils effectuaient une « mission classique de reconnaissance » aux abords de l’école française Les Écrivains afin de la sécuriser. Toujours selon cette source, les deux militaires « disposaient de passeports en règle » et se sont montrés « coopératifs » lors de leur interpellation.

Ces deux militaires étaient présents au Mali en renfort auprès de l’attaché de défense à l’ambassade. Ils étaient notamment chargés du plan de sécurité de l’ambassade et de la sécurisation des ressortissants français dans le pays.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger