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Disparition d’Adam Thiam : le Mali perd un éditorialiste, mais aussi un poète

mars 19, 2021
Adam Thiam, journaliste malien et ancien directeur de la communication de la présidence malienne, est décédé du Covid-19 le 18 mars 2021.

Le journaliste malien Adam Thiam, auteur pour de nombreux titres de presse dont « Jeune Afrique », est mort du Covid-19 dans la nuit de jeudi 18 à vendredi 19 mars à l’âge de 61 ans. Directeur de la communication à la présidence malienne, il avait maintenu des liens d’amitié forts avec ses confrères.

Ces dernières semaines, nous étions nombreux à nous faire du souci pour Adam Thiam. Il était hospitalisé, atteint du Covid-19. Les nouvelles reçues ces jours derniers étaient un peu rassurantes cependant. Mais la « traîtresse faucheuse », comme il aimait lui-même à qualifier la mort, en a décidé autrement, arrachant à sa plume cet éditorialiste vedette, chroniqueur, poète, chercheur en sciences sociales.

« Une plume rare »

Né en 1954 à Kéniéba, dans la région de Kayes, Adam Thiam étudie au lycée Badala de Bamako avant de rallier l’Université de Dakar où il obtiendra, en 1978, une maîtrise en sciences humaines. Jusqu’à son décès, survenu dans la nuit du 18 mars 2021, il dirigeait la cellule communication et relations publiques de la présidence. En novembre 2019,  alors que la tête de cette cellule souffrait d’instabilité, Ibrahim Boubacar Keïta l’avait appelé à la rescousse. Celui qui a également été le porte-parole d’Alpha Oumar Konaré (2003-2005) lorsque ce dernier était le président de la Commission de l’Union africaine avait offert ses services à Dioncounda Traoré en 2013. Et quand Bah N’Daw a été nommé président de la transition, il a décidé de le maintenir à son poste.

LE MALI PERD UN DE SES ESPRITS LES PLUS BRILLANTS

À l’annonce du décès d’Adam Thiam, les premières réactions qui ont inondé les réseaux sociaux, au Mali et ailleurs, ont salué « une plume rare », « l’un des plus célèbres journalistes » du pays. « Avec la mort d’Adam Thiam, le Mali perd un de ses esprits les plus brillants », a notamment déploré Tiebilé Dramé, qui n’a pas manqué de rappeler les souvenirs qu’il garde comme une relique de leur amitié, depuis le lycée en passant par le Royaume-Uni, où Adam Thiam a acquis une spécialisation en sécurité alimentaire à la London School of Hygiene and Tropical médecine en 1984.

Mais c’est surtout au Républicain, fondé par Tiebilé Dramé en 1992, qu’il exercera avec le plus de talent son métier de journaliste, après l’éphémère aventure de Tarik-Hebdo. Ses éditoriaux – notamment « De quoi je me mêle » et « La chronique du vendredi » – avaient un succès monstre. Ils se singularisaient par leur profondeur et leur style très travaillé, sans verser pour autant dans une démonstration élitiste.

Diagnostic sans concession

Adam Thiam savait, avec un talent à nul autre pareil, dresser un diagnostic sans concession de notre présent, dans le sens où l’entend Michel Foucault. Aucun sujet constituant un enjeu structurant pour notre avenir n’échappait à la lucidité de cet intellectuel affable, qui savait autant émerveiller par sa culture que par son sourire. Il pouvait vous entretenir de politique et basculer tout à coup dans la musique, lui qui appréciait autant les chants du yéla des Toucouleurs que le blues touareg d’un Tinariwen. Avec toujours ce côté taquin qui le caractérisait, comme lorsqu’il avait proposé dans une chronique de supprimer les poches des uniformes des policiers régulant la circulation pour lutter contre le racket.

Celui que de nombreux confrères – et notamment l’auteur de ces lignes – appelaient « l’excellent Adam Thiam », jouissait d’une réputation qui ne s’est jamais démentie dans ce métier qu’il a notamment exercé en collaboration avec Jeune Afrique.

SON ENQUÊTE SUR L’AFFAIRE « AIR COCAÏNE » AVAIT EU UN ÉCHO RETENTISSANT

Ses interventions dans les médias internationaux étaient scrutées en ces temps troublés que nous vivons au Sahel, que ce soit sur RFI, la BBC, la Deutsche Welle ou Africable. Il en était de même pour ses enquêtes, telle celle qu’il avait menée sur l’affaire « Air Cocaïne », qui a eu un écho retentissant, et pour ses travaux de recherche, dont le remarquable Centre du Mali : enjeux et dangers d’une crise négligée (paru en 2017).

Son regard perçant et ses analyses toujours pertinentes manqueront à n’en pas douter dans les mois et les années qui viennent, tant sont grands et complexes les défis auxquels le pays est confronté en ces temps de transition.

Avec Jeune Afrique par Bokar à Bamako

Mali : l’ex-putschiste Amadou Haya Sanogo ne sera pas jugé

mars 15, 2021
Amadou Haya Sanogo, le 31 mars 2012 à Bamako.

Le général Amadou Haya Sanogo, qui dirigeait la junte qui a mené le coup d’État contre Amadou Toumani Touré (ATT), ne sera pas poursuivi dans l’affaire de l’assassinat de 21 bérets rouges en 2012. Les juges de la Cour d’appel de Bamako ont prononcé l’abandon de la procédure, ce lundi 15 mars.

Amadou Haya Sanogo et ses coaccusés ont été exonérés par la Cour d’appel de Bamako de toutes poursuites judiciaires dans le cadre du procès de l’assassinat des 21 bérets rouges en 2012. Ils ont bénéficié de la loi d’entente nationale adoptée en 2018 et qui vise à « concrétiser la politique de la restauration de la paix et de la réconciliation ». Les familles et proches des victimes, elles, ont trouvé un accord avec le gouvernement, leur permettant d’être indemnisées.

« Cette décision ne doit étonner personne en vertu de la loi d’entente nationale, qui exonère tous ceux qui ont commis de graves crimes en 2012, hormis ceux qui ont commis des crimes relevant de la Cour pénale internationale », a pour sa part commenté Oumar Mariko, président de Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi) et membre de Mouvement du 5 Juin. « Si le fait de ne pas poursuivre les auteurs permet l’apaisement au sein de l’armée et de la nation, la Cour d’appel ne pouvait que prendre cette décision », a-t-il ajouté.

L’exécution des « bérets rouges »

L’exonération du général marque le dénouement d’une affaire politico-judiciaire qui a débuté avec son arrestation à Bamako, en novembre 2013. Quelques mois plus tôt, en mars 2012, des militaires de la ville-garnison de Kati renversaient Amadou Toumani Touré (ATT). Et c’est Sanogo, à l’époque capitaine, qui était porté à la tête des putschistes et fait président du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État malien (CNRDRE).À LIRE Mali : Amadou Haya Sanogo, président un jour, président toujours ?

Hommes politiques, membres du gouvernement… Les nouveaux maîtres du Mali ordonnent une vague d’arrestations. Le président ATT est poussé à l’exil. Le 30 avril 2012, des hommes du 33e régiment des commandos parachutistes (RCP) – des « bérets rouges », restés fidèles à l’ancien président – tentent contre-coup d’État. Ils sont arrêtés et conduits au camp des putschistes, à Kati, avant d’être exécutés dans la nuit du 2 au 3 mai. Leurs corps seront par la suite enterrés à la va-vite dans un champ près du village de Diago, à quelques kilomètres de là.

Malgré l’arrestation de Sanogo et de plusieurs de ses coaccusés en 2013, puis l’exhumation des corps pour une autopsie, l’affaire piétine. Ouvert en grandes pompes en 2016 à Sikasso, le procès est plusieurs fois reporté. Les avocats de Sanogo soulignent les faiblesses de l’instruction et le principal accusé n’a cessé de clamer son innocence.

Remis en liberté

Pendant toutes ces années, alors qu’il était détenu dans une résidence de Sélingué, dans la région de Sikasso, le fantasque Sanogo est resté influent. Celui qui aimait à se comparer au général de Gaulle demeure une figure difficile à juger sans rouvrir des blessures au sein de l’armée. L’un de ses anciens coaccusés, le général Ibrahima Dahirou Dembélé, était d’ailleurs ministre de la Défense sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK, renversé en août dernier).

Sa remise en liberté provisoire, accordée le 28 janvier 2020, est-elle liée à l’accord trouvé quelques jours plus tôt entre le gouvernement et les avocats des familles des victimes dans le cadre de la loi d’entente nationale ? Celle-ci prévoit notamment d’exonérer de poursuites pénales les personnes ayant commis des crimes et des délits « dans le cadre des événements liés à la crise née en 2012 ». Les familles, elles, s’en sortent avec des compensations… et un goût d’injustice.

Accord avec les familles des victimes

Jeune Afrique a pu consulter l’accord signé entre Boubou Cissé, qui était à l’époque Premier ministre, et Sagara Bintou Maïga, la présidente de l’association des parents et épouses des Bérets rouges assassinés. En plus de l’organisation de funérailles nationales pour les victimes, le statut de « pupilles de la nation » est accordé à leurs enfants mineurs. Le gouvernement s’est également engagé à attribuer à chaque famille un logement social « de type F5 », ainsi que des réparations financières variant selon le grade des victimes.

Ainsi, les familles de soldats toucheront 15 millions de francs CFA (22 867 euros), celles des caporaux 20 millions et celles des sergents-chefs 30 millions. Les familles des adjudants et des lieutenants recevront respectivement trente-cinq et quarante millions de francs CFA. Selon le même document, l’exécution des réparations aurait dû avoir lieu avant le 15 février 2020.

« Le Mali n’a pas besoin d’un procès qui va aboutir à des assassinats, à des atrocités. Le pays a compris et le pays a pris une loi d’entente nationale qui vient d’être appliquée. Les lois sont faites pour être appliquées »,a commenté  Me Tiessolo Konaré, avocat de Sanogo et de ses coaccusés, à l’issue de l’audience.

La question est maintenant de savoir si cette exonération de poursuites constituera, ou non, un précédent dont les leaders de l’ex-Comité national pour le salut du peuple, qui ont renversé IBK, pourront se prévaloir.

Avec Jeune Afrique

Mali : pourquoi Ras Bath et ses coaccusés restent incarcérés

mars 4, 2021
L’activiste malien Ras Bath lors d’un rassemblement en amont du second tour de la présidentielle, à Bamako, le 11 août 2018.

Malgré l’annulation de la procédure pour « complot contre le gouvernement » par la cour d’appel de Bamako, l’activiste Ras Bath et ses coaccusés restent incarcérés, après un pourvoi en cassation du procureur général.

C’est un nouveau rebondissement qui relance l’affaire. Et les prévenus, qui ont espéré un temps retrouver la liberté, restent derrière les barreaux. Alors que la Chambre d’accusation de la cour d’appel de Bamako avait prononcé mardi l’annulation des procédures visant sept personnalités poursuivies pour « complot contre le gouvernement et association de malfaiteurs », et demandé leur remise en liberté, le procureur général du parquet s’y est opposé. Il s’est pourvu en cassation mercredi, a-t-on appris auprès d’avocats de la défense.

« Le procureur avait laissé entrevoir cette possibilité mardi, lors d’une intervention à la télévision. Nous avons donc décidé de le rencontrer pour comprendre exactement ce qu’il comptait faire. Il nous a dit qu’il avait formalisé un pourvoi en cassation, ce mercredi », confie Me Ben Mamata Touré, avocat de l’activiste et animateur radio Mohamed Youssouf Bathily – dit Ras Bath – et de l’ancien secrétaire général de la présidence, Sékou Traoré.

Cour suprême

Depuis ce pourvoi, les deux parties s’affrontent sur l’interprétation du code de procédure pénal, et plus précisément de son article 505. Tandis que, pour le procureur général Idrissa Arizo Maïga, il est suspensif de l’arrêt, les avocats des prévenus estiment que non.

C’est, pour l’heure, l’interprétation livrée par le procureur qui l’emporte. Ras Bath, ainsi que ses autres coaccusés, Mahamadou Koné, trésorier payeur général, Vital Robert Diop, directeur général de la société PMU-Mali, Aguibou Tall, directeur général adjoint de l’AGEFAU, et Souleymane Kansaye, receveur général du district, arrêtés depuis fin décembre, restent donc à la maison centrale d’arrêt de Bamako, en attendant le jugement de la chambre criminelle de la Cour suprême.

Sékou Traoré qui avait un rang de ministre de par ses anciennes fonctions, est, lui, en liberté. L’ancien Premier ministre, Boubou Cissé, également cité dans l’affaire, est quant à lui « en lieu sûr », selon ses proches.

Vers une nouvelle procédure ?

Le 16 février, Alou Nampé, alors avocat général de la chambre d’accusation, avait demandé « l’annulation des procédures et la levée des mandats de dépôt » à l’encontre des personnes arrêtées. Cette position, en contradiction avec le réquisitoire écrit du procureur, a été suivie quelques semaines plus tard par les nouveaux magistrats en charge du dossier, nommés après une recomposition de la Cour qui avait retardé le rendu du jugement. La décision, ce mardi 2 mars, de la Chambre d’accusation de la cour d’appel de Bamako d’annuler la procédure avait suscité de l’espoir chez leurs proches. Mais ce nouveau rebondissement ouvre la voie à une nouvelle étape de procédure qui pourrait s’annoncer longue.

« Nous pensons que cela est injuste. Quant à nos clients, ils ne comprennent pas ce qui leur arrive », regrette Ben Mamata Touré. En attendant de passer devant la Cour suprême, « la défense compte introduire, mardi 9 mars, un recours en interprétation auprès de la Cour d’appel, pour que celle-ci tranche sur la question du caractère exécutoire ou non de sa décision, explique Me Kassoum Tapo, avocat de Aguibou Tall et Boubou Cissé. Si la Cour d’appel dit qu’elle l’est, les cinq prévenus incarcérés doivent sortir. »

Par Jeune Afrique

Mali : les poursuites contre Amadou Haya Sanogo vont-elles être abandonnées ?

février 25, 2021
Amadou Haya Sanogo attend son procès depuis 2013

Le procès de l’ancien putschiste Amadou Haya Sanogo, qui devait s’ouvrir ce jeudi, a été reporté au 11 mars, alors que de nombreuses sources évoquaient un accord et une possible exonération du général et ses coaccusés dans l’affaire de l’assassinat de 21 bérets rouges en 2012.

Leurs craintes étaient-elles fondées ?  Lorsqu’en janvier 2020, la justice malienne a accordé la liberté provisoire au général Amadou Haya Sanogo, poursuivi pour avoir ordonné l’assassinat de 21 Bérets rouges fidèles à Amadou Toumani Touré (ATT), ainsi qu’à ses douze coaccusés, les proches des victimes avaient dit redouter que justice ne soit jamais rendue. Ce jeudi 25 février, alors que les avocats étaient présents à l’audience qui devait marquer sa réouverture, le procès a de nouveau été reporté. La prochaine audience est prévue le 11 mars, pour cause de « mutations de magistrats », a confié à Jeune Afrique un avocat de la défense.*

« Le couteau dans la plaie »

Après avoir fait couler beaucoup d’encre depuis l’arrestation de l’ex-chef du Comité national de redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE) en 2013, la procédure pourrait en effet connaître son épilogue dans les jours à venir, sans que la justice n’ait examiné le fond du dossier.

En cause, une loi adoptée en 2018 à l’issue de la conférence d’entente nationale de 2017 et qui vise à « concrétiser la politique de la restauration de la paix et de la réconciliation ». Elle prévoit notamment d’exonérer de poursuites pénales les personnes ayant commis des crimes et des délits « dans le cadre des événements liés à la crise née en 2012 ».

« Selon cette loi, le tissu social étant effrité, il faudrait éviter tout jugement qui pourrait remuer le couteau dans la plaie. Or certains estiment que le jugement de Sanogo pourrait élargir le fossé entre Bérets verts et Bérets rouges, explique Moctar Mariko, l’un des avocats des victimes. Cette loi pourrait nuire au procès. Si les avocats de Sanogo l’invoquent, ce sera l’arrêt de la procédure. Son ardoise sera effacée. »

Un procès politisé

Depuis l’ouverture du procès en grandes pompes en 2016 à Sélingué, où la procédure avait été délocalisée, le dossier est dans l’impasse. Car une condamnation de Sanogo pourrait menacer la cohésion au sein des troupes, dans un contexte de crise sécuritaire. Le général, qui a toujours clamé son innocence, reste en effet populaire au sein de l’armée. Le 26 septembre 2020, à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance du Mali, amaigri et en tenue d’apparat, Sanogo était d’ailleurs installé à la tribune officielle. Pour cette première apparition publique depuis son retour à Bamako au début de 2020, après des années en résidence surveillée dans la région de Sikasso, il a même été acclamé par certains, qui n’ont pas hésité à poser à ses côtés le temps d’un selfie.

Les débats s’annonçaient pourtant brefs, ce jeudi 25 février. Un accord a déjà été trouvé entre les autorités et la partie civile. Et en vertu de la loi d’entente nationale, les familles des victimes ont commencé à être indemnisées en 2020. « Les victimes attendent ce procès depuis sept ans, mais elles ont compris qu’il était nécessaire de trouver un terrain d’entente avec l’ancien régime, explique un proche de leurs proches. Certains ont obtenu une maison, une petite somme d’argent et la prise en charge financière de leurs enfants en guise d’indemnisation. Ceux qui le pouvaient ont aussi passé des concours pour intégrer la fonction publique. »

L’UN DES ACCUSÉS A DÉCLARÉ AVOIR TIRÉ EN RAFALE SUR LES JEUNES. COMMENT PEUT-ON TOUT SIMPLEMENT IGNORER CELA ?

Des associations de victimes et des organisations de défense des droits humains continuent cependant de décrier cette loi d’entente nationale, estimant qu’elle ouvre la voie à l’impunité. « Personnellement, cela me choque que les choses se terminent ainsi. L’un des accusés a déclaré avoir tiré en rafale sur les jeunes. Comment peut-on l’ignorer ? regrette un autre proche des victimes. Mais l’Apembra [Association des parents et épouses des militaires Bérets rouges assassinés] en a décidé autrement, parce que que tout cela prenait trop de temps. Ce procès a été politisé. »

« Dans la vie d’une nation, il faut des instants de pardon pour avancer. Combien de lois d’entente nationale notre pays a-t-il connues ? On ne peut pas nier aux accusés le droit d’en bénéficier », rétorque l’avocat Cheick Oumar Konaré, membre de la défense du fantasque général, se déclarant « prêt pour les débats ».

Les familles des victimes ne devraient pas assister à l’audience, mais elles continuent à réclamer les corps de leurs proches. « Elles ont demandé des funérailles nationales », confie une source proche du dossier

Avec Jeune Afrique Aissatou Diallo

Mali : la dissolution du CNSP décrétée par Bah N’Daw

janvier 26, 2021
Le colonel Assimi Goïta, alors président du CNSP, lors d’une rencontre avec une délégation de la Cedeao, le 22 août 2020 à Bamako.

Le Comité national pour le salut du peuple qui a renversé Ibrahim Boubacar Keïta a été dissous par un décret présidentiel daté du 18 janvier, qui n’a pas encore été publié au Journal officiel.

Cette décision était très attendue. Selon la Charte de la transition, une fois les organes chargés de gérer la transition créés, le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) était appelé à disparaître.

Pourtant, le CNSP s’est maintenu alors que, dès le 25 septembre, Bah N’Daw et Assimi Goïta ont prêté serment, respectivement comme président et vice-président de la transition. Quelques jours plus tard, c’est l’ancien diplomate, Moctar Ouane, qui a été nommé Premier ministre. Enfin, début décembre, l’organe chargé de jouer le rôle du pouvoir législatif, le Comité national de transition, a été mis en place.

Si la disparition du CNSP était inéluctable, les apparents atermoiements des nouvelles autorités de Bamako sur le sujet ont donné du grain à moudre aux opposants de la junte qui a renversé Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août 2020. Et a alimenté les interrogations de la communauté internationale. Le 23 janvier, lors d’un sommet ordinaire de la Cedeao, les chefs d’États s’étaient inquiétés de la non dissolution de cette organisation.

Le président Bah N’Daw avait alors informé ses homologues ouest-africains de « l’adoption d’un décret de dissolution du CNSP qui sera rendu public incessamment, ainsi que de la soumission dans les jours à venir de la feuille de route de la transition pour adoption par le CNT », selon les termes du communiqué final de la conférence.

COMMUNIQUÉ FINAL DU 58IÈME SOMMET DES CHEFS D’ETAT ET DE GOUVERNEMENT DE LA CEDEAO…HTTPS://T.CO/UFSC3WHY6X PIC.TWITTER.COM/EOJ2XTFYNA

— ECOWAS-CEDEAO (@ECOWAS_CEDEAO) JANUARY 25, 2021

Postes clés

Mi-août, des militaires réunis au sein du CNSP avaient procédé à l’arrestation d’IBK, après plusieurs mois d’instabilité politique. Ce coup d’État avait mis fin aux manifestations, conduites par des leaders du Mouvement du 5 juin, qui rassemble différentes composantes de la société malienne. Le monde avait alors découvert les visages des nouveaux maîtres de Bamako, dont plusieurs jeunes colonels de différents corps des forces de défense et de sécurité.

Ils occupent désormais des postes clés dans la gestion de la transition ou de l’armée. Le colonel Assimi Goïta, numéro un du désormais défunt CNSP, est vice-président, chargé des questions de défense et de sécurité.

Le premier vice-président de la junte, le colonel Malick Diaw, préside aujourd’hui le CNT, qui fait office d’assemblée nationale.

Le colonel Sadio Camara, ex-deuxième vice-président du CNSP occupe la fonction de ministre de la Défense et des anciens combattants et le colonel Modibo Koné, ex-troisième vice-président est le ministre de la Sécurité et de la protection civile.

Quant au colonel major Ismaël Wagué, qui avait joué le rôle de porte-parole de la junte pendant les premières heures du coup d’État, il a hérité, lui, du ministère de la Réconciliation nationale.

Par Jeune Afrique

Mali : Al-Qaïda au Sahel revendique la mort des 3 soldats français

janvier 2, 2021

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans dénonce, notamment, les caricatures de Mahomet et «l’occupation française de la région du Sahel».

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, a revendiqué l’attaque qui a coûté la vie à trois soldats français lundi au Mali, dans un communiqué publié par sa plate-forme de propagande.

Le GSIM (ou Jnim selon l’acronyme arabe), principale alliance djihadiste du Sahel, invoque la poursuite de la présence militaire française dans la sous-région, les caricatures de Mahomet et la défense prise par le président Emmanuel Macron de leur publication au nom de la liberté d’expression, ainsi que la politique du gouvernement français vis-à-vis des musulmans de France.

«Pour mettre fin à l’occupation française de la région du Sahel, vos frères moudjahidine (du GSIM) ont mené une opération qualitative contre un convoi des forces d’occupation françaises sur la route reliant Gossi et Hombori», a écrit le groupe dans ce communiqué diffusé vendredi 1er janvier et authentifié par le centre américain de surveillance des sites jihadistes SITE. «Cette opération bénie a coûté la vie à trois membres des forces d’élite de l’armée d’occupation». Le GSIM n’a pas fourni de détail sur l’attaque.

Les trois soldats ont été tués dans la zone frontalière avec le Niger et le Burkina Faso quand leur véhicule blindé a été atteint par un engin explosif improvisé alors qu’ils participaient à une mission d’escorte, selon la présidence française. Leur décès porte à 47 le nombre de soldats français tués au Sahel depuis 2013 dans les opérations Serval puis Barkhane. La France a engagé en 2020 600 soldats supplémentaires au Sahel, portant ses effectifs à environ 5.100. Elle examine actuellement l’évolution de cet engagement.

Le GSIM appelle les Français à «faire pression sur (leurs) chefs pour se retirer de la terre du Mali».

Fin novembre, le commandant de Barkhane, Marc Conruyt, avait désigné devant les députés français le GSIM comme l’«ennemi le plus dangereux» au Sahel.

Un hommage sera rendu mardi dans la Meuse aux trois soldats.

Par Le Figaro avec AFP

Mali : Ras Bath placé en détention provisoire pour « atteinte à la sûreté de l’État »

décembre 31, 2020
L’activiste malien Ras Bath, lors d’un rassemblement de l’opposition à IBK en août 2018.

Interpellées il y a une semaine, plusieurs personnalités poursuivies pour « atteinte à la sûreté de l’État », dont l’activiste Ras Bath, ont été présentées devant un juge qui a décidé de les placer sous mandat de dépôt.

Au terme d’une audience qui s’est tenue ce jeudi au tribunal de Bamako, le juge chargé du dossier a décidé de placer en détention préventive Mohamed Youssouf Bathily – dit Ras Bath – , ainsi que cinq de ses coprévenus. Les cinq hommes sont poursuivis dans le cadre d’une instruction judiciaire ouverte pour « atteinte à la sûreté de l’État ».

« Ils sont accusés d’atteinte à la sûreté de l’État et ont été placés sous mandat de dépôt, a confirmé à Jeune Afrique Boubacar Yalkoué, secrétaire administratif du Collectif pour la défense de la République (CDR, dont est membre Ras Bath). Nous pensions pourtant qu’au regard du fond du dossier, ils seraient libérés après avoir été entendus par le juge d’instruction. »

Il a par ailleurs précisé que les avocats des prévenus se sont réunis pour décider d’une stratégie commune dès la décision de placement sous mandat de dépôt connue, et insisté sur le fait que les actions futures s’inscriraient « dans le cadre légal ».

Flou autour des interpellations

C’est un dossier qui défraie la chronique à Bamako depuis que plusieurs personnalités ont été interpellées dans des circonstances troubles, dès lundi 21 décembre. Il avait fallu attendre le dimanche 27 septembre pour que le procureur de la République, Mamadou Kassogué, ne livre enfin les raisons qui avaient conduit à ces arrestations.

Dans un communiqué, le magistrat a alors expliqué que les mis en cause avaient été arrêtés « suite à une dénonciation des services de sécurité faisant état de faits d’atteintes à la sûreté de l’État » et qu’ils avaient été « mis à la disposition » du service d’investigation de la gendarmerie nationale « pour les besoins de l’enquête ».

Si l’affaire fait autant de bruit, c’est que les personnalités citées dans cette enquête sont, pour certaines, très connues. Outre Sékou Traoré, secrétaire général de la présidence, un statut qui lui donne le rang de ministre, on trouve en effet le polémiste Mohamed Youssouf Bathily – dit Ras Bath – , célèbre chroniqueur sur Renouveau FM, une radio sur laquelle il anime « Grands dossiers », une émission dans laquelle il s’est montré critique à l’encontre des nouvelles autorités ces derniers mois.

Sont également concernés par l’enquête Mahamadou Koné, trésorier payeur général, Vital Robert Diop, directeur général de la société PMU-Mali, Aguibou Tall, directeur général adjoint de l’AGEFAU, ainsi que Souleymane Kansaye, receveur général du district. Tous, à l’exception de Sékou Traoré, avaient été placés en détention préventive avant d’être présentés devant le juge, ce mardi.

Tous ont également été placés ce jeudi sous mandat de dépôt par le juge d’instruction. Sékou Traoré, qui a repris ses activités à la présidence, n’a quant-à lui pas été concerné par cette décision.

L’Association malienne des droits de l’homme (AMDH), qui avait auparavant dénoncé des « arrestations extrajudiciaires », a pu avoir accès aux locaux de la gendarmerie au cours du week-end dernier. L’AMDH s’était réjouie, dans un communiqué daté du 28 décembre, « de la judiciarisation des dossiers » et avait assuré que les conditions de détention des personnes mises en cause étaient correctes.

Les prévenus devaient initialement être présentés au procureur de la République dès lundi, mais, selon une source judiciaire, le magistrat a décidé de reporter la convocation en raison d’une manifestation organisée par plusieurs militants du Collectif pour la défense de la République (CDR) de Ras Bath. Une nouvelle audience devant le juge avait été programmée pour ce mercredi 30, mais avait finalement été, à nouveau, reportée.

Par Bokar Sangaré – à Bamako

Mali : Soumaïla Cissé est décédé

décembre 25, 2020
Soumaïla Cissé, le 15 juin 2018 à Bamako.

Évacué à Paris pour des soins médicaux, l’ancien chef de file de l’opposition malienne est décédé, ce vendredi 25 décembre, des suites du coronavirus.

Soumaïla Cissé, 71 ans, s’est éteint dans la capitale française, où il était hospitalisé depuis une dizaine de jours. Selon l’un de ses proches contacté par Jeune Afrique, il avait contracté le coronavirus.

Libéré le 8 octobre dernier alors qu’il avait été détenu pendant six mois par le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM), Soumaïla Cissé avait confié à Jeune Afrique qu’il souhaitait prendre le temps de « se reposer et se remettre à niveau » après cette longue captivité. Il s’était déjà rendu à Paris, fin octobre, pour y subir des contrôles médicaux.

La libération de Soumaïla Cissé avait suscité de l’espoir dans sa famille politique. L’opposant n’avait pas encore formellement exprimé son intention de se lancer dans la course à la présidence, mais certains de ses partisans le voyaient déjà à Koulouba à l’issue des dix-huit mois que doit durer la transition dirigée par Bah N’Daw.

Candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2018, à l’issue de laquelle il était arrivé deuxième après Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), Soumaïla Cissé avait contesté les résultats et dénoncé des fraudes.

Ces dernières semaines, il avait effectué plusieurs voyages pour remercier les chefs d’États de la région qui se sont impliqués pour sa libération. Il avait notamment été reçu par le Sénégalais Macky Sall, par le Ghanéen Nana Akufo-Addo, par ailleurs président en exercice de la Cedeao,par le Togolais Faure Essozimna Gnassingbé et par le Nigérien Mahamadou Issoufou.

Par Jeune Afrique

Mali : l’armée accusée de crimes de guerre, des groupes armés de crimes contre l’humanité

décembre 22, 2020

L’armée malienne a commis des «crimes de guerre» et plusieurs groupes armés des «crimes contre l’humanité», indique la Commission internationale sur le Mali établie par l’ONU dans un rapport transmis aux membres du Conseil de sécurité mardi 22 décembre.

Sans être la seule, l’armée malienne figure au premier rang des accusés de cette commission, qui estime avoir recueilli «des motifs raisonnables de croire» qu’elle a «commis des crimes de guerre», selon ce rapport de près de 350 pages, qui prône la création d’une Cour spécialisée dans les crimes internationaux.

Établie en janvier 2018, cette commission, composée de la Suédoise Lena Sundh, du Camerounais Simon Munzu et du Mauricien Vinod Boolell, a enquêté sur la période 2012-2018. Elle a remis mi-2020 son rapport au Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui l’a transmis la semaine dernière aux 15 membres du Conseil de sécurité.

Interrogé par l’AFP, le service de communication de l’ONU n’a pas fait de commentaire sur le texte, qui n’a pas encore été rendu public.

En 2012, les militaires maliens s’étaient emparés du pouvoir par un coup d’État censé enrayer la déroute de l’armée face aux rebelles indépendantistes et djihadistes dans le Nord, mais qui l’a en fait précipitée, plongeant le pays dans une crise qui se poursuit. En 2012-2013, les forces de sécurité et de défense se sont rendues coupables d’«assassinats» visant «particulièrement les membres des communautés touareg et arabe», les associant aux rebelles indépendantistes et aux groupes djihadistes.

Après l’apparition en 2015 d’un groupe djihadiste emmené par le prédicateur peul Amadou Koufa, les Peuls du centre du Mali ont été victimes d’amalgames: «les assassinats commis par les forces armées maliennes ont de plus en plus visé les membres de (cette) communauté», dit le texte. Plusieurs signataires de l’accord de paix, dont les ex-rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et le groupe pro-gouvernemental «Gatia», sont également responsables de «crimes de guerre», selon la Commission.

Elle a en outre accusé de «crimes contre l’humanité» d’autres acteurs du conflit, notamment des groupes armés djihadistes dont l’influence et la violence ne cessent de s’étendre dans la sous-région, mais aussi de la milice Dan Nan Ambassagou, qui s’est érigée en défenseure des dogons dans le centre du Mali et est accusée de massacres de villageois peuls.

À la différence d’autres rapports, les conclusions de cette commission peuvent constituer une base légale pour de futurs procès.

Par Le Figaro avec AFP

Covid-19 : le Mali ferme écoles et restaurants face à une hausse des cas

décembre 18, 2020

Le Mali a annoncé vendredi 18 décembre la fermeture des écoles, bars, restaurants et de certains commerces pour contrer une hausse du nombre de cas de Covid-19 depuis plusieurs semaines.

Les bars et restaurants seront fermés durant 14 jours à compter de samedi minuit, et tous les établissements d’enseignement privés et publics seront fermés jusqu’au 10 janvier, a indiqué le porte-parole du gouvernement Hamadoun Toureh à l’issue d’un Conseil des ministres extraordinaire. Un «état d’alerte sanitaire» pour six mois et un état d’urgence pour dix jours ont été adoptés vendredi, a ajouté Toureh L’état d’urgence, en vigueur quasiment sans interruption depuis 2015 au Mali, avait été abrogé de fait par la démission du gouvernement suite au coup d’État du 18 août, a détaillé une source proche du gouvernement. Quant à l’état d’alerte sanitaire, il permettra une «souplesse» administrative et le renforcement des services de santé, a-t-on ajouté de même source.

Le porte-parole du gouvernement a annoncé la «fermeture des rues marchandes», à savoir les foires, mais les marchés, très prisés des Maliens qui s’y approvisionnent en très large majorité au jour le jour, resteront eux ouverts. Les rassemblements seront limités à cinquante personnes jusqu’au 10 janvier, a-t-il précisé. Le gouvernement avait fait état mercredi d’une «progression continue du nombre de cas testés positifs et de décès», une situation jugée «préoccupante». Relativement épargné au début de la pandémie, le Mali, pays pauvre d’Afrique de l’Ouest confronté à une crise sécuritaire, sociale et économique, a enregistré un pic de plus de 150 cas par jour début décembre.

Les hôpitaux de Bamako sont saturés, et le nombre de tests effectués est passé de quelque 500 journaliers en mars à «près de 2500 aujourd’hui», selon le gouvernement. Depuis le début de la pandémie, 6049 cas ont été officiellement enregistrés, dont 211 mortels, pour une population d’environ 20 millions d’habitants.

Par Le Figaro avec AFP