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Mali: l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta est mort

janvier 16, 2022

L’ex-président malien Ibrahim Boubacar Keïta, qui a dirigé le Mali entre 2013 et 2020, est décédé ce dimanche 16 janvier à son domicile de Bamako, selon sa famille. Ibrahim Boubacar Keïta, élu président du Mali en septembre 2013, avait été renversé par des militaires en août 2020.

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Ibrahim Boubacar Keita

Il était 9h ce matin, a expliqué un membre de la famille d’Ibrahim Boubacar Keita, quand on a constaté la mort du président, celui qu’on appelle communément IBK. Vers 13h30, il n’y avait pas beaucoup de monde près de son domicile, mais les gens s’y dirigent pour présenter leurs condoléances. Ses anciens collaborateurs, notamment son directeur de cabinet, a confirmé également sa mort.

#Mali– D’après mes informations , l’ex Président du Malien ibrahim Boubacar Keita dit ibk est décédé ce dimanche à 9h à son domicile privé de Bamako.— Serge Daniel (@SergeDa58898703) January 16, 2022

On sait qu’il était malade depuis peu, après le coup d’État du 18 août 2020. Il a été se soigner à plusieurs reprises à Abou Dhabi dans un hôpital américain. Quelqu’un qui l’a vu récemment disait ceci, il y a quelques jours seulement : « Le président est en train de se laisser mourir ». Il n’avait plus d’appétit. Il n’arrivait plus à lire, vous savez qu’il était un grand amoureux des livres et des écrivains.

Avec RFI par son correspondant à Bamako, Serge Daniel

Mali : un avion militaire français a-t-il violé l’interdiction de survol du territoire ?

janvier 13, 2022
Un Airbus A-400 embarquant des forces françaises, sur la base de Tombouctou, le 5 décembre 2021. © Thomas Coex/AFP

Un avion militaire français a fait la liaison Abidjan-Gao, le 11 janvier, suscitant la colère des autorités maliennes, qui avaient annoncé la fermeture de leurs frontières. Une affaire qui a aussi pour enjeu l’approvisionnement de la force Barkhane.

L’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna) a signalé à Bamako qu’un avion militaire français avait violé l’espace aérien du Mali, ont indiqué, le 12 janvier, les autorités aériennes de ce pays. Cet événement survient en plein bras de fer entre la junte, dirigée par Assimi Goïta, et une partie de la communauté internationale, Cedeao et France en tête.

La junte ayant déclaré qu’elle souhaitait prolonger la période de la transition, les dirigeants ouest-africains ont décidé, le 9 janvier à Accra, de sanctionner fermement le Mali. Ils ont notamment décrété la fermeture de leurs frontières aériennes et terrestres avec ce pays. Les autorités maliennes ont riposté en déclarant qu’elles appliqueraient la réciprocité en ce domaine.

Contact coupé

C’est dans ce contexte que, le 12 janvier, l’Asecna a informé l’aviation civile malienne qu’un Airbus A400 de transport avait, la veille, enfreint la décision du Mali, indiquent des documents publiés sur les réseaux sociaux. Le colonel Lassina Togola, PDG des aéroports du Mali, a confirmé à l’AFP que ces documents étaient authentiques.

Selon ces derniers, l’appareil effectuait l’aller-retour entre Abidjan (Côte d’Ivoire) et Gao (nord du Mali), où l’armée française possède une base importante. L’Asecna, qui gère les espaces aériens d’une grande partie du continent, dit ne pas avoir été informée préalablement de l’existence de ce vol. L’Airbus est entré en contact avec les centres de contrôle de Ouagadougou (Burkina) et de Niamey (Niger), qui lui ont rappelé qu’il lui était interdit d’entrer dans l’espace aérien malien, est-il écrit.

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Coupant le contact avec les centres de contrôle, l’avion a poursuivi sa route, rapportent les fiches de l’Asecna.

Interrogé sur le point de savoir si l’interdiction malienne s’appliquait aux vols militaires français et à ceux de la Minusma en provenance de pays de la Cedeao, le PDG des aéroports du Mali a répondu que les frontières étaient « fermées aux pays de la Cedeao » et que, par conséquent, « les aéronefs en provenance de ces États ne [pouvaient] venir au Mali ». « Toutefois par dérogation, une autorisation pourra être accordée à la demande du transporteur », a-t-il ajouté, sans préciser si les appareils de la force française ou ceux de la Minusma bénéficiaient d’une telle dérogation.

Approvisionnement de Barkhane

Dans un communiqué, le gouvernement malien assure avoir « dénoncé cette violation de l’espace aérien du Mali » et protesté auprès des autorités françaises « qui ont, au demeurant, décidé de soutenir les sanctions de la Cedeao, parmi lesquelles figure la fermeture des frontières terrestres et aériennes de ses pays membres avec le Mali ».

« Nous déclinons toute responsabilité relative aux risques auxquels les auteurs de ces pratiques pourraient s’exposer, en cas de nouvelle violation de notre espace aérien », ajoutent les autorités maliennes dans leur communiqué.

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La France, avec la force Barkhane, ainsi que la Minusma, la force des Nations unies, effectuent constamment des vols entre la sous-région et le Mali, afin d’approvisionner leurs troupes et de conduire leurs opérations.

« Pour l’heure, nous n’avons reçu aucune notification officielle s’agissant d’éventuelles restrictions dans le domaine aérien », a déclaré une source militaire française, qui poursuit : « Nous sommes liés par des accords de défense. Toutes les procédures ont été respectées. L’avion a déposé un plan de vol, qui a été approuvé par les autorités maliennes. Et comme le veut la procédure suivie à chaque fois, à l’entrée de l’espace aérien malien, on bascule le transpondeur en mode de fonctionnement militaire. Pour nous, il n’y a pas de sujet ». La Minusma a, quant à elle, précisé que, jusqu’à présent, ses opérations n’étaient pas affectées par la décision des autorités de Bamako.

Par Jeune Afrique avec AFP

Mali : la Chine et la Russie bloquent les sanctions au Conseil de sécurité

janvier 12, 2022
Des partisans d’une intervention russe au Mali, lors d’une manifestation en faveur des putschistes à Bamako, en septembre 2020. © /AP/SIPA

Pékin et Moscou ont fait front, mardi 11 janvier, pour empêcher l’adoption par le Conseil de sécurité d’une résolution, présentée par la France, soutenant les sanctions imposées par la Cedeao au Mali.

La passe d’armes était attendue. Elle s’est déroulée comme prévue. Deux jours après les sanctions imposées à Bamako par la Cedeao, le 9 janvier, la situation politique au Mali a été inscrite à l’ordre du jour du Conseil de sécurité des Nations unies. Mais impossible de trouver un consensus. Le texte présenté par la France, qui souhaitait que le Conseil soutienne les décisions prises par les chefs d’État ouest-africains lors du sommet extraordinaire d’Accra, a été retoqué. La Russie et la Chine ayant marqué leur opposition à ce que Vassily Nebenzia, le représentant de Moscou, a qualifié « d’ingérences étrangères excessives […] qui ne font que compliquer la situation ».

« Ce qui se passe au Mali est une véritable fuite en avant de la junte qui, au mépris de ses engagements, souhaite confisquer le pouvoir pendant des années et priver le peuple malien de ses choix démocratiques », avait déclaré quelques heures plus tôt Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères. « Une transition en cinq ans n’est pas dans l’intérêt du peuple malien », a déclaré en écho Linda Thomas-Greenfield, la représentante des États-Unis à l’ONU, lors des débats de ce mardi à New York, avant de s’inquiéter de la présence au Mali « d’individus liés au groupe Wagner ». Une « menace pour le peuple malien et la Minusma [mission de l’ONU au Mali] juge l’Américaine.

Les représentants du « A3 », les trois pays africains membres non permanents du Conseil (le Ghana, le Gabon et le Kenya), ont eux aussi plaidé en faveur d’un appui aux sanctions prononcées par la Cedeao. Le Conseil doit « appuyer la fermeture des frontières terrestres et aériennes entre les pays de la région et le Mali ainsi que le gel des avoirs de l’État malien dans les banques régionales de la Cedeao », a notamment déclaré Michel Xavier Biang, le représentant du Gabon, réclamant par ailleurs un soutien logistique, matériel et financier en faveur de la force militaire conjointe du G5 Sahel.

Pékin et Moscou sur la même ligne

En face, le représentant de la Russie a estimé que le retour à l’ordre constitutionnel devait « tenir compte des réalités sur le terrain » et insisté sur la nécessité de sécuriser le pays avant d’envisager d’éventuelles élections. « La Fédération de Russie soutient le principe “à problèmes africains, solutions africaines” », a déclaré le diplomate, affirmant par ailleurs – sans jamais prononcer le nom de la société Wagner – que « les Maliens ont le droit d’interagir avec d’autres partenaires qui sont prêts à coopérer avec eux dans le domaine du renforcement de la sécurité ».

Dai Bing, le représentant permanent adjoint de Pékin, lui a emboîté le pas, appelant «  les forces qui sont hors de la région à se garder d’exercer des pressions sur le Mali ».

« Ceux qui entretiennent cette campagne de fausses informations savent pertinemment que le Mali n’a pris aucun engagement auprès de Wagner et qu’il n’y a aucun mercenaire présent sur le sol malien », a pour sa part martelé Issa Konfourou, l’ambassadeur du Mali auprès des Nations unies, dénonçant une « campagne de désinformation ».

Paris devrait maintenant se tourner vers l’Union européenne (UE) pour tenter de faire pression sur le Mali. Emmanuel Macron a en effet assuré que la France et l’UE, dont son pays assure la présidence tournante, soutenaient la « position très claire et ferme » de la Cedeao face aux « dérives de la junte ».

Alger appelle à une transition « raisonnable »

Dans le bras de fer diplomatique qui s’est intensifié depuis l’annonce des sanctions « dures » prises à l’encontre de Bamako, Assimi Goïta a trouvé un allié auprès du colonel Mamadou Doumbouya, le président de transition en Guinée. Le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) a en effet annoncé lundi que les frontières terrestres, aériennes et maritimes de son pays avec le Mali resteront ouvertes.

En revanche, Alger a joint sa voix aux tenants d’une réduction drastique de la durée de transition. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a enjoint les militaires maliens au pouvoir à adopter « une attitude responsable et constructive » et a jugé, selon des propos rapportés par les services de la présidence, « raisonnable et justifiable une période de transition d’une durée ferme de douze à seize mois ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Mali: Bras de fer entre la Cédéao et la junte militaire

janvier 10, 2022

Avec France24

Mali : la junte dénonce des « sanctions illégales et illégitimes »

janvier 10, 2022
Assimi Goïta, ici lors d’une précédente réunion de la Cedeao, à Accra, le 15 septembre 2020. © Reuters/Francis Kokoroko

La réaction de Bamako ne s’est pas faite attendre. Quelques heures après que la Cedeao a brutalement durci sa position vis-à-vis des autorités de transition, le porte-parole du gouvernement a répliqué à la télévision nationale. Il dénonce l’influence de « puissances extrarégionales ».

Entre la Cedeao et les autorités maliennes, le bras de fer, bel et bien engagé, est de plus en plus tendu. La vivacité de la réponse de Bamako est à la hauteur de la dureté des mesures décidées par l’organisation ouest-africaine, le 9 janvier à Accra. « Le gouvernement du Mali condamne énergiquement ces sanctions illégales et illégitimes », a affirmé le soir-même, à la télévision nationale, le colonel Abdoulaye Maïga, porte-parole du gouvernement.

Sanglé dans son uniforme, il a également annoncé le rappel des ambassadeurs accrédités dans les pays membres de la Cedeao ainsi que la fermeture des frontières terrestres et aériennes avec ces pays. « Le gouvernement du Mali regrette que des organisations sous-régionales ouest-africaines se fassent instrumentaliser par des puissances extrarégionales aux desseins inavoués », a-t-il ajouté, sans nommer ces « puissances ».

Grande sévérité

Le 9 janvier, la Cedeao et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) ont adopté toute une série de mesures économiques et diplomatiques à l’encontre du Mali, destinées à sanctionner la junte, qui souhaite se maintenir au pouvoir plusieurs années encore. Alors que le gouvernement de transition s’était, dans un premier temps, engagé à organiser des élections présidentielle et législatives le 27 février 2022, il envisage désormais de ne rendre le pouvoir que dans un délai allant de six mois à cinq ans.

La proposition de la junte malienne d’organiser la présidentielle en décembre 2026 est « totalement inacceptable », estime la Cedeao. Elle « signifie qu’un gouvernement militaire de transition illégitime prendra le peuple malien en otage au cours des cinq prochaines années ».

La Cedeao a aussi décidé de couper son aide financière et de geler les avoirs du Mali à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), tout en maintenant les échanges commerciaux en ce qui concerne les produits de première nécessité. Les pays membres vont rappeler leurs ambassadeurs au Mali. Ces sanctions prennent effet immédiatement, ont-ils précisé. Elles ne seront levées progressivement que lorsque les autorités maliennes présenteront un calendrier « acceptable » et que des progrès satisfaisants seront observés dans la mise en œuvre de celui-ci.

Ces sanctions sont plus rigoureuses encore que celles qui avaient été adoptées après le putsch d’août 2020 et qui, en pleine pandémie, avaient été durement ressenties. Elles avaient alors forcé la junte à s’engager à rendre le pouvoir aux civils dans un délai de dix-huit mois maximum suivant des élections.

Une « plaisanterie »

Invoquant l’insécurité persistante qui prévaut dans le pays, la junte se dit aujourd’hui dans l’incapacité d’organiser des élections présidentielle et législatives comme prévu à la fin de février 2022. Elle souligne la nécessité de réformes préalables pour que les scrutins ne soient pas contestés, à l’instar des précédents. Pressentant le courroux ouest-africain, la junte avait dépêché le 8 janvier à Accra Abdoulaye Diop, son ministre des Affaires étrangères, ainsi que le colonel Abdoulaye Maïga, les chargeant de soumettre à leurs interlocuteurs un calendrier révisé.

« La contre-proposition malienne est une transition de quatre ans. C’est une plaisanterie », souligne un haut responsable ghanéen, dont le pays assure actuellement la présidence de la Cedeao. Selon les informations de Jeune Afrique, les ministres maliens ont proposé que les cinq années de pouvoir supplémentaires qu’ils demandaient soient ramenées à deux.

Pour l’organisation, dont la crédibilité est en jeu, il s’agit de défendre le principe fondamental de gouvernance, de faire cesser « la contagion du fait accompli » et de contenir l’instabilité régionale. C’était la huitième fois depuis août 2020 (sans compter les sommets ordinaires) que les dirigeants ouest-africains se retrouvaient, en présentiel ou en visioconférence, pour parler spécifiquement du Mali (et de la Guinée, qui, en septembre 2021, a également connu un putsch). La Cedeao avait déjà suspendu le Mali de ses organes de décision. Elle lui avait imposé un gel de ses avoirs financiers et avait édicté une interdiction de voyager à cent cinquante personnalités maliennes, coupables selon elle de faire obstacle aux élections. Ces sanctions restent en vigueur.

Par Jeune Afrique avec AFP

Comment le Mali, le Burkina et le Nigeria luttent contre l’excision

janvier 4, 2022
Rassemblement contre l’excision à Abidjan, en 2005 © KAMBOU SIA/AFP

Malgré un recul sensible depuis les années 1990, les mutilations génitales féminines sont toujours un fléau en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Focus sur le Burkina Faso, le Mali et le Nigeria, qui abordent le problème de façons très différentes.

En 2022, les mutilations génitales féminines (MGF) et leurs justifications culturelles – conformisme, pression sociale – subsistent malheureusement en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. On y enregistre toujours les plus forts taux d’excision au monde. Mais ces pratiques sont en recul progressif : dans les 30 pays où les MGF sont les plus répandues, moins d’un tiers des filles les subissent aujourd’hui, contre près de la moitié en 1994.

Un progrès permis par des actions conjointes menées par les pays touchés, leurs sociétés civiles et un important programme conjoint du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et de l’Unicef lancé en 2009 et financé par l’Espagne, la France, l’Islande, l’Italie, la Norvège, la Suède et l’Union européenne (UE). En 2020, en dépit de la pandémie de Covid-19, des résultats probants ont été obtenus en vue de l’élimination des MGF d’ici à 2030, notamment au Burkina Faso, au Mali et au Nigeria. Tour d’horizon.

Objectif 2030 au Burkina

Au Burkina Faso, les MGF concernent 68 % des femmes, mais reculent de génération en génération : 87,4 % des 45-49 ans ont subi cette pratique, contre 42,4 % des 15-19 ans. Ce progrès s’explique par un programme national de prévention et de sanction exemplaire dans la sous-région, porté par une volonté politique forte. Les autorités se sont engagées à éliminer les MGF à l’horizon 2030. Entre 2009 et 2015, 223 dossiers ont été portés en justice, aboutissant à la condamnation de 384 personnes, dont 31 exciseuses. En 2020, sur 40 personnes poursuivies, 31 ont été jugées et condamnées à des peines allant de 6 mois fermes à 24 mois avec sursis et des amendes conséquentes de 760 à 1 370 euros.

128 567 FILLES DE MOINS DE 14 ANS ONT ÉTÉ IDENTIFIÉES COMME POTENTIELLES VICTIMES EN 2020

L’exemple burkinabè montre que le combat doit se faire de manière à la fois préventive et par un suivi institutionnel, sur plusieurs fronts : l’appropriation politique et plus largement sociale de cet enjeu collectif, ainsi que le respect effectif de la loi. Voilà pourquoi 128 567 filles de moins de 14 ans ont été identifiées comme potentielles victimes en 2020, et leurs parents, 24 506 personnes, sensibilisés au respect de leur intégrité. En outre, 4 135 relais d’influence, chefs religieux et coutumiers, directeurs de structures de santé et d’établissement scolaires ont été engagés dans la promotion des droits de l’enfant et de l’abandon des MGF dans les villages ciblés.

Les jeunes servent aussi de vecteur puissant pour faire passer le message : 46 255 garçons au Burkina ont été sensibilisés comme acteurs de changement en faveur de l’élimination de la pratique au sein de leurs communautés, tandis que 91 082 filles se sont déclarées disponibles comme relais pour la prévention des MGF. Enfin, l’effort de sensibilisation mené auprès de 1 215 militaires, dont 950 femmes, a conduit l’armée à engager une campagne de réparation des séquelles de l’excision en 2021.

Au Mali, toujours pas de loi

Le Mali, en revanche, reste avec la Sierra Leone l’un des rares États sans texte de loi contre les MGF. Ce pays, où 83 % des femmes sont excisées, affiche le plus fort taux de prévalence avec la Guinée, la Gambie et la Sierra Leone. Un avant-projet de loi sur les Violences basées sur le genre (VBG), en préparation depuis 2017, reste à adopter.

LA COUR DE JUSTICE DE LA CEDEAO A IMPOSÉ EN 2021 UN MORATOIRE DE DEUX ANS AU MALI

En raison du contexte sécuritaire et de la résistance des leaders religieux et traditionnels, la loi pénalisant les MGF et les mariages d’enfants est reléguée au second plan. La plainte déposée par des organisations de la société civile contre l’État malien auprès de la Cour africaine des droits de l’homme et du peuple (CADHP) en vue de relever l’âge du mariage de 16 à 18 ans et l’adoption d’une loi contre les MGF a abouti à une interpellation du gouvernement. La Cour de justice de la Cedeao a par ailleurs imposé en 2021 un moratoire de deux ans au Mali, pour harmoniser la législation nationale en lien avec les textes ratifiés par le pays.

En attendant, 888 filles et femmes survivantes des complications des MGF ont été identifiées et prises en charge en 2020. La sensibilisation se fait sans relâche, même durant la pandémie de Covid-19 : en 2020, 317 communautés de Kayes, Koulikoro et Ségou ont rejoint le mouvement national d’abandon des MGF et mariages d’enfants, et signé une convention. Pas moins de 235 660 personnes ont participé aux activités de communication sur les MGF, mariages d’enfants et violences basées sur le genre.

Au Nigeria, des avancées vers l’élimination des MGF à l’horizon 2024

Au Nigeria, où un quart des femmes du Nigeria a subi des MGF, ces pratiques sont en recul. Une nouvelle politique nationale chiffrée en vue de l’élimination de l’excision a été adoptée sur la période 2020-24 par deux ministères (Santé, Affaires féminines et développement social). Un grand pas en avant, qui mérite d’être salué. L’État fédéré d’Oyo, qui affiche l’une des plus fortes prévalences, s’est prononcé en faveur de leur éradication. Dans l’État d’Osun, l’UNFPA, en collaboration avec Action Health Incorporated et le ministère local de la Santé et des Affaires féminines, a invité des dirigeants communautaires, des policiers et d’autres agents des forces de l’ordre à participer à une réunion de concertation. Celle-ci a abouti à la signature d’un document pour œuvrer collectivement à l’élimination des MGF.

501 COMMUNAUTÉS ONT DÉCLARÉ L’ABANDON DE CES PRATIQUES ET 233 AUTRES ONT MIS EN PLACE DES SYSTÈMES DE SURVEILLANCE

En 2020, 501 communautés ont déclaré publiquement l’abandon de ces pratiques, couvrant une population estimée à environ 2,8 millions de personnes. Par ailleurs, 233 communautés ont mis en place des systèmes de surveillance qui ont protégé 2 462 filles. Des actions de plaidoyer et de concertation se sont tenues avec les chefs religieux (chrétiens, musulmans et traditionnels) dans plus de 600 communautés. Le réseau de jeunes hommes EndFGM Jingles a produit des messages dans les langues de cinq États fédérés, touchant 3,6 millions de personnes. Le Nigeria a entrepris un grand nombre d’actions en ce sens, prouvant qu’avec de la volonté politique, l’engagement des leaders traditionnels, religieux et des communautés elles-mêmes, l’évolution des mentalités va dans le bon sens.

Argentina Matavel Piccin

Avec Jeune Afrique par Argentina Matavel Piccin

Directrice du bureau régional du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale

Transition au Mali : en avant pour le marchandage

janvier 4, 2022
. © Damien Glez

Après seize mois au pouvoir, la junte d’Assimi Goïta continue de réfléchir, à voix haute, à la suite des évènements. Les résolutions des Assises nationales de la refondation n’alimentent-elle qu’un surplace ?

C’est bien connu : dans un marché populaire, le margoulin qui veut vendre sa pacotille à 500 F CFA en réclamera d’abord 2 000 au client, avant d’affirmer qu’il ne cédera la bimbeloterie à 1 000 F CFA qu’à perte, et uniquement parce qu’il s’agit là du premier client de la journée – porte-bonheur – ou le dernier chaland – consolateur. Et ceci avant de conclure : « donne ce que tu as ».

Entre deux réveillons, les observateurs de la situation malienne espéraient l’annonce d’un chronogramme politique susceptible de projeter le Mali, dès 2022, vers un renouveau démocratique. Dans leurs résolutions, les Assises nationales de la refondation ont recommandé une prolongation de la transition de six mois à… cinq ans.À LIREMali : Assimi Goïta saura-t-il adoucir la Cedeao ?

Certes, les tâches présentées comme préalables et donc prioritaires sont légion : réforme de la Constitution, adoption d’une nouvelle loi électorale, mise en place d’un organe unique de gestion des élections ou encore amélioration de la situation sécuritaire. Mais la fourchette de prolongation de la transition – de six à soixante mois, soit un rapport de 1 à 10 – est étrangement large. Faut-il voir dans le sursis potentiel de 1 800 jours de la présidence Goïta la première base de négociation avec une Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) quelque peu grognonne ? Cette base à laquelle, sur le marché, ne croient ni le vendeur ni le client ?

Le flou allié de la junte ?

L’échéancier proposé par le gouvernement malien, dans l’apathie du jour de l’An, au chef de l’État ghanéen Nana Akufo-Addo, président en exercice de l’institution sous-régionale, table sur la tenue d’un référendum constitutionnel en janvier 2024, des élections législatives et sénatoriales couplées en novembre 2025 et une élection présidentielle au plus tard en décembre 2026.

BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

Dès le lendemain de la proposition, une dizaine d’organisations politiques maliennes rejetaient le projet de prolongation, qui « violerait » la propre charte de la transition, par « une tentative de confiscation du pouvoir par la force et la ruse ». Mais la junte s’en soucie-t-elle ? Le médiateur de la Cedeao, Goodluck Jonathan, est attendu à Bamako le 5 janvier. Et, dimanche 9 janvier, devrait se tenir un sommet extraordinaire des chefs d’État de l’organisation…

« Beaucoup de bruit pour rien », aurait peut-être écrit le dramaturge William Shakespeare à l’issue des Assises. La décision de la junte est-elle une absence consciente de décision ? La fourchette surréaliste de la prolongation éventuelle de la transition ne sert-elle qu’à jouer la montre dans un marchandage à prolonger ? Certains considèrent que le flou est l’allié de la junte, en matière de légitimation politique comme de partenariat sécuritaire.

Qui nierait que le Mali a toute latitude pour choisir souverainement ses partenaires sur le terrain militaire ? Personne de sensé. Pourtant, le Mali a-t-il choisi clairement ? Combien de temps faut-il pour annoncer officiellement le déploiement d’un contingent paramilitaire du groupe Wagner que certains semblent observer ? La diplomatie n’est pas plus un jeu de bonneteau que de devinettes.

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Mali : les Assises de la refondation recommandent une prolongation de la transition

décembre 31, 2021
Le président malien par intérim, le colonel Assimi Goïta, passe en revue les troupes, le 7 juin 2021, à Bamako. © AFP/ANNIE RISEMBERG

Entre « six mois et cinq ans » : c’est la durée de la transition préconisée jeudi soir par les Assises nationales. Une délégation conduite par Assimi Goïta doit se rendre au Ghana pour rencontrer le président en exercice de la Cedeao, Nana Akufo-Addo.

Les participants aux « Assises nationales de la refondation », présentées comme la phase finale des consultations préalables à des élections et à un retour des civils au pouvoir au Mali, ont proposé jeudi 30 décembre au soir à Bamako de prolonger l’actuelle transition de « six mois à cinq ans ».

Auteurs de coups d’État successifs en août 2020 et mai 2021, les militaires s’étaient engagés sous la pression de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et d’une partie de la communauté internationale, à remettre le pouvoir aux civils après des élections présidentielle et législatives initialement programmées en février 2022.

Menace de nouvelles sanctions de la Cedeao

Mais la junte, dirigée par le colonel Assimi Goïta, avait finalement fait savoir à la Cedeao être dans l’incapacité de respecter le calendrier convenu et avait chargé les Assises nationales d’élaborer un calendrier électoral. La Cedeao a réitéré mi-décembre son exigence d’élections le 27 février devant aboutir à la restitution du pouvoir aux civils et menacé la junte de nouvelles sanctions si les délais n’étaient pas tenus.

« Les participants se sont prononcés pour la prorogation de la transition afin de pouvoir réaliser les réformes institutionnelles structurantes et permettre des élections crédibles, équitables et transparentes. Les délais avancés varient de six mois à cinq ans», indique un document lu à l’issue des Assises, en présence du colonel Goïta. « Conformément aux recommandations des Assises nationales, le gouvernement mettra en place un chronogramme visant à assurer à un retour constitutionnel apaisé et sécurisé », a déclaré le président de la transition, lors de la cérémonie de clôture des consultations, qui ont démarré le 11 décembre dans différents cercles et communes du pays.

ASSIMI GOÏTA INVITE LA CEDEAO À « ACCOMPAGNER DAVANTAGE LE MALI (…) EN SOUTENANT L’ORGANISATION PROCHAINE DES ÉLECTIONS »

« C’est donc l’occasion et le lieu de rassurer le peuple malien sur notre engagement et notre détermination quant à la mise en œuvre des résolutions issues de ces Assises souveraines », a poursuivi Assimi Goïta. Il a invité la Cedeao à « accompagner davantage le Mali dans la réalisation d’actions en soutenant l’organisation prochaine des élections ».

Par ailleurs, un membre de l’entourage du colonel Goïta a déclaré jeudi à l’AFP qu’une délégation malienne « se rendra vendredi à Accra pour remettre au président en exercice de la Cedeao, le président ghanéen Nana Akufo-Addo,  un document sur le délai de la transition, le chronogramme pour l’organisation des élections ». Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, et Zeïny Moulaye, président des Assises nationales, feront partie de la délégation, selon la même source.

« Manœuvre dilatoire »

Présentées par les autorités comme un moment crucial de la transition ouverte depuis le putsch de 2020, ces Assises ont été boycottées par de nombreuses organisations maliennes. Elles étaient supposées accoucher de recommandations en vue de réformes destinées à remédier aux maux du pays pris dans la tourmente depuis le déclenchement d’insurrections indépendantiste et jihadiste en 2012.

Le Mali a déjà connu de telles consultations nationales par le passé, et elles sont parfois jugées vaines. C’est l’un des griefs des organisations qui ont décidé de ne pas y prendre part, tout en demandant la tenue rapide d’élections.

Le 11 décembre, le Cadre d’échange, réunion de plusieurs partis et regroupements de partis, a jugé dans un communiqué que ces Assises n’étaient qu’une « manœuvre dilatoire » destinée à prolonger la transition, de la part d’un gouvernement « sans repère, ni boussole ». Un jour auparavant, d’autres acteurs importants, réunis au sein d’un Cadre stratégique permanent (CSP), avaient eux aussi prévenu que les conclusions des consultations  ne les engageraient « nullement ».

Les participants aux Assises ont également recommandé de « développer de nouveaux partenariats militaires avec des puissances militaires » et de « dissoudre toutes les milices et les intégrer dans l’armée malienne », indique le rapport final.

De fortes tensions opposent la junte à la France, ancienne puissance coloniale qui a décidé récemment de réorganiser son dispositif au Sahel, et notamment au Mali, destiné à combattre les groupes jihadistes qui opèrent dans la région. Bamako a récemment démenti tout déploiement sur son territoire de mercenaires du sulfureux groupe paramilitaire russe Wagner, dénoncé par une quinzaine de puissances occidentales impliquées dans la lutte antidjihadiste au Sahel.

Avec Jeune Afrique

Mali : la suspension des exportations, une fausse bonne idée ?

décembre 22, 2021
Femmes vannant le mil dans la région de Ségou, au Mali. © © Angélique & Guy Bescond / Biosphoto via AFP

Décidée au début de décembre, la restriction des sorties de céréales (riz, sorgho, mil…) vise à prévenir une pénurie alimentaire et à favoriser l’autosuffisance. Sans savoir si cette stratégie peut réussir.

Depuis le 6 décembre, le Conseil national de transition (CNT) du Mali a interdit l’exportation de riz, de maïs, de tourteaux et de grains de coton, de mil et de sorgho afin de « sécuriser le ravitaillement des marchés nationaux en produits issus de l’agriculture locale ». Dès la mi-novembre, l’exécutif, s’alarmant déjà d’une campagne agricole en dessous des attentes, avait réduit de 50 % la base taxable à l’importation sur « 30 000 tonnes d’huile de cuisson, 60 000 tonnes de sucre et 300 000 tonnes de riz ». Objectif : soulager les ménages face à la hausse exponentielle des prix.

Selon la presse locale, cette mesure représente un manque à gagner de 18 milliards de F CFA (27 millions d’euros) pour l’État, mais n’a eu qu’un impact de courte durée, et a suscité son lot de mécontentements – dont une grève des boulangers contestant le prix de vente du pain imposé par le gouvernement.

« L’augmentation des prix a eu comme conséquence la diminution des ventes pour 77 % des commerçants », avertissait en septembre le Programme alimentaire mondial (PAM), qui notait que, parallèlement, les ménages avaient été contraints d’adopter diverses « stratégies », dont « la diminution du nombre de plats par jour, la réduction de la fréquence d’achat, le recours à la dette ou la diminution des dépenses non alimentaires ».

Un triple impact

Confronté, d’un côté, au coût élevé des subventions et des exonérations sur les produits importés et, de l’autre, à une progression continue des prix sur le marché national, Bamako a invoqué l’impératif de la « souveraineté alimentaire » pour justifier l’interdiction des exportations, alors que « le triple impact de l’insécurité croissante, des sécheresses et du Covid-19 a plongé un nombre record de 1,2 million de personnes dans une crise alimentaire en 2021″, alertait au début de décembre le forum des ONG internationales au Mali (Fongim), une coalition de 22 organisations humanitaires actives dans le pays.

À première vue, ces restrictions à l’exportation pourraient atténuer les pénuries alors que, selon les analyses du PAM, plus de la moitié des commerçants interrogés déploraient une baisse de 10 % à plus de 30 % « du niveau de stock par rapport à l’année passée à la même période ».

LA MENACE SÉCURITAIRE A EMPÊCHÉ LES FAMILLES VULNÉRABLES D’ACCÉDER À L’AIDE ET À LEURS CHAMPS

Mais, dans les faits, le Mali « importe 70 % des denrées de sa consommation alimentaire », rappelle le PAM. En 2019, les exportations de produits alimentaires du pays atteignaient à peine 25 millions de dollars contre 344 millions de dollars d’importations, selon l’Observatoire de la complexité économique du MIT. À titre de comparaison, les exportations d’or avaient atteint 4,5 milliards de dollars, soit 92,4 % des recettes des ventes à l’export.

Incidents sécuritaires et diminution des surfaces cultivées

Il est loin d’être certain que l’interdiction des exportations de céréales parvienne à répondre aux sources de la crise, qui tiennent autant aux difficultés intrinsèques du secteur agricole malien qu’aux effets globaux de la crise du Covid-19. Ainsi, le PAM relève, dans son étude de septembre, que la production malienne de maïs a chuté de 11 % entre 2019 et 2020, tandis que celle de riz régressait de 5,7 % sur la même période, à la suite de la baisse des « superficies emblavées » dans les régions de Sikasso et de Ségou, elle-même due à des « difficultés d’acquisition des engrais autrefois accordés à crédit aux cotonculteurs » et au « retard dans le démarrage de la campagne et dans la mise en place des engrais ».LIREAlgérie : la « crise des patates », simple partie émergée de l’iceberg ?

Pour ne rien arranger, complète le PAM, des incidents sécuritaires ont durement affecté la production dans la région de Mopti. « L’analyse des images satellitaires de la zone ont permis de constater que pour la campagne 2020-2021, 20 % des localités de la région sont touchées par des diminutions de surfaces cultivées dont 12 % par des diminutions importantes ou moyennes. Cette situation a affecté plus de 190 000 personnes ».

LA SURCHARGE DES BATEAUX A EU POUR CONSÉQUENCE LA HAUSSE MIROBOLANTE DES TAUX DE FRET

« L’emprise croissante des acteurs armés sur la capacité des personnes à se déplacer librement et, dans certains cas, le siège à part entière, ont empêché les familles vulnérables d’accéder à l’aide, à leurs champs, aux zones de pâturage pour leur bétail et aux marchés entourant leurs villages », a déploré le Fongim, au début de décembre.

Hausse des prix alimentaires, un phénomène global

La situation malienne s’inscrit dans un contexte global de hausse des prix alimentaires. Au début de décembre, l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) estimait que la valeur mensuelle d’un panier de produits alimentaires de base – aux cours internationaux – était en hausse de 27 % sur un an. Une situation due pour une part non négligeable à un renchérissement des coûts de transports internationaux. Estimés à 9 % de la valeur moyenne des importations à travers le monde, selon une étude de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) sur les transports maritimes, ce ratio s’élève à 11,5 % en Afrique.

« Après plusieurs mois de paralysie, le trafic maritime mondial a subi les conséquences d’une reprise croissante de l’activité qui a induit le manque de place dans les conteneurs qui, en plus des denrées alimentaires, devaient aussi transporter des produits sanitaires et du matériel informatique. La surcharge des bateaux a eu pour conséquence la hausse mirobolante des taux de fret qui étaient jusque-là quasi stationnaires », explique un agent maritime.

Pour rappel, selon les dernières estimations du Fonds monétaire international (FMI), à cause de la crise du Covid-19, les exportations du Mali ont chuté de 16,8 % en 2020, tandis que les importations ont diminué à un rythme plus lent de -3,1 %. En 2020, les importations du Mali ont représenté 29,5 % du produit intérieur brut (PIB), avec des exportations équivalant à 24 % du PIB.

Avec Jeune Afrique par Yara Rizk

Mali : la Cedeao maintient la pression, Bamako sort les muscles

décembre 13, 2021
Des partisans du président de la transition malienne, Assimi Goïta, défilent à Bamako le 7 juin 2021. Photo d’illustration. © ANNIE RISEMBERG/AFP

Alors que la Cedeao a décidé dimanche 12 décembre de maintenir l’obligation pour le Mali d’organiser des élections en février, des manifestations ont eu lieu à Bamako durant trois jours d’affilée. Des mobilisations pour soutenir les autorités de la transition et affirmer un certain ras-le-bol à l’égard de la communauté internationale.

Alors qu’à Abuja, les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) étaient réunis pour statuer sur la situation au Mali, à Bamako, la rue continuait à gronder. Depuis vendredi 10 décembre, le mouvement Yerewolo – Debout sur les remparts avait appelé les Maliens à manifester. « Non aux élections imposées », « Non aux élections précipitées », scandaient les manifestants ce week-end.

Il s’agissait de mettre la pression sur les présidents ouest-africains, mais aussi de protester contre une décision finale que tous avaient anticipé. Malgré la volonté d’Assimi Goïta de reporter les élections, la Cedeao a choisi de camper sur ses positions et d’exiger le maintien de la date du 27 février 2022. « Les chefs d’État, après de longs échanges, ont décidé de maintenir la date du 27 février 2022 pour l’organisation des élections au Mali. Ils ont décidé de l’entrée en vigueur de sanctions additionnelles en janvier 2022 », a fait savoir l’instance régionale dans un communiqué.

Goïta « espoir du Mali »

Une décision qui va à l’encontre de la volonté de certains Bamakois, descendus le clamer dans la rue. Si l’appel à la mobilisation a été beaucoup moins suivi que de récents rassemblements « anti-impérialistes » dont les habitants de la capitale sont désormais coutumiers, la place de l’Indépendance a accueilli quelques centaines de manifestants, venus scander leur soutien au gouvernement en place. Au-dessus d’une foule agitée, flottaient des drapeaux tricolores russes et des pancartes arborant une tête de mort ainsi qu’un message : « À mort la France ».

D’un côté, des slogans encensant Assimi Goïta comme « l’espoir du Mali » et appelant à l’aide la Russie. De l’autre, de vivaces « À bas la France, à bas la Cedeao, à bas la Minusma ». À l’initiative de la mobilisation, Adama « Ben » Diarra, leader du mouvement Yerewolo, membre du Conseil national de transition (CNT), et connu pour être l’un des principaux relais du soft-power russe au Mali. « Le seul ressort que les autorités de Bamako peuvent agiter aujourd’hui face à la communauté internationale, c’est de dire “on a le soutien du peuple”, décrypte Lamine Savané, enseignant-chercheur en sociologie politique à l’université de Ségou. Le timing n’est certainement pas fortuit. »

Dans les jours qui ont précédé les manifestations, les rues de Bamako donnaient déjà le ton du ras-le-bol. « Cela fait huit ans que la force française Barkhane est ici, voyez-vous le moindre changement ? Le seul changement, c’est que la situation sécuritaire s’est propagée », peste Mr Coulibaly, commerçant de Bamako qui prend régulièrement part aux manifestations. Assis à ses côtés, Boubacar Thiam souffle sur les braises chargées de réchauffer le thé. Pour lui aussi, « Barkhane a échoué ». Il croit fermement que la Russie « peut faire mieux » et qu’elle offrira un « partenariat gagnant-gagnant », sans ingérence dans les affaires politiques du pays.

Épreuve de force entre Bamako et la Cedeao

L’épreuve de force entre les manifestants et la communauté internationale est loin d’être terminée. La Cedeao exige que la transition n’excède pas dix-huit mois, malgré les demandes répétées de report d’Assimi Goïta. Le président de transition a tenté des donner des gages à ses homologues ouest-africains. Dans un courrier adressé à l’organisation, dont le contenu a été révélé par l’Agence France-Presse, Assimi Goïta s’est engagé à fournir un chronogramme électoral au plus tard le 31 janvier 2022. Une feuille de route censée être pensée et actée lors des Assises nationales de la refondation, qui se sont ouvertes samedi 11 décembre et qui doivent se tenir jusqu’au 30 décembre.

En guise de réponse, l’instance régionale, soutenue par l’Union européenne, a brandi la menace de nouvelles sanctions. Le 7 novembre, elle imposait déjà une interdiction de voyager et le gel des avoirs financiers de l’ensemble des membres des autorités de la transition, à l’exception du président et du chef de la diplomatie. Des sanctions sur lesquelles l’Union européenne vient de décider de s’aligner.

Avec Jeune Afrique par Manon Laplace