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Mali : la Cedeao lève ses sanctions économiques et financières

juillet 3, 2022

Réunis à Accra ce dimanche 3 juillet, les dirigeants ouest-africains ont décidé de supprimer la plupart des mesures coercitives imposées au Mali depuis janvier.  

Assimi Goïta, président le la transition malienne, le 22 août 2020. © AP/SIPA

Six mois après leur mise en place, les sanctions économiques et financières imposées au Mali en janvier par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont été levées ce dimanche 3 juillet, lors d’un sommet de l’organisation tenu à Accra. La réouverture des frontières terrestre et aérienne a notamment été entérinée.

La Cedeao a par ailleurs validé le nouveau calendrier proposé par la junte d’une période de transition allant jusqu’à mars 2024. En revanche, elle s’oppose fermement à la participation des autorités de la transition à la prochaine élection présidentielle. Et maintient également les sanctions individuelles contre les membres de la junte au pouvoir, ainsi que les sanctions administratives à l’encontre du Mali. 

Pour arriver à ce consensus, les dirigeants ouest-africains ont débattu dans un huis clos intégral. Lors du précédent sommet, qui s’était tenu à Accra, le 4 juin, les chefs d’État qui étaient favorable à la levée de l’embargo, comme le Togolais Faure Gnassingbé, l’Ivoirien Alassane Ouattara ou encore le Sénégalais Macky Sall, n’avaient pas réussi à rallier à leurs vues les présidents ghanéen Nana Akufo-Addo, nigérian Mahammadu Buhari ou encore nigérien Mohamed Bazoum.

« Apparemment, les divergences ont été surmontées après le sommet de juin dernier. On espérait donc ici à Accra une décision allant dans le sens de la levée des sanctions”, commente une source au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), dont le siège est installé à Ouagadougou et dont les huit membres, qui ont en commun le franc CFA, font également partie de la Cedeao. 

Gel des avoirs et des transactions

D’après nos informations, c’est Alassane Ouattara, président en exercice de l’Uemoa, qui donnera des instructions au gouverneur de la Banque centrale de l’organisation, l’Ivoirien Jean-Claude Brou, ainsi qu’au Sénégalais Abdoulaye Diop, qui est à la tête de la Commission, pour la levée effective des sanctions financières imposées à Bamako. Il s’agira notamment de mettre un terme au gel des avoirs de l’État malien et ceux des entreprises publiques et parapubliques à la BCEAO, ainsi qu’au blocage des transferts de l’État malien via les systèmes de paiement de cette même Banque centrale.

Des mesures fortes qui ont paralysé l’économie du pays et empêché l’État et les banques maliennes d’honorer leurs engagements vis à vis de leurs créanciers. Depuis la mise en place de l’embargo de la Cedeao, au début de janvier, le pays n’a pas pu régler 236,1 milliards de F CFA de paiements d’intérêts et de capital sur les bons du Trésor malien.

Omar Alieu Touray à la Commission de la Cedeao

À noter par ailleurs qu’à l’issue du sommet de ce 3 juillet, Umaro Sissoco Embaló, le chef de l’État bissau-guinéen, est devenu président en exercice de la Cedeao tandis que le diplomate gambien Omar Alieu Touray, ex-ministre des Affaires étrangères, a pris la tête de la Commission, l’organe exécutif de l’organisation, nomination qui prendra effet le 11 juillet prochain. Ce dernier remplacera Jean-Claude Brou, récemment nommé à la tête de la BCEAO.

Enfin, les dirigeants ouest-africains ont décidé de nommer Patrice Talon, le président béninois, « Champion de la Cedeao » pour le retour des biens culturels en Afrique de l’Ouest, et Nana Akufo-Addo « champion pour la lutte contre le changement climatique ».

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly

Mali, Burkina, Guinée : la Cédéao se penche sur les sanctions

juillet 3, 2022

Les dirigeants ouest-africains se réunissent ce dimanche 3 juillet au Ghana pour réexaminer leur plan d’action face aux juntes arrivées au pouvoir par la force au Mali, en Guinée et au Burkina Faso.

Assimi Goïta, ici lors d’une réunion de la Cedeao, à Accra, le 15 septembre 2020. © REUTERS/Francis Kokoroko

Levée, maintien ou durcissement des sanctions ? Les leaders des pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), réunis ce dimanche à Accra, doivent notamment se prononcer sur le Mali, qui subit depuis le 9 janvier de sévères mesures de rétorsion commerciales et financières et qui a accepté récemment des prérequis indispensables à leur levée.

« Le Mali a fait d’énormes progrès »

La décision sur la levée de l’embargo sur les transactions commerciales et financières est très attendue au Mali, où les négociations entre la junte et la Cedeao durent depuis des mois. Le médiateur Goodluck Jonathan, ancien président du Nigeria, est venu la semaine dernière à Bamako. Si rien n’a officiellement filtré des échanges, un membre de son entourage a indiqué à l’AFP que « le Mali a fait d’énormes progrès ».

Les autorités ont annoncé mercredi un calendrier électoral fixant la présidentielle à février 2024, le référendum constitutionnel à mars 2023, et les législatives entre octobre et novembre 2023. Il vient compléter l’adoption, le 17 juin, d’une nouvelle loi électorale et la mise en place d’une commission chargée de rédiger la nouvelle Constitution.

Un potentiel point de blocage dans les négociations peut néanmoins subsister avec la porte désormais ouverte, par la nouvelle loi électorale, d’une candidature d’un militaire à une élection présidentielle. Les « actes qui ont été posés ces jours-ci vont dans le sens d’une levée de ces sanctions », a estimé vendredi soir le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop.

La Guinée veut rassurer

Le Burkina Faso et la Guinée seront également au centre des attentions. Les deux pays ne sont pour l’heure que suspendus des organes de la Cedeao. Mais les juntes en place entendent y rester trois ans et exposent leur pays à un durcissement des sanctions.

La Guinée a mené cette semaine une intense campagne diplomatique pour apaiser les dirigeants ouest-africains et éviter de nouvelles sanctions. Les autorités guinéennes avaient suscité l’ire de ses voisins en actant une durée de transition de 36 mois. Un délai qualifié d’« impensable » par le chef de l’État sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine. « La Cedeao va devoir prendre des mesures », avait-il dit.

Le Premier ministre de transition, Mohamed Béavogui, a reçu samedi le représentant spécial des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Mahamat Saleh Annadif. Le message de la Guinée est de rassurer « les frères de la Cedeao » sur l’engagement du pays à mener une transition apaisée et inclusive, a souligné le gouvernement.

Lundi, le gouvernement a aussi reçu les principales formations politiques en vue d’engager un dialogue. Plusieurs mouvements politiques ont conditionné leur participation à la nomination d’un médiateur ouest-africain. « Il nous apparaît fondamental que la Cedeao intervienne pour présider le dialogue et favoriser ainsi le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée », a déclaré vendredi le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC).

« Sur la voie du compromis » au Burkina

Au Burkina Faso, la Cedeao a nommé l’ex-président nigérien Mahamadou Issoufou comme médiateur. « Nous sommes sur la voie du compromis » avec ce pays, a dit à l’AFP un diplomate de la sous-région. En visite samedi à Ouagadougou, Mahamadou Issoufou a salué « l’ouverture au dialogue » des militaires et dit avoir « échangé sur le chronogramme de la transition » présenté mercredi aux leaders politiques.

Les autorités burkinabè prévoient les dates du 24 décembre 2024 pour un référendum constitutionnel et du 25 février 2025 pour la tenue d’élections législatives et présidentielle.

Vendredi, les partis de l’ex-majorité du président Roch Marc Christian Kaboré renversé ont dénoncé l’agenda présenté par la junte comme une « manœuvre solitaire qui contraste avec les impératifs d’une transition inclusive et réussie », regrettant « l’absence de concertations en amont ».

La Cedeao, qui a vu se succéder les coups de force des colonels et lieutenants-colonels, multiplie les sommets, les médiations et les pressions pour accélérer le retour des civils à la direction de ces pays. Mais le dernier sommet en date, le 4 juin, avait accouché d’une souris : aucune décision n’avait été prise et la Cedeao s’était donnée un mois de plus pour négocier.

Avec AFP

Chasser la France, choisir la Russie : pour le meilleur et pour le pire au Mali

juillet 3, 2022

La junte militaire qui a pris le pouvoir au Mali il y a près de deux ans a remercié les Français et décidé de se rapprocher plutôt des Russes pour assurer la sécurité du pays. Plusieurs membres de la diaspora malienne appuient ce choix, même s’il n’est pas sans conséquence, notamment en matière de respect des droits de la personne.

Manifestation antifrançaise dans la capitale du Mali, Bamako, en février 2022.

Au Mali, le sentiment antifrançais a pris passablement d’ampleur, un phénomène dont profite la Russie. Photo: AFP

« À bas la France! La France, dégage! La France, terroriste! » Ce sont des slogans antifrançais fréquemment entendus lors de manifestations dans les rues de plusieurs pays africains, dont le Mali. La colère gronde contre l’ancien colonisateur qui, après neuf ans de présence militaire, n’a pas réussi à chasser les djihadistes, qui sèment la terreur dans le pays.

Pendant ce temps, d’autres drapeaux ont fait leur apparition dans ces rassemblements. Ils sont blanc, bleu et rouge eux aussi, mais ce sont ceux de la Fédération de Russie, fièrement brandis par les manifestants. Parmi eux, on peut aussi voir des pancartes sur lesquelles il est écrit : Merci Wagner!, une allusion au groupe de mercenaires russes de la société privée Wagner.

Ce groupe est de plus en plus présent en Afrique et travaillerait main dans la main avec le Kremlin pour mener des opérations antiterroristes, bien qu’officiellement Moscou nie tout lien avec ces militaires maintes fois accusés d’avoir massacré des civils.

Les relations entre la France et le Mali se sont détériorées depuis le coup d’État militaire d’août 2020 et le renversement du gouvernement de transition quelques mois plus tard. Paris reproche aux militaires de vouloir s’accrocher au pouvoir et de faire appel aux services du groupe Wagner pour y parvenir. Ce sont d’ailleurs les arguments qu’a utilisés le président français Emmanuel Macron pour justifier le retrait des troupes françaises du Sahel. Les autorités maliennes se défendent d’instaurer une dictature et réfutent la présence de Wagner sur leur territoire. Elles affirment vouloir décider, enfin, de l’avenir de leur pays.

L’espoir de la diaspora et le discours pro-junte

Lassine Traoré.

L’ancien président du Haut Conseil des Maliens du Canada, Lassine Traoré Photo : Radio-Canada/Karine Mateu

L’ancien président du Haut Conseil des Maliens du Canada, Lassine Traoré, qui habite à Montréal, s’est établi au Québec il y a 16 ans. Depuis, il n’a jamais cessé de suivre l’évolution politique de son pays d’origine. Selon lui, c’est la jeunesse malienne qui est derrière les bouleversements que connaît le pays en ce moment. Avec Internet, les jeunes naviguent beaucoup. Ils voient d’autres pays. Ils veulent que le Mali soit un pays développé, un pays comme ses voisins. C’est une jalousie constructive. Ils veulent un changement! dit-il.

C’est cette même jeunesse, ajoute-t-il, qui souhaite la présence de la Russie, qui n’est pas nouvelle au Mali. Au contraire, précise Lassine Traoré : lors de son indépendance, le pays s’était aligné sur le bloc de l’Est jusqu’à la chute de l’URSS, en 1991.

« Les Russes nous ont aidés pendant nos tout débuts. Donc, les gens sont descendus dans les rues réclamer les Russes pour venir à notre secours parce que la France, qui avait été acclamée, ne fait plus l’affaire et joue à des jeux troubles. L’armée a juste voulu répondre aux besoins de la population. »— Une citation de  Lassine Traoré, ancien président du Haut Conseil des Maliens du Canada

L’échec de la France

Youssouf Tounkara.

Le président du Haut Conseil des Maliens du Canada, Youssouf Tounkara Photo : Youssouf Tounkara

Comme son prédécesseur, l’actuel président de cette organisation, Youssouf Tounkara, n’est pas tendre envers la France qui, selon lui, a échoué dans sa mission d’éliminer la menace djihadiste. Presque une dizaine d’années plus tard, le conflit, au lieu d’être isolé au nord, s’est répandu au centre du pays, avec quelques cas isolés au sud. Par la suite, la population a découvert beaucoup d’histoires choquantes. Lorsqu’on apprend qu’un camp militaire de l’armée malienne se fait attaquer tout près de l’armée française, que celle-ci n’intervient pas et qu’en plus elle interdit à l’armée malienne d’intervenir, on comprend que la population soit agacée et qu’elle demande à ses autorités de chercher de nouveaux partenaires pour l’aider dans cette lutte, déplore-t-il.

Il s’étonne par ailleurs que la présence russe suscite autant de questionnement : Moi, ça me fait rire, parce que je trouve que l’Occident se focalise beaucoup sur la Russie, mais comme nos autorités le disent, nous avons beaucoup d’autres partenaires. La France est un partenaire du Mali, même si nos relations sont tendues. L’Union européenne, la Turquie, la Chine et la Russie : nous avons beaucoup de partenaires.

Censure ou patriotisme?

Par ailleurs, ce n’est pas seulement le rapprochement avec la Russie qui mine les relations entre la junte malienne et les Occidentaux. Ces derniers accusent l’armée malienne et les mercenaires de Wagner de commettre des exactions contre des populations civiles lors de leurs opérations antiterroristes, comme cela aurait été le cas à la fin de mars dans la ville de Moura, au centre du pays, où 300 civils auraient été tués.

Bamako réfute ces accusations : il s’agissait non pas de civils mais plutôt de combattants djihadistes. Selon les autorités, ce serait une victoire militaire. Elles nient encore une fois toute présence du groupe Wagner sur leur territoire. Seuls des instructeurs russes seraient présents au Mali, disent-elles.

Accusés de vouloir rapporter de fausses informations qui nuisent à la junte, les médias RFI et France 24 ont été chassés du pays en avril dernier. Lassine Traoré appuie cette décision des autorités maliennes. C’est comme en Russie quand les médias occidentaux, dont Radio-Canada, ont été interdits, parce que la communication importe beaucoup, affirme-t-il. Aujourd’hui, tous les Maliens de l’intérieur ou de l’extérieur sont fiers du régime en place, de l’armée et de la récupération des territoires aux mains des djihadistes.

« En interdisant la diffusion de ces deux antennes [RFI et France 24], je crois que les autorités sont dans leur droit de mettre fin à la propagande qui était diffusée sur ces ondes pour ne pas affaiblir l’élan de patriotisme que les Maliens commencent à avoir. »— Une citation de  Lassine Traoré, ancien président du Haut Conseil des Maliens du Canada

Youssouf Tounkara adhère lui aussi à la version des autorités maliennes en ce qui concerne la présence du groupe Wagner sur le territoire malien.

« On parle beaucoup de Wagner au Mali. Nos autorités ont toujours été claires : il n’y a pas de Wagner au Mali. Et moi, en tant que citoyen malien, je fais confiance à mes autorités. Lorsqu’elles disent qu’il n’y a pas de Wagner au Mali, eh bien, pour moi, il n’y a pas de Wagner au pays! »— Une citation de  Youssouf Tounkara, président du Haut Conseil des Maliens du Canada

La démocratie pour qui?

Soumaila Coulibaly.

Le président de l’Association de la diaspora africaine du Canada, Soumaila Coulibaly Photo : Radio-Canada/Karine Mateu

Le président de l’Association de la diaspora africaine du Canada, Soumaila Coulibaly, s’est installé à Ottawa à son arrivée en sol canadien. Bien qu’il ne représente pas uniquement le Mali, son pays d’origine, les accusations d’exactions commises par l’armée malienne et par le groupe Wagner le font réagir.

Wagner, vraiment, ce n’est pas un problème du Mali. C’est un peu l’épouvantail de la communication. Comme le ministre Abdoulaye Diop l’a répété à la tribune des Nations unies dernièrement, le problème du Mali aujourd’hui, ce n’est pas Wagner. Le problème du Mali aujourd’hui, c’est la sécurité. Le problème du Mali aujourd’hui, c’est l’accès aux soins. Le problème du Mali aujourd’hui, c’est l’éducation des citoyens maliens, affirme-t-il.

M. Coulibaly soutient par ailleurs la junte au pouvoir, d’autant qu’elle a annoncé le transfert du pouvoir aux civils d’ici deux ans. Et il tient à rappeler que la démocratie par le vote, telle que préférée par l’Occident, est discutable.

« Quand on parle de démocratie, on doit se demander : comment a-t-on instauré cette démocratie? Comment ces élections sont-elles organisées? Parce qu’il y a des gens qui organisent ces élections et qui [font élire] des gens pour leurs intérêts et pour ceux de leurs compagnies. Chaque fois que la population est laissée pour compte, les forces armées sont obligées d’intervenir pour rétablir l’équilibre. »— Une citation de  Soumaila Coulibaly, président de l’Association de la diaspora africaine du Canada

La Russie, un partenaire dangereux

Frédéric Samy Passilet.

Spécialiste en prévention des conflits en Afrique, Frédéric Samy Passilet a aussi travaillé pour les missions de maintien de la paix des Nations unies au Congo, en Côte d’Ivoire et au Mali. Photo : Frédéric Saly Passilet

Lui aussi installé à Ottawa depuis six ans, Frédéric Samy Passilet, un spécialiste en prévention des conflits en Afrique, comprend le rejet de la France par les populations africaines mais s’inquiète de cet engouement pour la Russie. Ce Tchadien qui a dû fuir son pays d’origine a aussi travaillé pour des missions de maintien de la paix des Nations unies au Congo, en Côte d’Ivoire et au Mali.

« Voilà l’erreur que l’Afrique est en train de commettre : allez chasser les Français et allez pactiser avec des criminels de tout bord, comme les gens de Wagner. Parce que ce sont des criminels, ce sont des terroristes. Le terroriste est celui qui utilise la violence pour atteindre ses objectifs. »— Une citation de  Frédéric Samy Passilet, spécialiste en prévention des conflits en Afrique

Wagner utilise la violence la plus sadique. Il tue les populations civiles. Je crois que c’est une erreur. Un jour, nous allons écrire l’histoire du Mali et ils vont regretter, même si aujourd’hui, ils croient qu’il y a la sécurité, craint-il.

Frédéric Samy Passilet met aussi en garde contre les régimes qui ne tolèrent aucune critique : Pour le moment, nous assistons à une situation de populisme politique au Mali, ce qui fait qu’il y a un aveuglement pour cerner la vérité. Et tous les chefs d’État, toutes les autorités africaines qui ne veulent pas la vérité désignent Radio France Internationale et les organisations des droits de l’homme comme des cibles. En vérité, il n’y a pas de fumée sans feu. Pourquoi n’ont-elles pas permis à la mission de l’ONU qui est présentement au Mali, la MINUSMA, d’enquêter sur les crimes? Pourquoi? Que cachent les autorités maliennes?

Une tromperie?

Tatiana Smirnova.

Tatiana Smirnova est chercheuse au postdoctorat au Centre franco-paix de l’Université du Québec à Montréal. Photo : Radio-Canada/Karine Mateu

Chercheuse postdoctorale au Centre franco-paix de l’Université du Québec à Montréal, Tatiana Smirnova, qui est d’origine russe et française, est une spécialiste de la situation au Sahel. Selon elle, la Russie, qui est de plus en plus isolée sur la scène internationale en raison de la guerre en Ukraine, va s’engager davantage en Afrique, mais l’investissement n’y sera pas comme au temps de l’URSS.

L’URSS avait mis beaucoup d’argent dans le volet développement : la construction d’hôpitaux, de stades, etc. Sa présence n’était pas que militaire, elle était aussi axée sur le développement. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. La Russie n’en a pas les moyens. Elle s’investit donc à travers la vente d’armes et le développement militaire ainsi que par des contrats économiques avec de grandes entreprises. Malheureusement, je pense que c’est là en quelque sorte la tromperie de l’offre que la Russie fait aux populations, parce que celles-ci acceptent l’offre en espérant que la Russie va revenir comme au temps de l’URSS avec toute cette offre, y compris avec une coopération en matière de santé et plus encore, prévient-elle.

Tatiana Smirnova précise que la Russie a changé, tout comme ses méthodes.

« La Russie s’appuie aujourd’hui sur les élites politiques du business parce que ça nourrit, le business. Et Wagner, c’est une des compagnies privées, mais il y en a d’autres. Le problème des groupes privés est qu’ils sont moins redevables à l’État. Ils sont plus redevables à eux-mêmes et aux intérêts privés qui les payent. C’est ça, le danger. »— Une citation de  Tatiana Smirnova, chercheuse postdoctorale au Centre franco-paix de l’Université du Québec à Montréal

La spécialiste dit comprendre les Maliens qui cherchent d’autres partenaires pour leur venir en aide, mais à long terme, les conséquences pourraient être graves.

La stratégie contre le terrorisme russe qui a été vendue aux pays sahéliens est efficace à court terme, mais elle va engendrer des effets extrêmement graves pour les populations à long terme. Elle va produire des tensions intercommunautaires, parce qu’il y aura des exactions, des missions de punition et ainsi de suite, dit-elle. Ce que je trouve aussi malheureux, c’est que les partenaires occidentaux peuvent maintenant mettre tous les malheurs du Sahel sur le dos de la Russie ou sur celui de Wagner, alors qu’il y a eu des exactions bien avant l’arrivée de Wagner au Mali. On ne peut pas regarder la situation d’une façon dichotomique. Il faut aller au-delà de l’affrontement avec la Russie.

Toutefois, aux yeux du spécialiste des conflits en Afrique Frédéric Samy Passilet, le Mali et d’autres pays africains jouent un jeu bien dangereux en se tournant vers la Russie.

« Les Russes ne viennent pas sans intérêt. Les Russes ne regardent pas la démocratie. Un jour, le peuple va commencer à exiger la démocratie et le régime en place va dire :  »Non! vous ne pouvez pas avoir le beurre et l’argent du beurre! » »— Une citation de  Frédéric Samy Passilet, spécialiste des conflits en Afrique.

Avec Radio-Canada avec AFP

Mali : Amadou Koufa accuse l’armée et Wagner d’avoir tué des « centaines d’innocents » à Moura

juin 24, 2022

Dans une vidéo de propagande, le chef de la katiba Macina, affiliée à Al-Qaïda, donne sa version des faits sur l’opération militaire qui a endeuillé ce village du centre, fin mars.

Amadou Koufa. © DR

La vidéo, qui dure à peine plus de deux minutes, a été diffusée le 23 juin au soir sur les réseaux sociaux par Al-Zallaqa, l’organe de propagande du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Amadou Koufa y apparaît face caméra, en chèche noir et boubou blanc, et s’exprime posément en arabe classique.

L’émir de la katiba Macina, affiliée au GSIM d’Iyad Ag Ghaly, y donne sa version des faits sur l’opération menée du 27 mars au 1er avril par l’armée malienne et les mercenaires de Wagner à Moura, dans le centre du Mali.

Cinq jours de massacre

Durant ces cinq jours, les Forces armées maliennes (Fama) et leurs supplétifs de la société militaire privée russe ont investi ce village de la zone dite inondée et sous contrôle de la katiba Macina depuis plusieurs années. Une opération « d’opportunité aéroterrestre de grande envergure » selon les autorités maliennes, qui aurait permis la neutralisation de 203 « combattants de groupes armés terroristes ». Un « massacre », selon de nombreuses sources locales et indépendantes, au cours duquel 300 à 400 civils auraient été tués par les Fama et leurs alliés.À LIREMali – massacre de Moura : « Toute la nuit, ils ont pris des gens et les ont tués »

Face à la caméra, Koufa accuse nommément « l’armée malienne et Wagner », lesquels auraient bénéficié de la complicité de « mécréants rivaux des habitants de Moura ». Il affirme aussi, comme l’ont indiqué à l’époque plusieurs sources concordantes, que certains de ces combattants étaient bien présents à la foire de Moura quand l’opération a été déclenchée.

CES GENS N’ÉTAIENT PAS TOUS DES MOUDJAHIDINES. IL N’Y EN AVAIT QU’UNE TRENTAINE PARMI EUX

« Quand ils ont attaqué au marché, les moudjahidines qui étaient sur place ont défendu leur frères musulmans, poursuit-il. Ils ont tué des centaines d’innocents isolés et fait prisonniers des dizaines de malheureux. Ces gens n’étaient pas, comme ils le prétendent dans leurs médias mensongers, tous des moudjahidines. Il n’y en avait qu’une trentaine parmi eux. »

D’après Koufa, ses hommes ont ensuite « riposté aux opérations de recherche et de ratissage de l’armée malienne et de Wagner ». Il affirme également qu’ils leur auraient infligé de « lourdes pertes » et qu’ils auraient « récupéré des armements ».

La France capture un important chef jihadiste au Mali

juin 15, 2022

Un important chef jihadiste a été capturé dimanche au Mali par des soldats français au moment où ceux-ci entrent dans la dernière phase de leur retrait de ce pays, a annoncé l’état-major français mercredi.

En parallèle, les mercenaires du groupe paramilitaire russe Wagner sont arrivés mercredi à Ménaka (nord-est du Mali) sur la base militaire rétrocédée lundi à l’armée malienne par les Français, qui s’attendent à une nouvelle tentative de manipulation de l’information pour leur nuire, a appris l’AFP de sources concordantes.

« Dans la nuit du 11 au 12 juin 2022, une opération de la force Barkhane conduite à proximité de la frontière malo-nigérienne a permis la capture d’Oumeya Ould Albakaye, haut responsable de l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) », antenne sahélienne de la nébuleuse mondiale, a indiqué l’état-major français dans un communiqué.

Oumeya Ould Albakaye était le chef de l’EIGS pour le Gourma, au Mali, et pour l’Oudalan, au nord du Burkina Faso, selon l’état-major. Le jihadiste était « un temps pressenti pour succéder à l’ancien émir » Adnan Abou Walid Al-Sahraoui, a dit à l’AFP une source sécuritaire, faisant référence au chef de l’EIGS tué par l’armée française en août 2021 dans la même région.

Un habitant de Tessit et un élu local de cette zone dite des trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso) ont confirmé la capture, sous le couvert de l’anonymat pour des raisons de sécurité.

La zone des trois frontières est un des foyers les plus actifs de la violence polymorphe qui sévit au Sahel. C’est un théâtre d’opérations pour les groupes jihadistes affiliés à l’Etat islamique ou à Al-Qaïda, différents groupes combattants, les armées des trois pays frontaliers et les soldats de la force antijihadiste française Barkhane.

Oumeya Ould Albakaye « a organisé plusieurs attaques contre différentes emprises militaires au Mali, dont celle de Gao. Il dirigeait des réseaux de mise en oeuvre d’engins explosifs improvisés », a rapporté l’état-major français. Il visait les routes empruntées par Barkhane pour mener à bien son retrait du Mali et son repositionnement, a-t-il ajouté.

L’état-major dit le tenir pour responsable d’un grand nombre d’exactions contre les populations maliennes et burkinabè.

Barkhane l’interrogera pendant quelques jours avant de le remettre aux autorités maliennes, selon l’état-major.

La France, qui a concentré son action ces derniers mois dans cette zone, a donc opéré au Mali alors que, poussée vers la sortie par la junte au pouvoir à Bamako depuis août 2020, elle est en passe de boucler son retrait militaire de ce pays après neuf ans d’engagement, et de « réarticuler » son dispositif au Sahel.

Les Russes à Ménaka

L’armée française a remis lundi aux Maliens les clés de la base de Ménaka dans la même vaste région, et aura quitté le Mali pour de bon à la fin de l’été avec le transfert de la base de Gao.

Or selon deux sources françaises proches du dossier, « plusieurs dizaines » de paramilitaires russes sont arrivés ce mercredi à Ménaka. Une source locale a quant à elle affirmé à l’AFP avoir constaté la présence d' »une dizaine de Russes » sur le camp militaire rendu par l’armée française aux Maliens.

Avant son départ de la base avancée de Ménaka lundi, l’armée française avait prévenu qu’elle serait « très vigilante aux attaques informationnelles », soupçonnant de possibles manoeuvres pour nuire à son image, incluant l’organisation de manifestations anti-françaises, des accusations de collusion entre Barkhane et les jihadistes ou encore l’enfouissement de corps pour faire croire à des exactions commises par les Français.

Au lendemain de la précédente rétrocession d’un base française, en avril à Gossi, l’état-major français avait diffusé des vidéos tournées par un drone montrant selon lui des paramilitaires de la société russe Wagner en train d’enterrer des corps non loin de l’emprise, en vue de faire accuser la France de crimes de guerre.

Le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a refusé catégoriquement lundi que les avions français continuent à apporter leur soutien à la mission de l’ONU au Mali (Minusma).

Dans différents documents récents, les Nations unies s’inquiètent de la situation dans la région après le retrait de Barkhane du Mali, amorcé en février. L’émissaire de l’ONU au Mali, El-Ghassim Wane, a fait état d’une « détérioration » depuis le début de l’année, lundi au Conseil de sécurité où s’ouvrait le débat sur le renouvellement de mandat de des Casques bleus au Mali.

La dégradation des relations entre la France et le Mali est devenue a irrévocable ces derniers mois avec le recours par la junte à ce qu’elle présente comme des instructeurs russes, des mercenaires de la société russe Wagner aux agissements controversés en Afrique et ailleurs selon la France et ses alliés.

La junte assure inverser la tendance contre les jihadistes depuis lors.

Les maigres informations remontant de l’immense zone frontalière, reculée et difficilement accessible, font pourtant état de centaines de civils tués et de milliers de déplacés ces derniers mois dans les régions de Ménaka et Gao plus à l’ouest.

Plusieurs massacres y ont été imputés à l’EIGS au cours de l’année écoulée.

La dernière attaque d’envergure – non revendiquée – est survenue dimanche soir à Seytenga, au Burkina Faso, faisant 79 morts selon un bilan officiel encore provisoire.

« Notre frontière avec le Mali est aujourd’hui sous la coupe de l’Etat islamique au Grand Sahara », déclarait mi-mai le président du Niger Mohamed Bazoum.

Par Le Point avec AFP

Mali : la junte Assimi Goïta s’offre deux ans de plus au pouvoir

juin 7, 2022

Selon un décret signé par le président de la transition et rendu public dans la soirée du 6 juin, les militaires ont jusqu’à mars 2024 pour céder la place aux civils. La Cedeao a prévu de se réunir de nouveau le 3 juillet.

Assimi Goïta en août 2022, à Bamako FILE – Col. Assimi Goita meets with a high-level delegation from the West African regional bloc known as ECOWAS, at the Ministry of Defense in Bamako, Mali, Aug. 22, 2020. West Africa is grappling with a wave of military coups over the past 18 months that has some wondering which country could be next © AP/SIPA

Le décret a été lu ce lundi soir sur les ondes de l’ORTM : les militaires au pouvoir à Bamako se donnent désormais jusqu’à mars 2024 pour rendre le pouvoir aux civils. Cette annonce intervient au surlendemain d’un sommet de la Cédéao, laquelle avait imposé le 9 janvier dernier au Mali de sévères mesures de rétorsion commerciales et financières pour forcer la junte dirigée par Assimi Goïta à présenter un calendrier « acceptable » pour la gestion de la transition et l’organisation d’élections.

Vers un assouplissement des sanctions ?

Les colonels, qui ont pris le pouvoir par la force en août 2020 en renversant le président Ibrahim Boubacar Keïta (depuis décédé), n’ont pas respecté leur engagement initial de céder la place à des civils après des élections qui auraient dû se tenir en février dernier. Début 2022, ils avaient même provoqué la colère de la communauté internationale en annonçant leur intention de gouverner jusqu’à cinq années de plus – une décision « totalement inacceptable », avait alors tonné la Cedeao, estimant que cela signifiait « qu’un gouvernement militaire de transition illégitime prendr[ait] le peuple malien en otage au cours des cinq prochaines années ». Ils avaient par la suite ramené leurs prétentions à vingt-quatre mois, sans toutefois les formaliser comme ils l’ont fait ce lundi.

Ces dernières semaines, la poursuite du dialogue entre la Cedeao et la junte avait suscité au Mali un certain espoir de levée des sanctions. Les dirigeants ouest-africains les ont finalement maintenues, tout en gardant la porte ouverte en vue d’un assouplissement. Divisés sur la conduite à tenir, ils ont renvoyé toute décision à un nouveau sommet, qui sera organisé le 3 juillet, tout en affirmant « continuer le dialogue afin de parvenir à un accord permettant une levée graduelle des sanctions à mesure que les étapes de la transition seront franchies ».

L’effet du décret pris lundi sur les discussions avec la Cédéao est encore incertain. En juillet, il restera vingt mois et demi jusqu’à l’échéance fixée de mars 2024.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Un Casque bleu tué dans une attaque « terroriste » au Mali

juin 1, 2022

Un Casque bleu est mort et trois autres ont été blessés après une attaque qualifiée de « terroriste » dans le nord du Mali.

Un Casque bleu au Mali (iIllustration).
Un Casque bleu au Mali (iIllustration).© AMAURY HAUCHARD / AFP

Le porte-parole de la Minusma, Olivier Salgado, a annoncé sur les réseaux sociaux qu’un Casque bleu est décédé ce mercredi matin dans l’attaque de leur convoi à Kindal, dans le nord du Mali. Trois autres sont blessés, a-t-il précisé. Les Casques bleus atteints font partie du contingent jordanien de la Minusma, a indiqué un responsable sécuritaire sous le couvert de l’anonymat. La Minusma avait évoqué auparavant une attaque « terroriste » sans en préciser les auteurs présumés.

« Leur convoi a essuyé des tirs directs à l’arme légère et RPG (lance-roquettes) pendant environ une heure », avait indiqué Olivier Salgado dans un premier tweet. « Malheureusement, l’un des Casques bleus a succombé à ses blessures suite à l’attaque de ce matin », a-t-il ajouté plus tard.

Avec ses quelque 13 000 soldats, la Minusma, créée en 2013 pour soutenir le processus politique malien, est la mission de maintien de paix de l’ONU ayant subi le plus de pertes humaines. Au total, 172 de ses Casques bleus sont morts dans des attaques, selon la mission.

Une crise politique et sécuritaire

Le Mali, pays pauvre et enclavé au cœur du Sahel, a été le théâtre de deux coups d’État militaires en août 2020 et en mai 2021. La crise politique va de pair avec une grave crise sécuritaire en cours depuis 2012 et le déclenchement d’insurrections indépendantiste et jihadiste dans le nord.

Le pays est désormais dirigé par une junte qui s’est détournée de la France et de ses partenaires, et s’est tournée vers la Russie pour tenter d’endiguer la propagation djihadiste qui a gagné le centre et le Burkina Faso et le Niger voisins. Ces violences ont fait des milliers de morts civils et militaires ainsi que des centaines de milliers de déplacés.

Par Le Point avec AFP

France-Afrique : le bilan de trente ans de coopération décentralisée

mai 22, 2022

Sénégal, Burkina Faso et Mali sont, juste après l’Allemagne, les pays dont les collectivités territoriales ont noué le plus de partenariats avec leurs homologues françaises.

L’Agence française de développement (AFD) soutient l’action des collectivités à l’étranger. Ici, une école primaire au Kenya. © LAMBERT COLEMAN/AFD

C’est presque un anniversaire que va fêter cette année la coopération décentralisée française. Héritier des grandes campagnes de jumelage entre villes françaises et villes étrangères – notamment allemandes – , au lendemain de la Seconde guerre mondiale, ce type de partenariats tissés entre collectivités territoriales est entré pour la première fois dans le lexique législatif français en 1992, il y a tout juste trente ans. Un laps de temps suffisant pour faire la preuve de sa complémentarité dans l’arsenal de la coopération internationale au développement, avec l’aide bilatérale entre États et l’appui des ONG.

Diplomatie des territoires

Au fil des décennies, de plus en plus de collectivités territoriales, de la grande métropole urbaine à la petite commune rurale, ont cherché à profiter de l’élargissement progressif du cadre autorisé par l’État pour se projeter vers l’extérieur. Quand elles le souhaitent, car la coopération décentralisée n’est qu’une compétence facultative. Il n’empêche, une véritable « diplomatie des territoires » a vu le jour peu à peu, suppléant même parfois les relations plus officielles de Paris en cas de crise. « Mais toujours dans le respect des engagements internationaux pris par la France », précise un responsable de la Délégation pour l’action extérieure des collectivités territoriales (DAECT, qui fait partie du ministère des Affaires étrangères).

À l’exception donc des domaines régaliens, les collectivités françaises ont vu leurs compétences s’étoffer à mesure que les lois de décentralisation se succédaient, leur transférant des compétences jusque-là réservées à l’État. Aujourd’hui, ces collectivités ont toute latitude pour mener des actions internationales dans les secteurs qu’elles souhaitent, et avec les autorités locales étrangères de leur choix. Elles peuvent s’impliquer dans un dossier en entraînant dans leur sillage les différents acteurs économiques, associatifs ou culturels de leurs territoires, et selon les modalités qui leurs conviennent (soit directement, soit par le biais de l’un des réseaux internationaux de collectivités), et ce pour réaliser des projets ou mobiliser des experts.

Participative et modeste

Selon les services spécialisés du ministère français des Affaires étrangères, près de 5 000 d’entre elles ont déjà tenté l’aventure de la coopération décentralisée, parfois bien au-delà des frontières originelles de l’Europe. Si l’Allemagne reste le partenaire numéro un des collectivités territoriales françaises, elle est talonnée (dans l’ordre) par le le Sénégal, le Burkina Faso et le Mali.

Moins formaliste et bureaucratique, davantage participative et modeste dans ses ambitions, l’aide extérieure entre collectivités semble surtout, selon ses promoteurs, « mieux répondre aux besoins constatés sur le terrain ». Les problèmes, en matière de sécurité et de propreté, de santé et d’éducation, d’équipement et de services urbains, restent identiques d’un territoire à l’autre, même si les réalités quotidiennes ne sont pas forcément les mêmes. À commencer par la décentralisation elle-même, qui, si elle avance à marche forcée depuis quatre décennies en France, peut suivre des rythmes très différents selon les pays, limitant les compétences des collectivités locales et donc, l’efficacité et la portée de ce type de coopération.

Cette coopération reste pourtant l’occasion de tisser des liens humains qui permettent souvent aux partenariats de s’inscrire dans la durée pendant que les collectivités montrent leur solidarité internationale en transférant leur expertise, leurs compétences et parfois leurs matériels selon une règle de réciprocité qui reste souvent difficile à trouver. Qu’elles soient du Nord ou du Sud, ces collectivités profitent en revanche de cette proximité pour repousser leurs limites géographiques ou institutionnelles, avec l’objectif partagé de mieux faire entendre leur voix sur des sujets aussi globaux que l’environnement, le climat ou la pandémie de Covid-19.

La question financière

Du côté français, les collectivités jouent également leur rôle de soutien financier en investissant chaque année quelques centaines de millions d’euros, soit une fraction des 15 milliards d’euros de l’aide publique au développement accordée par la France en 2020. « La question financière reste l’une des principales limites de la coopération décentralisée », admet le responsable de la DAECT. Surtout depuis la crise de 2008, qui a bouleversé les budgets en même temps que l’État abandonnait de nouvelles compétences aux frais des exécutifs territoriaux.

« Les dispositifs financiers existent, mais ils sont souvent mal fléchés », constate Jean-François Habeau, directeur exécutif du Fonds mondial pour le développement des villes (FMDV), dont le rôle consiste à aider les collectivités à trouver les solutions de financement, en France auprès de la DAECT ou de l’Agence française de développement (AFD), parmi les multiples instruments mis en place par l’Union européenne et, plus récemment, auprès des grands bailleurs de fonds multilatéraux comme la Banque mondiale.

Pour y avoir accès, encore faut-il disposer de l’expertise nécessaire pour répondre aux appels à projets. Certaines collectivités françaises aident donc directement leurs partenaires à monter le leur, demandant à l’occasion une rétribution pour leur assistance technique. « Outre qu’elle permet le développement de projets plus ambitieux », comme le dit Jean-François Habeau, cette dernière tendance montre les capacités de la coopération décentralisée à se réinventer, sans oublier l’essentiel.

Avec Jeune Afrique par Olivier Caslin

Mali : le gouvernement d’Assimi Goïta affirme avoir déjoué un coup d’État

mai 17, 2022

La tentative de putsch a eu lieu dans la nuit du 11 au 12 mai et a été « soutenue par un État occidental », selon le communiqué de l’exécutif malien.

Le colonel Assimi Goïta, à Bamako, le 18 septembre 2020. © Michele Cattani/AFP

Vingt-et-un mois après avoir renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), la junte d’Assimi Goïta a-t-elle été victime d’une tentative de coup d’État ? C’est ce qu’affirme, ce lundi 16 mai, un communiqué du colonel Abdoulaye Maïga, le porte-parole du gouvernement.

Selon ce texte, les faits remontent à la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 mai et sont imputables à un « groupuscule d’officiers et de sous-officiers anti-progressistes ». Ni leur identité ni leur nombre ne sont donnés mais certains de ces soldats ont été « interpellés et seront mis à la disposition de la justice ».

« État occidental »

Précision d’importance : ces militaires étaient « soutenus par un État occidental », affirme Abdoulaye Maïga, qui assure qu’ils avaient pour but de « briser la dynamique de la refondation » malienne. Aucun pays n’est cité, mais les regards ont de fortes chances de se tourner vers la France dans les prochaines heures.

Hier encore partenaire du Mali d’IBK, Paris est devenu l’ennemi juré du régime d’Assimi Goïta. Vendredi 13 mai, une manifestation appelant à la fin de « la présence militaire française » – prévue pour dans quelques mois – et durant laquelle des slogans de soutien à la junte et à son partenaire russe ont été scandés était encore organisée dans la capitale malienne.

Le gouvernement annonce que « tous les moyens nécessaires ont été déployés » dans le cadre de l’enquête aussitôt diligentée et que les « contrôles aux sorties de Bamako et aux postes frontaliers du Mali » ont été renforcés. La situation « est sous contrôle », assure-t-il.

Avec Jeune Afrique

Mali : pourquoi Jean-Yves Le Drian est convoqué par la justice

mai 12, 2022

Le ministre français des Affaires étrangères est convoqué par un juge d’instruction malien le 20 juin prochain pour une affaire qui remonte à 2015.

Alors ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian arrive à l’aéroport de Bamako, le 25 avril 2013. © MARTIN BUREAU/AFP

La convocation est datée du 20 avril et signée par le juge d’instruction Mahamoudou B.Dicko qui officie au pôle économique et financier du tribunal de grande instance de la Commune III du district de Bamako. En quelques lignes, il « invite » Jean-Yves Le Drian à « se présenter à son cabinet » le 20 juin à 8 heures « pour une affaire le concernant ».

« L’affaire » en question a été ressuscitée en février dernier par une plainte du mouvement Maliko. Regroupant plusieurs organisations de la société civile, il accuse le ministre français des Affaires étrangères d’avoir porté « atteinte aux biens publics aux dépens de l’État ». Thomas, le fils de Jean-Yves Le Drian, est également visé par la plainte.

Intense lobbying

Le dossier remonte à 2015, lorsque Ibrahim Boubacar Keïta, alors au pouvoir, confie à Oberthur Technologies, aujourd’hui Idemia, la fabrication des passeports biométriques au Mali. Une décision que Maliko considère comme « illégale » car prise sans appel d’offres.

À l’époque déjà, ce choix fait polémique : pourquoi avoir choisi l’entreprise française alors que la Canadian Bank Note (CBN), la société canadienne qui détenait le marché depuis 2001, proposait des conditions financières plus avantageuses pour l’État malien ?

Dans une longue enquête de Jeune Afrique parue en juin 2021, plusieurs acteurs et témoins affirmaient que l’ancien maire de Lorient, très impliqué dans la politique de sa région, avait fait un lobbying intense auprès d’Ibrahim Boubacar Keïta pour que l’entreprise bretonne soit choisie. « Le Drian y tenait tellement qu’il a mentionné l’engagement militaire français au Mali lors des négociations », révélait alors un des proches collaborateurs d’IBK. Des accusations que le ministre français a toujours niées.

Affaire politique ?

Joint par Jeune Afrique, son service de communication affirme que le ministre « n’a jamais eu connaissance » et « n’a jamais reçu » aucune convocation de la justice malienne. Une source dans son entourage dénonce « une manœuvre politique ». « On sait de quoi est capable la junte malienne pour s’en prendre à la France », lâche-t-elle.

Fin de l’impunité ou justice aux ordres ? La convocation de Jean-Yves Le Drian intervient dans un contexte de  relations exécrables entre la France et le Mali. Près de deux ans après la chute d’IBK et l’arrivée de la junte d’Assimi Goïta au pouvoir, chaque semaine semble marquer un nouveau pas dans l’escalade. Si bien que l’ancien ministre préféré des présidents africains fait désormais figure d’ennemi public à Bamako.

Pour Jean-Yves Le Drian, ce démêlé judiciaire arrive à un moment délicat. Après la réélection d’Emmanuel Macron pour un second mandat, la place de cet élément central de la politique française dans le nouvel exécutif semble remise en jeu.

Avec Jeune Afrique par Anna Sylvestre-Treiner