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Mali : Olivier Dubois, une preuve de vie fait renaître l’espoir

mars 14, 2022
Olivier Dubois est retenu en otage par l’organisation jihadiste GSIM au Mali depuis le 8 avril 2021. © AFP PHOTO / UNKNOWN SOURCE

Après onze mois de captivité, l’otage français au Sahel du GSIM est apparu dans une vidéo non datée. Il remercie ses proches et exhorte le gouvernement français à « faire son possible » pour œuvrer à sa libération.

« Je m’appelle Olivier Dubois, j’ai été enlevé le 8 avril 2021 à Gao par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans [GSIM]. Ce message s’adresse à ma famille, à mes proches, ainsi qu’à mon gouvernement. » Dans une vidéo non datée et non authentifiée d’une minute et huit secondes, le journaliste français fixe l’objectif, adossé à un mur de béton. D’une voix posée, l’otage adresse ses premiers mots à ses proches : « À ma famille, merci pour tous vos messages radio. Tous les mois, ils sont une bouffée d’air frais et d’espoir », assure-t-il.

Plus spécifiquement à sa compagne et à ses enfants. « À Déborah, je me tiens de l’autre côté du trait d’union que tu as créé à chaque coucher de soleil. La photo des enfants m’est parvenue, dis-leur que je les aime et que je pense fort à eux », ajoute Olivier Dubois, qui confirme bien qu’il reçoit, là où il se trouve dans le désert sahélien, sans doute par l’intermédiaire de Radio France internationale, les messages de sa famille et des échos de la mobilisation de ses proches et des médias qui l’employaient, parmi lesquels Jeune Afrique.

Il s’adresse également à ses parents, en particulier à son père, dont les mots ont un « impact » et lui permettent de garder espoir en  « pensant que le printemps arrivera ».

La dernière vidéo assurant que le professionnel indépendant de 47 ans, collaborateur régulier de Jeune Afrique mais aussi de Libération et du Point, était en vie avait été diffusée le 5 mai 2021. Assis en tailleur sur une natte, Olivier Dubois y confirmait son enlèvement par le GSIM. Dans ce court message, il avait appelé « [sa] famille, [ses] amis et les autorités françaises » à faire « tout ce qui [était] en leur pouvoir » pour le libérer.

Soulagement

Dans cette nouvelle vidéo qui circule sur les réseaux sociaux depuis samedi 12 mars, Olivier Dubois semble bien se porter malgré onze mois de captivité. Portant une barbe de trois jours et arborant un chèche bleu autour du cou, le Français semble relativement en forme et déclare souhaiter que la mobilisation se poursuive. « À tous ceux qui, de près ou de loin, œuvrent à ma libération, s’il vous plaît, continuez de le faire. À mon gouvernement, je demande de continuer à faire son possible pour œuvrer à ma libération. » Même s’il est « conscient que [son] cas est une petite chose face aux défis et aux évènements auxquels il doit faire face ».

Cette preuve de vie est un soulagement pour ses proches qui, depuis le 8 avril 2021, s’activent pour obtenir sa libération. De Paris à Bamako, le comité de soutien, baptisé #FreeOlivierDubois, n’a cessé de multiplier les initiatives. À l’occasion de l’anniversaire de ses onze mois de captivité, le 8 mars dernier, le visage d’Olivier Dubois a été projeté sur la façade du Panthéon, dans la capitale française. Pour que l’otage ne soit pas oublié, ses proches, soutiens et confrères s’étaient donné rendez-vous à Paris pour dire leurs espoirs de le voir bientôt recouvrer la liberté. Depuis sa prison à ciel ouvert, Olivier Dubois en fait tout autant : « Hier comme aujourd’hui, je continue de garder espoir », a-t-il rappelé.

Avec Jeune Afrique par Fatoumata Diallo

« Les sanctions ont suscité la colère de nombreux Maliens »

mars 10, 2022

DÉCRYPTAGE. Deux mois après l’adoption par la Cedeao d’un embargo économique sans précédent, l’économiste Boubacar Salif Traoré pointe les sérieuses difficultés à venir.

Il y a deux mois, la Cedeao imposait un embargo economique au Mali pour forcer la junte au pouvoir a rendre le pouvoir aux civils.
Il y a deux mois, la Cedeao imposait un embargo économique au Mali pour forcer la junte au pouvoir à rendre le pouvoir aux civils.© NACER TALEL / Anadolu Agency via AFP

À minuit passé d’une minute, le 9 janvier, les sanctions de la Cedeao les plus sévères jamais adoptées contre le Mali, en réponse à la volonté des militaires de se maintenir au pouvoir jusqu’à fin 2026, sont entrées en vigueur. Parmi la batterie de mesures immédiatement applicables : la fermeture des frontières terrestres et aériennes avec le Mali ; la suspension de toute transaction commerciale, à l’exception de certains produits de première nécessité ; et le gel des avoirs du Mali à la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et dans les banques commerciales de la région. Deux mois plus tard, il est très difficile de mesurer leur impact. Car loin d’avoir produit les effets escomptés, elles ont au contraire réveillé chez les Maliens un sentiment patriotique qui ne s’était plus observé depuis des décennies. Comment l’expliquer ? Comment le comprendre ? En ligne depuis Bamako, l’économiste et spécialiste des questions de sécurité et de développement dans le Sahel, Boubacar Salif Traoré décrypte pour Le Point Afrique la situation.

Le Point Afrique : Quel est l’impact des sanctions décidées par la Cedeao, il y a deux mois, sur l’économie malienne ?

Boubacar Salif Traoré : À l’évidence, les sanctions visaient non seulement à isoler le Mali sur la scène internationale en fragilisant son économie, mais aussi à créer une pression interne des Maliens sur leurs dirigeants. Cet embargo à la fois économique et politico-diplomatique affecte le Mali qui est un pays sans littoral et dont l’économie dépend à plus de 70 % des importations. Cependant, près de deux mois après leur entrée en vigueur, l’évaluation de leur impact reste à ce stade encore très aléatoire. Autant en interne, il paraît déterminant pour les dirigeants de donner le sentiment que tout va bien, mais en creusant un peu en profondeur, des difficultés apparaissent à l’horizon.

Y a-t-il eu des changements sur les marchés ?

Concrètement, deux risques importants se profilent pour le pays, une crise inflationniste et de liquidités. Les prix ont déjà augmenté sur les marchés, que ce soit les denrées de première nécessité ou d’autres produits, comme les matériaux de construction, notamment, le prix du ciment qui est en hausse, ce qui a ralenti le secteur du bâtiment, très dynamique au Mali. L’inflation touche aussi les produits du quotidien, qui pourtant, ne sont pas concernés par les sanctions. Ce sont de petites augmentations qui finissent par peser sur le panier de la ménagère et qui de jour en jour commence à faire mal.

Quels sont les leviers qui permettent au pays de tenir encore debout sur le plan économique ?

Certains mécanismes de protection ont été enclenchés. La banque privée continue, par exemple, à être approvisionnée par la BCEAO, l’organe central de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, qui a décidé d’augmenter jusqu’à pratiquement 300 milliards de francs CFA par semaine pour que l’activité économique ne s’arrête pas complètement. En revanche, les comptes de l’État sont gelés et cela a de lourdes conséquences, car certains fournisseurs n’arrivent plus à se faire payer. Le gouvernement n’a pas pu honorer ses engagements auprès de plusieurs créanciers et a dû s’adresser aux investisseurs pour s’en expliquer.

Boubacar Salif Traoré dirige également à Bamako, le cabinet de conseils Afriglob. © DR

Mais le Mali reste un pays vulnérable, avec une économie fragile, un PIB de 17 milliards de dollars et donc si les sanctions ne sont pas rapidement levées, cela va produire un effet dévastateur sur le long terme. Le pays ne peut pas tenir six mois dans ces conditions. Pour le moment, le secteur informel continue de jouer son rôle en permettant aux populations de mettre en place une économie de la débrouille. Les ménages maliens comptent aussi sur les transferts de la diaspora. Mais si, à court ou moyen terme, l’État ne parvient pas à négocier un retour à une situation normale, il y aura des conséquences plus lourdes. Une chose très importante, c’est que le pays est engagé dans une longue guerre, il faudra faire face aux dépenses, notamment celle des salaires des militaires et des fonctionnaires.

Quels partenaires commerciaux sont les plus affectés par ces sanctions ?

Le Mali est une plaque tournante de la sous-région, il partage ses frontières avec sept pays et fait le lien entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Le pays est la sixième économie de la Cedeao sur 15 États et la troisième économie de l’Uemoa. Donc, ce n’est pas du tout un petit pays. Son premier partenaire économique est le Sénégal, vient ensuite la Côte d’Ivoire. Ces deux pays sont en réalité les premières victimes collatérales des sanctions prises à l’endroit du Mali. Le port de Dakar enregistre au moins 50 % des produits destinés au Mali. En 2020, le Mali a accueilli 21 % des exportations de marchandises du Sénégal, soit plus que l’ensemble du continent. Sur le plan interne, que ce soit au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, la cherté de la vie revient comme un boomerang. Le président Ouattara l’a très bien expliqué à son retour de Bruxelles, vers le 22 au 23 février dernier, il a été obligé d’organiser une conférence de presse pour donner des éléments de compréhension autour de la hausse des prix des denrées alimentaires dans son pays. Il a expliqué qu’il y avait des causes internes comme la sécheresse, et a pointé l’impact de l’embargo sur le bétail, une denrée dont les coûts ont déjà flambé ces derniers mois. Plus le temps passe, plus les États qui ont en commun le franc CFA et partagent une frontière avec le Mali vont commencer à ressentir les effets de cet embargo sur leur économie.

Sur quels soutiens extérieurs le Mali peut-il s’appuyer pour y faire face ? Plusieurs pays comme l’Algérie, la Guinée ou la Mauritanie apparaissent comme des recours. De quelles manières et avec quels intérêts ?

Le Mali a besoin d’accéder aux ports de la sous-région pour maintenir le minimum vital. Le pays est exportateur de coton – sa principale culture de rente – et aussi d’or, de bétail, de riz, de certaines huiles, d’engrais, etc. Il importe aussi de nombreux produits. Face à la fermeture des frontières du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, il a fallu trouver des alternatives. Il y a donc eu un redéploiement vers la Guinée et la Mauritanie. La Guinée, bien que membre de la Cedeao, est dirigée par une junte militaire qui a décidé de ne pas suivre les sanctions imposées par l’organisation. Le pays connaît déjà une recrudescence du trafic de marchandises au port de Conakry. L’Algérie et la Mauritanie, qui ne sont pas membres de la Cedeao, sont les deux autres recours du Mali. Ces deux États partagent de longues frontières avec le pays. Le coton brut malien transite désormais par Nouakchott dont le port est utilisé par les Maliens pour une partie de leur approvisionnement. La Mauritanie peut tirer avantage de cette augmentation des échanges commerciaux, d’autant plus que, d’ores et déjà, la France, à travers la compagnie Air France, a repris les vols depuis le Mali via la capitale mauritanienne. C’est une opportunité pour développer son secteur aérien.

Quant à l’Algérie, déjà très impliquée dans la vie économique malienne dans le nord du pays, du fait de la distance avec les zones urbaines du Sud. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déjà fait savoir qu’il estimait raisonnable une période de transition de 12 à 16 mois. Il s’est proposé d’aider à la mise en place d’un plan de crise. L’embargo ne va faire que décupler les échanges entre les deux États.

Comment réagissent les Maliens ?

Les choses ne se passent pas comme prévu, car les sanctions ont suscité la colère de nombreux Maliens et réveillé un sentiment patriotique qui profite au gouvernement de transition. Le vendredi 14 janvier, on a assisté à une mobilisation populaire sans précédent à Bamako et dans plusieurs villes du pays. Les manifestants ont dénoncé les sanctions de la Cedeao, mais s’en sont également pris à la France, accusée d’avoir instrumentalisé les chefs d’État de la région contre leur pays. Dans l’opinion, la Cedeao est considérée comme une organisation dont l’objectif est de favoriser l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest. Même si elle n’a jamais réussi à mettre en place une véritable politique d’intégration, dans le sens où tout ce qu’elle avait imaginé, que ce soit le passeport, la libre circulation des personnes et des biens, n’a jamais été une réalité à part entière dans l’espace commun, mais elle affichait une volonté politique saluée par tous. En adoptant les sanctions les plus dures à l’endroit du Mali, cela a réveillé un sentiment de résistance et entraîné une levée de boucliers chez les populations. Et pour l’instant, elles se disent qu’elles ont raison. Car l’activité économique continue malgré les sanctions. Ce dynamisme de l’économie malienne, il faut le conjuguer avec le fait que l’État malien a pris certaines précautions, après les premières sanctions ciblées contre des membres de la junte. Les autorités savaient qu’il y aurait un deuxième niveau et qu’il affecterait cette fois les populations. L’impression générale qui se dégage après deux mois, c’est que le pays s’est trouvé des espaces de respiration le temps du régime de sanctions. D’autant que l’économie malienne n’est pas la seule à pâtir de la suspension des échanges commerciaux.

N’est-ce pas contre-productif pour la Cedeao et les partenaires du Mali ?

En quelque sorte. Le fait que les autorités de la transition se soient engagées à diversifier leurs partenaires, au détriment de la relation historique avec la France a permis de libérer les voix de différents acteurs, pas uniquement au sein de la population, mais aussi dans les plus hautes sphères. Ces derniers considèrent qu’il est temps pour le pays de prendre son destin en main.

La Cedeao a tout intérêt à mettre fin le plus rapidement possible aux sanctions. L’enjeu est de taille pour l’organisation. Si la situation perdure, cela peut provoquer une crise de confiance durable entre certains États et la Cedeao, qui risque d’être définitivement perçue comme une association au service des chefs d’État ou un instrument au service de la France, qui en profiterait pour sanctionner les États qui ne suivent pas ces recommandations.

Loin de fragiliser l’assise populaire du gouvernement de transition, l’annonce des sanctions a au contraire réveillé un sentiment patriotique au sein de l’opinion malienne. Comment l’expliquez-vous ?

Les formes d’organisation et de résistance populaires sont ancrées dans l’histoire du Mali. Plus proche de nous, la gestion de l’après-coup d’État de 2012 où le Mali s’était retrouvé dans une même situation est restée dans la mémoire de nombreux Maliens. À cette époque, le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, avait su mettre en place un certain nombre de leviers pour contourner l’embargo. Il avait réussi à payer les fonctionnaires et à faire fonctionner l’État. Pour beaucoup, c’est une manière pour le Mali de s’affranchir des aides extérieures. Les récentes sanctions n’ont fait que réveiller ce vieux souvenir. La personnalité du chef de la transition est aussi un facteur à prendre en compte. Dans l’esprit de nombreux Maliens, sa posture est comparable à celle d’un Thomas Sankara. Pour une partie de l’opinion, même si c’est un peu difficile au quotidien, il est un leader qui tient tête et maintient éveillé ce sentiment d’un pays qui se réapproprie sa souveraineté nationale. Et qui dit souveraineté économique dit souveraineté militaire et politique.

Concrètement, au-delà des sanctions de la Cedeao, quelle sortie de crise pour le Mali ?

Les autorités maliennes ont une vision de la transition qui est en contradiction avec la conception portée par la Cedeao et d’autres acteurs qui sont très focalisés sur les dates des élections. Le point d’achoppement, c’est bien évidemment le chronogramme qui doit fixer la durée de la transition. Les autorités maliennes disent que, pour éviter les erreurs du passé, une prolongation de la transition initialement fixée à 18 mois est inévitable. Faut-il encore le souligner, le pays est gangrené par la corruption et les mauvaises pratiques, le système politique reste dysfonctionnel. La transition demande du temps pour mener les réformes les plus urgentes afin de parvenir à une sortie de crise durable, avant d’aller aux élections. De l’autre côté, la Cedeao et les autres partenaires estiment que la transition ne devrait pas jouer ce rôle et qu’elle devrait plutôt s’atteler à organiser rapidement les élections pour pouvoir laisser la possibilité au prochain président démocratiquement élu de s’occuper des réformes.

Pour la transition, le Mali traverse une grave crise multidimensionnelle qui dure depuis des décennies. D’après eux, la tenue rapide des élections à la suite du coup d’État de 2012 n’a en rien réglé les maux du Mali. Au contraire, l’élection d’Ibrahim Boubacar Keïta n’a pas permis de résoudre les problèmes de fond. Elle n’a fait que creuser les déficits en matière de mal-gouvernance, et au bout du compte amené à une nouvelle crise postélectorale en 2018 puis en 2020. Avec au bout du compte un nouveau coup d’État. Les autorités actuelles ont fixé comme priorité la mise en place d’un fichier électoral digne de ce nom, plus de résultats dans la lutte contre l’insécurité pour pouvoir passer le relais et permettre au pays d’aller vers la bonne gouvernance et une souveraineté qui permettaient enfin aux populations maliennes de retrouver davantage confiance dans la démocratie.

Vous avez récemment publié un essai intitulé « Pour un nouveau progressisme africain ». Pourquoi avoir choisi ce terme de progressisme, quand on sait que le mouvement progressiste panafricain n’a pas obtenu de résultats durant les années de la lutte ?

L’Afrique est un continent qui a énormément d’atouts, dont 60 % de surface de terres agricoles disponibles, une population extrêmement jeune, avec de nombreuses opportunités naturelles. Mais pourquoi ne parvenons-nous toujours pas à transformer ces opportunités ? Qu’est-ce qui nous empêche de valoriser son potentiel et de sortir de cette situation ? Au-delà des postures afro-pessimistes et afro-optimistes, je propose des pistes de solution autour de la notion de progrès parce que je crois fermement qu’il faut replacer les populations au cœur des réformes. Cet essai est également le fruit d’un travail collectif, puisque je propose avec d’autres experts de réfléchir sur dix-sept thématiques stratégiques, telles l’économie, la jeunesse, la diaspora, la condition des femmes, indissociables du développement. À chaque fois, nous dressons un état des lieux ainsi que des pistes concrètes, accompagnées d’exemples, révélant au passage certaines combinaisons ayant le pouvoir de lever tous les obstacles et de déclencher des effets positifs en cascade. Nous avons aussi lancé un site dédié où tout un chacun peut donner ses pistes de réflexion, apporter sa contribution, ses critiques, l’idée est d’enclencher un processus collectif qui pourra servir à l’ensemble du continent africain. Je suis foncièrement convaincu que la crise systémique à laquelle le continent africain est confronté depuis les indépendances n’est pas une malédiction. Cet ouvrage est un plaidoyer pour une Afrique confiante dans ses capacités, ses ressources et son avenir.

Avec Le Point propos recueillis par Vivaine Forson

Mali : ce que l’on sait sur le charnier de Niono

mars 8, 2022
Patrouille de l’armée malienne entre Mopti et Djenne, en février 2020 © MICHELE CATTANI / AFP

Après la découverte d’au moins 35 corps calcinés près de Dogofry, au sud-ouest de Nampala, plusieurs sources locales accusent l’armée, qui mène des opérations avec les mercenaires russes de Wagner dans la région. Mais les Fama démentent.

Les images sont insoutenables. Au milieu de de la brousse, des corps calcinés, enchevêtrés, les mains parfois liées dans le dos. Plus loin, un autre corps, seul, lui aussi brûlé. L’homme qui filme avec son téléphone s’exprime en fulfulde puis en bambara. « Dieu est grand. C’est le travail de soldats. Ce sont des soldats qui sont responsables de ça. Dieu nous voit tous », souffle-t-il, horrifié.

Cette vidéo aurait été tournée le 2 mars dans la commune de Dogofry, à environ 80 km au sud-ouest de Nampala. En tout, 35 corps, brûlés la nuit précédente. La quasi-totalité de ceux qui ont été identifiés étaient des Peuls des environs. Un nouveau massacre contre cette communauté souvent assimilée par les Forces armées maliennes (Fama) aux groupes jihadistes qui écument le centre du pays.

« Montée de toutes pièces »

Dans un communiqué diffusé le 5 mars, l’état-major général des armées a évoqué une « vidéo montée de toutes pièces » circulant sur les réseaux sociaux et « faisant état d’une exécution sommaire collective des Fama sur des populations civiles dans le secteur de Diabaly dans la nuit du 1er mars au 2 mars ». « L’état-major général des armées se porte totalement en faux contre ces allégations qui sont de nature à jeter le discrédit sur les Fama, respectueuses des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Les Fama ne sauraient être responsables d’une telle abjection et ces informations constituent de la désinformation », poursuit le texte.

C’ÉTAIT DIFFICILE DE LES IDENTIFIER. MAIS CERTAINS ONT PU RECONNAÎTRE LEURS PARENTS

Selon plusieurs sources locales jointes par JA, plusieurs individus qui revenaient d’une foire avaient été arrêtées le 20 février par les militaires maliens dans les environs de Niono. D’autres interpellations avaient aussi eu lieu dans des villages aux alentours de Nampala. Est-ce ces personnes qui ont été tuées dans la nuit du 1er au 2 mars ? « Plusieurs corps étaient ligotés. C’était difficile de les identifier, confie un habitant. Mais certains ont pu reconnaître leurs parents. Il y avait parmi eux des personnes qui avaient été arrêtées plus tôt à Niono. »

Ces derniers jours, plusieurs autres civils peuls ont été arrêtés dans deux autres villages proches de Nampala. Selon un habitant de la zone, au moins sept personnes y auraient été tuées.

Accompagnés par des Russes ?

Plusieurs associations locales tentent désormais d’identifier les victimes et ont établi des listes de personnes disparues ou arrêtées ces dernières semaines. Les habitants des environs, eux, voudraient les enterrer dès que possible. Mais les associations leur demandent d’attendre l’arrivée d’enquêteurs. L’armée malienne a annoncé qu’elle allait investiguer. La Minusma aussi. La mission de l’ONU au Mali s’est déjà emparée de l’affaire et devrait communiquer ses conclusions dans les semaines à venir.

Si les Fama sont clairement pointées du doigt, certains suspectent aussi leurs nouveaux alliés de Wagner d’être liés à ces exactions. Selon nos informations, des mercenaires de la nébuleuse russe mènent des opérations conjointes avec les militaires maliens dans le cercle de Niono depuis fin janvier. « Les Fama sont accompagnées par des Russes dans la zone. Nous les voyons patrouiller ensemble », confirme une source locale.

Avec Jeune Afrique

Mali-Russie : Sadio Camara et Alou Boï Diarra en mission secrète à Moscou

mars 8, 2022
Le ministre de la Défense Sadio Camara, à Bamako le 19 août 2020. © Malik KONATE / AFP

Selon les informations de Jeune Afrique, le ministre malien de la Défense et le chef d’état-major de l’armée de l’air se sont envolés pour la Russie en pleine guerre avec l’Ukraine.

Le colonel Sadio Camara et le général Alou Boï Diarra ont discrètement décollé de Bamako le 6 mars à destination de Moscou. Le ministre malien de la Défense et le chef d’état-major de l’armée de l’air ont quitté la capitale à bord d’un vol Turkish Airlines via Istanbul. Ils étaient encore tous deux encore en Russie ce 8 mars.

Peu de détails ont filtré sur les objectifs de cette visite, ni sur les personnalités russes qu’ils doivent rencontrer. Les deux officiers sont toutefois les artisans de l’accord conclu entre les autorités de transition maliennes et la nébuleuse russe Wagner de l’oligarque Evgueni Prigojine, qui a commencé à déployer ses mercenaires au Mali depuis fin décembre. Environ 1000 combattants de Wagner sont aujourd’hui actifs dans le pays, principalement dans le Centre, où ils mènent des opérations conjointes avec les Forces armées maliennes (Fama).

Sadio Camara et Alou Boï Diarra avaient déjà effectué plusieurs allers-retours en Russie en 2021. Mais ce nouveau déplacement intervient dans un contexte bien particulier, près de deux semaines après le lancement, le 24 février, de l’invasion russe en Ukraine, qui vaut à Vladimir Poutine et à son régime d’être mis au ban d’une grande partie de la communauté internationale.

Avec Jeune Afrique

Mali-Algérie : qui est Yahia Djouadi, chef d’AQMI tué par la France ?

mars 7, 2022
Patrouille du PRI (peloton de reconnaissance et d’intervention) dans la région de Tombouctou. © Etat-major des armées/France

Une opération des soldats français de Barkhane a mené à la neutralisation fin février de Yahia Djouadi. Surnommé « l’émir du Sahara », cet Algérien était un haut cadre d’Al-Qaïda au Maghreb islamique.

L’opération, menée par les forces spéciales françaises à une centaine de kilomètres au nord de Tombouctou, dans le septentrion malien, a conduit à la « neutralisation de Yahia Djouadi, alias Abou Ammar al Jazairi, haut cadre historique d’AQMI […] dans la nuit du 25 au 26 février », a annoncé l’état-major des armées françaises par voie de communiqué ce lundi 7 mars.

La mort du chef jihadiste, qui fut le conseiller militaire d’Abdelmalek Droukdel, le chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique tué en juin 2020 par l’armée française, a été rendue possible « par une intervention au sol, appuyée par un hélicoptère d’attaque et de reconnaissance Tigre et deux drones », précise Paris. Le lieu de l’opération qui a mené à son élimination correspond à la zone de repli de la Katiba el Foqane, antenne d’AQMI dans le Sahel.

Présenté comme « un relais majeur » du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), branche sahélienne d’Al-Qaïda dans le nord du Mali et particulièrement dans la région de Tombouctou, ce jihadiste d’une cinquantaine d’années était originaire d’Algérie.

Du GIA à AQMI

Natif de Sidi Belabbès (ouest), il rejoint le Groupe islamique armé (GIA) en 1994, qu’il quitte entre 1997 et 1998 lors de la période des grands massacres de la décennie noire. Il créé alors sa propre organisation armée, le Groupe salafiste combattant (Al Jamaa al Salafiya al Qitaliya). Sans y adhérer, il soutient la création du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) de Hassan Hattab, en 1998.

IL COORDONN[AIT] L’APPROVISIONNEMENT DE MATÉRIELS AU PROFIT DU HAUT COMMANDEMENT DU GSIM ET D’AQMI

Il finit toutefois par rallier le GSPC en 2002 et devient très proche d’Abdelmalek Droukdel. Une amitié qui perdurera jusqu’à l’élimination de ce dernier en juin 2020. Nommé émir du Sahara au mitan des années 2000, Djaouadi a d’abord été envoyée comme médiateur du conflit entre Abdelhamid Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar.

Djouadi a ensuite été remplacé par Nabil Abou Alqama en 2011. Après la révolution libyenne, Droukdel charge Djouadi d’implanter solidement AQMI en Libye, où il a assumé un rôle de supervision plus discret au cours de la dernière décennie, notamment la gestion du financement, de la logistique et de la formation des combattants. Il y restera au moins jusqu’à 2019, puis rejoint le Mali.

Depuis la région de Tombouctou, « il coordonn[ait] l’approvisionnement de matériels au profit du haut commandement du GSIM et d’AQMI [ainsi que la coordination] logistique et financière du groupe », affirme l’armée française.

Installé dans le nord du Mali, il avait pris la tête de la « 9e région militaire » d’AQMI, qui couvre le sud de l’Algérie et le Sahel. « L’organisation d’Al-Qaida au Maghreb islamique a commis plusieurs actes de terrorisme dans la région et a revendiqué la responsabilité de l’enlèvement de deux touristes autrichiens dans le sud de la Tunisie le 22 février 2008. Les deux touristes autrichiens ont été emmenés au nord du Mali, où [sévissait] Yahia Djouadi », expliquent quant à elles les Nations unies, qui l’avaient placé sous sanctions. Également à son actif, un attentat contre des militaires mauritaniens en 2008 à Tourine et une embuscade ratée contre des soldats algériens en octobre 2009, entre Ghardaïa et Béchar.

« Succès tactique »

L’armée française, qui a annoncé son départ du Mali mi-février après neuf ans d’intervention, salue un « succès tactique significatif » qui permet « une nouvelle fois d’affaiblir la gouvernance qaïdiste ». Sa neutralisation « marque l’isolement de l’émir du GSIM, Iyad Ag Ghali, qui voit la disparition de toutes les figures expérimentées de son entourage », se félicite-t-elle.

Entre 2021 et 2022, plusieurs cadres de la nébuleuse jihadiste ont été arrêtés ou neutralisés. C’est le cas notamment d’Abdel Nasser, dit Baye Ag Bakabo, principal suspect dans l’enlèvement et l’assassinat des journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon en 2013 – il a été tué en juin dernier par une frappe française. Ou encore d’Abou Nasser, alias Nasser al Tergui, chef de la Katiba Gourma, tué en octobre 2021 dans la région de Gossi.

Avec Jeune Afrique

Mali-Côte d’Ivoire : quand un obscur opposant se proclame « président de la transition malienne » depuis Abidjan

mars 7, 2022
Ainea Ibrahim Camara© DR Ainea Ibrahim Camara © DR

Ainea Ibrahim Camara a rejoint Freetown après une mise en garde des autorités ivoiriennes et des menaces de poursuites de Bamako. Le tout dans un contexte de tensions diplomatiques entre les deux pays.

S’attendait-il à autant de réactions quand il s’est proclamé « président de la transition civile malienne à compter du 27 février », en donnant une conférence de presse à Abidjan la veille ? Ce qui est certain, c’est que le tapage provoqué par sa sortie médiatique ne semble pas l’inquiéter, et encore moins lui déplaire.

Une semaine après cette annonce très partagée et commentée sur les réseaux sociaux, l’opposant malien Ainea Ibrahim Camara affirme rester « droit dans ses bottes ». Il se dit « serein et flegmatique » et compte former prochainement son gouvernement. Il a saisi la Cour constitutionnelle malienne afin qu’elle constate « la vacance du pouvoir » et lui accorde son « feu vert » en vue de l’organisation d’élections. « Je crois en la justice de mon pays », insiste-t-il quand on lui fait remarquer que tout cela semble peu réaliste.

D’Abidjan à Freetown

La discussion a lieu par la téléphone, par l’entremise de son chargé de communication et conseiller politique, un Ivoirien qui se présente comme un ancien député et requiert l’anonymat. Ainea Ibrahim Camara, fondateur du Mouvement républicain en 2017, a en effet déjà quitté la capitale économique ivoirienne pour la Sierra Leone.

Est-ce en raison de la mise en garde du gouvernement ivoirien qui, dans un communiqué en date du 28 février, a affirmé qu’il « ne saurait tolérer la déstabilisation d’un pays frère à partir de son territoire » et « se réservait le droit de prendre des mesures à l’encontre de toute personne dont les agissements mettraient à mal ses relations avec des pays tiers » ?

« Non, mon voyage à Freetown était prévu. J’y suis pour mes activités professionnelles de président d’un groupe financier. Je suis prêt à revenir en Côte d’Ivoire, ce pays que j’aime beaucoup, si les autorités souhaitent me parler », assure cet entrepreneur de 50 ans. Selon la biographie fournie par son entourage, Ainea Ibrahim Camara est né à Bamako, a été formé en France et aux États-Unis et tient aujourd’hui les rênes de trois établissements, dont une banque, dans les secteurs de l’énergie et de l’environnement.

« Déstabilisation des institutions de la transition »

Quant aux poursuites judiciaires annoncées côté malien, il dit ne pas être au courant, évoque une manipulation des réseaux sociaux et garantit qu’il retournera bientôt dans son pays. « La junte était au courant de mes intentions dès le 10 janvier, mais le fait que je vienne en parler en Côte d’Ivoire, à l’invitation des Maliens [qui y résident], et que j’exprime ma sympathie envers le président Alassane Ouattara, explique certainement pourquoi elle s’est sentie piquée au vif. »

Dans un communiqué, les autorités maliennes ont condamné la teneur de plusieurs vidéos en ligne qui « traduisent clairement la volonté de l’intéressé, manifestement rassuré des complicités dont il pourrait bénéficier, dans un pays voisin d’où il tenait ses propos, de poursuivre son entreprise malveillante de déstabilisation des institutions de la transition ».

Une polémique qui intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre la Côte d’Ivoire et le Mali depuis l’instauration de nouvelles sanctions économiques prises par la Cedeao début janvier en réponse à l’intention de la junte de se maintenir au pouvoir pendant plusieurs années. Depuis, plusieurs organisations représentant la communauté malienne en Côte d’Ivoire ont condamné les propos d’Ainea Ibrahim Camara, appelé à son arrestation et réitéré leur soutien à la junte. « Ils sont manipulés », tonne l’opposant.

Proche du couple Clinton ?

Alors, que cherche vraiment l’autoproclamé « président de la transition civile malienne », dont les proches assurent qu’il possède des mines d’or et de diamants et qu’il connaît bien le couple Clinton ? Il entend « agir pour les intérêts des Maliens » face à « un pouvoir illégitime et illégal », assure le candidat à la députation dans son pays en 2020.

Selon la presse malienne, il avait été écroué avant le vote en raison de soupçons d’escroquerie et d’abus de confiance. Sur ce point, Ainea Ibrahim Camara réfute toute condamnation : « Je n’ai jamais été condamné de ma vie. Mon casier judiciaire est vierge. Cette arrestation visait à m’empêcher de me présenter. J’ai été relâché juste après. »

Avec Jeune Afrique par Florence Richard

Mali : deuil national après une attaque jihadiste meurtrière contre l’armée

mars 5, 2022
Les Forces armées maliennes lors d’une formation avec les forces spéciales françaises, dans la base militaire de Menaka, au Mali, le 7 décembre 2021. © Thomas Coex, AFP

Menées, selon certaines sources, par plusieurs centaines de jihadistes, l’attaque a fait au moins 27 morts et de nombreux blessés au sein des Forces armées maliennes, au moment où la France a annoncé la fin de l’opération Barkhane. L’armée malienne ne cesse depuis des semaines de proclamer des succès contre les terroristes.

C’est l’attaque la plus meurtrière rapportée contre les Forces armées maliennes (Fama) depuis plusieurs mois. Le 4 mars, vers 05 h 30, au camp de Mondoro dans le centre du Mali, au moins 27 soldats ont été tués, 33 blessés, dont 21 graves, et 7 « portés disparus », a annoncé l’armée dans un communiqué.

Selon l’armée, 47 assaillants ont été « neutralisés » dans la matinée et 23 autres l’ont été à la suite d’un « ratissage sur les sanctuaires terroristes ». Un deuil national de trois jours à compter de samedi a été décrété par le gouvernement de transition d’Assimi Goïta.

Retrait militaire européen

Cette attaque survient en pleine reconfiguration militaire. Au cours des derniers mois sont arrivés au Mali de nombreux renforts présentés par les autorités maliennes comme des instructeurs russes et par les Occidentaux comme des mercenaires appartenant au groupe Wagner. La France, à travers l’opération Barkhane, et ses alliés européens au sein du regroupement de forces spéciales Takuba viennent, eux, d’annoncer leur retrait militaire du Mali. Sur fond de vives tensions diplomatiques entre la junte au pouvoir depuis 2020 et certains des partenaires du Mali, au premier rang desquels Paris, l’armée malienne ne cesse depuis des semaines de proclamer des succès contre les jihadistes, revendiquant la mort de dizaines de jihadistes ces derniers mois.

Un communiqué publié cette semaine assurait que « la peur [avait] changé de camp, l’ennemi est en fuite vers les frontières ou en dissimulation dans la population ». Ces informations sont difficilement vérifiables faute d’accès au terrain ou de sources pouvant s’exprimer.

Dans la jouréne du 4 mars, plusieurs sources au Mali avaient indiqué qu’une attaque avait fait de nombreux morts à Mondoro. Une source militaire française sous couvert de l’anonymat avait indiqué que le bilan de cette attaque menée par plusieurs centaines de jihadistes avait fait entre 40 et 50 morts. La source affirmait que 21 véhicules avaient été saisis par les jihadistes, dont plusieurs blindés. En outre, selon cette même source, « les Fama n’ont pas demandé l’appui de Barkhane ».

Situation de blocus

Proche de la frontière avec le Burkina Faso, le camp de Mondoro a été à plusieurs reprises par le passé la cible d’attaques de groupes jihadistes qui opèrent dans la zone depuis plusieurs années. Les habitants dénoncent une situation de blocus imposé par les jihadistes, malgré la présence de l’armée. Une opération contre le camp et celui de Boulkessi, proche, avait fait une cinquantaine de morts parmi les soldats en septembre 2019. Depuis 2019, le village de Mondoro est isolé et les télécommunications sont des plus aléatoires. Le camp se trouve dans l’un des principaux foyers de la violence qui, partie du nord du Mali avec des insurrections indépendantiste et jihadiste en 2012, s’est étendue au centre et au Burkina et au Niger voisins.

Deux tiers du territoire malien échappent au contrôle de l’État. La propagation jihadiste, sous affiliation d’Al-Qaïda ou de l’organisation État islamique, commence à toucher plus au sud, la Côte d’Ivoire ou le Bénin par exemple, menaçant de gagner le golfe de Guinée.

Les agissements jihadistes, conjugués aux violences intercommunautaires, aux actes crapuleux mais aussi aux exactions de l’armée, ont fait des milliers de morts, civils et militaires, et des centaines de milliers de déplacés. Plus de 30 soldats avaient été tués en mars 2021 à Tessit dans une telle opération, revendiquée par l’organisation État islamique. Toutefois, au cours des derniers mois, les pertes humaines effectivement rapportées dans les rangs de l’armée avaient diminué. Mais une chose est sûre, l’insécurité contribue à l’instabilité politique dans la région.

Avec Jeune Afrique par AFP

Festival Africapitales : « Le débat au Mali ne doit pas se faire qu’avec les politiques »

mars 2, 2022
Spectacle « D’ici et d’ailleurs » de la compagnie Anw Jigi Art, du 11 au 13 mars au Lavoir moderne parisien D’ICI ET D’AILLEURS | CRÉATION : COMPAGNIE ANW JIGI ART © D’ICI ET D’AILLEURS/MAPADO

Jusqu’au 31 mars, Bamako prend ses quartiers à Paris. Alors que les relations entre la France et le Mali se dégradent, les initiateurs de ces rencontres culturelles croient au dialogue avec les diasporas comme moteur de changement.

Pendant un mois, la capitale française met ses pendules à l’heure bamakoise, le temps des rencontres « Africapitales, Bamako à Paris ». Plusieurs espaces du quartier de la Goutte d’or, l’un des berceaux de la diaspora, seront investis par des artistes et intellectuels pour créer une dynamique africaine à travers une série de spectacles (théâtre, cinéma, photographie…) et de tables rondes.

Objectif : faire de cette manifestation une vitrine de la scène artistique et culturelle malienne et créer un éveil citoyen grâce aux industries créatives. Un vaste programme qui a nécessité plus de six mois de réflexion grâce à la ténacité d’un comité d’experts. Entretien avec deux de ses membres, le Franco-Marocain Khalid Tamer, président de la compagnie Graines de soleil, et Adama Traoré, comédien et dramaturge malien, président de la Coalition malienne pour la diversité culturelle.

Vous avez constitué un important comité d’experts pour mettre ce projet sur pied. Quel était l’enjeu prioritaire ?

Adama Traoré : La problématique de la territorialité nous a fortement interpellés. Comment le spectacle vivant peut-il se développer sans accès aux espaces ? La Banque mondiale met en place des programmes pour des villes africaines données, en délimitant des espaces, en créant des zones résidentielles pour l’économie, mais en oubliant parfois la place des écoles, des théâtres, etc. Il y a une réflexion à mener sur l’occupation de l’espace. Nous sommes partis de ce manque.

Khalid Tamer : L’idée est de mettre en place des relations euro-africaines. Il faut en finir avec la notion de « Françafrique ». La France n’est pas un continent et l’Afrique n’est pas un pays. Nous avons travaillé pendant six mois, avant même le sommet de Montpellier, pour repenser le dialogue entre les espaces, en mettant volontairement des villes en avant. Le programme Africa2020 est à mon sens une insulte pour l’Afrique. Prenons l’exemple de la saison France-Portugal qui se tient cette année dans les deux pays. Est-ce que le Portugal est aussi grand que l’Afrique ? La réponse est non.

Nombreux sont ceux qui pointent du doigt l’offre pléthorique de festivals autour de l’Afrique à Paris…

Adama Traoré : Africapitales est basé sur la co-construction et le co-développement. Nous menons ce projet avec des acteurs sur le terrain, au Mali comme en France.

Khalid Tamer : Le festival a été pensé comme un aller-retour. La réflexion avec les experts s’est articulée autour des actions à mettre en place pour créer des espaces de liberté, de démocratie, de culture et d’infrastructures. Ce travail doit être fait par les Africains en coopération avec la France.

ON NE PARLE PLUS DE CETTE RICHESSE CULTURELLE QUI POURRAIT REDONNER UNE VISION AU MALI

La crise politique et sécuritaire du Mali a-t-elle un impact sur la vie culturelle du pays ?

Khalid Tamer : Le Mali a donné naissance aux plus grands chanteurs africains, de Salif Keita à Oumou Sangaré, d’Amadou et Mariam à Toumani Diabaté… Il y a une frénésie culturelle dans ce pays. Mais en vingt ans, la situation s’est dégradée. Aujourd’hui, la guerre et le terrorisme ont envahi le débat public. On ne parle plus de cette richesse culturelle qui pourrait redonner une vision au Mali. On l’a vu avec Israël, la Chine ou le Japon, le salut vient de la diaspora. On espère interpeller cette dernière pour qu’elle participe à la construction de la démocratie avec les Maliens. Le 12 mars par exemple, nous accueillerons l’Union des ambassadeurs franco-maliens, qui sera à même d’apporter des outils et des pistes de réflexion sur la question de la coopération.

Adama Traoré : Cette édition arrive à un moment intéressant. Le débat ne doit pas se faire qu’avec les politiques. Il y a toute une frange de la population malienne, en interne ou issue de la diaspora, qui aimerait se faire entendre. Il faut donner la possibilité à la jeunesse de s’exprimer dans ces espaces de rencontres pour qu’elle puisse défendre sa culture et se réaliser. L’expression est un droit fondamental pour construire le vivre-ensemble. On a longtemps dit que Montreuil [en région parisienne] était la seconde ville du Mali après Bamako. On ne peut pas forger un destin commun si la diaspora n’apporte pas sa part dans le narratif du pays.

LES INDUSTRIES CRÉATIVES ET DU SPECTACLE DOIVENT OFFRIR DES PERSPECTIVES D’AVENIR AUX JEUNES MALIENS

Une table ronde sera consacrée aux artistes comme acteurs de la société civile et du changement. Quelle est votre position sur la question ?

Adama Traoré : Au Mali, on est confrontés à la question du rôle de l’artiste. Son statut social existe, mais il manque la reconnaissance de son travail comme activité créatrice d’emplois. L’artiste doit pouvoir être un moteur du changement. On parle du nouveau Mali, mais quel est le profil de ses nouveaux citoyens ? Comme le stipulait Soundjata dans la Charte mandingue, chacun doit pouvoir avoir une fonction, c’est fondamental. Celui qui n’a pas un rôle défini sème le désordre. Et l’artiste a toute sa place à prendre dans cette réflexion.

La question de la mobilité des artistes africains sur le continent est-elle encore un enjeu ?

Khalid Tamer : On a créé les Capitales africaines de la culture, dont le lancement est prévu cette année à Rabat, pour cette raison. Il faut pouvoir tourner en Afrique et créer une dynamique africaine. Les artistes africains n’ont peut-être plus besoin d’aller en Europe pour se produire. On essaie de répondre à cette question à notre niveau, mais il nous faut du temps.

Adama Traoré : Nombre de nos artistes sont connus à l’extérieur de l’Afrique et la majorité d’entre eux ont le regard tourné vers l’Europe. Sur le continent, les organisations sous-régionales réalisent un travail sur la libre circulation des personnes et des biens, mais la question des visas demeure un problème central. De nombreux jeunes Maliens découvrent les artistes de chez eux à la télévision et sur le tard. C’est un problème. Avec Africapitales, on réfléchit à structurer ce marché pour que les jeunes aient un sentiment d’appartenance à une communauté. Il faut soutenir la création, la production et la diffusion. Au vu des problèmes d’insécurité et de chômage qui minent le Mali, certains se noient dans la Méditerranée ou deviennent jihadistes car ils n’ont pas d’horizon. Nous pouvons faire en sorte que les industries créatives et du spectacle offrent des perspectives d’avenir.

NOUS ORGANISERONS AFRICAPITALES À BAMAKO COURANT OCTOBRE-NOVEMBRE 2022

Quel sera l’après Africapitales ? Des projets seront-ils menés sur le continent ?

Khalid Tamer : Oui, nous organiserons Africapitales à Bamako courant octobre-novembre 2022 avec des artistes, des intellectuels et de nouveaux spectacles. La diaspora du quartier de la Goutte d’Or nous accompagnera. Petit à petit, nous parviendrons à créer une Afrique-monde.

Adama Traoré : C’est entre les éditions que la réflexion se poursuivra. Nous continuerons ce travail de structuration. Africapitales peut servir d’exemple pour lancer de bonnes pratiques, avant la deuxième édition qui se concentrera sur une autre ville africaine.

Infos pratiques

« Africapitales, de Paris à Bamako », du 1er au 31 mars à Paris. Programme sur les sites des espaces partenaires : – Lavoir moderne parisien – FGO Barbara – 360 Music Factory

Avec Jeune Afrique par Eva Sauphie

Mali : le médiateur de la Cedeao quitte Bamako sans accord

février 26, 2022
L’ex-président nigérian Goodluck Jonathan (2G), médiateur ouest-africain pour le Mali, à l’aéroport de Bamako, le 22 août 2020. © ANNIE RISEMBERG / AFP

Les discussions avaient repris entre une délégation de l’organisation ouest-africaine et la junte malienne. L’ancien président nigérian Goodluck Jonathan a quitté le pays, vendredi, sans obtenir de date pour de futures élections, mais de nouvelles rencontres sont prévues.

« Le séjour de la délégation est terminée. Mais elle n’est pas revenue avec un calendrier électoral », a annoncé un diplomate de la Cedeao, qui a requis l’anonymat. Selon la même source, la délégation emmenée par l’ancien président nigérian « devrait revenir dans quelques semaines » et « les discussions se poursuivront ». La délégation est repartie vers Accra pour rendre compte au président ghanéen Nana Akufo-Addo, dont le pays assure la présidence tournante de la Cedeao.

Un officiel malien ayant pris part aux discussions a confirmé le résultat des discussions : « Nous n’avons pas donné de date pour les élections. Ce n’était pas possible. Mais l’ambiance de travail était très bonne et les discussions se poursuivront ». L’ancien président nigérian qui s’est entretenu jeudi et vendredi avec plusieurs responsables de la junte malienne, dont le président de la transition, le colonel Assimi Goïta, a promis jeudi soir de « continuer la conversation » avec les Maliens.

Manifestations de soutien à la junte

Vendredi à Bamako, plus d’une centaine de manifestants étaient rassemblés en soutien aux autorités de transition. Un comité technique de la Cedeao propose l’organisation de scrutins dans un délai de douze ou seize mois, avec l’aide d’une Autorité indépendante de gestion des élections (Aige). Le médiateur avait appelé à une transition démocratique dans « les plus brefs délais », au lendemain de l’approbation d’un plan permettant à la junte militaire de rester au pouvoir pendant cinq ans.

L’organe législatif au Mali, contrôlé par les militaires depuis le coup d’État d’août 2020, a de fait entériné lundi une période de transition pouvant aller jusqu’à 2027 avant la tenue d’élections. Le Mali a été le théâtre de deux coups d’État militaires en août 2020 et en mai 2021. La crise politique va de pair avec une grave crise sécuritaire en cours depuis le déclenchement en 2012 d’insurrections indépendantiste et jihadiste dans le Nord.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Mali : la France doit s’opposer aux sanctions

février 23, 2022
Manifestation de protestation contre les sanctions à Bamako, le 14 janvier 2022 © FLORENT VERGNES/AFP

Depuis la chute d’IBK, le peuple malien exprime un sentiment légitime de révolte contre la domination héritée de la colonisation. Paris doit en prendre acte et s’opposer aux mesures prises à l’encontre du pays par la Cedeao et l’Union africaine.

Le Mali vient d’être frappé par des sanctions d’une inhabituelle agressivité, de nature à affecter directement la vie quotidienne d’une population aux revenus déjà maigres et fragiles. Paradoxalement, cette situation provoque localement une sorte d’optimisme, une fierté presque joyeuse partagée par bien des citoyens des pays voisins. Une rupture mentale avec la domination est en cours. Nous y voyons une chance pour le Mali, pour l’Afrique, pour le monde. Une chance aussi pour la France.

Puissante révolte populaire

En 2020, une puissante révolte populaire a mis à bas un régime de plus en plus kleptocratique et des institutions inopérantes parce que copiées-collées sur celles de l’ancien occupant colonial. En un jour et sans un coup de feu, une intervention militaire a reconduit chez eux les responsables de cet état de fait. En deux étapes, des institutions de transition conduites par des personnalités civiles et militaires respectées ont été mise en place : présidence, gouvernement, conseil national de transition. Objectif politique annoncé : la refondation des pouvoirs publics. Et cette volonté de refondation coïncide avec un vif renouveau d’intérêt dans la société pour l’étude des institutions politiques endogènes de l’Afrique de l’Ouest, ainsi que pour son patrimoine culturel et spirituel.

N’EST-IL PAS TEMPS, POUR LA FRANCE, DE SE SAISIR DE CETTE SITUATION POUR RETIRER SON MASQUE DÉFRAÎCHI DE SAUVEUR DU MONDE ?

Face à cette situation, les chefs d’État de la Cedeao puis de l’Union africaine ont « suspendu » le Mali, enjoignant son « retour » à « l’ordre constitutionnel » et à « l’État de droit ». La France, soupçonnée d’être l’inspiratrice de cette injonction, a tenté d’entraîner l’ONU dans la voie des sanctions. Mais chacun sait que pour plusieurs des présidents signataires des sanctions, « l’ordre constitutionnel » et « l’État de droit » ne sont que des alibis pour leur mal-gouvernance et leur confiscation du pouvoir. Chacun peut comprendre que le peuple malien n’ait pas envie d’y « retourner ».

Durant toute cette période, le peuple malien et ses dirigeants ont fait preuve d’une grande maturité, distinguant soigneusement les autorités françaises et africaines des citoyennes et des citoyens de ces pays. N’est-il pas temps, pour la France, de se saisir de cette situation pour retirer son masque défraîchi de sauveur du monde et de modèle universel ? Pour mettre ses puissantes singularités et sa grande histoire en conversation sans surplomber les civilisations d’Afrique ? Pour s’associer avec volontarisme au rééquilibrage symbolique, économique et politique de notre planète où se tissent déjà tant de liens familiaux et amicaux transfrontaliers, désormais constitutifs de l’identité française ?

Cruelles sanctions

Pour toutes ces raisons, nous demandons à Paris d’intervenir au plus vite pour obtenir la levée immédiate des cruelles sanctions imposées au Mali. Elles ont notamment pour conséquence de compliquer les transferts d’argent de la diaspora malienne, souvent essentiels pour leurs familles. Nous encourageons également les autorités de transition à favoriser la mise en place, aussi vite que possible, d’instruments de contrôle démocratique du pouvoir, et notamment l’organisation d’élections libres et vérifiées.

Nous invitons aussi les autorités françaises à renoncer définitivement à faire la leçon à des pays qu’elle a longuement occupés, en violation flagrante du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Nous assurons enfin nos ami.e.s du Mali, de France et d’ailleurs, de notre engagement pour la construction d’une planète débarrassée de la domination des uns sur les autres, une planète équilibrée.

Jean-Joseph Boillot

Avec Jeune Afrique par Jean-Joseph Boillot

Economiste français, auteur de « Utopies made in Monde. Le sage et l’économiste »

Jean-Louis Sagot-Duveauroux

Avec Jeune Afrique par Jean-Louis Sagot-Duveauroux

Philosophe et dramaturge français