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RDC: l’Union européenne veut une enquête « urgente » sur la fosse commune

avril 10, 2015

RDC: l'Union européenne veut une enquête 'urgente' sur la fosse commune
RDC: l’Union européenne veut une enquête « urgente » sur la fosse commune © AFP

La représentation de l’Union européenne en République démocratique du Congo a appelé vendredi à ce qu’une enquête « urgente » soit menée sur la fosse commune découverte dans l’est de Kinshasa et qui suscite de nombreuses inquiétudes.

L’Union européenne « partage les interrogations qui se sont fait jour des différents côtés suite à la découverte d’une fosse commune à Maluku », indique un communiqué de la représentation.

Elle appelle donc à une « enquête urgente, transparente et crédible » sur ce dossier et se dit « prête à la soutenir par tous les moyens dont elle dispose ».

Selon les autorités de la ville-province de Kinshasa, la fosse commune de Maluku (à 80 km à l’est de Kinshasa) contient 421 corps – 300 mort-nés ou foetus, 23 corps abandonnés, 34 indigents et 64 personnes non identifiées – enterrés là pour désengorger la morgue générale de la capitale.

Les autorités ont démenti les rumeurs disant que la fosse pourrait abriter des victimes des troubles de janvier, lors desquels plusieurs dizaines de personnes ont été tuées – essentiellement à Kinshasa – lors de manifestations contre un projet de révision de la loi électorale.

La Belgique, l’ancienne puissance coloniale en RDC, a demandé une enquête « crédible » et « indépendante », de même que de nombreuses associations congolaises et l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch.

« Nous exigeons une enquête mixte interne et internationale, la sanctuarisation du site et l’autopsie de chaque corps », ont pour leur part déclaré jeudi un groupe d’opposants et d’organisations de la société civile.

Selon un document officiel que l’AFP a pu consulter, une enquête judiciaire a été ouverte sur la fosse commune à la demande du Bureau conjoint de l’ONU pour les droits de l’Homme (BCNUDH) en RDC. Les autorités se sont engagées à exhumer les corps si besoin.

En début de semaine, le site était accessible à tous. Mais « à ce jour nous avons pris des dispositions (. . . ) et nous l’avons sécurisé, nous avons placé une équipe pour que la fréquentation de ce site ne soit pas donnée à tout le monde », a souligné jeudi le procureur de Kinkole, Ghislain Mwehu Kahozi.

Le BCNUDH a expliqué à l’AFP que le site était désormais « protégé » par une « présence policière ».

Quant à l’enquête, « les descentes qui ont été effectuées l’ont été conjointement [avec] tous les services, avec même les services du Bureau conjoint des Nations Unies [pour les droits de l’Homme] », a souligné jeudi le général Charles Bisengimana, chef de la police congolaise.

Jeuneafrique.com avec AFP

Charnier de Maluku en RDC : Tshisekedi dénonce les « escadrons de la mort » de Kabila

avril 10, 2015

Étienne Tshisekedi en décembre 2011 à Kinshasa.
Étienne Tshisekedi en décembre 2011 à Kinshasa. © Gwenn Dubourthoumieu pour J.A.

Étienne Tshisekedi, le président de l’UDPS (opposition), a signé depuis Bruxelles un communiqué très violent à l’égard du pouvoir en RDC, suite à la découverte d’une fosse commune à Maluku.

Étienne Tshisekedi n’a rien perdu de sa verve. En tout cas pas celle qui jaillit de sa plume. Affaibli par des problèmes de santé qu’il traite à Bruxelles depuis de longs mois, le président de l’Union démocratique pour le progrès social (UDPS) a signé un communiqué au vitriol (voir ci-dessous), en date du 8 avril, au sujet de la découverte d’une fosse commune à Maluku contenant les corps de plus de 420 personnes non identifiées.

« Il ne fait aucun doute que les corps ensevelis en catimini ne peuvent qu’être des victimes des escadrons de la mort, utilisés et envoyés pour tuer comme toujours tous ceux qui s’opposent à un pouvoir illégitime, corrompu, prédateur, rejeté et honni par la majorité du peuple congolais. »

« Cet acte ignoble est une preuve supplémentaire du manque de considération de la vie humaine dans le chef des hommes au pouvoir », ajoute le Sphinx de Limete, sans nommer Joseph Kabila. Et de réclamer – comme la Belgique et la Monusco avant lui, « une commission d’enquête internationale, indépendante et crédible, pour que toute la lumière soit faite autour de cette macabre et véritable affaire d’État ».

Le cimetiere de Maluku, où 421 corps ont été inhumés le 19 mars 2015, dans la nuit. © Federico Scoppa/AFP

Version officielle mise en doute

L’existence de la fosse commune avait été signalée par la population de Maluku, à une centaine de kilomètres à l’est de Kinshasa, l’odeur pestilentielle des cadavres étant devenue insupportable.

Les autorités de la province de Kinshasa avaient justifié l’enterrement de nuit des défunts après avoir été accusées d’avoir profité du charnier pour se débarasser du corps d’opposants ou de jeunes délinquants armés (surnommés « kuluna »), suite aux vagues de répression de plusieurs manifestations anti-Kabila en janvier dernier et à l’opération « Likofi » (« coup de poing », en lingala) contre la criminalité dans les rues de la capitale.

« Le 19 mars 2015 (…) 421 personnes ont été inhumées », a déclaré le gouverneur par intérim de Kinshasa, Robert Luzolanu Mavema. « Il s’agissait de 300 mort-nés et (de) foetus (…) abandonnés dans les ruisseaux, dans les rivières et même les hôpitaux, de 23 corps qui ont été abandonnés, d’indigents, au nombre de 34, et de 64 personnes non identifiées », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’un nombre indéterminé de ces cadavres avait été remis par la Croix-Rouge.

Des ONG comme Human Rights Watch, la société civile et la communauté internationale ont exprimé leurs doutes sur cette version officielle. Le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a expliqué, vendredi 10 avril, qu’une enquête avait été ouverte pour faire la lumière sur cette affaire.

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Le communiqué intégral de l’UDPS :

RDC : qui sont vraiment les « 424 morts » enterrés dans la fosse commune de Maluku ?

avril 7, 2015

Le président Joseph Kabila à Kinshasa, en décembre 2011.
Le président Joseph Kabila à Kinshasa, en décembre 2011. © AFP

L’ONG américaine Human Rights Watch soupçonne les services de sécurité congolais d’avoir enterré des victimes de deux vagues de répression dans une fausse commune de la région de Kinshasa. Le gouvernement dément, mais n’autorise pas, à ce stade, l’exhumation des corps pour mener l’enquête.

C’est une odeur suspecte qui a alerté les riverains de Maluku, à une centaine de kilomètres de Kinshasa. La décomposition des centaines de corps inhumés nuitamment le 19 mars est rapidement devenue insupportable pour les villageois.

Selon le gouvernement congolais, qui a dû donner des explications le 3 avril, 424 corps ont été enterrés cette nuit-là. Selon lui, il s’agirait de dépouilles « d’indigents » que personne n’aurait réclamé et de fœtus ou d’enfants mort-nés.

Mais certaines ONG doutent de cette version officielle. Selon Human rights watch (HRW), il pourrait s’agir de victimes de l’ »opération Likofi », menée par la police entre novembre 2013 et février 2014 pour lutter contre les gangs Kuluna de Kinshasa, ou de la répression des manifestations et émeutes de janvier en réaction à un projet de réforme électorale. L’ONG a recensé respectivement 51 et 36 morts lors de ces deux vagues de répression.

Gouvernement divisé

Sur son compte twitter, la chercheuse de HRW Ida Sawyer a ainsi réclamé une « enquête rigoureuse et indépendante » pour « savoir si ces personnes disparues [lors de ces opérations] sont là », enterrées dans la fosse communue.

Le gouvernement congolais est apparu divisé face à cette demande. Le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Evariste Boshab, a d’abord évoqué la possibilité de procéder à des exhumations, en cas de doute. Mais lundi, le ministre de la Communication, Lambert Mende, a fermé cette porte, s’opposant à une telle opération.

Jeuneafrique.com par Pierre Boisselet