Posts Tagged ‘Mamady Doumbouya’

Urgent : Exil de ALPHA Condé par Mamady Doumbouya en France/Brazzaville..

septembre 16, 2021

Avec Nouvelles du Monde

Guinée : les putschistes annoncent des rencontres pour former un gouvernement

septembre 12, 2021

Mamady Doumbouya, le 10 septembre 2021 à Conakry, après une rencontre avec la mission dépêchée en Guinée par la Cedeao.

Les putschistes au pouvoir en Guinée ont annoncé l’ouverture à partir de mardi 14 septembre d’une série de rencontres pour préparer la formation d’un gouvernement.

Ces rencontres, annoncées samedi soir par les militaires à la télévision nationale, s’inscrivent dans le cadre de la « concertation » promise pour fixer les lignes d’une transition politique et former un gouvernement.

Les militaires, menés par le colonel Mamady Doumbouya, recevront mardi les chefs des partis politiques, puis ceux des confessions religieuses ; mercredi les organisations de la société civile, puis les représentations diplomatiques ; jeudi les patrons des compagnies minières implantées en Guinée, puis les organisations patronales ; vendredi les banques et les syndicats, indiquent les communiqués lus à la télévision.

Mission de la Cedeao

Le coup d’État a fait monter le prix de l’aluminium à son plus haut niveau depuis des années sur les marchés – la Guinée est l’un des premiers producteurs mondiaux de bauxite, principal minerai pour la production d’aluminium – et la junte s’est employée à rassurer les partenaires du pays de la poursuite des activités et du respect des engagements pris.

Les militaires qui ont déposé le président Alpha Condé le 5 septembre ouvriront cette concertation alors que la Cedeao doit à nouveau se prononcer sur les suites à donner au putsch. L’organisation ouest-africaine exige un « retour immédiat à l’ordre constitutionnel » et a suspendu la Guinée de ses organes de décision. Elle doit à présent examiner le rapport d’une mission dépêchée dans ce pays vendredi, avant de décider d’éventuelles nouvelles mesures.

« Toute manifestation de joie » interdite

Si la chute d’Alpha Condé a été saluée par des scènes de liesse, le comité militaire désormais à la tête du pays a cependant annoncé samedi soir l’interdiction de toute manifestation de soutien. Le colonel Doumbouya remercie les Guinéens de leur « adhésion massive à sa vision exprimée à travers des scènes de joie dans l’ensemble du pays. Toutefois le président (du comité) interdit toute manifestation de joie de quelque nature que ce soit », selon les termes d’un autre communiqué lu à la télévision.

La junte a aussi annoncé la mise à disposition d’un numéro vert pour dénoncer tout abus des forces de sécurité. Les abus de ces dernières sont constamment dénoncés par les défenseurs des droits humains.

Par Jeune Afrique avec AFP

Guinée: les putschistes sous pression, l’ex-président en bonne santé selon la Cédéao

septembre 10, 2021

Guinee: les putschistes sous pression, l'ex-president en bonne sante selon la Cedeao
Guinée: les putschistes sous pression, l’ex-président en bonne santé selon la Cédéao© AFP/Archives/CELLOU BINANI

Les militaires au pouvoir en Guinée ont reçu vendredi à Conakry une mission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui a dit avoir trouvé l’ex-président Alpha Condé en bonne santé, cinq jours après le putsch.

La Cédéao avait condamné le jour même le putsch mené par le chef des forces spéciales, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, contre M. Condé, 83 ans, vétéran de la politique ouest-africaine, exigeant sa libération et le « retour à l’ordre constitutionnel » dans ce pays pauvre mais regorgeant de ressources minières, notamment de bauxite.

« Nous avons vu le président, il va bien », a déclaré aux journalistes le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Alpha Barry.

« Nous avons vu le président ici au quartier général de la junte », a précisé le président de la Commission de la Cédéao, Jean-Claude Kassi Brou, confirmant que « le président Alpha Condé va bien ».

« Nous allons rendre compte à ceux qui nous ont mandatés et pour le reste on verra », a ajouté M. Brou avant le départ de la délégation pour l’aéroport de Conakry.

La délégation comprenait également la ministre des Affaires étrangères ghanéenne Shirley Ayorkor Botchwey, dont le pays assure la présidence tournante de l’organisation régionale, et ses homologues nigérian Geoffrey Onyeama, et togolais Robert Dussey.

Elle a d’abord rencontré pendant près de deux heures dans un grand hôtel de Conakry un représentant de la junte, le colonel Balla Samoura, selon une source diplomatique.

Après une interruption, les discussions à huis clos ont repris peu après 14H00 GMT, cette fois en présence du lieutenant-colonel Doumbouya, arrivé sous une imposante escorte militaire à bord de véhicules blindés.

Suspension de l’UA

Cette mission a coïncidé avec l’annonce par l’Union africaine (UA) de la suspension de la Guinée de ses instances, comme l’avait déjà fait la Cédéao mercredi lors d’un sommet par visioconférence.

Les dirigeants ouest-africains ont « exigé le respect de l’intégrité physique du président Alpha Condé », sa « libération immédiate », et « le retour immédiat à l’ordre constitutionnel ». Aucune sanction économique n’a été évoquée.

L’ambassade américaine a exprimé vendredi son « soutien » à l’initiative de la Cédéao, disant partager sa « profonde inquiétude » en raison notamment des possibles conséquences du putsch « sur la paix et la stabilité régionales ».

La Cédéao se retrouve dans une situation comparable à celle qu’elle a connue lors d’un putsch similaire au Mali voisin en août 2020. Elle avait alors pris des sanctions essentiellement économiques et suspendu le pays de l’organisation.

Ces sanctions avaient été levées à la suite de l’engagement des militaires maliens sur la voie d’une transition de 18 mois maximum pour rendre le pouvoir à des dirigeants civils issus d’élections. Mais la Cédeao a exprimé des inquiétudes croissantes sur le respect de ces échéances.

« Démocratie à terre »

Comme au Mali, les militaires guinéens peuvent se prévaloir d’une certaine popularité, comme en attestent les manifestations de joie observées dans différents quartiers de Conakry, encore alimentée par la libération mardi d’un premier groupe de dizaines d’opposants au régime déchu, et la floraison spontanée d’affiches à la gloire du lieutenant-colonel Doumbouya.

Réunis au sein d’un « Comité national du rassemblement et du développement » (CNRD), ils ont justifié leur coup de force par la nécessité de mettre fin à « la gabegie financière » ainsi qu’au « piétinement des droits des citoyens ».

Ils ont dissous le gouvernement et les institutions et aboli la Constitution qu’avait fait adopter M. Condé en 2020 et qui avait ensuite invoqué ce changement de loi fondamentale pour se représenter après deux mandats, malgré des mois de contestation réprimée dans le sang.

Les putschistes ont promis une « concertation » nationale en vue d’une transition politique confiée à un futur « gouvernement d’union nationale », sans autre précision, notamment en termes de calendrier.

Aucun décès lié au putsch n’a été rapporté officiellement. Mais des médias guinéens ont fait état d’une dizaine à une vingtaine de morts dans les rangs de la garde présidentielle, des informations invérifiables faute d’accès aux hôpitaux.

Parmi ses dernières décisions, le CNRD a annoncé jeudi soir le gel temporaire des comptes bancaires des établissements publics à caractère administratif et commercial, ainsi que des anciens membres du gouvernement, préalablement écartés au profit des secrétaires généraux de chaque ministère.

De leur côté, certains partisans de M. Condé laissaient percer leur amertume.

« La Guinée s’est battue toujours pour la démocratie et la démocratie étant vraiment instaurée, en un seul jour les militaires sont venus vraiment mettre cette belle démocratie à terre », a déclaré à l’AFP Victor Léno, enseignant et membre de la jeunesse de l’ex-parti au pouvoir.

Un responsable du parti, Mahmoudou Traoré, a pour sa part incité à la vigilance envers les putschistes, citant l’exemple d’autres pays. Selon lui, « quand les militaires disent +nous venons pour un petit temps+ ils vont faire plus de 5, 6 ou 7 ans » au pouvoir.

Par Le Point avec AFP

Guinée : pourquoi les militaires doivent retenir les groupes miniers

septembre 9, 2021

Travailleur du consortium franco-sino-singapourien SMB, dans le port minéralier de Katougouma, près de Boké,en Guinée, en janvier 2019 .

Le nouveau régime à Conakry doit préserver la production de bauxite – dont le pays possède d’immenses réserves. Mais le rapport de force n’est pas aussi équilibré qu’on l’imagine.

La Guinée fournit environ un quart de la bauxite mondiale, utilisée dans la fabrication de l’aluminium. Elle dispose également d’importantes réserves inexploitées de minerai de fer dans la chaîne de Simandou, dans le sud-est du pays. De fait, le coup de force qui a eu lieu le 5 septembre, portant au pouvoir le colonel Mamady Doumdouya, inquiète producteurs et acheteurs.

Pour autant, la junte militaire a tenté de rassurer les mineurs en annonçant être « très désireuse de consolider les relations avec ce qui constitue des contributeurs très importants aux revenus fiscaux et aux recettes étrangères en Guinée », explique Simon Hudson-Peacock, analyste des investissements miniers chez S2 Research au Cap. « Il est possible que le régime fiscal soit révisé, mais l’expropriation est peu probable », poursuit-il.

CETTE GUINÉE QUE LES OPÉRATEURS CONSIDÉRAIENT AUTREFOIS COMME UN ENVIRONNEMENT OPÉRATIONNEL STATIQUE ET STABLE A VÉCU

Ainsi, la junte militaire a maintenu les portes ouverts aux exportations, levé le couvre-feu dans les zones minières et exhorté les mineurs à poursuivre leurs activités. Enfin, cette dernière a promis la poursuite des contrats signés sous l’administration Condé. « Il n’y a aucune raison de penser que les contrats sont sur le point d’être rompus », affirme Indigo Ellis, directrice associée d’Africa Matters à Londres.

Pénurie de nouveaux capitaux ?

Pour autant, de nombreuses interrogations subsistent. « Cette Guinée que les opérateurs considéraient autrefois comme un environnement opérationnel statique et stable – avec un leadership relativement prévisible malgré une mauvaise gouvernance – a vécu », déplore pour sa part l’analyste Indigo Ellis.

Au demeurant, le financement de projets dans le pays sera plus difficile à court terme car le profil de risque-pays est très élevé, complète Simon Hudson-Peacock. En dehors du secteur minier, le pays dispose de peu de sources de devises étrangères. « Les nouveaux dirigeants manqueraient de perspicacité s’ils n’adoptaient pas une approche financièrement pragmatique de la « poule aux œufs d’or », a expliqué l’analyste.

LES DÉTENTEURS DE LICENCES RÉFLÉCHIRONT « DEUX FOIS PLUS » AVANT D’ENGAGER DE NOUVEAUX CAPITAUX DANS LE PAYS

Il n’en reste pas moins que les accords négociés par les groupes miniers en Guinée sont désormais soumis au bon vouloir d’un nouvel exécutif autoproclamé. Les détenteurs actuels de concessions sont « certainement nerveux à l’idée de perdre leurs droits », estime François Conradie, économiste politique principal chez NKC African Economics, en Afrique du Sud.

Ce dernier ajoute que tout accord conclu avec le Comité national pour la réorientation et le développement (CNRD) de Doumbouya, considéré comme une « junte anticonstitutionnelle », sera plus vulnérable à une contestation ultérieure que les accords conclus avec le gouvernement déchu du président Alpha Condé. Pour François Conradie, les détenteurs de licences réfléchiront « deux fois plus » avant d’engager de nouveaux capitaux dans le pays, tant qu’un nouveau gouvernement constitutionnel ne sera pas mis en place. Ce qui selon cet économiste peut prendre au moins un an.

Le plus inquiétant pour l’industrie minière est le remplacement des gouverneurs provinciaux par des officiers militaires, juge la directrice associée d’Africa Matters. Elle s’attend à une augmentation de la recherche de rentes à bas niveau de la part des responsables militaires, probablement en utilisant des barrages routiers autour des zones d’exploitation de la bauxite.

SI LES PAYS CHOISISSENT D’ÉVITER LA GUINÉE, IL Y AURA BEAUCOUP D’AUTRES GISEMENTS À ÉVALUER

Pouvoir de négociation

L’impact du coup d’État se fera sentir sur le calendrier de l’approvisionnement, ajoute Simon Hudson-Peacock. Il faut de nombreuses années entre l’exploration et la production. De fait, cela pourra avoir un impact sur l’approvisionnement à court et moyen terme. Mais, selon cet analyste, le pouvoir de négociation appartient aux groupes miniers.

La bauxite et le minerai de fer étant parmi « les minéraux les plus omniprésents sur terre. Si les pays choisissent d’éviter la Guinée, il y aura beaucoup d’autres gisements à évaluer », explique-t-il. En conclusion : la junte militaire a plus besoin des miniers que l’inverse.

Avec Jeune Afrique par David Whitehouse

Coup d’État en Guinée : le chef putschiste Mamady Doumbouya promet un gouvernement « d’union »

septembre 6, 2021

Avec France24

Guinée: Sous le parapluie, Alpha Condé ignorait les ambitions de l’élève

septembre 6, 2021

Mamady Doumbouya, bon et grand légionnaire, façonné et sorti du moule français, suscitait l’admiration d’Alpha Condé.

Après avoir reçu tant d’échos de la part de la France, des qualités et prouesses de son ressortissant faisant l’honneur et la fierté de la Guinée. Il le fait venir pour organiser et assurer sa sécurité. Or grave erreur. Il en a pris à ses dépens.

Aujourd’hui, l’élève admiré et discipliné est devenu le maître adulé et acclamé par la population.

Celui qui te porte la parapluie, – s’il le retire – tu te mouilles sous la pluie, sans pitié.

Bernard NKOUNKOU-BOUESSO

Guinée, Mali : les forces spéciales menacent-elles la démocratie ?

septembre 6, 2021
Des membres des forces armées guinéennes célèbrent l’arrestation du président Alpha Condé, lors du coup d’État à Conakry, le 5 septembre 2021.

Que ce soit Assimi Goïta au Mali ou Mamady Doumbouya en Guinée, le président en exercice a été renversé par le chef des forces spéciales, dans les deux cas. De quoi s’interroger sur le rôle de ces unités militaires d’élite et leur rapport avec le politique.

Avec le coup d’État mené en Guinée le 5 septembre 2021 par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, il n’a échappé à personne que cet officier à la tête du Groupement des forces spéciales (GFS) commandait le même type d’unité militaire que le colonel Assimi Goïta, à la tête de la Transition malienne après un double coup d’État en août 2020 et mai 2021. Ce dernier commandait plus précisément le bataillon autonome des forces spéciales (BAFS).

Si la similitude relevée s’arrêtait là, on pourrait penser que c’est normal : ils sont tous les deux à la tête de l’une des unités les plus équipées et les mieux entraînées de leurs armées. Dès lors, l’initiative d’un coup d’État présente a priori moins de risque et donc plus de chance de succès.

Mais les commentaires des internautes et même de certains « spécialistes » tendent parfois à stigmatiser ces unités et donc à envisager leur démantèlement là où elles existent, et le statu quo là où elles n’existent pas, au motif incongru qu’elles seraient source de déstabilisation politique.

Ce faisant, on traiterait encore une fois par des soins cosmétiques approximatifs, la conséquence d’un problème purement politique, et non sa cause profonde.

Réforme de la défense guinéenne

Depuis 2010, la Guinée a mené, avec le soutien des partenaires techniques et financiers internationaux, une vaste réforme du secteur de la sécurité afin de  professionnaliser les Forces de défense et de sécurité, de mieux les préparer à assurer leurs missions, et surtout de les dépolitiser.

Ce dernier objectif n’est sans doute pas atteint et ce dernier coup d’État est à la fois le symptôme de cette incapacité à contenir les velléités putschistes de l’armée et à gouverner légitimement au service de l’intérêt général.

Pour autant, la réforme ne peut absolument pas être considérée globalement comme un échec. Si le pays a pu satisfaire les exigences onusiennes en déployant 712 personnels dont un bataillon de 650 Casques bleus de la Minusma à Kidal, c’est déjà une réussite. Surtout qu’une partie du personnel est armée par le GFS comme c’est le cas en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays africains déployant des contingents dans les opérations de paix des Nations Unies.

La conjoncture politique, les turbulences et les aléas liés aux ambitions démesurées et au mépris des règles démocratiques par des politiques imbus de leur arrogance ne doivent pas faire occulter les impératifs sécuritaires censés être pris en charge par des unités telles que les forces spéciales, capables d’agir de manière autonome et décisive dans un environnement hostile.

Forces spéciales, un rempart indispensable

Face au terrorisme, au grand banditisme, aux prises d’otages complexes et autres actes criminels de grande ampleur, les forces spéciales par leurs capacités d’intervention rapide et robuste, restent un rempart dont aucun État, aucune armée ne choisirait raisonnablement de se priver.

Si même les seuls faits d’armes des Forces spéciales maliennes et guinéennes étaient d’avoir capturé des présidents à la légitimité discutable, leur démantèlement ne serait qu’un coup d’épée dans l’eau, car le danger peut venir de partout : des armées comme des insurgés qui ont en commun avec la population, de rejeter des régimes corrompus et déconnectés des aspirations des jeunes, largement majoritaires et suffisamment marginalisés.

Pour des raisons à peu près similaires, l’arme blindée-cavalerie est restée sous-équipée au Bénin pendant longtemps au motif que les putschistes des années 1960 et 1970 y provenaient. Au Burkina Faso, le régiment de sécurité présidentiel (RSP) de Blaise Compaoré a été dissous après sa chute en 2014 alors qu’il aurait pu être restructuré pour capitaliser les savoir-faire acquis et les réinvestir dans la lutte anti-terroriste.

Ne pas agir sous le coup de l’émotion

Les coups d’État constitutionnels et les coups d’État militaires constituent déjà des causes de recommencements perpétuels de la marche de l’Afrique subsaharienne francophone vers la stabilité politique et le progrès économique. Avec des outils de défense relativement précaires, il ne faudrait surtout pas agir sous le coup de l’émotion, par des décisions hâtives et sans discernement, en amputant les armées d’un bras opérationnel indispensable à la bonne exécution de leurs missions.

Nul ne sait où cette énième transition conduira la Guinée. Les promesses des militaires impréparés à l’exercice du pouvoir d’État se heurtent toujours face aux dures réalités du pouvoir politique. Pour peu que l’outil de défense peut être préservé, même avec ses insuffisances, il faut limiter la casse pour que le nouveau démarrage ne soit pas un retour à la case départ.

Avec Jeune Afrique par  Oswald Padonou

Docteur en sciences politiques. Enseignant et chercheur en relations internationales et études de sécurité

Guinée : Alpha Condé arrêté par les putschistes

septembre 5, 2021
Alpha Condé, entouré des militaires des Forces spéciales qui ont procédé à son « arrestation », le dimanche 5 septembre 2021.

Depuis le début de la matinée, le quartier du palais présidentiel était le théâtre de tirs nourris. Ce putsch est mené par le Groupement des forces spéciales, dirigé par Mamady Doumbouya.

Entouré de militaires en treillis, masqués et les armes à la main, Alpha Condé apparaît sur un canapé du palais présidentiel. Le président guinéen est comme sonné, la chemise entre-ouverte, les pieds nus. « Est-ce qu’on a touché à un seul de vos cheveux ? On vous a brutalisé, Excellence? » lui demande un militaire dans une vidéo tournée à Sékoutoureya. Alpha Condé, 83 ans, semble aller bien mais reste silencieux. Il n’aura fallu que quelques heures aux putschistes pour se saisir de celui qui dirigeait le pays depuis onze ans.

Mamady Doumbouya

Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, commandant des Forces spéciales guinéennes, lors d’un défilé militaire en 2019.

Tout est allé très vite. Cette journée folle à Conakry a débuté aux alentours de 8h. Des tirs nourris et à l’arme lourde ont été entendus tout au long de la matinée aux abords de Sékoutoureya, le palais présidentiel où se trouvait alors le chef de l’État. Selon des photos, il aurait depuis été emmené hors du palais présidentiel.

À la mi-journée, une déclaration de Mamady Doumbouya, un Malinké originaire de la région de Kankan, a circulé sur les réseaux sociaux. Selon les informations de Jeune Afrique, c’est ce lieutenant-colonel et ses hommes du Groupement des forces spéciales (GPS), une unité d’élite de l’armée aussi bien entrainée qu’équipée, qui sont à l’origine du coup d’État.

Dans cette vidéo, béret rouge sur la tête et lunette de soleil sur le nez, entouré de deux militaires, Mamady Doumbouya annonce que « la situation socio-politique et économique du pays, le dysfonctionnement des institutions républicaines, l’instrumentalisation de la justice, le piétinement des droits des citoyens, la gabegie financière […] ont amené l’armée républicaine à prendre ses responsabilités vis-à-vis du peuple de Guinée. »

Il annonce aussi la dissolution de la Constitution, du gouvernement, des institutions et la fermeture des frontières. Enfin, il annonce qu’un « Comité national du rassemblement et du développement, CNRD » a pris le pouvoir.

Alpha Condé aux mains des putschistes

Ancien légionnaire de l’armée française, Mamady Doumbouya avait été rappelé en Guinée pour prendre la tête du GPS en 2018. Ces derniers mois, sa volonté d’autonomiser le GPS par rapport au ministère de la Défense avait suscité la méfiance du pouvoir de Conakry. En mai, des rumeurs infondées faisant part de sa possible arrestation avaient même circulé dans la capitale guinéenne.

LES FORCES FIDÈLES À ALPHA CONDÉ N’ONT PAS DIT LEUR DERNIER MOT

Celui qui apparaît aujourd’hui comme le chef des putschistes a appelé ses « frères d’armes à l’unité » et à rester dans leurs casernes. C’est bien l’interrogation majeure à cette heure : les hommes du GPS vont-ils être suivis par le reste de l’armée ? « Les forces fidèles à Alpha Condé n’ont pas dit leur dernier mot, mais le président est bel et bien entre les mains des putschistes », a affirmé à Jeune Afrique un proche du chef de l’État.

Arrivé au pouvoir en 2010, Alpha Condé a été réélu en 2020 pour un troisième mandat après une révision de la Constitution controversée.

Par Jeune Afrique