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Fête du Canada : célébrations sur fond de manifestations, mais aussi de réconciliation

juillet 1, 2022

Des travailleurs transportent des planches de bois devant une scène aux couleurs du drapeau canadien.

Regardez notre émission spéciale sur les célébrations de la fête du Canada, avec Céline Galipeau. Photo : La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

Aux traditionnelles activités festives du 1er juillet – grands spectacles, feu d’artifice, allocutions politiques, etc. – s’ajouteront cette année des manifestations contre les restrictions liées à la COVID-19 et le gouvernement Trudeau dans la capitale fédérale, épicentre des célébrations.

Le premier ministre Justin Trudeau, le ministre du Patrimoine, Pablo Rodriguez, et la gouverneure générale Mary Simon prendront la parole en mi-journée pour donner le coup d’envoi des festivités. Leur allocution sera précédée d’une cérémonie de réflexion autochtone.

Je sais que ce n’est pas tout le monde qui a le cœur à la fête en raison des torts historiques du Canada. Même si on ne peut pas changer l’histoire, on peut continuer notre travail pour bâtir un meilleur avenir, a souligné plus tôt M. Trudeau dans une allocution vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

Le Canada est notre pays. À l’occasion de la fête du Canada, engageons-nous à bâtir un pays où chacun a sa place, a écrit pour sa part Mme Simon.

C’est à 20 h que débutera le grand spectacle de la fête du Canada. Charlotte Cardin, Ariane Moffatt, Sarahmée, Salebarbes, Sebastian Gaskin et Cindy Bédard, entre autres, fouleront les planches de la grande scène qui, contrairement aux années passées, n’a pas été installée devant le parlement. Les prestations auront plutôt lieu au parc des Plaines-LeBreton, un peu plus à l’ouest, puisque l’édifice du Centre fait l’objet d’importants travaux de restauration.

Le traditionnel feu d’artifice qui clôt les festivités est prévu à 22 h.

Manifestations et sécurité accrue

La foule autour du Monument commémoratif de guerre du Canada.

La foule était nombreuse jeudi, vers 18 h, au Monument commémoratif de guerre du Canada. Photo : CBC/Chris Rands

Même si elle n’accueille pas de spectacles, la colline du Parlement ne sera pas tranquille pour autant.

Une nouvelle série de manifestations contre les restrictions liées à la pandémie de COVID-19 est prévue vendredi au centre-ville d’Ottawa. Les organisateurs prévoient marcher de l’édifice de la Cour suprême du Canada à l’hôtel de ville d’Ottawa dans l’après-midi et organiser une soirée dansante sur la colline du Parlement en soirée.

Jeudi soir, lors d’une manifestation au Monument commémoratif de guerre, la police a arrêté quatre personnes pour des incidents, notamment des agressions contre des policiers.

Bien que la police ait prévu des mesures pour éviter les débordements vendredi, il pourrait être difficile de contenir les manifestants en raison de la présence de milliers de personnes. La Ville d’Ottawa a aussi mis en place une zone de contrôle des véhicules autour de la colline du Parlement.

Ailleurs au pays

Plusieurs personnes réunies à Halifax auront quant à elles l’occasion de célébrer leur première fête du Canada à titre de citoyens, puisque le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser, prendra part à une cérémonie de citoyenneté dans la capitale néo-écossaise.

À Montréal, des membres des Forces armées canadiennes et de la GRC procéderont à une salve d’honneur pour la fête du Canada à 13 h.

La métropole québécoise aura elle aussi son spectacle en soirée dans le Vieux-Port mettant en vedette Mateo, Samian, Naomi, Annie Villeneuve, Marc Dupré, et Joseph Edgar.

Radio-Canada avec les informations de La Presse canadienne

Algérie-France : le général de Gaulle a été informé du massacre du 17 octobre 1961

juin 8, 2022

Des archives inédites de la présidence française révèlent que de Gaulle avait été informé de l’ampleur de la répression, sur ordre de Maurice Papon, des manifestations du 17 octobre 1961. Un crime d’État resté impuni qui a fait entre 200 et 300 morts.

Des Algériens arrêtés lors de la manifestation du 17 octobre 1961, à Paris. © UPI/AFP

Le général de Gaulle n’ignorait rien du massacre du 17 octobre 1961 qui a fait plusieurs dizaines de victimes parmi les Algériens au cours d’une manifestation pacifique à Paris sauvagement réprimée par la police.

Selon les archives déclassifiées citées par le site d’information Mediapart, le président de la République a été informé de l’ampleur du massacre et s’en est indigné, demandant même que toute la lumière soit faite. Mais le général de Gaulle n’a pas pris de sanction contre le préfet de police de Paris, Maurice Papon, principal responsable de cette tuerie.

Exécutions, noyades, lynchages

Mardi 17 octobre 1961, cinq mois avant la fin de la guerre d’Algérie, plus de 30 000 Algériens manifestent pacifiquement contre le couvre-feu imposé le 4 octobre aux « musulmans d’Algérie » et contre la répression organisée par le préfet de police Maurice Papon.

La réaction de la police sera d’une brutalité inouïe. Exécutions, noyades, lynchages… La répression fera officiellement 3 morts. Mais selon d’autres sources, le bilan de ces violences qui se sont poursuivies tout au long de la nuit du 17 octobre ont fait entre 200 et 300 morts.

Dans les archives déclassifiées, Mediapart a ainsi retrouvé une note datée du 28 octobre 1961, rédigée par Bernard Tricot, conseiller du général de Gaulle pour les affaires algériennes, dans laquelle il indique au président que ces manifestations ont fait 54 morts. « Les uns auraient été noyés, les autres étranglés, d’autres encore abattus par balles, explique Bernard Tricot. Les instructions judiciaires ont été ouvertes. Il est malheureusement probable que ces enquêtes pourront aboutir à mettre en cause certains fonctionnaires de police. »

Le 6 novembre, le même fonctionnaire adresse une seconde note dans laquelle il expose une « question d’ordre gouvernemental » et fait part de « la découverte dans la région parisienne, depuis le 22 octobre, des cadavres d’un certain nombre de Musulmans algériens ».

Au président de la République, le conseiller pour les affaires algériennes écrit encore qu’il a besoin de « savoir si on se bornera à laisser les affaires suivre leur cours, auquel cas il est probable qu’elles s’enliseront, ou si le ministre de la Justice [Bernard Chenot], ainsi que le ministre de l’Intérieur [Roger Frey] doivent faire savoir aux magistrats et officiers de la police judiciaire compétente que le gouvernement tient à ce que la lumière soit faite ».

Il poursuit : « Il importe beaucoup, semble-t-il, que le gouvernement prenne dans cette affaire une position qui, tout en cherchant à éviter le plus possible le scandale, montre à tous les intéressés que certaines choses ne doivent pas être faites et qu’on ne les laisse pas faire. »

« Il faut poursuivre les coupables »

Réponse manuscrite du général de Gaulle retrouvée dans les archives déclassifiées : « Il faut faire la lumière et poursuivre les coupables. Il faut que le ministre de l’Intérieur prenne vis-à-vis de la police une attitude d’“autorité”, qu’il ne prend pas, et qui, d’ailleurs, n’exclut nullement, bien au contraire, la “protection”. »

Mais aucune mesure ne sera prise contre les policiers et responsables qui ont ordonné et couvert ce massacre. Les poursuites judiciaires, pourtant encouragées par le président de Gaulle, ont été abandonnées en mars 1962 à la suite de la promulgation d’une loi d’amnistie portant sur tous les crimes et délits « en relation avec les événements d’Algérie ».

Les ministres de l’Intérieur et de la Justice, ainsi que le préfet Maurice Papon ont été maintenus dans leurs fonctions. Ce dernier, qui a toujours nié les violences policières, a été condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l’humanité pour son rôle dans la déportation de juifs entre 1942 et 1944.

Il faudra attendre octobre 2021 pour que la présidence française reconnaisse pour la première fois que « près de 12 000 Algériens furent arrêtés et transférés dans des centres de tri au stade de Coubertin, au Palais des sports et dans d’autres lieux. Outre de nombreux blessés, plusieurs dizaines furent tués, leurs corps jetés dans la Seine ». Dans un communiqué, le président Emmanuel Macron a évoqué des « crimes inexcusables » commis « sous l’autorité de Maurice Papon ».

Par Jeune Afrique avec AFP

En Guinée, les manifestations politiques désormais « interdites »

mai 15, 2022

La junte au pouvoir en Guinée a annoncé l’interdiction des manifestations politiques de rue, deux jours après l’adoption par l’organe législatif qu’elle a mis en place d’une transition de trois ans avant le retour des civils au pouvoir.

Mamadi Doumbouya après une rencontre avec des représentants de la Cedeao, à Conakry, le 10 septembre 2021. © Sunday Alamba/AP/SIPA

« Toutes manifestations sur la voie publique, de nature à compromettre la quiétude sociale et l’exécution correcte des activités contenues dans le chronogramme (de transition) sont interdites pour l’instant jusqu’aux périodes de campagne électorale », écrit le Comité national du rassemblement pour le développement (CNDR), dans un communiqué publié dans la soirée du vendredi 13 mai.

« Pour mener à bien le chronogramme de la transition et de la politique de refondation enclenchés depuis le 5 septembre 2021 (date du renversement du président Alpha Condé, ndlr), le CNRD invite l’ensemble des acteurs politiques et sociaux à circonscrire aux sièges de leurs formations toute forme de manifestation ou regroupement à caractère politique », affirme le communiqué du CNRD.

Transition de trois ans

L’organe principal de la junte, dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya, « réitère à l’opinion nationale et internationale qu’il n’est ni candidat à une élection, ni proche d’un parti politique ». Il prévient que « tout manquement » aux décisions annoncées vendredi « entraînera pour leurs auteurs des conséquences de droit ».

Le Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif mis en place par la junte, a fixé mercredi à trois ans la durée de la transition avant le retour des civils au pouvoir. Cette décision du CNT, qui fait office de Parlement de transition, doit être validée par le colonel Dombouya à une date non précisée. Une coalition formée du parti de l’ex-président Alpha Condé et de formations de l’opposition sous le pouvoir de ce dernier a dénié à l’organe législatif la prérogative de fixer la durée de la transition.

En septembre, après le putsch contre le président Condé, la Cedeao avait « insisté pour que la transition soit très courte », et que des élections soient organisées dans un délai ne dépassant pas « six mois ». L’organisation ouest-africaine a suspendu la Guinée après le putsch du 5 septembre et lui a imposé des sanctions à la suite du refus de la junte de se conformer à ses exigences.

Jeune Afrique avec AFP

Enseigner le français en terrain hostile au temps de la loi 96

mai 7, 2022

« Ça me heurte. Ça me décourage. Je me demande à quoi je sers. » Incursion dans la vie de professeurs de français au Cégep John Abbott alors que la colère gronde sur le campus du West Island contre le projet de Québec de rénover la loi 101.

Un jeune homme brandit une pancarte contre la loi 96

Une centaine d’étudiants et de professeurs ont manifesté contre le projet de loi 96 sur le campus du Cégep John Abbott dans l’ouest de l’île de Montréal. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Will McClelland, 43 ans, est professeur d’anglais au Cégep John Abbott. Il est fier de dire que sa famille est établie au Québec depuis 1834. Il regrette, par ailleurs, que son français ne soit pas assez bon pour répondre à nos questions dans cette langue qu’il trouve trop difficile à maîtriser.

Je n’ai pas très très bilin[gue], dit-il. Pourquoi? je demande. You could also ask : why don’t I play hockey better? Well, not everyone can be Guy Lafleur! (Vous pourriez aussi me demander pourquoi je ne suis pas meilleur au hockey, mais tout le monde ne peut pas être Guy Lafleur), ironise-t-il, derrière ses lunettes fumées.

Monsieur McClelland, comme beaucoup de professeurs du cégep, est venu manifester contre le projet de loi 96 en compagnie d’une centaine d’étudiants qui scandent des slogans sur le campus avec beaucoup de conviction. NO 96! Fuck that shit! (Non à 96! À bas cette merde!)

Mis à part cet événement lié à l’actualité, l’endroit semble figé dans le temps. Un magnifique campus à l’allure britannique, des pelouses déjà vertes devant un lac Saint-Louis scintillant.

Le Cégep John Abbott, dans le West Island, est entouré de vieilles demeures élégantes rappelant que ce coin de l’île de Montréal constituait, au début du 20e siècle, un refuge champêtre pour les familles les plus riches du Québec. Les Angus, les Morgan, les Abbott, etc.

Le professeur d’anglais tient fièrement une pancarte sur laquelle on peut lire : Bill 96, une autre loi raciste. Pourquoi raciste? La réponse du professeur évite la question. En fait, dit-il, il en a contre l’ampleur de la loi : Ce n’est pas une loi, c’est une loi omnibus de 290 pages. C’est beaucoup trop gros.Il pose avec sa pancarte contre le projet de loi 96.

Will McClelland, 43 ans, est professeur d’anglais au Cégep John Abbott. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Malgré le fait qu’il ne parle pas vraiment la langue, le professeur McClelland célèbre le fait français au Québec. Il évoque de jolies filles québécoises qui l’ont gentiment aidé à pratiquer un peu. Will McClelland affirme que le Canada tire sa richesse de sa dualité linguistique. Nous ne voulons pas que le Québec devienne La Nouvelle-Orléans, assure-t-il. Mais la loi 96? Ça, c’est non. Il y a des moyens plus amusants et plus sexy que cette loi pour protéger le français, pense-t-il.

Depuis 2001, les anglophones sont minoritaires dans les cégeps de langue anglaise comme John Abbott. En 2018, selon le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, près de 40 % de leurs étudiants étaient allophones, 21 % étaient francophones. Pour freiner la tendance qui voit de plus en plus d’étudiants francophones et allophones se diriger vers les cégeps anglophones, le projet de loi 96 propose un gel des places dans le réseau anglophone.

En outre, à la suggestion du Parti libéral du Québec, la loi prévoit l’ajout de trois cours additionnels de français dans le réseau collégial anglophone pour les ayants droit, c’est-à-dire les anglophones du Québec. Pour les étudiants allophones et francophones dans le réseau anglophone, le ministère prévoit plutôt que des cours y soient donnés en français. Le projet de loi prévoit aussi que les étudiants francophones et allophones passent dorénavant l’épreuve uniforme de français pour obtenir leurs diplômes. Les ayants droit en seront dispensés.

Pourtant, Noah Kaufman, 19 ans, est complètement paniqué. Noah fait partie des ayants droit. Issu de la communauté anglophone du Québec, il a fait ses études secondaires en anglais à Pointe-Claire. Le jeune homme scande sa colère contre la loi 96 bien en avant dans le cortège d’étudiants. La manifestation est filmée par les réseaux de télévision anglophones CBC et CTV.

Avec cette nouveau loi, ça va faire beaucoup plus difficile pour passer le cégep. On doit opposer cette loi beaucoup, dit-il dans un français laborieux, mais compréhensible. Noah insiste : il aime et respecte les francophones, mais il veut défendre les droits des anglophones du Québec. Voici à quoi ressemble 50 %,  peut-on y lire sur sa pancarte

Jenna n’est pas seulement opposée à la loi 96. Elle en a aussi contre la loi sur l’affichage commercial, adoptée en 1988 par le Parti libéral du Québec Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Plus loin dans la manifestation, Jenna, 18 ans. Elle a étudié en français au secondaire. Allophone, c’est une enfant de la loi 101. Elle aussi est venue manifester avec enthousiasme contre la loi 96. Or, elle a fabriqué une pancarte qui peut porter à confusion. Voici à quoi ressemble 50 % peut-on y lire.

Je lui demande d’expliquer le slogan, elle me raconte. En fait, c’est un message pour se moquer des dispositions de la loi 178 sur la prédominance du français dans l’affichage commercial, adoptée en 1988 par le Parti libéral de Robert Bourassa, à une époque où Jenna n’était évidemment pas de ce monde, mais elle estime que cette loi n’aurait pas dû être adoptée, affirme-t-elle, en anglais.

Officiellement, la manifestation a été organisée par l’association étudiante. La présidente de l’association est une jeune femme affable, Ivana Riveros-Arteaga. Je veux étudier en loi (droit) dit-elle. D’entrée de jeu, elle spécifie que les étudiants aiment le français. Elle a d’ailleurs demandé à des camarades de ne pas sortir une affiche du local de l’association sur laquelle on peut lire : LOI 96, une autre loi raciste, mais explique que si 96 n’est pas raciste, elle est discriminatoire. L’ajout de cours de français, plaide-t-elle, c’est une barrière. Ça va faire baisser notre cote R.

L’ajout de cours de français est aussi vu par la direction du cégep comme un frein à la réussite. D’ailleurs, la manifestation est encouragée par la haute direction de l’établissement. En effet, le 27 avril dernier, la direction générale du cégep a enjoint à son personnel de manifester contre la loi 96 aux côtés des étudiants. S’ils étaient contre la loi, évidemment.

Les collèges anglophones veulent augmenter les compétences en français de leurs étudiants, mais pas au détriment de leur réussite, écrivait, notamment, dans cette note John Halpin, directeur général de l’établissement.Bill 96 : une autre loi raciste, peut-on lire sur une affichette contre la loi 96 sur le campus de John Abbott.

Bill 96 : une autre loi raciste, peut-on lire sur une affichette sur le campus de John Abbott, au local de l’association étudiante. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Enseigner le français en terrain hostile

La direction fait une équation entre échec et français. Le français devient un cours écueil, déplore un professeur en soupirant. Je suis découragé. Il ajoute : J’ai beaucoup de peine, en fait. Le professeur évoque, en outre, une réunion syndicale récente qui a tourné au vinaigre. L’exécutif du syndicat des professeurs, affilié à la CSN, a fait témoigner une jeune Autochtone qui avait échoué à son cours de français et présenté cet échec comme un exemple de discrimination systémique. Ensuite, beaucoup de nos collègues se sont mis à dire que l’apprentissage du français nuisait aux étudiants en général, se souvient-il, encore marqué, ébranlé, par les propos de certains collègues.

Nous nous sommes longuement entretenus avec cinq professeurs du Département de français du Cégep John Abbott. Nous les nommerons : professeurs 1, 2, 3, 4, 5. Nous adopterons aussi le masculin pour éviter de désigner leur genre, puisque nous avons accepté qu’ils témoignent sous couvert de l’anonymat afin de ne pas nuire à leurs relations avec leurs élèves et leurs collègues. Ils ne sont pas tous nés au Québec, mais ont tous en commun d’aimer le français, la littérature, le cinéma, la culture et de s’être donné comme mission de faire aimer et connaître minimalement cette culture à leurs étudiants.

Les professeurs consultés nous ont tous dit, d’entrée de jeu, que John Abbott était une société distincte et que le rapport au français des étudiants serait sans doute plus positif si on sondait des professeurs de français dans d’autres cégeps anglophones du Québec. John Abbott, c’est comme un bastion du privilège anglophone de ne pas parler français, a résumé le professeur 2.

Ce professeur 2 s’attriste aussi de la tension engendrée par le projet de loi 96. J’ai des amis, j’ai des collègues anglophones que j’admire beaucoup, que j’aime. Ils sont respectueux. Me parlent en français. Ils aiment le français. On a tissé des ponts qui sont fragiles, je ne voudrais pas qu’ils sombrent, affirme l’enseignant, qui avoue pleurer parfois de désespoir devant une hostilité peu subtile. Il évoque des scènes où, quand il parle français, des membres de la direction ou des collègues réagissent mal.

Professeur 2 n’est pas en faveur de la loi 96, mais il est embêté. Les niveaux de français, même chez les plus forts, même chez les étudiants francophones, sont trop souvent lamentables. Je n’arrive pas à comprendre comment des élèves peuvent se rendre au cégep en ayant si peu de maîtrise de la langue. Il souhaiterait ne pas devoir imposer par une loi aux étudiants l’apprentissage du français.

Les professeurs 1, 3 et 5 constatent aussi que le niveau de français est très faible même au sein des groupes dits forts. Professeur 3 spécifie que, souvent, ce sont les allophones qui sont passés par les programmes de francisation qui sont les meilleurs et les plus ouverts à la culture francophone.

Le professeur 4 s’en prend à ceux qui disent, dans les médias, que le français n’est pas menacé au Québec. J’aimerais que ces gens viennent dans ma classe quelques semaines et enseignent à des enfants dont un des parents est francophone, mais qui disent, toujours, à la fin de leur cégep : Je suis 18 ans et mon maison est bleue.Des manifestants brandissent leurs pancartes contre la loi qui vient renforcer le français au Québec.

Manifestation contre la loi 96 au Cégep John Abbott Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Des préjugés tenaces contre les Québécois

Le français, c’est plate. C’est inutile. Les Québécois sont des ploucs. Ils parlent mal. Je vais déménager en Ontario pour ne pas parler français. C’est ce que nous disent beaucoup d’étudiants, rapporte le professeur 1. Mais le plus insidieux, c’est de devoir se battre contre ce préjugé tenace que les Québécois sont racistes, xénophobes, repliés sur eux-mêmes, relate-t-il encore.

Le professeur 3 raconte, quant à lui, qu’il doit régulièrement recadrer le discours. Quand ils disent des choses hyper négatives des Québécois, je leur demande de remplacer dans leurs phrases le mot Québécois par, disons, Haïtiens ou Israéliens. La réaction des étudiants est toujours la même : « Ben non. Je pourrais pas dire cela des Haïtiens ou autres, ce serait raciste! » Alors je leur demande : pourquoi vous pouvez affirmer de telles choses sur les francophones du Québec?

Professeur 4 résume ainsi la situation : De mon point de vue, c’est du mépris, mais du leur, c’est une position de supériorité morale. Ils sont persuadés d’être moralement plus vertueux que les Québécois francophones. Ils ont une leçon de tolérance à donner, mais cette tolérance et cette acceptation ne s’expriment jamais à l’égard des francophones, constate-t-il.

Professeur 5 raconte que même certains étudiants francophones sont allergiques à leur propre culture. Ce n’est pas de la haine de soi, c’est de la négation de soi. Ils sont anglophones dans leur tête. Ils ne veulent pas appartenir à la mauvaise gangcelle des pauvres, incultes, unilingues, fermés sur eux-mêmes.

Professeur 3 relève aussi que beaucoup d’étudiants – francophones, allophones et anglophones – ne comprennent absolument pas qu’il faille protéger le français au Québec. Ils entretiennent l’idée que le français est une langue coloniale qui leur est imposée. Ils s’identifient aux Autochtones. Certains sont persuadés que les anglophones sont une minorité opprimée et que, du même coup, les allophones le sont aussi parce que le Québec leur impose le français.

Les petites victoires et les grandes blessures

Sur le campus du Cégep John Abbott dans le West Island.

Le professeur de français Jean-Marc Beausoleil.

PHOTO : RADIO-CANADA / IVANOH DEMERS

Les professeurs 1, 2, 3, 4, 5 nous ont tous dit aimer leur travail et leurs étudiants. Ils racontent des petites victoires. Un étudiant, une étudiante parmi la masse qui démontre un réel intérêt. Ils continuent pour eux. Ils voient leur enseignement comme un devoir de citoyen, de pédagogue, celui de créer des liens entre deux fameuses solitudes.

Mais en cette journée lumineuse, ce lien, ces ponts sont ébranlés. Devant les manifestants, Jean-Marc Beausoleil, qui enseigne depuis 15 ans au Cégep John Abbott, nous aborde. Il est insulté.

À chaque fois qu’on essaie de promouvoir la langue française, le réflexe de la communauté anglo-québécoise, une communauté hyper privilégiée, est de nous traiter de racistes! dit le professeur, ému. Cette accusation-là est fausse. C’est une récupération honteuse de la lutte contre le racisme et ça me fait de la peine. Cela fait 15 ans que je me fends en quatre pour enseigner le français ici, et de voir ça, je trouve cela épouvantable. Mais ça fait 400 ans qu’ils veulent qu’on disparaisse, alors on est habitués, que voulez-vous…

Avec Radio-Canada par Émilie Dubreuil

Partout dans le monde, la solidarité avec l’Ukraine se manifeste dans la rue

février 26, 2022
Une foule de milliers de personnes brandissant des drapeaux ukrainiens.

Des milliers de personnes se sont rassemblées à Vancouver en appui aux Ukrainiens. Photo: The Canadian Press/Darryl Dyck

Marches aux flambeaux ou rassemblements : les couleurs bleue et jaune de l’Ukraine ont flotté samedi d’Israël à l’Argentine en passant par l’Italie, la Géorgie et l’Autriche, au cours de nombreuses manifestations durant lesquelles le président russe Vladimir Poutine a été conspué.

À Strasbourg, siège du Conseil de l’Europe dans l’est de la France, 3100 personnes, selon la préfecture, se sont rassemblées avec drapeaux ukrainiens et pancartes proclamant Putin Killer (Poutine tueur) ou Stop à la guerre.

Poutine et toute sa clique devront payer le prix pour cette agression et devront faire face à un tribunal international, a lancé à la foule Borys Tarasyuk, représentant permanent de l’Ukraine au Conseil de l’Europe. Les Israéliens appuient les Ukrainiens contre la Russie.

Une manifestation à Tel-Aviv en appui à l’Ukraine Photo : Reuters/Ronen Zvulun

Plusieurs milliers de personnes se sont aussi rassemblées samedi un peu partout en Suisse, dont un millier, selon la police, à Genève, en face du siège principal en Europe des Nations unies, en soutien à l’Ukraine qui fait face à une invasion russe, réclamant des mesures fortes contre Moscou.

D’autres manifestations ont eu lieu à Londres, Paris, Tel-Aviv et Rome. Des manifestants avec des affiches de sympathie pour l'Ukraine.

Des milliers de Londoniens se sont réunis près de Downing Street en appui au peuple ukrainien. Photo : Getty Images/Jeff J Mitchell

Samedi en fin de matinée dans le centre de la capitale italienne, un rassemblement à l’appel de syndicats et d’associations a ainsi réuni plus d’un millier de personnes, parfois venues en famille, autour d’un podium orné de l’inscription Contre la guerre. Les manifestants brandissaient des pancartes : Faites l’amour, pas la guerre et Nous voulons la paix.

La veille au soir déjà, une marche aux flambeaux jusqu’au Colisée avait mobilisé des milliers de personnes à Rome.

Poutine, assassin!Bannissez la Russie de SWIFT – le système international d’échanges interbancaires –, pouvait-on lire sur des banderoles. Des pancartes montraient le président russe Vladimir Poutine avec une main maculée de sang sur le visage ou le comparaient à Hitler avec la mention : Savez-vous reconnaître l’histoire quand elle se répète?Une affiche représentant Poutine en Hitler sur fond de drapeau ukrainien.

Des Ukrainiens de Pretoria en Afrique du Sud ont manifesté contre l’invasion. Photo : Reuters/SipheweI Sibeko

À bas Putler, pouvait-on lire sur des pancartes brandies dans la foule estimée à 3000 personnes par la police samedi à Vienne en Autriche, parmi lesquelles des orateurs ukrainiens au bord des larmes, tandis que des centaines de personnes manifestaient aussi à Linz et à Graz.

Plusieurs milliers de personnes se sont par ailleurs réunies samedi à la mi-journée à Helsinki, selon la police finlandaise. La Russie dehors, à bas Poutine, ont notamment crié des manifestants dans ce pays voisin de la Russie.Manifestants à la porte de Brandenbourg, à Berlin.

Des Berlinois dénoncent l’intervention russe en Ukraine. Photo : Reuters/Christian Mang

Près d’un millier de personnes ont manifesté à Barcelone, d’après une estimation de la police municipale.

Aujourd’hui, c’est en Ukraine, mais demain, ça peut être dans d’autres pays. On est en contact avec nos parents tous les jours, car on ne sait pas ce qui peut arriver à notre famille, s’inquiétait Irina Imalova, une Ukrainienne de 43 ans, restauratrice en Catalogne.

À Londres, des centaines de manifestants se sont rassemblés devant l’ambassade russe et les bureaux du premier ministre Boris Johnson, brandissant des drapeaux ukrainiens.Une foule à New York proteste contre l'invasion russe en Ukraine.

Des milliers de New-Yorkais sont sortis dans les rues pour manifester leur colère et leur appui aux Ukrainiens. Photo : Getty Images / Alexi J. Rosenfeld

En Géorgie, ex-république soviétique du Caucase, la mobilisation a été particulièrement importante vendredi soir : près de 30 000 personnes ont défilé à Tbilissi, agitant des drapeaux ukrainiens et géorgiens et chantant les hymnes des deux pays.

La guerre, qui selon Kiev a déjà tué au moins 198 civils, a provoqué un sentiment de déjà-vu dans ce pays, victime lui aussi d’une invasion russe dévastatrice en 2008.

Nous avons de la compassion pour les Ukrainiens, peut-être plus que d’autres pays, parce que nous avons connu l’agression barbare de la Russie sur notre sol, a confié à l’AFP Niko Tvauri, un chauffeur de taxi de 32 ans.

« Le monde entier doit résister à Poutine, qui veut rétablir l’Union soviétique. L’Ukraine saigne, le monde regarde et parle de sanctions qui ne peuvent pas arrêter Poutine. »— Une citation de  Meri Tordia, une enseignante de français

À Athènes, vendredi soir, devant l’ambassade de Russie, plus de 2000 personnes se sont réunies à l’appel du parti communiste grec et du parti de la gauche radicale Syriza. Des centaines de personnes brandissent un drapeau rouge à côté d'une avenue bloquée par des voitures.

À Athènes, les membres du parti communiste grec protestent contre l’invasion russe. Photo : Reuters/Louiza Vradi

Traditionnellement prorusses, ces partis ont dénoncé l’invasion de l’Ukraine par la Russie et une guerre impérialiste à l’encontre d’un peuple.

Ces manifestations de solidarité ne se cantonnent pas à l’Europe : à Montréal, au Québec, des dizaines de personnes ont bravé une tempête de neige vendredi après-midi pour protester sous les fenêtres du consulat général de Russie.

En Argentine, près de 2000 personnes, dont des immigrés ukrainiens et des Argentins descendants d’Ukrainiens, ont manifesté vendredi à Buenos Aires, demandant face à l’ambassade russe le retrait inconditionnel des troupes de l’assassin Poutine.Des Turcs en colère contre l'invasion russe en Ukraine.

Manifestation à Istanbul en Turquie, dénonçant l’invasion russe. Photo : Reuters/Murad Sezer

Ceints d’un drapeau ukrainien, vêtus de costumes traditionnels, portant des pancartes en espagnol, en ukrainien ou en anglais disant Stop à la guerre ou Poutine, retire tes mains de l’Ukraine, les manifestants ont scandé des slogans en ukrainien, tels que Gloire à l’Ukraine, gloire à ses héros et entonné les hymnes ukrainien et argentin.

Russes et Ukrainiens ont beaucoup en commun. Alors, mon principal sentiment, c’est la colère : la dernière chose que j’imaginais, c’est que les Russes allaient venir tuer mon peuple, déclarait au bord des larmes à l’AFP Tetiana Abramchenko, 40 ans, arrivée avec sa fille en Argentine en 2014, après l’annexion russe de la Crimée.

Tokyo, Taipei, Curitiba (au Brésil), New York et Washington ont également été le théâtre de manifestations.

Radio-Canada avec Agence France-Presse

Canada: La Sûreté du Québec appelée en renfort à Ottawa

février 17, 2022
Un homme arrose un porc qui cuit sur une broche dans une rue.

Des manifestants occupent le centre-ville d’Ottawa depuis maintenant 21 jours. Photo : La Presse Canadienne/Justin Tang

Au 21e jour de l’occupation du centre-ville d’Ottawa par des manifestants contre les mesures sanitaires et la vaccination obligatoire, la Sûreté du Québec (SQ) se prépare à y envoyer un important contingent en renfort, selon ce qu’a appris Radio-Canada.

Selon nos informations, des pelotons du Groupe tactique d’intervention seront appelés à se déplacer en Ontario pour participer aux opérations policières sous le commandement de la Police provinciale de l’Ontario (PPO).

La Sûreté du QuébecSQ prévoit toutefois ériger un centre de commandement à Gatineau, du côté québécois de la rivière des Outaouais.

Le déploiement sera si important que la Sûreté du QuébecSQ estime qu’elle aura une plus grande présence du côté de l’Ontario que dans la Ville de Québec, où une autre manifestation contre les mesures sanitaires est prévue ce week-end.

On estime qu’il y aura des pelotons comprenant «  des dizaines » de policiers de la SQ formés pour le contrôle de foule.

RDI Matin

La SQ appelée en renfort à OttawaDes joueuses de hockey canadiennes avec une médaille d'or au coup.

Entrevue avec Pierre-Yves Bourduas, sous-commissaire à la retraite de la GRC

Jeudi matin, les forces de l’ordre ontariennes ont commencé à mettre en place des barrages au centre-ville d’Ottawa pour en rendre l’accès plus difficile.

Le Service de police d’Ottawa (SPO) a aussi prévenu les résidents de la ville que l’opération d’évacuation des manifestants allait se dérouler sur plus de 24 heures.

Mercredi déjà, le Service de police d’OttawaSPO avait intensifié la pression en distribuant des avertissements aux manifestants les sommant de quitter les lieux maintenant sous peine de sanctions.Une main tient un bout de papier qui comporte une entête de la police d'Ottawa.

L’avis d’évacuation distribué aux manifestants par la police dans le centre-ville d’Ottawa, le 16 février 2022

PHOTO : LA PRESSE CANADIENNE / ADRIAN WYLD

Par ailleurs, des manifestants québécois qui ont établi un camp de base du côté de Gatineau ont reçu un avis d’injonction de quitter le stationnement qu’ils occupent. La cour doit se prononcer sur cette question jeudi.

Même la situation du côté d’Ottawa a un impact sur les gens de l’Outaouais, a réagi André Fortin, leader parlementaire du Parti libéral du Québec et député de Pontiac, évoquant notamment les bouchons de circulation causés par les blocages.

Je m’attends à ce que tout le monde travaille avec la Ville de Gatineau, avec ses forces policières, pour s’assurer que le jugement qui sera pris par la cour soit respecté de tous, a-t-il fait savoir, disant également s’attendre à ce que les forces policières prennent les actions nécessaires si jamais le jugement n’était pas respecté.

Du côté de Québec solidaire, la députée Manon Massé a affirmé que les corps policiers québécois ont les outils pour agir. Selon elle, la police du Québec a les moyens, la SQ connaît ces tactiques-là. […] Moi, je leur fais confiance.

Risques de peines sévères

Rappelons que la Loi sur les mesures d’urgence donne le pouvoir aux autorités de saisir les véhicules utilisés pour occuper le centre-ville et d’interdire les déplacements dans certaines zones désignées.

Les manifestants qui persistent s’exposent à des amendes allant jusqu’à 5000 $ et à des peines de prison d’un maximum de cinq ans.

La motion concernant le recours à la Loi sur les mesures d’urgence a été déposée à la Chambre des communes mercredi soir, au lendemain de la publication des décrets nécessaires à l’application des dispositions de la législation.

Les débats entre les partis d’opposition et le gouvernement doivent avoir lieu jeudi. Justin Trudeau doit aussi prendre la parole en matinée.

Radio-Canada avec les informations de Pascal Robidas

Canada-Manifestations et blocages : Ottawa invoquera la Loi sur les mesures d’urgence

février 14, 2022
Justin Trudeau en conférence de presse.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau (archives) Photo : La Presse Canadienne/Adrian Wyld

Le premier ministre canadien va invoquer la Loi sur les mesures d’urgence pour mettre un terme aux manifestations qui bloquent le centre-ville d’Ottawa et des postes frontaliers du pays, a appris CBC.

Selon les sources du réseau anglais de Radio-Canada, Justin Trudeau informera ses homologues provinciaux de sa décision de s’arroger des pouvoirs extraordinaires lors d’une rencontre qui s’est mise en branle vers 10 h.

Le premier ministre a informé les députés libéraux de sa décision lors d’une réunion du caucus tenue exceptionnellement lundi matin. Il leur a indiqué qu’il n’est pas question de déployer l’armée pour le moment.

En conférence de presse, lundi, avant sa rencontre avec M. Trudeau, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a dit ne pas savoir ce que le premier ministre canadien allait proposer.

Je vais soutenir le gouvernement fédéral et toutes ses propositions pour ramener la loi et l’ordre dans notre province, pour stabiliser nos entreprises et nos liens commerciaux avec le monde, a-t-il cependant indiqué.

Les indices laissant croire que le gouvernement Trudeau entend intervenir pour mettre fin aux manifestations de Canadiens réclamant la fin des mesures sanitaires se multiplient depuis quelques heures.

La réunion avec les provinces, qui n’a été annoncée que lundi matin, se tiendra au lendemain d’une autre journée où l’horaire du premier ministre a été dominé par des discussions entourant ces manifestations.

De façon très inhabituelle, Justin Trudeau a réuni dimanche soir son Cabinet pour discuter à la fois de la situation en Ukraine et des manifestations d’opposants aux mesures sanitaires.

Plus tôt dimanche, le premier ministre avait aussi réuni le Groupe d’intervention en cas d’incident pour discuter d’autres mesures pour aider à mettre fin aux barrages et aux occupations.

On continue d’agir de toute urgence – pour protéger les emplois, la sécurité publique, nos quartiers et notre économie, a-t-il déclaré dans un gazouillis publié un peu avant minuit.

En entrevue à CBC, le ministre canadien de la Protection civile, Bill Blair, a admis dimanche que des discussions sur un recours à la Loi sur les mesures d’urgence ont eu lieu, tant au Cabinet qu’au sein du Groupe d’intervention.

M. Blair a affirmé au cours de la même entrevue que l’inaction des autorités à Ottawa était « inexplicable ».

Nous sommes prêts à utiliser tous les outils disponibles, y compris les pouvoirs d’urgence, a-t-il aussi affirmé en entrevue à CTV. C’est une situation critique pour le pays.

La Loi sur les mesures d’urgence, qui a remplacé l’ancienne Loi sur les mesures de guerre, permet au gouvernement fédéral de faire à peu près tout ce qu’il juge nécessaire pour venir à bout d’une crise nationale.

Le texte législatif précise qu’une telle crise résulte d’un concours de circonstances critiques à caractère d’urgence et de nature temporaire qui met gravement en danger la vie, la santé ou la sécurité des Canadiens et échappe à la capacité ou aux pouvoirs d’intervention des provinces.

La loi stipule que le gouvernement fédéral doit consulter les provinces concernées avant de déclarer l’état d’urgence. Cette déclaration doit s’accompagner d’une motion déposée dans les jours qui suivent devant les deux chambres du Parlement.

La motion doit préciser les motifs justifiant la déclaration de l’état d’urgence et inclure un compte rendu des consultations avec les provinces.

La Chambre des communes et du Sénat doivent approuver le recours à l’état d’urgence pour que celui-ci puisse demeurer en vigueur, pour une durée maximale de 30 jours. Si l’une des deux chambres s’oppose à la déclaration, l’état d’urgence est immédiatement abrogé.

La Loi sur les mesures d’urgence peut entraîner le déploiement de l’armée, mais cela n’est pas obligatoire. Ottawa pourrait plutôt décider de s’arroger un pouvoir de coordination des actions des forces de l’ordre.

Toutes les options sont sur la table; cette activité illégale doit cesser, et elle va cesser, a déclaré vendredi Justin Trudeau, après que le gouvernement de l’Ontario eut décidé de déclarer l’état d’urgence dans sa province.

Le premier ministre n’a pas exclu un recours à l’armée, mais sans cacher qu’il souhaite l’éviter. Cela ne doit se faire qu’en dernier, dernier recours, a-t-il insisté. On ne veut jamais déployer l’armée contre des civils.

Avec Radio-Canada

Canada: Reprise de la circulation sur le pont Ambassador à Windsor

février 14, 2022
Le pont Ambassador qui surplombe la rivière Détroit recouverte de glaces.

Le pont Ambassador entre Windsor et Détroit est le lien transfrontalier le plus achalandé en Amérique du Nord. Photo: CBC/Patrick Morrell

Le pont Ambassador, le lien transfrontalier le plus achalandé en Amérique du Nord, est complètement rouvert depuis tard dimanche soir, après un blocage d’une semaine.

Des camionneurs et d’autres opposants à la vaccination obligatoire ont bloqué la circulation toute la semaine dernière sur le pont entre Windsor et Détroit.

La police a finalement délogé les manifestants durant le week-end, à la suite d’une injonction et de la déclaration de l’état d’urgence par le premier ministre ontarien Doug Ford.

Une vingtaine de protestataires ont été arrêtés et la police a remorqué au moins cinq véhicules.

Radio-Canada a pu confirmer lundi matin que les camions circulaient à nouveau sur le pont Ambassador.

La présence policière demeure toutefois forte. Des murets de béton, des déneigeuses et des véhicules de police se trouvent sur les côtés de la voie d’accès principale au pont à Windsor, Huron Church, pour empêcher tout manifestant de bloquer à nouveau cette artère.

Nous rappelons au public que nous restons présents dans le secteur de la manifestation [de la semaine dernière]. Nous ne tolérerons aucune activité illégale, indique la Police de Windsor sur Twitter.

De son côté, l’Agence des services frontaliers du Canada indique sur son site web qu’il n’y a aucun délai pour traverser la frontière grâce au pont Ambassador.Un poids lourd roule le long d'Huron Church.

Un camion sur l’artère Huron Church près du pont Ambassador le 14 février Photo: Radio-Canada/Elvis Nouemsi Njiké

Le maire de Windsor, Drew Dilkens, et le service policier de la ville doivent faire le point sur la situation lundi après-midi.

Pour sa part, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, doit discuter lundi avec ses homologues provinciaux des différentes manifestations contre les mesures sanitaires toujours en cours au pays, y compris à Ottawa.

Opération policière

Le premier ministre Doug Ford a félicité les forces de l’ordre d’avoir mis fin pacifiquement au blocage illégal du pont Ambassador durant le week-end.

La Maison-Blanche s’est aussi réjouie de la levée des barricades, qui ont perturbé les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis. La gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, a affirmé qu’il s’agissait d’une victoire pour les familles de travailleurs du Michigan et pour les entreprises de l’État qui peuvent reprendre l’exportation de leurs produits.

Plusieurs usines automobiles en Ontario avaient dû ralentir ou suspendre leur production, en raison du blocage.

Près de 2,5 millions de camions empruntent le pont Ambassador chaque année. Plus de 25 % des marchandises échangées entre les États-Unis et le Canada y transitent.

Radio-Canada avec des renseignements fournis par Elvis Nouemsi Njiké

Canada: La manifestation des camionneurs, une mauvaise publicité pour certaines entreprises

février 9, 2022

Plusieurs entreprises tentent de se dissocier de la manifestation des camionneurs à Ottawa, qui entame sa 13e journée, après qu’un site Internet eut été mis en place pour « identifier » les compagnies participantes et leur « faire honte ».

Des camions stationnés l'un à côté de l'autre lors d'une manifestation près du parlement du Canada.

La manifestation des camionneurs contre les restrictions sanitaires liées à la COVID-19 en est maintenant à sa 13e journée. Photo : Radio-Canada/Alexander Behne

Daniel Miousse raconte avoir été choqué de voir la photo d’un de ses véhicules commerciaux publiée en ligne parmi les manifestants du convoi de camionneurs installé au centre-ville d’Ottawa.

Propriétaire d’une entreprise de clôtures industrielles près de Montréal, M. Miousse assure qu’il n’avait aucune idée qu’un de ses véhicules ou de ses employés se trouvait dans la capitale nationale.

Un de nos employés a pris notre camion depuis, je pense, mercredi dernier, explique M. Miousse, qui se trouve actuellement en Floride. Ça m’a vraiment contrarié. J’ai donc envoyé quatre personnes, dimanche matin, pour récupérer notre camion.

Quant à son employé, il indique qu’il compte le congédier.

Je veux d’abord le rencontrer et le questionner. Pourquoi n’a-t-il pas demandé l’autorisation à quelqu’un dans l’entreprise? s’interroge M. Miousse.Des camions stationnés le long d'un trottoir.

Des images de la manifestation des camionneurs à Ottawa, le 8 février 2022 Photo: Radio-Canada/Simon Lasalle

La manifestation, qui visait au départ à demander la fin de l’obligation vaccinale contre la COVID-19 et du port du masque, en est désormais à sa 13e journée, forçant la fermeture de rues, de commerces et des musées du centre-ville d’Ottawa, tout en suscitant crainte et colère chez des résidents et des propriétaires d’entreprises.

Le 6 février, le site Internet convoytraitors.ca, lancé par un informaticien d’Ottawa, a commencé à afficher les noms des entreprises dont les camions se trouvaient dans la zone de manifestation, ainsi que des photos dans le but d’identifier celles qui sont impliquées et de leur faire honte.

Près de 200 entreprises étaient répertoriées comme soutenant ou ayant des camions dans le convoi, en date de mardi.

En identifiant et en étiquetant [ces entreprises], nous voulons nous assurer que toutes les futures recherches sur Internet révéleront la véritable nature de ces entreprises, indique le site.

Une carte sur le site Internet montre que ces entreprises de camionnage sont situées à travers le Canada, alors que d’autres ont leur siège social aux États-Unis. Les responsables du site racontent que le propriétaire d’une entreprise, qui soutient la manifestation, a envoyé un courriel au webmestre qualifiant le site de honteux.

Des entreprises prennent leurs distances

L’entreprise de camionnage néo-écossaise Seaboard Transport indique à CBC ne pas soutenir le convoi, même si l’un de ses camions a été photographié au milieu de la manifestation.

Le convoi et les manifestations qui y sont liées ne représentent pas les convictions ni les valeurs de Seaboard Transport, déclare le vice-président de la société, Ryan Conrod, à CBC dans un courriel.

Bon nombre des camions qui ont fait le déplacement jusqu’à d’Ottawa sont exploités par leur propre propriétaire, ce qui signifie qu’ils peuvent arborer le logo d’une entreprise de transport sans que le chauffeur ne soit un employé direct de l’entreprise. C’est le cas de Seaboard Transport, selon M. Conrod.

Nous avons contacté le propriétaire du camion pour lui demander de retirer [le véhicule] du convoi, indique-t-il.Des camions stationnés au milieu de la rue avec des affiches et des drapeaux lors d'une manifestation.

Pour certaines entreprises de camionnage, la manifestation fait une mauvaise publicité. Photo : Radio-Canada/Michael Charles Cole

Le même message a été partagé par Kimberly Biback de Sharp Transportation Systems à Cambridge, en Ontario.

Le camion qui a été vu à Ottawa porte le logo de Sharp, mais n’appartient pas à Sharp. C’est un camion indépendant, explique Mme Biback.

Le président-directeur général de Sharp a indiqué sur les réseaux sociaux que presque tous les chauffeurs de l’entreprise sont vaccinés et qu’aucun d’entre eux ne participe à la manifestation d’Ottawa.

Depuis le début, nous avons indiqué que nous respectons les droits constitutionnels de réunion pacifique, mais que nous ne soutenons pas les actions et les comportements qui enfreignent les droits d’autrui, a-t-il posté sur LinkedIn.

Lorsque nous avons entendu parler des actes répréhensibles qui ont eu lieu à Ottawa, nous avons immédiatement exprimé notre mépris à leur égard, a-t-il ajouté.Des manifestants et des camionneurs au milieu d'une rue.

Les camionneurs sont arrivés à Ottawa le 28 janvier dernier. Photo : Radio-Canada/Michael Charles Cole

Mardi, un résident d’Ottawa a envoyé une vidéo à la coopérative laitière Agropur se plaignant que des camions portant ce logo klaxonnent, agitent des drapeaux et participent à la manifestation. Le résident a averti la coopérative que cela ne la faisait pas bien paraître.

L’entreprise explique à CBC que les chauffeurs en question sont des sous-traitants, et non des employés, et que les camions n’appartiennent pas à Agropur.

Nous nous dissocions complètement de cet événement, a déclaré Mylène Dupéré, vice-présidente aux communications corporatives chez Agropur.

Les mains liées

Un autre directeur d’entreprise de camions de transport qui a parlé à CBC sous couvert de l’anonymat raconte que sa famille reçoit des menaces aussi bien de ceux qui sont en faveur de la manifestation que de ceux qui s’y opposent, depuis que des photos de ses véhicules ont été publiées sur le site des traîtres du convoi.

Il indique qu’il ne voulait pas que des camions arborant le logo de son entreprise soient impliqués dans la manifestation, mais qu’il n’a rien pu faire.

Les camions qui sont à Ottawa, ce sont des propriétaires-exploitants. Nous avons les mains liées. Ils ont le droit de conduire ces véhicules, mais ils ont notre logo sur leurs portières, dit-il.

L’un des camions avec le logo de son entreprise arborait le drapeau d’une organisation d’extrême droite, selon convoytraitors.ca.

Bien sûr que ça me dérange. Il ne devrait pas y avoir de racisme. Il n’y a pas de place pour ça. Il n’y a aucune place pour le racisme, quel qu’il soit, poursuit le directeur de l’entreprise.

Par Raduo-Canada avec les informations de Julie Ireton, CBC

Comment le « convoi de la liberté » des camionneurs canadiens tente de s’exporter en France

février 7, 2022

Des opposants au passe vaccinal prévoient d’immobiliser la capitale le week-end du 13 février, sur le modèle des camionneurs canadiens. Sur Facebook, plus de 250 000 internautes ont déjà rejoint l’initiative, non sans évoquer les « gilets jaunes ».

Le mouvement canadien Freedom Convoy, mobilisation de camionneurs hostiles à l’obligation vaccinale, a pris d’assaut Ottawa. Et, désormais, s’internationalise.
Le mouvement canadien Freedom Convoy, mobilisation de camionneurs hostiles à l’obligation vaccinale, a pris d’assaut Ottawa. Et, désormais, s’internationalise. JUSTIN TANG / AP

Le maire d’Ottawa a déclaré, dimanche 6 février, l’état d’urgence dans sa ville, paralysée par l’action de camionneurs hostiles aux mesures sanitaires contre le Covid-19. La capitale fédérale canadienne est paralysée depuis plusieurs jours par le Freedom Convoy (« convoi de la liberté »), une manifestation de camionneurs hostiles à la nouvelle loi sur l’obligation vaccinale. Environ cinq cents poids lourds partis de tout le pays s’étaient rejoints le 29 janvier à Ottawa, bloquant les grands axes et klaxonnant à longueur de journée. Certains arboraient des drapeaux confédérés et nazis.

Le mouvement a fait tache d’huile, avec des manifestations de soutien les 5 et 6 février à Toronto, à Vancouver ou à Québec. Et des velléités d’exporter le mouvement en Europe et au-delà ont émergé ces derniers jours dans les réseaux hostiles à la politique sanitaire. Des initiatives comparables ont été observées à Leeuwarden aux Pays-Bas, à Schwerin en Allemagne, ou encore à Canberra en Australie, tandis qu’un convoi prévoit de déferler sur Bruxelles le 14 février. En passant par une étape stratégique : Paris.

  • Un convoi qui s’organise pour converger vers Paris

Dès que le Freedom Convoy a fait parler de lui, les opposants à la politique sanitaire du gouvernement français ont salué l’initiative des routiers canadiens, quitte à relayer de fausses informations en exagérant l’importance ou l’impact politique. Ils affirmaient par exemple que le convoi avait contraint à la fuite le premier ministre, Justin Trudeau, alors que celui-ci, atteint du Covid-19, s’était isolé.

Sur les réseaux sociaux français circulent de nombreux appels à instaurer un blocage routier de Paris du vendredi 11 au dimanche 13 février. Un site Internet a été créé pour recenser les routes que pourraient emprunter ces convois pour converger vers la capitale, en partant de Morlaix (Finistère) ou de Nice (Alpes-Maritimes). Pour les plus motivés, l’objectif est d’aller jusqu’à Bruxelles le 14 février, pour y rejoindre les convois venus d’autres pays.

Plusieurs groupes de discussion Facebook et Telegram ont été créés ces deux dernières semaines pour coordonner l’initiative, au niveau national ou local. Le principal, « Le convoi de la liberté », compte plus de 250 000 inscrits, tandis que sur Telegram, plusieurs délégations par pays ont été créées, comme le groupe « Convoy France » avec 23 000 sympathisants ou encore « Tous à Paris ». La chaîne La Meute, hommage au collectif Mamans louves, qui lutte contre la vaccination des enfants, compte entre 100 et 500 suiveurs sur chacune de ses 90 antennes départementales.

Ces groupes mêlent des profils hétérogènes. On y trouve de nombreux « gilets jaunes », des routiers, des restaurateurs, des « insoumis », des militants du Rassemblement national, ainsi que des Anonymous – mouvement international de gauche radicale né lors de la crise des subprimes. Mais aussi des naturopathes, des « coachs en confiance », ou des spécialistes en « vibration » opposés aux vaccins anti-Covid-19 et promoteurs de traitements alternatifs contre l’épidémie (hydroxychloroquine, ivermectine…)

Malgré une apparente volonté de modération, on peut lire dans ces groupes Telegram des propos violents (certains parlent de « sortir les guns ») ou illégaux, avec des offres de faux passes sanitaires.

  • Une initiative « apolitique » qui attire l’extrême droite

Parmi ces milliers d’anonymes, une figure a émergé : celle de Rémi Monde, coorganisateur et porte-parole du mouvement. Selon sa page Facebook, il se présente comme adepte de groupes de routiers, du professeur Didier Raoult et du documentaire à tendance conspirationniste Hold-up. Estimant que « le peuple de France en a assez », le 30 janvier, il appelle dans une vidéo à une convergence des automobilistes vers Paris, au nom des libertés.

« Il faut que nous nous levions, nous, peuple de France, de tous horizons, parce qu’ils [les gouvernants] vont trop loin et que, si nous ne disons pas stop, ils ne s’arrêteront jamais. »Vérification : Les contre-vérités du documentaire « Hold-up »

De nombreux groupes en lien avec la mouvance conspirationniste QAnon, comme « Les DéQodeurs », « QactusPublic », « Qode17info », « Nouvel Ordre mondial » ou encore « Patriotesfrancophones » ont relayé l’initiative.

Elle a aussi reçu le soutien de figures politiques comme Jean-Frédéric Poisson, président de « Via, la voie du peuple » et proche d’Eric Zemmour, du conférencier pro-Raoult Idriss Aberkane ou encore du président des Patriotes, Florian Philippot, qui surfe depuis un an sur la vague des mouvements antirestrictions : « Les résistants français sont à fond avec eux. Il se passe quelque chose d’immense !, » s’est enthousiasmé ce dernier. Cette tentative de récupération n’a pas été du goût de Rémi Monde, qui présente le convoi de la liberté comme « apolitique, appartenant aux citoyens, tout simplement ».

Dans ses messages, M. Monde demande la levée de toutes les restrictions sanitaires, mais ses revendications sont plus vastes : la suspension de toutes les directives européennes, la détaxation partielle de l’essence, l’augmentation des salaires nets, la démission des députés, des sénateurs, des ministres et du président de la République, et l’instauration du référendum d’initiative populaire. Des thématiques qui rappellent celles des gilets jaunes à l’automne 2018.

  • Entre le Canada et la France, des situations très différentes pour les routiers

Le « convoi de la liberté » français peut-il prendre la même ampleur que son homologue canadien ? Ce n’est pas si évident, car les situations sont différentes dans les deux pays.

Tout d’abord, les restrictions sanitaires qui s’appliquent aux transports routiers ne sont pas les mêmes qu’en Amérique du Nord. Depuis le 15 janvier, les camionneurs canadiens sont, en effet, soumis à l’obligation vaccinale. Du côté français, les règles sont différentes. Ils ont le droit de voyager entre les pays et ils peuvent se restaurer dans les relais routiers sans passe vaccinal« On nous inclut dans un mouvement qui ne nous concerne donc pas. Ils se servent de l’imaginaire de la puissance d’un convoi pour bloquer je-ne-sais-qui ou je-ne-sais-quoi » , explique Christophe Denizot, secrétaire général de la Fédération Sud-Solidaires des transports routiers, qui se désolidarise de ce mouvement.

Autre différence majeure, relevée par M. Denizot :

« Contrairement au Canada, nous ne sommes pas propriétaires de notre camion, si on participe à ce convoi, on peut se voir retirer notre permis et être viré pour entrave à la liberté de circulation. »

Les organisateurs du convoi français en ont déjà pris acte. Rémi Monde a donc choisi, à l’inverse des manifestations canadiennes, d’ouvrir à tous la possibilité de rejoindre le cortège : « en camion, en voiture, en vélo ou à cheval, il faut réunir le plus de monde possible » et « inonder les réseaux sociaux », annonce-t-il. C’était le cas également aux Pays-Bas avec le convoi parti de La Haye, le 30 janvier. La majorité du mouvement était composée de voitures, de tracteurs ou de motos, accompagnés seulement par quelques camions.

Avec Le Monde par William Audureau et Léa Prati