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RDC: manifestations contre la « machine à voter »

septembre 3, 2018

Kinshasa – Des militants de Lucha (Lutte pour le changement) ont été dispersés ou interpellés lundi lors des manifestations contre la « machine à voter » en République démocratique du Congo, à moins de quatre mois de la présidentielle qui doit élire le successeur du président Joseph Kabila.

A Kinshasa, 22 militants ont été brièvement interpellés devant le siège de la commission électorale (Céni). « Ils ont tenté de marcher, la police les a interpellés. Mais, il n’y avait pas de motif pour les arrêter, je les ai relâchés », a déclaré à l’AFP le général Sylvano Kasongo, chef de la police de Kinshasa.

« Les jeunes de Lucha sont venus, ils n’avaient pas peur, ils sont allés jusque devant la Céni en scandant: non à la machine à voter, non à la machine à voter », a témoigné un vendeur des carte téléphonique.

« Ils ont été interpellés sans opposer de résistance, ils ont été jetés dans une jeep de la police », a ajouté un autre témoin.

A Goma, capitale du Nord-Kivu (est), une manifestation de Lucha a violemment été dispersée par les forces de l’ordre. Plusieurs militants ont été bastonnés et d’autres interpellés, selon un correspondant de l’AFP.

« Nous avons rétabli l’ordre public, il y a une vingtaine des jeunes interpellés », a déclaré à l’AFP le colonel Job Alisi, commandant de la police de Goma (Nord-Kivu).

« Je n’ai pas autorisé la marche d’aujourd’hui, la police n’a fait que son travail de rétablir l’ordre », a dit le maire de Goma, Timothée Mwissa Kiense.

A Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu (est), 17 militants ont été interpellés pendant une heure, selon le mouvement.

« Nous avons été brutalisés, tabassés, torturés. Deux d’entre nous sont grièvement blessés et d’autres ont des égratignures, d’autres ont perdu de l’argent et leurs téléphones portables », a déclaré à l’AFP la militante Judith Maroy.

« Ces militants de la Lucha n’ont été ni brutalisés ni torturés, ils ont été dispersés et les interpellés ont été relâchés sans être verbalisés », a réagi Linda Marhegane, porte-parole de la police.

Des interpellations ont eu lieu ailleurs: 18 à Mbandaka (nord-ouest), deux à Lubumbashi (sud-est), sept à Tshikapa et six à Mbuji-Mayi (centre). Une marche a été dispersée à Kisangani.

A Kananga, grande ville du Kasaï (centre) les militants ont manifesté jusqu’au siège de la Céni où ils ont déposé un mémorandum dans lequel ils exigent « l’abandon de la machine à voter et l’extirpation de 16% d’électeurs fictifs » du fichier électoral, a rapporté un correspondant de l’AFP.

Lucha avait appelé à des marches pour exiger l’abandon des « machines à voter ».

Ces machines, qui servent à choisir les candidats et à imprimer les bulletins de vote, sont au coeur d’une controverse entre la Céni et l’opposition.

Jeudi, la Céni avait dénoncé un « débat politique » et des « intoxications » au sujet des machines à voter et du fichier.

Joseph Kabila, dont le second mandat aurait dû s’achever en décembre 2016 et qui ne pouvait pas se représenter, a désigné comme candidat de son parti Ramazani Shadary.

Romandie.com avec(©AFP / 03 septembre 2018 14h43)                                                        

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Allemagne: 18 blessés à Chemnitz, toujours sous tension

septembre 2, 2018

Encadrés par les forces de l’ordre, des partisans du parti d’extrême droite AfD défilent à Chemnitz dans l’est de l’Allemagne le 1er septembre 2018 / © AFP / John MACDOUGALL

Dix-huit personnes ont été blessées en marge de nouvelles manifestations samedi soir dans la ville allemande de Chemnitz, épicentre de la contestation anti-migrants de l’extrême droite, contre laquelle le ministre des Affaires étrangères a appelé à la mobilisation générale.

Selon un bilan publié dimanche par la police, des heurts avec les forces de l’ordre sont survenus lors de la dispersion de deux cortèges antagonistes ayant rassemblé au total plus de 11.000 personnes.

D’un côté, environ 8.000 sympathisants de la droite ultra anti-migrants ont marché dans les rues de cette cité saxonne de l’ex-RDA, en hommage à un Allemand de 35 ans tué il y a une semaine de coups de couteau.

La justice a arrêté dans cette affaire un demandeur d’asile irakien et un Syrien.

– Afghan frappé –

De l’autre, quelque 3.000 sympathisants de gauche ont organisé une contre manifestation pour dénoncer l’extrême droite.

Parmi les blessés, légers pour la plupart, figurent trois policiers.

Un groupe de militants sociaux-démocrates a été agressé et leurs drapeaux cassés en rejoignant leur bus. Un responsable du parti, Sören Bartol, s’est dit « scandalisé » sur Twitter.

Une équipe de la télévision publique locale MDR a déposé plainte après avoir été agressée lors d’un tournage.

Chemnitz n’est ni grise ni brune », pouvait-on lire sur une immense affiche collée sous l’imposant buste de Karl Marx situé devant l’Hôtel de Ville. Chemnitz fut baptisée Karl-Marx-Stadt durant la période communiste en RDA. / © AFP / John MACDOUGALL

Par ailleurs, en marge de ces rassemblements, dans un quartier périphérique de Chemnitz, un Afghan de 20 ans a été roué de coups dans la soirée par un groupe de quatre hommes au visage camouflé. Il a été légèrement blessé selon la police.

Le rassemblement anti-migrants était organisé à l’initiative principalement de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Certains des participants scandaient « nous sommes le peuple », reprenant le slogan des manifestants lors de la chute du régime communiste de RDA à l’automne 1989, ou encore « Merkel dégage! ».

– Merkel sous pression –

Chemnitz est sous tension permanente depuis une semaine.

Le 26 août, juste après le meurtre ayant mis le feu aux poudres, une manifestation de sympathisants d’extrême droite avait dégénéré en « chasses collective » à l’étranger dans les rues de Chemnitz, certains défilant en faisant le salut hitlérien.

Et le lendemain, des échauffourées entre manifestants d’extrême droite et d’extrême gauche avaient fait plusieurs blessés.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a exhorté dimanche la population à se mobiliser pour défendre les valeurs démocratiques.

Allemagne: face-à-face entre pro et anti-étrangers à Chemnitz / © AFP / Marion Payet, Bart Biesemans

« Malheureusement, notre société s’est installée dans un confort dont il nous faut sortir » face aux défis de Chemnitz, a dit le chef de la diplomatie au quotidien Bild.

« Il nous faut quitter nos divans douillets et prendre la parole », a-t-il dit, en demandant que le « coma éveillé » de la majorité de la population, qui ne soutient pas les idées de la droite ultra, prenne fin.

Lundi à Chemnitz, un concert rock contre la xénophobie est prévu sous le mot d’ordre « Nous sommes plus nombreux ».

Lors d’un concert de son groupe U2 cette semaine à Berlin, le chanteur irlandais a pris position sur ces événements en estimant que les néonazis de Chemnitz n’avaient « pas leur place en Europe ».

Sur le plan politique, les échauffourées de Chemnitz illustrent à nouveau les difficultés persistantes d’Angela Merkel sur la question migratoire dans son pays.

L’opposition, et pas seulement à l’extrême droite, continue à lui reprocher sa décision il y a tout juste trois ans – le 4 septembre 2015 – d’ouvrir les portes du pays à plus d’un million de demandeurs d’asile en 2015 et 2016.

La chancelière de centre-droit a condamné les « chasses » aux étrangers de Chemnitz mais est restée depuis silencieuse sur le sujet.

La question divise il est vrai profondément son propre camp conservateur, et donc son gouvernement.

L’aile droite bavaroise de son parti démocrate-chrétien (CSU) ne cesse de la critiquer et de réclamer une politique migratoire plus dure, avec en ligne de mire deux élections régionales en octobre, en Hesse et justement en Bavière.

Romandie.com avec(©AFP / (02 septembre 2018 15h06)

Des paysans français manifestent contre l’accaparement des terres par des investisseurs chinois

août 30, 2018

Des membres du syndicat paysan « La Confédération paysanne » manifestent contre l’accaparement des terres agricoles, à Murs, dans l’Indre, le 29 août 2018 / © AFP / GUILLAUME SOUVANT

« La terre aux paysans »: venus de toute la France, avec des tracteurs et des fumigènes, plus d’une centaine d’agriculteurs ont occupé mercredi une parcelle d’une exploitation achetée par des investisseurs chinois dans le centre du pays, pour protester contre la « spéculation » sur le foncier français.

Brandissant des drapeaux du syndicat agricole la Confédération paysanne à Murs (centre), les paysans en colère ont rempli un semoir avec des graines de ray-grass et les ont ensuite semées sur la parcelle occupée, un geste symbolique signifiant la volonté de « rendre les terres aux paysans ».

« La terre est là pour faire vivre des familles de paysans et produire de la nourriture. Ici, les propriétaires sont venus faire un business, de la spéculation boursière autour de l’agriculture en s’accaparant du foncier », a dénoncé Laurent Pinatel, paysan et porte-parole de la Confédération paysanne.

Le consortium chinois Hongyang a acquis dans cette région en 2016 1.700 hectares où il produit du blé destiné au marché mondial. Le groupe a également acheté 900 hectares dans l’Allier.

« Les investisseurs chinois ont acheté à plusieurs propriétaires, ont pris des parts sociales ou monté des sociétés de façon tout à fait légale alors qu’un contrôle des structures sur la vente ou les locations de foncier existe en France. Il s’est avéré inefficace. Il faut que les parlementaires fassent dès l’automne une loi sur le partage et le portage du foncier », s’est insurgé M. Pinatel.

A l’arrivée des manifestants, un membre de la Confédération Paysanne et un journaliste ont été frappés au visage par un ouvrier agricole travaillant pour les propriétaires chinois.

Les manifestants ont rempli un semoir et ont ensuite semé les graines de ray-grass sur la parcelle, à Murs, dans l’Indre, le 29 août 2018 / © AFP / GUILLAUME SOUVANT

Le ministre français de l’Agriculture Stéphane Travert a de son côté précisé à l’AFP qu’une mission parlementaire travaillait sur ce dossier et qu’il attendait « le retour de cette mission pour pouvoir faire des propositions concrètes ».

– « Régulation du foncier » –

Selon la Confédération Paysanne, la Safer (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural), organisme semi-public qui gère les terres agricoles, devrait « acheter les terrains et décider ensuite à qui ils doivent être attribués, en fonction des projets d’installation, afin d’organiser la régulation du foncier ».

« Plein de gens ont des projets d’installation, alors que la France importe plus de 50% de notre consommation de fruits et de légumes », argumente Laurent Pinatel.

Nicolas Calame, porte-parole de la Confédération Paysanne dans l’Indre (centre), estime que ce département est « emblématique » de la financiarisation du foncier.

Des paysans de plusieurs régions touchées par le même phénomène avaient fait le déplacement à Murs, dans l’Indre, le 29 août 2018 / © AFP / GUILLAUME SOUVANT

« Le problème n’est pas que les propriétaires soient chinois. C’est aussi scandaleux quand des Français s’accaparent des terres en Ukraine ou en Pologne, ou que le groupe Bolloré, qui n’a pas besoin de ça, achète des hectares de vignoble bordelais! », a-t-il relevé.

« Nous demandons juste que le droit d’usage prévale sur le droit de propriété. Les paysans qui vivent de la terre doivent en avoir le plein usage, pas les salariés de grands fonds de pension… », a-t-il ajouté.

Des paysans venus de plusieurs régions françaises avaient fait le déplacement.

« Nous avons le même problème dans le département du Nord, entre Saint-Omer et Dunkerque », a dénoncé Jean-Luc Bardel, paysan-maraîcher qui a « péniblement » réussi à acheter 3 hectares de terre: « dans les écoles d’agriculture, plein de jeunes néo-ruraux aspirent à un retour à la terre. Ils ne trouvent pas de foncier ou beaucoup trop cher car les consortiums font exploser les tarifs ».

Des agriculteurs en âge d’être à la retraite, constate-t-il, louent ou sous-louent leurs terres à des sociétés qui les paient plus chères. « Les retraites des agriculteurs sont tellement faibles qu’on peut pas leur jeter la pierre, mais ce n’est pas très sain », juge-t-il.

Un manifestant arbore un tshirt siglé « Nos fermes ne sont pas des usines », à Murs dans l’Indre, le 29 août 2018 / © AFP / GUILLAUME SOUVANT

Même si elles restent « très minoritaires », selon la Safer, les acquisitions de terres par des entreprises asiatiques (Chine, Singapour, Hong Kong notamment) ont suscité des réactions inquiètes dans le monde rural français, certaines ayant abouti grâce à des montages juridiques astucieux.

Le président français Emmanuel Macron avait annoncé en février la mise en place de « verrous réglementaires » sur les achats de terres agricoles par des étrangers.

Les investissements chinois dans l’agriculture à l’étranger ont totalisé au moins 76 milliards d’euros depuis 2010, selon les chiffres publiés au début de l’année par deux centres de réflexions néo-conservateurs américains, American Enterprise Institute et Heritage Foundation.

Asie du sud-est, Amérique latine, Afrique sont ciblés. Mais, depuis quelques années, l’attention de la Chine semble se tourner vers l’Australie, les Etats-Unis et l’Europe.

Romandie.com avec(©AFP / (30 août 2018 12h44)

Nicaragua: des milliers d’opposants réclament le départ d’Ortega

août 18, 2018

Manifestant anti-gouvernemental à Managua le samedi 18 août 2018 à Managua.n / © AFP / INTI OCON

Des milliers de Nicaraguayens ont défilé samedi à Managua pour demander le départ du président Daniel Ortega et la fin de la persécution et de l’emprisonnement de citoyens qui réclament de « vivre en liberté », quatre mois après le début de la crise qui a fait plus de 300 morts.

« Liberté, si le président ne part pas, nous le chasserons ! », ont scandé les manifestants qui ont défilé pacifiquement en brandissant des drapeaux nicaraguayens dans les rues du sud-ouest de la capitale et au son de chants révolutionnaires et des vuvuzelas.

« Nous voulons que Daniel Ortega s’en aille », a déclaré à l’AFP Juan Silva, 31 ans, le visage dissimulé derrière une écharpe.

« Nous défilons pour dire au gouvernement que nous nous opposons aux abus qu’il commet, que nous voulons vivre en liberté », a ajouté à ses côtés Maria Guevara, 49 ans.

La manifestation était organisée à l’appel de l’Alliance civique pour la justice et la démocrate, coalition d’opposition qui regroupe des étudiants, des chefs d’entreprise et des représentants de la société civile, quatre mois jour pour jour après le début des marches antigouvernementales, le 18 avril.

Les manifestations de l’opposition ont commencé contre une réforme de la sécurité sociale – abandonnée depuis – pour se durcir ensuite et s’étendre à tout le pays en réaction à une violente répression, qui a fait plus de 300 morts.

En juillet, les forces anti-émeutes et paramilitaires ont repris par la force le contrôle de villes et artères occupées par les manifestants, avant qu’une vague de répression ne s’abatte sur les opposants.

Depuis, des milliers de Nicaraguayens ont fui le pays pour se réfugier notamment au Costa Rica voisin de peur d’être interpellés. Des centaines d’autres ont été arrêtés pour « terrorisme » et d’autres délits retenus par le parquet contre les participants aux manifestations.

Daniel Ortega, 72 ans, ex-leader de la révolution sandiniste au pouvoir de 1979 à 1990 avant de revenir en 2007, accuse ses opposants de faire partie d’un plan financé par les Etats-Unis pour s’emparer du pouvoir par la force. Le président assure que la situation du pays est redevenue « normale ».

« Rien n’est normal » au Nicaragua, ont répondu les manifestants samedi, qui comptent poursuivre la mobilisation en dépit des menaces jusqu’au départ du président.

Les opposants à Daniel Ortega l’accusent de corruption, de népotisme et d’avoir instauré une dictature avec son épouse Rosario Murillo, qui est vice-présidente. Ils demandent que l’ élection présidentielle prévue en 2021 soit avancée au mois de mars 2019, ce que refuse Daniel Ortega.

« Nous allons maintenir la pression malgré la répression. Rien ne nous arrêtera », a averti un manifestant disant se prénommer Juan.

Romandie.com avec(©AFP / (19 août 2018 03h10)

Washington attend les néo-nazis, un an après les incidents meurtriers de Charlottesville

août 12, 2018

Des personnes se recueillent le 11 août 2018 à Charlottesville, en Virginie, devant un mémorial en hommage à Heather Heyer, manifestante antiraciste, un an après sa mort dans des heurts avec des suprématistes blancs / © AFP / Logan Cyrus

Plusieurs centaines de sympathisants néo-nazis sont attendus dimanche après-midi devant la Maison Blanche, un rassemblement sous haute tension un an après les incidents meurtriers de Charlottesville, symbole d’une extrême droite décomplexée par Donald Trump.

L’organisation informelle « Unite the Right », qui était à l’origine du rassemblement de Charlottesville (Virginie), a reçu l’autorisation de réunir 400 personnes dans le square Lafayette, devant la résidence présidentielle, à partir de 17H30 et durant deux heures seulement.

Un important dispositif policier a été mis en place, avec plusieurs artères interdites à la circulation, principalement pour empêcher tout contact entre manifestants et contre-manifestants, qui sont également attendus au square Lafayette.

« Il y aura certainement des provocateurs pour tenter de susciter une réaction de votre part en vous mettant des caméras sous le nez, en criant, etc », a prévenu le site de Unite the Right, dans un message d’instructions aux manifestants.

« Ne répondez pas avec colère », ont conseillé les organisateurs.

Initiateur de la manifestation de l’an dernier, Jason Kessler avait demandé à défiler de nouveau à Charlottesville, mais la municipalité a refusé.

La petite cité de Virginie, située à moins de 200 km au sud de Washington, ne voulait pas revivre les évènements du 12 août 2017.

Des fleurs déposées le 11 août 2018 en mémoire de Heather Heyer, manifestante antiraciste, dans une rue de Charlottesville fermée à la circulation, un an après sa mort dans des heurts avec des suprématistes blancs / © AFP / Logan Cyrus

Après une manifestation pour protester contre le projet de la municipalité de déboulonner une statue du général confédéré Robert E. Lee, des heurts avaient éclaté entre suprémacistes blancs et contre-manifestants.

Un sympathisant néo-nazi avait alors foncé en voiture dans une foule de manifestants antiracistes, tuant une jeune femme de 32 ans, Heather Heyer, et faisant 19 blessés.

« Nous savons que dimanche, des gens vont venir dans notre ville dans le seul but de déverser leur haine », a déclaré la maire de Washington, Muriel Bowser, tout en indiquant qu’il ne s’agissait pas d’empêcher l’événement car le premier amendement de la Constitution américaine protège la liberté d’expression.

– « Pas les bienvenus » –

Dans un entretien à la radio publique NPR diffusé vendredi, Jason Kessler a exprimé le souhait que l’événement de dimanche soit « apaisé » et pris publiquement ses distances avec la mouvance néo-nazie.

« Je ne veux pas de néo-nazis à mon rassemblement », a-t-il assuré, « ils ne sont pas les bienvenus. »

Le square Lafayette, en face de la Maison Blanche, le 14 juin 2018 à Washington / © AFP/Archives / Daniel SLIM

Il a néanmoins expliqué vouloir défendre les droits de la population blanche, qu’il estime « sous-représentée ».

L’activiste a également repris à son compte la théorie générale de l’auteur américain Charles Murray, pour qui les capacités intellectuelles sont fonction de l’origine ethnique.

Une affichette non officielle du rassemblement, qui a circulé sur internet, indiquait que plusieurs figures de l’extrême droite et néo-nazies seraient présentes dimanche, mais Jason Kessler a refusé de le confirmer.

En début de semaine, l’un des membres les plus en vue de l’extrême droite américaine, Richard Spencer, avait annoncé qu’il ne se rendrait pas à la manifestation, appelant ses sympathisants à en faire de même.

« Je ne sais pas exactement ce qui va se passer mais ça ne sera probablement pas bon », avait-il écrit.

« Même si les Américains ont la chance de vivre dans une nation qui protège les libertés, d’expression notamment, et la diversité d’opinions », a écrit Ivanka Trump, la fille du président, sur Twitter dans la nuit de samedi à dimanche, « il n’y a pas de place pour le suprémacisme blanc, le racisme et le néo-nazisme dans notre grand pays ».

Des membres Antifa dans une rue de Charlottesville, le 11 août 2018 en Virginie, un après après la mort de Heather Heyer, manifestante antiraciste tuée dans des heurts avec des suprématistes blancs / © AFP / Logan Cyrus

« Plutôt que de nous déchirer avec haine, racisme et violence, nous pouvons nous élever les uns les autres », a-t-elle ajouté.

Elle est allée plus loin que son père, qui avait dit samedi « condamner tous les types de racisme et actes de violence », mais sans désigner l’extrême droite ou les néo-nazis.

De nombreux observateurs reprochent à Donald Trump d’avoir favorisé, durant sa campagne et depuis sa victoire électorale, l’émergence d’un discours extrémiste pro-blanc décomplexé.

A Charlottesville, même si aucune manifestation n’a été autorisée, les autorités ont pris d’importantes mesures de sécurité, après avoir été débordées lors des heurts du 12 août 2017.

Le gouverneur de Virginie Ralph Northam a décrété l’état d’urgence et le quartier piéton du centre-ville de Charlottesville, où avaient eu lieu les incidents de l’an dernier, a été cerné de grillages, barrières en béton et voitures officielles, avec seulement deux points d’entrée pour les piétons.

Samedi, quelques dizaines de militants « antifa », vêtus de noir, ont brièvement marché dans ce quartier piéton, encadrés de très près par la police.

Dimanche matin, quelques centaines de personnes se sont rassemblées dans le calme dans le parc Booker T. Washington, non loin du centre, pour une commémoration des événements du 12 août 2017.

Romandie.com avec(©AFP / (12 août 2018 17h08)

Les Roumains à nouveau dans la rue contre le gouvernement

août 11, 2018

Manifestation antigouvernementale à Bucarest, en Roumanie, le 11 août 2018 / © AFP / Daniel MIHAILESCU

Des dizaines de milliers de Roumains sont de nouveau descendus dans la rue samedi à Bucarest, demandant la démission du gouvernement de gauche et exprimant leur colère après les « excès » des forces de l’ordre ayant entaché la manifestation de la veille.

« A bas le gouvernement ! » et « Justice, pas corruption ! », ont scandé les manifestants, quelque 30.000 selon les médias locaux, sous le regard des membres des forces de l’ordre, beaucoup moins nombreux que la veille.

Eugen, 62 ans, et Madalina, 22 ans, sont descendus dans la rue pour le deuxième jour consécutif. Comme d’autres milliers d’expatriés, ils étaient revenus spécialement dans leur pays pour participer au grand « rassemblement de la diaspora », vendredi.

Mais, accueillis par des tirs de gaz lacrymogène, ils se disent déçus de voir que « les choses n’avancent pas » en Roumanie.

Eugen, qui travaille dans le bâtiment au Canada, dénonce la « corruption omniprésente ». Madalina, ouvrière dans une usine textile en Grande-Bretagne, déplore, quant à elle, le « désintérêt » des autorités pour les jeunes.

Une retraitée bucarestoise, Floarea Toader, 64 ans, dit à l’AFP avoir décidé de se joindre aux manifestants « après avoir vu vendredi à la télé la brutalité des gendarmes qui sont intervenus contre des gens pacifiques ».

« Mes enfants travaillent en Espagne et ils aimeraient bien rentrer en Roumanie. Mais pour l’instant il n’en est pas question, car les dirigeants ne s’intéressent qu’à eux-mêmes et ne font rien pour les autres », ajoute cette femme enveloppée dans un drapeau tricolore roumain.

Environ quatre millions de Roumains (sur une population totale de 20 millions) ont émigré ces 15 dernières années, à la recherche d’une vie meilleure. En 2017, ils ont envoyé à leurs familles 4,3 milliards d’euros, soit près de 2,5% du produit intérieur brut de la Roumanie, l’un des pays les plus pauvres de l’Union européenne, où le salaire moyen s’élève à 520 euros.

Manifestation antigouvernemantale à Bucarest, en Roumanie, le 11 août 2018 / © AFP / Daniel MIHAILESCU

Des milliers de personnes ont également manifesté dans plusieurs autres grandes villes, dont Sibiu (centre) et Timisoara (ouest), scandant « Voleurs ! » et « Unis, nous sauverons la Roumanie ! », selon les médias.

Vendredi, ils étaient environ 80.000 à demander la démission du gouvernement social-démocrate de Viorica Dancila, l’accusant de « corruption » et de vouloir « contrôler la justice ».

Des échauffourées opposant quelques dizaines de hooligans aux forces de l’ordre avaient fait plus 450 blessés, dont une trentaine de gendarmes.

– « Protéger la liberté de la presse » –

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz a condamné ces violences et demandé des « clarifications » sur les circonstances dans lesquelles plusieurs journalistes, dont un travaillant pour la télévision publique autrichienne ORF, ont été blessés.

« La liberté d’expression et la liberté de la presse sont des libertés fondamentales de l’Union européenne (…) qui doivent être protégées de manière inconditionnelle », a souligné sur Twitter M. Kurz, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE.

Le président roumain de centre droit Klaus Iohannis, en conflit ouvert avec la majorité parlementaire de gauche, a fustigé « l’intervention brutale et disproportionnée » des forces de l’ordre et demandé au parquet général d’ouvrir une enquête.

Heurts entre police et manifestants devant le siège du gouvernement, le 10 août 2018 à Bucarest, en Roumanie / © AFP / Daniel MIHAILESCU

Il a reproché dans la foulée au gouvernement d' »œuvrer contre les intérêts des citoyens », accusant les responsables du parti social-démocrate (PSD, au pouvoir) de « mener le pays vers le chaos et le désordre ».

Mise directement en cause, la ministre de l’Intérieur Carmen Dan a assuré que les gendarmes avaient agi en respectant la loi pour « défendre les institutions de l’Etat ».

Malgré ses explications, des questions restaient en suspens sur l’intervention des forces de l’ordre, qui avaient commencé à faire usage de gaz poivre et lacrymogène avant même les premiers incidents provoqués par des hooligans.

La Roumanie est le théâtre de manifestations régulières depuis un an et demi, avec un pic d’un demi-million de personnes dans la rue en février 2017. Aucun incident violent n’a jusqu’à présent été enregistré.

Depuis son retour au pouvoir fin 2016, le PSD a lancé une vaste réforme de la justice qui menace l’indépendance des magistrats et vise à permettre à des responsables politiques d’échapper aux poursuites, selon ses détracteurs.

Adoptée en plusieurs volets, cette réforme a suscité les critiques de la Commission européenne et provoqué une vague de contestation d’une ampleur sans précédent depuis la chute du régime communiste fin 1989.

Romandie.com avec(©AFP / (11 août 2018 23h13)

RDC: des manifestants à Lubumbashi en faveur du retour de Moïse Katumbi

août 6, 2018

Dans les rues de Lubumbashi, la capitale du Katanga, le 6 août 2018. © DR

La police congolaise a dispersé, ce lundi 6 août, plusieurs marches pro-Katumbi dans la capitale provinciale du Katanga. Les manifestants réclamaient le retour de l’opposant en République démocratique du Congo.

Dans les rues de Lubumbashi, la police a tiré en l’air à plusieurs reprises afin de disperser des rassemblements pro-Katumbi. Des manifestants ont également été arrêtés, mais certains ont été rapidement relâchés. D’après Me Peter Mbala, un avocat partisan de Moïse Katumbi, « une vingtaine » de jeunes auraient été arrêtés dans le centre-ville.

« Depuis 5 heures du matin, la situation est très tendue à Lubumbashi, précise à Jeune Afrique Grégoire Mulamba, du Centre des droits de l’homme et des droits humanitaires. Il y a des militaires un peu partout dans la ville, de nombreux barrages tenus par les forces de l’ordre, et l’activité économique est paralysée. »

« Nous réclamons Katumbi au Congo sans délai », proclamait une pancarte tenue par des femmes en train de marcher par dizaines en chantant, d’après une vidéo diffusée sur internet. « C’est un mouvement spontané, a déclaré à l’AFP un partisan de Moïse Katumbi, Augustin Amundala, qui affirme avoir pris ces images. Les mamans ont appris qu’il y avait des affrontements entre jeunes et policiers dans des quartiers de la ville. Elles ont abandonné le marché et sont arrivées jusqu’au gouvernorat. »

Ni le maire ni la police n’étaient joignables pour confirmer les marches et les échauffourées. Celles-ci interviennent alors que le leader d’Ensemble a été empêché à deux reprises d’entrer sur le territoire congolais. Exilé en Europe pendant plus de deux ans, Moïse Katumbi entend revenir en RDC pour participer au processus électoral.

Jeuneafrique.com avec AFP

Deux morts en Irak dans un mouvement de grogne sociale qui s’étend

juillet 14, 2018

Des jeunes irakiens manifestent devant l’entrée d’un champ pétrolier gardé par des soldats, le 14 juillet 2018 à Al-Qournah, dans la province de Bassora (sud) / © AFP / Haidar MOHAMMED ALI

Deux personnes ont été tuées dans le sud de l’Irak dans la nuit de vendredi à samedi au cours d’un mouvement de contestation sociale qui a débuté dans le sud du pays et gagne du terrain, y compris à Bagdad.

Les deux manifestants ont « été tués par balles » dans la province méridionale de Missane, à la frontière avec l’Iran, a indiqué le porte-parole des services de secours provinciaux, Ahmad al-Kanani.

Ces décès porte à trois le nombre de morts depuis le début du mouvement de contestation sociale, au cours duquel des dizaines de personnes, notamment des membres des forces de sécurité, ont été blessées selon des sources médicales.

Les protestations ont débuté le 8 juillet dans la province de Bassora (sud), les manifestants dénonçant la déliquescence des services publics ainsi qu’un chômage endémique, et criant leur colère contre l’incurie des autorités dans cette région pourtant riche en pétrole. La mort d’un manifestant dans la ville de Bassora ce même 8 juillet a exacerbé la grogne.

Face à cette mobilisation, le Premier ministre irakien Haider al-Abadi s’est rendu vendredi à Bassora pour tenter de calmer le mouvement mais en vain.

Les manifestations se sont poursuivies dans cette ville et sa province, s’étendant même à plusieurs régions d’Irak dont Bagdad.

Samedi, des dizaines de protestataires se sont ainsi rassemblés dans plusieurs quartiers de Bassora, y compris près de champs pétroliers à l’ouest de la ville, du siège des autorités provinciales et du port, selon un correspondant de l’AFP.

– « Tirs à l’aveugle » –

Quelques personnes ont également brièvement manifesté à un poste-frontière avec le Koweït, selon la même source.

Des Irakiens manifestent devant le siège du gouvernement de la province de Bassora (sud) dans la ville éponyme, le 13 juillet 2018 / © AFP / Haidar MOHAMMED ALI

La veille à Bassora, les protestataires avaient scandé « les voleurs nous pillent » en brandissant des drapeaux irakiens, en référence au gouvernement. Des rassemblements avaient aussi eu lieu dans les provinces méridionales de Zi Qar et Najaf.

Dans la nuit de vendredi à samedi, la contestation s’est ensuite étendue à une autre province du sud du pays, Missane, où de nombreux rassemblements ont eu lieu devant le siège de partis politiques, dont celui de M. Abadi. Certains ont été incendiés, d’après des médias irakiens.

C’est au cours d’une de ces manifestations, à Amara, chef-lieu de la province de Missane, que deux personnes ont été tuées dans des circonstances qui n’ont pas été clairement établies.

« Il y a eu des tirs à l’aveugle », a indiqué M. Kanani, le porte-parole des services de secours provinciaux.

Une petite manifestation pacifique a également eu lieu après minuit dans le quartier d’Al-Choula dans le nord de Bagdad, sous une forte présence des forces de l’ordre, a indiqué une source de sécurité à l’AFP.

Des appels à une grande manifestation à Bagdad circulaient samedi sur les réseaux sociaux, certains internautes demandant à ce que le cortège prenne la direction de la zone verte, le secteur de la capitale où se concentrent les institutions nationales et les ambassades qui est interdit d’accès à la plupart des Irakiens.

La plus haute autorité chiite d’Irak a annoncé vendredi son soutien aux manifestants, tout en les appelant à éviter les désordres et les destructions.

Romandie.com avec(©AFP / 14 juillet 2018 15h50)

« Stop Trump »: des dizaines de milliers de personnes défilent à Londres

juillet 13, 2018

Manifestants à Londres le 13 juillet 2018 contre la visite au Royaume-Uni du président américain Donald Trump. / © AFP / Tolga AKMEN

« #DumpTrump » (« Trump à la poubelle »): des dizaines de milliers de personnes ont défilé bruyamment vendredi contre la visite de Donald Trump au Royaume-Uni, un « carnaval de la résistance » contre le président américain jugé « misogyne, homophobe, xénophobe ».

« #DumpTrump », « Ceci est le carnaval de la résistance », « Même ma mère, qui aime pourtant tout le monde, ne peut pas t’encadrer », pouvait-on lire sur les pancartes et banderoles brandies par les participants.

« Non à Trump, non au KKK (Klu Klux Klan, ndlr), non à l’Amérique fasciste! », chantaient-ils en descendant sous un soleil resplendissant la grande artère commerciale d’Oxford Street pour se rendre à Trafalgar Square, en plein coeur de Londres.

Dans la foule, certains frappaient sur des casseroles ou des poêles, d’autres jouaient de la trompette ou brandissaient des ballons orange, couleur clairement destinée à moquer le teint du milliardaire américain.

La manifestation londonienne, divisée en deux marches, l’une de femmes, l’autre regroupant une coalition d’organisations, constitue le point d’orgue du mouvement de protestation contre la visite de Donald Trump au Royaume-Uni. Celle-ci avait été longtemps différée par crainte de la réaction des détracteurs du président américain, ulcérés à l’idée que leur pays lui déroule le tapis rouge.

Manifestants à Trafalgar Square à Londres le 13 juillet 2018 contre la visite au Royaume-Uni du président américain Donald Trump. / © AFP / Tolga AKMEN

« Donald Trump est misogyne, chauvin, homophobe, xénophobe et promeut le sectarisme », a déclaré Georgina Rose, 42 ans, participante de la « Marche des femmes ».

Grant White, 32 ans, portait lui une pancarte représentant une caricature de Trump en symbole de l’oiseau de Twitter, réseau social dont le président américain a fait un porte-voix, avec une croix gammée autour du bras.

« Je suis anti-Brexit, anti-Trump. Il y a une vague de fascisme dont nous devons nous débarrasser », a-t-il dit.

Passant devant le 10, Downing Street, la résidence de la Première ministre britannique, des manifestants ont sifflé et crié: « Honte (à Theresa May)! », qui avait été la première dirigeante étrangère à se rendre à Washington pour rencontrer M. Trump après son investiture, début 2017.

A Londres le 13 juillet 2018 devant le Parlement, des manifestants se préparent à défiler contre la visite au Royaume-Uni du président américain Donald Trump / © AFP / Niklas HALLEN

– « Immature », « raciste » –

Dawn, 49 ans, est elle venue avec sa fille de 11 ans, Sadie. « Trump est l’homme avec le plus grand ego aux commandes de la plus grande puissance mondiale. Il n’a pas la moindre idée de ce dont le monde a besoin », a estimé cette mère de famille. « Il n’accepte pas les gens qui ont une religion différente », a renchéri sa fille.

Une vingtaine d’artistes drag queen ont pris part au défilé, dont Joey « Bourgeoisie » Frenette, 27 ans, originaire de Washington et installé au Royaume-Uni depuis huit ans.

« Je pense qu’il incarne une représentation particulièrement négative de ce que l’Amérique doit donner au monde », a-t-il déclaré.

Les Londoniens manifestent contre la visite de Trump / © AFP / joe stenson

Plus insolite: dans la matinée, un ballon géant représentant un Trump en couche-culotte a flotté près du Parlement, une initiative qui a reçu le feu vert du maire de Londres, le travailliste Sadiq Khan, objet de nombreuses attaques verbales du président américain.

« En tant qu’Américain, je trouve ça génial. C’est une façon pacifique de protester », a commenté Brett Kirchner, 25 ans, originaire de Caroline du Nord, sur la côte est américaine.

Même si, comme il en a convenu, « il y aura aux États-Unis des gens qui sont très contrariés par cette protestation et qui pensent que c’est insultant ».

« Je pense que c’est hilarant », pense de son côté Paul Fonseca, 23 ans. « C’est une exacte représentation de sa politique qui est tellement immature ».

Romandie.com avec(©AFP / 13 juillet 2018 17h49)

Nuit de violences en Haïti, le gouvernement appelle au calme

juillet 7, 2018

Des barricades installées par des manifestants à Port-au-Prince le 6 juillet 2018 / © AFP / HECTOR RETAMAL

Le gouvernement haïtien a appelé samedi au calme et à la « patience » après les violences qui ont paralysé la capitale et fait au moins un mort, suite à une importante hausse des prix des produits pétroliers dans ce pays où la majorité de la population vit dans une pauvreté extrême.

Beaucoup de rues à Port-au-Prince étaient encore obstruées samedi matin par les barricades dressées la veille. A plusieurs endroits dans la région de Port-au-Prince, des manifestants ont de nouveau mis le feu à des pneus, certains en appelant à la révolution.

Des tirs sporadiques se faisaient encore entendre dans certains quartiers alors que la présence des forces de police restait très limitée, a pu observer une journaliste de l’AFP.

Des mouvements similaires de colère ont été enregistrés au Cap-Haïtien, la deuxième ville du pays, ainsi que dans les communes des Cayes et de Jacmel et de Petit-Goave.

Vendredi soir, un policier assigné à la sécurité d’un dirigeant d’un parti politique d’opposition a été tué dans une altercation avec un groupe de manifestants au cœur de la capitale haïtienne. Il a été lynché alors qu’il cherchait à forcer le passage, et son corps a ensuite été brûlé sur la chaussée.

Plusieurs compagnies aériennes comme American Airlines et Air France ont annulé leurs vols jusqu’à la mi-journée pour l’instant, et au moins un avion a été redirigé vers Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe.

Face aux contestations, le Premier ministre Jack Guy Lafontant a appelé samedi la population à la « patience ».

« Je vous demande de la patience parce que notre administration a une vision, un programme clair », a déclaré le chef du gouvernement dans une allocution diffusée sur la télévision d’État.

« Ne détruisez pas car, à chaque fois, c’est Haïti qui devient plus pauvre (…). Le pays est en chantier mais si à chaque fois on détruit, on restera toujours à la traîne », a-t-il ajouté, alors que la majorité des vitrines des bâtiments et vitres de véhicules ont été brisées dans les quartiers aisés de l’aire métropolitaine.

Le directeur de la police nationale a de son côté lancé un appel au calme.

« On comprend votre droit (à) protester, (à) revendiquer mais on ne comprend pas la violence » a déclaré Michel-Ange Gédéon, en regrettant la mort du policier et en faisant état de l’incendie d’au moins deux commissariats et de plusieurs voitures de police.

– Hausse insupportable –

En début d’après-midi vendredi, les ministères de l’Économie, des Finances, du Commerce et de l’Industrie ont annoncé l’augmentation des prix de l’essence de 38%, celui du diesel de 47% et celui du kérosène de 51%, à compter du samedi 7 juillet à minuit.

Le nouveau cadre de référence entre le Fonds monétaire international (FMI) et Haïti, signé en février, impliquait la cessation de la subvention publique des produits pétroliers, source conséquente du déficit budgétaire de l’État.

Cette importante hausse est perçue comme insupportable par la majorité de la population qui fait face à une pauvreté extrême, un chômage de masse et une inflation supérieure à 13% pour la troisième année consécutive.

Le gouvernement tente de persuader les citoyens qu’il est obligé de réviser les prix des produits pétroliers, en prenant ses précautions dans le choix du vocabulaire.

« On ne parle pas d’augmentation mais plutôt de mettre les carburants aux prix auxquels ils doivent être », a souligné le Premier ministre dans son message télévisé samedi.

« De 2010 à 2018, Haïti a subventionné les carburants à hauteur de 50 milliards de gourdes, soit environ un milliard de dollars. Ce montant aurait pu nous permettre de construire beaucoup de kilomètres de route (…), beaucoup de salles de classe (…), beaucoup de centres de santé », a détaillé le chef du gouvernement pour justifier la mesure impopulaire.

Le gouvernement défend également la diminution de ces subventions publiques du fait qu’elles privilégiaient injustement selon lui l’économie de la République dominicaine voisine, où les tarifs à la pompe sont plus élevés.

Depuis l’annonce des nouveaux tarifs, les stations-service des principales villes du pays ont suspendu la distribution de carburants.

Romandie.com avec(©AFP / 07 juillet 2018 16h54)