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Police et censure en Chine au lendemain de manifestations historiques

novembre 28, 2022
Manifestation à Pékin.

Protestataires et policiers lors d’un rassemblement contre les mesures chinoises strictes de « zéro COVID », lundi à Pékin. Photo : Getty Images/Kevin Frayer

Dans les rues, une présence policière soutenue. En ligne, la censure : les autorités chinoises tentaient lundi de freiner le mouvement de colère d’une ampleur historique de Chinois exaspérés par les restrictions sanitaires et réclamant plus de libertés.

Dimanche, une foule de manifestants, répondant à des appels sur les réseaux sociaux, est descendue dans la rue notamment à Pékin, Shanghai et Wuhan, prenant les forces de l’ordre au dépourvu.

Parmi les slogans scandés à l’unisson : Pas de tests COVID, on a faim!Xi Jinping démissionne ! PCC [Parti communiste chinois, NDLR], retire-toi ! ou Non aux confinements, nous voulons la liberté.

Par son étendue sur le territoire, la mobilisation semble la plus importante depuis les émeutes prodémocratie de 1989.

Elle est le point d’orgue d’une grogne populaire qui n’a cessé de monter ces derniers mois en Chine, l’un des seuls pays au monde à appliquer encore une stricte politique zéro COVID, avec confinements à répétition et tests PCR quasi quotidiens de la population.

L’incendie mortel survenu à Urumqi, capitale de la province du Xinjiang (nord-ouest), a catalysé la colère de nombre de Chinois, certains accusant les restrictions sanitaires d’avoir bloqué le travail des secours.

Un agent de santé effectue un test de COVID-19.

Un agent de santé effectue un test de COVID-19 sur une femme dans le quartier de Jing’an à Shanghai. Photo : Getty Images/Hector Retamal

Les restrictions ont été assouplies dans la capitale de 4 millions d’habitants : les habitants pourront dès mardi se déplacer en bus pour faire leurs courses et les livraisons de colis pourront reprendre. Des commerces de zones à faible risque peuvent également demander à reprendre partiellement leurs activités.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a accusé des forces aux motivations cachées d’établir un lien entre cet incendie et la réponse locale au COVID-19, selon son porte-parole Zhao Lijian.

Sous la direction du Parti communiste chinois et [avec] le soutien du peuple chinois, notre combat contre le COVID-19 sera une réussite, a-t-il assuré, en réponse à la vague de protestations du week-end.

Mais les manifestations ont fait également émerger des demandes pour plus de libertés politiques, voire pour le départ du président Xi Jinping, tout juste reconduit pour un troisième mandat inédit à la tête du pays.

Lundi matin, une présence policière était visible à Pékin et à Shanghai, près des lieux de rassemblements de la veille, ont constaté des journalistes de l’AFP.

À Shanghai, deux personnes ont été arrêtées près de la rue Urumqi, à l’endroit même où avait eu lieu une manifestation dimanche. L’une des deux personnes n’avait pas obéi à nos dispositions, a expliqué un policier à l’AFP.

Les agents écartaient également d’autres personnes présentes sur place et leur ordonnaient d’effacer des images de leurs téléphones, selon un journaliste de l’AFP.

La police de Shanghai, interrogée à plusieurs reprises, n’avait toujours pas répondu lundi sur le nombre de détentions durant le week-end.

Un journaliste de la BBC en Chine, qui couvrait à Shanghai, a été arrêté et frappé par la police, selon le média britannique. Le ministre britannique des Entreprises, Grant Shapps, a jugé inacceptables et préoccupantes ces violences.

Wuhan a été le théâtre de manifestations contre les restrictions drastiques imposées à la population chinoise dans le cadre de la politique de « zéro COVID-19 » imposée par les autorités. Un mouvement de protestation qui s’est étendu en Chine et dans d’autres pays, comme l’explique Samuel Rancourt.

À Shanghai, une des rues occupées par la foule durant la nuit était désormais entourée de palissades pour empêcher tout nouveau rassemblement.

Dimanche, des heurts avaient opposé forces de l’ordre et manifestants, certains portant des fleurs ou des feuilles blanches comme symboles de la censure. Plusieurs d’entre eux ont été arrêtés.

Près de la rivière Liangma à Pékin, où plus de 400 jeunes Chinois s’étaient réunis dimanche soir pendant plusieurs heures aux cris notamment de Nous sommes tous des habitants du Xinjiang!, des voitures de police étaient garées et des agents patrouillaient le long du canal.

Cette manifestation, c’était une bonne chose, confie à l’AFP une femme d’une vingtaine d’années qui faisait son jogging dans le quartier, disant l’avoir suivie via les réseaux sociaux.

Cela a envoyé le signal que les gens en ont marre de ces restrictions excessives, ajoute la jeune femme, sous couvert de l’anonymat.

Je crois que le gouvernement a compris le message et qu’ils vont alléger leur politique, pour pouvoir s’en sortir, estime-t-elle.

La censure n’a pas pu suivre le rythme, selon elle, quand les manifestations ont éclaté en divers endroits du territoire.

Mais la censure s’est depuis rattrapée : sur les réseaux sociaux chinois, toute information concernant ces manifestations semblait avoir été effacée lundi.

Sur la plateforme Weibo, sorte de Twitter chinois, les recherches Rivière Liangma et rue Urumqi ne donnaient aucun résultat lié à la mobilisation.

Contrôle de l’information et restrictions sanitaires

Le contrôle strict des autorités chinoises sur l’information et les restrictions sanitaires sur les voyages à l’intérieur du pays compliquent la vérification du nombre total de manifestants durant le week-end.

Mais un soulèvement aussi étendu est rarissime en Chine, compte tenu de la répression contre toute forme d’opposition au gouvernement.

Des manifestations ont également eu lieu à Canton, Chengdu et Hong Kong, mais aussi à Wuhan, ville du centre du pays où avait été détecté le premier cas au monde de COVID-19 il y a bientôt trois ans.

Le Quotidien du peuple a publié lundi un texte mettant en garde contre la paralysie et la lassitude face à la politique zéro COVID, sans toutefois appeler à y mettre fin.

Les gens ont maintenant atteint un point d’ébullition, car il n’y a pas de direction claire sur la voie à suivre pour mettre fin à la politique du zéro COVID, explique à l’AFP Alfred Wu Muluan, expert en politique chinoise à l’Université nationale de Singapour.

Le parti a sous-estimé la colère de la population, ajoute-t-il.

Les manifestations ont inquiété les investisseurs. Et les bourses asiatiques ont ouvert en nette baisse lundi.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Les manifestations se multiplient en Chine contre le « zéro COVID »

novembre 27, 2022
Manifestation à Pékin.

Ces manifestations constituent une rare démonstration d’hostilité envers le régime de Xi Jinping. Photo: Obtained by Reuters

Des centaines de personnes sont descendues dans les rues dimanche à Pékin, Shanghai et d’autres villes de Chine pour protester contre les confinements à outrance, une rare démonstration d’hostilité envers le régime du président Xi Jinping et sa politique de « zéro COVID » draconienne pratiquée depuis près de trois ans.

Confinements inopinés, massifs et interminables à la découverte du moindre cas, mises en quarantaine systématiques des cas contact dans des camps et tests PCR négatifs exigés presque quotidiennement pour avoir accès à l’espace public exaspèrent de plus en plus la population chinoise. Un mécontentement attisé par plusieurs cas très médiatisés dans lesquels les services d’urgence, lors d’accidents, auraient été ralentis par les restrictions sanitaires, avec des conséquences fatales.

 Image tirée de la vidéo de manifestants criant des slogans face aux policiers à Shanghai.

Des foules en colère sont descendues dans les rues de Shanghai aux premières heures dimanche et des images similaires proviennent de plusieurs autres villes chinoises. Photo: Getty Images

Un incendie qui a fait dix morts jeudi à Urumqi, la capitale de la province du Xinjiang, a exacerbé ces récriminations. De nombreuses publications circulant sur les réseaux sociaux ont accusé les mesures anti-COVID d’avoir aggravé ce drame, des voitures garées depuis des semaines pour cause de confinement dans l’étroite ruelle menant à l’immeuble en flammes ayant entravé l’arrivée des secours.

Dimanche après-midi, des centaines de personnes ont manifesté en silence dans le centre de Shanghai, métropole de 25 millions d’habitants soumise au début de l’année à un épuisant confinement de deux mois.

Brandissant fleurs blanches et feuilles de papier blanc – devenues un symbole de protestation contre la censure – les contestataires se sont postés en silence à plusieurs intersections avant d’être dispersés par la police, selon des témoins.

Une femme portant un masque de protection traverse une rue presque vide.

Une femme portant un masque de protection traverse une rue presque vide avec ses bagages dans le Central Business District à Pékin. Photo: Getty Images/Kevin Frayer

Une autre protestation avait déjà eu lieu la nuit précédente non loin de là. Une vidéo largement diffusée sur Internet et que l’AFP a géolocalisée a montré des personnes crier Xi Jinping, démission ! et s’en prendre aussi au Parti communiste chinois, une très rare démonstration d’hostilité envers le président et le régime dans la capitale économique du pays.

Cette première protestation s’est déroulée dimanche à l’aube dans la rue Wulumuqi – le nom en mandarin de la ville d’Urumqi. Il y a eu quelques échauffourées mineures, mais dans l’ensemble, le maintien de l’ordre a été civilisé, a dit un témoin à l’AFP. C’est fou de savoir que, dans ces circonstances, il y a encore tant de gens courageux qui se font remarquer, s’est-il exclamé.

Plusieurs témoins ont rapporté qu’au moins deux personnes ont été emmenées par les forces de l’ordre. Sollicitée par l’AFP, la police locale n’a pas réagi.

Entre 200 et 300 étudiants de la prestigieuse Université Tsinghua à Pékin ont également manifesté dimanche sur leur campus, selon un témoin interrogé par l’AFP et des images publiées sur les réseaux sociaux.

Ce témoin a rapporté que vers 11 h 30, une étudiante a commencé par brandir une feuille de papier blanc et a été rejointe par d’autres femmes.

On a chanté l’hymne national et l’Internationale, et scandé :  » la liberté triomphera  »,  » pas de tests PCR, on veut de la nourriture  »,  »non aux confinements, nous voulons la liberté  », a encore dit ce témoin.

Manifestation à Shanghai.

Cette capture d’écran montre des manifestants criant des slogans face aux policiers à Shanghai. Photo: Getty Images

Sur Internet, des vidéos montraient une foule devant la cantine de l’université, réunie autour d’un orateur qui criait : Ce n’est pas une vie normale, nous en avons assez. Nos vies n’étaient pas comme ça avant!

Une autre vidéo apparemment prise au même endroit montrait des étudiants criant : démocratie et État de droit, liberté d’expression, mais elle a été rapidement retirée d’Internet.

Une veillée à la mémoire des victimes de l’incendie d’Urumqi a aussi eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche à l’Université de Pékin, voisine de l’Université Tsinghua. Selon un étudiant y ayant participé, les protestataires ont commencé à se rassembler samedi soir vers minuit sur le campus, et la foule a atteint entre 100 et 200 personnes.

J’ai entendu des gens crier :  » non aux tests COVID, oui à la liberté  », a-t-il raconté, en montrant à l’AFP des photos et vidéos corroborant ses dires.

Des vidéos sur les réseaux sociaux ont par ailleurs montré une importante veillée à l’Institut des communications de Nankin, ainsi que de petits rassemblements à Xian, Wuhan et Canton, mais l’authenticité de ces images n’a pas pu être vérifiée par l’AFP.

L’entrée d’une zone résidentielle surveillée par des gardiens en tenue de protection contre la COVID-19 à Pékin.

Les confinements inopinés et les mises en quarantaine systématiques exaspèrent la population chinoise. Photo: Getty Images/Noel Celis

Les hashtags relatifs aux protestations étaient censurés sur la plateforme Weibo, et les vidéos sensibles étaient effacées des sites de partage Duoyin et Kuaishou.

Des protestations sporadiques et parfois violentes ont déjà eu lieu à travers le pays ces derniers jours, notamment dans la plus grande usine d’iPhone du monde située à Zhengzhou, ainsi qu’à Urumqi après l’incendie.

La Chine a recensé dimanche 39 506 cas de COVID-19, un record quotidien qui reste très faible par rapport aux chiffres enregistrés ailleurs dans le monde au plus fort de la pandémie.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Tchad : une « cinquantaine de morts » après les manifestations, mise en place d’un couvre-feu

octobre 20, 2022

Policiers et manifestants s’affrontent ce jeudi dans la capitale, où des centaines de personnes se sont réunies à l’appel de l’opposition pour protester contre la prolongation de la transition et le maintien au pouvoir de Mahamat Idriss Déby Itno.

Le corps d’un manifestant recouvert du drapeau tchadien, à N’Djamena le 20 octobre 2022. © AFP

Au moins « une cinquantaine » de personnes ont été tuées, dont « une dizaine » de membres des forces de sécurité, dans des heurts qui opposent manifestants et forces de l’ordre, a déclaré le Premier ministre Saleh Kebzabo, qui a annoncé la « suspension de toute activité » d’importants groupes d’opposition et un couvre-feu.

Dans les rues de la capitale, des nuages de fumée noire sont visibles et des tirs de gaz lacrymogène se font régulièrement entendre, tandis que des barricades ont été dressées dans plusieurs quartiers de la ville et que des pneus sont brûlés sur les principaux axes routiers afin d’obstruer la circulation.

Dans le 7e arrondissement de la capitale, sur l’axe principal du quartier Abena, un corps est recouvert du drapeau tchadien, entouré de plusieurs manifestants. Dans le 6e arrondissement, fief de l’opposition où est également situé le domicile du Premier ministre Saleh Kebzabo – nommé le 12 octobre à la tête du gouvernement qu’il avait rallié il y a dix-huit mois –, les rues sont désertes. Des pneus, des troncs d’arbre, des amas de briques jonchent les rues. Les établissements scolaires et universitaires sont fermés.

Les manifestations de ce jeudi 20 octobre ont fait une « cinquantaine » de morts à travers le Tchad, a déclaré le Premier ministre Saleh Kebzabo, qui a annoncé la « suspension de toute activité » d’importants groupes d’opposition et un couvre-feu.

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Des membres de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR) déblaient les débris après l’incendie au sein de leur quartier général, à N’Djamena, le 20 octobre 2022, au Tchad. © AFP.

« Il y a eu une cinquantaine de morts, surtout à N’Djamena, Moundou et Koumra, et une centaine de blessés », a-t-il affirmé, précisant que l’instauration du couvre-feu de « 18 h à 6 h du matin » durera jusqu’au « rétablissement total de l’ordre » à N’Djamena, à Moundou, à Doba et à Koumra » et a prévenu que le gouvernement « fera régner l’ordre sur l’ensemble du territoire et ne tolèrera plus aucune dérive d’où qu’elles viennent ».

Le siège du parti de Kebzabo incendié

« Ils nous tirent dessus. Ils tuent notre peuple. Les soldats du seul général qui a refusé d’honorer sa parole et aujourd’hui c’est la fin des 18 mois, voilà comment il entend installer la dynastie en tuant le peuple », a écrit dans un message sur Twitter Succès Masra, l’un des principaux opposants au pouvoir. Le leader du parti Les Transformateurs avait lancé mercredi un appel à une manifestation pacifique, qui a été interdite par les autorités.

Le siège du parti de Saleh Kebzabo, l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR), a été pris pour cible par les manifestants et a été « en partie incendié », a indiqué le vice-président du parti, Célestin Topona.

Ces violences se déroulent alors que la transition de dix-huit mois, qui devait s’achever ce jeudi 20 octobre, a été prolongée. Fin septembre, Mahamat Idriss Déby Itno a été maintenu président jusqu’à des élections libres et démocratiques, censées se tenir à l’issue d’une deuxième période de transition et auxquelles le président pourra se présenter. Cette prolongation, annoncée à l’issue du Dialogue national inclusif et souverain (DNIS), boycotté par une partie de l’opposition, a braqué les opposants politiques et armés.

Par Jeune Afrique avec AFP

Iran: nouvelle journée de manifestations, incendie à la prison d’Evine

octobre 15, 2022
Iran: nouvelle journee de manifestations, incendie a la prison d'Evine
Iran: nouvelle journée de manifestations, incendie à la prison d’Evine© AFP/Archives/-

Un incendie a éclaté samedi soir à la prison d’Evine à Téhéran, où des coups de feu ont été entendus selon des ONG, au terme d’une nouvelle journée de manifestations contre le pouvoir et un mois après le début du mouvement de contestation déclenché par la mort de Mahsa Amini.

« Des troubles et des affrontements ont été observés samedi soir », a confirmé un haut responsable de sécurité cité par l’agence officielle Irna. Mais « en ce moment, la situation est complètement sous contrôle et le calme est revenu dans la prison », a-t-il ajouté, imputant le départ de feu à des « voyous ».

Selon un pompier sur place, cité par Irna, « huit personnes ont été blessées dans cet incendie ».

Des images partagées sur Twitter par l’organisation non gouvernementale Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, avaient montré d’immenses flammes et une épaisse fumée se dégager de la prison, où sont détenus des prisonniers d’opinion, alors que des coups de feu étaient entendus.

Des cris de « Mort au dictateur » étaient également audibles en arrière-plan d’une vidéo postée par le média en ligne 1500tasvir, qui recense les violations des droits humains.

Il s’agit de l’un des slogans les plus scandés dans les manifestations consécutives à la mort de Mahsa Amini il y a un mois.

Cette Kurde iranienne de 22 ans est décédée le 16 septembre, trois jours après son arrestation pour avoir, selon la police des moeurs à Téhéran, enfreint le strict code vestimentaire de la République islamique.

Depuis, les Iraniennes ont été le fer de lance des manifestations, criant des slogans antigouvernementaux, enlevant et brûlant leur foulard, et tenant tête aux forces de sécurité dans les rues.

« Les mollahs doivent déguerpir ! », scandaient samedi des femmes sans hijab au Collège technique et professionnel Shariati de Téhéran, dans une vidéo largement partagée en ligne, alors que des Iraniens étaient une nouvelle fois descendus dans la rue.

À l’ouest de Téhéran, des manifestants ont lancé des projectiles sur les forces de sécurité dans la ville de Hamedan, selon des images vérifiées par l’AFP.

Malgré les fortes perturbations de l’Internet, des rassemblements ont également eu lieu à Ardabil (nord-ouest), selon des vidéos partagées sur Twitter.

Des commerçants se sont mis en grève à Saghez, la ville natale de Mahsa Amini dans la province du Kurdistan (nord-ouest), et à Mahabad (nord), selon 1500tasvir.

« Des écolières dans le village de Ney à Marivan (ouest) ont provoqué des feux dans la rue et crié des chants antigouvernementaux », a indiqué Hengaw, un groupe de défense des droits des Kurdes d’Iran basé en Norvège.

Des jeunes ont également manifesté dans les universités de Téhéran, d’Ispahan (sud) et de Kermanshah (nord-ouest), selon des images partagées en ligne.

« Situation sensible »

Les manifestants répondaient à un appel de militants à des protestations massives sous le slogan « Le début de la fin ! » du pouvoir.

Ces militants ont encouragé les Iraniens à manifester dans des endroits où les forces de sécurité ne sont pas présentes et à scander « Mort au dictateur », en référence au guide suprême Ali Khamenei.

Lors d’un rassemblement samedi de « retraités » des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique, un commandant des Gardiens a déclaré que trois membres de sa milice paramilitaire Bassidj avaient été tués et 850 blessés à Téhéran depuis le début de la « sédition », a rapporté l’agence Irna.

La contestation, entrée dans sa cinquième semaine, a suscité des rassemblements de solidarité à l’étranger et la répression, qui a fait plus de 100 morts selon des ONG, a été condamnée par la communauté internationale.

Au moins 108 personnes ont été tuées dans la répression, selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo. Amnesty International a affirmé qu’au moins 23 enfants de 11 à 17 ans avaient été « tués par les forces de sécurité ». Et des centaines de personnes ont été arrêtées.

« Courageuses femmes »

Vendredi, le président américain Joe Biden, dont le pays est ennemi juré de l’Iran, a affirmé se tenir « aux côtés des courageuses femmes d’Iran », appelant le pouvoir à « mettre fin à la violence contre ses citoyens ».

Les dirigeants iraniens accusent les États-Unis de déstabiliser leur pays en fomentant des « émeutes ».

Alors que l’Union européenne s’apprête à imposer lundi des sanctions à l’Iran, le chef de la diplomatie iranienne Hossein Amir-Abdollahian a appelé l’UE à adopter une « approche réaliste ».

Il a également fustigé vendredi une politique de deux poids, deux mesures: « Qui aurait cru que la mort d’une seule fille serait aussi importante pour les Occidentaux ? Qu’ont-ils fait concernant les centaines de milliers de martyrs et de morts en Irak, en Afghanistan, en Syrie et au Liban ? ».

Les manifestations en Iran sont les plus importantes depuis celles de 2019 contre la hausse du prix de l’essence dans ce pays riche en pétrole.

Par Le Point avec AFP

Des milliers de manifestants à Tunis contre le président Saied et la crise économique

octobre 15, 2022
Des milliers de manifestants a Tunis contre le president Saied et la crise economique
Des milliers de manifestants à Tunis contre le président Saied et la crise économique© AFP/FETHI BELAID

Des milliers de Tunisiens ont manifesté samedi à Tunis pour dénoncer les politiques du président Kais Saeid qu’ils accusent d’être responsable de la grave crise économique dans le pays, marquée par des pénuries récurrentes de denrées de base et une forte inflation.

Menés par le Front de salut national, une coalition de partis d’opposition dont fait partie la formation d’inspiration islamiste Ennahdha, les manifestants ont traversé les rues principales de la capitale tunisienne, appelant au départ du président.

« Va-t-en, va-t-en », « Révolte contre Kais le dictateur », « le peuple veut limoger le président », ont scandé les protestataires.

La Tunisie, étranglée par une dette supérieure à 100 % de son PIB et incapable d’emprunter sur les marchés internationaux, est en négociation avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un prêt d’environ deux milliards de dollars.

Cette crise financière s’est traduite ces derniers mois par des pénuries récurrentes de produits de base (farine, sucre, café..) dans un contexte d’inflation galopante (près de 9 % en août sur un an).

Les difficultés de la Tunisie, en dégringolade économique depuis 10 ans, ont été amplifiées par la crise du Covid-19 et la guerre en Ukraine qui renchérit les importations de céréales et hydrocarbures dont elle est très dépendante.

Le pays est également englué dans une grave crise politique depuis le coup de force du président Saied qui s’est emparé des pleins pouvoirs en juillet 2021.

« Cette manifestation reflète la colère face la situation en Tunisie sous Kais Saied et appelle à son départ », a dit à l’AFP l’ancien Premier ministre Ali Laarayedh, vice-président d’Ennahdha.

« Si le pouvoir politique actuel persiste, il n’y a pas d’avenir pour la Tunisie. La pauvreté, le chômage et le désespoir sont en hausse », a-t-il ajouté.

Parallèlement, une autre manifestation contre la dégradation des conditions de vie a également eu lieu samedi à Tunis, organisée par le Parti destourien libre (PDL), une formation d’opposition anti-islamiste.

Les participants à cette manifestation ont brandi des paniers vides en référence à la forte baisse du pouvoir d’achat. Souad, une retraitée, accuse le président Saied de « n’avoir rien fait ». Selon elle, la situation n’a fait qu’empirer » depuis son arrivée au pouvoir en 2019.

Environ 1.500 personnes ont pris part à la manifestation organisée par le Front de salut national, alors que celle menée par le PDL a rassemblé près de 1.000, a indiqué à l’AFP le ministère de l’Intérieur.

Par Le Point avec AFP

Manifestations en Iran: le guide suprême accuse les Etats-Unis et Israël

octobre 3, 2022
Manifestations en Iran: le guide supreme accuse les Etats-Unis et Israel
Manifestations en Iran: le guide suprême accuse les Etats-Unis et Israël© KHAMENEI.IR/AFP/-

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a accusé lundi les ennemis jurés que sont les Etats-Unis et Israël d’avoir fomenté le mouvement de contestation déclenché par la mort le 16 septembre de Mahsa Amini à Téhéran.

« Je dis clairement que ces émeutes et l’insécurité sont l’œuvre des Etats-Unis, du régime sioniste (Israël, NDLR) usurpateur, leurs mercenaires et certains Iraniens traîtres qui les ont aidés à l’étranger », a déclaré l’ayatollah Khamenei, 83 ans, dans sa première réaction aux manifestations.

Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, est décédée le 16 septembre, trois jours après son arrestation pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique qui oblige notamment les femmes à porter le voile.

Sa mort a déclenché une vague de manifestations en Iran et des rassemblements de solidarité avec les femmes iraniennes à travers le monde, notamment à Paris encore dimanche.

Ce mouvement de contestation, le plus important en Iran depuis celui de 2019 contre la hausse des prix de l’essence, est entré dans sa troisième semaine et la répression s’est accrue.

De violents incidents se sont produits dans la nuit de dimanche à lundi à l’Université de technologie Sharif à Téhéran, la plus prestigieuse d’Iran.

La police anti-émeute a tiré des billes d’acier et des gaz lacrymogènes contre des étudiants qui scandaient « Femme, vie, liberté », « les étudiants préfèrent la mort à l’humiliation », selon l’agence de presse iranienne Mehr.

Des incidents sont également survenus à l’université d’Ispahan (centre).

« N’ayez pas peur ! »

L’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, a publié deux vidéos, l’une montrant apparemment des policiers iraniens à motos poursuivant des étudiants qui courent dans un parking souterrain, et l’autre, des policiers à moto emmenant des personnes dont la tête est recouverte de sacs en tissu noir.

Sur d’autres images mises en ligne, que l’AFP n’a pu vérifier de manière indépendante, on peut entendre des tirs et des cris alors qu’un grand nombre de personnes courent dans une rue la nuit.

Dans une vidéo tournée, selon l’IHR, dans une station de métro de Téhéran, une foule scande: « N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur ! Nous sommes tous ensemble ! ».

Mais aux yeux du guide suprême, « la police est obligée de tenir tête aux criminels et d’assurer la sécurité de la société ».

« La mort de la jeune fille nous a brisé le cœur, mais ce qui n’est pas normal, c’est que certaines personnes, sans preuve ni enquête, rendent les rues dangereuses, brûlent le Coran, retirent le foulard des femmes voilées, mettent le feu aux mosquées et aux voitures », a-t-il ajouté.

Selon l’ayatollah Khamenei, ces manifestations ne sont pas dirigées contre le port obligatoire du voile, mais contre « l’indépendance » de l’Iran.

« Beaucoup de femmes en Iran ne portent pas parfaitement le voile et sont de ferventes partisanes de la République islamique », a-t-il écrit sur Twitter. « Les Etats-Unis ne peuvent pas tolérer un Iran fort et indépendant. »

« Nous sommes alarmés et révoltés par les informations sur la manière dont les forces de l’ordre répondent par la violence et avec des arrestations massives à des manifestations pacifiques d’étudiants », a dit lundi la porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre, aux journalistes voyageant avec le président Joe Biden vers Porto Rico.

« Courage incroyable »

Le ministère iranien du Renseignement avait indiqué vendredi que neuf ressortissants étrangers — notamment de France, d’Allemagne, d’Italie, des Pays-Bas et de Pologne — avaient été arrêtés en lien avec les manifestations.

Une globe-trotteuse italienne de 30 ans a affirmé être détenue en Iran: « Ils m’ont arrêtée, je suis dans une prison à Téhéran. Aidez-moi s’il vous plaît… », a déclaré Alessia Piperno lors d’une brève conversation téléphonique avec ses parents dimanche, selon le quotidien italien Il Messaggero.

Pour la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, il est « difficile de supporter ce qui se passe à l’université #Sharif en #Iran ». Le courage des Iraniens est incroyable », a-t-elle tweeté.

Au moins 92 personnes ont été tuées par la répression depuis le début des manifestations, selon l’ONG Iran Human Rights qui s’efforce d’évaluer le nombre de morts malgré les coupures d’Internet et les blocages d’applications comme WhatsApp ou Instagram et d’autres services en ligne en Iran.

Les autorités affirment quant à elles qu’environ 60 personnes parmi lesquelles douze membres des forces de sécurité ont été tuées depuis le 16 septembre.

Par Le Point avec AFP

Iran: manifestations dans plusieurs universités du pays

octobre 1, 2022
Iran: manifestations dans plusieurs universites du pays
Iran: manifestations dans plusieurs universités du pays© AFP/JUSTIN TALLIS

Des manifestations ont eu lieu samedi dans plusieurs universités en Iran pour dénoncer la répression meurtrière du mouvement de contestation déclenché par la mort de Mahsa Amini arrêtée par la police des moeurs, il y a 16 jours.

Des rassemblements ont par ailleurs été organisés à travers le monde en solidarité avec le mouvement, dont la répression a fait au moins 83 morts depuis le décès de la Kurde iranienne le 16 septembre, trois jours après son arrestation pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique qui oblige notamment les femmes à porter le voile.

Le pouvoir, qui dément toute implication des forces de l’ordre dans la mort de la jeune femme de 22 ans, a fait arrêter des centaines de manifestants, qualifiés d' »émeutiers ».

« Des étudiants ont manifesté samedi dans des universités pour dénoncer les agissements de la police envers les protestataires », a affirmé l’agence de presse iranienne Fars, sans préciser où ont eu lieu ces manifestations, ni leur ampleur.

L’agence a toutefois indiqué que des rassemblements « ont aussi été organisés sur la place Enghelab (« Révolution » en persan, ndlr) près de l’Université de Téhéran, dans le centre de la capitale, où des heurts ont éclaté entre la police et les manifestants dont certains ont été arrêtés ».

Selon des témoins, de nombreux policiers anti-émeutes avaient pris position plus tôt samedi à différents carrefours de Téhéran.

« Noyée dans le sang »

Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos vérifiées par l’AFP ont circulé samedi montrant des rassemblements dans des universités, notamment à Téhéran et dans la ville sainte de Machhad (nord-est), deuxième ville du pays.

Sur ces images, on peut voir des dizaines de manifestants chantant et scandant des slogans favorables au mouvement de contestation.

« La ville est noyée dans le sang, mais nos professeurs gardent le silence ! », ont scandé des dmanifestants rassemblés devant l’université de Karaj, à l’ouest de Téhéran, selon une vidéo diffusée par l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo.

Vendredi soir, des Iraniens ont manifesté dans la ville de Saqez, dans la province du Kurdistan, d’où était originaire Mahsa Amini, selon une vidéo d’IHR.

« Femmes, vie, liberté », ont lancé des hommes et des femmes en pleine rue en reprenant un slogan phare du mouvement de contestation.

Selon l’agence Fars, environ 60 personnes ont été tuées depuis le 16 septembre, tandis qu’Iran Human Rights a fait état d’au moins 83 morts.

Plus de 1.200 manifestants ont été arrêtés, d’après un bilan officiel. Des militants, des avocats et des journalistes ont également été interpellés, selon des ONG.

Manifestations de solidarité

A l’étranger, des rassemblements de solidarité, auxquels participe la diaspora iranienne, se tiennent samedi dans plus de 150 villes, selon les organisateurs.

A Rome, un millier de personnes ont défilé au rythme des tambours, réclamant « justice » pour Mahsa Amini.

A Berlin, plus de 1.000 personnes se sont réunies, brandissant des pancartes dénonçant le régime iranien, tandis qu’à Tokyo, des manifestants avaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « On ne s’arrêtera pas ». « Non à la dictature », ont scandé quelque 200 personnes à Lisbonne.

L’ancien Premier ministre iranien Mir Hossein Mousavi, aujourd’hui dans l’opposition, a exhorté les forces de l’ordre à cesser les violences, dans un message publié sur le compte Instagram du site Kaleme qui lui est proche.

« J’aimerais rappeler à toutes les forces de l’ordre leur serment de protéger notre terre, l’Iran, et les vies humaines, les biens, et les droits du peuple », a dit l’ancien responsable qui est en résidence surveillée depuis 2011. « Le sang des oppressés est plus fort que la violence des tyrans. »

Amnesty International a dénoncé une répression « impitoyable » contre le mouvement de contestation, notant le recours à des balles réelles et billes de plomb, des passages à tabac et des violences sexuelles à l’encontre des femmes par les forces de l’ordre.

Les autorités iraniennes accusent, elles, les manifestants de semer le « chaos » et des forces à l’étranger, parmi lesquelles les Etats-Unis, leur ennemi juré, d’être derrière les rassemblements.

Vendredi, elles ont annoncé l’arrestation de « neuf ressortissants d’Allemagne, de Pologne, d’Italie, de France, des Pays-Bas, de Suède, etc ». Selon Téhéran, ils ont été interpellés « sur les lieux d’émeutes ou y ont été mêlés ».

Des violences ont par ailleurs éclaté vendredi dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est), où 20 personnes, dont deux colonels des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique du régime, sont mortes dans des heurts, selon les autorités. Il n’était pas clair dans l’immédiat si ces affrontements étaient liés au mouvement de contestation.

Celui-ci est le plus important depuis les manifestations de novembre 2019, provoquées par la hausse des prix de l’essence, qui avaient été sévèrement réprimées.

Par Le Point avec AFP

Iran : huit morts dans les manifestations contre le décès de Mahsa Amini

septembre 21, 2022

Arrêtée pour « port de vêtements inappropriés », la jeune femme est tombée dans le coma et est morte quelques jours plus tard. L’affaire a ému l’ensemble du pays.

Trois personnes sont mortes au cours de mouvements de protestation contre la mort de Mahsa Amini.
Trois personnes sont mortes au cours de mouvements de protestation contre la mort de Mahsa Amini.© – / AFP

Le mouvement de contestation en Iran après la mort de Mahsa Amini vire au chaos. Au moins huit personnes ont été tuées lors de la répression des manifestations qui se multiplient en Iran après la mort d’une jeune femme arrêtée par la police des mœurs, selon un nouveau bilan mercredi 21 septembre. Ces manifestations nocturnes se sont propagées dans la République islamique depuis l’annonce du décès de Mahsa Amini, vendredi, jusqu’à la ville sainte de Qom, cité natale du guide suprême iranien Ali Khamenei, qui s’est exprimé mercredi lors d’un événement à Téhéran sans mentionner de manifestations dans le pays. Elles ont eu lieu dans les rues d’une quinzaine de villes iraniennes situées dans le nord-ouest et le sud du pays, tout comme dans la capitale.

« Malheureusement, deux personnes ont été tuées lors des émeutes d’hier », a déclaré mercredi le procureur de Kermanshah, dans l’ouest du pays, Shahram Karami, cité par l’agence de presse Fars. « Nous sommes sûrs que cela a été fait par des agents contre-révolutionnaires parce que ces personnes ont été ciblées avec des armes non utilisées par les forces de l’ordre iraniennes », a ajouté Shahram Karami. Il a également déclaré que 25 personnes, dont certains membres des forces de police, avaient été blessées lors des manifestations. Un groupe de défense kurde basé en Norvège, Hengaw, a indiqué mercredi que deux autres manifestants avaient été tués en Iran dans la nuit de mardi à mercredi. De leur côté, les autorités iraniennes ont fait état mercredi d’un bilan de six morts depuis le début des manifestations.

Ismail Zarei Koosha, le gouverneur du Kurdistan – la province d’origine d’Amini où les manifestations ont commencé – avait déclaré mardi que trois personnes avaient été tuées lors de manifestations dans la province, sans préciser quand. Des manifestations ont eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi dans 15 villes d’Iran, parmi lesquelles la capitale Téhéran et d’autres grandes villes, selon l’agence de presse d’État IRNA. Lors de la cinquième nuit de rassemblements de rue, la police a utilisé des gaz lacrymogènes et procédé à des arrestations pour disperser des foules pouvant atteindre 1 000 personnes, a indiqué l’agence. Les manifestants ont bloqué les rues, lancé des pierres sur les forces de sécurité, incendié des véhicules de police et des poubelles et scandé des slogans antigouvernementaux, a-t-elle ajouté.

Une vague de colère dans tout le pays

En Iran, se couvrir les cheveux est obligatoire en public. La police des mœurs interdit en outre aux femmes de porter des manteaux courts au-dessus du genou, des pantalons serrés et des jeans troués ainsi que des tenues de couleurs vives, entre autres. Mahsa Amini est tombée dans le coma après son arrestation et est décédée le 16 septembre à l’hôpital, selon la télévision d’État et sa famille. Des militants affirment qu’elle a souffert d’une blessure à la tête alors qu’elle était en détention. La police iranienne a rejeté ces accusations et une enquête a été ouverte. Le décès de la jeune femme a suscité une vague de colère en Iran, où des manifestations ont éclaté samedi au Kurdistan, puis à Téhéran et dans d’autres régions d’Iran.

Mardi, le gouverneur du Kurdistan, Ismail Zarei Koosha, cité par l’agence de presse Fars, a fait état de « trois morts » lors des manifestations dans différentes localités de la province, sans préciser de date. Il a qualifié ces morts de « suspectes, faisant partie d’un complot fomenté par l’ennemi ». Il a aussi affirmé que l’une des victimes avait été tuée par un type d’arme non utilisé par les forces iraniennes. Face à la colère provoquée par cette mort, le représentant du guide suprême Ali Khamenei au Kurdistan, Abdolreza Pourzahabi, s’est rendu lundi au domicile familial de Mahsa Amini, selon l’agence Tasnim.

De vives condamnations internationales

Outre la vague de colère déclenchée en Iran, l’annonce du décès de la jeune femme, dont le prénom kurde est Jhina, a suscité de vives condamnations internationales, notamment de l’ONU, des États-Unis et de la France. Réagissant aux condamnations internationales, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanani, a condamné mardi soir ce qu’il a qualifié de « positions interventionnistes étrangères ». D’autres images vidéo montrent des manifestants ripostant aux forces de sécurité en arrachant des bombes lacrymogènes aux forces de l’ordre et en les empêchant de procéder à des arrestations. L’une des principales tendances virales sur les réseaux sociaux est de voir des femmes mettre le feu à leur foulard.

Le ministre iranien des Télécommunications, Issa Zarepour, a évoqué de son côté mercredi la possibilité de restrictions d’accès à Internet dans le pays pendant les manifestations « en raison des problèmes de sécurité », a-t-il dit, cité par l’agence de presse Isna. 

Ces manifestations constituent « une secousse très importante » en Iran, « c’est une crise sociétale », a déclaré à l’Agence France-Presse David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l’Iris, spécialiste de l’Iran. « Il y a une déconnexion entre les autorités bloquées sur leur ADN de la révolution islamique de 1979 et une société de plus en plus sécularisée. C’est tout un projet de société qui est remis en question. Il y a un flottement chez les autorités sur la marche à suivre vis-à-vis de ce mouvement », a expliqué le chercheur.

Macron a « insisté sur le respect des droits des femmes » auprès de Raïssi

L’émissaire a déclaré à la famille que « des mesures seront prises » et que l’ayatollah Khamenei était « peiné » par ce décès. « Comme je l’ai promis à la famille Amini, je suivrai le dossier jusqu’au bout », a-t-il dit. À l’étranger, la Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme par intérim, Nada Al-Nashif, a exprimé « son inquiétude face à la mort en détention de Mahsa Amini […] et à la réaction violente des forces de sécurité aux manifestations », et réclamé une enquête « impartiale et indépendante ».

En marge de l’assemblée générale de l’ONU à New York, le président français Emmanuel Macron a déclaré, après un entretien avec le président iranien Ebrahim Raïssi, avoir « insisté sur le respect des droits des femmes » en Iran. Par ailleurs, des dissidents iraniens et d’anciens prisonniers en Iran, dont une universitaire australo-britannique, ont annoncé mardi à New York le dépôt d’une plainte au civil visant Ebrahim Raïssi, attendu mercredi à l’Assemblée générale de l’ONU. Le président iranien est la cible de cette plainte, qui n’avait pas encore été rendue publique mardi soir par le tribunal civil fédéral de Manhattan, pour son rôle de juge en Iran dans les années 1980, lorsque des milliers de personnes y avaient été condamnées à mort, selon l’Union nationale pour la démocratie en Iran (Nufdi).

Par Le Point avec AFP

Guinée : le FNDC suspend partiellement ses appels à manifester après une médiation de la Cedeao

août 28, 2022
Manifestations à Conakry le 28 juillet 2022, après l’interdiction de la marche pacifiste du FNDC par les autorités. © CELLOU BINANI/AFP

Le FNDC « a accédé à la demande des chefs d’État de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et des chrétiens de Guinée de suspendre les manifestations » le 29 août et le 4 septembre, qui coïncident avec un dimanche, « jour de prière de nos compatriotes chrétiens ».À LIREGuinée – Mamadi Doumbouya : un nouveau Moussa Dadis Camara ?

La coalition de partis, syndicats et organisations de la société civile maintient cependant la manifestation prévue le 5 septembre – date anniversaire du renversement d’Alpha Condé – pour laquelle il « appelle à une mobilisation pour dénoncer les tueries perpétrées » par les autorités et « réclamer la libération des citoyens injustement arrêtés » lors de manifestations et « exiger un retour rapide à l’ordre constitutionnel ». Cinq personnes avaient été tuées lors des journées de contestation de fin juillet, et deux le 17 août.

Médiation

Le médiateur de la Cedeao dans la crise guinéenne, l’ex-président béninois Thomas Boni Yayi, a annoncé avoir achevé samedi une mission de médiation. « L’objectif de cette deuxième trêve », après une précédente fin juillet, « est de donner une énième chance à la médiation de la Cedeao afin qu’elle puisse trouver une issue à la sortie de (la) crise guinéenne entretenue par la junte militaire », affirme le FNDC dans le communiqué.À LIREGuinée : pourquoi Mamadi Doumbouya a démenti l’accord avec la Cedeao

Thomas Boni Yayi a indiqué que sa mission « était de rencontrer les autorités de la transition et les acteurs sociopolitiques » pour un dialogue devant « permettre le retour à l’ordre constitutionnel ». Durant son séjour, l’ancien président béninois affirme avoir rencontré le président de la transition, le colonel Mamadi Doumbouya, des membres du gouvernement, les responsables de coalitions politiques et la société civile, et des diplomates étrangers.

La junte au pouvoir depuis un an a interdit toute manifestation le 13 mai et décrété le 6 août la dissolution du FNDC, qui avait orchestré de 2019 à 2021 des mois de mobilisation contre un troisième mandat d’Alpha Condé.

Le colonel Mamadi Doumbouya s’est engagé à remettre le pouvoir à des civils élus dans un délai de trois ans. Le FNDC et ce qui reste de l’opposition dénoncent une confiscation du pouvoir, la répression des voix discordantes et une instrumentalisation de la justice.

Par Jeune Afrique avec AFP

RDC : les manifestations anti-Monusco enflent dans l’Est

juillet 27, 2022

Trois Casques bleus et douze manifestants ont été tués ce mardi 26 juillet à Butembo et Goma, lors de protestations contre la présence de la mission des Nations unies dans le pays.

Manifestations du 26 juillet 2022 à Goma. © Michel Lunanga/AFP

Trois membres de la mission de l’ONU et au moins douze manifestants ont été tués le mardi 26 juillet dans deux villes de l’est de la République démocratique du Congo, au deuxième jour de manifestations contre les Nations unies, accusées d’inefficacité dans la lutte contre les groupes armés.

À Butembo, troisième ville de la province du Nord-Kivu, « trois morts parmi les membres de la Monusco, deux Indiens et un Marocain, et un blessé » ont été recensés et du « côté [des] manifestants, sept morts et plusieurs blessés », a déclaré le colonel Paul Ngoma, chef de la police urbaine. Il s’agit d’ »un Casque bleu et [de] deux membres de la police des Nations unies », a précisé la Monusco dans un communiqué, ajoutant que « des assaillants ont violemment arraché des armes à des éléments de la police nationale congolaise et tiré à bout portant sur nos forces de maintien de la paix ». La mission onusienne « condamne fermement cette attaque que rien ne justifie », a-t-elle ajouté.

Situation « très instable »

Lors d’une conférence de presse conjointe avec le numéro deux de la Monusco à Kinshasa, capitale de la RDC, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a confirmé le bilan de 15 morts et fait état de 61 blessés dans les récents troubles. « En aucun cas la violence n’est justifiée », a-t-il condamné, ajoutant qu’ »une enquête conjointe » serait menée.

Goma, 26 juillet 2022. © Moses Sawasawa/AP/SIPA
Goma, 26 juillet 2022. © Moses Sawasawa/AP/SIPA

Farhan Haq, un porte-parole de l’ONU, a déclaré aux journalistes à New York que la situation sur le terrain était « très instable » et que « des renforts sont en train d’être mobilisés ». À Butembo, important carrefour commercial, où sept personnes ont été tuées, les activités ont été paralysées durant toute la journée. Devant une base de la Monusco, des manifestants ont été dispersés par les forces de sécurité, selon plusieurs témoins. « Parmi ces jeunes gens, on trouve des armes », avait déploré plus tôt le colonel Ngoma.

« Bye bye Monusco »

Beni, la capitale du Nord-Kivu, et Goma ont elles aussi été le théâtre de manifestations. À Goma, la capitale provinciale, les incident ont fait « cinq morts » parmi les manifestants, selon Patrick Muyaya. Un correspondant de l’Agence France presse sur place a constaté la mort d’un manifestant, atteint à la tête par une balle apparemment tirée de l’intérieur de la base logistique de la Monusco en fin de matinée.

Tôt le matin, des centaines de manifestants avaient envahi les abords de la base logistique de la Monusco à Goma et attaqué le camp de transit de la mission situé hors du centre ville. « Nous ne voulons plus de la Monusco », « bye bye Monusco », scandaient des affiches de cette « campagne ». Les forces de sécurité congolaises contenaient difficilement la foule aux abords de la base logistique.

Manifestation devant le siège de la Monusco à Goma, 26 juillet 2022. © Moses Sawasawa/AP/SIPA
Manifestation devant le siège de la Monusco à Goma, 26 juillet 2022. © Moses Sawasawa/AP/SIPA

En RDC, des manifestations sont régulièrement organisées pour exiger le départ des Casques bleus, accusés d’inefficacité dans la lutte contre des dizaines de groupes armés locaux et étrangers qui déstabilisent l’est du pays depuis près de trente ans. Des centaines de manifestants étaient déjà descendus dans la rue le lundi 25 juillet à Goma, à l’appel des organisations de la société civile et du parti du président Félix Tshisekedi, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

Après avoir pris d’assaut le quartier général de la Monusco et sa base logistique, ils avaient cassé des vitres, des murs et pillé des ordinateurs, des chaises, des tables et des objets de valeur. Le gouvernement congolais avait condamné « toute forme d’attaque contre le personnel et les installations des Nations unies », promettant que « les responsables [seraient] poursuivis et sévèrement sanctionnés ».

Sentiment de colère

Toutefois, dans une interview à Radio Okapi, Patrick Muyaya a estimé que l’on ne peut pas qualifier les événements « d’acharnement [des Congolais contre la Monusco]. Ce n’est pas un acharnement parce que la mission est en RDC depuis une vingtaine d’années et malheureusement, au-delà des progrès qui ont été accomplis, la situation a dérapé et il y a eu récemment des déclarations des différents porte-parole des Nations unies que nous avons considérées comme maladroites, qui ont ravivé le feu », a-t-il déclaré.

« Nous sommes en train de subir une agression rwandaise et pour une bonne partie de l’opinion, la Monusco devrait être en mesure de le dire ouvertement, alors qu’elle ne l’a pas dit. La recrudescence de l’insécurité ces derniers jours justifie un sentiment de colère, c’est un sentiment normal », a poursuivi Patrick Muyaya. « Mais au-delà, les gens ont le droit de critiquer la Monusco s’ils estiment que la Monusco n’agit pas efficacement. Il y a maintenant une différence à faire entre ceux qui donnent leur opinion pour critiquer la Monusco et ceux qui s’appellent, derrière une manifestation voulue pacifique, à détruire. »

Khassim Diagne, chef adjoint de la Monusco, a assuré lors de la conférence de presse conjointe : « Notre souhait le plus ardent, c’est de voir l’Est [de la RDC] stabilisé. »

Par Jeune Afrique (Avec AFP)