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Côte d’Ivoire: l’UE annule les sanctions contre un ancien pilier du régime Gbagbo

janvier 14, 2015

Côte d'Ivoire: l'UE annule les sanctions contre un ancien pilier du régime Gbagbo
Côte d’Ivoire: l’UE annule les sanctions contre un ancien pilier du régime Gbagbo © AFP

La justice européenne a annulé mercredi les sanctions de l’Union européenne (UE) contre l’Ivoirien Marcel Gossio, ancien pilier du régime du président déchu Laurent Gbagbo, au motif qu’il ne constituait plus un risque pour la stabilité de la Côte d’Ivoire.

M. Gossio, qui a désormais rejoint le processus de réconciliation ivoirien, était inscrit sur la liste des personnes sanctionnées par l’UE depuis 2011, au moment des violences post-électorales (quelque 3. 000 morts selon l’ONU) qui constituèrent l’épilogue sanglant d’une décennie de crise politico-militaire en Côte d’Ivoire et conduirent à la chute et l’arrestation de Laurant Gbagbo.

« Impliqué dans le détournement de fonds publics », « dans le financement et l’armement des milices », « homme clé du financement du clan Gbagbo et des milices » et « personnage central dans le cadre du trafic illicite d’armes » selon l’UE, M. Gossio était interdit d’entrée ou de passage sur le territoire des Etats membres de l’Union, ses fonds étaient gelés et un mandat d’arrêt international le visait.

« Les fonds conséquents qu’il a détournés et sa connaissance des réseaux illégaux d?armement font qu’il continue de constituer un risque pour la stabilité et la sécurité de la Côte d?Ivoire », ajoutait alors l’UE.

Marcel Gossio, ancien directeur du port d’Abidjan, était en exil au Maroc jusqu’à son retour dans son pays début 2014. Il avait alors affirmé vouloir « prendre part à la réconciliation ».

Les sanctions avaient été renouvelées en mai 2013 et mai 2014.

Dans son arrêt de mercredi, le Tribunal de l’UE relève que « depuis son retour en Côte d’Ivoire », « M. Gossio n’a pas été arrêté (. . . ) alors qu’il était loisible aux autorités ivoiriennes de le faire », « a rencontré les autorités du gouvernement » du nouveau président Alassane « Ouattara et pris position publiquement, à plusieurs reprises, en faveur du processus de paix et de réconciliation nationale ».

Il « a également obtenu, fin 2013, le statut de réfugié du HCR (Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés) au Maroc, étant entendu que ce statut ne peut pas être accordé aux personnes dont il y a des raisons sérieuses de penser qu’elles ont commis des crimes graves ou se sont rendues coupables d’agissements contraires aux buts et aux principes des Nations unies ».

Pour ces raisons, l’UE n’ayant avancé aucun élément nouveau pour maintenir les sanctions, le Tribunal les a annulées mercredi, avec effet immédiat.

Jeuneafrique.com avec AFP

Côte d’Ivoire : les (contre) vérités de Marcel Gossio

mai 30, 2014
Marcel Gossio, l'ancien directeur du Port autonome d'Abidjan. © Frédérique Jouval pour J.A.

Marcel Gossio, l’ancien directeur du Port autonome d’Abidjan. © Frédérique Jouval pour J.A.

Dans deux articles de presse publiés le 28 mai, l’ancien directeur du port autonome d’Abidjan, Marcel Gossio, accuse « Jeune Afrique » de manipulation à la suite de notre enquête sur le malaise des anciens exilés du Front populaire ivoirien (FPI). La rédaction lui répond.

Dans les colonnes des quotidiens Notre Voie et Le Nouveau Courrier, datés du 28 mai, Marcel Gossio réagit à la publication de notre enquête sur le malaise des anciens exilés du FPI [Jeune Afrique n°2784]. L’ancien directeur du port autonome d’Abidjan nie avoir refusé de nous accorder une interview parce que son parti ne souhaitait pas qu’il s’exprime. « C’est une manipulation de Jeune Afrique qui n’a pas pu avoir son entretien qu’il a sollicité avec moi », dit-il dans Le Nouveau Courrier.

Ceci est, bien évidemment, inexact.

Marcel Gossio a bien indiqué le lundi 5 mai dans la matinée au téléphone à notre envoyé spécial Vincent Duhem que son parti (le FPI) ne souhaitait pas qu’il s’exprime. Quelques jours plutôt, il s’était pourtant montré enclin à le recevoir. Nous lui avions alors expliqué que nous souhations qu’il raconte son quotidien d’exilé, les conditions de son retour et fasse part de ses nouvelles ambitions.

Que Marcel Gossio refuse de s’exprimer est une chose. Qu’il mette en cause la crédibilité de Jeune Afrique en est une autre. En n’assumant pas ses propos, en adoptant une posture victimaire et en préférant réagir dans la presse proche de son parti plutôt que dans nos colonnes, M. Gossio se livre aux pratiques de manipulation qu’il dénonce pourtant abusivement.

Jeuneafrique.com

Côte d’Ivoire : le malaise des anciens exilés

mai 26, 2014

Le mystère qui entoure ceux qui ont dû quitter la Côte d’Ivoire pendant la crise postélectorale avant d’y revenir reflète la fragilité inhérente au Front populaire ivoirien (FPI). Enquête.

À Abidjan, non loin du lycée technique de Cocody, une imposante bâtisse de couleur ocre attire l’attention. Devant, une petite dizaine d’hommes, en civil et non armés, montent la garde. D’autres, en treillis, foulent le sol d’incessants va-et-vient. Cette maison appartient à Marcel Gossio, l’ancien directeur du port d’Abidjan. Pourtant, quatre mois après la fin de l’exil marocain de son propriétaire, elle est toujours occupée. Bien sûr, ce pilier du régime de Laurent Gbagbo n’est pas à la rue. L’homme possède plusieurs propriétés, dont une dans le quartier Riviera-III, où des ouvriers s’affairent depuis plusieurs semaines. Mais son cas est vraiment symptomatique du malaise qui entoure la situation des anciens exilés du Front populaire ivoirien (FPI).

Le retour de Marcel Gossio a été le plus retentissant, le plus symbolique. Du temps de Gbagbo, il occupait un poste central. Pendant la crise postélectorale, les Nations unies le soupçonnent d’avoir fait transiter des armes et recruté des miliciens libériens via l’ouest de la Côte d’Ivoire, dont il est originaire.

>> À lire : En attendant Gbagbo

Comme lui, une dizaine de cadres du parti ont choisi de mettre fin à leur exil. Après avoir quitté la Côte d’Ivoire au lendemain de la chute du régime, séjourné au Togo puis au Ghana, Alain Dogou (ministre de la Défense) a regagné Abidjan le 26 janvier 2014. L’ancien conseiller spécial de Gbagbo et ministre de la Culture, Voho Sahi, est rentré, lui, fin février. Koumoué Koffi Augustin (ministre des Mines et du Pétrole) et Konaté Navigué (ancien président de la Jeunesse du FPI) ont fait de même.

Mais aujourd’hui, la plupart d’entre eux se font discrets. Fini les grandes déclarations et les embrassades du retour. Contacté par Jeune Afrique, Marcel Gossio a d’abord accepté de nous rencontrer, avant de se rétracter. « La direction de mon parti ne souhaite pas que je m’exprime », a-t-il indiqué.

Pourquoi un tel mutisme ? Au sein du FPI, le 17 janvier, à sa descente d’avion, on n’a guère apprécié les remerciements qu’il a adressés au président Ouattara et au ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko. « Ceux qui se permettent de lui faire des reproches s’attendaient à quoi ? Que pouvait-il dire d’autre ? » s’agace un ancien diplomate pro-Gbagbo.

Les circonstances du retour des exilés sont notamment l’objet de toutes les suspicions.

Les circonstances du retour des exilés sont notamment l’objet de toutes les suspicions. « Comment des piliers du régime Gbagbo ont-ils pu revenir sans être inquiétés ? Personne ne sait ce qu’ils ont négocié », fait remarquer un membre du FPI. « Qu’ont-ils donné en contrepartie ? Ont-ils divulgué des informations ? » poursuit un autre.

Le cas de Marcel Gossio est un bon exemple. L’ancien cacique prend contact avec les autorités dès la fin de 2011. Mais à l’époque, il hésite encore. Le président ivoirien se charge de le rassurer. En octobre 2012, Alassane Ouattara reçoit près d’un millier de cadres de l’ethnie wé et déclare : « Gossio, je le connais personnellement. Je lui demande de rentrer au pays avec Éric Kaé [ancien ministre du Commerce]. Le ministre de l’Intérieur organisera leur retour. Après, ils se présenteront devant la justice. Rien ne va leur arriver. »

L’impulsion est donnée

Courant 2013, Gossio fait part de son envie de rentrer au pays à certains membres du FPI, qui se montrent réticents. « Nous ne pouvons pas assurer ta sécurité », lui explique-t-on. L’ancien directeur du port d’Abidjan décide alors de contacter le pouvoir. Les négociations commencent. Au Maroc, il reçoit plusieurs émissaires du régime comme la ministre de la Solidarité, Anne-Désirée Ouloto, elle aussi originaire de l’Ouest. À Abidjan, il est en contact avec plusieurs chapelles : la présidence, le ministère de l’Intérieur, la Commission Dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) de Charles Konan Banny et le FPI. Il entretient longtemps la confusion, annonce à un cadre de son parti qu’il veut rentrer, puis déclare à un ancien conseiller de Laurent Gbagbo qu’il préférerait poursuivre son exil. Gossio débarque finalement à Abidjan le 17 janvier à 4 h 45, heure locale, en provenance directe de Casablanca, où il vivait.

Pour certains membres du FPI, c’est une véritable défaite. « Le retour des exilés a fragilisé la ligne des durs de ce parti car il a envoyé un signal de normalisation, et donné le sentiment que l’argument sécuritaire ne tenait plus », estime Franck Hermann Ekra, conseiller de Charles Konan Banny. Ceux qui ont profité de leur absence pour se faire un nom sont aussi mécontents. Ces anciennes petites mains se sentent menacées. « À partir du moment où Pascal Affi N’Guessan et les autres responsables ont été libérés [en août 2013], il n’y avait plus aucune raison de rester en exil. La direction du parti était là, se battait, il fallait que nous venions renforcer le dispositif politique. Au FPI, on n’a que la politique comme moyen d’accession au pouvoir », justifie Alain Dogou. Le 13 février, une rencontre avec le comité exécutif du parti est organisée au QG de Cocody pour arrondir les angles. Dogou, Gossio, Anne Gnahouret, l’ancien directeur général de la loterie Zabo Dally, sont notamment conviés. Les anciens exilés se disent surpris que leur retour gêne autant, s’étonnent qu’on veuille appliquer une logique collective à des situations individuelles, expliquent que leur départ n’était pas organisé, rappellent que le parti s’est rarement soucié de leurs conditions de vie. « L’échange a été vif, il a permis à certains de comprendre leur position, mais pas d’aplanir le différend », confie un membre du FPI présent.

Car pour le FPI l’enjeu va au-delà

« La direction du parti était favorable à leur retour mais souhaitait qu’il se fasse dans le cadre d’un accord global afin que le gouvernement soit lié sur des engagements précis », confie un cadre du FPI. Outre le retour des exilés, la libération d’un certain nombre de prisonniers politiques, le déblocage des fonds, le retour des militaires et la reprise de l’aide de l’État au financement du parti étaient en jeu. Pour beaucoup, le retour des exilés a compromis la suite des négociations. « Discipline » : l’expression revient souvent dans la bouche des mécontents. « Ça a toujours été important au sein du FPI. Ses membres s’appellent « camarade ». Il leur serait préjudiciable de trahir l’esprit de camaraderie ! » explique un fin connaisseur.

Finalement, la gestion des anciens exilés ne reflète-elle pas tout simplement la situation actuelle du FPI ? Celle d’un parti en pleine reconstruction qui craint l’isolement. Un parti fragilisé par les batailles de leadership et par les divergences sur sa stratégie politique. Laurent Gbagbo en est bien conscient. De sa cellule de La Haye, il a fait passer le message suivant : « Le FPI doit parler d’une seule voix pour que cesse la cacophonie. »
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Jeunafrique.com par Vincent Duhem, envoyé spécial à Abidjan

Côte d’Ivoire : vers un retour en masse des ex-cadres en exil du régime Gbagbo ?

janvier 28, 2014
Les ex-cadres du régime de Laurent Gbagbo ont connu des trajectoires très différentes. Les ex-cadres du régime de Laurent Gbagbo ont connu des trajectoires très différentes. © Montage J.A.

Les ex-cadres du régime de Laurent Gbagbo ont connu des trajectoires très différentes. © Montage J.A.

Le 17 janvier, Marcel Gossio a fait son retour en Côte d’Ivoire. Depuis, beaucoup espèrent que les derniers dignitaires du régime de Laurent Gbagbo encore en exil suivront son exemple.

La Côte d’Ivoire est-elle rentrée dans une phase de « normalisation » ? C’est ce qu’espèrent une majorité d’observateurs après le retour à Abidjan, vendredi 17 janvier, de l’ancien directeur du port autonome d’Abidjan, Marcel Gossio. Soupçonné d’avoir été l’un des argentiers du régime Gbagbo, l’aidant à contourner l’embargo sur les armes, et d’avoir financé des actions de déstabilisation contre le pouvoir d’Alassane Ouattara, notamment en août 2012, il était l’un des pro-Gbagbo exilés les plus importants.

« C’est un très bon retour au pays. Il donne un signal fort à tous les exilés [pro-Gbagbo] civils et militaires pour rentrer », a confié à RFI le porte-parole du RDR, Joël N’Guessan. « Quand un cadre du régime Gbagbo remercie ‘le président Alassane Ouattara’, c’est forcément positif », poursuit un diplomate en poste à Abidjan.

D’autant que près de 1 300 éléments des ex-forces de défense et de sécurité pro-Gbagbo exilées (au Ghana ou au Togo) ou entrées en clandestinité ont également répondu à l’appel au retour lancé par le président Ouattara, qui leur a garanti la sécurité.

Et ce n’est pas le premier signe d’un début de normalisation des relations entre le Front populaire ivoirien (FPI) et le pouvoir. Les lignes avaient déjà commencé à bouger le 5 août dernier. Ce jour-là, la justice ivoirienne a accordé la liberté provisoire à quatorze pro-Gbagbo, et non des moindres. Parmi eux, l’ancien Premier ministre et président du FPI, Pascal Affi N’Guessan ; l’ex-ministre de la Défense Moïse Lida Kouassi ; le responsable de la jeunesse du FPI, Justin Koua ; Alcide Djédjé, l’ancien conseiller diplomatique puis ministre des Affaires étrangères de Gbagbo ; et le fils aîné de l’ex-président, le Franco-Ivoirien Michel Gbagbo.

Toutefois, plusieurs anciens dignitaires du régime Gbagbo sont encore en exil, notamment au Ghana. À Accra, on retrouve le porte-parole de l’ancien président ivoirien, Justin Koné Katinan, mais aussi Ahoua Don Mello, le porte-parole de l’ex-gouvernement Aké N’Gbo (Premier ministre du dernier gouvernement de Gbagbo), Damana Pickass, figure de la crise postélectorale, qui s’est illustré en arrachant les PV de la commission électorale indépendante, Kadet Bertin, ex-sécurocrate en chef du régime, et d’anciens hauts responsables des services de sécurité.

>> À lire aussi : Comment l’aile radicale des pro-Gbagbo opère au Ghana, selon l’ONU

Vont-ils suivre l’exemple de Gossio ? « Cela ne m’étonnerait pas, explique un proche du dossier. Le FPI veut se remettre en marche pour 2015 et estime que ces exilés peuvent lui être utiles. De son côté, le gouvernement est prêt à faire des concessions car Ouattara ne veut pas être le seul candidat. »

Ces derniers jours, la rumeur de leur retour bruissait à Abidjan. Celui-ci n’est cependant pas encore acté. Une délégation composée des vice-présidents du FPI, Michel Amani Nguessan et Dano Djédjé s’est rendue au Ghana pour aborder la question avec les exilés. Une rencontre a eu lieu le 22 janvier. La délégation devait également se rendre au Togo et au Bénin. Son objectif était de convaincre tous les anciens dignitaires de prendre le chemin du retour.

Jeuneafrique.com par Vincent Duhem