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Congo: Grand Prix Épitomé de Poésie

décembre 20, 2019

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Première attribution 2019

Le Secrétariat général du Festival Épitomé, la nuit de la poésie, également Secrétariat général du Grand Prix Epitomé de poésie s’est réuni avec le Président de ce Grand Prix le samedi 14 décembre deux mil dix neuf pour exécuter les recommandations de la réunion du comité du Grand Prix Épitomé tenue le 24 juin 2019 à Brazzaville.

La réunion du samedi 14 décembre 2019 avait un seul point à l’ordre du jour, à savoir : le lancement solennel et l’annonce de la première attribution fondatrice du Grand Prix Épitomé de poésie.

Les ouvrages sélectionnés pour participer à la première attribution du Grand Prix Épitomé de poésie concernaient les recueils de poèmes publiés chez un éditeur national ou international en langue française ou en langue congolaise dans la période allant du 22 avril 2018, fin de la première édition du Festival Épitomé la nuit de la poésie, au 10 avril 2019, soit quelques jours avant l’ouverture de la deuxième édition.

Avant l’attribution concrète du Prix Épitomé de poésie, et après lecture de la Charte du Grand Prix Épitomé de poésie, émanant de l’Association Tchicaya U Tam’si, notamment en ses articles 5 et 6, la réunion conjointe du secrétariat général et présidence a désigné à l’unanimité des participants le romancier, dramaturge et poète congolais de stature internationale, Emmanuel Dongala en qualité de Président d’honneur du Grand Prix Épitomé de poésie.

Dans un deuxième temps, après avoir écouté la synthèse de la lecture du Secrétaire général relative aux avis des membres du Comité, sur leurs notes de lectures et d’appréciations des ouvrages ayant candidaté pour le Grand Prix Épitomé de poésie, le Secrétaire de séance a dévoilé les noms des récipiendaires ayant obtenu l’approbation de la dernière évaluation de la réunion Secrétariat général-Présidence. Les résultats sont donnés ainsi qu’il suit :

  1. Le Grand Prix Épitomé de poésie est pour sa première attribution emblématique 2019 décerné à la poétesse Marie-Léontine Tsibinda pour sa dernière somme poétique « La Tourterelle chante à L’aube », ouvrage de 283 pages reprenant sa somme poétique complète (1979-2019), édité aux Éditions Langlois Cécile (LC) en France, en janvier 2019. De cette somme poétique, le Président du Jury, le sociologue et poète Matoondo Kubu Turé a dit « La Tourterelle ayant chanté à l’aube, dès que le soleil prend possession du ciel, d’un tour d’aile, s’élance vers le champ de l’horizon en quête de liberté. Cet oiseau d’une discrétion royale nous initie à la lumière. Ainsi parlent les poèmes de cette compilation poétique qui convoque à la lettre et à l’esprit, la terre, la forêt, les airs, tout ce qui hante notre vitalité, même quand si souvent, elle est broyée par l’art de l’obscur ».
  2. La Mention Découverte du Grand Prix Épitomé de poésie est de manière tout aussi significative décerné au romancier, dramaturge et poète Florent Sogni Zaou pour son deuxième recueil de poèmes intitulé « Sanglots pour Loango », paru aux Éditions Renaissance Africaine en France, en mars 2019.
  3. Conformément à l’esprit de la charte du Grand Prix Epitomé de poésie, l’Association Tchicaya U Tam’si pour la Promotion du Théâtre et le Développement Socio-Culturel assurant le Secrétariat général de ce Grand Prix s’engage à élaborer et à conduire la promotion de l’ouvrage « La Tourterelle chante à l’aube » Grand Prix de poésie 2019 jusqu’ à la désignation du prochain lauréat.

 

Fait à Brazzaville, le 14 décembre 2019

Le Secrétaire général

  Antoine Yirrika                    

Ne plus voir

juin 14, 2017

 

Ne plus voir dis-tu
Détonations et folie
Écoutez : sans tam-tam
Les phalènes voltigent
Les hirondelles de mer
Arc musical attisent
Le feu de brousse qui cuit
Ce fruit si doux de l’arbre à pain
D’une lettre de pygmée à un bantou
Le dialogue des plateaux s’installe
Sur la braise des agonies fument encore
La vie et demie gicle en torrents de sang
Que ne peut contenir l’état honteux
Cœur d’Aryenne raconte l’impétuosité du fleuve
Qui charrie la légende de Mpfoumou ma mazono
Sous l’œil guilleret de Moni-Mambou
Qui fait bouillir la marmite de Koka-Mbala
Les sandales retournées « pour longtemps en vérité »
Redisent encore la mer hors la nuit hors folie
Les brûleurs d’ombre de l’envers du décor
Les témoignages les feux de la planète
De la palabre stérile des polygamiques
Vous êtes bien de ce pays dis-tu
Quand j’étais nu pour le premier baiser de ma mère
L’or des femmes invité au mariage de la fille du roi lion
Chantait la sonate de bridge water soufflée par lady boomerang
Dans un foutu monde pour un blanchisseur trop honnête
Madame gentil sous les signes du silence
Feuillette sirène des sables à la recherche
De la rue des histoires de l’exil ou la tombe
Quel coup de vieux pour Antoine m’a vendu son destin
Hein verre cassé la chambre noire livre ses secrets
La parenthèse de sang coule comme un torrent
Mes pensées pour un album des fleurs de vie
Scandent demain s’appelle liberté malgré l’impasse
Le serpent austral dans la tradition du songe
Cherche un oiseau sans arme que chante
Thaliane et les mystères du fleuve…

 

Marie Léontine Tsibinda Bilombo

Lady Boomerang: Roman de Marie-Léontine Tsibinda actuellement disponible en librairie au Québec

janvier 3, 2017

Lady Boomerang de Marie-Léontine Tsibinda

 

Le premier roman de Marie-Léontine Tsibinda révèle une conteuse hors pair, au style coloré empreint de poésie. Le chant tient un rôle prépondérant dans la trame narrative. L’histoire est pleine de rebondissements, pour le grand bonheur du lecteur. L’écrivaine est bien ancrée dans la réalité, d’où elle tire néanmoins des personnages remarquables.

 

Lady Boomerang livre un récit fascinant à un vaste public, qui goûtera le rythme pétillant de la lecture pour son originalité, où s’entrecroisent des mondes de désirs, de secrets, d’amour et de haine.

 

Lady Boomerang est magistralement écrit. S’y entremêlent la magie, le fantastique et le surréel. Un livre à découvrir servi par une auteure talentueuse qui sait nous transporter par ses dialogues savoureux.

 

Marie-Léontine Tsibinda est poète, nouvelliste, dramaturge et conteuse. Diplômée de l’Université de Brazzaville en littératures et civilisations américaines. Elle a gagné le prix UNESCO-Aschberg 1996 pour sa nouvelle Les pagnes mouillés. Elle a publié dans plusieurs anthologies. Elle a coécrit

La grande brassée(2011) et Sirène des sables(2014).

 

En mars 2015, une lecture publique de La porcelaine de Chine a été réalisée au Théâtre français de Toronto et à l’École secondaire publique De La Salle à Ottawa.

 

Collection « Vertiges », roman

320 pages • prix : 24,95 $

ISBN 978-2-89699-518-9

Disponible en versions PDF et epub.

Distribution au Canada

En librairie: 8 février 2017

Diffusion Prologue inc.: 1 800 363-2864

Agent de commercialisation: Henri Lessard

commercialisationinterligne@gmail.com

613 748-0850, poste 2

Porcelaine et vie brisées au Congo-Brazzaville de Marie-Léontine Tsibinda

avril 6, 2015
Photo: L’auteure Marie-Léontine Tsibinda (extrême gauche) et deux comédiennes

Photo: L’auteure Marie-Léontine Tsibinda (extrême gauche) et deux comédiennes

 

La paix et la joie de vivre n’étaient pas au programme le 15 mars lors de la lecture de la pièce La Porcelaine de Chine au studio du Théâtre français. En effet, l’œuvre de la Congolaise Marie-Léontine Tsibinda ne semble pas être de prime abord une ode aux relations hommes-femmes, mais plutôt un regard acerbe sur la guerre civile du 5 juin, qui martyrisa le pays pendant près de cinq mois.

Présentée dans le cadre de la Journée internationale de la femme, cette interprétation sollicitait cinq professionnels : l’auteure dans le rôle de la narratrice, la metteure en scène Sasha Dominique ainsi que les trois personnages de l’histoire Bazey, Bissy et Maya qui sont joués respectivement par Stéphie Mazunya, Marcel Joseph et Chloé San. Plus que de simples lecteurs, ces derniers offraient presque du théâtre avec une seule différence notable toutefois : le texte se trouvait face à eux, sur un pupitre, tandis que Mme Tsibinda était assise à un bureau.

Le récit s’attarde sur les violences physiques et psychologiques faites aux femmes qui sont, avec les enfants, les premières victimes de chaque conflit. Des méfaits infligés par des miliciens, mais également par des proches qui ont parfois du mal à comprendre les souffrances endurées. Aussi noire que la trame puisse paraître, elle se veut également optimiste sur certains aspects et montre l’importance d’intermédiaires bienveillants, comme celui joué par la bonne Maya entre les époux Bazey et Bissy. Cette servante apporte également avec elle un brin de légèreté, quelques traits d’humour, dans lesquels se reconnaît Marie-Léontine Tsibinda.

Plus que de la fiction, l’écrivaine retranscrit son émotion, sa peur et son combat intellectuel contre les forces barbares, qui ont été jusqu’à brûler sa maison en 2002.

« Lors des premières représentations, la police secrète du Congo avait dit aux organisateurs que c’était irresponsable, qu’ils auraient dû enlever des morceaux de la pièce. » Ces menaces n’ont pas empêché l’œuvre de se propager à l’international : « La pièce a été jouée à l’étranger, au Cameroun notamment, où elle a reçu bon accueil ».

La référence à la porcelaine est ici une métaphore, car l’histoire montre Maya qui brise continuellement la vaisselle faite de cette céramique fine. Elle symbolise la vie de ces femmes : « La porcelaine est abusée deux fois, elle est d’abord volée et vendue au marché noir puis elle est cassée par la bonne », commente la metteure en scène.

Après les 80 minutes que compte la lecture, la troupe s’est prêtée à une discussion avec les spectateurs. Douceur, tristesse et espoir se mêlaient dans la voix de Mme Tsibinda, qui semble encore porter les sévices de cette époque damnée. Les trois comédiens-lecteurs ont quant à eux démontré une véritable passion pour le texte et une maîtrise corporelle qui donnait véritablement de l’énergie aux différentes scènes.

Réalisé en partenariat avec Les Indisciplinés de Toronto, La Porcelaine de Chine est un mauvais rêve qui s’ouvre vers un avenir plein de promesses et démontre que malgré toutes les horreurs dont peut être victime le beau sexe, il sera toujours celui qui montrera le plus de force face à l’adversité.

 

LE METROPOLITAIN par Sylvain Charbit

Canada: Lecture publique de la Porcelaine de Chine de Marie-Léontine Tsibinda

février 20, 2015

Communiqué de presse

 

Mardi 24 février 2015 – L’auteure Marie-Léontine Tsibinda vous convie à la lecture publique de la pièce La porcelaine de Chine, sous la direction de Sasha Dominique et appuyée par le Théâtre de la Vieille 17. Ce projet sera présenté le 8 mars 2015 à 15h au local 111 de l’École De La Salle à Ottawa ainsi que le 15 mars à 15h au Théâtre français de Toronto.

DÉCHIRÉ PAR LA GUERRE

Écrite à Brazzaville au Congo en 1998 au sortir de la guerre civile dite du 5 juin (5 juin au 17 octobre 1997) qui a déchiré le Congo, La porcelaine de Chine présente la fragilité des êtres à travers le drame qui frappe Bazey, une jeune dame de la classe moyenne victime de viol. Délaissée par Bissy, son conjoint, aux yeux duquel elle parait plus coupable que son agresseur, apparaît la figure de Maya l’auxiliaire de vie qui joue la médiatrice.

En présentant cette lecture publique le 8 mars, Journée internationale de la femme, l’auteure Marie-Léontine Tsibinda veut mettre en valeur la résilience des femmes qui subissent les affronts de la guerre à travers le monde. De la fragilité à la rédemption, ce conte contemporain passe en revue les contradictions sociales et humaines dans un climat de peur et de méfiance alourdi par les traumatismes multiformes de la guerre. En parlant de la condition féminine, La porcelaine de Chine participe à l’actualité du combat et du dialogue des femmes dans le monde.

 

MARIE-LÉONTINE TSIBINDA

 

Marie-Léontine Tsibinda est auteure de conte, de poésie et de nouvelle. Avec d’autres consœurs du Congo Brazzaville, son pays d’origine, elle vient de publier en décembre 2014, aux éditions l’Harmattan à Paris, Sirène des sables, une Anthologie de nouvelles qui dénonce les méfaits de la sorcellerie. La porcelaine de Chine a d’abord connu sa grande première le 15 janvier 2002 à Brazzaville au Centre culturel français devant un public de près de 600 personnes.

 

LES CRÉDITS

Texte MARIE-LÉONTINE TSIBINDA

Mise en lecture SASHA DOMINIQUE

Distribution MARCEL JOSEPH, STEPHIE MANZUNYA et CHLOÉ SAN

COÛT DE BILLETS : 5 $ (payable à la porte seulement)

Pour de plus amples informations :

Marie-Léontine Tsibinda

Téléphone : 819 205-2523

Courriel : tsibinda@hotmail.com

Ce projet bénéficie du soutien du Conseil des arts de l’Ontario et du Théâtre de la Vieille 17.

Remerciements :

École secondaire De La Salle, Les Indisciplinés, Théâtre Tremplin, Théâtre La Tangente et L’Alliance Française de Toronto.

Marie-Léontine Tsibinda, une hirondelle qui fait le printemps

mai 14, 2014

Le 31 Décembre 1977, Léopold Sedar Senghor, écrit, après avoir lu Les Feux de la planète ceci à Tati-Loutard : « Je trouve que la plus grande grandeur du Congo est dans la poésie de ses poètes». La critique Arlette Chemain, qui nous donne à lire cet extrait dans la préface qu’elle consacre aux œuvres complètes de Jean-Baptiste Tati-Loutard, ajoute ce commentaire éloquent: «phrase deux fois redondante coulée dans un double alexandrin qui dit toute la considération pour le confrère apprécié.» Ce détour par Senghor situe bien le Congo dans le champ littéraire africain. Comme le Sénégal, le Congo est une patrie incontournable de l’Afrique littéraire. La différence entre les deux pays réside en ceci: la place des femmes écrivains. Alors que le Sénégal exhibe la subtile Aminata Sow Fall, la «sulfureuse» Ken Bugul, la caustique Fatou Diome, Khady Hane ou encore feue Mariama Bâ, auteur d’une Si longue lettre, le Congo-Brazzaville tout en recelant des figures féminines historiques mémorables (Kimpa vita, la Reine Galifourou, etc) peine à aligner de grandes plumes. Constat que le professeur Mukala Kadima Nzuji met en exergue dans le supplément littéraire des Dépêches de Brazzaville du 13 Mars 2009. Voici ce qu’il écrit «Il ne se passe pas un jour, sans que la littérature congolaise ne reçoive diverses distinctions honorifiques: Médaille de Vermeil de l’Académie française, Grand prix littéraire de l’Afrique noire, prix Simba, Renaudot, prix des cinq continents, etc. Peut-être demain s’offrira-t-elle le Nobel ! Toujours est-il qu’au cours de cette première décennie du vingt-unième siècle, la littérature congolaise fait preuve d’une exceptionnelle vitalité et d’une grande maturité. C’est qu’elle a su trouver sa voie, creuser son propre sillon, se dévoiler au monde à partir d’une réflexion personnelle sur ce qu’elle est elle-même en tant que discours et en tant que projet sur ce qu’elle est en droit d’apporter à l’humanité. Elle s’est assuré une visibilité remarquable sur le plan international. Elle a reçu ses lettres de noblesse au sein de ce que Goethe appelle la «littérature mondiale. Mais depuis quelque temps, une question préoccupe tous les observateurs de la vie littéraire congolaise : où sont les femmes ?».

A cette question, Marie-Léontine, la seule congolaise a avoir obtenu un statut national et reconnu hors des frontières apporte une réponse, sa réponse dans une interview accordée à Jean-Marie Volet de la revue Plurielles : «En 1955 U Tam’si ouvre le bal poétique avec son recueil Le Mauvais sang (makila mabe en langue nationale) et une question fondamentale qui a dominé toute son œuvre : comment vivre ? Je pense que la poésie congolaise s’est bâtie autour de cette question qu’elle soit écrite par un Tati Loutard, Maxime Ndebeka, Dominique Ngoie Ngalla, Makouta Mboukou, Eugène NGoma, Diop Kegni, Philippe Makita, Bilombo Samba ou Matondo Kubu Ture sans oublier la génération de nouveaux poètes qui vivent en Europe, (en exil forcé ou voulu) [..] La femme que je suis n’est entrée dans le bal littéraire qu’en 1980, presque trente ans plus tard. Je suis arrivée dans ce monde où l’homme régnait en maître, et j’ai été saluée par mes «grands frères», avec bonheur, parce que ma poésie a été discutée, critiquée sans complaisance et acceptée.»

De la mer au Mayombe

Née à Girard dans le Kouilou, Marie–Léontine Tsbibinda, titulaire d’une maîtrise d’anglais, ancienne bibliothécaire au Centre culturel américain de Brazzaville, ancienne comédienne dans la troupe Rocado Zulu de Sony Labou Tansi réside au Canada, après avoir quitté son pays natal en 1999. Nouvelliste (Prix Unesco-Aschberg en 1996 pour Les pagnes Mouillés), elle est l’auteur de cinq recueils de poèmes. Une poésie simple, directe, qui est parfois un dialogue avec son aîné Tati-Loutard. A ce dernier qui dès 1968 donne à lire Les poèmes de la Mer, l’expression du passé/présent de l’homme congolais à partir d’un paysage privilégié : la mer, Marie- Léontine Tsibinda oppose les poèmes de la terre (1980) célébrant souvent un paysage d’enfance et lieu de mémoire de l’histoire congolaise : la forêt du Mayombe. En témoigne cet extrait de Mayombe, ma tombe que l’on peut lire dans Moi, Congo sorte de «palabre plurielle» réalisée en 2000 en collaboration avec le poète Bilombo Samba :

« Mayombe, ma tombe Mvoungouti ah !

Comment crier comment cracher Cette brûlure

Cette déchirure ?

Une nuit un instant

Et se fige la lumière

Combien pleurent encore ces morts Ferraille contre terre

Ferraille contre chair

Ferraille dans la chair

Mayombe, ma terre »

Prolifique, Marie- Léontine Tshibinda explore plusieurs genres littéraires. Elle vient de publier au Canada aux éditions l’Interligne, La porcelaine de Chine, une pièce de théâtre conçue comme un huis clos entre Bazey, épouse trahie, s’acharnant sur sa bonne Maya, qui, elle, se venge à son tour sur la porcelaine de chine de Madame, et puis Bissy, mari volage, veule. Tout un drame qui se déroule sur un arrière-fond d’un passé violent : la guerre. Il s’agit d’une pièce qui donne à voir trois personnages qui, (comme l’indique la quatrième de couverture) «entretiennent chacun à leur façon un passé regretté et depuis longtemps ruiné, et cherchant la fuite vers un avenir promoteur improbable. La porcelaine de Chine – symbole d’une gloire ancienne, de la ruine actuelle et de l’éclatement de toutes les illusions personnelles, familiales, professionnelles et sociales- est, de scène en scène, progressivement réduite en miettes. Seules deux assiettes résisteront et serviront à l’ultime repas, annonciateur d’une possible reconstruction». Introduit par une préface du romancier et dramaturge Guy Menga, La porcelaine de Chine servie par une langue sobre, un ton juste confirme le talent littéraire de Marie-Léontine Tsibinda et l’installe encore une fois, comme pionnière dans l’écriture théâtrale au Congo : genre littéraire, qui jusqu’à présent était l’apanage des hommes. C’est d’ailleurs à mon sens au théâtre qu’elle excelle. Qu’à cela ne tienne, Marie-Léontine Tsibinda est à l’heure actuelle une figure essentielle non seulement de la scène littéraire congolaise, mais aussi une passeuse émérite, qui a su avec l’anthologie Moi, Congo ou les rêveurs de la souveraineté(conçue avec son compagnon Jean-Blaise Bilombo Samba) fédérer les écrivains, intellectuels et artistes congolais autour du rôle de la culture dans un pays en guerre.

Vers une sororité littéraire au Congo

Il y a dans une telle démarche une foi en l’Homme, qui ne peut que susciter une admiration. Pour Marie-Léontine Tsibinda, « l’âge d’or est peut-être pour demain même si le monde s’effondre sous le soleil accablant des indépendances et que l’état honteux dresse ses moignons. L’art doit être au service du monde et de son devenir. Les hommes et les femmes que nous sommes doivent porter des rêves qui, hors la nuit, bâtiront un autre espoir». Le lecteur averti reconnaîtra dans ces propos, à première vue grandiloquents, la dimension ludique au cœur de tout un collage paratextuel, où l’on rencontre tour à tour, le ghanéen Ayi kwei Armah, les congolais Sony Labou Tansi et Jean-Blaise Bilombo Samba, l’ivoirien Ahmadou Kourouma, sans oublier le nigérian Chinua Achebe. Gageons donc avec la poétesse et dramaturge congolaise que demain sera un autre jour, puisque son pays compte dorénavant deux jeunes plumes féminines prometteuses : Liss Kiyindou, Ralphanie Mwana Kongo, qui progressivement s’installent (en tous cas à Paris) dans l’espace littéraire africain.

Par Boniface Mongo-Mboussa

La porcelaine de Chine de Marie-Marie-Léontine Tsibinda: Clavier bien tempéré

février 5, 2014

La musique et l’écriture ont été de tout temps les deux pôles de la vie créatrice de l’auteure. Le site http://lucierenaud.blogspot.ca/2014/02/la-porcelaine-de-chine.html, se veut donc un hommage à la musique (particulièrement classique) et à la littérature, mais aussi au théâtre et aux autres manifestations artistiques.

Poète et dramaturge née dans la République du Congo, un pays à l’histoire sanglante, Marie-Léontine Tsibinda reste convaincue de la nécessité de dire l’Afrique autrement, pas tant en pointant du doigt qu’en transformant une certaine dévastation, tant extérieure qu’intérieure, en une oeuvre forte. Dans le cas de La porcelaine de Chine, écrite et créée en 2002 à Brazzaville (reprise peu après au Cameroun dans le cadre d’un festival de théâtre), tout juste publiée par Les Éditions L’Interligne, il est bien sûr question de la guerre, conflit qui ne semble jamais finir, mais qui, surtout, insidieusement, ronge les protagonistes de l’intérieur.

Bissy doute de Bazey sa femme. N’a-t-elle pas eu une aventure avec ce général ennemi? N’a-t-elle pas amené l’opprobre dans leur foyer ce faisant? De son côté, Bazey n’en peut plus des absences de son mari, de son ressentiment. Pourquoi n’a-t-il jamais voulu admettre que sa femme avait été sauvagement violée? Trait-d’union entre ces deux époux qui, au fond, ne demandent qu’à se réconcilier, on retrouve Maya, la servante qui n’en est pas vraiment une, incapable de s’acquitter correctement de son travail, cassant les assiettes précieuses de madame, autant de rappels de ce pays (jamais nommé) qui s’effrite autour des protagoniste. Elle se veut aussi transposition du public (ici du lecteur) qui tente de se projeter dans cette histoire sordide, mais se révèle impuissant à en altérer le cours.

BISSY. Trève de balivernes. Il n’y a pas d’argent à voler ici. Ni rien d’autre. Tout est vide. Vide. La maison est vide. Le cœur est vide. Le corps est vide. Plus rien à voler. Pas même un peu de vie.

Dans cet univers clos, malsain, les femmes africaines s’expriment néanmoins. Incapables en apparence de s’émanciper totalement, elles se révèlent pourtant les piliers de cette société qui s’effondre autour d’elles. Elles s’inquiètent de la violence qui les entourent, de ces enfants qu’on a envoyés au loin pour les protéger, mais dont on s’ennuie désespérément. Il est aussi question de liberté de parole, Bazey ayant été rédactrice en chef du journal Femmes et libertés, dont la publication a été suspendue.

Le texte de Tsibinda se révèle d’une grande efficacité, car il refuse le misérabilisme et ne tombe jamais dans le prêchi-prêcha. Tout se joue dans les demi-teintes, dans une étrange valse-hésitation entre l’hier et le demain, l’amour et le désespoir. Une fois le livre refermé, on analyse autrement certaines images véhiculées par les médias occidentaux, mais on a surtout envie de voir le texte incarné sur scène.

Luciere Renaud