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France/Magistrate morte à Nanterre : une autopsie va être pratiquée

octobre 19, 2022

Dans quelles circonstances cette juge de 44 ans est-elle décédée mardi au tribunal de Nanterre ? « Le travail tue », dénoncent deux syndicats.

Cette femme  de 44 ans est decedee alors qu'elle presidait une audience mardi 18 octobre 2022 a Nanterre.
Cette femme  de 44 ans est décédée alors qu’elle présidait une audience mardi 18 octobre 2022 à Nanterre.© JACK GUEZ / AFP

Prise d’un malaise alors qu’elle présidait les comparutions immédiates, une magistrate de 44 ans est décédée en pleine audience correctionnelle, mardi 18 octobre en fin d’après-midi, au tribunal judiciaire de Nanterre (Hauts-de-Seine). Vice-présidente en titre de cette juridiction, Mme Marie Truchet était âgée de 44 ans. Selon nos informations, une autopsie devrait être rapidement pratiquée pour déterminer les circonstances exactes de sa mort. L’organisation des secours, qui ont mis vingt minutes pour intervenir, sera également questionnée par une enquête interne. La victime n’avait, semble-t-il, aucun antécédent médical qui aurait pu laisser présager une mort aussi brutale.

Comme souvent, l’audience qu’elle présidait était très chargée ; les comparutions immédiates, où sont jugés à la chaîne les délinquants d’habitude ou pris en flagrant délit, se terminent souvent très tard, parfois jusqu’à une heure avancée de la nuit. Lors de son discours d’installation, il y a quelques semaines, Benjamin Deparis, président du tribunal judiciaire de Nanterre – et par ailleurs président de la Conférence nationale des présidents de tribunaux judiciaires – avait évoqué la charge importante de travail pesant sur les magistrats de sa juridiction, en état de sous-effectif chronique.

Boycott

La mort de Mme Truchet a suscité une vive émotion parmi ses collègues magistrats et greffiers. Dans un mail adressé à la communauté judiciaire, Paul Huber, directeur des services judiciaires (DSJ) à la chancellerie, s’est dit « profondément affecté » et a adressé ses condoléances aux proches et collègues de la défunte. « Je me suis rendu dès hier soir [mardi 18 octobre] auprès des magistrats et fonctionnaires du tribunal judiciaire de Nanterre afin de leur adresser mes condoléances et leur manifester ma solidarité, ainsi que celle de mes équipes. » Une cellule de soutien psychologique a été mise en place au tribunal afin d’accompagner les agents de la juridiction. « Elle sera mobilisée autant que nécessaire pour accompagner la communauté judiciaire dans cette épreuve », précise le DSJ.

Dans un communiqué commun publié ce mercredi sous le titre « Oui, le travail tue », le Syndicat de la magistrature et la CGT-Justice déplorent le refus que le ministère avait opposé à leur demande d’expertise sur les conditions de travail au sein des juridictions, lors d’un CHSCTM (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) du 25 janvier dernier. « Face à une telle situation de mépris, toutes les organisations syndicales ont décidé de boycotter le CHSCT ministériel prévu ce 18 octobre […]. Oui, le travail tue, surtout quand l’organisation gestionnaire du travail empêche le travail épanoui. Cette dure réalité s’est rappelée à nous cruellement hier soir avec le décès d’une magistrate en pleine audience », écrivent les deux organisations. Celles-ci annoncent avoir demandé une enquête approfondie. « Nous osons espérer que le ministère aura la décence de déclarer ce décès brutal en accident de travail », concluent-ils dans leur communiqué.

Plus prudente sur les circonstances de ce décès, Béatrice Brugère, secrétaire générale d’Unité Magistrats-FO, regrette néanmoins qu’« aucun dispositif de premiers secours ne soit prévu dans les cours et tribunaux du pays, où circule pourtant beaucoup de monde. À Nanterre, aucun défibrillateur n’est en place alors même qu’un public important fréquente ces locaux », confie-t-elle.

Le 23 août 2021, une jeune magistrate de 29 ans, juge placée dans différentes juridictions du Nord, s’était suicidée, soulevant une vague d’émotion dans toute la magistrature. Ses conditions de travail avaient été rapidement mises en cause. Le 23 novembre, un « appel » signé par 3 000 magistrats et une centaine de greffiers avait été publié dans Le Monde. « Nous ne voulons plus d’une justice qui n’écoute pas et qui chronomètre tout », écrivaient les signataires dans leur tribune, alertant sur « la souffrance au travail » au sein du corps judiciaire. « L’importante discordance entre notre volonté de rendre une justice de qualité et la réalité de notre quotidien fait perdre le sens à notre métier et crée une grande souffrance », s’indignaient-ils encore. Un appel à la grève s’en était suivi.

Avec Le Point par Nicolas Bastuck