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Maroc : Mohammed VI nomme le gouvernement Akhannouch

octobre 7, 2021
Mohammed VI (à dr.) et le chef du Rassemblement national des indépendants (RNI), Aziz Akhannouch, au palais royal de Fès, le 10 septembre 2021. © Azzouz Boukallouch/Moroccan Royal Palace/AFP

Nadia Fettah Alaoui à l’Économie et aux Finances, Abdellatif Ouahbi à la Justice… quelle est la composition du nouveau gouvernement marocain ?

Ce jeudi après-midi, au Palais royal de Fès, Mohammed VI a présidé la cérémonie de nomination du nouveau gouvernement. Dirigé par Aziz Akhannouch, dont le parti, le Rassemblement national des indépendants (RNI),  a remporté les élections législatives du 8 septembre, le gouvernement compte ainsi 24 membres – ministres délégués et secrétaires généraux inclus.

Nizar Baraka, patron de l’Istiqlal, arrivé troisième aux élections de début septembre, prendra la direction du ministère de l’Équipement. Le parti de la balance voit également l’un de ses membres prendre la tête du maroquin des Transports, en la personne de Mohamed Abdeljalil, qui présidait jusque-là le directoire de Marsa Maroc. Ryad Mezzour, ancien chef de cabinet de Moulay Hafid Elalamy devient, lui, ministre de l’Industrie. Des visages nouveaux — à l’exception de Nizar Baraka — qui ne sont pas impliqués dans les instances dirigeantes du parti d’Allal Al Fassi, et qui allient à la fois la compétence technique et la légitimité politique.

Nasser Bourita maintenu

Quant au secrétaire général du Parti Authenticité et Modernité (PAM) Abdellatif Ouahbi, arrivé deuxième lors du scrutin, il hérite du portefeuille de la Justice. Mehdi Bensaïd prend quant à lui la tête de la Jeunesse et de la Culture, et Younès Sekkouri est nommé ministre de l’Inclusion et de l’Emploi.

Jusqu’alors ministre du Tourisme, Nadia Fettah Alaoui devient ministre de l’Économie et des Finances. C’est la première fois qu’une femme occupe ce poste crucial s’il en est dans l’histoire du royaume. Elle est remplacée au Tourisme par Fatim-Zohra Ammor, ancienne directrice marketing d’Akwa qui a notamment été commissaire générale du Pavillon du Maroc à l’Expo universelle de Milan en 2015.

Parmi les ministres reconduits, Abdelouafi Laftit demeure à la tête de l’Intérieur. Les Affaires étrangères continueront d’être dirigées par Nasser Bourita. Quant à Ahmed Toufiq, il est maintenu aux Habous et Affaires islamiques, poste qu’il occupe depuis 2002. Le patron de la fédération marocaine de football Fouzi Lekjaa reste au Budget.

Jusqu’alors ambassadeur du Maroc à Paris, le président de la Commission spéciale sur le modèle de développement, Chakib Benmoussa, devient lui ministre de l’Éducation nationale.

Sans surprise, le RNI garde la main sur la majorité des maroquins. Citons ainsi Mustapha Baïtas, un très proche du chef du gouvernement Aziz Akhannouch, est nommé porte-parole du gouvernement et ministre en charge des relations avec le Parlement.

La nouvelle maire de Marrakech Fatima-Zahra Mansouri devient elle ministre de l’Habitat et de la Ville. Celle de Casablanca-Settat, Nabila Rmili, hérite de la Santé. Leila Benali sera chargée de superviser la Transition énergétique, gros chantier du mandat du nouveau gouvernement.

Ex-secrétaire général du ministère de l’Agriculture, Mohammed Sadiki a pris la succession de Aziz Akhanouch à la tête de ce ministère.

Par Jeune Afrique avec AFP

L’Algérie ferme son espace aérien au Maroc

septembre 24, 2021

Avec TV5/Afrique

Cannabis : le Maroc devrait aller plus loin dans la dépénalisation

septembre 16, 2021

Un agriculteur surveille sa plantation de cannabis près de Chefchaouen (illustration).

Sur le continent, le royaume a montré la voie en légalisant la consommation de cannabis à usage médical. Il est temps désormais de s’occuper de l’usage récréatif, car la criminalisation des usagers n’apporte de bénéfice à personne.

La légalisation du cannabis pour usage médical au Maroc, incluant des contrôles stricts de l’offre et de la demande, ainsi que de l’usage industriel du chanvre, en juillet dernier, a fait le tour du monde. En effet, les montagnes du Rif sont connues pour être le premier producteur illicite mondial de la plante, avec 47 500 hectares cultivés en 2018 – et une production souvent saisie par les autorités européennes.

Protéger les paysans

Loin d’être le seul grand pays de production traditionnelle du cannabis, dont les origines se trouvent dans les confins de l’Asie centrale et de l’Asie du Sud, le royaume choisit le chemin pragmatique d’une réponse plus équilibrée à la culture de la plante, tentant de réduire les nuisances des trafiquants et de développer une filière juridiquement et financièrement protectrice des paysans du Rif.

Cette légalisation, un des derniers grands chantiers du gouvernement sortant, est le fruit d’une décennie de plaidoyers portés par les associations de cultivateurs et de paysans, par les ONG de droits humains et de santé publique, de chercheurs et de juristes, ou encore par des élus du Rif. Quelques semaines après la promulgation de la loi, le très attendu rapport de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), nouveau cadre de déploiement des futures normes légales au Maroc, recommandait également cette même légalisation pour usages médical et industriel afin de valoriser ce secteur économique et protéger les paysans.

Dans une vision de long terme, la CSMD recommande également une forme de dépénalisation de l’usage récréatif personnel, en passant de peines de prison à des sanctions civiles et administratives tout en renforçant les mesures préventives. Elle recommande surtout un changement de paradigme, en remplaçant une approche dissuasive basée sur la répression par une logique de réinsertion via le soutien de la jeunesse marocaine. Cette position, qui semblait révolutionnaire il y a encore quelques mois, est somme toute juste, pragmatique et ancrée dans l’environnement politique, social et culturel local. Elle est surtout alignée sur le droit international et les meilleures pratiques mondiales.

En 2001, le Portugal du Premier ministre António Guterres adoptait un modèle de dépénalisation de facto, créant des commissions de dissuasion devant lesquelles les consommateurs pouvaient recevoir une sanction pécuniaire pour usage occasionnel, ou avoir un premier contact avec les services sanitaires en cas d’usage problématique. Ce dernier a ainsi connu une baisse significative grâce à ce modèle, ce qui a réduit la surpopulation carcérale, conférant par là même un prestige mondial au Portugal.

Réduire la surpopulation en prison

Fin 2018, le même António Guterres, devenu secrétaire général des Nations unies, faisait adopter au système onusien tout entier à travers ses trente entités – incluant les offices : ONUDC [Office des Nations unies contre la drogue et le crime], HCDH [Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme], les fonds : UNICEF [Fonds des Nations unies pour l’enfance], les programmes : ONUSIDA [Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida] et les agences spécialisées : OMS, FMI – une position commune sur les questions liées aux drogues illégales. Afin de combattre ce marché, cette position recommande clairement aux gouvernements nationaux de dépénaliser l’usage et la consommation personnelle des drogues, et de concentrer leurs efforts sur le crime organisé.

SUR 11 MILLIONS DE PERSONNES INCARCÉRÉES DANS LE MONDE, 2,5 MILLIONS LE SONT POUR DES DÉLITS LIÉS AUX DROGUES

Si cette dépénalisation est possible sous les trois conventions internationales de contrôle des drogues, elle devient nécessaire pour réduire l’explosion de la surincarcération et de la surpopulation carcérale, en augmentation globale de 8 % depuis 2010. Selon les dernières données collectées, sur les 11 millions de personnes incarcérées dans le monde, 2,5 millions le sont pour des délits et crimes liés aux drogues, dont 22 % pour simple usage de drogues.

FADEL SENNA/AFP

Au Maroc, il est difficile de connaître les données désagrégées pour possession de petites quantités ou de consommation de drogues illégales ou celles liées au cannabis seul, mais il ressort globalement que les délits liés à la possession et à l’usage des drogues restent les premières causes d’incarcération, avec une surpopulation qui peut atteindre plus de 240 % dans certaines prisons.

Lutter contre les trafics

Aucune preuve n’a confirmé l’effet dissuasif de la pénalisation dans la prévention de la consommation, le démantèlement des filières d’offre illégale et de trafic. Pas plus que n’a été prouvé un quelconque effet disruptif sur le marché illégal géré par le crime organisé. La dépénalisation représente une politique de réduction des risques permettant des investissements orientés vers la prévention, l’éducation et l’intégration sociale. Comme le disait feu Kofi Annan, « le bien-être d’un jeune est bien plus menacé par un casier judiciaire lié aux drogues que par un usage occasionnel de ces mêmes drogues ».

Pour le prochain gouvernement, qui base son action sur l’efficacité des politiques publiques, « supprimer les peines de prison et mettre en place des peines alternatives pour la consommation illicite du cannabis », comme le recommande justement la CSMD, n’est pas une gageure. C’est un outil de lutte contre le trafic de drogues, une façon de préserver la jeunesse et ses intérêts, mais aussi un moyen de protection des communautés appauvries et marginalisées, et une avancée vers la mise en place d’un nouveau modèle de contrôle des drogues basé sur les droits humains de chaque citoyen, quels que soient ses choix personnels.

Il est temps que le Maroc devienne un modèle d’efficacité inspirant pour le reste de l’Afrique, comme l’est le Portugal depuis vingt ans pour l’Occident.

Par  Khalid Tinasti

Secrétaire exécutif de l’ONG suisse GCDP (Global Commission on Drug Policy), Khalid Tinasti est chercheur invité au Global Studies Institute, à l’Université de Genève.

L’Algérie rompt ses relations diplomatiques avec le Maroc

août 24, 2021
Ramtane Lamamra, le ministre des Affaires étrangères algérien.

C’est au cours d’une conférence de presse organisée en fin d’après-midi ce mardi 24 août que le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a officiellement annoncé la rupture des relations diplomatiques avec le voisin marocain, accusé « d’actions hostiles ».

Le 20 août dernier déjà, la présidence algérienne indiquait son intention de « revoir ses relations » avec Rabat. En cause : la responsabilité présumée dans les incendies qui ravagent une partie du pays du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK), qu’Alger juge soutenu par « le Maroc et l’entité sioniste ».

Cette dernière allusion renvoie à la normalisation récente des relations diplomatiques entre Rabat et Tel Aviv, que Ramtane Lamamra a citée au nombre des griefs lors de sa conférence. Le chef de la diplomatie algérienne, qui s’exprimait au Club des Pins, à Alger, et lisait une déclaration émanant du président Tebboune, a estimé que son pays avait « été patient concernant les actions du Maroc », déplorant au passage le soutien du Royaume à l’admission d’Israël comme membre observateur de l’Union africaine, alors que « tous les États nord-africains […] se sont opposés à la décision ».

Le ministre a également dénoncé ce qu’il qualifie de « dualité du discours marocain », faisant clairement allusion à la passe d’armes qui l’a opposé, en juillet, à l’ambassadeur marocain aux Nations unies, Omar Hilale. « Est-ce que les propos de l’ambassadeur marocain à l’ONU engageaient sa personne ou l’État marocain ?, s’est interrogé Lamamra. Dans son discours du 31 juillet, le roi n’a pas répondu à notre question. »

« Je ne peux pas prédire ce qui va se passer à l’avenir, mais j’espère que les raisons se réveilleront », a poursuivi le chef de la diplomatie algérienne, en ajoutant néanmoins que « les consulats vont poursuivre leur travail [et que] la rupture des relations ne va pas affecter les Algériens résidents au Maroc ni les Marocains résidents en Algérie. »

Dans les faits, il est d’ailleurs permis de se demander ce que cette fracassante annonce de rupture va réellement changer. La situation était déjà des plus tendues entre Alger et Rabat depuis plusieurs années, et singulièrement depuis que le Front polisario, basé en territoire algérien, a annoncé en novembre 2020 la rupture du cessez-le-feu et la reprise des hostilités contre le Maroc.

En dehors des échanges commerciaux qui, eux, se poursuivaient, les relations politiques, diplomatiques ou sécuritaires entre les deux voisins étaient depuis longtemps déjà en état de quasi mort cérébrale. Quant aux frontières terrestres, elles sont fermées depuis 27 ans.

Par Jeune Afrique

Maroc : la diaspora privée de vote, jusqu’à quand ?

août 24, 2021

Le Mouvement pour un Maroc moderne, prospère et égalitaire a été initié par la diaspora pour promouvoir la citoyenneté active de ses membres, aussi bien dans leur pays de résidence que dans le royaume. Nod Sawet signifie « va voter » en dialecte.

Élections législatives à Casablanca, le 7 octobre 2016 (illustration).

Alors que les Algériens, les Tunisiens ou les Sénégalais vivant à l’étranger peuvent participer aux scrutins organisés dans leur pays d’origine, les Marocains en sont toujours empêchés. Les élections générales du 8 septembre seraient pourtant l’occasion de mettre fin à cette anomalie qui touche 5 millions d’électeurs potentiels.

Le Maroc qui a lancé la marche verte, grande marche pacifique partie du royaume vers le Sahara sous colonisation espagnole en 1975. Le Maroc qui a organisé la COP22 à Marrakech en novembre 2016 et réuni 196 pays, des ONG, des syndicats, des scientifiques ainsi que des médias du monde entier. Le Maroc qui a su mener des projets d’envergure comme le port de Tanger-MED, le train à grande vitesse Al-Boraq, le complexe Noor – l’un des plus grands parcs solaires au monde – et bientôt un hub financier de référence en Afrique. Ce Maroc, nous en sommes convaincus, est capable d’organiser des élections pour ses près de 5 millions de compatriotes résidant à l’étranger.

La nouvelle constitution adoptée en 2011 consacre le droit de vote et de candidature de tous les Marocains depuis leur pays de résidence (articles 16 et 17). Pourtant, dix ans plus tard, ce droit constitutionnel n’est toujours pas inscrit dans les lois électorales. Le motif avancé par les parties prenantes est surprenant puisque se trouvent invoquées « les modalités de vote et l’application de ce droit », qui poseraient « problème ».

Ce motif nous interpelle d’autant plus que nos voisins algériens et tunisiens tout autant que plusieurs pays subsahariens, tel le Sénégal, ont organisé des scrutins dans le pays de résidence de leurs ressortissants !

Aberration

Beaucoup de discours politiques vantent l’apport multiforme des MRE [Marocains résidant à l’étranger] dans l’économie nationale, notamment à travers le développement de la coopération internationale entre les territoires marocains et leur pays de résidence ou encore via la solidarité directe avec les familles restées au pays. Pourtant, ces MRE tant vantés dans les discours ne peuvent toujours pas choisir leurs représentants au sein du Parlement.

Outre que ce déni de droits vis-à-vis de la diaspora relève de l’aberration dans une période où les relations internationales et la diplomatie des territoires constituent des armes essentielles utilisées par toutes les grandes nations, les partis politiques marocains se privent de personnalités, de compétences, de potentialités qui pourraient renforcer la place du Maroc dans le concert des nations et les réseaux d’influence du pays à l’échelle internationale.

C’EST UNE ERREUR HISTORIQUE DE CONTINUER À ÉCARTER LES MRE

Nul n’ignore que le 8 septembre prochain des élections générales se dérouleront au Maroc. Les grand oubliés en seront, encore une fois, les millions de Marocains d’Europe, des Amériques, d’Asie, du Moyen-Orient…, toujours privés de représentation parlementaire propre et astreints à être représentés pour pouvoir voter par procuration.

À l’aune de la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël – pays où l’on compte près de 800 000 Juifs marocains majoritairement attachés à leur pays d’origine –, n’aurait-on pas dû saisir l’occasion pour concrétiser les droits de « pleine citoyenneté » reconnus par la Constitution à tous les Marocains, quel que soit leur lieu de résidence sur le globe ?

Les enjeux des prochaines élections dépassent largement le territoire national et c’est une erreur historique de continuer à écarter les MRE.

Le manque flagrant de considération qui se manifeste dans cette élection aurait sans doute été nié si le bilan de dix ans de Constitution sur les questions diasporiques n’était pas aussi éloquent à lui tout seul. Ce désir de participation effective de la diaspora aux décisions majeures de son pays fait écho à des revendications et des combats portés de manière régulière depuis plus de trente ans. Les MRE souhaitent contribuer par la réflexion, mais également par l’action, à l’avènement d’un Maroc meilleur.

Nous le savons, la tentation sera politiquement forte de réduire cette nouvelle demande à un fait mineur et de se « contenter » encore de discours creux sans lendemain.

Égalité de traitement

Mais c’est un autre chemin que nous vous demandons de prendre. Ce que nous vous demandons, c’est que soit enfin ouvert le chantier d’une mise à plat du cadre juridique et institutionnel pour la mise en œuvre concrète du droit des membres de la diaspora à être élus et représentés depuis des circonscriptions électorales qui épousent leur lieu de résidence.

Nous vous demandons d’assurer l’égalité de traitement des citoyens marocains en toutes circonstances, en conformité avec la loi et la Constitution. Si cela n’est malheureusement pas le cas, c’est en raison d’archaïsmes tenaces, de pratiques hiérarchiques et de discours institutionnels qu’il faudra profondément interroger.

Cette situation injuste ne se traitera pas en la réduisant à un caprice ou à des démarches individuelles isolées. Nous vous demandons d’indiquer les voies que vous souhaitez emprunter pour supprimer ce désordre et dessiner les modalités de dialogue et d’élaboration de propositions visant à assurer la représentation effective de la diaspora. Ne doutez pas qu’au-delà même des signataires du présent texte, beaucoup d’acteurs de la diaspora sont prêts à participer à cet effort institutionnel crucial.

Nous demandons une recomposition du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) pour en faire une instance démocratique et représentative des MRE, comme il est prévu dans ses statuts et son dahir [décret royal] constitutif. Cette mise à plat doit également concerner le Conseil économique et social, ainsi que le prévoit la Constitution.

Répondre positivement à cette interpellation ne serait pas un signe de faiblesse mais le signe d’une démocratie capable de lucidité et de maturité sur un sujet où elles ont fait cruellement défaut depuis trop longtemps.

La liste mise à jour des signataires de la tribune est consultable sur le site https://nodsawet.ma/.

Avec jeune Afrique

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par  Nod Sawet

« Projet Pegasus » : le Maroc attaque « Forbidden Stories » et Amnesty International en diffamation

juillet 22, 2021

En France, un conseil de défense a « permis d’avoir un point d’étape » sur la présence des téléphones d’Emmanuel Macron parmi les cibles potentielles, selon l’Elysée, ajoutant qu’« un certain nombre de protocoles de sécurité ont été réajustés ».

Le roi du Maroc Mohammed VI (à droite) et le prince Moulay Rachid au Palais royal de Casablanca, le 17 mars 2015.
Le roi du Maroc Mohammed VI (à droite) et le prince Moulay Rachid au Palais royal de Casablanca, le 17 mars 2015. FADEL SENNA / AFP

Les secousses continuaient d’ébranler certains Etats, jeudi 22 juillet, à la suite des révélations sur le logiciel Pegasus faites par un consortium de dix-sept rédactions, parmi lesquelles Le Monde. Le Maroc, accusé d’avoir eu recours au logiciel d’espionnage, a décidé d’attaquer en diffamation Amnesty International et Forbidden Stories, les deux associations à l’origine des révélations sur les clients de ce logiciel conçu par la société israélienne NSO Group, devant le tribunal correctionnel de Paris.

De son côté, le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, a réuni un conseil de défense exceptionnel consacré à l’affaire Pegasus et à la cybersécurité. Le Parlement israélien a mis en place une commission d’enquête, tandis qu’en Hongrie, le parquet de Budapest a ouvert une enquête sur « le recueil potentiel non autorisé d’informations confidentielles ».

  • Le Maroc attaque « Forbidden Stories » et Amnesty international

Accusé d’avoir eu recours au logiciel d’espionnage Pegasus, le royaume du Maroc et son ambassadeur en France, Chakib Benmoussa, ont décidé d’attaquer en diffamation Amnesty International et Forbidden Stories devant le tribunal correctionnel de Paris, a annoncé jeudi son avocat, Olivier Baratelli. Une première audience procédurale est prévue le 8 octobre, mais le procès ne devrait pas avoir lieu avant environ deux ans.

« L’Etat marocain entend immédiatement saisir la justice française car il souhaite que toute la lumière soit faite sur les allégations mensongères de ces deux organisations qui avancent des éléments sans la moindre preuve concrète et démontrée », accuse Me Baratelli, déplorant un « procès d’intention médiatique, infondé et visiblement créé de toutes pièces pour déstabiliser la relation diplomatique profonde entre le Maroc et la France ». Le royaume chérifien « entend ne pas laisser impunis les multiples mensonges et les fake news propagés ces derniers jours ».

Rabat a menacé mercredi d’« opter pour une démarche judiciaire, au Maroc et à l’international contre toute partie reprenant à son compte ces allégations fallacieuses ». Parallèlement, le parquet général marocain a annoncé mercredi « l’ouverture d’une enquête judiciaire sur ces fausses allégations et accusations ».

  • Emmanuel Macron convoque un conseil de défense « exceptionnel »

En France, Emmanuel Macron a convoqué, jeudi matin, un conseil de défense exceptionnel consacré à l’affaire Pegasus et à la question de la cybersécurité. Cette réunion a « permis d’avoir un point d’étape » sur les investigations portant sur la présence des téléphones d’Emmanuel Macron parmi les cibles potentielles du logiciel espion, selon le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, interrogé sur BFM-TV.

« Un certain nombre de protocoles de sécurité ont été réajustés, notamment autour du président de la République. Par ailleurs, l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information a commencé à proposer aux personnes qui pourraient avoir été ciblées par une attaque un accompagnement technique », a-t-il ajouté.

« Le président de la République suit au plus près ce dossier et prend cette affaire très au sérieux », avait souligné dans la matinée M. Attal sur France InterL’enquête sur Pegasus a révélé qu’un numéro du chef de l’Etat figurait dans la liste des numéros sélectionnés par un service de sécurité de l’Etat marocain pour un potentiel piratage. « C’est une affaire qui, si ce qui a été révélé est confirmé et avéré, est très grave », a-t-il redit.

« Les téléphones [du président] sont changés régulièrement. Il y a un certain nombre de paramètres de sécurité qui protègent, qui sont changés très régulièrement. Il y a des protections qui sont faites », a assuré le porte-parole, interrogé sur une possible négligence au sommet de l’Etat. Gabriel Attal a par ailleurs affirmé qu’il fallait « protéger les autres [personnes visées], les secteurs public et économique » du pays, rappelant qu’un plan de « 100 millions d’euros » avait été lancé depuis un an pour « équiper nos hôpitaux et aider nos collectivités locales » à faire face aux cyberattaques.

  • Israël ouvre une enquête parlementaire

Le Parlement israélien a mis en place une commission pour enquêter sur des allégations selon lesquelles le logiciel d’espionnage Pegasus a été utilisé à « mauvais escient » par certains Etats pour espionner des personnalités, a annoncé jeudi un député israélien.

« La défense a désigné une commission composée d’un certain nombre de groupes », a déclaré à la radio militaire Ram Ben-Barak, à la tête de la commission des affaires étrangères et de la défense du Parlement israélien. « A l’issue de l’enquête (…) nous évaluerons si nous devons apporter des corrections », a ajouté le député centriste et ancien directeur adjoint du Mossad, les services de renseignements extérieurs israéliens.

Le logiciel Pegasus, conçu par la société israélienne de cybersécurité NSO, est au cœur d’un scandale mondial d’espionnage qui a poussé l’ONG Reporters sans frontières à réclamer un moratoire sur ses ventes, et la chancelière allemande Angela Merkel, notamment, à demander plus de restrictions sur la vente de ces systèmes.

  • En Hongrie, la justice lance une enquête après plusieurs plaintes

A la suite de plusieurs plaintes, le parquet de Budapest a annoncé jeudi l’ouverture d’une enquête sur « le recueillement potentiel non autorisé d’informations confidentielles ». L’enquête vise à établir les faits et à déterminer si un crime et, le cas échéant, lequel, a été commis, a-t-il précisé.

Cette affaire suscite beaucoup d’émotion dans ce pays d’Europe centrale, régulièrement accusé par les organisations internationales de saper l’Etat de droit depuis le retour au pouvoir du souverainiste Viktor Orban en 2010. L’opposition libérale, les représentants des journalistes et des avocats ont réclamé une enquête indépendante.

De son côté, le gouvernement a dénoncé, par la voix de son porte-parole, Zoltan Kovacs, « un groupe de médias de gauche » proférant « des affirmations non fondées »« gobées par le reste de la presse », qui « suivrait le troupeau ».

  • Angela Merkel demande plus de restrictions sur la vente de logiciels espions

La chancelière allemande, Angela Merkel, a quant à elle demandé, jeudi, plus de restrictions sur la vente de logiciels espions de type Pegasus. « Il est important » que de tels logiciels « n’arrivent pas entre de mauvaises mains » et « il ne faudrait pas vendre ces logiciels à des pays où la surveillance des opérations [d’écoute] par la justice n’est peut-être pas garantie », a déclaré Mme Merkel.

La haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, avait également réclamé, lundi, une meilleure « réglementation » des technologies de surveillance et de leur transfert, voyant un « besoin urgent » à assurer leur « strict contrôle et autorisation ».

Le Monde avec AFP et Reuters

Pegasus : le Maroc attaque en diffamation Amnesty et Forbidden Stories

juillet 22, 2021

Le Maroc est accusé d’avoir eu recours au logiciel d’espionnage Pegasus. Une première audience procédurale est prévue le 8 octobre.

Une premiere audience procedurale est prevue le 8 octobre devant la chambre specialisee en droit de la presse, mais le proces ne devrait pas avoir lieu avant environ deux ans.
Une première audience procédurale est prévue le 8 octobre devant la chambre spécialisée en droit de la presse, mais le procès ne devrait pas avoir lieu avant environ deux ans.© MARIO GOLDMAN / AFP

Le Maroc attaque en diffamation Amnesty et Forbidden Stories, deux associations à l’origine des révélations sur les clients de Pegasus, devant le tribunal correctionnel de Paris, a annoncé, ce jeudi 22 juillet, son avocat dans un communiqué. Le pays est en effet accusé d’avoir eu recours à ce logiciel d’espionnage. « Le royaume du Maroc et son ambassadeur en France, Chakib Benmoussa, ont mandaté maître Olivier Baratelli pour délivrer, dès aujourd’hui, deux citations directes en diffamation » contre les associations.

Une première audience procédurale est prévue le 8 octobre devant la chambre spécialisée en droit de la presse, mais le procès ne devrait pas avoir lieu avant environ deux ans. « L’État marocain entend immédiatement saisir la justice française, car il souhaite que toute la lumière soit faite sur les allégations mensongères de ces deux organisations qui avancent des éléments sans la moindre preuve concrète et démontrée », accuse maître Baratelli.

Un « procès d’intention médiatique, infondé et visiblement créé de toutes pièces »

« L’État marocain considère faire face à une nouvelle affaire de liste et que le passé a largement démontré qu’il était aisé de tirer des conclusions mensongères de telles pratiques », ajoute l’avocat, déplorant un « procès d’intention médiatique, infondé et visiblement créé de toutes pièces pour déstabiliser la relation diplomatique profonde entre le Maroc et la France ».

Le royaume chérifien « entend ne pas laisser impunis les multiples mensonges et les fake news propagés ces derniers jours ». Dès lundi, le gouvernement marocain s’était défendu en démentant avoir acquis des « logiciels informatiques pour infiltrer des appareils de communication ».

Pegasus : Abdellatif Hammouchi, l’espion marocain qui embarrasse la FranceRabat a ensuite menacé, mercredi, d’« opter pour une démarche judiciaire, au Maroc et à l’international contre toute partie reprenant à son compte ces allégations fallacieuses ». Parallèlement, le parquet général marocain a annoncé, mercredi, « l’ouverture d’une enquête judiciaire sur ces fausses allégations et accusations ».

Les deux associations ont obtenu une liste de 50 000 numéros de téléphone

Introduit dans un smartphone, ce logiciel – conçu par la société israélienne NSO – permet d’en récupérer les messages, photos, contacts, et d’activer à distances les micros. Les organisations Forbidden Stories et Amnesty International ont obtenu une liste de 50 000 numéros de téléphone, sélectionnés par les clients de NSO depuis 2016 pour être potentiellement surveillés, et l’ont partagée avec un consortium de 17 médias qui ont révélé son existence dimanche.

La liste des cibles potentielles comprend les numéros d’au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d’entreprise, d’après l’analyse du consortium – qui en a localisé beaucoup au Maroc, en Arabie saoudite ou encore au Mexique.

Mardi, Le Monde et Radio France, membres du consortium, ont révélé qu’une ligne de téléphone du président français faisait partie des « numéros sélectionnés par un service de sécurité de l’État marocain […] pour un potentiel piratage ».

L’ancien Premier ministre Édouard Philippe, 14 membres du gouvernement, dont Jean-Yves Le Drian et Gérald Darmanin, ainsi que d’anciens ministres et des responsables politiques figurent également sur cette liste, selon ces médias.

Par Le Point avec AFP

Covid-19 : Mohammed VI donne le coup d’envoi à la production de vaccins « made in Morocco »

juillet 6, 2021
Le roi Mohammed VI et Othman Benjelloun (à g.), le 6 juillet 2021, au Palais royal de Fès, lors de la cérémonie de signature des accords de coopération avec Sinopharm.

La volonté du monarque de faire du royaume un hub régional de fabrication et de distribution de vaccins se concrétise à travers la signature d’accords de coopération avec le géant chinois de l’industrie pharmaceutique Sinopharm. Explications.

Après avoir été l’un des pionniers mondiaux en matière de vaccination de sa population contre le Covid-19, Rabat veut désormais se lancer dans la production de vaccins : le roi a ainsi présidé, ce lundi 5 juillet au Palais royal de Fès, la cérémonie de lancement et de signature de conventions relatives au projet de fabrication et de mise en seringue au Maroc du vaccin anti-Covid-19 et d’autres sérums.

« Ce projet a pour objet la production dans notre pays du vaccin anti-Covid, ainsi que d’autres vaccins-clés, de manière à promouvoir l’autosuffisance du royaume et de faire du Maroc une plateforme de biotechnologie de premier plan à l’échelle du continent africain et du monde dans le domaine de l’industrie du fill & finish« , indique un communiqué du cabinet royal diffusé dans la soirée.

Souveraineté sanitaire

Il vise également à « doter le royaume de capacités industrielles et biotechnologiques complètes et intégrées, dédiées à la fabrication de vaccins au Maroc ». « Il s’agit de renforcer la souveraineté sanitaire » du pays face « aux dépendances extérieures et aux contingences politiques », précise le document.

Au cours de cette cérémonie, à laquelle ont pris part, entre autres, le chef du gouvernement, Saâdeddine El Othmani, le conseiller royal Fouad Ali El Himma, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, le PDG d’Attijariwafa Bank, Mohamed Kettani, et le PDG de Banque populaire, Mohamed Karim Mounir, plusieurs mémorandums ont été signés, dont un premier concernant la coopération entre le royaume et le groupe pharmaceutique chinois Sinopharm.

CE PROJET MOBILISERA 500 MILLIONS DE DOLLARS POUR UNE PRODUCTION INITIALE DE 5 MILLIONS DE DOSES PAR MOIS

Fruit d’un partenariat public-privé qui survient après l’entretien téléphonique du 31 août entre le roi Mohammed VI et le président chinois Xi Jinping, le projet devrait démarrer à court terme – la date n’a pas été précisée – avec une capacité de production de 5 millions de doses de vaccin anti-Covid-19 par mois. Puis cette capacité devrait être démultipliée progressivement, à moyen terme.

Collaboration avec Sothema

L’investissement global représentera 500 millions de dollars, selon un montage qui a fait l’objet d’un accord signé ce 5 juillet par le ministre de l’Économie et des Finances, Mohamed Benchaâboune, le PDG de la société Recipharm, Marc Funk, et le représentant du consortium de banques marocaines, le milliardaire Othman Benjelloun. Objectif : permettre l’établissement de capacités de fabrication de vaccins au Maroc dans les meilleures conditions, et le développement de ce qui s’apparente à un géant de l’industrie pharmaceutique sino-marocain.

Enfin, un contrat de mise à disposition des installations de remplissage du laboratoire pharmaceutique marocain Sothema pour la fabrication du vaccin anti-Covid-19 (propriété de la société chinoise Sinopharm) a été signé par sa PDG, Lamia Tazi, et par le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb. L’entreprise avait déjà participé aux essais cliniques de phase III du vaccin Sinopharm dans le royaume.

Depuis le début de la campagne de vaccination fin janvier, le Maroc, qui compte 36 millions d’habitants, a vacciné plus de 10 millions de personnes, dont 9,1 millions ont déjà reçu les deux injections requises.

Avec Jeune Afrique par Fadwa Islah

Tunisie, Maurice, Maroc : addition salée pour le tourisme africain

juin 30, 2021

Quelque 80 % des hôteliers tunisiens estiment avoir perdu 50 % de leur chiffre d’affaires en 2020. El Jem, en Tunisie, le 20 mai 2021.

Estimant les pertes dans le secteur à plusieurs centaines de milliards de dollars, un rapport de l’Organisation des Nations unies table sur un retour à la normale en 2023.

L’heure n’est pas encore à la reprise pour le tourisme en Afrique. C’est la conclusion d’un rapport publié le 30 juin par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced)*. S’appuyant sur les statistiques de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), elle a évalué les dégâts passés et à venir, provoqués par la pandémie de Covid-19.

Bilan : en 2021, le recul des arrivées de touristes internationaux va engendrer un manque à gagner pour le continent chiffré entre 170 et 253 milliards de dollars, selon les scénarios.

Sans surprise, la région la plus touchée sera l’Afrique du Nord avec un recul de 78 % des dépenses des visiteurs, synonyme d’une chute du produit intérieur brut (PIB) de 7,5 % selon le scénario pessimiste, et de 5 % d’après le scénario optimiste. Mais le reste du continent ne fera guère mieux avec un recul des dépenses de 69 %.

L’ARRÊT DU TOURISME EN 2020 A PRIVÉ LA TUNISIE ET LE MAROC DE 79 % DE SES VISITEURS INTERNATIONAUX

Au niveau des professionnels du secteur, l’impact est tout aussi rude. C’est encore en Afrique du Nord que les moins qualifiés d’entre eux seront les plus touchés, avec une contraction des effectifs de -10,44 %. Pour les professionnels les plus qualifiés, le recul le plus fort, soit -11,82 %, interviendra en Afrique de l’Est.

L’an dernier, la Cnuced estime que l’arrêt quasi-total du tourisme a privé la Tunisie et le Maroc de 79 % de ses visiteurs internationaux. Les autres pays dépendants du secteur accusent aussi le coup : la chute a été de 78 % pour l’île Maurice, de 72 % pour le Kenya, 70 % pour l’Afrique du Sud, 69 % pour l’Égypte et l’Éthiopie, 55 % pour le Ghana et 43 % pour Madagascar.

Vaccination, formation et réflexion stratégique

Les auteurs du rapport, qui espèrent un retour à la normale en 2023, formulent trois conseils aux dirigeants des États pour enclencher la reprise. En premier lieu, ils mettent l’accent sur la nécessité d’accélérer la vaccination afin de surmonter les craintes de contamination des visiteurs étrangers.

Ensuite, ils plaident pour un soutien aussi important que possible aux salariés du secteur, incluant le développement de formation. Enfin, ils appellent à mener une réflexion stratégique, soulignant que le tourisme africain ne sortira pas indemne de la pandémie.

Les voyageurs âgés des pays industrialisés, qui contribuent majoritairement à la croissance des visites et des recettes, risquent en effet de se limiter encore pendant un moment à un tourisme domestique quand la poussée globale de la préoccupation écologique pourrait pénaliser durablement les vols longs courriers, notamment à destination du continent. Plus que jamais, le secteur africain a intérêt à diversifier sa clientèle et donc ses produits tout en pariant sur l’essor du tourisme domestique.

Avec Jeune Afrique par Alain Faujas

[Chronique] Mali : la preuve par neuf… enfants

mai 7, 2021
Damien Glez

Une jeune tombouctienne vient d’accoucher, au Maroc, de neuf bébés. Si l’état de santé des enfants se maintenait, l’événement pourrait être une première à l’échelle de la planète.

Si Emmanuel Macron entend toujours, conformément à son intervention de juillet 2017, susciter un ralentissement de la fécondité africaine sans laquelle « des milliards d’euros » ne « stabiliseraient » aucun développement, il a du pain sur la planche sahélienne. Alors que le président français déplorait la situation où « des pays ont encore sept à huit enfants par femme », une jeune malienne vient de lui administrer la preuve par… neuf que la tâche est plus complexe qu’il n’y paraît.

Alors qu’elle attendait les septuplés dénombrés sur ses échographies, Halima Cissé a donné naissance à des « nonuplés ». Difficile de faire baisser une moyenne malienne de 6,1 naissances par femme, quand on accouche de neuf enfants dans la même journée…

Une procréation extraordinaire

Originaire de Tombouctou, c’est au Maroc que la jeune femme de 25 ans avait été transférée par avion le 30 mars, tant une grossesse de sept fœtus était déjà jugée « extraordinaire » et porteuse de risques, aussi bien pour la mère que pour sa progéniture. Mardi 4 mai, une césarienne a été pratiquée. « Extraordinaire », cette procréation multiple l’est assurément, à l’échelle de la planète. Alors que huit naissances d’octuplés sont listées dans le monde et qu’aucune naissance humaine de dix bébés ou plus n’a été enregistrée, seules deux naissances de nonuplés ont été répertoriées, en Australie en 1971 et en Malaisie en 1999.

Cette perspective de voir naître neuf bébés de la même grossesse est à ce point rare que sa survenue devient systématiquement une affaire nationale. En 2012, la Mexicaine Karla Vanessa Perez avait piégé des médias fébriles en annonçant, à tort, qu’elle attendait des nonuplés…

LES ÉQUIPES MÉDICALES DU MALI ET DU MAROC, DONT LE PROFESSIONNALISME EST À L’ORIGINE DE L’ISSUE HEUREUSE DE CETTE GROSSESSE

Cette fois, la naissance exceptionnelle de cinq filles et quatre garçons n’est pas un canular et le ministère malien de la Santé s’est saisi du buzz feel-good, la ministre relayant elle-même les informations du médecin malien dépêché pour accompagner la mère au Maroc. Fanta Siby a officiellement félicité « les équipes médicales du Mali et du Maroc, dont le professionnalisme est à l’origine de l’issue heureuse de cette grossesse ». Le président de la transition du Mali a même téléphoné au père des nouveau-nés, l’adjudant Kader Arby.

Aucun nonuplé n’a jamais vécu plus de six jours

Régulièrement endeuillé par l’insécurité devenue endémique, le Mali a bien besoin de carnets roses enthousiasmants. Et si la santé de la mère et des bébés mérite une attention prudente, pendant les jours qui viennent, le caractère historique de cet heureux événement pourrait se muer en exploit inédit. Aucun nonuplé n’a jamais vécu plus de six jours. Les neuf bébés maliens qui pesaient entre 500 grammes et 1 kilo à leur naissance devraient passer deux à trois mois dans des couveuses. C’est un Mali ému qui retient son souffle, suspendu aux informations médicales.

Avec Jeune Afrique par Damien Glez