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Au Cameroun, effroi et colère après le massacre de huit élèves dans le Sud-Ouest anglophone

octobre 25, 2020

Un soldat du Bataillon d'intervention rapide (BIR), à) Buea, dans le Cameroun anglophone, en octobre 2018. Photo d'illustration.

Les condamnations se multiplient depuis l’annonce, le 24 octobre, de l’assassinat de huit élèves dans une école privée de Kumba, dans la région anglophone du Sud-Ouest.

Les habitants de Kumba sont sous le choc depuis l’assassinat, dans l’enceinte du collège Mother Francisca, de huit élèves tombés sous les balles d’individus encore non identifiés ayant fait irruption samedi dans cet établissement privé.

Selon des témoignages recueillis par Jeune Afrique, les assaillants – neuf individus vêtus en civil et non cagoulés – ont fait irruption à moto peu avant la sortie des classes prévue à midi. Les alentours de l’établissement scolaire étaient alors bondés d’élèves. Dans les régions anglophones du Cameroun, le samedi est un jour de cours ordinaire, en raison des opérations « lundis villes mortes » qui amputent la semaine d’un jour de classe.

Après avoir tiré en l’air, certains des assaillants sont entrés armés dans la classe de form one – qui correspond à la sixième dans le système éducatif anglophone – et ont ouvert le feu sur les jeunes élèves. Le bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) évoque des enfants « découpés à la machette ». Le bilan fait également état d’une quinzaine de blessés.

Colère

Selon les autorités camerounaises, cette attaque est sans équivoque « l’œuvre des milices séparatistes ». Si cette thèse est également partagée par de nombreux habitants de Kumba, la facilité avec laquelle l’attaque a été menée les révolte. « On nous a assuré que nos enfants seraient protégés à l’école. Comment cela a-t-il pu arriver ?, s’interroge John Enow, dont le jeune fils de son voisin, âgé de 11 ans, fait partie des huit victimes. Aucune cause ne peut justifier le meurtre d’innocents enfants. »À LIRE Crise anglophone au Cameroun : le meurtre d’une jeune femme suscite l’indignation

Dans un communiqué publié dans la nuit du 24 octobre, le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, affirme que le collège avait ouvert au début de cette année scolaire « à l’insu des autorités administratives compétentes », d’où l’absence de mesures de protection.

Un argument que rejettent plusieurs sources à Kumba. « Cet établissement fonctionne depuis au moins trois ans », affirme l’une d’entre elles sous couvert d’anonymat.

La tuerie a provoqué une forte émotion. Le Premier ministre camerounais Joseph Dion Ngute a tenu un conseil ministériel extraordinaire. À son issue, une délégation dirigée par le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji et comprenant les ministres des Enseignements secondaires et de l’Éducation a été dépêchée sur les lieux. Sur le terrain, le préfet du département a indiqué que des mesures avaient été prises « pour rattraper les auteurs de ce crime crapuleux » et qu’ils « répondront de leurs actes devant les juridictions camerounaises ».

Appels à la reprise des pourparlers

À travers son ambassade au Cameroun, les États-Unis ont condamné « en des termes les plus vifs » cette attaque et appelé à la fin des violences. Le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, s’est dit « horrifié » par cette nouvelle, tout comme l’ambassadeur de France au Cameroun, Christophe Guilhou, qui demande que leurs auteurs soient « traduits en justice et condamné ». L’Union européenne dénonce quant à elle « une violation du droit international sur les populations civiles ».

De son côté, l’opposition camerounaise a appelé à la reprise de pourparlers avec tous les acteurs du conflit en vue d’un cessez-le-feu. Le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, Maurice Kamto, a estimé que seule « une solution politique » pourrait ramener la paix.À LIRE [Tribune] Cameroun : que reste-t-il du Grand dialogue national ?

Plus critique, le député Jean Michel Nintcheu du Social democratic front (SDF) interroge les assurances données par Yaoundé au sujet de la sécurisation des établissements scolaires. « Ce manquement a de fait transformé les élèves en bouclier humain, la responsabilité du régime est formellement établie, a-t-il dénoncé. Seuls la résolution du contentieux national et le retour au fédéralisme pourront déboucher à court ou moyen terme sur une paix durable. »

Avec Jeune Afrique par Franck Foute – à Yaoundé

RDC : au moins 19 civils tués dans un nouveau massacre près de Beni

novembre 27, 2019

Lors d'une opération menée conjointement par les FARD et la Monusco face aux rebelles ougandais des ADF, en 2014 dans la région de Beni. (photo d'illustration)

Lors d’une opération menée conjointement par les FARD et la Monusco face aux rebelles ougandais des ADF, en 2014 dans la région de Beni. (photo d’illustration) © MONUSCO/Sylvain Liechti

 

Un nouveau massacre attribué aux Forces démocratiques alliées (ADF) a eu lieu près de Beni, dans l’est du pays, où au moins 19 civils ont trouvé la mort. Au total, 99 personnes ont été tuées dans cette région depuis le 5 novembre.

Au moins 19 civils ont été tués dans un nouveau massacre attribué au groupe armé des ADF près de Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où des manifestations violentes dénoncent depuis une semaine la « passivité » de l’ONU et des autorités face aux tueries. L’ONU a également annoncé l’ouverture d’une enquête sur la mort d’un manifestant congolais tué lors d’un face à-face avec des Casques bleus, mardi.

Ce dernier massacre a eu lieu à 30 km au nord de Beni, à l’entrée d’une zone appelée « le triangle de la mort » en raison des tueries qui s’y déroulent depuis plusieurs années.

« Bilan revu à la hausse. 19 morts », a indiqué un porte-parole de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco), qui avait auparavant documenté 13, puis 14 victimes. La mission onusienne « a envoyé dès ce matin une force d’intervention rapide avec des militaires congolais », a-t-il ajouté. Le bilan a été confirmé par les chercheurs du Groupe d’études sur le Congo (GEC) de l’université de New York.

Manifestations anti-ONU

Au total, 99 personnes ont été tuées dans la région de Beni par des groupes armés depuis le 5 novembre, d’après le comptage du GEC. Les auteurs de ces tueries sont dans « l’immense majorité des cas » des membres du groupe armé d’origine ougandaise des Forces démocratiques alliées (ADF), selon un membre du GEC.

La région de Beni est agitée depuis une semaine par des manifestations anti-ONU qui ont fait au moins six morts depuis lundi. L’armée congolaise a annoncé le 30 octobre des opérations militaires contre les bases des ADF dans la région de Beni. La présidence de la RDC a annoncé lundi des opérations militaires conjointes avec les Casques bleus de la Monusco dans la région.

 Par Jeune Afrique avec AFP

Massacre du 28 septembre en Guinée : l’ONU appelle à l’organisation rapide d’un procès

septembre 28, 2019

Le 28 septembre 2009, des manifestants se dirigent vers le Stade du 28-Septembre, à Conakry, en Guinée. © IDRISSA SOUMARE/AP/SIPA

Dix ans après l’attaque perpétrée par l’armée dans une stade de Conakry, la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a appelé les autorités à « accélérer » l’organisation du procès des responsables.

« L’impunité règne depuis trop longtemps en Guinée et empêche les cicatrices des victimes de guérir. La paix et la réconciliation durables ne seront pas atteintes tant que justice et responsabilité ne seront pas maintenues », a déclaré Michelle Bachelet dans un communiqué.

Le 28 septembre 2009, les forces de défense et de sécurité et des militaires avaient battu, poignardé et tué par balles des opposants au régime militaire, rassemblés dans le plus grand stade de Conakry pour réclamer que le président autoproclamé depuis décembre 2008, Moussa Dadis Camara, ne se présente pas à la prochaine élection présidentielle.

« Crime contre l’humanité »

L‘instruction sur le massacre est clôturée depuis fin 2017, mais la date du procès n’a toujours pas été fixée. Une Commission d’enquête internationale nommée par l’ONU a établi en décembre 2009 que l’attaque « a fait au moins 156 morts et disparus, dont un certain nombre de femmes décédées des suites de violentes agressions sexuelles », a rappelé le Haut-Commissariat dans un communiqué.

Ce rapport a accablé les autorités de l’époque, expliquant qu’elles ont modifié les lieux du crime. Des détenus ont par ailleurs été torturés, au moins 109 filles et femmes ont été victimes de violences sexuelles et des cadavres ont été enterrés dans des fosses communes.

La Commission a également conclu que ce massacre constitue un « crime contre l’humanité », et a conclu à la responsabilité pénale individuelle de plusieurs responsables guinéens, dont Moussa Dadis Camara.

Hauts fonctionnaires toujours en poste

« Bien que la Commission d’enquête ait recommandé il y a près de dix ans aux autorités guinéennes de poursuivre les responsables et d’indemniser les victimes, peu de progrès tangibles ont été enregistrés jusqu’à présent », a déploré Michelle Bachelet, appelant les autorités à « accélérer l’organisation du procès ».

« Ces procédures judiciaires tant attendues – si et quand elles auront réellement lieu – devraient garantir la responsabilité à la fois dans l’intérêt des victimes et renforcer l’état de droit dans l’ensemble du pays », a-t-elle souhaité.

La Haut-Commissaire a souligné que les efforts pour engager des poursuites et organiser une procédure judiciaire « ont été extrêmement lents et n’ont pas abouti à un procès ni à des condamnations réelles des responsables ». « Il est particulièrement préoccupant qu’un certain nombre de hauts fonctionnaires mis en accusation soient toujours en poste et ne soient pas encore traduits en justice », a-t-elle conclu.

Par Jeune Afrique avec AFP

 

Centrafrique : accusé de massacres, le groupe 3R accepte de démanteler ses bases

mai 31, 2019

Une patrouille de la Minusca dans les rues de Bangui. © Jerome Delay/AP/SIPA

 

Le groupe armé 3R, responsable de tueries ayant coûté la vie à plus de 50 civils dans l’ouest de la Centrafrique la semaine dernière, va démanteler ses barrages dans la région, a assuré le gouvernement centrafricain.

Le représentant des 3R au sein du comité exécutif de suivi de l’accord de paix réuni jeudi, Saidou Aliou, a affirmé que son mouvement allait démanteler ses bases et remettre les présumés coupables des massacres aux autorités nationales, selon un communiqué du comité.

La semaine dernière, au moins 50 personnes avaient été tuées dans l’ouest du pays dans des massacres imputés aux 3R. Le gouvernement et la Minusca (Mission des Nations unies pour la stabilisation de la Centrafrique) avaient alors adressé au groupe un ultimatum de 72 heures, à l’issue duquel les responsables du massacre devaient être transmis aux autorités centrafricaines, et les barrières et bases des 3R démantelées.

La passivité des autorités critiquée

Mercredi, alors que l’ultimatum avait expiré, un collectif regroupant des organisations de la société civile et des partis d’opposition avait dénoncé l’absence « d’action forte » menée par le gouvernement.

L’accord de paix – dit de Khartoum, où il a été négocié – a été signé début février à Bangui entre les quatorze groupes armés et les autorités. Préparé depuis 2017 par l’Union africaine, il est le huitième signé depuis le début de la crise en 2013.

Dans son communiqué, le comité de suivi de l’accord de paix a également annoncé la création de structures pour surveiller précisément les violations de l’accord et suivre l’évolution de la suppression des barrages, taxations illégales, ou l’occupation de bâtiments administratifs par les groupes armés.

Par Jeuneafrique.com avec AFP

Centrafrique : le groupe 3R, accusé d’un massacre, livre trois de ses éléments à la justice

mai 25, 2019

 

Des Casques bleus marocains de la Minusca, à Bangassou, en Centrafrique. © Minusca / DR

 

Le groupe armé centrafricain 3R a remis vendredi à la justice trois de ses éléments qu’il a accusé d’être responsables du massacre de plus de 50 civils dans le nord-ouest du pays, a indiqué samedi une source proche du gouvernement.

Plus de 50 civils ont été tués ces derniers jours dans une série d’attaques attribuées au groupe 3R (Retour, réclamation, réconciliation), autour de la ville de Paoua (nord-ouest), près de la frontière avec le Tchad.

Il s’agit de la tuerie la plus importante depuis la signature, le 6 février dernier, d’un accord de paix entre le gouvernement et 14 groupes armés qui contrôlent une grande partie de la Centrafrique.

« Les trois éléments ont été auditionnés hier (vendredi) à Paoua. Ils ont reconnu avoir conduit un groupe de 22 hommes en vue de mener cette opération armée », a précisé une source gouvernementale.

Dans un communiqué reçu samedi par l’AFP, le groupe 3R en a rejeté la responsabilité sur des éléments isolés, affirmant que la tuerie avait été « perpétrée par des éléments des 3R à leur propre gré ».

Il a condamné « avec fermeté » les tueries et avait promis de remettre à la justice les responsables du massacre quand ils auraient été arrêtés.

Trois jours de deuil national

Mercredi, la Mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca) et les autorités centrafricaines avaient lancé un ultimatum au leader du groupe 3R, pour qu’il livre dans les 72 heures les auteurs présumés du massacre et qu’il démantèle ses infrastructures.

Dans son communiqué, le groupe 3R a réitéré vendredi sa « ferme volonté à continuer à oeuvrer pour la paix ».

3R a signé début février l’accord de paix centrafricain. En retour, son chef, Bi Sidi Souleymane (alias Sidiki), a été nommé le 25 mars « conseiller spécial militaire » auprès du Premier ministre, en charge de la mise en place des unités mixtes associant membres des Forces armées centrafricaines (Faca) et groupes armés.

Cette série d’attaques a été fermement condamnée par la communauté internationale, qui s’est également émue de l’assassinat lundi dans le sud-ouest du pays d’une religieuse franco-espagnole de 77 ans.

Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a décrété jeudi trois jours de deuil national en hommage aux victimes de cette semaine meurtrière.

 Par Jeune Afrique avec AFP

Nigeria: après les massacres, les habitants du Plateau enterrent leurs morts et s’enfuient

juin 29, 2018

Un homme emporte ses maigres biens le 27 juin 2018 après l’attaque meurtrière du village de Ganaropp, dans le centre du Nigeria.n / © AFP / STEFAN HEUNIS

Ils reposent sous un vaste monticule de terre recouvert de branches épineuses pour que les charognards ne viennent souiller leur sépulture: depuis dimanche, 79 corps ont été enterrés dans un champs de Nghar, dans le centre du Nigeria, après des tueries de masse.

Au total, une douzaine de villages de l’Etat du Plateau ont été attaqués au cours du week-end par des hordes d’assaillants armés de kalachnikovs et de machettes. Ils ont massacré plus de 200 personnes, mais ce bilan officiel pourrait s’avérer beaucoup plus lourd.

D’après les témoignages d’habitants recueillis par l’AFP et corroborés par une source policière, des centaines d’hommes « vêtus de noirs » et pour certains masqués ont encerclé à pied les différentes localités depuis les collines environnantes, avant de commencer à tirer.

Difficile d’imaginer pareil enfer, dans ce paysage à couper le souffle qui alterne entre dômes rocheux et plaines agricoles fertiles où transhument paisiblement des troupeaux de vaches.

Mafwak Mature, 68 ans, explose en sanglots devant la fosse commune où sont enterrés ses voisins: « Ceux qui nous ont attaqués ont tout brûlé. Ma maison a été rasée, ils ont emporté tout ce qui pouvait être utile, les motos, les engrais que j’utilisais pour ma ferme, même la télévision ».

« Tout ce qu’il me reste, ce sont les vêtements que je porte là », articule le vieil homme en montrant son costume gris élimé par le temps.

Nigeria / © AFP / Gillian HANDYSIDE

En entendant les premiers coups de feu samedi vers 15 heures, dans ce village isolé en pleine brousse, le réflexe de nombreux habitants de Nghar a été de se calfeutrer chez eux, en implorant Dieu de les épargner.

Treize personnes d’une même famille ont ainsi été piégées, brûlées vives lorsque les bandits ont mis le feu à leur maison. Leurs squelettes calcinés ont été évacués le lendemain sur des morceaux de tôle, vestiges de toitures emportées. Ceux qui tentaient de fuir ont été froidement abattus.

– Accès à la terre –

A Nghar comme dans les autres villages attaqués, tous accusent les « éleveurs peuls » nomades et musulmans, d’avoir perpétré les violences dirigées contre les communautés « indigènes » d’agriculteurs majoritairement chrétiens: énième acte d’un cycle de représailles sans fin qui ravage les régions centrales du Nigeria depuis des mois.

Les circonstances de ces massacres restent floues, de même que l’identité des assaillants. Mais, dans le pays le plus peuplé d’Afrique avec 180 millions d’habitants, où la croissance démographique explose, l’accès à la terre et à l’eau est le premier enjeu de ce conflit qui prend une dangereuse tournure identitaire et religieuse.

Une maison incendiée lors d’une attaque meurtrière dans le village de Ganaropp, dans le centre du Nigeria, photographiée le 27 juin 2018. n / © AFP / STEFAN HEUNIS

Historiquement le Plateau est l’une des zones explosives entre chrétiens et musulmans, qui représentent environ chacun la moitié de la population nigériane.

Mais contrairement à ce qui se passe dans les Etats voisins comme Benue ou Taraba, théâtre de sanglants affrontements intercommunautaires depuis janvier, une paix fragile régnait ces dernières années, notamment grâce aux efforts de réconciliation menés par les autorités et des ONG.

Avec ce regain de tensions, certains peuls sédentarisés qui cohabitent et commercent depuis plusieurs générations avec les Berom, l’ethnie locale majoritaire, craignent d’être assimilés aux fauteurs de troubles.

« Ceux qui sont venus sont des étrangers, nous ne savons pas qui ils sont », affirme à l’AFP le chef de la communauté peule de Nghar, Chiroma Yaçu. « Je suis né ici, mon père a terminé ses jours ici, nous avons toujours vécu en paix tous ensemble, jusqu’à cette sale journée ».

– Chemin de l’exode –

Un camion de villageois de Ganaropp fuyant le 27 juin 2018 les violences intercommunautaires dans l’Etat du Plateau, dans le centre du Nigeria.n / © AFP / STEFAN HEUNIS

Mais la méfiance règne désormais: à côté des maisons éventrées, devant lesquelles reposent des carcasses de voitures encore fumantes, les victimes chrétiennes montrent du doigt avec rancoeur les quartiers musulmans, pour la plupart épargnés par le déferlement de violence.

Dans le village de Ganaropp, où 35 personnes ont été tuées le même jour, « ceux qui se sont réfugiés dans la mosquée ont eu de la chance », souligne Pam Nuhu, 54 ans.

« Quand les tirs ont commencé, vers 17h30, nous terminions notre repas du soir. J’ai dit à ma famille de courir pour sauver leur vie », raconte avec calme ce père de sept enfants. « Mon fils aîné a pris une balle entre les deux yeux. Il avait 19 ans et venait de terminer son lycée ».

Comme ceux qui ont tout perdu, Pam Nuhu a décidé de prendre le chemin de l’exode. Matelas, télévisions, bassines en plastique et sacs de riz sont chargés sur les toits de vieilles voitures brinquebalantes ou dans des camions de marchandises.

Dans un silence de mort, les familles sont escortées par des militaires ou des policiers armés jusqu’aux dents, et prennent la route les unes après les autres en direction des villes voisines, protégées par d’imposants check-points.

« Je m’en vais à Mangu parce que j’ai peur, j’ai vraiment peur », explique Paulina Auta, les bras chargés d’énormes paquets.

« Je ne sais pas ce que je vais faire, je vais devoir tout recommencer à zéro, mais si je reste ici, je crains qu’ils ne reviennent et refassent la même chose ».

Romandie.com avec(©AFP / 29 juin 2018 15h22)

Nicaragua: nouvel assaut contre Masaya, l’Église craint « un massacre »

juin 21, 2018

Des manifestants contre le gouvernement brandissent leurs armes artisanales derrière une barricade à Managua, le 20 juin 2018 / © AFP / MARVIN RECINOS

Les forces de l’ordre du Nicaragua ont lancé jeudi un nouvel assaut contre la ville de Masaya, déclarée en rébellion par ses habitants, et les évêques catholiques ont décidé de se rendre sur place « pour éviter un nouveau massacre ».

Alors que l’Église avait l’espoir de voir repartir le dialogue national, suspendu depuis lundi, l’annonce de cette offensive, qualifiée de « disproportionnée » par le secrétaire de l’Association nicaraguayenne (pour les) droits de l’homme (ANPD), Alvaro Leiva, a ravivé les craintes de violences.

« C’est incohérent de parler de dialogue et d’être en train d’assassiner le peuple à tour de bras », a dénoncé M. Leiva. « Je lance un appel au président (Daniel) Ortega pour qu’il arrête la tuerie contre le peuple de Monimbo », quartier indigène de Masaya ciblé selon lui par l’intervention.

Inquiète, l’Eglise catholique, qui avait appelé à une journée de prières, a annoncé qu’elle envoyait ses évêques sur place.

« Nous, les évêques de Managua, avons décidé d’aller ce matin par bus, avec tout le clergé, depuis Managua et jusqu’à Masaya et Monimbo, pour éviter un nouveau massacre, consoler et prier avec notre peuple », a-t-elle indiqué dans un communiqué.

« Nous allons dans une mission de paix pour apporter du réconfort et arrêter la violence », a déclaré l’archevêque auxiliaire de Managua, Mgr Silvio Baez.

Depuis le 18 avril, quand ont éclaté les premières manifestations, le Centre nicaraguayen des droits de l’homme (Cenidh) a dénombré 187 morts et plus de 1.000 blessés.

– « Peur » –

Les violences sont quotidiennes dans le pays, le plus pauvre d’Amérique centrale, alors que les forces du gouvernement tentent de reprendre le contrôle des villes auto-déclarées en rébellion, notamment Masaya, commune de 100.000 habitants située à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale Managua et devenue l’épicentre des protestations.

Un homme passe à bicyclette devant des inscriptions « Ortega assassin » et « Notre lutte est juste », dans la ville de Masaya, le 20 juin 2018 / © AFP / MARVIN RECINOS

« Nous vivons dans la peur. J’ai vu passer des camionnettes avec des civils armés de fusils AK-47 », a raconté à l’AFP Ivania Miranda, une habitante de 53 ans, alors que les violences ont provoqué ces derniers jours au moins 23 morts à Masaya, ainsi que des pillages et incendies.

Selon le leader étudiant Cristian Fajardo, des détonations ont été entendues dans le nord de la ville où « environ 500 hommes encagoulés et fortement armés sont en train d’avancer ».

Les habitants restaient enfermés chez eux pendant que des agents anti-émeutes et des hommes masqués et armés parcouraient les rues en tirant et en enlevant les barricades érigées par les riverains, selon des images diffusées par la télévision.

« La douleur au Nicaragua est grande, un peuple désarmé est en train d’être massacré. Les villes sont aux mains de bandits », a dénoncé Mgr Baez dans son homélie de jeudi.

Ailleurs dans le pays, d’autres offensives ont été signalées: ainsi, les cloches des églises ont sonné dans la nuit dans plusieurs villes comme Diriamba (ouest), pour alerter de la présence d’hommes armés tentant de démonter les barricades.

– Vers une guerre civile? –

Suspendu depuis lundi, le dialogue entre gouvernement et opposition semblait pourtant sur le point de reprendre, alors que l’exécutif a finalement invité, comme il l’avait promis, des organismes internationaux comme l’Union européenne ou le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme à venir enquêter sur les violences commises.

L’Eglise comme l’opposition appellent le président Ortega – un ex-guérillero de 72 ans au pouvoir depuis 2007 après l’avoir déjà été de 1979 à 1990 – à permettre l’organisation d’élections générales anticipées en mars 2019 (au lieu de fin 2021). Ce dernier reste muet sur ce point.

Un couple de manifestants s’embrasse, sur une barricade à Mangua le 20 juin 2018 / © AFP / MARVIN RECINOS

La vague de contestation, engagée pour dénoncer une réforme de la sécurité sociale qui a depuis été abandonnée, cible le chef de l’Etat et son épouse et vice-présidente, Rosario Murillo: le couple est accusé de confisquer le pouvoir et de brider les libertés.

« Le peuple ne se rend pas », « Dehors Ortega », « Non à la dictature orteguiste », pouvait-on lire jeudi sur les murs de Masaya.

Le couple Ortega-Murillo accuse les rebelles d’être des « délinquants » et « vandales », coupables de « terrorisme » et de mettre à mal l’économie du pays.

De nombreux commerces sont fermés et des milliers de camions de marchandises restent bloqués sur les routes du Nicaragua.

« Nous allons vaincre le mal, la perversité, l’ignominie et l’abomination », a lancé Rosario Murillo, surnommée « La sorcière » par ses détracteurs.

« Nous voyons qu’il y a une volonté politique de l’Etat de pousser vers une guerre civile », s’inquiète Marlin Sierra, directrice exécutive du Cenidh.

Le département d’Etat américain a appelé à organiser des élections anticipées et dénoncé la répression par les forces de l’ordre, de même que l’ONU, le Parlement européen ou encore Amnesty international.

Romandie.com avec(©AFP / 21 juin 2018 19h45)

RDC: tout débat sur les massacres à Beni étouffé, accuse un groupe d’élus

avril 20, 2018

Kinshasa – Un groupe d’élus de la province troublée du Nord-Kivu a accusé l’Assemblée nationale d’étouffer tout débat public, sur les massacres des civils dans la région de Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo, dans un communiqué transmis vendredi à l’AFP.

Le 16 avril, une plénière avait été convoquée à la chambre basse pour débattre d’une motion contre le ministre de la Défense congolais sur « l’incapacité du gouvernement de la République à mettre fin aux massacres des populations civiles à l’Est du pays », selon ce communiqué signé par douze députés d’opposition et un de la majorité présidentielle.

L’examen de cette question avait alors été bloqué par l’intervention d’une élue de la majorité, soutenue par ses collègues, évoquant le « secret défense ».

« Le fait pour l’Assemblée nationale d’étouffer tout débat public sur le massacre des populations congolaises notamment à Beni, Lubero, Rutshuru, renforce le sentiment d’abandon total d’une partie du peuple congolais livré à l’holocauste des tueurs sans foi ni loi par les plus hautes institutions de la République », ont écrit les 13 élus.

Comme sur les réseaux sociaux et dans quelques médias congolais, ces élus accusent également le président Joseph Kabila d’avoir épinglé les membres de la communauté Nande – tribu majoritaire dans la région de Beni – d’être responsable de l’incendie, en décembre, de sa résidence de Musienene dans cette zone.

« Faux! », a rétorqué Yvon Ramazani, l’un des conseillers en communication du président Kabila « présent à cette rencontre » entre le chef de l’État et des députés de la majorité du début de semaine, interrogé par l’AFP.

« Il n’était pas question d’attaque contre les Nande, le président a plutôt dit: +Nous nous battons contre les ADF et vous voulez vous-mêmes créer vos milices pour vous défendre, au lieu de laisser l’armée faire son travail, vous compliquez la situation+ », a poursuivi M. Ramazani.

Pour le président Kabila, « les miliciens qui ont brulé Musiemeni ne sont pas venus d’ailleurs » mais sont bien des enfants de la ville, a cependant ajouté M. Ramazani.

Ces propos « plantent le décor d’un amalgame ethniciste dangereux qui peut avoir des conséquences génocidaires dramatiques sur terrain », ont noté les députés de la région de Beni.

Ils « opposent l’armée nationale à une communauté ethnique » et « sont de nature à susciter une révolte de l’opinion congolaise contre [les] Nande », ont-ils craint, alors que le « peuple meurtri de Beni a toujours eu l’impression de faire l’objet d’une action punitive et destructive de la part du régime en place ».

L’est de la RDC est déchiré par des conflits armés depuis 23 ans, des dizaines de groupes armés locaux et étrangers y sont encore actifs.

Parmi eux, les ADF, rebelles ougandais musulmans. Ils sont accusés par la Mission de l’ONU en RDC et le gouvernement congolais d’être responsables d’une série de massacres de plusieurs centaines de civils dans la région de Beni depuis octobre 2014.

Cette version a été remise en cause en 2015 par un rapport du Groupe d’étude sur le Congo de l’Université de New York, selon lequel les responsabilités sont partagées entre les ADF, mais aussi d’autres éléments armés, parmi lesquels des soldats de l’armée régulière.

Romandie.com avec(©AFP / 20 avril 2018 19h13)                                            

Rwanda: dans un livre a paraître, un ancien officier français brise l’omerta sur l’opération Turquoise

mars 7, 2018

 

Guillaume Ancel, 10 avril 2016. © Jean Saibienpeu /CC/wikipédia

Dans « Rwanda, la fin du silence », qui sortira en librairies le 16 mars, l’ex-officier Guillaume Ancel relate en détails plusieurs pans obscurs de l’opération Turquoise, en 1994, et les menaces reçues pour l’inciter à respecter la « loi du silence ».

Si Guillaume Ancel n’est pas le premier ex-officier français à avoir consacré un livre à son expérience au Rwanda durant l’opération Turquoise, en 1994, il est en revanche le seul à ce jour à y dénoncer « les errements » de cette intervention militaire controversée.

Dans Rwanda, la fin du silence, à paraître le 16 mars aux éditions Les Belles Lettres, cet ancien lieutenant-colonel revient en détail sur le déroulement de sa mission (25 juin-5 août 1994). « Sous le couvert d’une opération humanitaire destinée à mettre fin aux massacres, cet officier comprend vite que la France soutient le gouvernement génocidaire rwandais », résume la quatrième de couverture.

Il me fallait retranscrire intégralement ce que j’ai vécu en 1994, afin que cela ne soit plus jamais effaçable

Dans ce récit écrit à la première personne, Guillaume Ancel revient en outre sur les menaces, voilées ou plus explicites, qu’il a reçues depuis qu’il a rompu l’omerta en 1994 – notamment à travers une interview à Jeune Afrique, publiée en avril 2014 – sur le dossier sensible du rôle de la France durant le génocide des Tutsis.

« Pendant plus trois ans, j’ai livré des témoignages oraux à des journalistes ou lors de conférences, nous confie-t-il. J’ai fini par comprendre que ce n’était pas suffisant et qu’il me fallait retranscrire intégralement ce que j’ai vécu en 1994, afin que cela ne soit plus jamais effaçable. »

Jeuneafrique.com

RDC: lourdes peines pour des militaires accusés de massacres au Kasaï

juillet 6, 2017

Des personnes déplacées ayant fui les violences au Kasaï, le 6 juin 2017 à Gungu en République démocratique du Congo / © AFP/Archives / JOHN WESSELS

Huit militaires congolais ont été condamnés jeudi à de lourdes peines dans l’affaire d’une vidéo montrant un présumé massacre de civils par des soldats au Kasaï, dans le centre de la République démocratique du Congo, après un mois de procès.

Le tribunal militaire de Mbuji-Mayi jugeait au total 9 militaires: deux ont été condamnés à 20 ans, trois à 15 ans, un à 12 mois, a déclaré à l’AFP Me Jimmy Bashile, avocat de la défense.

Deux militaires en fuite ont été condamnés par défaut à la prison à perpétuité, et le neuvième a été acquitté.

Les militaires en fuite et ceux ayant écopé de 20 et 15 ans de prison sont condamnés notamment pour meurtre. Celui condamné à 12 mois l’a été pour « non dénonciation de l’infraction commise par un agent militaire ».

Ces militaires étaient d’abord poursuivis pour « crimes de guerre » dans cette région où l’armée est engagée contre la rébellion Kamwina Nsapu, chef traditionnel tué en août 2016 après s’être révolté contre les autorités de Kinshasa.

Ils ont été jugés dans l’affaire d’une vidéo supposée avoir été tournée dans le village de Mwanza-Lomba (Kasaï-oriental) montrant ce qui apparaît comme une scène de massacre de civils armés de bâtons par des militaires, et largement partagée sur les réseaux sociaux.

Le tribunal a ensuite abandonné la charge de « crimes de guerre » pour ne retenir notamment que l’infraction de « meurtre ».

Légèreté

Le Bureau conjoint de l’ONU aux droits de l’Homme en RDC avait alors regretté l’absence de poursuite pour « crimes contre l’humanité » contre ces soldats car cela aurait constitué, selon lui, « un signal fort en direction de tous ceux qui sont impliqués dans les violences au Kasaï ».

Depuis septembre 2016, quatre provinces du Kasaï sont secouées par des violences meurtrières qui impliquent des miliciens, soldats et policiers, ayant causé plus de 3.000 morts, selon l’Eglise catholique et 1,3 million de déplacés selon l’ONU qui y a dénombré 42 fosses communes.

En mars, deux experts onusiens – l’Américain Michael Sharp et la Suédo-chilienne Zaida Catalan – missionnés par le secrétaire général de l’ONU pour enquêter sur ces violences ont été assassinés dans le Kasaï-central. Le procès de leurs assassins présumés est en cours à Kananga, capitale du KasaÏ-central.

L’ONU accuse les rebelles Kamwina Nsapu d’enrôler des enfants-soldats et d’avoir commis des atrocités, tout en dénonçant l’usage disproportionné et indiscriminé de la force par l’armée congolaise « ainsi que la mobilisation et l’armement des milices supplétives » par les autorités.

Ces violences qui sèment la terreur parmi la population mettent à mal le pouvoir de Kinshasa, fragilisé par une crise politique liée au maintien au pouvoir du président Joseph Kabila au-delà du terme de son mandat qui a expiré depuis le 20 décembre.

Depuis plusieurs mois, le conflit au Kasaï suscite l’inquiétude de la communauté internationale, dans un climat tendu avec la RDC qui refuse toute enquête internationale, réclamée par l’ONU comme par les ONG.

Mardi, un collectif d’ONG congolaises du Kasaï a accusé la communauté internationale et le gouvernement congolais de « légèreté » dans la gestion de cette crise sécuritaire et humanitaire au Kasaï.

Romandie.com avec(©AFP / 06 juillet 2017 20h05)