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Congo/Département du Pool : Ancien sénateur, entrepreneur, Sébastien Bahounga, alias Sergent Normal, s’en est allé

mai 29, 2015

Le 22 mai 2015, vers une heure du matin, l’entrepreneur Sergent Normal, de son vrai nom Sébastien Bahounga, ancien sénateur M.c.d.d.i (1992-1997), a rendu l’âme, à l’âge de 85 ans, à Brazzaville. Il a bâti sa célébrité avec son sobriquet de Sergent Normal, à la suite de sa présence dans l’armée française coloniale d’où il sort avec le grade de sergent. Dans cette armée, il est plus occupé à l’intendance et à l’entretien alimentaire de la troupe. Sa bonne humeur le porte à se voir affublé du petit nom de Normal. Il a un tic de langage: «Mormal». Chez lui, en effet, tout paraissait normal. Qu’on lui dise de faire quelque chose, le seul mot qui sortait de sa bouche, c’est: «Normal».

Tout était normal. Et c’est de son supérieur hiérarchique qu’il allait se voir rebaptiser Normal. Le faisant rechercher, son supérieur, le sergent-chef, disait, alors: «Cherchez-moi Normal». Ce nouveau petit nom allait lui coller à la peau.

Après l’indépendance en août 1960, Sébastien Bahounga est reversé dans la nouvelle armée congolaise, avec le grade de sergent. Il n’y fera pas carrière, non par sa volonté, mais par la volonté politique des dirigeants congolais. Après la fameuse révolution de 1963, les révolutionnaires de l’époque s’en prennent, rapidement, à ceux qu’ils considèrent comme des transfuges de l’armée coloniale. En 1966, déjà, les purges à l’encontre de ces transfuges commencent: Sergent Normal est mis à la porte de l’armée congolaise. Fort heureusement, ces révolutionnaires ont encore un peu de sens du droit administratif et du droit du travail. Quelques indemnités sont, alors, versées à ces exclus. C’est là que commence l’aventure entrepreneuriale de Sergent Normal.

Fort de cette indemnité (capacité d’investissement), il se souvient qu’il a un atout, il sait cuisiner. Pourtant, c’est par le commerce de boisson, à Brazzaville, que va commencer son aventure d’entrepreneur innovateur. Il prend conscience, aussitôt, qu’il a un nom commercial: Sergent Normal. Il peut capitaliser alors son séjour dans l’armée coloniale française où son poste à la cuisine lui a donné un métier même dans le civil.

Après les différentes campagnes de guerre coloniale, ces Français de seconde zone passent un petit séjour dans la métropole. Un séjour bénéfique pour lui. Il en prend pour sa formation: les Européens vont en week-end. De même que de grands magasins s’installent, de plus en plus, à l’extérieur des villes, dans les champs, comme Auchamp (Au Champ). Il décide d’exploiter ces notions de week-end et de champ: «Passer un week-end dans les champs». Et il trouve ce champ pour les Brazzavillois, c’est Matoumbou. Un village situé à une douzaine de kilomètres de Kinkala, desservi par une route bien praticable.

C’est la naissance de la structure hôtelière en pleine nature. Matoumbou, gare du C.f.c.o, devient un coin célèbre. Dans les années 70 du siècle dernier, des messages publicitaires radiophoniques créent la surprise et l’excitation en même temps. On y vante le plaisir d’être à l’air naturel, dans les champs, pendant qu’ici, à Brazza, un autre entrepreneur innovateur, Kindou, fait de la publicité sur son commerce de viande.

Sergent Normal a gagné son pari. La haute classe va en week-end chez Sergent Normal, à Matoumbou. Les entreprises y organisent des séances de formations et des séminaires. Le site hôtelier surplombe la gare et la voie ferrée. C’est assez spectaculaire.

Mais Sergent Normal n’a pas oublié Brazzaville. Il y a tenu un restaurant parmi les plus célèbres, jusque dans les années 80, y servant des plats occidentaux et congolais. Son sens aigu des affaires le conduit à occuper le terrain de la capitale régionale, Kinkala, où il implante un hôtel à la hauteur de la réputation de ladite capitale. Le nom commercial Sergent Normal se trouve, partout et toujours, bien visible.

Mais, qui réussit dans les affaires, a tendance à se risquer en politique. Quand l’heure sonne pour ainsi dire de savourer le fruit de tant d’efforts consentis, l’entrepreneur se trouve comme happé par la collectivité qui lui demande de mettre son talent ou son expérience à son profit. Sergent Normal n’y échappera pas. C’est ainsi qu’il intégrera le M.c.d.d.i, de Bernard Kolélas, qui fera de lui sénateur.

Ces deux dernières années, Sergent Normal avait choisi de se retirer loin du tumulte de Brazzaville. Il était reparti à Matoumbou, mais la santé n’y était plus, ruinée qu’elle a été par la politique, action politique dont il ne voulait plus entendre parler. Alors, à Dieu, l’innovateur! Plusieurs années après seulement, d’autres ont compris ton innovation. Des hôtels et restaurants dignes de ce nom sont, désormais, installés dans les champs. On ne les citera pas. Tu as montré la voie.
Né le 6 mai 1930, à Kinkala, dans le département du Pool, fils de Ngoma-Nganga et de Mafouta Sébastien, Bahounga laisse 9 enfants. Il a obtenu son Certificat d’études primaires, en 1951, à Kinkala. Il est incorporé dans l’armée française, en 1953, à Pointe-Noire, comme appelé volontaire, puis reversé dans l’armée congolaise, en 1960, jusqu’en 1965. Pendant sa carrière militaire, il a effectué plusieurs missions, en France (1954), en Indochine (1954-55), en Algérie (1955-56), en RCA (1956-61) et, de 1961-65, en Côte française des Somalis, actuel Djibouti.

Lasemaineafricaine.net par Michel MILANDOU