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Mauritanie : « Sidi » s’en est allé

novembre 23, 2020
Sidi Ould Cheikh Abdallahi restera dans les mémoires comme le premier président civil élu démocratiquement en Mauritanie.

Premier président civil élu démocratiquement en 2007, Sidi Ould Cheikh Abdallahi est décédé le 22 novembre à Nouakchott.

Avec lui, c’est un morceau de l’histoire de la Mauritanie qui s’en va. Le 22 novembre, Sidi Ould Cheikh Abdallahi a rendu son dernier souffle dans une clinique de Nouakchott. Il avait 82 ans.

« Honnête » et « pieux »

Unanimement salué comme un homme « cultivé », « honnête » et « pieux », il restera dans les mémoires comme le premier président civil élu démocratiquement du pays. Cet économiste de formation (il avait officié au Koweït et au Niger), ancien ministre de Mokhtar Ould Daddah (Développement industriel, Économie), était arrivé au pouvoir avec le soutien de l’armée, à l’issue de la transition menée par le colonel Ely Ould Mohamed Vall (2005-2007), après la chute de Maaouiya Ould Taya.

Les militaires et notamment le général Mohamed Ould Abdelaziz, qui sera son chef d’état-major particulier, ont toujours exigé, en vain, un retour d’ascenseur. « On attendait de lui qu’il soit docile, mais il était fort, dit un proche. Attaché à la démocratie et aux droits de l’homme, il comprenait parfaitement les problèmes de la Mauritanie et pensait pouvoir gouverner avec de très bonnes intentions, mais cela n’était pas suffisant. »

Sidi Ould Cheikh Abdallahi n’a en effet pas su, ou pu, prendre le contrôle de deux importants leviers du pouvoir mauritanien, l’armée et le Parlement. Toute la sécurité était concentrée entre les mains du général Aziz, lequel a renvoyé les militaires en désaccord avec son autorité. « Avec son Premier ministre, Yahya Ould Ahmed El Waghf, ils ne pouvaient plus se parler car ils se savaient écoutés. Lorsqu’ils se voyaient, ils s’écrivaient pour communiquer », dit-on dans son entourage.

Le président, qui avait ouvert son gouvernement à l’opposition et notamment aux islamistes de Tawassoul, a été déposé dans la matinée du 6 août 2008, avant d’être emprisonné jusqu’au 21 décembre. Très calme, il se serait endormi, le jour de son arrestation, dans une chambre du Bataillon pour la sécurité présidentielle (Basep).

Dans la tranquillité des dunes

Sidi Ould Cheikh Abdallahi était arrivé au pouvoir avec le soutien de l’armée, à l’issue de la transition menée par le colonel Ely Ould Mohamed Vall après la chute de Maaouiya Ould Taya.

Il a ensuite été assigné à résidence dans son village natal de Lemden, près d’Aleg (250 kilomètres au sud de Nouakchott), où il vivait toujours avec son épouse, préférant la tranquillité des dunes au tumulte de la capitale.

Après son exil forcé, cet homme très réservé ne s’est exprimé publiquement qu’en 2017, lorsqu’il a pris position, par communiqué, contre l’amendement constitutionnel voulu par Aziz, élu chef de l’État en juillet 2009.

Membre influent de la confrérie tidjane et fils d’un cheikh soufi, il consacrait ses journées à la prière – alors au pouvoir, il avait fait construire une mosquée à la présidence, qui existe toujours – et à sa famille. Il avait également commencé à écrire ses mémoires. Il recevait également ses fidèles amis, dont son ex-Premier ministre Yahya Ould Ahmed El Waghf, par ailleurs président d’Adil, l’ex-parti présidentiel.

Sidi Ould Cheikh Abdallahi était sorti de sa grande réserve le 28 novembre 2019, pour assister à la cérémonie de la Fête de l’indépendance, aux côtés de son prédécesseur Mohamed Khouna Ould Haidalla, à l’invitation du président actuel Mohamed Ould Ghazouani – une reconnaissance, pour celui que les Mauritaniens avaient un peu perdu de vue. Mohamed Ould Abdelaziz avait quant à lui décliné l’invitation.

Le chef de l’État, qui a décrété un deuil national de trois jours, s’est joint ce matin à la prière funéraire célébrée à la mosquée Ibn Abbas de Nouakchott. Sidi Ould Cheikh Abdallahi reposera chez lui, à Lemden.

Avec Jeune Afrique par Justine Spiegel

Mauritanie : les naufrages de migrants se multiplient

novembre 10, 2020
Des migrants arrivent au port d'Arguineguin, dans les îles Canaries, après avoir été secourus par l'Espagnol Salvamento Maritimo alors qu'ils contournaient l'île à bord de pirogues, le 7 novembre 2020.

Malgré l’épidémie et les risques encourus, pas une semaine ne passe sans que des Subsahariens ne trouvent la mort en tentant de rejoindre les îles Canaries depuis le continent.

Selon le collectif Caminando Fronteras, quelque 92 migrants qui avaient pris place à bord d’une pirogue partie du Sénégal avec 119 passagers sont morts noyés, le 3 novembre, dans le naufrage de leur embarcation au large de la Mauritanie. Quelques jours plus tôt, 36 migrants avaient disparu en face de Nouadhibou.

Aucune semaine ne passe sans de telles macabres informations, comme le confirme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM, de l’ONU). Dans un communiqué daté du 6 novembre, elle estime à « environ 400 » le nombre de migrants « interceptés ou secourus au large des côtes mauritaniennes depuis la mi-octobre ».

Flux important

Ces chiffres confirment la reprise d’un flux important de migrations subsahariennes en direction des îles Canaries (Espagne), situées à la hauteur du Sahara occidental, d’où les Subsahariens espèrent pouvoir gagner l’Europe.

Ils sont très jeunes, ces candidats à un voyage risqué parce qu’entrepris sur des embarcations de fortune surchargées et dotées de moteurs au fonctionnement aléatoire. Ils viennent du Mali, de Gambie, de Guinée, du Sénégal ou de Mauritanie, où ils estiment n’avoir aucun avenir.

ILS ONT PAYÉ LES PASSEURS MOINS CHER QU’AVANT L’ÉPIDÉMIE

Ils ont payé les passeurs moins cher (700 euros) qu’avant l’épidémie (1 500 euros), car celle-ci a réduit provisoirement la demande. Partis des plages de Mbour (Sénégal), de Nouakchott ou de Nouadhibou, ils ont affronté un océan aux courants puissants. À la moindre panne, ils se sont retrouvés dans la situation des naufragés du radeau de La Méduse, qui ont connu le même sort dans les parages, au XIXe siècle.

Dénutris et déshydratés

Depuis fin septembre, 200 bateaux ont débarqué 5 000 migrants aux Canaries, soit dix fois plus que durant la même période en 2019. 

Dénutris et déshydratés après des jours de dérive, ils peuvent s’estimer chanceux de se retrouver dans un hôpital de Nouadhibou après avoir été récupérés par les gardes-côtes mauritaniens et pris en charge par l’OIM et le Croissant rouge.

PLUS DE 400 MORTS LORS DE LA TRAVERSÉE VERS L’ARCHIPEL ESPAGNOL

Selon l’OIM, 14 bateaux transportant 663 migrants ont quitté le seul Sénégal pour les Canaries au mois de septembre. Un quart d’entre eux ne sont pas arrivés à bon port parce qu’ils ont coulé ou sont tombés en panne.

Depuis le début de l’année, on déplore plus de 400 personnes mortes dans la traversée vers l’archipel espagnol.

Cette poussée migratoire (11 000 arrivées aux Canaries en dix mois) dépasse le niveau de l’an dernier (2 557 arrivées), mais elle est encore loin des chiffres de 2006 (32 000 arrivées). Elle inquiète pourtant les autorités espagnoles et européennes, car elle s’aggrave : depuis fin septembre, 200 bateaux ont débarqué 5 000 migrants aux Canaries, soit dix fois plus que durant la même période en 2019. 

La Guardia Civile à Nouakchott

Un avion C-235 de la Guardia Civile espagnole équipé de radars et de caméras est désormais positionné à l’aéroport de Nouakchott. En collaboration avec l’armée de l’air et la marine mauritaniennes, il patrouille chaque jour au-dessus de l’océan pour détecter les migrations illégales. Il a déjà permis d’arraisonner un bateau parti de Nouakchott qui naviguait plein nord avec 50 personnes à son bord.

DES CENTAINES DE CLANDESTINS RENVOYÉS

Car le voyage vers l’eldorado européen se conclut souvent par un retour à la case départ. Le ministère de l’Intérieur espagnol s’apprête ainsi à renvoyer des centaines de clandestins vers la Mauritanie, avec laquelle il a noué un partenariat dans la lutte contre l’immigration illégale en 2003.

De son côté, la Mauritanie a expulsé le 7 novembre, vers le Sénégal et le Mali, 210 migrants arrêtés la semaine dernière en mer ou sur une plage de Nouadhibou.

Avec Jeune Afrique par Alain Faujas

Mauritanie : le gouvernement «indigné» par les attaques contre l’islam et son prophète

octobre 27, 2020

Le gouvernement mauritanien s’est dit «indigné» par les attaques contre l’islam «sous le fallacieux prétexte de la liberté de la presse», tout en «dénonçant» tout acte de «terreur» au nom de la religion, après la défense par le président français Emmanuel Macron de la liberté de caricaturer le prophète Mahomet.

«La République islamique de Mauritanie suit avec indignation les actions d’incitation menées depuis un certain temps contre l’islam sous le fallacieux prétexte de la liberté de la presse, ainsi que la provocation des musulmans en portant atteinte à notre Prophète» Mahomet, a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué reçu mardi 27 octobre. Le pays sahélien, où est appliquée la charia (loi islamique), «dénonce» cependant «tout acte de terreur commis au nom de la religion contre des innocents», dans ce communiqué.

Emmanuel Macron est devenu la cible de manifestations dans plusieurs pays après avoir promis que la France continuerait à défendre ce genre de caricatures, lors d’un hommage national le 21 octobre à Samuel Paty, un professeur décapité dans un attentat islamiste le 16 octobre pour en avoir montré certaines à ses élèves. Des dizaines de jeunes ont par ailleurs manifesté lundi près de l’ambassade de France à Nouakchott pour dénoncer les propos du dirigeant français, a constaté un journaliste de l’AFP.

Le parti islamiste Tewassoul, première force de l’opposition à l’Assemblée nationale, a quant à lui appelé le gouvernement mauritanien à prendre «une forte position contre les propos indécents et inacceptables de Macron» et appelé «à un boycott économique de la France», à l’instar de celui prôné par le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Par Le Figaro avec AFP

La France et ses alliés sahéliens tiennent un sommet contre le djihadisme

juin 29, 2020

Six mois après avoir décidé d’intensifier leur effort dans la région, les pays du G5 Sahel et la France font le point ce mardi à Nouakchott, en Mauritanie.

Les pays du G5 Sahel et la France font le point mardi à Nouakchott sur leur combat contre les djihadistes six mois après avoir décidé d’intensifier l’effort commun pour reconquérir le terrain perdu dans la région. Le constat attendu des pertes infligées à l’ennemi au cours de ces six mois est contre-balancé par la précarité de la situation et le peu de progrès accompli sur les fronts autres que militaire: la reconstruction politique et civile, ainsi que la réconciliation. Or ces volets sont unanimement jugés indispensables pour sortir la sous-région de la spirale des violences commencée en 2012 dans le nord du Mali.

En janvier, le sommet de Pau (France) avait été organisé sous la pression d’une série de revers des armées de la région face aux djihadistes, de la mort de treize soldats français en opération et de remises en question de l’intervention française. Les chefs d’Etat du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) et l’allié français s’étaient entendus pour resserrer les rangs. Ils avaient décidé de concentrer leur action contre l’organisation Etat islamique dans la «zone des trois frontières» (Mali, Burkina, Niger) sous un commandement conjoint de la force française Barkhane et de la Force antidjihadiste du G5 Sahel, se donnant rendez-vous pour un nouvel état des lieux à Nouakchott.

Les six mêmes présidents sont annoncés présents physiquement mardi dans la capitale mauritanienne, leur premier déplacement officiel à l’étranger pour les Sahéliens, le premier hors d’Europe pour le Français Emmanuel Macron depuis le début de la pandémie de coronavirus. Les six hommes et des représentants d’organisations internationales (Union africaine, Francophonie, Onu, Union européenne) s’entretiendront à huis clos. Motif de satisfaction pour la France, qui cherche depuis des mois à impliquer ses partenaires européens: la réunion sera ensuite élargie aux chefs de gouvernement allemand, espagnol et italien, par visioconférence pour la plupart. La progression rapide du Covid-19 en Mauritanie, l’arrivée de délégations en provenance de différents pays alors que les frontières aériennes sont fermées, les exigences de la distanciation ont confronté les autorités à un casse-tête logistique.

«Période de consolidation»

Au cours des six mois écoulés, la France a augmenté les effectifs de Barkhane de 500 militaires pour les porter à 5.100. Elle et ses partenaires ont multiplié les offensives dans la zone des trois frontières, revendiquant la «neutralisation» de centaines de djihadistes. A Nouakchott, il s’agira selon l’Elysée d’ouvrir une «période de consolidation» dans cette région. Autre succès enregistré: dans le nord du Mali, où les forces spéciales françaises, aiguillées par un drone américain, ont tué le chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), l’Algérien Abdelmalek Droukdal. «On a inversé le principe d’incertitude. C’est nous qui sommes imprévisibles pour les groupes terroristes», se félicitait juste après l’opération un haut gradé français.

D’autres relativisent ces succès: à l’Onu début juin, les Etats-unis s’inquiétaient d’une «incapacité des signataires (de l’accord de paix de 2015 au Mali, NDLR) à faire des progrès significatifs» qui «perpétue l’aggravation de la situation sécuritaire au Sahel». «Le nombre d’attaques dans la région de l’Ouest sahélien a augmenté de 250 pour cent depuis 2018. Les pays partenaires restent déterminés contre le terrorisme, mais n’ont pas les moyens de contenir ni réduire la menace de façon soutenue», estime le département d’État américain dans un rapport récemment publié.

Dans le centre du Mali, les affrontements locaux sont «largement passés inaperçus ces derniers mois», note Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS) à Bamako. Les groupes djihadistes étendent leur emprise au Burkina, qui s’enfonce dangereusement. Au Burkina, au Mali, au Niger, les accusations d’exactions contre les civils se sont aussi multipliées depuis le sommet de Pau contre les armées nationales.

La communauté internationale suit aussi avec préoccupation les évolutions politiques, alors que 2020 est une échéance électorale dans les trois pays: législatives en mars/avril au Mali, et surtout présidentielle au Burkina et au Niger à la fin de l’année. Au Burkina, des zones entières menacent d’être privées du scrutin présidentiel, qui risque donc d’être contesté. Quant au Mali, son président est confronté à une importante contestation intérieure dont l’issue pour l’instant imprévisible inquiète ses voisins ouest-africains et ses alliés.

Par Le Figaro avec AFP

Mauritanie: inquiétude d’Amnesty après l’interpellation de militantes des droits humains

février 19, 2020

 

Amnesty International s’est dit mercredi 19 février «extrêmement préoccupé» par l’interpellation en Mauritanie de deux célèbres féministes et militantes des droits humains, accusées aux côtés de 12 autres personnes de porter préjudice à l’unité nationale et au caractère religieux de cette république islamique d’Afrique de l’Ouest.

Une source judiciaire à Nouakchott a confirmé à l’AFP l’arrestation la semaine dernière de 14 personnes, dont quatre ont été remises en liberté mais restent poursuivies.

Lors d’une audience mardi devant un tribunal de Nouakchott, le procureur a renvoyé leurs dossiers à la sûreté de l’État, chargée de «clarifier et d’approfondir certains aspects de l’enquête», selon cette source.

Dans un volet du dossier, l’audience a surtout porté sur la laïcité que prôneraient certains des prévenus, membres présumés de l’Alliance pour la refondation de l’État mauritanien (Arem), un mouvement créé en début d’année à Paris. Son manifeste fondateur prône un «divorce avec les vieilles pratiques de mauvaise gouvernance, d’injustice et d’impunité».

Les militantes de l’Arem sont «soupçonnées de porter préjudice à l’unité nationale, à la cohésion sociale, et à la religion, alors que la Mauritanie est une république islamique», selon la source judiciaire.

Parmi les personnes poursuivies figurent deux personnalités connues depuis des années pour leur défense des droits humains, en particulier des femmes, Aminetou Mint El Moctar et Mekfoula Mint Brahim, a confirmé à l’AFP François Patuel, chercheur à Amnesty pour l’Afrique de l’Ouest.

Aminetou Mint El Moctar est la deuxième vice-présidente de l’Arem, selon le manifeste de l’association. Elle a été remise en liberté sous contrôle judiciaire, a indiqué Amnesty International.

Mekfoula Mint Brahim, lauréate du Prix Franco-Allemand des droits de l’Homme en 2018 et décorée de la Légion d’honneur française en décembre, a également été remise en liberté conditionnelle, selon l’ONG. «Sans tabou, elle soutient le mouvement de la jeunesse mauritanienne en faveur de la laïcité et de la liberté d’orientation sexuelle», peut-on lire à son propos sur le site de l’ambassade de France en Mauritanie. Elle avait été interpellée pour avoir accueilli dans son auberge une réunion de l’Arem, dont elle se défend d’être membre, selon une source judiciaire. «Nous savons qu’elle est poursuivie pour avoir hébergé une réunion sans avoir notifié les autorités. Pour les autres personnes arrêtées, les chefs d’inculpation ne sont pas clairs», a dit M. Patuel, disant ignorer de qui il s’agit exactement. Un autre volet de l’affaire concerne trois personnes «prises en flagrant délit de distribution de copies de la Bible», selon une source proche du dossier.

Après l’arrivée au pouvoir en août d’un nouveau président, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, Amnesty avait appelé le pouvoir à «mettre fin au harcèlement judiciaire dont font l’objet les défenseurs des droits humains», a rappelé M. Patuel. «Nous réitérons cet appel et nous demandons la libération immédiate de ces personnes si elles sont uniquement poursuivies pour avoir exercé leur liberté d’expression et de rassemblement».

Par Le Figaro avec AFP

Mauritanie: début de manœuvres militaires sous commandement américain

février 17, 2020

 

D’importantes manœuvres militaires annuelles ont débuté lundi 17 février dans le centre-ouest de la Mauritanie sous commandement américain, en présence de quelque 1.600 soldats de pays africains et occidentaux, alors qu’une réduction des forces américaines en Afrique est actuellement à l’examen à Washington.

L’exercice «Flintlock» est organisé depuis 2005 par le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (Africom) pour «renforcer la capacité des principaux pays partenaires de la région à lutter contre les organisations extrémistes violentes, à protéger leurs frontières et à assurer la sécurité de leurs populations», selon le site de l’ambassade des États-Unis en Mauritanie.

Une cérémonie d’inauguration de l’édition 2020 a eu lieu lundi à Atar, dans le centre-ouest de la Mauritanie. Les exercices, qui doivent s’achever le 28 février, se dérouleront également à Nouakchott et Kaédi (Mauritanie) et dans la ville sénégalaise de Thiès.

Lors de cette cérémonie, le général de brigade de l’US Air Force Dagvin Anderson, chef du Commandement des opérations spéciales en Afrique (Socafrica), a averti des risques d’extension des «menaces terroristes», qui touchent surtout dans le Sahel le Mali, le Burkina Faso et le Niger, «à d’autres pays si on ne s’y oppose pas».

Parmi les pays africains qui prennent part aux manœuvres figurent le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Tchad, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Maroc, le Niger, le Nigeria, le Sénégal et le Togo.

Les États-Unis, l’Autriche, la Belgique, le Brésil, le Canada, la République tchèque, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, les Pays-Bas, la Norvège, la Pologne, le Portugal, l’Espagne et le Royaume-Uni participent également à l’exercice, selon l’ambassade américaine à Nouakchott.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a assuré dimanche à Dakar que les États-Unis veilleraient à faire «ce qu’il faut» en partenariat avec leurs alliés au sujet de la réduction ou non de leur présence militaire en Afrique.

Le ministre sénégalais des Affaires étrangères Amadou Ba, à ses côtés lors d’une conférence de presse, a indiqué que les États-Unis avaient fait part aux dirigeants sénégalais «de leur volonté de retirer leurs forces combattantes». Il avait souligné que, pour le Sénégal, cela ne signifiait pas un retrait militaire américain du continent, les États-Unis apportant un soutien en renseignement, en logistique et en formation à la lutte contre le djihadisme

Par Le Figaro avec AFP

Mauritanie : libération du blogueur Mohamed Cheikh Ould Mkheïtir, accusé de blasphème

juillet 31, 2019

Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir, blogueur mauritanien, était incarcéré depuis 2014. © DR / Human Rights Watch

 

Condamné à mort pour blasphème en 2014, le blogueur mauritanien Mohamed Cheikh Ould Mkheïtir a été remis en liberté le 29 juillet, après plus de cinq ans de détention. Il a immédiatement quitté Nouakchott pour le Sénégal.

Après cinq années de détention, le blogueur mauritanien Mohamed Cheickh Ould Mkheïtir a été remis en liberté le 29 juillet, a annoncé Reporters sans frontières (RSF), qui lutte depuis 2014 pour sa libération. Le blogueur – condamné en 2014 à la peine de mort pour un billet de blog jugé blasphématoire, une condamnation ramenée à deux années de prison – a immédiatement été exfiltré au Sénégal, afin d’éviter les mouvements de contestation à son égard.

Contacté par RSF, il « a remercié les organisations qui se sont mobilisées pour sa libération depuis près de six ans de détention ». Sa libération « est un immense soulagement car, pour un simple article publié sur un réseau social, il a vécu un véritable calvaire, en violation d’une décision de justice rendue par son propre pays », a indiqué Christophe Deloire, le secrétaire générale de RSF.

Mohamed Cheickh Ould Mkheïtir n’est pas « entièrement libre de ses mouvements », a néanmoins précisé Me Fatima Mbaye, son avocate. En effet, le blogueur doit désormais trouver un pays d’accueil, le Sénégal n’étant qu’un pays de transit en attendant de recevoir qu’un pays lui accorde l’asile.

Aucune destination n’a pour le moment été citée. L’Agence mauritanienne d’information (AMI, officielle) a néanmoins annoncé que le président français, Emmanuel Macron, s’était entretenu au téléphone lundi après-midi avec le nouveau président mauritanien, Mohamed Ould Ghazouani, qui doit être investit ce 1er août. « L’entretien a porté sur les excellentes relations entre la France et la Mauritanie », ont déclaré les autorités mauritaniennes, qui n’ont pas souhaité s’exprimer sur le cas de Mohamed Cheickh Ould Mkheïtir.

Persona non grata en Mauritanie

Dans un article publié sur son blog en janvier 2014, Mohamed Cheick Ould Mkheïtir avait dénoncé l’utilisation de la religion pour justifier des inégalités entre les castes, notamment au détriment de la sienne, les maalemine, une classe de forgerons dont il est issu. Il avait ensuite été placé en détention dès le 2 janvier 2014, dans l’attente de son procès, à la prison civile de Nouadhibou (Nord-Ouest). Bien que la peine capitale ne soit plus appliquée en Mauritanie depuis 1987, des manifestants avaient réclamé sa condamnation à mort lors de rassemblements à Nouakchott.

En première instance, il avait été reconnu coupable d’apostasie et condamné à mort le 24 décembre 2014 par la Cour criminelle de Nouadhibou. Le 21 avril 2016, la cour d’appel de Nouadhibou avait confirmé la condamnation en requalifiant les faits en « mécréance », une accusation moins lourde prenant en compte son repentir, puis renvoyé son dossier devant la Cour suprême, qui avait ordonné en janvier la tenue d’un nouveau procès devant une cour d’appel autrement composée. Celle-ci avait ramené en novembre 2017 sa condamnation à deux ans de prison.

Début juillet, il avait renouvelé la démarche en brisant le silence sur sa page Facebook, inactive depuis 2014. « Comme je l’avais annoncé au début 2014 et comme je l’ai répété à toutes les occasions qui s’offraient à moi devant les tribunaux, je réaffirme ici mon repentir devant Allah, le seigneur des mondes », a-t-il déclaré. La dernière repentance qui lui a valu sa libération a été cette fois exigée par une commission d’oulémas – chef religieux – qui a été spécialement constituée pour son cas.

 Par Jeune Afrique avec AFP

Mauritanie : El-Ghazouani élu président avec 52% des voix

juin 23, 2019

 

Le candidat du pouvoir à l’élection présidentielle en Mauritanie, Mohamed Cheikh El-Ghazouani, a obtenu 52% des suffrages, selon des résultats publiés dimanche par la Commission électorale.

Mohamed Cheikh El-Ghazouani, qui a obtenu précisément 52,01% des suffrages selon ces résultats portant sur la totalité des bureaux de vote, est suivi par les opposants Biram Dah Ould Abeid (18,58%) et Sidi Mohamed Ould Boubacar (17,87%).

Par Le Figaro.fr avec AFP

Le président mauritanien assume la détention d’un blogueur au-delà de sa peine

juin 21, 2019

 

La justification par le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz du maintien en détention au-delà de sa peine de l’auteur d’un billet de blog jugé blasphématoire a indigné son avocate, qui a appelé vendredi son futur successeur à régler en priorité ce «dossier pourri».

L’auteur de ce texte, Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheïtir, taxé de blasphème envers le prophète de l’islam pour cet article et détenu depuis janvier 2014, a vu sa condamnation à mort pour «apostasie» ramenée en appel à deux ans de prison en novembre 2017 après avoir exprimé son repentir. Il aurait donc dû être remis en liberté, le pourvoi en cassation du parquet n’étant pas suspensif. Mais il a été placé depuis en détention administrative dans un lieu tenu secret, y compris de ses avocats.

Lors d’une conférence de presse en forme de bilan jeudi soir, peu avant la fin de la campagne pour l’élection présidentielle de samedi à laquelle il ne peut se représenter après deux mandats, Mohamed Ould Abdel Aziz a justifié cette situation par «sa sécurité personnelle aussi bien que celle du pays». «Nous savons que du point de vue de la loi, il doit être libéré, mais pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons mettre en jeu la vie de plus de 4 millions de Mauritaniens», a-t-il répondu à une question sur l’affaire Ould Mkheïtir. «Des millions de Mauritaniens étaient descendus dans la rue pour réclamer son exécution, sa remise en liberté signifierait laisser s’installer la pagaille dans le pays», a-t-il fait valoir.

Une avocate du jeune homme, Fatimata Mbaye, a qualifié de «choquants» les propos du chef de l’Etat, dans une déclaration à l’AFP vendredi. «Ce dossier, c’est lui seul qui le gère. C’est lui qui l’a créé, c’est lui qui le gère», a-t-elle affirmé au sujet du président sortant, soulignant que «ce jeune homme n’est pas détenu dans un lieu connu de la justice». Il s’agit d’un cas de «détention arbitraire», qui constituera pour le prochain président, quel qu’il soit, «un dossier à régler le plus rapidement possible», a estimé Me Mbaye. «On est en train de lui léguer un dossier pourri», en raison du tort qu’il a déjà causé à l’image de la Mauritanie, a-t-elle dit.

Dans une lettre ouverte rendue publique vendredi, Reporters sans frontières (RSF) et 11 autres ONG exhortent le président Ould Abdel Aziz à «utiliser les quelques semaines qui lui restent à la tête du pays pour mettre fin à la détention illégale» du blogueur. Autrement, «son bilan après 11 années au pouvoir s’en trouverait fortement assombri», selon les organisations, qui ne mentionnent pas les déclarations du président sortant jeudi soir.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Mauritanie: appels à la libération de deux blogueurs détenus depuis deux mois

mai 22, 2019

 

Amnesty International a appelé mercredi les autorités mauritaniennes à libérer deux jeunes blogueurs proches de l’opposition arrêtés il y a deux mois et poursuivis pour «dénonciation calomnieuse» envers le chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz, alors que l’élection présidentielle se tiendra le 22 juin.

De leur côté, les avocats d’Abderrahmane Ould Wedadi et Cheikh Ould Jiddou, arrêtés le 22 mars et inculpés le 27 mars, ont annoncé la saisie du Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire «afin de faire reconnaître le caractère illégal de leur détention et pour demander leur libération immédiate».

Les deux jeunes blogueurs reprenaient depuis plusieurs mois sur Facebook des informations de la presse étrangère «relatives au potentiel gel d’un compte bancaire par les autorités de Dubaï qui appartiendrait au chef de l’Etat mauritanien», ont rappelé mardi dans un communiqué les avocats, Brahim Ould Ebetty et Henri Thulliez. Le président mauritanien, interrogé le 5 mars par la presse sur cette affaire, avait affirmé qu’il «s’agissait d’une rumeur qui finira par s’estomper». Selon leurs avocats, «surtout les deux blogueurs enquêtaient depuis plusieurs années sur une escroquerie immobilière basée sur le système de Ponzi, touchant plusieurs milliers de familles et qui aurait bénéficié à des proches du président sans que l’auteur principal présumé ne soit jamais inquiété par la justice». La personne visée est un chef religieux, cheikh Ridha al-Saïdi, qui a acheté à crédit à des milliers de Mauritaniens des centaines de maisons, terrains, véhicules et bétail à des prix très supérieurs à leur valeur réelle, pour les revendre ensuite bien en-dessous du prix du marché, mais sans jamais les rembourser. Des associations de créanciers du religieux se sont constituées pour réclamer leur dû, manifestant devant sa concession située dans la banlieue nord de la capitale, sans jusqu’à présent saisir la justice.

Amnesty International a pour sa part appelé dans un communiqué les autorités à «libérer immédiatement et sans condition deux célèbres blogueurs détenus depuis deux mois uniquement pour avoir dénoncé sur Facebook des faits présumés de corruption dans le pays», les appelant à «s’ouvrir aux débats et à la critique». «Le respect et la protection du droit à la liberté d’expression devraient être une de leurs priorités, l’élection présidentielle étant prévue le mois prochain», a souligné l’organisation.

Ancien général arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 2008, élu en 2009 puis réélu en 2014, Mohamed Ould Abdel Aziz ne peut se représenter au terme de son second mandat. Pour lui succéder, le parti au pouvoir a désigné comme candidat un autre ancien général, son compagnon de toujours, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed.

Par Le Figaro.fr avec AFP