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Le président mauritanien assume la détention d’un blogueur au-delà de sa peine

juin 21, 2019

 

La justification par le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz du maintien en détention au-delà de sa peine de l’auteur d’un billet de blog jugé blasphématoire a indigné son avocate, qui a appelé vendredi son futur successeur à régler en priorité ce «dossier pourri».

L’auteur de ce texte, Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheïtir, taxé de blasphème envers le prophète de l’islam pour cet article et détenu depuis janvier 2014, a vu sa condamnation à mort pour «apostasie» ramenée en appel à deux ans de prison en novembre 2017 après avoir exprimé son repentir. Il aurait donc dû être remis en liberté, le pourvoi en cassation du parquet n’étant pas suspensif. Mais il a été placé depuis en détention administrative dans un lieu tenu secret, y compris de ses avocats.

Lors d’une conférence de presse en forme de bilan jeudi soir, peu avant la fin de la campagne pour l’élection présidentielle de samedi à laquelle il ne peut se représenter après deux mandats, Mohamed Ould Abdel Aziz a justifié cette situation par «sa sécurité personnelle aussi bien que celle du pays». «Nous savons que du point de vue de la loi, il doit être libéré, mais pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons mettre en jeu la vie de plus de 4 millions de Mauritaniens», a-t-il répondu à une question sur l’affaire Ould Mkheïtir. «Des millions de Mauritaniens étaient descendus dans la rue pour réclamer son exécution, sa remise en liberté signifierait laisser s’installer la pagaille dans le pays», a-t-il fait valoir.

Une avocate du jeune homme, Fatimata Mbaye, a qualifié de «choquants» les propos du chef de l’Etat, dans une déclaration à l’AFP vendredi. «Ce dossier, c’est lui seul qui le gère. C’est lui qui l’a créé, c’est lui qui le gère», a-t-elle affirmé au sujet du président sortant, soulignant que «ce jeune homme n’est pas détenu dans un lieu connu de la justice». Il s’agit d’un cas de «détention arbitraire», qui constituera pour le prochain président, quel qu’il soit, «un dossier à régler le plus rapidement possible», a estimé Me Mbaye. «On est en train de lui léguer un dossier pourri», en raison du tort qu’il a déjà causé à l’image de la Mauritanie, a-t-elle dit.

Dans une lettre ouverte rendue publique vendredi, Reporters sans frontières (RSF) et 11 autres ONG exhortent le président Ould Abdel Aziz à «utiliser les quelques semaines qui lui restent à la tête du pays pour mettre fin à la détention illégale» du blogueur. Autrement, «son bilan après 11 années au pouvoir s’en trouverait fortement assombri», selon les organisations, qui ne mentionnent pas les déclarations du président sortant jeudi soir.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Mauritanie: appels à la libération de deux blogueurs détenus depuis deux mois

mai 22, 2019

 

Amnesty International a appelé mercredi les autorités mauritaniennes à libérer deux jeunes blogueurs proches de l’opposition arrêtés il y a deux mois et poursuivis pour «dénonciation calomnieuse» envers le chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz, alors que l’élection présidentielle se tiendra le 22 juin.

De leur côté, les avocats d’Abderrahmane Ould Wedadi et Cheikh Ould Jiddou, arrêtés le 22 mars et inculpés le 27 mars, ont annoncé la saisie du Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire «afin de faire reconnaître le caractère illégal de leur détention et pour demander leur libération immédiate».

Les deux jeunes blogueurs reprenaient depuis plusieurs mois sur Facebook des informations de la presse étrangère «relatives au potentiel gel d’un compte bancaire par les autorités de Dubaï qui appartiendrait au chef de l’Etat mauritanien», ont rappelé mardi dans un communiqué les avocats, Brahim Ould Ebetty et Henri Thulliez. Le président mauritanien, interrogé le 5 mars par la presse sur cette affaire, avait affirmé qu’il «s’agissait d’une rumeur qui finira par s’estomper». Selon leurs avocats, «surtout les deux blogueurs enquêtaient depuis plusieurs années sur une escroquerie immobilière basée sur le système de Ponzi, touchant plusieurs milliers de familles et qui aurait bénéficié à des proches du président sans que l’auteur principal présumé ne soit jamais inquiété par la justice». La personne visée est un chef religieux, cheikh Ridha al-Saïdi, qui a acheté à crédit à des milliers de Mauritaniens des centaines de maisons, terrains, véhicules et bétail à des prix très supérieurs à leur valeur réelle, pour les revendre ensuite bien en-dessous du prix du marché, mais sans jamais les rembourser. Des associations de créanciers du religieux se sont constituées pour réclamer leur dû, manifestant devant sa concession située dans la banlieue nord de la capitale, sans jusqu’à présent saisir la justice.

Amnesty International a pour sa part appelé dans un communiqué les autorités à «libérer immédiatement et sans condition deux célèbres blogueurs détenus depuis deux mois uniquement pour avoir dénoncé sur Facebook des faits présumés de corruption dans le pays», les appelant à «s’ouvrir aux débats et à la critique». «Le respect et la protection du droit à la liberté d’expression devraient être une de leurs priorités, l’élection présidentielle étant prévue le mois prochain», a souligné l’organisation.

Ancien général arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 2008, élu en 2009 puis réélu en 2014, Mohamed Ould Abdel Aziz ne peut se représenter au terme de son second mandat. Pour lui succéder, le parti au pouvoir a désigné comme candidat un autre ancien général, son compagnon de toujours, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed.

Par Le Figaro.fr avec AFP

En Mauritanie, les femmes violées risquent aussi la détention, dénonce HRW

septembre 5, 2018

Paris – Les femmes et filles victimes de viol en Mauritanie sont encore plus « mises en danger » par la criminalisation dans ce pays des relations sexuelles hors mariage, ou « zina », car elles peuvent être « poursuivies si elles ne parviennent pas à prouver l’absence de consentement », dénonce Human Rights Watch (HRW).

Dans un rapport de 101 pages publié mercredi, l’organisation de défense des droits de l’homme exhorte les autorités mauritaniennes à instaurer un « moratoire immédiat sur les poursuites et la détention des personnes pour +zina+ » et à « libérer sans tarder » celles détenues dans ce cadre.

« Les femmes et filles victimes de viol appréhendent le fait de porter plainte et d’intenter des poursuites judiciaires car, si elles ne parviennent pas à prouver leur absence de consentement, elles peuvent être pénalement poursuivies et détenues », relève HRW.

Celles qui portent plainte « malgré ce risque font souvent face à des policiers et autorités judiciaires qui ne respectent pas leurs droits fondamentaux », déplore l’organisation, qui s’appuie notamment sur une trentaine d’entretiens avec des femmes et filles réalisés à Nouakchott et à Rosso (Sud).

HRW a rencontré cinq femmes et filles « qui ont dénoncé un viol, mais ont pourtant été elles-mêmes poursuivies pour +zina+ après avoir signalé leur agression à la police ». Celles auxquelles le tribunal avait accordé la liberté provisoire avant le procès « ont été obligées de pointer chaque semaine dans un commissariat », fustige HRW.

« Alors que selon la loi mauritanienne, le crime de +zina+ ne s’applique qu’aux +musulmans majeurs+, certains procureurs vont jusqu’à inculper des filles mineures de +zina+, surtout si elles sont enceintes, même si elles expliquent que leur grossesse est due à un viol », dénonce encore HRW.

« Peu de survivantes d’agressions sexuelles osent s’exprimer » en Mauritanie, rappelle HRW, qui a recueilli le témoignage de Mariama. Cette femme a rapporté avoir été « violée par un chauffeur de taxi à l’âge de 20 ans » et n’en a pas parlé à ses parents par peur. « Alors que j’étais enceinte de huit mois, ma mère s’en est rendu compte et m’a demandé comment c’était arrivé. C’est à ce moment là que je lui ai raconté le viol ».

Pris d’une « rage folle », son père l’a alors « amenée au commissariat et a dit aux policiers » que sa fille « devait être enfermée parce qu’elle avait couché avec un homme, et qu’il ne la voulait plus chez lui », rapporte HRW.

L’ONG rapporte aussi le calvaire de Rouhiya, qui dit avoir fui à 15 ans en juillet 2016 son père « qui abusait d’elle sexuellement » – et dont elle était enceinte – « pour chercher refuge chez un homme de 23 ans qui lui avait promis de l’épouser ». Peu après, a-t-elle rapporté, cet homme l’a « enfermée, droguée et violée collectivement avec trois autres hommes ».

La police l’a retrouvée au bout de deux semaines. Dans sa déclaration aux policiers, Rouhiya a révélé qu’elle connaissait un de ses agresseurs. Les policiers l’ont alors arrêtée et envoyée à la prison nationale pour femmes en l’accusant d’avoir eu des relations sexuelles hors mariage, selon HRW. Rouhiya a depuis été libérée grâce à une ONG et vit dans un foyer.

HRW pointe du doigt les « obstacles institutionnels, juridiques et sociaux que rencontrent les survivantes lorsqu’elles veulent rapporter à la police des incidents d’agressions sexuelles, amener les coupables devant la justice et obtenir un soutien médical et psychosocial ».

Si l’ONG relève des « avancées » ces dernières années concernant la protection juridique des femmes, elle estime que la loi mauritanienne « ne définit et ne pénalise pas convenablement les violences sexuelles ».

Romandie.com avec(©AFP / 05 septembre 2018 13h07

La Mauritanie aux urnes pour des élections tests avant la présidentielle

septembre 1, 2018

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz arrivant à un sommet de l’Union africaine à Nouakchott le 2 juillet 2018 / © POOL/AFP/Archives / Ludovic MARIN

Les Mauritaniens ont commencé à se rendre aux urnes samedi pour des élections législatives, régionales et locales qui constituent un test pour le régime du président Mohamed Ould Abdel Aziz, à moins d’un an de la présidentielle de la mi-2019.

Après le vote anticipé des militaires vendredi, les bureaux ont ouvert à 07H00 (GMT et locale).

Les bureaux doivent rester ouvert jusqu’à 19H00 à travers ce vaste pays aride d’Afrique de l’Ouest, engagé aux côtés de ses alliés régionaux et de la communauté internationale dans la lutte contre le jihadisme au Sahel. Les premiers résultats sont attendus en début de semaine prochaine.

Contrairement aux précédentes législatives de 2013, l’opposition a cette fois décidé d’y participer, y compris dans ses composantes dites « radicales », ce qui porte au nombre record de 98 les partis politiques en lice à ce premier tour. En cas de second tour, celui-ci se tiendra le 15 septembre.

A Tevregh Zeina, un quartier résidentiel de la capitale Nouakchott, les premiers électeurs étaient peu nombreux, a constaté un journaliste de l’AFP.

« J’ai voté pour des personnes que je soutiens de différents partis, dont certains de la majorité et d’autres de l’opposition », a expliqué à l’AFP Fatimatou, une jeune électrice, après avoir déposé ses bulletins dans cinq urnes réservées aux différents niveaux de pouvoir concernés. « J’ai un peu peiné », a-t-elle ajouté, en expliquant avoir mis « huit minutes » pour remplir son devoir civique.

Alors qu’opposants et ONG dénoncent régulièrement des atteintes aux droits de l’homme, la campagne électorale s’était achevée jeudi soir sur des échanges acerbes entre le pouvoir et l’opposition.

L’opposant historique mauritanien Ahmed Ould Daddah lors d’une conférence de presse le 3 mai 2012 à Nouakchott / © AFP / Mohamed Ould Elhadj

– Démocratie « assassinée » –

Le président Mohamed Ould Abdel Aziz a affirmé que le pays était « en danger » à cause d’une opposition divisée entre, selon lui, « islamistes dangereux, extrémistes racistes et des résidus d’anciens régimes ayant mis le pays à genoux ».

« Nous devons les tenir loin des affaires par un vote massif pour l’UPR », le parti présidentiel, a-t-il lancé à ses partisans. Les islamistes « n’attendent que leur échec politique pour prendre les armes », avait-il déjà déclaré mercredi.

« C’est M. Aziz qui a pris les armes contre un régime élu et assassiné la démocratie », a rétorqué un responsable du parti islamiste Tewassoul, Jemil Ould Mensour.

M. Aziz, un ancien général, est arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 2008, avant d’être élu en 2009 et réélu en 2014.

Un autre responsable de l’opposition, Mohamed Ould Moloud, a affirmé que le « régime » était « aux abois » et l’a accusé « de s’acheminer vers une fraude massive ».

La Mauritanie aux urnes pour les élections législatives / © AFP / Mohamed Vall Ahmed

Ces élections constituent un test à moins d’un an de la présidentielle de mi-2019. Bien qu’il se soit engagé à maintes reprises à ne pas tenter de modifier la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels, le chef de l’Etat n’est pas parvenu à apaiser les soupçons de l’opposition, alimentés par les déclarations publiques de ses ministres et de ses partisans.

– « Intimidations et harcèlement » –

Amnesty International a fustigé récemment les « arrestations et détentions » de deux opposants et militants antiesclavagistes, estimant qu’il s’agissait des « pires signaux d’intimidation, de harcèlement et de répression par les autorités mauritaniennes des voix dissidentes » à l’approche de ces élections.

Pour convaincre, l’UPR, large vainqueur des législatives de 2013 boycottées par la quasi-totalité de l’opposition radicale, met en avant la révision de la Constitution de 2017 qui a aboli le Sénat et donné au pays un nouvel hymne et un nouveau drapeau évoquant le « sacrifice des martyrs » de la résistance à la colonisation française, qui s’est achevée en 1960.

Sur le plan économique, le pouvoir insiste sur une croissance retrouvée, « de 3% en 2017 », et sur « un indice de pauvreté à 31%, contre plus de 40% en 2008 », dans un pays d’un peu moins de quatre millions d’habitants dont le taux d’alphabétisation reste faible.

L’opposition quant à elle dénonce une forte baisse du pouvoir d’achat et des indices de développement classant la Mauritanie « au bas de l’échelle à tous les niveaux ».

Sur le plan international, Nouakchott, qui a accueilli en juillet un sommet de l’Union africaine, a récemment réchauffé ses relations diplomatiques avec le Maroc, longtemps mises à mal par la question du Sahara occidental, et signé avec le Sénégal des accords sur la pêche et le gaz.

Romandie.com avec(©AFP / (01 septembre 2018 12h54)

Mauritanie: un opposant au régime visé par une plainte en France

juillet 11, 2018

Paris – Des associations ont déposé une plainte à Paris pour des soupçons de blanchiment en France visant un homme d’affaires mauritanien et opposant au régime de Nouakchott qui l’accuse de corruption, ont-elles annoncé mercredi dans un communiqué.

Homme d’affaires et mécène franco-mauritanien, Mohamed Ould Bouamatou est accusé par le régime du président Mohamed Ould Abdel Aziz d’avoir financé en 2017 un groupe de sénateurs qui a mené une fronde contre le référendum constitutionnel ayant mené à la suppression du Sénat.

Il est sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par les autorités mauritaniennes après avoir été inculpé pour corruption dans ce pays en août 2017.

Les associations plaignantes – l’ONG Avocats sans frontières, l’Observatoire mauritanien de lutte contre la corruption et la Coalition contre la corruption en Mauritanie – suspectent que des « opérations d’investissements mobiliers et immobiliers » réalisés en France par M. Bouamatou sont « susceptibles de caractériser des opérations de blanchiment et de recel », compte tenu de « l’existence de sérieuses présomptions de corruption, fraude fiscale et d’abus de biens sociaux », selon cette plainte dont l’AFP a eu connaissance.

La plainte déposée le 29 juin par les avocats Sébastien Journé, Gilles-William Goldnadel et Mohamed Ould Sid Ahmed, s’appuie notamment sur des données recueillies par les autorités mauritaniennes à partir d’ordinateurs, téléphones et documents abandonnés par un des plus proches collaborateurs de M. Bouamatou, Mohamed Debagh, lors de son interpellation à la frontière avec le Sénégal le 25 avril 2017.

Mohamed Ould Bouamatou, fondateur du groupe BSA et de la banque GBM, est depuis plusieurs années en rupture avec le dirigeant mauritanien – son cousin – qu’il avait soutenu durant sa campagne présidentielle de 2009. Il a quitté la Mauritanie en 2011 et vivrait désormais en France, selon la plainte.

« La dureté des conclusions du groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, s’agissant de l’enquête pour corruption en Mauritanie visant notamment M. Bouamatou, disqualifie totalement toutes les investigations menées dans ce pays », a réagi auprès de l’AFP son avocat William Bourdon.

En avril, le groupe onusien avait demandé à la Mauritanie de « prendre les mesures qui s’imposent pour remédier sans tarder à la situation » de Mohamed Ould Ghadde, meneur de la fronde au Sénat, dont elle qualifie la détention d' »arbitraire ».

« Qu’un avocat du barreau de Paris, en utilisant l’ONG Avocats sans frontières, qui n’est que son instrument, agisse comme un pur lobbyste au service d’un État étranger est ahurissant », a estimé Me Bourdon.

« Personne n’instrumentalise plus une ONG que ce qu’il fait avec Sherpa », l’association anticorruption que préside William Bourdon, lui a répondu Me Goldnadel.

« Cette plainte fera évidemment long feu et ses inspirateurs devront s’expliquer dans le cadre de l’enquête ouverte à la suite de la plainte que j’ai déposée pour +violation du secret des correspondances+ », a ajouté Me Bourdon.

Romandie.com avec(©AFP / 11 juillet 2018 18h04)                                                        

Macron en Mauritanie où l’UA a achevé un sommet assombri par des attaques au Sahel

juillet 2, 2018

Le président français Emmanuel Macron s’est entretenu lundi à Nouakchott avec les dirigeants de la force conjointe du G5 Sahel, en marge du sommet de l’Union africaine (UA) qui s’est achevé le même jour, assombri par des attaques jihadistes dans des pays du Sahel.

« Notre souhait est d’éradiquer dans toute la région le terrorisme » par « la coordination sécuritaire » entre la force conjointe des pays du G5 Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad, Mauritanie), l’opération française Barkhane et la mission de l’ONU au Mali, la Minusma, a déclaré M. Macron.

Ces entretiens ont eu lieu après plusieurs attaques meurtrières, qui ont de nouveau frappé le Mali et le Niger depuis vendredi faisant 25 victimes.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, qui avait promis samedi de « traquer les terroristes jusque dans leurs derniers retranchements », a déclaré lundi sur France 24 que les « forces armées (maliennes) ont repris du poil de la bête ».

« Nous n’allons pas laisser le Mali aller à vau-l’eau (…). Face à la menace jihadiste, si la barrière du Sahel devait céder, les rives de la Méditerranée seraient débordées », a-t-il dit.

Le président français Emmanuel Macron s’exprime devant ses homologues du G5 Sahel le 2 juillet 2018 à Nouakchott. / © POOL/AFP / Ludovic MARIN

Ce combat est « militaire sur le court terme » mais « à long terme c’est le développement économique et social qui est essentiel car c’est sur le terreau de la pauvreté que se développe le terrorisme », a ajouté Mahamadou Issoufou, le président du Niger.

Le mini-sommet de la force conjointe du G5 Sahel s’est tenu dans le nouveau collège de défense du G5 Sahel, situé aux portes de Nouakchott.

« C’est la première fois au monde que des pays mettent en commun leurs responsabilités régaliennes de formation de leur élite militaire », a souligné le colonel Charles Michel, qui représente l’armée française.

– « Ne pas baisser les armes » –

Des badauds devant une attaque contre des soldats français revendiquée par des jihadistes, à Gao, dans le nord-ouest du Mali, le 1er juillet 2018.n / © AFP / STRINGER

« Ce sont des attaques qui ne doivent pas nous faire baisser les armes », a déclaré dimanche à l’AFP Mouhamadou Issoufou, qui préside le G5 Sahel.

M. Macron, qui devait se rendre mardi au Nigeria, s’est entretenu avec ses homologues du G5 Sahel de la lente montée en puissance de la force conjointe mise en place pour lutter contre les jihadistes et appelée à terme à prendre le relais de la force française Barkhane déployée notamment dans le nord du Mali.

La France soutient ce projet, y voyant un possible modèle de prise en main par les Etats africains de leur propre sécurité.

Mais sa mise en oeuvre est pour l’instant marquée par les problèmes de financement et les accusations de violations des droits de l’homme par des soldats de la force conjointe.

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz (c) et le président du Rwanda (d), Paul Kagame assistent avec des délégués àà une session de travail lors du sommet de l’Union africaine, le 1er juillet 2018 à Nouakchott / © AFP / Ahmed OULD MOHAMED OULD ELHADJ

Avant l’ouverture du sommet dimanche, le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a appelé à plus d’efficacité dans la lutte antijihadiste: « Il y a encore énormément de failles » dans la sécurité qui doivent être « corrigées ».

– Zlec et francophonie –

Parallèlement aux questions de sécurité liées aux crises sur le continent, dont celles en RDCongo, au Sahara occidental, à la guerre civile au Soudan du Sud, les dirigeants de l’UA ont discuté de la zone de libre-échange continentale (Zlec) qui pourrait représenter un marché de plus de 1,2 milliard de personnes.

44 pays sur 55 avaient signé en mars à Kigali l’accord sur la Zlec. Cinq nouveaux pays ont signé dimanche: l’Afrique du Sud, la Sierra Leone, la Namibie, le Lesotho et le Burundi. Six pays ont ratifié l’accord, qui entrera en vigueur quand 22 l’auront fait.

Le président rwandais Paul Kagame, président en exercice de l’Union africaine, le 26 juin 2018 à Nairobi / © AFP / SIMON MAINA

« C’est un progrès significatif. Il faut relever des progrès notables vers l’Afrique que nous appelons de nos voeux », a déclaré le président exercice de l’UA, Paul Kagamé, à l’issue du sommet.

En outre, les dirigeants de l’UA ont officiellement décidé de soutenir la candidature du Rwanda pour diriger la Francophonie.

« Nous avons adopté la candidature (….) de Louise Mushikiwabo (chef de la diplomatie rwandaise) au poste de secrétaire général » de la Francophonie », a déclaré le président namibien, Hage Geingob.

La Francophonie s’était invitée à ce sommet avec la candidature du Rwanda pour diriger l’organisation, après quatre ans de mandat de la Canadienne Michaëlle Jean, candidate à sa propre succession en octobre.

Les dirigeants africains veulent également mieux « coordonner » avec l’Europe au sujet des migrants, a déclaré le président de la commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, faisant allusion à la mise en place d’un Observatoire sur la migration basé à Rabat, décidée par le sommet.

Romandie.com avec(©AFP / 02 juillet 2018 23h29)

Macron en Mauritanie où l’UA poursuit un sommet assombri par des attaques au Sahel

juillet 2, 2018

Photo de famille des dirigeants africains lors du 31e sommet de l’Union africaine, le 1er juillet à Nouakchott, en Mauritanien / © AFP / Ahmed OULD MOHAMED OULD ELHADJ

Le président français Emmanuel Macron est arrivé lundi à Nouakchott où les dirigeants africains poursuivent leurs réunions au dernier jour du sommet de l’Union africaine (UA) dans une atmosphère assombrie par une multiplication des attaques jihadistes dans des pays du Sahel.

Le président Macron a atterri lundi après-midi dans la capitale mauritanienne. « Nous avons une pensée pour nos amis maliens suite aux attaques lâches et odieuses » à Gao (nord) et Sévaré (centre). « Plusieurs soldats français ont été blessés et sont en cours d’évacuation. Ce sont les civils maliens qui sont les premières victimes », a-t-il déclaré.

En marge du sommet de l’UA, M. Macron doit s’entretenir avec les dirigeants des pays du G5 Sahel (Mauritanie, Niger, Burkina, Tchad, Mali), alors que plusieurs attaques meurtrières ont de nouveau frappé le Mali et le Niger depuis vendredi.

Dix soldats nigériens ont été tués et quatre sont portés disparus dans une attaque attribuée au groupe islamiste nigérian Boko Haram dans le sud-est du Niger.

Quelques heures plus tôt, au Mali voisin, des soldats français de l’opération Barkhane ont été visés par une opération « terroriste » à Gao (nord), qui a fait quatre morts et une vingtaine de blessés civils, selon les autorités maliennes. L’armée française a fait état à Paris de quatre blessés dans ses rangs. Un autre attentat perpétré vendredi au Mali contre le QG de la force antijihadiste du G5 Sahel avait fait trois morts, dont deux militaires de cette force.

– « Ne pas baisser les armes  » –

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz (c) et le président du Rwanda (d), Paul Kagame assistent avec des délégués àà une session de travail lors du sommet de l’Union africaine, le 1er juillet 2018 à Nouakchott / © AFP / Ahmed OULD MOHAMED OULD ELHADJ

« Ce sont des attaques qui ne doivent pas nous faire baisser les armes », a déclaré dimanche à l’AFP le président du Niger, Mouhamadou Issoufou, qui préside le G5 Sahel.

M. Macron doit s’entretenir avec ses homologues du G5 Sahel de la lente montée en puissance de la force conjointe mise en place par cette organisation régionale pour lutter contre les jihadistes.

La France soutient ce projet, y voyant un possible modèle de prise en main par les Etats africains de leur propre sécurité.

Mais sa mise en oeuvre est pour l’instant marquée par les problèmes de financement et les accusations de violations des droits de l’homme par des soldats de la force conjointe.

Avant l’ouverture du sommet dimanche, le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, a appelé à plus d’efficacité dans la lutte antijihadiste. « Il y a encore énormément de failles » dans la sécurité qui doivent être « corrigées ».

Des badauds devant une attaque contre des soldats français revendiquée par des jihadistes, à Gao, dans le nord-ouest du Mali, le 1er juillet 2018.n / © AFP / STRINGER

– « La Zlec, grand pas pour l’Afrique » –

Parallèlement aux questions de sécurité liées aux crises sur le continent, dont celles en République démocratique du Congo, au Sahara occidental, à la guerre civile au Soudan du Sud, les dirigeants africains parlent de la zone de libre-échange continentale (Zlec).

La création d’une Zlec pourrait représenter un marché de plus de 1,2 milliard de personnes.

44 pays sur 55 avaient en mars à Kigali signé l’accord. « Cinq nouveaux pays ont signé hier » dimanche: l’Afrique du Sud, la Sierra Leone, la Namibie, le Lesotho et le Burundi.

En plus des quatre pays qui ont déjà ratifié l’accord sur la Zlec (Ghana, Kenya, Rwanda et Niger), deux autres ont déposé leurs instruments de ratification auprès de l’UA, le Tchad et Eswatini (ex-Swaziland). Vingt-deux ratifications sont nécessaires pour l’entrée en vigueur de la Zlec.

Mali / © AFP / AFP

« C’est un grand pas pour l’Afrique, vers l’intégration du continent, le développement économique et social. La Zlec va unifier le marché africain qui est actuellement un marché fragmenté », a souligné dimanche auprès de l’AFP le président du Niger.

– Francophonie-

La Francophonie s’est invitée à ce sommet avec la candidature du Rwanda pour diriger l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), après quatre ans de mandat de la Canadienne Michaëlle Jean, candidate à sa propre succession en octobre.

Avant l’ouverture, le président du Rwanda Paul Kagame avait fait savoir qu’il tenterait de s’assurer du soutien de ses pairs à la candidature de sa ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo.

Paris appuie cette démarche, qui permettrait de ramener la direction de l’OIF en Afrique.

« Nous allons nous aligner sur la position de l’Union africaine », a déclaré à l’AFP un responsable d’une délégation ouest-africaine.

En plus de la lutte contre la corruption, thème principal du sommet, la réforme institutionnelle de l’UA, qui vise notamment à garantir son autonomie financière, est également au menu des chefs d’Etat.

Romandie.com avec(©AFP / 02 juillet 2018 16h18)

Mohammed VI, Lourenço, Sissi… les grands absents de l’Union africaine

juin 30, 2018

Les chefs d’État africains lors du 30ème sommet de l’Union africaine (UA) les 28 et 29 janvier 2018 à Addis-Abeba. © Mulugeta Ayene/AP/SIPA

Les dirigeants du continent se réunissent ce dimanche à Nouakchott pour un sommet consacré à la lutte contre la corruption.

Alors que s’ouvrira officiellement le 1er juillet le 31e sommet de l’Union africaine (UA) à Nouakchott, les autorités mauritaniennes confient attendre une trentaine de chefs d’État. Le sommet de la Ligue arabe, organisé dans cette même capitale en juillet 2016, n’avait attiré que six présidents sur les vingt-deux attendus…

Plusieurs d’entre eux ne feront pas le déplacement jusqu’au Palais des congrès Al Mourabitoune, flambant neuf, dont les couloirs semblent encore un peu endormis. Parmi les grands absents, Mohammed VI, qui avait pourtant donné son accord de principe. Présent au sommet de janvier 2016, qui marquait le retour du Maroc au sein de l’UA, le roi s’était fait représenter en janvier à Addis-Abeba par le chef du gouvernement, Saâdeddine El Othmani.

Cette fois, la délégation marocaine sera conduite par le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, dont la réaction sera très attendue après la remise du rapport du président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, sur le Sahara occidental. Cette délégation ne croisera donc pas Cyril Ramaphosa, à la tête de l’Afrique du Sud depuis février, qui a rencontré le 6 juin le président de la République arabe sahraouie démocratique (Rasd). Arrivé dans la matinée du 30 juin, il assistera à son tout premier sommet.

João Lourenço au Parlement européen

Nouveau venu parmi les chefs d’État africains, João Lourenço n’assistera pas non plus au sommet. L’Angolais, qui doit se rendre au Parlement européen, à Strasbourg, le 3 juillet, a missionné son ministre des Affaires étrangères, Manuel Domingos Augusto. Tout comme son homologue ivoirien Alassane Dramane Ouattara, qui dépêchera son vice-président Daniel Kablan Duncan, et le Béninois Patrice Talon, qui devrait être représenté par son ministre des Affaires étrangères, Aurélien Agbénonci.

Enfin, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, qui s’était exprimé lors de la réunion extraordinaire du Conseil paix et sécurité, en janvier, sera également absent. L’Égyptien devrait pourtant prendre, en janvier, la présidence tournante de l’organisation panafricaine.

Reste que plusieurs de leurs homologues sont déjà arrivés à Nouakchott, où le calme habituel de la fin de semaine commence à être troublé par les sirènes. Arrivé dès le 29 juin, le président en exercice de l’UA, le Rwandais Paul Kagame, a été accueilli à l’aéroport par son hôte mauritanien, Mohamed Ould Abdelaziz.

Denis Sassou Nguesso et Muhammadu Buhari attendus

Le Sénégalais Macky Sall a rejoint Nouakchott le 29 juin, précédant son homologie nigérien Mahamadou Issoufou. Ce dernier est arrivé en Mauritanie dans la matinée du 30 juin, obligeant son ministre des Affaires étrangères, Kalla Ankouraou, en fonction depuis avril, à quitter une réunion sur le Sahel en marge du sommet afin d’aller l’accueillir. Issoufou doit être rejoint par ses pairs membres du G5 Sahel, Ibrahim Boubacar Keïta (Mali), Idriss Déby Itno (Tchad) et Roch Marc Christian Kaboré (Burkina), puisqu’ils se réuniront avec Emmanuel Macron le 2 juillet, deux jours après l’attaque du QG de cette force conjointe à Sévaré.

Sont par ailleurs attendus le Congolais Denis Sassou Nguesso, qui présentera un rapport sur la Libye dimanche, le Nigérian Muhammadu Buhari, en charge du suivi de la lutte contre la corruption – le thème du sommet cette année -, ainsi que le Togolais Faure Gnassingbé, actuellement à Abidjan. Tous seront reçus par Mohamed Ould Abdelaziz à l’occasion d’un dîner organisé ce samedi au Palais présidentiel.

Jeuneafrique.com  par – Envoyée spéciale à Nouakchott

Mauritanie: des opposants condamnés avec sursis après une marche avec l’ex-drapeau national

décembre 21, 2017

Nouakchott – Cinq opposants mauritaniens ont été condamnés jeudi à trois mois de prison avec sursis après avoir participé la semaine dernière à une marche pendant laquelle avait été brandi l’ancien drapeau national, a-t-on appris de source judiciaire.

Une autre source judiciaire avait fait état dans un premier temps de sept prévenus, cinq adultes placés en détention à la suite de cette marche et deux mineurs sous contrôle judiciaire. Mais les deux mineurs n’ont pas comparu, le ministère public ayant renoncé à les poursuivre, a précisé à l’AFP une source proche du parquet.

Ces opposants avaient été arrêtés le 16 décembre lors d’une marche dans la capitale organisée par le « G8 », une coalition de partis, organisations et syndicats, formée pour s’opposer à la révision constitutionnelle, finalement adoptée lors d’un référendum controversé le 5 août.

Les prévenus ont comparu jeudi en « flagrant délit » devant un tribunal correctionnel de Nouakchott pour « violence contre la force publique », mais cette juridiction a requalifié le chef d’accusation en « incitation à la rébellion », a indiqué à l’AFP la source judiciaire.

« Les cinq ont été condamnés à trois mois de prison avec sursis et ont déjà été remis en liberté dans la soirée », a affirmé cette source.

Le parquet avait requis trois mois de prison ferme pour « violence contre la force publique ».

« C’est inadmissible, la cour n’avait pas le droit de recourir à cette requalification pour trouver un motif de condamnation qui n’existe pas, dans un dossier vide et purement politique », s’est insurgé l’un des avocats de la défense, Mohamed Mahmoud Ould Lemmatt.

« Le régime veut faire peur aux opposants, il n’y parviendra pas » a-t-il déclaré.

Amnesty International avait appelé mercredi à l’abandon des poursuites, affirmant qu’il s’agissait d’une « marche pacifique » et que « les activistes avaient été arrêtés pour avoir brandi l’ancien drapeau national du pays au cours de la marche ».

« Cette infraction ne figurant pas dans les textes de loi du pays, le procureur a finalement retenu contre eux le motif d’utilisation de la violence sur des forces de sécurité », selon l’organisation de défense des droits de l’Homme.

La Mauritanie a inauguré le 28 novembre lors de la fête nationale son nouveau drapeau et son nouvel hymne.

Aux motifs de l’ancien drapeau, le nouveau ajoute deux bandes rouges symbolisant le sang des « martyrs » de la résistance à la colonisation française.

Ces changements symboliques, approuvés lors du référendum, ont été définitivement adoptés en novembre par l’Assemblée nationale.

L’opposition dite radicale, qui avait boycotté le référendum, a dénoncé une « profanation » de la fête nationale, qualifiant le nouveau drapeau d' »enfant illégitime du viol de la Constitution ».

L’opposition radicale a condamné le « passage en force » du président Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a soumis à référendum la révision constitutionnelle, malgré son rejet par la voie parlementaire après son échec au Sénat, où le pouvoir était pourtant majoritaire.

Le président mauritanien a accusé de « trahison » les sénateurs opposés à cette révision, qui a notamment abouti à la suppression du Sénat.

L’un des meneurs de la fronde au Sénat, Mohamed Ould Ghadda, a été arrêté et inculpé de « corruption » en août, tandis que douze autres ex-sénateurs, quatre journalistes et deux syndicalistes ont été placés sous contrôle judiciaire dans ce dossier.

Romandie.com avec(©AFP / 21 décembre 2017 21h54)

Esclavage en Mauritanie: Biran Dah Abeid répond à Mohamed Abdelaziz

décembre 6, 2017

Dans un quartier de Nouakchott, en Mauritanie, en 2006. © SCHALK VAN ZUYDAM/AP/SIPA

C’est « par dépit » que ceux qui « ne sont plus aux commandes » de la Mauritanie « veulent réveiller la question de l’esclavage », affirmait début décembre le président Mohamed Ould Abdelaziz. Nommément visé, l’activiste mauritanien Biram Dah Abeid lui répond.

Le 2 décembre, devant la presse, dans la ville de Tichit, aux confins du désert, le président mauritanien s’en prenait aux activistes de la lutte contre l’esclavage et ses séquelles, non sans désigner ma modeste personne. D’après lui, nous serions des affabulateurs en mal de salaire, mus par la seule motivation du ventre. Plutôt que de prolonger une vieille polémique avec les pouvoirs mauritaniens et leur inclination au déni, je préfère retenir du propos de Mohamed Ould Abdelaziz une phrase révélatrice de la fidélité de l’homme aux intérêts historiques de son groupe, le monde des maîtres : « Nous agissons avec l’esclavage comme pour le vol ou le terrorisme : nous avons des textes pour combattre ces délits et ces crimes, mais ils continuent à être commis et nous améliorons nos lois en conséquence chaque fois que nous le pouvons. »

À quel bouc-émissaire devrait-on imputer la persistance de l’esclavage chez nous ?

Faut-il rappeler à l’auteur de ces mots qu’en vertu de la législation de notre pays, l’esclavage relève d’une catégorie imprescriptible : le « crime contre l’humanité » ? Ainsi cette tentative de relativisation comparée marque-t-elle le désir de banaliser l’héritage de siècles d’oppression par une ethnie, sous couvert de religion.

Au demeurant, sur la récente vente de migrants dans une pétaudière du Maghreb, Ould Abdelaziz recourt à l’inversion habituelle de culpabilité : « Il n’y a plus d’État en Libye par la faute de l’Occident, qui a bombardé le pays et contribué à l’assassinat de son président. »

En admettant un instant ce raccourci commode, à quel bouc-émissaire devrait-on imputer la persistance de l’esclavage chez nous ? Au complot sioniste ? À la colonisation française ? Aux francs-maçons ? Aux Illuminati? Ou à l’éternel impérialisme ?

Non, hélas ! Les noirs mauritaniens, depuis des temps immémoriaux, naissaient et mourraient sans rien connaître de la vie si ce n’est la condition de serviteur docile, vendable, et corvéable à merci. Au moins le président mauritanien ne congédie-t-il pas cet aspect incontesté de notre mémoire, ce dont je lui reconnais le mérite.

Le sort des descendants d’esclaves

Les fils et petits-fils d’esclaves endurent des discriminations et des inégalités que seule leur naissance peut expliquer

Au détour d’une autre citation, Mohamed Ould Abdelaziz identifie le sort des descendants d’esclaves à celui des Africains-Américains, non sans les qualifier au passage de « minorité ». Le choix du terme justifie le reste du propos.

Là encore, le chef de l’État lance un message aux siens : la communauté arabo-berbère, au sein de laquelle fleurissent pourtant des attitudes de solidarité admirable avec les victimes du racisme et de l’exclusion. Il leur adresse un avertissement autant qu’il les incite à faire corps autour de lui.

La légèreté de l’assertion trouve pourtant, dans l’animation de nos rues, un démenti sans appel. L’observateur, même distrait, sait combien la démographie de la Mauritanie consacre une majorité – exponentielle – de noirs. Et pourtant, leur concours à l’exercice du pouvoir, leur participation à l’économie globale, à la banque, à la fonction publique, au commandement des forces armées et de sécurité ou encore au magistère religieux n’atteint même pas 5%.

 Discriminations et inégalités persistantes

Peu importe le refus des juges de traiter les dizaines de cas d’esclavage en instance d’instruction ou d’anéantir les plaintes d’un revers de non-lieu ! Les fils et petits-fils d’esclaves endurent des discriminations et des inégalités que seule leur naissance peut expliquer. Cette différence de destin justifie notre acharnement à lutter.

Au lieu de s’emmurer dans un repli défensif, devant une cause fatalement désignée à la victoire, Mohamed Ould Abdelaziz devrait nous tendre la main pour, ensemble, reconstruire la Mauritanie, trait d’union entre les « deux Afrique », sur des bases saines.

Pour l’heure, favorisé par ses propres atermoiements et son laxisme, l’extrémisme religieux menace de transformer le pays en base arrière du jihad sahélo-saharien. Bientôt, au terme de deux mandats caractérisés par l’imprudence et le risque, notre président, fourbu, aura besoin de consensus, et non de rallonger la liste déjà longue de ses adversaires.

Jeuneafrique.compar Biram Dah AbeidBiram, militant anti-esclavagiste mauritanien, fondateur de IRA Mauritanie (Initiative de résurgence pour le mouvement abolitionniste).