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Éthiopie: arrestation d’une figure historique de l’opposition

décembre 1, 2016

Addis Abeba – Le président du Congrès Fédéral Oromo (OFC) et figure historique de l’opposition éthiopienne, Merera Gudina, a été arrêté mercredi, a indiqué sa formation politique, à son retour d’un voyage au cours duquel il avait évoqué devant le parlement européen l’état d’urgence imposé dans son pays.

Ce professeur d’université de 60 ans a été interpellé à son domicile d’Addis Abeba avec trois personnes de son entourage qui lui rendaient visite et se trouve en détention dans un lieu inconnu, a indiqué jeudi à l’AFP Beyene Petros, le président de Medrek, la principale plateforme d’opposition éthiopienne, dont l’OFC est une composante.

C’est la première fois que (les autorités) s’en prennent au plus haut niveau de l’organisation. J’ai du mal à comprendre. Merera a toujours agi pacifiquement et selon les règles, a ajouté M. Petros.

M. Gudina avait vivement critiqué la répression de l’actuelle contestation anti-gouvernementale, sans précédent depuis 25 ans en Ethiopie et qui a déjà fait plusieurs centaines de morts, selon les organisations de défense des droits de l’Homme.

Plus tôt ce mois-ci, il s’était exprimé devant le parlement européen à Bruxelles aux côtés du marathonien médaillé d’argent aux Jeux de Rio, Feyisa Lilesa, qui avait reproduit en passant la ligne d’arrivée le signe de protestation des Oromo: les bras croisés au-dessus de sa tête, comme s’ils étaient ligotés. M. Lilesa vit depuis en exil.

Il avait également rencontré à Bruxelles Berhanu Nega, un activiste de l’opposition condamné par contumace à la peine capitale en Ethiopie.

Emprisonné pendant plusieurs années sous la dictature communiste de Mengistu, M. Gudina croisait volontiers le fer avec les dirigeants éthiopiens sur les plateaux des télévisions étrangères, mais n’avait jamais été inquiété par le régime actuel.

Il attribuait sa liberté de parole à un rôle de caution d’opposition face à la domination sans partage du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF), au pouvoir depuis 25 ans.

Depuis l’état d’urgence décrété le 9 octobre, les autorités éthiopiennes procèdent à des arrestations massives, avec 11.607 personnes détenues dans les régions Oromo, Amhara et dans la capitale Addis Abeba, principaux foyers de contestation anti-gouvernementale, selon des chiffres officiels datant du 12 novembre.

Parmi les personnes interpellées figurent des dirigeants de petits partis d’opposition, dont Molla Wase, représentant de l’ethnie Agaw, des journalistes et au moins deux blogueurs du Collectif Zone 9, lesquels avaient déjà été emprisonnés pendant 539 jours au titre de la loi antiterroriste éthiopienne avant d’être libérés en octobre 2015.

L’un de ces blogueurs, Befekadu Hailu, est toujours en detention.

Les autorités éthiopiennes avaient indiqué le mois dernier avoir libéré au moins 2.000 personnes arrêtées pour avoir participé à des manifestations anti-gouvernementales, et ce après les avoir fait suivre un programme de rééducation et de conseils.

Romandie.com avec(©AFP / 01 décembre 2016 14h49)

Éthiopie: Le pouvoir réprime dans le sang les manifestations du week-end

août 8, 2016

Le gouvernement éthiopien a réprimé dans le sang les manifestations antigouvernementales du week-end, les forces de sécurité tuant plusieurs dizaines de personnes dans les régions Oromo (centre et ouest) et Amhara (nord). Amnesty International évoque près de 100 tués.

L’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty International a fait état lundi de près de 100 morts et plusieurs centaines de blessés. Amnesty accuse les forces de sécurité d’avoir tiré à balles réelles sur des « manifestants pacifiques ».

Pour Merera Gudina, figure de l’opposition éthiopienne et président du Congrès du Peuple Oromo, « entre 48 et 50 manifestants ont été tués dans la région Oromo ». « Ce bilan pourrait être beaucoup plus élevé, car il y a de nombreux blessés » par balle, a-t-il ajouté.

Une source diplomatique en poste à Addis Abeba a pour sa part rapporté un bilan provisoire de 49 morts pour les deux régions, Oromo et Amhara. Selon cette source, au moins 22 personnes ont été tuées dans la région Oromo, dont 15 dans la seule localité de Nekempte.

Le gouvernement éthiopien n’a pour le moment divulgué aucun bilan. Vendredi, le Premier ministre éthiopien Haile Mariam Dessalegn avait annoncé l’interdiction des manifestations « qui menacent l’unité du pays ». Il avait autorisé la police à utiliser tous les moyens nécessaires pour les empêcher.

Règne sans partage
Ces manifestations, aux motivations conjoncturelles différentes, ont en commun la critique croissante d’un appareil d’Etat essentiellement aux mains de responsables issus de la région du Tigré (nord). Ces derniers, à la tête du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), avaient chassé du pouvoir le dictateur Mengistu Haile Mariam en 1991.

Ils forment depuis l’ossature de la coalition qui règne sans partage sur le pays. Depuis la fin 2015, la région Oromo, qui englobe la capitale Addis Abeba, est le théâtre de manifestations sporadiques, violemment réprimées par les autorités.

Les manifestations dans la région Amhara ont débuté ces dernières semaines, mais ont très rapidement mobilisé beaucoup de monde. Dans les deux cas, le pouvoir a régulièrement accusé des forces étrangères, Erythrée en tête, et des « groupes terroristes », d’être à l’origine de ces mouvements de protestation.

Réseaux internet bloqué
Samedi, de nouvelles manifestations se sont déroulées dans la région Oromo, y compris dans la capitale Addis Abeba habituellement épargnée. Et dimanche, ce fut au tour de la région Amhara. Ensemble, les deux régions abritent un peu plus de 60% de la population éthiopienne qui compte près de 100 millions d’habitants.

Les autorités éthiopiennes ont bloqué samedi le réseau internet dans l’ensemble du pays ainsi qu’une partie des réseaux téléphoniques. Le réseau internet était de nouveau accessible lundi matin dans la capitale.

Violemment dispersés
A Addis Abeba, environ 500 manifestants oromo s’étaient rassemblés samedi matin sur Meskel Square, la place centrale de la capitale, les mains croisées au-dessus de la tête en signe de défiance. Ils ont été violemment dispersés, et pour certains arrêtés et embarqués dans des pick-up de la police.

Ailleurs dans la région, la répression a été plus sanglante. Dans la localité de Nekempte, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur la foule.

Le lendemain, elles ont usé de la même violence dans la région Amhara. Selon Amnesty, au moins 30 manifestants ont été tués dimanche dans la seule ville de Bahir Dar (nord), la capitale régionale où plusieurs milliers de personnes avaient pris part à la manifestation.

Romandie.com avec(ats / 08.08.2016 20h15)